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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 23:05

L'entre-vie

 



 

"le SMS m’a aidé"


"Je suis Rubik’s cube à mort"

 

 


D'enfant du punk tu es donc devenu Cheval Blanc, une entité chanson française plus littéraire que rock’’n’roll, plus coeur d'artichaut que no future je casse tout. N'est-ce pas dur de faire le lien entre les deux ?

Bah je pense qu'on peut communiquer quelque chose d'intense par le sentiment pur... Et puis je ne sais pas, on dit que pas mal d’écrivains sont des musiciens frustrés, mais moi je crois que si j’ai fait de la musique c'est parce que je n’osais pas écrire. J'ai commencé par oser chanter, puis écrire en français. Tout ça ne sont que des verrous psychologiques que j’ai réussi à faire sauter les uns après les autres.

 

Créer un blog, te mettre sur le net, ça a été capital pour t'aider à faire sauter le verrou de l'écriture en français ?

Complètement. Si on remonte, on peut même dire que le SMS m’a aidé.

 

Carrément !

Oui, parce que c'est comme une sorte de laboratoire d'écriture super accessible. Tu y tentes des choses sans même t'en rendre compte. Pareil pour le blog. J'envisageais ça comme des carnets de notes à coeur ouvert. Et quand j'arrivais à la fin de la mémoire allouer, j'attendais un peu et j'en ouvrais un autre en lui donnant un autre nom. Après Antipunk Cheval Blanc il y a donc eu Outremer Cheval Noir et Cheval Rouge.

 

Chaque carnet-blog s'accompagne-t-il d'une sorte de rupture esthétique ?

Ça peut mais ce n'est jamais si conscient et tranché. C'est plus une vue sur un cahier de brouillon. Le côté exhib fait que tu suis mes évolutions en direct. Et dans cette exhib il y a aussi un côté discipline : le postulat de cette notion de partage m'incite à me mettre au travail pour finir les choses, ce qui me permet de clarifier mes idées.

 

Sur The art of the démo, que tu décris toi-même comme ta première vraie démo officielle, les 4 morceaux présentés sont très calmes, smart et dépouillés. Tu voulais te faire propre ?

Oui, d'habitude j’enregistre tout tout seul avec mes gros doigts mais là, avec le cachet d'un concert, j’ai payé un gars qui m’a enregistré proprement sur un vrai piano pendant deux après midi et demi.

 

On sent que tu as aussi fait un effort dans ta manière chanter. Elle est moins "drunk" qu'elle peut parfois l'être…

Oui, je suis un autodidacte permanent, je débute un peu tout, tout le temps. Ma dernière découverte c’est le piano. En juillet ça fera deux ans et demi que j'en ferai.

 

La musique, comme le français et le chant, tu t'y es mis tard ?

Oui, à 17 ans. J’ai arrêté l’école et commencé la basse, également seul.

 

Tu fais toujours les trucs… seul ?

Bah disons que j’ai longtemps été un enfant unique alors j’ai très tôt développé de l’intérêt pour les activités solitaires. Par exemple j’adore les mots croisés et jouer au Rubik’s cube. Je suis Rubik’s cube à mort. Plus jeune je m’entraînais à trouver des algorithmes pour le finir le plus vite possible ! En général je tournais autour de 1’10’’ et dans mes moments forts 55’’.

 

Ah oui ?! Marrant ! Dis moi j’ai l’impression que tu ne viens pas trop d'une famille France Inter / Télérama, je me trompe ?

Non, non, parce moi ma culture c'était plutôt l’AS Saint Etienne. J’avais ça sur place. Du coup le foot j’en ai fait de 5 à 15 ans… Je me rappelle que dans le premier texte que tu m'avais consacré tu te demandais si j’étais prolo ou aristo...

 

Oui, je m’étais bêtement posé la question…

Oui mais ça m’a fait sourire. J’ai bien aimé cette question. Je comprends. Eh bien sache que je suis complètement prolo ! Hyper prolo ! Racines prolétaires de chez prolétaires ! J’habitais une cité à côté de Saint Etienne. Ma famille est de là-bas : mineur, soudeur, tourneur-fraiseur, primeur…

 

Frères et sœurs finalement ?

Ouais, deux frères. Enfin à l’époque ma vie de famille était vraiment compliquée. Là on ouvre le chapitre Causette. En fait ma mère m’a eu tellement jeune que j’ai grandi avec elle chez mes grands parents avec ses frères et sœurs. Plus tard elle a rencontré celui qui est devenu mon beau-père et mon père adoptif.

 

Et donc pas de musique à la maison ?

Non. Enfin si mais c'était plutôt ambiance baba. Mon beau-père, qui avait une culture politique, mais qui n'était pas un idiot, qui avait une sensibilité aux choses, jouait un peu de guitare. On chantait donc dans notre ancienne ferme en Ardèche. C’était curieux.

 

C'est donc de là que vient ton côté mystique !

Mystique ? J’ai eu une petite phase comme ça, curieuse, mais euh explicite s’il te plaît.

 

C'est dur à expliquer mais disons que j’ai trouvé que certaines de tes chansons avaient un côté assez coulant, psychotrope, un côté ésotérique fait de cut up, de lenteurs, d'images... The art of the démo n’en contient pas de ce genre, mais je pense par exemple à des morceaux plus vieux et nébuleux comme "Aclarté", "Du Chaos"…

Alors on pourrait croire qu’ "Aclarté" est mystique mais en fait non, parce que je n’y emploie que des termes de sciences dures. L’énergie noire, tout ça, ce sont des concepts de sciences physiques donc ça paraît incroyable et magique mais ce n’est pas mystique, au contraire !

 

Ça semble mystique parce que ces termes sont des mots assez naïfs qui incitent au rêve.

Ça peut paraître naïf, surtout la fin quand je dis "et toi ma chrysalide dans la clarté du soir". Le mot chrysalide est peut-être un peu naïf mais l’énergie noire et la matière, qui sont deux choses différents, c’est tout simplement des choses dans l’univers dont on sait qu'elles existent mais on arrive pas à en avoir la preuve totale parce qu'on échoue à déterminer leur nature, alors on imagine... Enfin je ne suis pas un spécialiste de ça, mais ce qui est sûr c'est que ça me nourrit émotionnellement et poétiquement car ça embrasse des choses gigantesques, universelles, infinies. L’infini et la métaphysique m’intéressent, mais d’une façon athée…

 



D’une façon athée ?

Oui, je ne suis pas croyant mais je ne suis pas athée haineux. Je n’ai juste pas de certitudes puisque je suis ouvert à l’infini, l’inconnu. Par exemple j’aime bien passer devant la basilique Saint Denis. Je passe devant tous les jours, parfois je m’y arrête. J’aime contempler… C’est d’ailleurs dans le parc de la basilique que j’ai écris "Le Baiser". Au milieu des jeux pour enfants, des balançoires et des toboggans, il y avait cette statue de Robespierre. Voilà, "la révolution est un jeu d’enfant" car quoiqu’on fasse on en fini toujours à la guerre, aux tête coupées. L’apocalypse, athées comme croyants, on attend tous ça… Mais non en fait si j’ai un côté mystique il ne vient pas de mon beau-père anarcho-mao, il vient de ma grand-mère. Elle était comme ça : contemplative, mystique, drôle aussi. D’ailleurs, c’est bien simple, dans la chambre où j’ai grandi il y avait deux choses : une vierge Marie fluo et une anthologie sur l’anarchisme. Je ne comprenais pas tout mais ça m’a marqué et voilà je crois que tout vient de là. Ma nature bipolaire vient de là… Mais c’est vrai qu’en ce moment je ne suis plus trop dans cette inspiration assez perchée, rêveuse, je suis plus dans le quotidien, la promenade, l’observation.

 

Oui, j’ai l’impression que tu es plus à "échelle humaine". Par exemple quelque chose comme "Le poème lent" c’est une chanson très simple, humaine mais bouleversante.

Celle-là a été improvisée complètement bourré en partant de chez quelqu’un. J'ai eu la chance de m'en souvenir.

 

Coup de pot parce qu’en général bourré on ne fait que de la merde et on ne s’en aperçoit souvent que le lendemain ! Mais bon ça a permet quand même de débloquer certains trucs...

Ce n'est pas moi qui vais te dire le contraire : j’ai commencé à écrire bourré tellement je faisais un blocage. Mais maintenant je n’écris que quand je suis clair, en plein clarté, en phase avec le réel.

 

J'ai vu sur ton blog que tu écrivais aussi des poèmes. Tes chansons naissent-elles parfois de là, de poèmes et de textes avant toute chose ?

D’une certaine façon oui mais plus je réfléchis à ça plus je me rends compte que chanson et poème sont deux formes d’expression bien distinctes. Je n'y mets pas les mêmes choses. D'une certaine façon je ne mets pas ça au même niveau. Etant actuellement capable d'être chanteur, la chanson c’est ce que je fais. Pour ce qui est d’être poète, disons que c'est plus ambitieux et que je fais mes classes, même si, en marge des chansons, ça me détend un peu d'écrire des poèmes.

 

Ecrire une chanson, ça te prend du temps ?

Non, je vais assez vite, mais je n’en fais pas tous les jours.

 

Combien en as-tu composées depuis 2006 ?

Entre 40 et 50. Après, vu que j'ai évolué, il y en a que je ne chanterai plus aujourd'hui, notamment celles des tout débuts qui, pour le coup, avaient une écriture beaucoup trop poétiques.

 

La plus vieille que je connaisse doit être "Aclarté".

Il s'agit de chansons antérieures à celle-ci parce que sur "Aclarté" je commençais justement à atteindre une sorte de clarté et de simplicité que n'avaient pas mes premières compos. Les textes étaient encore trop alambiqués car je les voulais justement trop pseudo poétiques.

 

L'épure dont tu fais preuve sur The art of the démo m’a rappelé celle super ciselée que Daniel Darc arborait sur Crèvecoeur...

Je connais peu Daniel Darc mais ce que j’ai entendu de lui m’a plu. Je vois donc ce que tu veux dire. C’est de la chanson française qui me plait ça.

 

Qu’est-ce qui plait d’autres en chanson française ? Je me rappelle qu’une fois par mail on avait un peu parlé de Sébastien Tellier et tu me disais que tu n’aimais pas trop son Sexuality

Je ne connaissais pas vraiment ce qu’il avait fait avant ce disque-là mais Tellier on m’en parlait depuis longtemps parce qu’à l’époque de Collage j’avait fait une petite maquette tout seul dont j’avais effacé tous les enregistrements avant de pouvoir faire les voix, donc il n’était resté que les voix témoins, et on m’avait dit que ça ressemblait à du Tellier. Depuis j’ai écouté ses disques. Sexuality n’est pas mon préféré, mais ça reste néanmoins un artiste vraiment intéressant. Il y en a un qui me paraît très très intéressant en France, très fort d’une certaine façon, peut-être le grand de la chanson actuelle, tout en étant très particulier, iconoclaste, c’est Katerine. Au-delà du fait que j’aime ou non, je pense qu’il marquera notre temps. Il me semble vraiment au-delà. Après je suis moins sensible à toute la scène un peu romantique, cold, noire. Par exemple je suis un peu gêné de dire ça parce qu’il vient de mourir mais moi Bashung je n’ai jamais accroché. En fait j’ai toujours été dérangé par l’engouement qu’il suscitait…

 

Sa dimension d’icône du rock littéraire ?

Oui, j’ai toujours trouvé que ça le cryogénisait, ce romantisme noir, que ça le rendait un peu surfait… Mais bon je suis peut-être passé à côté de quelque chose. Et puis je crois que je n’aimais juste pas sa voix…

 

En même temps tu as aimé Cure et Joy Division or, en terme de romantisme noir, ça se pose là quand même !

Ouais mais là c’est différent, j’avais 16 ans... Je garde une certaine tendresse et mélancolie pour Joy Division mais je n’en écoute plus chez moi et heureusement.

 

A propos d’icône du rock littéraire, j’ai cru comprendre au vu d’un de tes derniers « statuts Facebook » que tu avais une dent contre Dominique A. Que lui reproches-tu ?

Il joue un peu trop au professeur la morale à mon goût (rires) ! C’est-à-dire qu’il est presque devenu une institution, celle du "nouveau grand chanteur français". D’ailleurs pour moi s’il y en a un qui va prendre symboliquement la place de Bashung c’est lui et c’est ce qu’il est en train de faire. Je l'avais prédit à ces producteurs il y a 2-3 ans. « A la mort de Bashung Dominique A prendra sa place ». Que je dise ça, ça les avait médusé. Perso artistiquement je préfère encore Dominique A à Bashung. Il est plus fort. Je lui promets une belle médaille gouvernementale s’il est encore là dans 5 ans.


(Suite.)


Collages Corinne Julien


 
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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 21:17

L’entre-vie

 



Première démo propre en mars dernier (The Art Of The Demo), premier satellite de Cheval Blanc dans la foulée (le side project psychée-jazz White Horse Experience), premier vrai EP pour novembre prochain (titre non communiqué) : après 10 ans de galère, réincarné depuis 2006 en auteur-compositeur-interprète, l’ex-bassiste de No One commence enfin à voir un peu de lumière au bout du tunnel. Et quelle lumière, quelles chansons, quelle renaissance (française) ! Ça valait bien une rencontre.

