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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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10 mars 2006 5 10 /03 /mars /2006 01:13

Présente Meds à la Cigale

J'y étais au concert VIP qu'a donné Placebo le 6 mars dernier à la Cigale pour fêter la sortie imminente et logiquement triomphale de leur cinquième album. Mais j'étais spectateur passif. Ca m'a fait réfléchir.


La Cigale est bien l'écrin scénique prisé des concerts VIP. Il y a quelques mois, le 15 novembre pour être précis, on savourait là, en nombre réduit, un autre show précieux : le come back gracile, après 10 ans de silence, d'un Jad Wio retombant sur ses pattes comme personne avec l'album Nu Clé Air Pop dans le bec. Beau comme un diable goth, le Jad Wio, en super forme, il faudra que je vous raconte un jour. Mais ce lundi 6 mars 2006, il s'agit de fêter entre happy-few la sortie bien "buzzée" de Meds, le 5e album d'un groupe un brin goth lui aussi : Placebo. "Putain, sur 700 places, il y a 500 invités on dirait", râle un spectateur qui n'a pas tort et a manifestement payé sa place, lui. On ne tarde pas à savoir combien il a déboursé pour faire partie des privilégiés de ce soir. Une enveloppe m'attend au guichet avec mon nom dessus et l'invite tant convoitée glissée à l'intérieur. Elle est étiquetée "Sylvain Fesson, Technikart". Ça en jette. Sûrement pour ça que le type de l'accueil s'attarde à me toucher deux mots accompagnant l'affaire. Je ne suis pas n'importe qui ! L'atmosphère est tendue en salle. Chargée d'une attente très précise, qui fait que les journalistes sont à l'heure et déjà en place, ce qui est très très rare. Les trois mousquetaires pop - Brian Molko l'anglo-américain élevé en Belgique, Stefan Olsdal le suédois et Steve Hewitt l'anglais et seul hétéro avéré du groupe - doivent un chouilla stresser dans leurs loges, même s'ils ont déjà deux concerts de ce genre dans les jambes – ils étaient au Transbordeur de Lyon et la Laiterie de Strasbourg ce week-end. Dur de se maquiller dans ses conditions. Les fans sont dans la fosse, les invités tranquillement assis autour. C'est rempli. Et tout ce petit monde patiente en écoutant la sono essayé de les tenir en haleine et jeté de l'huile sur le feu en balançant du Gorillaz, Aretha Franklin et Eurythmics calibré à 90,9 décibels. Applaudissements à tout rompre entre chaque morceau. Ça chauffe. Mais le critique rock reste, comme il se doit, placide face à l'émulation. La tête froide, il se demande à quoi ce joli petit monde va-t-il ressembler quand le groupe entrera en scène avec ses décibels tant désirés ? Les couples d'ados lookés androgynes glam jusqu'au bout des ongles s'embrassent et se serrent fort, transis d'avance à l'idée de vivre dans les secondes qui viennent une si vive expérience. C'est tout de même le retour de Placebo après 3 ans de silence studio, après 2 ans depuis la réédition de Sleeping with Ghost, après 1 an et quelque depuis la sortie de leur premier best of...


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9 mars 2006 4 09 /03 /mars /2006 14:01
Molko plus fort que Mado ?

Pour Meds, son 5e album, Placebo bétonne ses techniques de com.
Les fans qui n'avaient pas leur billet pour assister au concert VIP du groupe le 6 mars à la Cigale pouvaient se consoler avec leur mobile. Mais le savaient-il ?


