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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 00:15

Le langage oublié


Le 15 septembre sortira Manitoba ne répond plus, le 19e album de Gérard Manset. A 63 ans, encore méconnu du grand public, cet auteur, compositeur, interprète est une sorte de mythe vivant. A force d'anonymat et de chansons dures, lyriques et spectrales à propos de l'enfance, de la nature, des hommes et du paradis perdu, il a en effet forgé une œuvre digne d'un grand écrivain. A l'ancienne. Comme en exil. Hors humain. D'ailleurs ça fait des années qu'il a perdu son prénom et qu'on l'appelle juste "Manset". Depuis 1972, c'est ce mot qu'affichent gravement ses pochettes d'albums. Comme le nom d'un monde. D'un mont. Quelque chose d'immense, minéral et lointain qui marquera en profondeur nombre d'auteurs, compositeurs, interprètes majeurs d'aujourd'hui. Bashung, Murat et Dominique A, pour ne citer que les plus connus. Cet artiste, également peintre et photographe, je m'apprête à l'interviewer pour la 3e fois pour la sortie de Manitoba ne répond plus. Oui, ce sera notre troisième rencontre car je l'ai déjà interviewé pour la sortie de Le langage oublié en 2004 et celle d'Obok en 2006. C'est une chance et j'avoue que j'en garde une certaine fierté parce que comme vous allez pouvoir le voir je pense qu'il y a eu une vraie "rencontre".


Ce n'était pas gagné. Parce que lorsqu'on rencontre quelqu'un comme lui alors qu'on a que 24 ans et qu'on ne connaît pas l'entièreté de son œuvre, loin de là, on n'en mène pas large. Non, on a plutôt l'impression d'aller droit au casse-pipe. Qu'on ne va pas réussir à élever la discussion à un niveau intéressant pour notre interlocuteur. Et ça c'est fâcheux. D'ailleurs, j'y pense, comment en étais-je venu à m'intéresser à Manset ? Franchement, je ne sais même plus. Je me rappelle avoir emprunté La mort d'Orion (1970), Lumières (1984), Matrice (1989), Revivre (1991), La vallée de la paix (1994) et Jadis et naguère (1998) à la médiathèque. Qu'à l'époque son nom m'évoquait déjà vaguement quelque chose. Que ses pochettes de disques développaient un univers antique et sobre à la lisière du mysticisme et de l'ésotérisme et que ça me donnait envie de voir quelle musique ça pouvait bien cacher. Mais cette musique, finalement, je n'étais pas sûr d'aimer. Les textes et la voix me fascinaient mais sur les musiques j'avais un doute. Je trouvais ça un peu ringard, suranné. Or comme l'a si bien dit Bashung, "une chanson on y vient par la musique et on y reste par le texte". Là, c'était un peu l'inverse. Et c'est sur la foi de cette "beauté intérieure" que j'ai rencontré Manset, voulant sincèrement en savoir plus sur lui et son œuvre.


Le moins qu'on puisse dire c'est que j'ai été gâté. Et devinez quoi ? Moment culte de ma petite existence, off-record, j'ai même eu droit aux compliments de Manset. Oui, lors de notre deuxième rencontre, au bout de cinq minutes il m'a demandé d'arrêter le dictaphone pour me dire qu'il aimait beaucoup mes questions et les mots que j'utilise. Que tout ça allait dans le sens du message qu'il voulait transmettre et que ça venait de lui rappeler notre première rencontre, qu'il avait aimée pour les mêmes raisons. Entendre Manset vous dire ce genre de choses, je peux vous assurer que ça fait son petit effet. Mais ces compliments seront aussi le moyen d'acheter "son" silence. En effet, désirant par-dessus tout s'entourer de mystère et de silence, Manset me conseillera donc vivement d'écrire mon article en reprenant mot pour mot mes propos au lieu des siens. Il veut garder la main sur son image. Je le comprends : elle fait bloc avec l'œuvre. Mais je ne suis pas un communiquant, ni un fan. Je suis journaliste. Dans quelques minutes vous pourrez donc lire ses propos au lieu des miens.


Avant de me taire, à propos d'image et au risque d'égratigner le mythe, j'ajouterai une dernière chose : Manset n'est pas le colosse et ténébreux qu'on peut imaginer. En avril 2004, à Issy-les-Moulineaux où se situaient les locaux de sa maison de disques, Emi, c'est un vieil homme décontracté que j'ai rencontré. Un Manset "pépère" et limite "bonhomme", avec son sac sur l'épaule, sa chemise "bûcheronne" et ses yeux de chercheur d'or. Un Manset qui papote volontiers avec le personnel d'Emi, et met tout en œuvre pour qu'on retrouve les clefs de la grande salle de réunion du troisième étage où il compte nous emmener pour qu'on discute au calme. Comme à l'abri du monde. Lors de notre deuxième rendez-vous, il me conduira dans un lieu tout aussi "retiré" : l'arrière salle d'un salon de thé, en fin de matinée. Et je penserai alors aux propos de François Bégaudeau lus dans le Philosophie magazine de juin-juillet : "Un jour je me suis retrouvé avec Alain Finkielkraut sur le plateau d'une émission de télé qui se déroulait dans une boîte de nuit. A peine arrivé, il fit cette remarque : "Y'a du bruit ici !" Je me suis dit qu'une part essentielle de la sensibilité de Finkielkraut avait quelque chose à voir avec cette observation : il n'aime pas le bruit et, moi, j'aime le bruit, la foule. Sans doute cela gouverne-t-il nos opinions politiques ou philosophiques respectives." Et je penserai que Finkielkraut est comme Manset : pas très rock'n'roll.