 

10 avril 2009. 17h. Gare de l’Est. Une certaine émotion me saisi quand je le vois enfin sortir de la bouche de métro. A notre poignée de main je vois qu’elle tient aussi son regard. Emu comment ne pas l’être ? Cheval Blanc c’est le type d’ "Aclarte", "Le baiser", "Le poème lent", des morceaux comme on en rencontre peu dans sa vie, et je vais enfin l’interviewer.

 

Cheval Blanc, je m’en rappellerai toujours, c’est Stéphane qui me l’a fait découvrir. C’était l’été 2007. Il venait de le croiser dans un bar. "Ecoute qu’il m’avait dit, ça devrait te plaire". Sous-entendu : textes en français, poésie à se pendre. Thomas avait suivi. Sur Gonzai pour le décrire il évoquait le télescopage de L’Imprudence et de Dreams That Breath Your Name. Perso j’avais plus pensé à celui de Crèvecoeur et de Rock Bottom, mais nous étions d’accord : ce type était clairement au-dessus de tout. Comme on dit dans ce cas-là pour pas trop se fouler : nous avions un "OVNI".

 

Spirituellement, sentimentalement, c’est comme si tout ce que les autres rejetaient se retrouvait dans ses textes. Qu’il pensait trou quand tout le monde ne pensait que fromage. Comment expliquer autrement le côté space auditif de ses chansons ? Leur sang de montre molle, millésime, médiéval ? Quand il parle d’amour, d’anti-monde, de matière noire, tout ça me décalque tellement, je voudrais le prendre dans mes bras ! Mince, de tels morceaux combien en écoute-t-on dans sa vie ? Plus tard je parlerai de "tendresse effondrée", je trouverai la phrase taillée pour lui*. Là, en commentaire, je me contenterai de louer ses "maladresses", "bigger than life".

 

Je crois que c’est ça qui nous a présenté. Cette histoire de maladresses qui "dépassent l’entendement". Ça voulait dire que je n’étais pas là pour la chose entendue, la tuyauterie, mais que je l’étais pour ce qui l’éclate, "l’incroyable", "ce qu’on ne voit pas" disait Ferré.

 

10 avril 2009. 17h. Gare de l’Est. Nous cherchons le bar qui fera rimer terrasse, soleil, silence, jolies filles. En route, bous rapprochant de République, on parle de travail, de comment ses journées s’organisent, de ce temps qu’il aimerait avoir pour flâner dans les rues de Paris. C’est sa première interview en tant que Cheval Blanc. Il a l’air fragile, et moi je fais le type calme, genre je connais mon taf, tout va bien se passer, mais en réalité j’ai l’impression de le conduire à l’abattoir, d’être le bourreau, masqué du masque de la victime collatérale. Car je n’en sais rien si ça va bien se passer ! On va jouer à l’intervieweur et l’artiste et comme ce n’est ni un jeu ni un métier, que c’est de l’humain de part et d’autres, on a beau se connaître un peu, là, seuls autour du dictaphone, je ne sais vraiment pas ce que ça va donner.

 

J’ai des scrupules** mais ce bazar (jeu pas jeu, moi pas moi, bien pas bien) m'a toujours fait toujours bander. Dans le livret de son CD live Mistery White Boy Jeff Buckley dit "The only goal is in the process. The process is the thing – with little flashes of light – those are the gigs, the live shows... It's the life in between. That’s all I’ve got." Il va loin le bougre et parce que c’est lui parce que je suis moi, je ne devrais pas l’y rejoindre. N’empêche, comment ne pas me voir dans ce qu’il dit ? Ce partage, cette énergie, cette "vie entre", cette "entre-vie", dans ces moments (les interviews) j’ai l’impression de m’y donner à fond.

 

17h30. La bande tourne. Je viens de sortir le disque du sac. Il est sur la table. D’y avoir trop traîné, je constate que son encre a bavé, rouge sur blanc (tout fout le camp ?). La pochette a cet air mi-couperose mi-Perceval devant trois gouttes de sang sur la neige. Il s’y noie, un temps. Café pour lui, Amstell pour moi.

 



 

"La religion pop me passe complètement au-dessus"


"je cherche à sortir du faux semblant d’une contre culture qui ne sait même plus contre quoi elle est"

 

 

 

Jérôme, tu as sorti The art of the démo, 4 titres piano-voix à l'attention des tourneurs et labels. Alors, ça mord ?

Il y a 1 ou 2 pistes. Rien de chaud. On attend.

 

J'imagine que cette démo n'est pas ta première en tant que Cheval Blanc...

Bah presque. A part mon Myspace j’ai sorti une démo en novembre, mais comme celle-ci est la première que je numérote en un sens elle est donc plus officielle, comme si c'était ma vraie première. Pour moi c'est juste un nouveau projet artisanal. Faut dire que cette histoire de chercher un label, c’est quand même un moment vraiment particulier, très troublant pour eux comme pour nous…

 

"Nous" ?

Oui, nous, les artistes. C'est-à-dire que je cherche des partenaires financiers tout en n'étant pas hyper sûr du truc. J’aimerais avoir un label mais d’une certaine façon, au fond de moi, tant que l’objet disque existera dans sa forme commerciale la plus dure, vendue dans les Fnac et Virgin, je sais qu'il n’y aura pas de renaissance du milieu dans ses façons de faire. Faire mourir l’industrie musicale à petit feu empêche les nouveaux modèles d’émerger…

 

Mais toi, dans l’absolu, tu te verrais sortir un 12 titres "à l'ancienne" ? Je veux dire : tu te reconnais encore dans ce format ?

Je me pose la question... Ce format va continuer à exister mais il dominera de moins en moins… C’est une vieille forme. On en a la preuve quand on voit des groupes comme Sonic Youth et les Young Gods rejouer tel quel leur chef d’œuvre des années 90. Il y a là l'idée de sauvetage, de musée, d'espèce en voie de disparition. Aujourd'hui il s'agirait plutôt de concevoir des œuvres de 4, 7, 8, 10 parties, c'est-à-dire de faire du morceau par morceau, ce qui signifie de revenir à une forme hyper classique : la chanson. Avec Cheval Blanc pour l'instant c'est ce que je fais : de la chanson française.

 

Tu l’assumes ?

Oui, à part que je suis un peu perdu ! La chanson française, je ne maîtrise pas trop, ce n’est pas du tout mon milieu. Globalement, à part ce qui passe en radio, je ne sais pas trop ce qui se fait en pop en ce moment, en chanson encore moins, mais oui je l’assume. Je dirai que j’assume un certain retour aux sources.

 

Faire de la chanson française c'était l'idée maîtresse du projet Cheval Blanc ?

Non, au départ Cheval Blanc c’est quelqu’un qui s’est mis à écrire en français sur un blog.

 

Depuis quand ?

J'ai ouvert mon premier blog le 1er janvier 2006 à minuit. A l’époque j’avais un groupe qui s’appelait Collage.

 

C'était ton tout nouveau projet après l'aventure No One ?

Non, avant pour me nettoyer de cette période dont j’étais sorti assez fatigué, détruit, j'avais fait Mezzo Litro. On était deux, on a fait un 6 titres tiré à 50 exemplaires. C'était déjà un truc artisanal, offert. Aujourd'hui tu peux trouver ce 6 titres sur Myspace. Pardon d'avance pour le fond d’écran, il est horrible mais je n'ai plus le code d'accès pour le changer (rires) !

 

Dans Collage, si je te suis, tu chantais donc en anglais...

Oui, parce qu'avant de m'attaquer au problème de l'écriture en français je me suis attelé à celui du chant. J’ai eu beaucoup de mal à m'y mettre. Je m’y suis mis très tard. J'avais un vrai blocage. J'ai donc commencé à le faire en anglais. Victoria Davis, une amie anglaise, m’avait écrit des textes. J'en chante encore certains, "Run Red" par exemple. J'ai fait plusieurs albums comme ça qui ne sont jamais sortis, dont toute une série de chansons sur les textes oubliés de Ian Curtis.

 

Où les as-tu trouvés ?

Dans la biographie que sa femme a écrite. Tous ses textes de chansons y figurent et en toute fin tu as tout une série de textes inédits. C'est des textes préparatoires pour des chansons qu'il n'a jamais finies. Je les ai partagé pendant quelques années... C’est assez curieux mais y’avait tout un délire assez messianique chez Ian Curtis, une sorte de message de fond comme ça, dont on parle peu, mais que moi j’ai ressenti.

 

Un message messianique ?

Oui, c’est dans ses textes, suffit de les lire, c’est là, en trame de fond…

 

Tu veux dire messianique à la Jim Morrison ? Perso j’ai toujours perçu Curtis comme un Morrison de l'ère cold…

Je sais pas je connais pas les textes de Morrison. A vrai dire j’ai une culture rock assez terne.

 

Tu écoutes peu de pop ?

Oui, chez moi j’en écoute très peu et quand j’en écoute c’est majoritairement du classique. J'en bouffais un peu en live quand j'étais roadie chez Radikal, de très belles choses d'ailleurs, et je continue de garder un oeil sur ce qui se fait en pop, ça m’intéresse. D'ailleurs même si je voulais pas j'en entendrais car maintenant tu ne peux pas y échapper, il y en a partout, mais comment dire ? Je ne suis pas un consommateur passionné de pop. Cette religion me passe complètement au-dessus. Les références pointues, obligatoires, tout ça me saoule assez vite. Regarde, par exemple, il y a peu il était de bon ton d'honnir les années 90 et là tout d’un coup tout le monde semble retrouver ça génial, ce mécanisme m'insupporte…

 

La mode ?

Oui, voilà : la mode. La mode a tout avalé. Ça me rend un peu triste cette idée que le groupe de rock soit devenu une sorte d’accessoire de mode. Pas la musique finalement, mais le groupe de rock, l’image, c’est terrible ça. Ça a toujours été un peu ça, mais là on en est au stade où ça c'est tellement radicalisé qu'on a perdu toute substance. On vit une drôle de période qui pense être originale alors que finalement dans la pop culture peu de choses s’inventent.

 

Mais toi non plus musicalement tu n’inventes rien…

Non, non, justement…

 

Tu me diras : tu as peut-être passé l’âge !

Oui, je suis dans une autre logique, je cherche à revenir à des espèces de fondamentaux, à justement sortir de cet espèce de faux semblant de la contre culture ne sait même plus contre quoi elle est, qui est devenue la culture dominante, une espèce de marionnette. Revenir à un truc très basic : des chansons. En français.

 

Mais avant que tu ne fasses ça sous l’entité Cheval Blanc, il y a donc eu Collage où tu chantais en anglais.

Oui, et au départ c'était juste moi, puis une formation s’est montée autour de ces chansons, on a fait un concert au Batofar… et tout s’est arrêté.

 

Pourquoi ? Conflit humain ?

Un peu, ouais.

 

Comme chez No One ?

Oui, le chanteur et moi ça faisait trop longtemps qu'on s'entendait plus. Conflit humain puis politique…

 

Quand on voit combien No One était une sorte de Rage Against The Machine en V.F., un groupe énervé, militant, et combien tes chansons de Cheval Blanc sont sentimentales, poétiques, on a du mal à croire que tu aies pu en faire partie…

Tout ça nous a un peu pété à la gueule en fait. Ça a marché hyper vite et on s’est retrouvé piégé. Moi je me suis vite senti mal là-dedans mais bon, voilà. Et donc début 2006 c'est là que je me suis mis à écrire en français, en ouvrant un blog, et c’est là que les gens se sont mis à m’appeler Cheval Blanc.

 

Pourquoi ?

Parce que le blog s’appelait Antipunk Cheval Blanc.

 

Pourquoi ce nom d’Antipunk Cheval Blanc ?

Bah je me voyais pas évoluer sous mon propre nom et ma petite idée de départ (et ça rejoint ce que je te disais sur ma vision de la culture rock) c'était de revendiquer un certain rejet du punk. Moi, d'une certaine façon, le punk m’a éduqué. On peut dire que je suis un enfant du punk, plus exactement du post punk européen puisqu'à j’avais 14 ans en 81 et que j’ai connu en direct la sortie de Pornography de Cure, que j'étais là-dedans à fond, mais en même temps maintenant j’aimerais bien en voir la fin de cette espèce de…

 

Mythologie ?

Oui, voilà. Je veux dire : c’est bon, maintenant c’est vieux tout ça, c’est fini. Or ce truc n’en fini pas de mourir depuis 30 ans…

 

Donc "anti punk" : table rase.

Oui, mais avec tendresse...

 

Ça c'est le côté "cheval blanc" !

Oui, qui évoque une mythologie quasi universelle par son côté conte de fée...

 

A force d'exister sous ce nom par le biais d’internet (blog, Facebook et Myspace) la plupart des gens t’appellent Cheval Blanc comme si tu avais fusionné avec ton avatar…

Oui, quelque part ce nom a été validé par d’autres et voilà, mon prénom est devenu Cheval.


 

(Suite.) 

 

*"L’obsession de l’ailleurs c’est l’impossibilité de l’instant et cette impossibilité c'est la nostalgie même" Cioran

** "L'homme qui agit n'a jamais de scrupules ; seul est scrupuleux le contemplatif." Goethe

 

Dessin par Magali Brien

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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 12:58

We Don't Need Another Hero ?



