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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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6 mars 2006 1 06 /03 /mars /2006 17:48
Bref, en rubrique "Chanson culte", je tombe sur un papier qui me parle. Ça cause rock. Et pas des moindre. Après "Should I stay or should I go" du Clash et "Another Brick in the Wall" des Pink Floyd, on a droit au tube "The end" des Doors. Des classiques, décryptés. Des années lumières après les faits, maintenant qu’ils sont de l’histoire ancienne, ennoblis, hors d’agir et de danger, les lecteurs d’Eurêka ! ont le droit d’en savoir plus sur les rockers et leurs morceaux de bravoure. C’est un peu la discothèque idéale de Philippe Manœuvre, sans Philippe Manœuvre.

kEROSène du poète
La journaliste s’extasie platement sur le moment qui a vu Morrison dérailler et hurler les mots qui firent de "The End" une chanson hors norme, pour une raison qui n’a rien à voir avec son joli chrono de onze minutes et quarante-deux secondes. Des mots qui firent illico des Doors "la nouvelle sensation", à l’époque où ça voulait dire encore quelque chose et pendant les 5 années qui leur restaient à vivre. Laurent Chalumeau, critique rock auteur du roman fourre-tout "Fuck", aurait dit "parler les langues". La journaliste d’Eurêka ! parle, elle, d’"improvisation". C’était un soir de juillet 1966, quelques mois avant la sortie de leur premier album, "éponyme", sur la scène mythique du mythique bar de Los Angeles, le Whisky A Go-Go. Dans l’emballement du break instrumental orchestré son équipée sauvage, Ray Manzarek au clavier, Robby Krieger à la gratte et John Densmore aux "fûts", et dans l’emballement sans doute d’une bonne dose d’alcool chevauchant ses veines, le poète, 22 ans, drague le fond et lâche ces mots, revolver : "Father, I want to kill you. Mother, I want to fuck you all night long !". Et ces mots le dépassent, l’engloutissent tout entier dans un buzz, une aura scandaleuse et un personnage, qui ne prendront fin qu’à sa mort. Les Doors sont nés avec "The end".

dyoniSOS d'un terrien en détresse
Mais comme dit la journaliste, amputée de son passage oedipien, en dehors de cet éclat qui la rend littéralement "sans précédent", "The End" est une chanson d’amour classique : une chanson d’amour déçu, déchu et déchirant, comme tant d’autres avant. C’est bien la fin d’un amour dont parle Morrison. Il n’y a pas de doute à lire les paroles que cite l’article. C’est écrit noir sur blanc, tangible: "This is the end, beautiful friend. This is the end, my only friend. The end of our elaborate plans, the end of everything that stands, the end". Sauf que perso, et je ne pense ne pas être le seul, je ne m’en étais jamais rendu compte. Ce n’est jamais ce sens-là qui m’avait sauté à la gueule. J’ai toujours cru que Morrison se parlait à lui-même. Qu’il parlait de sa fin à lui. De sa mort comme une ultime et narcissique délivrance. "The end" était un chant de Narcisse. Celui pour qui amour = mort. Le poète maudit chamanique qui à son ticket en poche et se voit partir. "The end" = DionySOS du terrien en détresse. Pour moi, Mort-y-sonne y chantait la mort comme Léo le fera en 71, avec l'album La Solitude, dans le morceau "A mon enterrement" ("A mon enterrement j'aurai des chevaux bleus / Des dingues et des Pop aux sabots de guitare / Des chevaux pleins de fleurs des champs dedans leurs yeux / Hennissant des chansons de nuit quand y'en a marre..."). Mais non, tout cela n'était pas si beau, et si pompeusement fleuri. Ce n’est que par une subtile "syntaxe error", le magique déplacement d’une virgule, d’un point, un souci d’articulation entraînant la répétition du titre dans la tempête foudroyante du morceau en train de se jouer au galop, que j’entendais ce que je voulais entendre. C'est-à-dire cela : "This is the end, beautiful friend, The end. This is the end, my only friend, the end. I’ll never look into your eyes, again." Pour moi c’était clair : la mort était l’Amie pour Jim. L'Amie abstraite, imaginaire. La grande faucheuse, rédemptrice et de toute beauté. Je planais à 10 000. Une virgule me coupait le verbe sous le pied. Une virgule et tout était dépeuplé. Voire différemment peuplé.


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Published by sylvain Fesson - dans DISCussion
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