Mais c'est justement ça qui me plait chez lui. Qu'il ne soit pas "rock'n'roll" alors que d'un point de vue générationnel tout était fait pour qu'il n'échappe pas à cette "révolution". Cela m'intrigue. Qu'il ne soit pas dans l'époque. D'un autre temps. Du coup lorsqu'on discute avec lui, on voyage, comme lorsqu'on écoute sa musique. On découvre ce savoir et ces pensées qu'on sent former comme une somme de wagonnets derrière lui. Ils lui tiennent compagnie. Manset repartira sac sur l'épaule, sifflotant, léger. Heureux d'avoir trouvé une nouvelle âme qui puisse fidèlement contribuer à l'expansion de son univers. Moi aussi je repartirai heureux, soulagé, l'esprit déroulant tout seul le début de mon article avec "nous" de majesté de rigueur : "Longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, leurs âme royales siègent toujours en Manset. Pour la sortie de Le langage oublié, son 17e album en 36 ans de carrière, nous avons rencontré ce parent terrible de la chanson française, un artiste toujours engagé à produire une œuvre sombre et minérale, mais qui s'acoquine ici de quelques lueurs. Frais, dispo et fier de son œuvre, il nous a parlé, beaucoup, mesurant chaque mot, de lui, de Brel, de Ferré, de l'époque, de la création, de la mort de l'art et d'un mystérieux échiquier sur lequel il aurait sa place..." Manset a retrouvé les clefs de salle. C'est parti.


 


"
Le langage oublié est un album banlieuso-banlieusard"


"Le langage, courtois, qui était dû au sexe opposé"

 

 

 


 



Les gens ne vous parlent pas souvent de musique, mais plus de vous...
Oui, c'est un peu le traquenard, la manie, c'est-à-dire que l'on ne doit pas parler des choses que l'on veut mettre en avant, donc on ne va pas parler d'un album. Ou alors c'est une chronique. Mais quand c'est une rencontre, c'est soit des entretiens, soit, plus rarement d'ailleurs, un portrait. Mais je vais commencer à être vigilant sur tout ça parce que, prioritairement, quand je rencontre quelqu'un, c'est plus pour parler de l'album ou de la musique que de moi et de mon ego.


C'est dur de parler de la musique en soi.
Oui, et si on rentre dedans, on en parlerait pendant dix pages et ce n'est pas l'objet... Ou alors peut-être de magazines plus spécialisés, plus techniques.


Mais ça vous plairait de plus parler de votre musique ?
Je ne sais pas. Parler trop de ma musique me dérangerait aussi. Parler trop de moi me dérangerait aussi... En même temps les deux sont intimement liés parce que je suis à la base de tout : orchestrations, pochette, typographie, paroles et musiques, bien sûr. J'ai surtout une autre dimension beaucoup plus importante qu'aucun artiste n'a (enfin aucun dans ce que l'on appelle le showbiz, la variété ou la musique) : c'est le droit de vie ou de mort sur les sorties, sur la configuration et les reconfigurations de mes albums. Sur une parution comme celle-là, y aura-t-il 10 titres ? N'y en aura-t-il que 7 ? Personne ne le sait, ça dépend de mes états d'âme, enfin c'est beaucoup plus compliqué qu'un simple caprice, c'est toute une alchimie personnelle qui fait qu'il y a une stratégie. Je pars en campagne, je dispose mes troupes comme je l'entends. Je peux changer mon plan de bataille 8 jours avant la sortie. Tout ça, c'est des responsabilités. C'est pour ça que le titre de Libération, "Manset en soi", ça ne me gêne pas. A la limite, ce "Manset en soi" et le côté "sédimentaire" qu'ils ont mis en avant, cela me plait tout à fait, car ça correspond à cet album. En comparaison avec certains des albums précédents, là il n'y a en effet aucun exotisme. À part "Demain il fera nuit" qui traite un peu d'on ne sait quel Tiers Monde, il n'y a surtout pas d'exotisme. Il n'y a pas le "Vahiné ma sœur" de l'album précédent, il n'y a pas "La ballade des échinodermes" de La vallée de la paix, il n'y a pas les "Royaumes de Siam", pas "Eden bay" de Revivre...