 

Le 30 août 2009 à Rock en Seine, j'avais donc choisi de bouder MGMT et son cortège de tubes. Oui, et tant pis si ça me faisait louper l'exclu de découvrir 2-3 titres de leur nouvel album. Tant pis si je ne pourrais pas, à sa sortie, alimenter ma vie mondaine d'anecdotes avisées sur la teneur supposée de ce Congratulations. Au même moment me disais-je, j'aurais sûrement mieux à faire. L'heure venue, jetant mon dévolu sur l'électro rock de danois inconnus au bataillon (Veto), j'ai décidé que c'est le cas. Mon habituelle démarche de projectile humain speed pour Dieu sait quoi m'y emmène dare dare quand "Paf !" quelque chose me dévie de ma trajectoire.

 

"Aha, alors ça y est, t'arrêtes enfin de bosser ?". C'est une amie journaliste. Elle vient de jaillir devant moi comme un diable de sa boîte. Ah, l'objectrice de conscience, elle dit vrai. Saligote ! Badgé comme blogueur du blog de l'événement, je n'arrêtais pas de bosser. Je devais tenir le rythme (inhabituel pour moi) de 3 articles par jour et comme, contrairement à mes "collègues", je n'y arrivais pas, pour compenser ma maladive lenteur je passais presque tout mon temps backstage à trimer comme un immigré au fond de sa cave (j'exagère à peine !). D'ailleurs à trop le couvrir au lieu de le vivre, j’en avais presque oublié qu'un festival se tenait de l'autre côté de la barrière. Que chaque heure du rock se livrait tel quel à des gens en chair et en os (ils seraient 97 000 sur trois jours, un record). Oui, de vrais morceaux de vrais gens sans badges dont certains se feraient un malin plaisir, la nuit venue, de créer un gros bouchon à l'entrée VIP juste histoire de chahuter du vigile et de foutre gentiment le bordel. Saligaud de vrais gens ! "Nan, Eléa (c'est comme ça qu'elle s'appelle, Eléa), figure-toi que je devrais encore y être, j'ai du retard, mais marre." Ni une ni deux Eléa paie sa clope. Alors, dressé sur mes deux jambes, tige au bec, doucement je me reconnecte au sol, aux choses et au ciel. Et percute : le rock straight qui venait de la Grande Scène était celui d'MGMT. J'avais pas reconnu car le morceau était un nouveau ("Congratulations", "It's Working", "Song for Dan Treacy" ou "Flash Delirium" ? ça je ne saurais dire) mais conformément aux rumeurs qui qualifient le nouveau disque de plus blues-rock le morceau sonnait effectivement plus rock rock. Ligne claire disons.

 

Après, je ne me rappelle plus très bien l'ordre des choses, je sais juste qu'à part 2-3 autres nouveautés de ce genre glissées dans le lot (dont une sunshine présentée comme une chanson sur l'ecsta, et toutes catchy, well done les gars) ce fut le grand festin tubesque comme au Zénith. C'est-à-dire "The Youth" et sa procession répétitive mi espérante mi triste, "Pieces of What" et sa décontraction Hunky Doriesque au chant de caillou coincé dans la semelle (idem pour "Weekend Wars"), "Electric Feel" et son groove fraîcheur menthe, ses phrases d'une biblique évidence ("This is what the world is for / Making electricity"), son break à la "We Don't Need Another Hero" (qui me fera chanter "We Don't Need Another Hero !" et Eléa dire, montrant la couve d'Oracular scotchée à son badge, "Regarde ils ont même le look Mad Max"). Et puis il y a eu "Time to Pretend" bien sûr, sa rutilance dancefloor, ses synthés de mille feuilles schtroumpfesques, "Of Moons, Birds & Monsters" et son long solo de gratte final à chialer tant il fait prendre la mayonnaise, épique, cosmique, déchirante, et finalement "Kids" en version dantesque, avec toujours son sur-kitsch solo de synthé Rondo Venezianesque. Oui, presque tout pareil qu'au Zénith un an plus tôt. A la seule différence que là les gars semblaient faire corps.

 



Bon, ok, ils ont pas non plus passé leur temps à se regarder entre eux dans le blanc des yeux, untel frottant sa guitare à la basse, un autre son claviers aux fûts, ni n'ont parlé à la foule, ce que déploreront certains (pas un mot, excepté quelques mercis) mais hé les mecs sont pas là pour balancer des salamalecs ("Bien la famille ? la femme ? les enfants ?"), non ils sont là pour faire vivre des chansons (vous savez ce qui raconte un truc tout en submergeant de son) et faire vivre des chansons (ça y est, je redeviens Super Pédant !), en délivrer l'énergie, l'émotion, implique parfois de se tenir à carreau. Ce qu'a fait MGMT. Si derrière le batteur et le gratteux se faisaient volontiers héroïques, débordants ("C'est pas possible, le batteur doit venir du metal !" notera Eléa), le chanteur, lui, restera stoïque. Il n'était plus l'Andros pop au manteau d'Arlequin summer of love. Il portait une coupe courte, un T-shirt blanc moulant, un regard absent perdu au loin. Je ne dirais pas qu'il arborait une morgue rock'n'roll, mais malgré les reflets de manga dans ses yeux, malgré sa photogénie de garçon manqué, il communiquait une sorte de sérieux papal. Oui, à l'image de son chanteur, MGMT sonnait sérieux, tenu par ce qu'il fait. Mixant le positivisme de gendres idéaux (genre Keane, PAR EXEMPLE) à une débauche sonore plus guerrière (genre The Horrors, PAR EXEMPLE), il a toujours eu une belle envergure, musicale, mais dans ce regain de tension, d'autorité et de sobriété là, à Rock en Seine, s’en dessinait une nouvelle. Parce qu’on avait enfin l'impression de faire face à un groupe, avec une attitude, un jeu, une puissance de feu. Et ça a fait un bien fou, des chansons, qui vous racontent un truc, vous submergent de son. Eléa a senti la différence directe. "Wouah ! la claque, ça faisait longtemps qu'un concert ne m'avait pas fait ça, je crois que je peux aller me coucher."

 

Faisant fi de toute gaudriole, MGMT a montré qu'il prenait sa musique (et le public) au sérieux. Qu’après tout ce temps passé sur la route, soudé, uni, tendu dans un même but, il n’était plus le "duo de Brooklyn" mais un groupe. (Quelle idée d'ailleurs de les appeler ainsi alors que The Fiery Furnaces est aussi un "duo de Brooklyn" et que de là-bas émerge tout une tripotée de petits king of pop tout plus talentueux les uns que les autres. Je pense à Yeasayer, Chairlift, Dirty Projectors, Grizzly Bear, etc. Un article des Inrocks détaille le "etc."). MGMT a aussi montré que malgré (ou grâce à) tout le barnum médiatique qu’il avait traversé, il avait grandit et coupé les ponts avec l’image hippie pro-fête un peu adulescente du pétard Oracular, de même que d’avec l’esthétique de ses chansons-mondes. Alors après peut-être que les chansons de Congratulations, si elles semblent toujours tubesques, seront moins modernes, moins "worldwide" (Occidentalement parlant hum). On jugera sur pièce début 2010. En tous cas il semble qu’on tienne une sacrée paire de songwriters, genre The Strokes, retour du rock en moins, et c’est déjà ça.


 


Photos par Rod du Hiboo


 

 

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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 12:48

Still the one ?

 



Catapultés messies pop 2008 par un premier album de très gros calibre option retour de l'été 67, mais souvent décrits comme des bouses scéniques, à Rock en Seine MGMT était particulièrement attendu. Avec en sus l'épée Damoclès de dévoiler quelques titres de son nouveau testament attendu pour début 2010 : Congratulations ?

 

Ah, Oracular Spectacular. "Time to Pretend", "Weekend Wars", "The Youth", "Electric Feel", "Kids". Avec cet enchainement de 5 titres en tête de leur premier album, Andrew VanWyngarde (chanteur guitariste) et Ben Goldwasser (choriste claviériste) ont tout écrasé. Tout ça en se passant presque de l'aide de Dave Fridmann dira Andrew en interview (Fridmann c'est le producteur des Flaming Lips et de Mercury Rev et l'interview c'est moi !). 5 titres. 5 tubes. Tellement qu'à part "Pieces of What" et, à la limite, "Of Moons, Birds & Monsters", la deuxième partie du disque, gaulée comme un dahu, tomba un peu aux oubliettes ! Presque personne ne relèvera ce défaut, mais comment aurait-on pu ? Cueilli par ce 5 hit combo, on se félicitait plutôt de tenir le mouton à 5 pattes.


Perso je me rappelle que sur la foi de la vidéo de "Time To Pretend" et de 4 morceaux en ligne sur Myspace j'avais littéralement craqué, distinguant des accents du Bowie d'Hunky Dory de ci, des échos au Bright Eyes de Digital Ash In A Digital Urn de là, concluant en grande pompe en qualifiant cet Oracular d'Ok Computer de la positive attitude. Oui, parce que si Radiohead avait été le groupe de la peur d'un XXe et d'un Occident tirant tous deux sur leurs fins ("Rain down / Rain down / Come on rain down / On me" pleurait-il sur "Paranoïd Androïd"), MGMT était le groupe de l'après ("The youth is starting to change / Are you starting to change ? / Are you ? / Together together together together" chante-t-il sur "The Youth"), celui qui validait le passage au XXIe en ayant conscience de traverser des cerceaux de feu mais avec l'audace et l'hédonisme lucide de sa jeunesse 2.0 pour dire qu'on allait en triompher comme le surfeur de la vague

 

Le 8 juillet 2008, à l'occasion de leur ouverture pour les King of Leon au Zénith de Paris je fus donc déçu de voir que MGMT n'avait pas de présence sur scène. Un vrai groupe de rock qui compte se doit d'en avoir une pour amener le changement. Il doit inspirer ce sentiment d'être une bande en mission, être un corps s'opposant, condensant nos espoirs les plus fous. Seule, comment la musique le pourrait-elle, si elle reste une affaire de studio, de bon son gravé sur CD-R ? Je ne dirai pas non plus que Ben et Andrew sont des pantins pop, ce soir-là peut-être étaient ils juste mal lunés, mais bon en même temps ce n'est pas comme si on n'était pas habitué. Je veux dire : les groupes qui débandent live on connaît. Comme on sait ce que c'est que se faire jeter après un bon disque alors qu'on était high high, le coeur belligérant d'y croire.


En regard de la compléxité du monde, aujourd'hui plus qu'hier le problème c'est : que faire une fois qu'industrie et public vous ont permis de faire entendre le chant de votre jeunesse flippée de faire pleinement face au monde, qu'ils l'ont même célébré d'être plus beau que d'autres, de mieux l'embrasser ? Je sais c'est un peu bizarre et facile de rester là en retrait à critiquer et réfléchir ces questions. Peut-être à me lire aura-t-on envie de me dire "Vas au front et on verra ce que tu fais !" ou juste "Tais-toi ! Vieux pédant". Mais attention car je pourrais vous donner raison sur un point, dire que "Oui, je n'ai pas le truc dans le bide", mais surtout ça "Facile ne veut pas dire futile !" Beaucoup de "vérités" sont simples, ce qui garantit leur grandeur (en effet quoi de plus dur qu'atteindre l'épure ?) et le rôle du critique, quand il n'use pas de mauvaise foi, est alors de les remettre en lumière. (J'attends le jet de pierres pour ce trip moral à la Paulo Coelho !) Mais je ne peux me taire.


Que faire quand le monde vous a reconnu artiste ? Comment se remettre hors de lui ? Rock et notion de groupe ont-ils encore une durée ? Toutes ces questions me travaillent. J'aimerais croire qu'un groupe puisse encore résister. Etre the one.


 

(Suite.)

 

Photo de MGMT par Rod du Hiboo.


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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 19:33

Dancing Kean ?

 

 



"On a arrêté de se regarder le nombril"


"Cet album est assez philosophique, hippie même !"



J’ai lu les paroles des chansons de Perfect Symmetry et j’ai eu l’impression que dans certaines d’entre elles vous racontiez à demi mots que la vie de pop star vous avait écarté de votre droit chemin. Je me trompe ?

Tim : Ce n’est pas vraiment le sujet de Perfect Symmetry. C’était déjà plus celui d’Under The Iron Sea. Je trouve qu’il n’y a rien de plus ennuyant qu’écouter une pop star se plaindre que sa vie n’est plus qu’une succession de scène, d’interviews et d’hôtels…

Richard : Tu fais peut-être allusion à "Better Than This". Parce que cette chanson parle du monde des célébrités…

 

Et vous en faites partie !

Richard : Non, parce qu’on ne rentre pas dans ce jeu ! On ne va a aucune soirées où les films sont présentés en avant-première, ni en boîte de nuit, ni sur aucun plateau d’émission de télé réalité…

 

Il n’empêche : vous êtes connu !

Richard : Oui, mais seulement grâce à notre musique.

 

Mais vous faites partie de l’industrie musicale, et vous n’êtes pas sur label indépendant, donc dans une certaine mesure vous jouez le jeu !