A l’occasion de ce mini-concert événement, SFR et EMI ont tenté une nouvelle formule marketing : les clients SFR équipés de mobiles 3G ont eu accès à une série de 10 "mobisodes" (feuilletons pour mobile), intitulés Inside Placebo. "Ces mini films de 1min et 1min 30, apprend-t-on, ont été spécialement conçus pour les téléphones mobiles". Et c’est "une première mondiale selon EMI qui ne se contente donc plus de mettre des disques dans les bacs". Le PDG de la major s’en congratule à mort : "Nous avons intégré toutes les dimensions de l'ère numérique et jouons de toutes ses richesses pour rapprocher les artistes de leur public et coller aux désirs d'innovation des consommateurs". Fuck : les consommateurs n’ont pas de désir d’innovation si ce n’est l’innovation musicale de leur groupe de rock préféré ! Bref, ce vicieux coup de pub coûtera à nos chers consommateurs 1 € par "mobisode", qui "dévoileront sets acoustiques, témoignages et extraits vidéo pour tout connaître sur le nouvel album avant même sa sortie". Chouette. Ils pourront même profiter de la diffusion gratuite, simultanée et intégrale du concert de la Cigale et, après coup, des extraits vidéo de l'événement disponibles sur le portail Vodafone live! en streaming et téléchargement payant. Fini le poster du groupe vendu 2 € à la sauvette à la sortie du concert. Vive l’extrait vidéo, plus approprié pour célébrer – répéter à l’envie et détruire – le souvenir de ce moment rêvé. Inutile de vous dire que les morceaux de Meds, 5e album du groupe à paraître le 13 mars, seront téléchargeables en chansons et en sonneries mobile. Ce lundi 6 mars 2006 fera date dans l’histoire de la musique et de l’industrie du spectacle ! le dernier Placebo défonçant joliment l’artillerie marketing du dernier Madonna chez l'opérateur Orange. Triste constat cher consommateur de rock : pendant que Brian t’embrasse, ses pubards te mettent un doigts dans le cul. Profond.

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7 mars 2006 2 07 /03 /mars /2006 13:15
La possibilité d'un Imbécile heureux ?

Enfants-tyrans : tueurs nés ?

En attendant, on peut lire leur ébahissant numéro du mois de mars. Au sommaire, une interview majeure de l’écrivain-rock critic Nick Tosches. Il y parle du Roi des juifs, son livre sur un truand légendaire de la mafia italo-new-yorkaise et des "fondements présocratiques du rock’n’roll". Je ne vous dit que ça. Oh ! il a aussi cette phrase-aveu magnifique : "Je me suis m’y à écrire parce c’était une façon forte de communiquer avec les gens sans les regarder dans les yeux". On trouve, autre choc, un étonnant papier sur les enfants-rois qui virent tueurs nés. Parler d’enfant-tyran serait d’ailleurs plus juste. C’est un vrai cauchemar. A lire ces lignes, on a l’impression que les gosses se transforment progressivement en Chucky, les gosses deviennent les ogres et mangent les adultes. Répondent aussi présents les aphorismes noirs et/ou poétiques de Fernando Arrabal (ex : "L’humoriste sans religion dessine à tombeau ouvert", "Buster Keaton : marrant glacé", "Elle n’a pas de seins mais des ailes, dès qu’elle m’embrasse, je plane !", "Elle fait la sieste couchée sur la mer"...), les comic-strips désespérément dark de Noyau sur nos "affaires" à l’autre sexe, le feuilleton sans fin de Frédéric Pajak sur un autre Frédéric (Nietzsche) et "La fin du monde du mois" de Philippe Garnier, pas l’écrivain et célèbre critique rock qui vient de sortir Caractères, belle somme sur les seconds rôles et autres oubliés d’Hollywood, mais un autre écrivain, moins connu. Le titre de sa chronique ? "Le rêve d’un monde sans vieux". Tout un programme, d'une cruelle finesse dans un monde d'abrutissement.

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7 mars 2006 2 07 /03 /mars /2006 13:14
La possibilité d'un Imbécile heureux ?

Tirer profit de Charlie hebdo

L’Imbécile ne cesse de changer de formule, de feindre la mort et de revenir plus fort (il y a du Nietzsche là-dessous). C’est là tout à son mérite : "Il n’y a que les Imbéciles qui ne changent pas d’avis". Son prix osé risque de lui attirer des ennuis (vont-ils rentrer dans leur frais ?). Mais aussi des lecteurs. Surtout vu le piteux état de la presse actuel. L'Imbécile pourrait profiter de l’engouement dont bénéficie un journal indépendant, informatif et satirique comme Charlie Hebdo. Du groupe Wriggles à l’écrivain Pascal Bruckner, beaucoup saluent en effet les couilles qu’a eu – ou la couille qu’a fait ? – Philippe Val en choisissant de publier l’intégralité des caricatures de Mahomet. L'Imbécile pourrait profiter de cet appel d'air et casser la baraque. Et il semble le savoir. Ce numéro 14 couvant "No futur" sur le couple Sarko-Ségo est étiqueté "spécial sans caricatures de Mahomet".