C'est un choix cette absence d'exotisme ?
Comme l'exotisme en lui-même commence à être de plus en plus portion congrue, ratatiné, ratiboisé par tous les bouts, peut-être que, par le fait, il a été évacué sans que je le cherche. Mais la réalité est tout autre : j'ai beaucoup de titres et c'est comme un petit train qui se met en branle, où les wagons s'accrochent les uns derrière les autres mais en fonction de la topographie, du terrain, de la couleur, de la lumière. Donc à partir du moment où "Le langage oublié" allait figurer sur l'album (il y en a eu différentes versions, jusqu'au dernier moment, je n'étais pas certain qu'il soit comme je voulais qu'il soit, donc que j'arrive à le mettre...) et qu'il allait être une sorte de clé de voûte, ça impliquait forcément que certains autres titres y soient et d'autres pas... D'autres, qui, peut-être, parlaient d'exotisme. J'en ai fait un qui est un peu dans l'esprit d'"Eden Bay", qui est très rock, qui déboule sur 7 minutes et qui est un texte absolument, épouvantablement magnifique (qui sera polémique d'ailleurs), mais bon il n'est pas dessus. Il y en a comme ça un certain nombre qui pourraient être considérés comme traitant de l'exotisme et qui n'ont pas eu leur place sur cet album. Le langage oublié, c'est une sorte d'album parigot-parisien, banlieuso-banlieusard.


C'est ici et maintenant ?
Non, pas ici et maintenant. C'est ici et il y a pas mal de temps, c'est ce que j'ai connu et ce que l'on perd, c'est ce monde en voie de perdition qui évolue en dehors d'un "langage oublié" qui est le langage amoureux, délicat et engagé avec toute l'estime et toute la réserve qui était due au sexe opposé. C'est aussi une sorte de nostalgie des années 60-70, de toute cette campagne et de toute cette banlieue ratiboisée, passée par les pelleteuses et que l'on ne retrouvera plus jamais, bien sûr.


(Suite.)


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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 01:42
Inventaire avant liquidation ?


On est toujours un peu déçu quand un groupe qu'on a vu briller dans un genre musical décide de changer. C'est un peu une partie de nous qui s'en va, qui nous pousse à grandir et voir si l'herbe est plus verte ailleurs, ce qui n'est jamais sûr. Alors voilà, après 3 albums forgés dans le sillon de Sonic Youth et Radiohead, le moins connus des groupes belges qui comptent arrête le pop-rock. Ce chant du cygne s'appelle Ryunosuke, un 4e album plus lumineux et bigarré que le spleen modèle de son prédécesseur, le très bel A life on standby. J'ai rencontré Vincent Liben, leader du quatuor pour parler de tout ça, et bien plus encore.

 






"Si à 30 ans tu continues à faire du vrai rock, c'est que tu as un problème"


"Maintenant on va plus s'inscrire dans une lignée de groupes comme Wilco que les BB Brunes"


 

 





Bonjour Vincent. Avant de parler du nouveau disque de Mud Flow je voudrais savoir ce que tu penses de la manière dont les médias français envisagent le rock belge, cette manière qu'ils ont de mettre à chaque fois Deus, Venus et Ghinzu dans le même sac ?
Je crois que l'expression rock belge ne veut rien dire parce qu'en Belgique, contrairement à la France où il y a Paris, rien n'est centralisé. En Belgique, Bruxelles c'est la capitale de Bruxelles, Anvers c'est la capitale d'Anvers, Gand c'est la capitale de Gand. Il y a très peu de connexions, chacun reste chez lui. Par exemple, moi je n'ai quasiment jamais mis les pieds à Bruxelles alors que j'habite à 40 km. Il faudrait plutôt parler de rock gantois, de rock bruxellois, de rock liégeois ou de rock namurois pour un groupe comme
Flexa Lyndo par exemple.


Flexa Lyndo qui est très bon groupe d'ailleurs.
Oui, leur dernier album est vraiment bien. Dommage que ce groupe soit si méconnu.


Ok. Parlons de toi et de Mud Flow. Aujourd'hui tu as plus de 30 ans et Ryunosuke, qui sort le 25 août en France, est le 4e album de Mud Flow. A ce stade de votre carrière, peut-on dire que vous faites du "rock adulte" ?
Un peu, oui. D'ailleurs on est déjà en train de travailler sur notre prochain album et il sera certainement beaucoup plus folk. Pour moi la pop c'est fini.


Vraiment ?
Oui, je ne peux plus, les refrains, les violons, les accords mineurs... C'est une question d'âge. A un moment tu ne te sens plus à l'aise avec ces morceaux, tu ne te sens plus dedans quand tu es sur scène, tu te dis : "Ce n'est plus pour moi".


Pourquoi alors un morceau comme "Monkey Doll", qui est très pop et guilleret comme l'était "Today", le single de votre précédent disque...
"Monkey Doll" est effectivement inspiré de "Today" ! Si on ne l'avait pas fait on n'aurait eu aucun single à proposer aux radios (rires) !


Je vois. Ce n'est pas très joli joli de faire ça !
Ce n'est qu'une petite concession à un format... La démarche musicale de Mud Flow a toujours été sincère. Là, tu vois, pour moi
A life on standby et Ryunosuke sont un peu des albums frères. Le premier est le côté obscur de la force, le second le côté lumineux. Et voilà, avec ces deux albums on s'est dit qu'on avait un peu fait le tour de ce qu'on pouvait faire en matière de pop-rock. Je pense donc qu'on va s'arrêter là et voir ailleurs... Enfin je dis ça maintenant mais on ne sait jamais !


Comment ça ?
Je veux dire : si on met trop de temps à faire notre album folk peut-être qu'on reviendra au rock parce qu'au bout d'un moment on en aura marre de galérer.