Richard : Dans une certaine mesure qu’on s’est fixée, oui. Ce monde de la célébrité nous entoure bien sûr, mais nous n’y participons pas, nous ne faisons que l’observer, ça nous suffit. L’obsession people est partout, dans n’importe quel journal, chaque jour. Regarde, ce matin quand j’ai vu The Guardian, qui est censé être un quotidien de qualité, sérieux, je me suis dit qu’ils se rapprochaient plus que jamais de la presse people parce tu sais quoi ? Ils avaient mis Madonna en couv pour la simple raison qu’elle divorce. Un tel sujet en couv alors que nous traversons une grave crise financière ?! L’éditeur devrait être viré pour avoir laissé passer ça (rires) ! Et c’est de cela dont parle "Better Than This" : quand les gens oublient la dure réalité des choses en se divertissant avec de la merde ! Cette chanson ne parle donc pas directement de nous et de notre vie en tant que musicien, mais son sujet nous tient à cœur.

Tim : Aucune des chansons de ce disque ne parlent vraiment du fait d’être dans un groupe…

 

Elles parlent plus des désillusions qu’entraîne le fait de grandir et de découvrir la dure réalité des choses ?

Tim : Oui, elles parlent plus de ce que ça implique de vivre dans ce monde quand on est un être humain. Contrairement à nos précédents disques, il y a beaucoup de compassion dans ce disque en ce sens qu’on arrête de se regarder le nombril pour plus s’intéresser au monde et à l’autre. L’esprit de ce disque, c’est de dire qu’on croit vraiment que les gens sont capables de faire des choses positives. Chaque chanson traite ça sous un certain angle. "Better Than This" est en effet un bon exemple. Mais je crois que "Perfect Symmetry" va encore plus loin dans ce sens.

 

Il paraît que pour vous c’est la meilleure chanson que vous ayez écrite jusque-là ?

Tim : Oui, probablement. J’en suis très fier.

 

Tim, quand dans ce morceau tu écris : "What I do, that will be done to me" c'est pas un peu chrétien, genre "Ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse", "Aime ton prochain", tout ça ?

Tim : Oui, c’est cela. Tu sais, je ne crois en aucun Dieu et aucune religion mais je crois tout simplement qu’en effet si tu te comportes mal avec les gens, d’une façon ou d’une autre ça te retombera dessus. Voilà c’est juste une règle de vie, du bon sens, traiter les gens de la manière dont on aimerait qu’ils nous traitent. Je pense que "Perfect Symmetry" est une chanson très philosophique. L’album lui-même est assez philosophique. Mais j’aime l’idée qu’il y a toujours de l’espoir même si nous essayons d’écrire à propos de choses graves ou importantes.

 

Dans ce disque, tu as des mots assez durs sur l’amour, je veux dire : tu en donnes une vision plus désabusée que par le passé. Dans "Spiralling" tu écris "When we fall in love / We’re just falling / In love with ourselves" et tu remets ça dans "Pretend That You’re Alone" en écrivant "And love is just our way of looking out for ourselves / When we don’t want to live alone". Bref, durant tout le disque, l’amour en prend pour son grade. Il faut attendre le morceau final, "Love Is The End" pour vous entendre enfin dire que malgré tout, seul l’amour compte. Dans vos précédents disques, votre vision de l’amour semblait plus rêveuse, enchantée. Depuis elle en a pris un coup ?

Tim : Un sentiment traverse le disque qui dit en gros que les choses ne sont pas comme elles devraient être. L’amour est une chose importante dans la vie de tout le monde. Hum…

Richard : Le propos du disque est basique parce qu’il en effet que quoiqu’il arrive l’amour reste la chose la plus importante au monde et aussi sans doute l’antidote le plus puissante contre les nombreux aspects négatifs du monde où nous vivons. Tim a dit que c’était un album assez philosophique, moi je dirais qu’il est assez hippie !

 

Un album hippie ?!

Richard : Oui ! On a découvert nos racines "hippie" et on s’est connecté à ça parce que ce qui est important c’est que tu dois mener une vie épanouie, avec tes amis, avec les gens que tu aimes, pour pacifier le monde tant que possible. Et si tu demandes sincèrement à chacun ce qu’il souhaiterait pour le monde, je ne pense pas qu’ils répondraient "on veut plus de pétrole, plus de guerre, plus de pauvreté, plus de colère ou plus de famine". Idéalement je pense que chacun souhaite qu’on travaille ensemble à un monde meilleur. Alors bien sûr, c’est ridicule à dire mais actuellement cet idéal, qui n’est encore une fois que bon sens, on en semble tellement loin… Ce disque souhaite faire jaillir cette énergie positive.

Tim : Et c’est pourquoi il y a en même temps ce climat de désabusion sur le disque, comme si quelque chose était cassé. Parce que si tu te contentes de dire "peace and love", ça ne veut rien dire. Aujourd’hui ça ne veut plus rien dire. Mais si tu dis justement "When we fall in love / We’re just falling / In love with ourselves", ou je ne sais quel autre des nombreuses paroles désabusées que compte le disque, par contraste ça rend absolument vital l’esprit "peace and love" ou "hippie", peu importe comment tu appelles ça. Et ça veut dire qu’il va te falloir puiser dans tes ressources, te coltiner plein de merde et travailler dur pour faire valoir cet état d’esprit. Ça ne suffit pas de dire "peace and love", tu dois te battre à tout prix pour ça. Ce n’est pas qu’un mot, pas qu’un idéal, c’est une bataille.

 

Keane n’est pas connu pour faire des mélodies joyeuses. Mais pour la première fois il y en a sur ce disque. Ont-elles été dur à faire ?

Richard : Non, c’est venu naturellement ! Notre deuxième album était très noir, intense, presque étouffant et ça reflète l’état d’esprit dans lequel on l’a fait. Mais le dernier album on s’est vraiment amusé à le faire et je pense que tu peux l’entendre. On a eu plein d’idées et on les a toutes essayées, même celles qui semblaient être mauvaises (rires) ! Et parfois elles se sont finalement avérées êtres les meilleures idées. Cet album reflète donc l’état d’esprit dans lequel on a fait ce disque.

 

La première fois que j’ai entendu "Spiralling", je me suis dit que vous vous preniez pour Justin Timberlake !

Richard (rires) : …

Tim : Il y a plein d’influences pop sur ce disque…

 

Il est plus groovy, R&B…

Tim : Oui, il y a de ça, mais cette chanson est venue en écoutant Pink Floyd.

 

Pink Floyd ?!

Tim : Je ne sais pas. Il y a plein d’influences différentes. Je ne sais pas si tu es fan de Bowie, mais il y a une chanson intitulé "Speed of Life" sur l’album Low et sur cette chanson il y a une guitare qui fait comme des zébrures et je me suis dit que ce serait super si on arrivait à ce que "Spiralling" sonne comme ça. Au final elle ne sonne pas comme une chanson rock parce qu’on a tellement travaillé dessus qu’on y a apporté plein d’autres influences donc ça sonne comme une mixture de plein de choses.

 

J’ai trouvé qu’il y avait même un peu de Bee Gees dans "Spiralling" parce qu’elle finit dans une ambiance quasi disco !

Tim : Les Bee Gees ?! Mon Dieu ! Mais qui sait, tu as peut-être raison (rires). Mais je pense que cette ambiance que tu as décelée vient plutôt du fait que j’ai beaucoup écouté Prince. Mais j’aime que cet album soit plus physique et plus dansant que ce que nous ayons fait jusque-là.

 

Tim, au rang des influences, dans la bio de Perfect Symmetry, tu as même cité Salt’N’Pepa !

Tim : C’est vrai. On a grandi avec ce genre de hit pop et ce n’est que plus tard que je me suis aperçu que ce genre de son m’avait influencé et j’ai ouvert la porte à cette influence à l’occasion de ce nouvel album. Et je pense que c’est dû au fait qu’on s’est moins pris la tête pour faire ce disque, on a arrêté de se préoccuper de tout regard extérieur pour laisser venir ce qu’on avait vraiment envie de faire. C’était super de fonctionner ainsi. Et je pense que si tout s’est passé comme ça c’est en partie grâce au fait qu’on est venu enregistrer certaines chansons à Paris et à Berlin. Le fait de nous couper de Londres pour nous isoler dans des endroits nouveaux à donner cette ambiance de jeu et de fête à l’album. A ce moment-là, c’est comme si on avait oublié qu’on faisait une musique qui allait être écoutée par d’autres personnes. Et je crois que c’est la meilleure façon de faire un disque.

Richard : J’ai eu l’impression qu’on était en train de faire notre premier album, comme si nous étions un nouveau groupe, qu’on n’avait aucune pression, aucune attente. Je pense qu’on était dans cet état d’esprit-là. Et partir à Paris et à Berlin n’a fait qu’accentuer ça. Parce que nous deux premiers albums ont été faits dans le même studio près d’où nous habitons. Et puis cette fois nous nous sommes nous-même produits. C’était un tout autre processus créatif.

 

Quand et comment John Brion et Stuart Price ont-il rejoint votre processus créatif ? C’était votre idée de travailler avec eux ?

Tim : Oui. On voulait travailler avec John parce qu’il connaît plein de styles de musique et il y a très peu de producteurs comme ça. En tout cas dans cette catégorie, il est le seul à me venir à l’esprit. Il a travaillé sur les albums de Kayne West, de Fiona Apple, sur des BO de films…

 

Ce n’est pas un expert de pop anglaise.

Tim : Mon Dieu, non ! La dernière chose que nous voulions était de faire un album d’indie pop. On voulait faire quelque chose de totalement différent. Et il nous a mis en confiance par rapport à ça. Son grand principe c’était : "Ne te préoccupe pas d’une idée avant de la faire, fais-là et réfléchis après." Parce que si tu réfléchis trop ça va saper ton instinct créatif.

 

Il ne voulait pas que vous vous posiez la question du bon goût et du mauvais goût ?

Richard et Tim : Oui.

Tim : Est-ce que ça va plaire aux radios ? Est-ce que ça va plaire aux fans ? Est-ce que ça va plaire aux journalistes ? Beaucoup de groupes se soucient de toute cette merde, ils ne devraient pas. Une fois que tu as supprimé ce genre de préoccupations, faire de la musique redevient totalement libérateur et ta musique s’en ressent, elle n’en est que meilleure.

Richard : Et c’est en grande partie pour ça qu’on a aimé produire ce disque nous-même, parce qu’on n’était jamais passif, on n’était jamais là à se reposer sur une tierce personne qui pourrait nous guider ou nous donner des idées. Chaque jour on travaillait sur les chansons qu’on voulait. Tom arrivait le matin et nous disait quelle chanson il se sentait de chanter. Pareil pour moi si j’arrivais le matin en ayant envie de tester telle partie de batterie sur une chanson et bien on travaillait dessus et on l’enregistrait dans la soirée, parce que le soir est le meilleur moment pour tout (rires) ! On faisait vraiment ce qu’on voulait. C’est ce qu’on a fait pendant des années avant d’être signé en maison de disques : juste faire de la musique ensemble.

 

Vous écrivez vos chansons de la même manière qu’à vos débuts ?

Tim : Pour ce qui est de la base des chansons, oui. Mais encore une fois on a fonctionné différemment pour ce disque parce qu’avant de commencer à enregistrer on s’est tous réunis pour jouer toutes les chansons ensemble, pour voir comment on les sentait en nous pour nous. Et je pense que ce moment a été très important, ça a permis à chacun de vraiment contribuer au feeling de ces morceaux, qui sont plus basés sur le rythme que nos anciens morceaux. Comme on avait Jessie qui jouait la basse, une vraie section rythmique, très énergétique, très tendue, on n'avait pas besoin de lancer des bandes préenregistrées en se disant que ça irait, que la chanson se suffirait à elle-même. Non on faisait vraiment tenir le morceau live avec l’excitation de chacun.

 

Dernière question, après je vous laisse, promis, surtout que je vois que votre manager s'impatiente derrière la porte ! Que pensez-vous du groupe The Killers qui ont également travaillé avec Stuart Price pour leur troisième album, album qui va d'ailleurs sortir peu après le vôtre ?

Richard : C’est un bon groupe, un bon groupe de scène et un bon groupe de rock. On est pote avec eux. On est allé au studio où ils mixaient leur album à Londres, on a entendu quelques morceaux et ça sonnait vraiment bien. Je suis donc assez impatient de voir le résultat définitif.

 

C’est un groupe qui a émergé quasiment en même temps que vous…

Richard : Oui, il y a quelques groupes dont on se sent proche parce qu’on est arrivé avec notre premier album à la même période.

 

Lesquels ?

Richard : Il y en a beaucoup. Mais comme ça, là, je citerais Franz Ferdinand, Razorlight, The Killers donc et aussi Kaiser Chiefs.

 

Kaiser Chiefs a aussi fait un troisième album plus groovy et dansant. On dirait que c’est une vraie manie chez les groupes pop-rock anglais. Auraient-ils marre de la tradition : l'indie rock et la bonne vieille brit pop ?

Tim : C’est possible. De toute évidence les groupes qui survivent sont de bons groupes ! Beaucoup de groupes sont apparus quand on a émergé et en 4 ans j’en ai oublié les deux tiers. C’est très dur d’être un groupe, il faut rester ensemble, soudés, motivés. Une fois que tu as fait un bon album tu dois continuer à en faire un autre derrière. Tu ne peux pas te contenter de faire du surplace. 
 