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7 mars 2006 2 07 /03 /mars /2006 13:12
La possibilité d'un Imbécile heureux ?

Info : Muray mort d’intox

Mais surprise, alors qu’on ne l’attendait plus, début 2006 Le Nouvel Imbécile renaît de ses cendres, couvant sur les traits "forcément sublimes" d’une Mazarine Pingeot faussement idolâtrée en néo-Joconde de la République et de tout le monde. Mensuel, 2 € 50, et reformaté tabloïd (A3), le journal assume enfin sa nature jetable de journal "satirique et culturel". Il garde leur ligne éditoriale dépressive fomentée par sa vieille garde d’écrivains, dessinateurs, philosophes, libres-penseurs, qui ne change pas d’un iota, si ce n’est la récente désertion de Philippe Muray, une de leur plume poids lourd pour cause de décès, le 4 mars dernier à 60 ans d’un cancer du poumon. L’époque est vraiment irrespirable, elle « pose un problème respiratoire » comme disait le très technikartien Camille de Toledo dans son essai Archimondain Jolipunk. Il était connu pour son activisme "réac" dénonçant "l’air du temps, téléthérapie, bobos, Gay Pride, féminisation et mise en droits de la société", comme le dit Philippe Lançon dans Libé. Exemple symptomatique de ce qui l'énervait, en décembre dernier, en pleine forme, fumant, il avait qualifié Technikart de "journal des Pokémons polymorphes" dans les pages du trimestriel Médias. On lui doit le concept d’"Homo-festivus", qui n’est pas loin du concept d’"Homo-sucker" forgé par Slavoj Zizek. J'aurais aimé interviewer cet homme.  Refaire le monde en l'écoutant débiner l'époque.

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7 mars 2006 2 07 /03 /mars /2006 11:27
La possibilité d’un Imbécile heureux ?

L’Imbécile, journal satirique, culturel et philosophique renaît de ses cendres (Le Nouvel Imbécile) et perd malheureusement l’une de ses plus belles et virulentes plumes (Philippe Muray).


Faisons un bref retour en arrière. En 2003, il y a L’Imbécile de Paris"L’Imbécile", comme on le nomme alors, dynamite discrètement la presse satirique par la finesse et la noirceur de ses idées qu’il souhaite anti-journalistiques au possible. Mais "c’est un journal, pas une revue, car c’est jetable"L’Imbécile, "tout court", de Pajak toujours, mais sans Bottura.  L'ex-cofondateur du magazine Chronic’art est parti piger ailleurs. Pajak met les bouchés doubles. Il sait qu’un journal se nourrit de et dans l’adversité. Même s'il doit pour cela prendre le risque de capoter. Il le sait pour avoir vécu pareille situation du temps où il travaillait à L'Idiot International lancé par le binôme Frédéric Pajak (le vieux) et Pierre Bottura (le jeune). Mensuel, 4 euros, format A3, disent les redacteur en chef. Et ce malgré la qualité des textes et dessins qu’ils publient. Etrange. Paradoxal. En 2004, il y a donc . L’Imbécile (de Paris) de Paris est carrément issu de la débacle de L’Idiot (International). Il en est parti en 1992, pour cause de divergences multiples, dont une sévère lutte d’ego avec son directeur, Jean-Edern Hallier. En 2004, Pajak la joue donc plus court et punchy avec un Imbécile looké plus magazine durable que journal jetable (mensuel, 3 euros 90, format A4) même si sa ligne éditoriale (dessins, essais, polémique, société, culture) reste encore un peu schizophréniquement dispersé entre plusieurs identités. Godard, Le Pen, Houellebecq, Freud, Jésus, Cioran, Mitterrand (quelle dream team !), il met du lourd en couv et tient le cap qu’il s’est fixé : noirceur philosophique et satirique stylée à tous les étages. Avec de vrais morceaux de pulsion de mort à l’intérieur (érotisme, mots d’esprit, dandysme, misogynie, christianisme, artistes maudits…), que dégoupille à peine le second degré cynique de leur maxime, signée Julien Green : "Même chez l’homme le plus intelligent, il reste toujours assez d’étoffe pour faire un imbécile." Les lecteurs ne doivent pas suivre. Après dix numéros, L’Imbécile vire insidieusement bimestriel début 2005 et augmente son prix (4 euros 50) avant de faire "Muzo" (euh attention : jeu de mots ! Muzo est un de leurs dessinateurs).