A life on standby parlait déjà pas mal du cap de la trentaine. Sur Ryunosuke tu remets ça avec "In Time" que tu décris comme "un morceau typique sur la crise de la trentaine", cet âge charnière où, je cites, "Tu quittes l'adolescence et tu es déjà nostalgique des virées folles, des délires des 16-17 ans. Tu deviens adulte et en même temps tu quittes tes complexes d'ado." Ça veut surtout dire que c'est l'âge où l'on a envie de revivre son adolescence en version améliorée, non ?!
C'est vrai que ce serait chouette ! Si je pouvais redevenir ado tout en étant aussi "cool" que je suis aujourd'hui, ce serait top. Toi, tu as quel âge ?


28.
Mais tu verras, la trentaine c'est cool une fois que tu y es.


Ce n'est pas une période de "deuil" ?
Non, pas vraiment. Enfin si, il y a un deuil, c'est qu'à ce stade-là tu sais que tu ne seras jamais rock star. Mais ce n'est pas triste. Tu peux continuer à faire de la musique et tu peux même réussir à en vivre !


Penses-tu qu'on puisse sincèrement continuer à faire du rock passé 30 ans ?
Pour moi si tu continues à faire du vrai rock à 30 ans c'est que tu as un problème. Parce qu'à 30 ans normalement il y a un truc que tu n'as plus. Donc la seule chose qui va nous intéresser maintenant c'est de faire d'expérimenter musicalement. Cet album, c'est aussi ça : de l'expérimentation. C'est d'ailleurs pour ça que ce n'est pas tout le temps abouti. Les fanfares sur "Trampoline", on m'a souvent dit que c'était une mauvaise idée mais j'avais vraiment envie d'essayer un morceau avec deux fanfares indépendantes l'une de l'autre. Voilà, on a tenté des choses, au niveau des accords majeurs, au niveau des claviers, pour faire une musique qui ne puisse pas être définie comme pop-rock. Et on savait que certaines personnes n'allaient pas aimer.


Pas mal de gens ont effectivement été déçus par Ryunosuke. En comparaison au précédent qu'ils adoraient, certains ont même dit que celui-ci était un navet...
Oui, j'ai lu ça sur un webzine belge :
Tox. Le type a été injustement dur par rapport à Ryunosuke. Il ne l'a pas vu pour ce qu'il est, c'est-à-dire un album de transition, avec toutes les imperfections que ça implique. Et puis si on avait fait la même chose que sur A life on standby on se serait fait tout autant descendre. Mais il n'a pas eu tort pour ce qui est de la scène. On a fait certains live qui étaient catastrophiques, notamment notre concert aux Nuits Botaniques, pour cause de problèmes avec l'ingé-son. J'ai mis un mois à m'en remettre alors quand j'ai vu ce qu'en disait ce webzine, ça m'a achevé. Mais bon il ne me serait jamais venu à l'esprit de traiter ce mec de connard. Nous on propose un CD et il a le droit de dire que c'est un navet. Je respecte son avis. C'est des mecs comme ça qui te font réfléchir. Maintenant je crois qu'on s'est réconcilié. Depuis il nous a vu deux fois en version trio acoustique et ça lui a plu. Il ne s'est d'ailleurs pas privé pour le dire. Il a bien senti que c'est vers ça qu'on voulait se diriger. Après ce n'est pas étonnant que ça lui plaise plus : en acoustique notre musique se fait plus mélancolique et c'est sans doute ce qui plait le plus aux fans de pop-rock.


Selon moi l'atmosphère très mélancolique de votre précédent disque a d'ailleurs beaucoup œuvré à son succès. Parce qu'on vous alors pleinement pris comme un rejeton de Radiohead. Ça te gave qu'on vous compare souvent à Radiohead ?
Non, même si je trouve qu'on ne fait pas du Radiohead. Et puis tu ne vas peut-être pas me croire mais je n'ai aucun album de Radiohead chez moi.


Ah oui ?
En fait, je n'aime pas la voix de Thom York. Autant j'aime la musique du groupe mais sa voix à lui m'énerve. Comme celle de Bono chez U2.


C'est trop lyrique pour toi ?
Oui, ça doit être pour ça que je n'aime pas Brel non plus. J'aime bien quand il y a un peu de retenue.


Dans le communiqué de presse de Ryunosuke tu livres des petits speech pour expliquer chaque morceau du disque et j'ai été assez frappé de voir que la plupart de ces morceaux semblaient donc moins inspirés par ta vie que par des œuvres artistiques, des photos, des films, des livres...
En fait, tout part un peu d'une discussion houleuse que j'ai eue avec un ami photographe. Il met beaucoup de sa vie privée dans ses photos et je lui disais qu'à mon sens il y a toujours moyen de créer sans exposer crûment les gens qui t'aiment aux yeux de tout le monde. Et c'est ce que je voulais faire sur cet album : trouver le moyen subtil de ne pas impliquer directement mes proches.