 

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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 18:47
Dancing Kean ?



Il y a 3 ans, un peu comme leur copain de promo des Killers, ils étaient encore portés aux nues comme de réels outsiders de Coldplay, en voie de U2-isation. Aujourd’hui, après un troisième album sorti en octobre 2008 pourtant loin d’être dégueu où ils troquaient mélancolie contre positivisme, grisaille fleur bleue contre couleurs flashy, les trois anglais de Keane se voit néanmoins relégués au rang de groupe de seconde division. En témoigne leur présence plus que discrète dans la prog plus que moyenne de la 7e édition imminente du festival Rock en Seine. Mais ainsi vont les modes et l’industrie du disque. Aujourd’hui, au rayon euphorie pop, Passion Pit et MGMT frappent plus frais et plus fort. Reste qu’à sa sortie en octobre 2008, en bonne midinette que je suis, j’avais bien accroché sur la moitié de leur très phénixial et "Dancing Queen" Perfect Symmetry. Bien que sachant que je n'aurais affaire au chanteur, Tom Chaplin, et que je n'allais donc pas pouvoir parler de vedettariat, de cocaïne et de désintox, prêt à braver toutes les platitudes verbales inhérentes à ce genre d’interview et frétillant comme toujours à l'idée de gratter le vernis consensuel de pop stars internationales, je m’étais volontiers rendu dans un hôtel chicos de Paris pour parler de tout ça, et plus, avec Tim Rice-Oxley, le songwriter du groupe, et Richard Hughes, son batteur.

 




"Au début on nous comparait à U2 et Elton John, mais dès le deuxième album on était ailleurs."

 

"A chaque fois, parmi toutes les directions possibles, un seul bon album est accessible."


 

Bonjour Tim, bonjour Richard. Alors comment se passe la promo à Paris. C’est lé début ?

Richard : Oui, on est arrivé en train ce matin. On vient juste de prendre notre petit déjeuner.

 

Vous n’êtes pas encore bien réveillé !

Richard : Pas trop non. On a joué à Londres la nuit dernière, au 100 Club, un lieu très rock.

 

Une grande salle ?

Richard : Non, elle doit contenir quelque chose comme 400 personnes. On était là dans le cadre d’une émission de radio. On a tout joué très up tempo, très rock !

 

C’est votre humeur actuelle ?

Richard : Oui. Et c’est fun !

 

Ça a plu ?

Tim : Oui, il y a eu une bonne ambiance.

Richard : C’était un concert gratuit, et il y avait beaucoup de fans. On a donné trois concerts gratuits d’affilé : un en Ecosse, un dans le nord de l’Angleterre et un à Londres. Tu pouvais gratuitement obtenir un ticket via notre site Internet.

 

Ça fait partie des nouvelles façons de faire d’aujourd’hui pour attirer les gens !

Richard : En fait on a réalisé qu’on était très occupé le mois qui a précédé la sortie du disque (qui est sorti le 13 octobre 2008 au Royaume Uni, Nda) mais qu’on n’avait rien de spécial à faire la semaine suivant sa sortie. Je pense que notre manager s’est donc dit qu’il pouvait gracieusement nous offrir quelques jours de repos ! Mais nous nous sommes plutôt dit : “Profitons-en pour donner quelques concerts !“ Voilà.

 

Ça faisait longtemps que vous n’aviez pas joué live ?

Richard : Hum, oui je crois qu’on n’avait pas joué sur scène depuis août 2007. En fait depuis notre dernier concert pour la tournée d’Under The Iron Sea.

 

Vous étiez donc plein d’énergie !

Tim : Oui, on était donc content d’être de retour sur scène, surtout qu’on avait de nouvelles chansons à défendre. C’est toujours excitant de jouer de nouvelles chansons, et ça l’est d’autant plus que nos nouvelles chansons sont plus que jamais pleines d’énergie, ce qui donne vraiment envie de les partager live.

 

Musicalement vos nouvelles chansons sont plus sophistiquées, plus électroniques que par le passé. De ce point de vue-là, sont-elles plus dures à retranscrire live ?

Tim : Oui, c’est sûr que ça nous pris un peu de temps d’apprendre à les jouer live mais maintenant ça va, on a donné quelques concerts et on a vu que ça sonnait bien, tendu et tout.

 

Etes-vous toujours juste trois sur scène, vous deux et Tom Chaplin au chant ?

Richard : Non, maintenant on est quatre parce que notre ami Jessie Quin nous a rejoint. Il a intégralement participé à l’enregistrement du nouvel album. Il joue de la guitare-basse. C’était donc bien parce que pendant que nous enregistrions le disque nous pouvions donc jouer les morceaux live, partir dans des jams sessions, et nous rendre compte du son global que nous avions. Et c’est la même chose maintenant sur scène : on n’a pas besoin de se reposer tant que ça sur la technologie.

 

A l’heure qu’il est sur 11 chansons que compte Perfect Symmetry j’ai décelé 5 bonnes mélodies. Bonnes au sens d’accrocheuses. Au stade du troisième disque est-ce de plus en plus dur pour vous de continuer à trouver de telles mélodies ?

Richard : Je ne sais pas. On a consacré six mois à temps plein à l’écriture de ce disque et je pense que pendant tout ce temps Tim a passé le plus clair de son temps à bosser dur à son piano donc je ne sais pas si ça a été facile !

 

Tim, ce serait donc plutôt à toi de répondre à cette question !

Tim : Disons que je ne pense pas que ça ait été plus dur qu’avant. Je veux dire : on est très fier de ce disque. Pour moi il compte onze bonnes mélodies. Après ça dépend de ce que tu entends par “bonnes mélodies“. Notre but n’a jamais été de refaire “Somewhere Only We Know“. Sans doute que ça plairait à certains mais nous voulons faire quelque chose de plus intéressant que ça. Il y a quelques mélodies accrocheuses sur cet album, mais une chanson comme “You Haven’t Told Me Anything“ est mélodiquement plus recherchée. Elle est plus basée sur les rythmes, le son, l’énergie et une grande partie de la musique que j’aime fonctionne comme ça. Si tu considères Remain in Light des Talking Heads, tu admettras qu’il contient peu de mélodies immédiates, il n’empêche c’est indéniablement un bon album.

 

Bien sûr mais Keane n’a jamais joué dans la même cour que les Talking Heads…

Tim : Oui, mais Perfect Symmetry est un album très différemment de tout ce qu’on a déjà pu faire. Chacun de nos albums a sa propre personnalité. Je ne pense pas que quelqu’un puisse dire que “You Haven’t Told Me Anything“, “Pretending That You’re Alone“ ou “Spiralling“ ressemblent aux morceaux de notre premier album. A l’époque de celui-ci les gens nous ont comparé à U2, Coldplay, Elton John, tous ces grands classiques, mais avec notre deuxième album on était déjà ailleurs. On change tout le temps d’influences. Et les journalistes aiment décrire un album en le comparant à d’autres groupes. Pour décrire notre dernier disque ils vont donc devoir changer de références s’ils veulent toujours nous comparer à quelqu’un d’autres !

 

Avec ce disque ne craignez-vous pas que les fans ne retrouvent plus ce qu’ils avaient aimé chez vous ?

Richard : Non. Prends un groupe comme Radiohead, par exemple, leurs fans continuent à les suivre alors qu’ils ont plusieurs fois changé de direction. Ça montre que beaucoup de gens aiment les groupes qui se réinventent sans cesse, qu’ils sont prêts à embarquer dans ce genre d’aventure et c’est ça qui est excitant. Il y a aussi beaucoup de gens qui aiment les groupes qui refont toujours le même disque. Mais ce n’est pas notre truc. Ce qui nous excite c’est le changement. Tout à l’heure tu nous demandais comment on fait pour retranscrire sur scène nos nouveaux morceaux, et bien on a eu du mal à jouer live les morceaux de notre deuxième album. En effet à ce moment-là j’ai commencé à faire des chœurs, Tim s’est mis à jouer des choses de plus en plus compliquées sur son piano, parfois il chantait et jouait simultanément de deux claviers tout en actionnant des pédales d’effets avec ses pieds. Donc voilà c’était dur mais on continue de faire ça. Et on n’aurait pas pu faire Perfect Symmetry si on n’avait pas fait Under The Iron Sea parce qu’entre temps on a beaucoup appris. Grandir de la sorte, c’est ce qu’on aime faire en tant que musicien et en tant que personne. Je pense qu’il en va de même pour nos fans. Il n’y a donc pas de raison qu’ils ne nous suivent pas avec ce disque. Qui plus est, je me souviens avoir parlé avec quelqu’un après un de nos concerts la semaine dernière, et il me disait : “Je n’ai pas vraiment aimé votre deuxième album, mais j’aime votre troisième album.“ Avec Perfect Symmetry on renoue donc avec certains de nos fans. Donc voilà, peut-être qu’on en perdra certains, mais ce n’est pas grave, c’est le jeu et il vaut mieux continuer à avancer que fonctionner sur ses acquis.

 

Vous, avec le recul, que pensez-vous de votre deuxième album ?

Tim : On l’aime beaucoup ! Le truc c’est qu’il ne faut pas trop te préoccuper de ce que les gens vont pouvoir penser de ta musique. Je veux dire : toute personne se considérant un tant soit peu comme un artiste – disons-le comme ça, je ne trouve pas de meilleur mot – se tire une balle dans le pied dès qu’elle commence à se demander si ce qu’elle fait va dérouter les fans ou si ça va être pile poil dans l’air du temps.

 

En même temps vous pouvez difficilement ne pas vous poser ce genre de questions car vous êtes peut-être des artistes mais des artistes qui évoluent dans l’industrie du disque…

Richard : Je ne suis pas d’accord. Tu peux ne pas tomber dans ce genre de raisonnement !

 

Ce que je veux dire c’est que vous êtes sur une grosse maison de disques, vous vous devez donc de vendre des disques !

Richard : Mais c’est justement à notre maison de disques de vendre des disques, pas nous !

 

Mais vous êtes lié à elle !

Tim : Oui mais c’est son problème après (rires) !

Richard : Nous notre problème c’est de faire de bons albums. On n’est pas assez mercenaire ou pas assez finaud pour nous préoccuper de toute cette merde. Je pense qu’un groupe peut faire un bon album à chaque moment de son existence. A chaque fois, parmi toutes les directions envisageables, tous les albums possibles, il y a un seul et unique bon album à portée de main. Il faut réussir à l’atteindre et la seule façon d’y parvenir consiste à tenter de nouvelles choses en écoutant son instinct. C’est ce qu’on a fait et c’est comme ça que la bonne musique se fait. Nous, si l’on avait tenté de suivre un plan préétabli on aurait fait de la merde. Franchement, on n’a pas à se préoccuper de vendre des disques. Notre premier album s’est vendu à je ne sais plus combien de foutus millions d’exemplaires…

 

Oui, le miracle s’est déjà produit, en un sens avec l’image et la notoriété acquises vous êtes plus tranquille, mais d’un autre côté on va attendre de vous que vous reproduisez des scores similaires !

Tim : Je pense que beaucoup de gens pensent comme ça…

Richard : Mais en fait ce que tu gagnes une fois que tu as vendu autant de disques c’est la liberté de ne plus vraiment te préoccuper de tes ventes de disques. Enfin, c’est mon avis.

Tim : C’est aussi le mien. Notre préoccupation première n’est pas de vendre des disques. Comme Richard l’a dit, nous sommes dans une position privilégiée. Et si Perfect Symmetry ne se vend qu’à 5 exemplaires et bien soit. Je veux dire : si tu as fait un disque dont tu es fier, que tu as pour toi l’intime conviction d’avoir fait quelque chose qui mérite qu’on parle d’art et bien voilà, tu as fait ton job, et tu es cent plus heureux que si tu avais simplement un truc jetable destiné aux radios. Et le but dans la vie c’est quand même d’essayer d’être le plus heureux possible, non ?

 

Bien sûr. Comment a réagit votre maison de disques quant elle a finalement écouté ce nouvel album ?

Richard : On est allé à Berlin, on a fait le disque, ensuite on l’a mixé et on l’a envoyé à la maison de disques ! Ce que je veux dire c’est que la maison de disques n’intervient pas vraiment dans le processus créatif du disque. On l’a produit nous-même à part deux titres qu’on a produit avec Stuart Price et un avec John Brion. Et puis tu ne peux jamais vraiment savoir ce que la maison de disques pense de ton album, elle va tout le temps de dire qu’elle l’aime. Que peut-elle dire d’autres (rires) ?

Tim : En fait je pense qu’ils ont été enthousiasmés par ce disque. Il ne faut pas oublier que les gens qui travaillent en maison de disques, en tout cas ceux avec qui nous travaillons, sont avant tout des fans de musique ! Ils sont dans une boîte qui fait du business et ils font leur job, mais ils veuillent tout de même travailler sur des projets qui les excitent vraiment. Ils ne veulent pas s’ennuyer. Comme nous leur but dans la vie c’est d’essayer d’être le plus heureux possible !