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6 mars 2006 1 06 /03 /mars /2006 17:54
corpsTEXTE cérébral
Ce que Jim Morrison voulait exprimer dans "The end", il le confie un printemps 69, avant la sortie de The soft parade, au journaliste Jerry Hopkins du Rolling Stone US. Hopkins, après un tour de chauffe d’une poignée de questions amicales s’avance sur le terrain épineux du mythe, arguant de l'évidente tournure oedipienne de "The end". Hopkins : "Que signifie cette chanson pour vous ?" Morrison, précautionneux, lucide, relativise avec la bonne dose de culture G qu’il a dans le crâne : "Voyons... Oedipe est un mythe grec. Sophocle a écrit à ce sujet. C'est l'histoire d'un homme qui tue son père et se marie avec sa mère. Oui, il doit y avoir des similitudes, certainement. Mais de là à vous dire la vérité... A chaque fois que j'entends cette chanson, elle prend un sens différent à mes yeux. Je ne sais pas trop ce que je voulais y dire, ce ne devait être qu'une chanson d'adieu." Morrison mesure ses paroles. Et laisse le mystère entier. Sa bouche ne coïncide pas avec l’abîme qu'il a ouvert par mégarde en proférant ces mots sur la scène de Whisky A Go-Go. Il n’est plus au-dessus du volcan au moment où il parle. Il est safe, dans son corps-texte cérébral et sa lumière. Pas dans l’ombre. Alors comment pourrait-il en parler ?

désir de MIRAGES, désert de MIRACLES
Mais Hopkins insiste, cherche à faire parler l’oracle, la boîte noire, le fantasme et relance : "Adieu à qui, ou à quoi ?"  Morrison : "Sans doute à une fille, tout simplement. Et peut-être à une espèce d'enfance. Vraiment, je ne sais pas. C'est une chanson tellement complexe, qui fait appel à un imaginaire si universel, que l'on peut y voir ce que l'on veut. Je me fiche de ce que les critiques peuvent écrire sur ce morceau. Si, il y a un truc qui m'a gêné au sujet de "The end". J'étais dans une sorte de librairie un soir, une de ces boutiques qui vendent de tout, des gadgets, des calendriers. Une fille, très jolie et manifestement ouverte et intelligente, me reconnaît, s'approche pour me saluer et commence à me questionner sur cette chanson.  Elle était sous traitement à l'Institut neuropsychiatrique d'UCLA. D'ailleurs, une infirmière l'accompagne, c'est leur sortie nocturne. Apparemment, la fille avait été étudiante à UCLA avant de tomber sous l'emprise des drogues dures. Enfin, au bout d'un moment, elle me dit la chose suivante : ""The end" est la chanson préférée des gamins qui sont dans mon service." Je n'avais pas réalisé que les gens pouvaient considérer mes chansons si sérieusement. Du coup, je me suis demandé si j’étais réellement capable d’assumer ce genre de conséquences. C’est ridicule, on ne pense pas aux conséquences, on ne peut pas y penser." De toute évidence, ces "conséquences", Morrison n’a pas été capable de les assumer. Il s’est laissé enfermer et ronger par le personnage de rocker-chamano-christique que le public et les médias ont fait de lui. Il s’est laissé piéger par notre désir de mirages. Désert de miracles.

naPALME d’or et noFUTURE
Je ne suis pas bon pour l’asile. Mais j’ai moi aussi fantasmé un degré de lecture autrement plus brûlant que celui volontairement mis par l’auteur. J’avais vu en "The end" ce que j’avais voulu voir : un chant mystico-prophétique directement en phase avec mon adolescence tourmentée, mais surtout un chant étrangement en accord avec la triste et mythique destinée du chanteur. Car si sa voix, répétitive et macabre, et si la musique, funèbre et solennelle m’ont mis sur cette piste, c’est bien plus encore la mort précoce et tragique du rocker et le fait que sa chanson ait illustré, au point de s’y fondre, le mythique film Apocalypse Now du mythique Francis Ford Coppola (naPalme d’or en 79) qui m’a poussé dans cette voie. Enrôlé dans ce faisceau de paramètres no future (Apocalypse Now, c’est tout de même l’histoire d’une bande de types qui vont droit vont droit à l'abattoir dans une guerre qui court elle-même au désastre pour leur pays), "The end" ne pouvait être que la chanson d’un homme qui se sait condamné et la regarde la mort en face, se parlant à lui-même, transi et fort de cette glaçante vérité.

