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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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6 mars 2006 1 06 /03 /mars /2006 17:54
corpsTEXTE cérébral
Ce que Jim Morrison voulait exprimer dans "The end", il le confie un printemps 69, avant la sortie de The soft parade, au journaliste Jerry Hopkins du Rolling Stone US. Hopkins, après un tour de chauffe d’une poignée de questions amicales s’avance sur le terrain épineux du mythe, arguant de l'évidente tournure oedipienne de "The end". Hopkins : "Que signifie cette chanson pour vous ?" Morrison, précautionneux, lucide, relativise avec la bonne dose de culture G qu’il a dans le crâne : "Voyons... Oedipe est un mythe grec. Sophocle a écrit à ce sujet. C'est l'histoire d'un homme qui tue son père et se marie avec sa mère. Oui, il doit y avoir des similitudes, certainement. Mais de là à vous dire la vérité... A chaque fois que j'entends cette chanson, elle prend un sens différent à mes yeux. Je ne sais pas trop ce que je voulais y dire, ce ne devait être qu'une chanson d'adieu." Morrison mesure ses paroles. Et laisse le mystère entier. Sa bouche ne coïncide pas avec l’abîme qu'il a ouvert par mégarde en proférant ces mots sur la scène de Whisky A Go-Go. Il n’est plus au-dessus du volcan au moment où il parle. Il est safe, dans son corps-texte cérébral et sa lumière. Pas dans l’ombre. Alors comment pourrait-il en parler ?

désir de MIRAGES, désert de MIRACLES
Mais Hopkins insiste, cherche à faire parler l’oracle, la boîte noire, le fantasme et relance : "Adieu à qui, ou à quoi ?"  Morrison : "Sans doute à une fille, tout simplement. Et peut-être à une espèce d'enfance. Vraiment, je ne sais pas. C'est une chanson tellement complexe, qui fait appel à un imaginaire si universel, que l'on peut y voir ce que l'on veut. Je me fiche de ce que les critiques peuvent écrire sur ce morceau. Si, il y a un truc qui m'a gêné au sujet de "The end". J'étais dans une sorte de librairie un soir, une de ces boutiques qui vendent de tout, des gadgets, des calendriers. Une fille, très jolie et manifestement ouverte et intelligente, me reconnaît, s'approche pour me saluer et commence à me questionner sur cette chanson.  Elle était sous traitement à l'Institut neuropsychiatrique d'UCLA. D'ailleurs, une infirmière l'accompagne, c'est leur sortie nocturne. Apparemment, la fille avait été étudiante à UCLA avant de tomber sous l'emprise des drogues dures. Enfin, au bout d'un moment, elle me dit la chose suivante : ""The end" est la chanson préférée des gamins qui sont dans mon service." Je n'avais pas réalisé que les gens pouvaient considérer mes chansons si sérieusement. Du coup, je me suis demandé si j’étais réellement capable d’assumer ce genre de conséquences. C’est ridicule, on ne pense pas aux conséquences, on ne peut pas y penser." De toute évidence, ces "conséquences", Morrison n’a pas été capable de les assumer. Il s’est laissé enfermer et ronger par le personnage de rocker-chamano-christique que le public et les médias ont fait de lui. Il s’est laissé piéger par notre désir de mirages. Désert de miracles.

naPALME d’or et noFUTURE
Je ne suis pas bon pour l’asile. Mais j’ai moi aussi fantasmé un degré de lecture autrement plus brûlant que celui volontairement mis par l’auteur. J’avais vu en "The end" ce que j’avais voulu voir : un chant mystico-prophétique directement en phase avec mon adolescence tourmentée, mais surtout un chant étrangement en accord avec la triste et mythique destinée du chanteur. Car si sa voix, répétitive et macabre, et si la musique, funèbre et solennelle m’ont mis sur cette piste, c’est bien plus encore la mort précoce et tragique du rocker et le fait que sa chanson ait illustré, au point de s’y fondre, le mythique film Apocalypse Now du mythique Francis Ford Coppola (naPalme d’or en 79) qui m’a poussé dans cette voie. Enrôlé dans ce faisceau de paramètres no future (Apocalypse Now, c’est tout de même l’histoire d’une bande de types qui vont droit vont droit à l'abattoir dans une guerre qui court elle-même au désastre pour leur pays), "The end" ne pouvait être que la chanson d’un homme qui se sait condamné et la regarde la mort en face, se parlant à lui-même, transi et fort de cette glaçante vérité.

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Published by sylvain Fesson - dans DISCussion
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