 


(Suite et fin)


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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 19:10

Parts d'enfance

 



On m'a toujours dit "Une image vaut 1000 mots". Enfin toujours... ce credo date de mes années fac de pub, pas le Pérou donc, mais il m'a toujours tellement semblé cerner ma problématique d'être que je l'ai toujours perçu comme quelque message ancestral censé me prévenir des dérives inhérentes au fait d'être moi. Car comment ne pas prendre ce credo en horreur quand on est un homme de mots, qu'on veut y vouer sa vie, que c'est d'ailleurs effectif avant même qu'on dise "Oui, je le veux" ? Comment ne pas se dire qu'on aurait toujours dû se contenter des images, ne jamais apprendre à lire ni écrire quand on sait à quel point le credo suscité ("Une image vaut 1000 mots", oui répétons-le, retournons le couteau dans la plaie) est, économiquement, criant de vérité.

 

L'ignoble credo s'est rappelé à moi alors que je surfais tranquillement sur le Myspace d'un auteur, compositeur, interprète qui m'est cher et répond au doux nom de Cheval Blanc. Enfin tranquillement... la majesté au 36e dessous de ses compositions (10 ici sans compter les vidéos), cette espèce de tendresse effondrée qu'elles libèrent et dont elles ne semblent que la plus pure expression, tout cela me remuait tellement que j'ai failli m'envoyer direct faire une sieste dans un coin calme et reculé du local où je bosse. Tant d'émotion... ce n'était presque plus possible de reprendre une vie normale, de jouer la comédie de l'homme qui passe son temps à bosser comme si tout allait bien, croit que son labeur a un sens, son espoir un chemin. Non, c'était comme si, tout masque tombé, j'avais assez donné pour aujourd'hui, que je méritais le repos, un lit. On est tous un chien en nous-même, à la rue quelque part dans quelque carton sale, placentaire, et voilà, sachant se pencher pour vous parler à ce niveau où l'on ne parle jamais, les chansons de Cheval Blanc avaient mis cela au grand jour : l'inconvénient d'être né, le besoin d'amour, coucouche-panier. Alors c'est sûr, ne pas s'étonner après si le mec ne trouve pas de label. Il fait de superbes choses mais on n'a connu mieux pour relancer l'économie et le moral des français (pour les plus résistants il a aussi un blog).



 

Mais comme si tout cela ne suffisait pas, comme si tout cela n'était que commentaire, ou presque, un détail m'a frappé : un gamin, dans un coin. Immobile. Seul. Sa coupe au bol asexuée, sa petite bouche d'animal entrouverte comme une plaie , le renflement de sa lèvre dentelée, de ses joues, ses deux grands yeux de biche fixés à hauteur de papa-maman ; tout cela tremblant, féerique, presque morveux comme une aumône ; tout cela montant si haut, semblant tellement attendre de vie, d'amour qu'on sent y poindre la chute, l'injustice, l'envie de mordre, le projet "de tout écrire quand il saura viser" (Dominique A, "Rue des marais"). C'était la photo de "profil" du Myspace de Cheval. Une photo de lui enfant. L'innocence blessée dans toute sa splendeur. Ça m'a séché, me rappelant "1983 (Barbara)" de Mendelson, l'écart entre la tête déplumée du Chet Baker de la fin et les traits jouvenceaux de celui des débuts. Celle d’Antonin Artaud aussi. Et celle du Cheval Blanc actuel, quarantenaire, usé, tant y affleure encore, plus forte que tout, la beauté de ses yeux de minot. L’alliance de cette photo et de ses chansons créait comme un manifeste puissant. Ça a fini par me rappeler une photo de moi au même âge, une photo qui m’est chère tant mon visage n'y est que sourire, toutes quenottes dehors. Etrange de s'auto émouvoir comme ça, de voir votre cœur éclater dans une bouille de Looney Toons. Ces images, tout cela me disait de tenir... Je crois que c'est ça qui m'a sauvé de la sieste.

 

Plus tard, comme j'avais tenu bon, que j'étais encore fidèle au poste et pire, connecté sur Facebook j'ai eu le plaisir de finir la journée avec une des plus belles filles qu'il m'ait été donné de rencontrer jusque-là, même si ce n’est que virtuel. Cette fille c’est Julie Hoarau. Je crois qu’elle m’avait addé quelques mois plus tôt parce qu’elle me connaissait déjà un peu pour être lectrice de mon blog, Parlhot. En tant que fan d’indie pop elle aimait les artistes présentés, ma façon d’en parler. En quête de lecteurs, de qualité tant qu’à faire, j’ai accepté sa demande. Bon, je vais pas tergiverser plus longtemps, et vous le savez puisque la photo ci-dessous vous a gentiment explosé les pupilles : cette fille est une bombe. Et j’ai beau ne pas être spécialement branché bombes, ça a joué. Bien sûr. Ce que j’ai fait ? Ce qu’aurait fait tout le monde : voir ses photos, et waouuuh ! Regardez-moi cette bouche, cet art de fixer l'objectif, cette fossette du menton, ce nœud noué à la taille, cette hanche qui sort du cadre (attention, vous ne pouvez voir cette photo à faire pâlir le maillot une pièce de Pamela Anderson que si Julie vous add sur Facebook) : ici tout fait mine de te désirer fort fort et dans le même temps chaque fibre de son corps hurle qu'elle et toi n'êtes pas du même monde. "Et Dieu créa la femme" : voilà ce qui frappe l'esprit de l’homme devant Julie Hoarau. Bye bye Paradis, bonjour couleurs, images, sexe opposé ! Avec tel corps se dit-on la réunionnaise pourrait tout faire, ou presque. D’ailleurs en atteste son site d'animatrice TV, outre "modèle photo", Julie fait plein de choses : montage, cadre, réalisation de formats courts, théâtre/chant, voix off... Depuis peu elle présente même Live Kafé, une émission musicale sur Antenne Réunion, et elle chante !



 

Oui, Julie fait de la pop. Le projet s'appelle Dance with... anatole et apparemment ce n'est qu'elle, sa plastique, son minois, son brin de voix et son ukulélé (vous savez, cette satanée gratte de Polly Pocket au son malingre mi exotique mi post crise qui fait fureur auprès de la clique bobo folk). Tout cela est célébré dans le clip de "François", seul titre pour l’instant en écoute de sa grande œuvre en cours. (En fait, je m’en rendrais compte après, 4 autres titres sont en écoute sur son Myspace et c’est bien elle qui fait la voix, les textes et le ukulélé.) Playmate des champs, coquette à mort, dans ce clip la petite soeur de Julie, aussi belle que la grande, batifole  dans la nature verdoyante avec force oeillades caméras. Image, texte, son, c'est tellement vide tout en s'ignorant, enfin j'ose le croire, que c’en est presque génial de naïveté, mettant profond Cocoon et Cœur de pirate pour atteindre quelque chose comme le stade "méta art contemporain" du genre. Toujours sans le savoir. Alors bien sûr, Julie débute et sait que sa musique reste  quelque chose de très amateur. Il faudrait donc être vraiment vilain pour lui jeter la pierre (là ma part d'enfance s'empoigne avec mon cynisme de grande personne...) mais à vrai dire je n’ai même pas envie de critiquer sa musique. Ça ne m’intéresse pas parce qu’il est trop tôt pour ça et que je respecte les gens qui, contrairement à moi, tout à coup, tardivement, se mettent à essayer de faire leurs propres chansons. Récemment j’ai une amie qui s'y est mis. Elle aussi s’appelle Julie, son groupe Candy & Fly. J’en profite : respect Julie, il y a de belles choses dans ce que tu fais.

 

Non, critiquer la musique de Julie ne m'intéresse pas mais ce qui m’intéresse par contre c’est ce soi-disant problème de l’alliance "indie pop + bombasse des îles". En gros, Julie "She's So Heavy". Oui, trop bonne pour une pop trop frivole. Vous me direz, ce n'est pas une première. En la matière, Mareva Galanter a déjà créé un précédent. En se lançant dans la musique avec un certain succès, Miss France 1999 a montré qu’un physique de top model était soluble dans la pop. Mais cela suppose une esthétique en soi. Par exemple, qu'on l'aime ou pas, Carla Bruni en a une, Vanessa Demoui non. Et sans vouloir lui jeter des fleurs, la tahitienne protégée de Castelbajac a bossé pour trouver son juste au corps pop, ou du moins pour trouver les bons collaborateurs capables de le lui dessiner. Là-dessus, toute seule (à souligner), aussi fan d’indie pop soit-elle (Hermane Dune, Tahiti 80, Elliot Smith, The Shins), Julie est nue. Sans le style pour jonction avec sa beauté, elle ne peut pas prouver qu’elle est plus qu’une Clara Morgane à ukulélé. Et tant qu’elle ne l’aura pas trouvé, si tant est qu'il existe, elle ne sera que cette Nature parfaite dans laquelle toute trace de Culture s’avère insoupçonnable. Elle ne sera que cet Idéal de féminité écrasant et arbitraire dont on n’attend rien d’autre, puisque La Forme est là, qu’un alibi de pop songs bikini pour consommer l’œuvre véritable : son image. C’est toute la différence entre prendre la pop comme fin ou comme moyen. Quêter la lune depuis le caniveau ou le simple supplément d’âme quand on a le reste.


 

Aux jeux du chanteur et du chroniqueur musical, ainsi va le monde, labimbo Bambi aura toujours plus de chances de percer que le Cheval flapi et le Parlhoteur. Et je n’ai pas dit pas ca pour que les choses changent ni diaboliser ce qui n’a pas lieu de l’être. Qu'un pixel de femme puisse réduire en cendres les Ecritures est au-delà du Bien et du Mal, et doit perdurer. Je pose juste la question : combien de mo(r)ts pour son image ? Et Julie, où est ton enfance là-dedans ? (L’enfance ce n'est pas le Petit Poney, c’est la fêlure, le regard qu’on porte sur soi enfant.) Je ne sais pas comment ce serait pris mais j’aimerais lui poser cette question si je la rencontre un jour. Parce que c’est bien sympa de tchater avec Julie mais c’est plus le genre de fille avec qui on aimerait faire ça de visu. Autour d'un verre. Comme elle doit regretter que son rapport aux autres soit conditionner par son physique au point de vivre comme une femme invisible, s’en suivrait de ma part tout un tas de secrètes manœuvres pour minimiser, sans doute à tort, tout rapport de séduction. Qu'elle ne voit pas que je la vois comme tout homme la voit. Ce serait génial. Mais après ce texte, ça m'étonnerait que ça se fasse.


(Suite.)


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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 20:31
La traversée
du désir



N'avez-vous jamais souhaité la prison ? Ne vous êtes-vous jamais formulé ce voeu d'une quelconque manière, au plus profond de vous-même ? Pour moi ce lieu a toujours été symbole de libération - de l'obligation de trouver un taf, de la tentation de fuir l'écriture pour sortir, boire, fumer, tenter de pécho. Dans ce cachot que je fantasme comme une Eglise, un non-lieu, je pourrais enfin m'épouser en me consacrant à l'utopie de rangement total et de nouveau départ qui, je crois, taraude tout écrivain. Quelques mois plus tôt cette occasion m'était donnée.


20 mars 2009. "Rhinopharyngite". Cinq jours d'arrêt. Quand j'ai entendu ça, une clameur s'est faite en moi. J'aurais gagné au loto que je n'aurais pas été plus heureux. Thanks doc ! Tout ce temps que j'allais enfin avoir pour écrire, comme absent au monde. "Sylvain ? Non, peut pas, rhinomachinchose." O rhino, mon amour, grâce à toi tous ces textes que j'allais pouvoir finir ! Je voyais déjà les pages se noircir, mon ego m'ériger en génie. A nous deux chère inspiration, à nous deux cher ordi ! J'omettais juste une chose : on est moins génial transformé en légume. Ne tenant littéralement pas la forme - the body rule the mind, the mind the body - j'avais beau faire le siège de mon PC, rien ne marchait. Un moignon devant le clavier. En même temps j'essayais d'écrire sur Bash, quelle idée. Plus j'échouais plus je me sentais nul plus j'avais besoin de réussir plus j'échouais plus je me sentais nul plus j'avais besoin de réussir... "Mon Dieu, me suis-je dit, je demande peu de chose, juste un texte qui me fasse me sentir quelqu'un de bien et de valable sur cette terre, juste un, ce soir, l'étincelle, que je me couche avec la sensation d'être un nabab et pas une sous-merde. Desperate houseman."