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6 mars 2006 1 06 /03 /mars /2006 17:48
Bref, en rubrique "Chanson culte", je tombe sur un papier qui me parle. Ça cause rock. Et pas des moindre. Après "Should I stay or should I go" du Clash et "Another Brick in the Wall" des Pink Floyd, on a droit au tube "The end" des Doors. Des classiques, décryptés. Des années lumières après les faits, maintenant qu’ils sont de l’histoire ancienne, ennoblis, hors d’agir et de danger, les lecteurs d’Eurêka ! ont le droit d’en savoir plus sur les rockers et leurs morceaux de bravoure. C’est un peu la discothèque idéale de Philippe Manœuvre, sans Philippe Manœuvre.

kEROSène du poète
La journaliste s’extasie platement sur le moment qui a vu Morrison dérailler et hurler les mots qui firent de "The End" une chanson hors norme, pour une raison qui n’a rien à voir avec son joli chrono de onze minutes et quarante-deux secondes. Des mots qui firent illico des Doors "la nouvelle sensation", à l’époque où ça voulait dire encore quelque chose et pendant les 5 années qui leur restaient à vivre. Laurent Chalumeau, critique rock auteur du roman fourre-tout "Fuck", aurait dit "parler les langues". La journaliste d’Eurêka ! parle, elle, d’"improvisation". C’était un soir de juillet 1966, quelques mois avant la sortie de leur premier album, "éponyme", sur la scène mythique du mythique bar de Los Angeles, le Whisky A Go-Go. Dans l’emballement du break instrumental orchestré son équipée sauvage, Ray Manzarek au clavier, Robby Krieger à la gratte et John Densmore aux "fûts", et dans l’emballement sans doute d’une bonne dose d’alcool chevauchant ses veines, le poète, 22 ans, drague le fond et lâche ces mots, revolver : "Father, I want to kill you. Mother, I want to fuck you all night long !". Et ces mots le dépassent, l’engloutissent tout entier dans un buzz, une aura scandaleuse et un personnage, qui ne prendront fin qu’à sa mort. Les Doors sont nés avec "The end".

dyoniSOS d'un terrien en détresse
Mais comme dit la journaliste, amputée de son passage oedipien, en dehors de cet éclat qui la rend littéralement "sans précédent", "The End" est une chanson d’amour classique : une chanson d’amour déçu, déchu et déchirant, comme tant d’autres avant. C’est bien la fin d’un amour dont parle Morrison. Il n’y a pas de doute à lire les paroles que cite l’article. C’est écrit noir sur blanc, tangible: "This is the end, beautiful friend. This is the end, my only friend. The end of our elaborate plans, the end of everything that stands, the end". Sauf que perso, et je ne pense ne pas être le seul, je ne m’en étais jamais rendu compte. Ce n’est jamais ce sens-là qui m’avait sauté à la gueule. J’ai toujours cru que Morrison se parlait à lui-même. Qu’il parlait de sa fin à lui. De sa mort comme une ultime et narcissique délivrance. "The end" était un chant de Narcisse. Celui pour qui amour = mort. Le poète maudit chamanique qui à son ticket en poche et se voit partir. "The end" = DionySOS du terrien en détresse. Pour moi, Mort-y-sonne y chantait la mort comme Léo le fera en 71, avec l'album La Solitude, dans le morceau "A mon enterrement" ("A mon enterrement j'aurai des chevaux bleus / Des dingues et des Pop aux sabots de guitare / Des chevaux pleins de fleurs des champs dedans leurs yeux / Hennissant des chansons de nuit quand y'en a marre..."). Mais non, tout cela n'était pas si beau, et si pompeusement fleuri. Ce n’est que par une subtile "syntaxe error", le magique déplacement d’une virgule, d’un point, un souci d’articulation entraînant la répétition du titre dans la tempête foudroyante du morceau en train de se jouer au galop, que j’entendais ce que je voulais entendre. C'est-à-dire cela : "This is the end, beautiful friend, The end. This is the end, my only friend, the end. I’ll never look into your eyes, again." Pour moi c’était clair : la mort était l’Amie pour Jim. L'Amie abstraite, imaginaire. La grande faucheuse, rédemptrice et de toute beauté. Je planais à 10 000. Une virgule me coupait le verbe sous le pied. Une virgule et tout était dépeuplé. Voire différemment peuplé.