Du coup tu as utilisé des filtres...
Oui et pour le morceau "Ryunosuke", par exemple, tout s'est fait au hasard. Je voulais une voix japonaise pour ce morceau, j'en ai donc piqué une sur le net pour faire un test et au départ je ne savais pas du tout de quoi elle parlait. C'est quand j'ai demandé à une copine japonaise de faire des essais de voix que j'ai compris ce qu'elle disait parce qu'elle s'est mise à me traduire le texte. J'ai donc appris qu'elle racontait l'histoire d'une femme se faisant violer devant son mari. J'ai décidé de garder ce texte et le principe de la voix japonaise, mais de réécrire la chanson en fonction de la vie de l'auteur,
Ryunosuke Akutagawa. Après coup j'ai lu Rashômon, la nouvelle d'où ce texte est tiré, histoire de savoir de quoi je parlais, ainsi que d'autres nouvelles de lui. Ses textes sont très durs et sombres sur la nature humaine.


Tu dis passer par ces biais détournés pour ne pas faire de tort à tes proches mais n'est-ce pas aussi le moyen pour toi de trouver là l'inspiration que ta vie ne te donne plus ?
C'est sûr que j'ai envie de parler d'autre chose que des éternels problèmes adolescents. Aujourd'hui je ne suis plus dans l'état d'esprit de mes 18 ans et j'en suis bien content. C'est pour ça, comme tu dis, qu'on peut désormais parler de "rock adulte" à propos de Mud Flow. Maintenant on va plus s'inscrire dans une lignée de groupes comme
Wilco que comme les BB Brunes !


C'est une direction souhaitée par tout le groupe ?
Tu sais, je n'essaie pas de convaincre les autres de suivre une ligne précise. On discute, mais ça n'empêche pas les désaccords. C'est pour ça que depuis le début le groupe a changé plusieurs fois de line up. Mais il est aussi arrivé que des musiciens partent parce qu'ils considéraient tout simplement qu'ils avaient mieux à faire, ce qu'a fait notre dernier batteur, parce que ça faisait longtemps qu'il voulait monter son propre groupe De l'extérieur ces changements peuvent paraître bizarres mais en fait ce sont des évolutions naturelles. C'est pour ça que finalement je considère plus Mud Flow comme un collectif que comme un groupe.


C'est aussi ça le côté "adulte". A 30 ans on n'est plus dans le fantasme du gang uni à la vie à la mort. On accepte que chacun ait une vie en dehors, d'autres envies. Le groupe devient alors une sorte d' "union libre" !
C'est ça !


D'ailleurs toi aussi tu vas voir ailleurs...
Oui, j'ai fait des arrangements pour d'autres artistes. Là je suis même en train de préparer un album solo.


Ah ouais ?
Oui, je suis en train de finir le mixage. En Belgique le single tourne déjà sur les ondes.


A quoi ça ressemble ?
Je te laisse chercher (rires) !


Tu écoutes quoi en ce moment ?
Euh...
Berry.


Berry ?!
Ouais (rires) !


On dirait du Carla Bruni, non ?!
Moi je ne trouve pas. C'est plus enlevé. Il y a des belles parties de guitare.


Berry, quand même, c'est super bobo !
Je suis désolé, c'est vrai que ça fait bobo, mais j'aime bien (rires) !


A part ça ?
J'écoute
Martha Wainwright, Phosphorescent aussi. Ce mec a une voix magnifique ! A part ça, rien de violent. Mais bon, tu dois te douter vu que j'écoute Berry ! En vieux trucs, je continue d'écouter ce que fait Greg Dully. J'étais un grand fan de The Afghan Whigs. Et j'aime aussi beaucoup ce qu'il fait avec The Twilight Singers. Cette voix qu'il a ! Super soul ! Il est énorme maintenant. Mais il a encore un sacré charisme.


En voilà un qui peut se permettre de rester rock à plus de 30 ans passés !
Oui et passés depuis longtemps !

 


Photo par Robert Gil


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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 23:43
Inventaire avant liquidation ?



 

 


Un souvenir. Nous sommes en 2004, au festival belge de Dour. Dans le public règne une tension palpable comme si on attendait le messie. Ou Radiohead. Mais c'est Mud Flow, un trio du coin qui déboule et, allez savoir pourquoi, c'est tout comme. La claque. Quel plaisir de les sentir si grands. Quel plaisir de se sentir si petit. Balayé par Sigur Ros et Muse réunis.

 

 




Pourquoi je vous raconte ça ? Pourquoi tant de nostalgie ? Parce qu'aujourd'hui tout cela est bel et bien passé. Avec son 4e album Mud Flow die bye bye au rock et peut-être bien bye bye tout court. En France presque personne ne les aura connu au moment de leur apogée. Quand ils avaient les crocs et sortaient A life on standby, un 3e album en forme de Graal spleen-rock.


Avec un tel disque les mecs avaient mis en émoi la sphère indie rock pour qui la mélancolie est une religion en soi. C'est dire si le prochain Mud Flow était attendu au tournant. Savoir que celui-ci est un album de transition avant une éventuelle réorientation folk change la donne. Mais se retrouve-t-on pour autant à devoir tirer sur une ambulance ? Non parce que cet album est bon.