2h00. Je me suis obstiné à me faire encore quelques lignes mais je voyais clair dans mon jeu : à un moins d'un miracle, je n'y arriverais pas. Pas même une nuit blanche ne me permettrait d'atteindre l'autre rive. J'étais déjà perdu. Ces dernières secondes, tout comme mes allers-retours bureau-frigo, la fréquence de mes clics envoyer/recevoir avait considérablement augmenté. Que faire ? Je ne pouvais décemment pas me coucher comme ça, me dire "Tant pis, je verrais ça demain". A ce stade, même rouillée, la machine était lancée, la bête avide, le sommeil hors de portée, il n'y avait pas d'alternative. D'issue valable. Enfin si, une : profiter de ce temps de malade pour disparaître enfin dans le visionnage des 28 épisodes de la série Twin Peaks, son univers, son manteau sublime. Voir enfin ce chef d'œuvre fera même de ces quelques jours off un moment phare de mon existence. Mais je n'y penserai que demain. Alors quoi : pause YouPorn ? Sniffer des kilomètres de pixels en quête de la scène sexe ultime ? Comme si je planais au-dessus de ma chambre, je me voyais déjà faire, souris en main, moi dans l'autre : ça m'aurait achevé. Etre ce drogué, cet arrière-trainspotteur - sniff ma vie - c'est tout ce que je voulais fuir. Ce n'était pas MOI. Je l'ai dit aux filles : "O vamps innombrables du net - MILF, teen, ebony, asiat - oui vous, sirènes modernes, big boobs and nice ass, chimères vous ne m'aurez pas. Je ne vous laisserai pas briser mes élans de paternité pour quelques minutes de fake you. Pas encore, pas cette fois." Je ne devais pas me disperser. Prendre cher pour renaître à la vie, prendre cher pour renaître à la vie... Mais plus je me sentais vide plus mon corps s'est mis en tête de substituts pour que je taille la zone. Oublier, rien que 10 secondes, cette merde de flesh and bones.


 

"Falling"




J'aurais tué pour le frisson d'un Coca, le goudron d'une roulée, le moelleux d'un bout de pain. Mais j'avais déjà craqué, il ne me restait plus rien, et à cette heure tardive, au moins 3h00, pas moyen de refaire le plein. La nuit s'étendait comme une longue route sans escale. Un mur infranchissable. C'était la vraie prison pour le coup, celle de l'esprit. Je me suis tourné vers mes piles de disques. Aucun ne semblait capable de me venir en aide. A quoi bon en avoir tant si aucun n'a ce pouvoir ? A quoi bon la botte de foin s'il n'y a pas l'aiguille ? J'ai secoué ma boîte mails comme si un signe de l'au-delà, coincé je ne sais où, devait me parvenir. Comme si, forcément, puisque le medium existe, quelqu'un devait penser à moi au à 4h00 du mat et me le dire... "Mon Dieu, me suis-je dit, délivre-moi du ma(i)l ! Que quelque chose vienne me secouer les entrailles, modifier la structure moléculaire de ma pauvre carcasse !" J'étais vraiment au fond. Alors, comme ça me prend parfois, d'un coup j'ai chanté un de mes couplets préférés de Radiohead, à savoir ces quelques minutes de la fin de "Let Down", plage 5 d'Ok Computer, où Thom Yorke s'emballe, démultipliant sa voix de castra pop dépressif, jurant qu'il est tellement conscient et affecté de tout ce merdier qui l'entoure qu'un jour, c'est pas possible autrement, des ailes vont lui pousser. Enfin je ne sais plus bien. Il se peut que j'ai plutôt chanté "Life Is a Pigsty" de Morrissey, le joyau de son avant dernier disque, Ringleader of the Tormentors. Même message, même moment où la voix s'envole. Quoiqu'il en soit quand j'ai repris mes esprits j'étais toujours au point de départ. "Still Ill". Just a rat in a cage.


Dans le lecteur, le CD était fini. Dans ce cas-là, comme toujours dans ces nocturnes moments d'écriture, en quête de l'humeur adéquate
, j'avais mis quelque chose de vague, naissant, bénissant les dieux que ce genre de musique existe. Je crois que c'était Love in the Time of Science d'Emiliana Torrini. Je l'avais écouté jusqu'au bout mais alors que d'habitude je n'ai rien à lui reprocher, là, très tôt, quelque chose avait cloché. L'islandaise n'avait pas fait l'affaire. Pas du tout. Pas vraiment. Au moment de changer j'ai donc longuement réfléchi. Très vite j'ai opté pour Mustango de Murat, son album d'avant le déclin, l'un de ses meilleurs. J'écoutais "Jim / Murmurant / A cheval..." Comme à chaque fois, j'étais heureux. Le morceau déployait son air de romance, de grands espaces et d'incurable solitude. Ça me portait. Je pensais à PJ qui allait venir, plage 3. "Polly Jean" sur son "galure rouge sang", longues lèvres rouges, cheveux au vent. Comme elle me faisait moi aussi rêver, je l'imaginais sans mal. Comme cela m'arrive parfois, je pensais même au couple que Nick Cave et elle avaient formé. Je voyais ça comme une histoire de cinéma, forcément déchirante. Nul doute que j'aurais aussi écrit sur elle si j'avais été musicien. Ne comptais-je pas un jour écrire un bel article sur elle ? "Quand même, me suis-je dit, c'est dingue que ses disques et elle aient à ce point fusionné que des auteurs l'envisagent comme un pur personnage et prolonge son aura." Murat n'est en effet pas le seul à l'avoir faite muse. Sur son nouvel album, Cyprine, bootlegant habilement "Henry Lee" et "Initials B.B.", le toulousain SvenSson a fait de même. En tirant "Initials P.J.".


5h00. Les mots de ce far west d'Auvergne claquaient comme des énigmes, éloge de la chair, preuve que l'envers des choses existe. "Mantille", "misaine", "galure" dispersaient méandres, faisaient de l'être un autre, une fuite, un film comme, lorsque une clope nous fume. Oui, une issue existait, ici. Epris de voyage et d'amour, j'aurais dû la trouver, écrire comme jamais, mais perclus par la beauté de ces textes, aquaplannings et érotisme champêtre, je voyais le mien se noyer. Un vrai bordel de phrases hirsutes, à l'image de ma psyché. Quand tout à coup tout m'est apparu, fulgurant : au diable Bashung, ce que je voulais c'est parler de La Féline. From Her To Eternity. "Falling".


 

Photo d'Agnès Gayraud par Jeff Hayot


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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 17:24

King of pop ?



D'habitude quand un groupe brille trop vite l'album d'après toute la profession, fans compris, l'attend au tournant, guettant le moindre faux pas et désirant même la bonne grosse plantade que personne, pas même la blogosphère, n'osera soulever pour être le seul à se faire buzzer à coups de "Le roi est nu !". Sombre mélange de pulsion Rastignac et de résidus de lutte des classes, d'envie de fustiger le spectacle et de le rejoindre, comme me l'avait dit un jour Alain Dister le processus de fantasme/contre fantasme de la presse rock est regrettable. Et je suis bien embêté car n'étant qu'un homme fait d'humeurs variables avant d'être un critique rock de marbre et d'airain, à l'heure de parler de Music for Men, le 4e album de Gossip, tout cela est venu me faire du pied. Résultat : au départ je voulais le descendre puis je me suis ravisé.


Je sais. A force de ne pas me borner à vous dire si tel disque est bon ou pas (dernière exemple en date : Schuller), vous allez finir par passer votre chemin, vous dire que je suis décidément peu fiable et que je crains car je n'ai pas d'avis. Mais que voulez-vous, comme peu de choses dans la vie, peu de disques sont tout noir ou blanc et je m'intéresse souvent aux disques qui posent problème, à ceux, ambigus, où se joue un truc à dénouer et qui, en somme, engagent plutôt l'art bâtard de la Parlhot que celui, dépassé, de la prescription. Et puis en 2009 quel critique peut encore avoir intérêt à jouer les prescripteurs alors qu'en un clic chacun peut écouter gratuitement tout ce qu'il désire ?


J'ai saisi toute la nature de ce problème la dernière fois que je suis allé au théâtre lorsque, après m'avoir conduit à mon siège, le placeur s'est figé auprès de moi. Sincèrement je ne voyais rien qui justifia que je lui donne de l'argent. Je ne l'avais pas sonné et j'aurais pu trouver ma place seul. Je me suis senti piégé. Le service était rendu et le type était là, me communiquant par le lieu et sa tenue le poids d'une tradition révolue. Concrètement, à moins d'être aveugle, il ne servait à rien. Ainsi en était-il de la presse rock et de ses scribes. A cette différence que moi je n'avais ni costume ni théâtre pour piéger quiconque. Il n'empêche, j'ai encore et toujours envie de vous parler de musique. Venons-en donc au nouveau Gossip : Music for Men.


Contrairement à ce qu'on entend dire, ce n'est pas le deuxième album de Beth Ditto (chant), Brace Paine (guitare, basse) et Hannah Blilie. Ceux qui disent ça le font dans le but de réécrire l'histoire sous un jour bigger than life et c'est MAL. Antony Hegarty n'est pas né avec I Am a Bird Now, un des albums phares de 2005 et Gossip n'est pas né avec Standing in the Way of Control, un des albums phares de 2006. Comme le gros gay à voix d'ange, la grosse lesbienne à voix black a galéré avant que son groupe n'explose et qu'elle se fasse élire "personnalité la plus cool du rock". Standing in the Way of Control était leur troisième album studio. (le trio s'est formé en 99 à Olympia, dans l'État de Washington.) Et leur deuxième album, Movement, je me rappelle l'avoir vu dans le carton des rebuts quand je bossais à Rolling Stone.

Dire cela change tout. Car contrairement à ce qu'on pourrait penser, aujourd'hui si Gossip tente le (heavy) cross-over indie/mainstream avec ce Music for Men signé chez Sony et produit par Rick Rubin (Beasty Boys, Red Hot, Johnny Cash...) ce n'est ni précipité, ni prétentieux. C'est juste que c'est le moment. Maintenant ou jamais. A leur âge, vu leur tempérament et le carton de leur précédent disque, la starisation de Beth, le succès de leur tournée et leur participation au True Colour Tour de Cyndi Lauper avec, entre autres, de Debbie Harry, Rufus Wainwright et The Dresden Dolls, ils ne pouvaient que tenter ce pari fou : s'assumer en potentiel King of pop. Que faire d'autre ? Que faire d'autre, avant l'oubli, quand on argent, audace et talent ? Dans ce monde en perpétuelle fragmentation, la pop a plus que jamais besoin de fédérer, comme elle savait encore le faire, grâce à certains, dans les années 80.





Alors bien sûr, ce disque déroute. Il n'y a que sur "Dimestore Diamond", "Heavy Cross", "Spare Me From The World" et "8th Wonder" que la voix, la gratte et la batterie drivent l'affaire comme avant. 4 morceaux dont 3 d'ouverture et un de clôture. Et encore, si l'allant est rock, le son y est moins vintage, brûlant. Rubin a épilé. Tout est plus froid, pensé, clinique. Machine à faire bouger son corps en rythme. On trouve même quelques pincées de synthé. Ok, c'est efficace. Diablement même. Ok, le single "Heavy Cross" accroche d'emblée. Mais bon on pourrait presque chanter "Standing... " sur les premières mesures. N'est-ce pas trop pute, pavlovien ? L'impression que Rubin a rétrécit les Gossip, que Beth a muté en Annie Cordy à trop jouer les poules disco, multipliant "Ouhouhou" et "Lalala" pour attirer le chaland. L'impression que Gossip qu'on connaissait hormonal et hors normal a fait taire le tigre qu'il avait dans le moteur, vendu son âme au diable. On flippe. Ce n'est qu'un début.

Oui, car le reste du disque, son ventre, là où il mise et souhaite prendre le pouvoir, vire carrément pop Flashdance, testo-Cerrone. Les synthés jaillissent, cheap, et tout un tas de petites percus métronomiques et estivales genre cloches de batucada incitent au déhanchement. Et si aux deux premières écoutes ce parti pris disco eighties semble lasser à mi-disque, dès la troisième, on se surprend à chérir les morceaux les plus synthétiques, la scie sautillante de "Love Long Distance", le gimmick de guitare K 2000 de "Vertical Rhythm", le refrain hymnique de "For Keeps", et à chanter les mérites de tout le disque ! A quelques détails près tout cela éclate comme autant de tubes capables de mettre le monde à ses pieds.

C'est en cela que cette musique est, dans les deux sens du terme, pour les hommes. Car en ayant les couilles de se conformer à ce que l'industrie, ce monde d'hommes, désire, c'est-à-dire des canons de beauté, sans rien perdre ce qui l'anime, elle tient les rennes pour secouer les choses de l'intérieur, et s'adresser à tout le monde. Un titre d'album hautement vicieux comme sa musique auquel répond l'absence de Beth sur le recto de l'objet. Elle a en effet cédé sa place au profil plus straight et passe-partout de sa garçonne de batteuse. La classe. Loin d'être nus ces ex-Next Big Thing sont en passe de devenir des King of Pop. Des rois terrortistes. Masqués.
Le 5 septembre 2007, en plein dans l'oeil de la hype de la récente sortie de Standing in the Way of Control, après avoir poireauté plus d'une heure dans un studio sans âme de la plaine Saint Denis, j'avais 10 minutes chrono pour faire connaissance avec Beth et la confesser sur son statut de nouvelle sensation (forte).



 

"j'attends qu'une super chanteuse noire déboule"


"être ronde, lesbienne, il est temps qu'on trouve ça cool"

 


Bonjour Beth, comment vas-tu ?
Bonjour, très bien, merci.



Nous avons dix minutes.

Ah, je sais, désolé, cette journée est folle !