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1 mars 2006 3 01 /03 /mars /2006 21:08

Eurêka ! magazine didactique de la post-modernité ?
Ce matin. 12h30 en fait. (Pigiste, je me lève, tard : le monde n’appartient pas aux pigistes galériens.) Ma boîte aux lettres est grosse des deux derniers numéros d’Eurêka ! Eurêka !, c’est "le cri le plus célèbre du monde" poussé, il y a 22 siècles, par Archimède qui a alors jailli "de sa baignoire pour parcourir, nu, les rues de Syracuse", comme le rapporte Sven Ortoli, directeur éditorial de (je vous le donne en mille) Eurêka ! Car depuis trois mois Eurêka ! est aussi un mag. Un peu le Technikart de chez Bayard. Un mensuel qui se la joue post-moderne (s'ouvre au monde qui bouge, à l'époque, quoi) et lance "Bienvenue dans l’infosphère" pour draguer les 15-25 ans qui ne l'ont pas attendu pour y entrer dans l'infosphère. Du coup, par ce cri genre Banzaïïï !, on a un peu l'impression que c'est surtout lui-même que le magazine essaye de se convaincre. Se convaincre de son envie et de sa légitmité à se lancer dans cette sphère, et à en décrypter la complexité : fragmentation des savoirs, extension du règne des technologies, de l'image, du zapping et réduction du temps de lecture, de réflexion et d'analyse. Avec pédagogie, Eurêka ! fait mine d'avoir découvert ce nouveau territoire (en lui donnant le nom d'infosphère) et d'en connaître les arcanes. Son filtre éditorial en balaye tout le spectre : société, sciences, technologie, philo, pub, histoire, look, écologie, jeux-vidéos. Pour remettre de l’ordre dans le melting pop post-moderne où les jeunes baignent. Pour qu’ils lisent et prennent de la hauteur sur tout ça.

"Beuah !"
Mais la maquette gicle et gigote d’un trop plein de couleurs, les sujets sont un peu courts, pas assez tirés en profondeur, car il faut faire vite, ne pas ennuyer le lecteur qui zappe plus vite que son ombre. On reste donc sur notre faim, même si au fil des numéros on sent qu'ils s'améliorent et trouvent un bon rythme. Mais après tout, qu’en sait-on vraiment de l’époque chez Bayard, a-t-on vraiment les outils pour la penser, la décrypter cette Epoque ? A-t-on vraiment envie de s’immerger là-dedans ? Non, on se contente de tripatouiller. De s’en donner l’apparence, mais pas les moyens, via des couleurs qui pètent pour mimer la joie de vivre qu’on éprouve à se lancer à l’assaut de cette époque merveilleuse, le bonheur qu’on a à se la réapproprier. Comme si elle venait de naître, d’être découverte et qu’elle était inoffensive. "Beuah !", chez Bayard, on rechigne en fait à mettre la langue et pleinement manger la soupe des temps qui court. On écrit du bout des lèvres, maquillant un Phosphore à la truelle happy-cyber-pop pour séduire des nouveaux lecteurs qui ne les ont pas attendus pour prendre l’époque d’assaut. Des nouveaux lecteurs qui ne lisent plus. Qui consomment des portables derniers cris et surfent-chatent à leur guise et jusqu'à pas d'heure sur le net. Sans oeillade de l'autorité parentale et en langage texto plus qu’en langue de Molière. Bref, Eurêka !, c’est pas mal, mais ça tombe un peu "Allo ?". Personne au bout du fil.

Bayard dans l’âme ?
Si je critique c’est parce que je tire sur mes 26 piges et qu’ils viennent de me refuser ma proposition de pige sur ma marotte ultime : les cyborgs. Et plus précisément, sur ce coup, "l’invasion de l’imagerie cyborg dans l’imagerie publicitaire et la représentation du consommateur ultimement branché". Alors qu’ils annoncent pour leur n°4 un sujet sur les vampires et les cyborgs... Il m’était arrivé la même chose avec le mag Muse. (J’avais proposé un dossier sur le retour plein pot du gothique et pif ! on me dit que c’est déjà prévu en interne.) Qu’en conclure ? Dois-je laisser tomber Technikart et bosser pour Bayard ?
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