Certes, le quatuor de Vincent Liben ne réitèrent pas le coup d'éclat d'A life on standby, mais en s'ouvrant à des teintes plus joyeuses et colorées - comme Coldplay dirais-je si la seule mention de ce groupe ne faisait pas vomir les fans d'indie rock - Mud Flow lance d'habiles perspectives pour la suite dont plusieurs ne manquent pas de faire mouche dès maintenant.


Les 8 minutes de "My Fair Lady Audrey" ouvrent les festivités sur un air de déjà vu particulièrement jouissif puisqu'on retrouve intact le poison mélodique inoculé il y a 4 ans : ces atmosphères ultra souples qui oscillent sans cesse entre rage et tristesse et que développe aussi "The Number One Play Of The Year". C'est après que ça se corse en se décorsetant.


Parce qu'alors Mud Flow ose l'hédonisme. "In Times", très rock, finir par déballer une pluie de "lalala". "Trampoline" fait vriller deux guitares noise avant de lâcher une double fanfare funkisante. "Monkey Doll" sort ukulélé et chœurs "wop pidou" après une intro qu'on jurerait sortie du chapeau d'I'm From Barelona. "Waltz 1" est bien une valse... Wouah.


"J'aurais beau vieillir, je n'abandonnerai pas. Mais si cela m'arrivait, secoue-moi. Rappelle moi qu'un jour j'ai été jeune, qu'un jour j'ai été cool, qu'un jour j'ai été moi" chante Thom Yorke sur "A Reminder". Allez savoir pourquoi, "Ryunosuke" de Mud Flow me ramène intimement à ce morceau. Et quel plaisir, plus grand, de se sentir encore balayé comme ça.


Ils sont le 4 septembre en concert à la Flèche d'or.


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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 00:37
Mystic Bullshit ?

 

 

 

 



"Durant un an j'ai rêvé que je surfais"


"On ne prend pas de drogues dures, juste des champis !"

 


 


Sur la vidéo de "Time To Pretend" les divers trucages psychédéliques te montrent en train de faire du surf. Tu pratiques vraiment ?
Non, je ne sais pas surfer. Mais je crois que nous jouons en Australie en décembre donc je pourrais sans doute m'y essayer là-bas. En fait s'il y a ce passage de surf fantasmé dans le clip de "Time To Pretend" c'est que l'énergie du surf m'inspire. C'est aussi pour ça que mes textes parlent beaucoup de vagues. D'ailleurs durant à peu près un an, chaque nuit je n'ai pas arrêté de rêver que je surfais. Je rêvais des vagues.


A l'intérieur du livret de votre disque il y a une photo où l'on vous voit en train de brûler un billet. Est-ce un clin d'œil à Serge Gainsbourg ?
Pourquoi cela te fait-il penser à Serge Gainsbourg ?


Parce qu'en 1984, alors qu'il était interroger sur sa fortune dans une émission de télé, Gainsbourg a brûlé un billet de 500 francs en direct pour dénoncer à sa manière "le racket des impôts".
Vraiment ?! Nous c'était plus une référence au film La montagne sacrée d'Alejandro Jodorowsky. Mais je connais et j'aime Serge Gainsbourg. J'ai son album reggae !


Connais-tu d'autres musiciens français ?
Oui, il y a cette femme dont je suis amoureux,
Keren Ann je crois qu'elle s'appelle. J'aime sa musique, très pop, très classique. Parfaite pour moi qui n'écoute que des vieilleries.


Le travail de production semble déterminant dans la musique d'Oracular Spectacular. Sur ce disque Dave Fridmann, votre producteur, a-t-il donc été le 3e membre de MGMT ?
Non, parce que si les gens avaient pu entendre nos démos ils se seraient rendus compte que l'instrumentation des morceaux et leurs arrangements étaient exactement pareils. Dave savait le son qu'on voulait, on est donc allé en studio avec lui pour qu'il nous aide à l'obtenir en étant notre ingénieur du son et notre mixeur. C'est donc un peu faux de dire que notre son soit porteur de sa griffe, parce que l'album est plutôt le fruit du travail de Ben et moi. Mais il y a une chanson sur laquelle il a eu un fort impact, c'est "Time To Pretend" parce que sur notre EP nous en avions fait une version très électronique et pour l'album on voulait qu'elle sonne différemment, qu'elle ait une batterie massive. Là
"Dancing Queen" de Abba a été une grosse référence.


Tu connaissais les disques sur lesquels Dave Fridmann avait travaillé ?
Oui, j'ai toujours été un fan des
Flaming Lips, surtout des disques de leurs débuts.


Allez-vous continuer de travailler avec lui ?
Non, je ne pense pas. Pour le prochain disque on va plutôt essayer de se produire nous-même. Son enregistrement sera sans doute dans des conditions proche du live parce qu'on le fera avec les musiciens qui nous accompagnent actuellement sur scène et avec qui nous formons de plus en plus un vrai groupe.


Par la suite le son de MGMT risque donc de dévier de ce qu'on entendre sur Oracular Spectacular ?
Bien sûr. Pendant longtemps j'ai tellement gardé les choses pour moi qu'aujourd'hui j'ai plein de sons en tête et comme j'ai toujours pensé qu'un groupe se devait de passer par de multiples styles musicaux, nous n'allons pas en rester là. Par exemple sur le prochain on va plutôt prendre le contre-pied d'Oracular Spectacular dont les chansons très riches, chaotiques. On privilégiera le sentiment d'espace, on prendra le temps d'élaguer.