Peux-tu me résumer le parcours de Gossip ?
Nos débuts furent très fun. C'était très agréable, innocent. On n'avait presque pas besoin d'argent, pas ou peu de responsabilités. J'avais 18 ans, Nathan (alias Brace Paine) 19 et notre batteuse de l'époque (Kathy Mendonca) 20. On était tous de la même ville, Searcy, dans l'état de l'Arkansas, et on l'a tous quitté pour Olympia, dans l'état de Washington. C'est là qu'est née le mouvement Riot Girls au début des années 90 et c'est donc là qu'on a créé le groupe, en 1999. Depuis on a continué. On a sorti 4 EPs et 2 albums, le premier en 2001, le second en 2003. On a tourné entre autre avec Sleater-Kinney, John Spencer, The White Stripes, Sonic Youth et Le Tigre. Aujourd'hui j'ai 24 ans, on sort notre 3e album et nous voici en France à Pariiiiis !


Ok. Monter un groupe de rock c'est quelque chose qui te tenais vraiment à coeur ?

Non. On habitait tous dans la même maison avec Nathan et Kathy. Nathan était dans un groupe de punk, il faisait des concerts, organisait des soirées et moi j'avais un job alimentaire. Et puis un jour que son groupe finissait de répéter dans le garage, Kathy a commencé à jouer de la batterie avec lui et 5 minutes plus tard ils sont remontés en me disant : "Viens chanter dans notre groupe" et j'ai dit : "OK". Trois jours plus tard on avait un concert dans le sous-sol d'une maison. C'est comme ça que ça a commencé. Je n'ai donc jamais eu l'intention de faire partie d'un groupe. Pas du tout. C'était complètement inattendu.


Tu es blanche. D'où sors-tu donc cette voix black à la Tina Turner qu'on entend rugir sur les 11 titres de Standing in the Way of Control ?

J'ai toujours chanté, notamment du gospel, car je chantais dans une église quand j'étais petite et que j'habitais l'Arkansas. Mais pour moi le gospel qu'on jouait était extrêmement mielleux et daté, c'était genre (elle se met à chanter :) "Amazing Grace, how sweet the sound". Il n'y avait pas un vrai feeling soul. Ma mère chantait dans cette église. Elle écoutait Black Sabbath et Michael Jackson. Mon père, lui, jouait dans un bar honky-tonk, il écoutait Kool and the Gang, Johnny Cash...


Deux choses assez différentes pour ne pas dire opposées...

Oui ! Mais que de merveilleuses musiques. J'ai grandi avec ça.


Vous n'êtes pas les seuls à nourrir votre rock de soul. En ce moment pas mal d'artistes, d'Amy Winehouse à Cold War Kids en passant par Antony Hegarty, mettent pas mal l'accent sur cet héritage noir. Quel regard portes-tu sur ce phénomène ?

Je pense qu'il est temps que la musique noire revienne au premier plan de la pop. Ce serait d'ailleurs bien qu'une chanteuse noire arrive à avoir du succès avec ce genre de musique. Parce que le truc c'est qu'aucun de ces artistes que tu cites n'est noir. Les gens n'acceptent la soul que lorsqu'elle est chantée par des blancs. Je trouve ça très bizarre. En un sens ça témoigne d'un certain racisme. Regarde, Antony Hegarty chante comme Nina Simone, exactement comme elle, et j'aime ce qu'il fait mais il y a tellement de Nina en lui que ça en devient presque ridicule. Amy Winehouse pareil. Elle sonne juste comme Gladys Knight. Moi je ne sais pas trop comment je sonne, mais je ressemble sûrement à l'une des femmes que j'écoutais enfant. Quand j'étais au lycée, pour moi il n'y avait personne au-dessus d'Aallyah. C'était mon idole. Aujourd'hui, la seule qui me vient à l'esprit et qui est populaire, c'est Mary J. Blige. Il y a Rihanna, bien sûr, mais ça c'est plus de la teenage pop. Non, moi j'attends vraiment qu'une super chanteuse noire déboule et casse la baraque en étant autre chose qu'un produit calibré pour les jeunes.


A part ça les journalistes n'arrêtent pas de te parler de tes rondeurs et de ton homosexualité, en faisant mine que c'est trop cool d'être grosse et lesbienne. Tu n'en as pas marre ?
Non, c'est une bonne chose. Je pense qu'il est temps que les gens trouvent ça cool. Parce ce n'est toujours pas considéré comme cool et ça n'a jamais été cool pour moi par le passé. Honnêtement, je ne sais pas si tu aimes les femmes ou les hommes, mais disons que tu aimes les femmes et que tu as une copine : je pense qu'elle n'aimerait pas que tu lui dises qu'elle est grosse, même si c'est le cas.


Ne crains-tu pas que...

Ce bavardage finisse par écraser la musique de Gossip (rires) ?


Oui, que ça réduise ton groupe à une tendance ou un phénomène de foire...

(Temps de réflexion, débit mesuré) Si tu écris une bonne chanson, tout ira bien pour toi. Mais si tu fais un disque de merde, alors là tu auras des soucis. Parce que c'est ça qui compte : les chansons. A la fin, la qualité de notre travail parlera pour nous. Toi, tu es blanc, mignon et tu as l'air assez sage, tu pourrais donc écrire les pires merdes du monde, ça passerait comme ça passe pour les belles blondes. Mais si tu fais de vraies bonnes chansons, peu importe à quoi tu ressembles et qui tu es. Je veux dire : si tu n'as pas toi-même la conviction d'avoir la beauté pour toi, tu dois d'autant plus miser sur ton talent. Et peu importe si après ça tu deviens cool parce que tu as l'air d'un freak : tu te dois de faire un putain de bon disque parce que finalement c'est ce qui pèsera le plus dans de le jugement des gens.


Je vois que tu as réfléchi à la question...

Oui. Les médias ont du pouvoir et c'est intéressant de voir les questions qui nous sont posées. Mais j'ai vraiment une forte personnalité, je suis comme ça, un peu folle, un peu la camarade de classe marrante. Ce n'est pas un jeu. Je serai cette même personne que tu as devant toi si personne n'en avait rien à foutre de notre nouveau disque ! D'ailleurs si demain quelqu'un dit que Gossip est la pire merde qu'il a jamais entendu, que la chanteuse est la fille la plus laide qu'il ait jamais vu et que le guitariste ferait mieux de laisser tomber la guitare et bien je m'en foutrai (rires).


L'attaché de presse me chasse. Merci pour ces 10 minutes.

Je suis désolé. Merci à toi, amuse-toi bien.

 



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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 19:57
Confessions intimes



Comment aimer aveuglément un disque qui condense comme nul autre les défauts de vos qualités ? Mais comment le détester ? Comment garder le masque quand il a le charme de ces filles délicates et solitaires qu'on remarque au premier coup d'œil et qu'on n'oubliera jamais de n'avoir jamais pu les aimer ?


"Il paraît que tu n'as pas été tendre avec Schuller, il est sorti de ton interview tout déprimé" me dit l'attaché de presse, quelques jours après les faits (l'interview). Moi, violent ? Avec une crème comme Schuller ? J'avais beaucoup aimé Happiness, son premier album. Plusieurs mois après sa sortie, je m'étais même fait une joie d'en dire tout ce que j'en pensais. "Si la musique de Sébastien Schuller passe si bien les frontières, disais-je, géographiques comme musicales, c'est que dans son genre, pop, elle est on ne peut plus visuelle, panoramique et vaporeuse." Le disque venait de sortir aux Etats-Unis. Un magazine américain francophone m'avait ouvert ses pages. Conscient de ma mission - il en allait du salut de Schuller aux STATES - j'achevais le descriptif en journalisse modèle. "D'une tristesse cristalline, légère sans être allégée, chagrine mais presque apaisée, son électro-pop séduit comme une l'alchimie rêvée entre Air et Radiohead." C'était lèche-botte mais sincère. Comment pouvais-je donc, 4 ans plus tard, faire tomber tel verdict envers son successeur ? "O merde, il est d'une fadeur sans nom cet Evenfall. Fade fade fade. L'épure y rejoint la castration. Vide vide vide. Pas une mélodie à fredonner, pas une chanson. Putain, quelle déception. Dans le genre, à pleurer dans les jupes de sa mère, lui aussi mérite son cachet de "pop herta". Il lui faut une bonne saucisse. Il lui faut du corps. Parce que là mon Dieu, c'est mou mou mou. Désespoir !!!" Je parlais par mail à l'attaché de presse de l'artiste, aka Bester. Schuller décevait-il vraiment tous les espoirs placés en lui ou était-ce juste moi qui n'entravait que dalle à cet album ?


Hypothèse 1 : J'ai chié.


Lors de l'envoi de ce mail, je n'avais écouté le disque qu'une fois - et guère plus de trois pour l'interview. En plus, comme je l'avais attendu au tournant, je l'avais assigné d'énormes objectifs, comme celui de me scier direct. Et c'est bien connu, on l'est d'autant moins qu'on est chargé d'attente. Pour ne rien arranger, moins pop que son prédécesseur, Evenfall nécessitait de toute évidence une plus grande période d'acclimatation. Il ne fallait donc pas lui jeter la pierre à Evenfall, juste être patient comme je l'avais été en son temps et à raison pour l'Amnesiac de Radiohead. Car certains disques sont comme ça, ils ont besoin de temps pour éclore, et ce n'est pas MAL, ça s'appelle faire connaissance. Ça arrive même aux humains. Parfois.


Hypothèse 2 : J'ai assuré. Seb, c'est plus bien.


Sur ce disque, virant sa cuti pop et, parfois même, les textes, Schuller verse tellement dans le flux idyllique larmoyant qu'apparaissent, tels des gouffres, des clichés dont il s'était jusque-là prémuni. "Le goûts des choses simples", "Des sensations pures", "Un volcan s'éteint, un être s'éveille", Martine à la plage, Caliméro, Rémy sans famille : dans sa musique cet imaginaire de conte de fée Lumidoux champêtre triomphe, au détriment d'autres références, plus marginales, qu'elle soit électro, pop ou rock. Schuller en ressor "chansonisé" comme un Renan Luce se prenant pour Thom Yorke, impression renforcée par le fait qu'il s'humanise. En effet, après s'être longtemps caché derrière un masque d'Alien sad aux rondeurs de dragée, le montmartrois montre enfin son visage, dévoilant une trombine aussi glam que celle de Souchon, ce qui diminue l'impact esthétique de son univers pour le rendre accessible aux amoureux de "nouvelle chanson française". Bref, avec sa casquette de titi parisien, son œil bleu humide et sa belle tristesse judéo-chrétienne, Schuller c'est comme s'il n'avait pas de kiki ou portait des binocles : on ne peut pas le taper, ce qui en fait le chouchou et, théoriquement, l'homme à abattre.

Hypothèse 3 : Y'en a-t-il un pour rattraper l'autre ?


Un jour quelqu'un m'a dit que dans mes interviews je donnais parfois l'impression de m'interviewer moi-même. Ah ! Comment nier ? Se chercher à travers l'autre pour donner le meilleur de soi-même, ne sommes-nous pas là pour ça ? Le 8 mai dernier le pauvre Schuller a vu que moi oui. Parce qu'en vérité, je m'étais vu dans Evenfall. Ce disque où rien ne se passe qu'une longue complainte sans chair qui ne semble s'adresser qu'à elle seule, cette musique qui n'est que reflets, brise, comme si de l'eau, lumineuse, jaillissaient des églises, c'est ce que j'aurais pu faire si je savais en jouer. Quelque chose de chiant, propre, sensible. Et c'est ce que seraient mes articles s'ils n'étaient dotés d'une once de discours critique. Oui, si je m'exprimais vraiment, si j'étais ARTISTE, comme mon âme aime chanter des femmes, des CD, je céderais moi aussi au risque de pleurer toutes les larmes de mon corps, pour fuir le monde, retrouver l'amour. J'embrasserais moi aussi mon côté fiotteux, rêveur, dont je souhaite parfois me défaire pour me faciliter la vie. Et tout ça aurait des airs de suicide. Je me noierais dans un verre d'eau, ne ferais que des confessions intimes pleines d'évangélisme sentimental et de joliesse sainte nitouche. Ce serait pathétique. Et en même temps m'exprimerais-je vraiment mieux que jamais ?


Je n'avais donc pas eu besoin de la jouer Zemmour pour traumatiser Schuller. Il m'avait suffit, comme je le fais souvent, de cerner son univers et de la jouer candide en posant les questions que je me pose à moi-même, à propos de sensibilité, de rapport au monde, etc., ce qui l'avait d'autant plus remué qu'il venait juste de finir son disque et ne savait lui-même qu'en penser. Mais ça ce n'est pas ma faute, c'est parce que c'est une petite nature et qu'à force de rencontrer des journalistes qui se limitent aux pures questions de promo, les artistes n'ont tellement plus l'habitude de faire face au ressenti d'un être humain que dès que c'est le cas ils flippent comme un patron séquestré dans son bureau par ses employés. Mais bon, ceci est une autre histoire et du reste, après plusieurs écoutes et malgré tout ce que je peux lui/me reprocher, malgré les échos Lalannesque du "On se retrouvera" que je sent évoluer en sourdine au sein de "Midnight", je dois d'avouer qu'Evenfall a fini par me cueillir. Après toutes ces voilures argentées, quand vient par vague l'émotion nue d'"High Green Grass", si quelque chose de personnel m'y poussait un peu, je sens que je pourrais me laisser emporter, et finir au fond, comme Mayol dans Le Grand Bleu.

 

 

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