Une chose me frappe d'ailleurs dans vos chansons : leur matière sonore est si touffue, sophistiquée que pour la plupart ont a du mal à les garder en tête. On dirait qu'elles agissent comme une drogue : sur le moment on se prend un feu d'artifice mais après plus rien.
On voulait faire des chansons accrocheuses et sexy et je pense qu'une poignée d'entre elles le sont mais c'est vrai que dans le même temps on voulait faire une musique qui soit quelque peu déroutante, pour ne pas nous répéter à chaque morceau.


A propos de drogues, je ne voudrais nourrir votre fumeuse réputation de néo-hippies, mais la première fois que j'ai vu le clip de "Time To Pretend" il m'a sincèrement fait de partir comme si j'avais fumé !
Je ne dis pas que notre musique n'est pas psychédélique, mais le truc c'est que es gens désirent tellement le retour d'un mouvement hippie qu'ils projètent à fond sur nos chansons, plus que ce que Ben et moi y avons mis. Du coup ils nous croient plus fort ou plus profond que ce que nous sommes, encore une fois ça ne me dérange pas, mais c'est étrange pour moi de vivre ce contraste entre ce que nous sommes et la manière dont les gens nous voient.


Avec cette image de hippie qui vous colle aux basques et que vous entretenez aussi par vos fringues les gens vous imaginent prenant plus de drogues que vous ne devez vraiment en prendre.
Oui, parce qu'on ne prend pas de drogues dures. Au pire, on prend des champis !


Pour vous mettre dans un état particulier lorsque vous composez ?
Non, parce que c'est trop dur de jouer et de composer quand tu tripes sous champis (rires) !


Dans "Time To Pretend" tu chantes "This is our decision to live fast and die young /
We've got the vision, now let's have some fun."
De quelle vision parles-tu ?
Ah, ça j'aurais du mal à t'en parler mais oui, nous avons une vision (rires) !


Dernière question, bateau mais peut-être pas, histoire de boucler la boucle : qu'est-ce qui vous a poussé à trimer pour faire ce disque alors que vous auriez pu glander ?
La première chose c'est ma rencontre avec Ben. On s'est rencontrés en 2002 parce qu'on habitait la même ville, qu'on allait à la même fac, l'université wesleyenne dans le Connecticut, et qu'on aimait tous deux le même genre de musique. On a sorti deux maxis, un en 2004, un en 2005. C'est à ce moment-là on a quitté la fac avec notre diplôme en poche. On n'était donc plus étudiant, mais musicalement on n'avait pas encore décollé donc je commençais à penser que c'en était fini du groupe et puis on a reçu un mail de Columbia. Ça, c'est la deuxième raison. Au départ on a cru que c'était une blague parce qu'on se demandait pourquoi un label comme eux pouvait s'intéresser à nous, mais non en fait c'était du sérieux. Et le fait de signer avec eux en 2006 ça nous a redonné foi dans le truc et ça nous a aidé à nous concentrer sur notre musique. La troisième motivation est liée à la période qu'on traversait à la période où l'on a écrit ces chansons. A l'époque on était en train de quitter notre vie d'étudiant pour nous confronter à la vie d'adulte. Et tu sais qu'à partir de là, tu vas devoir te débrouiller seul pour tracer ta route, trouver un job, un appartement, etc. Et le point noir à ce moment-là, comme tu es encore jeune, c'est que tu mets totalement tes rêves à l'épreuve de la réalité. C'est assez flippant. Et excitant à la fois. Nos chansons se sont donc nourries de cette peur et de cette excitation.


Généralement je n'aime pas prendre la parole une fois l'interview finie. Se donner le dernier mot de l'histoire, je trouve ça puéril. Je préfère laisser résonner les propos de l'artiste. Mais là je fais une exception. Car je viens de lire deux choses éclairantes pour conclure. La première est tirée d'un livre paru en 1968 aux Editions Albin Michel. C'est Je veux regarder Dieu en face - Vie, mort et résurrection des Hippies, de Michel Lancelot. Page 41 ce journaliste-psychologue se demande pourquoi, dans les années 60, les professeurs des universités américaines n'ont pas tenté d'enrayer la grande vague toxico mystique qui sévissait sur leur campus. Et il explique en partie ça par l'extraordinaire liberté qui régnait sur ces campus. "Là, écrit-il, entre deux cours ou en fin de journée, les étudiants flânent ou chahutent. On y bavarde, paresseusement allongé sur l'herbe. Personne ne songerait à troubler ces causeries de potache. Nul n'oserait se mêler de leurs affaires. Et si, d'aventure, un professeur vient s'allonger ou s'asseoir parmi eux, il sera considéré - et se considérera lui-même - comme un des leurs. Ni plus ni moins. Cette égalité humaine dans la détente, entre le maître et ses disciples, a quelque chose de bougrement sympathique, pour un jeune étranger. Est-ce assez dire que l'étudiant américain peut faire à peu près ce qu'il désire dans ces campus, y compris, un beau jour et sans crier gare, fumer de la marijuana et avaler du LSD."


Mais qu'est-ce qui explique tant de liberté ? Michel Lancelot a posé la question à un directeur de collège. "Nos étudiants n'ont qu'une vie, lui a répondu ce dernier, et leurs années de collège devraient en être la meilleure part. tant qu'ils sont jeunes, ils ont droit à notre indulgence et à ce que les professeurs qui les entourent manifestent quelque joie de vivre." Donc je lis ça, et quelques heures plus tard, feuillettant Troiscouleurs, le consumer mag des cinémas MK2, je lis ça : "En ce moment, un campus, aux Etats-Unis, fait gazouiller les gazettes : Wesleyan University, dans le Connecticut. Les deux plus belles révélations de ce début d'année en sont diplômées : le duo psychédélique MGMT et la rockeuse indocile Santogold. Du coup, leurs camarades de promo sont scrutés avec appétence par le rock'n'roll circus." Et le journaliste de citer Boy Crisis, Amazing Baby, Snowblink et les "rutilants" Francis & the Lights décrit dans la droite lignée du "funk cinq étoiles de Prince".


Bref, tout ça pour dire que les MGMT ont toujours fait leurs les doutes d'un type comme Michel Lancelot à propos du phénomène hippie. Ils envient l'innocence de cette génération Love & Peace mais eux n'ont jamais "oublié qu'ils appartiennent à l'élite d'un des plus grand pays du monde" et que c'est "justement pour cela qu'ils sont différents", c'est-à-dire hippies. Parce qu'ils sont enfants de années 80 et musiciens dans un monde où la pop va de soi, ils ont toujours su qu'ils pouvaient se faire "dévorer par la Machine". Alors quand on sait comme eux qu' "une vie réussie est un rêve d'adolescent réalisé dans l'âge mûr" (je cite Michel Lancelot citant Alfred de Vigny), on ne prend pas cette mystique baba trop au sérieux. Idem pour l'idéologie sex, drugs and rock'n'roll. A la place, pour retrouver son âme d'enfant, on n'hésite pas à cultiver un certain goût pour le kitsch. On monte un groupe dont la pop bouffe à tous les râteliers, d'Abba à Bowie. Pour notre premier concert on délire en se contentant de jouer une heure durant le générique de Ghostbusters. Et quand on s'apprête à sortir enfin notre premier album, on a l'excitation mêlée du rainbow warrior et du lanceur de bombe à eau. On veut profiter à fond de sa liberté. On veut baptiser la chose Mystic Bullshit. Mais face au desiderata de la maison de disques, on courbe l'échine et se ravise pour un titre plus vendeur. Un titre plus éloigné de la réalité, mais plus près de la légende...

 



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22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 00:50
Mystic Bullshit ?















Ce jeune duo new-yorkais a fait la nique à tout le monde. Ultra buzzé depuis février 2008, Oracular Spectacular, son premier album, a explosé cet été grâce à l'appui d'une tournée mondiale et de médias faisant d'eux les dieux d'un hypothétique nouveau Summer of Love. Alors MGMT, mystic ou bullshit ? C'est ce que je suis allé leur demander à l'occasion de leur première partie des Kings of Leon le 8 juillet 2008 dernier au Zénith de Paris. 


Vu l'attraction dont ils sont l'objet, Ben Goldwasser (machines) et Andrew VanWyngarde (guitare-voix) ne sont plus trop maîtres de leurs faits et gestes. Nouvelles marionnettes de l'industrie du spectacle malgré eux, depuis quelques mois ils enchaînent interviews et concerts en se conformant au bon désir de sa maison de disques (Sony/Columbia). Côté concerts, autant dire qu'ils commencent à fatiguer et que ça s'est vu le 8 juillet au Zénith de Paris. Les musiciens épaulant le duo avaient beau se démener pour donner une dimension hard rock et héroïc fantasy à cette pop gloubiboulga, tout était globalement mou. La voie d'Andrew approximative. Et pas de "Kids" ni de "The Youth". Tout juste les mélodies d'"Electric Feel" et de "Time To Pretend" pour nous redonner le sourire. Côte interviews, idem. Les mecs fatiguent. Normal : tout le monde les veut. C'est donc très dur d'obtenir ne serait-ce qu'un quart d'heure de tête à tête avec eux. Pour réussir, une seul règle : être le plus offrant. Leur attachée de presse française (Phunk) me l'a bien fait comprendre. C'était genre : "Coco, si tu pouvais m'assurer de placer ta future interview du groupe dans 36 000 canards, je pourrais te promettre un rencard, mais sinon vu le nombre de demandes que j'ai, je crois que ça ne va pas être possible." Bref, je suis quand même est parvenu à mes fins. "Rendez-vous au Zénith à 14h30. Tu auras 15 minutes. 14h45-15h. Sois à l'heure."

 

Bien évidemment j'étais là à l'heure. Bien évidemment eux non. J'ai dû poireauter deux heures en compagnie de deux journalistes mandatés par je ne sais plus quel opérateur téléphonique pour demander au groupe quelles étaient ses influences musicales. Tout ça pour générer du trafic sur leur offre de téléchargement de MP3. Et plus le temps passait, plus tout ça devenait stupide. On nous a dit que les mecs revenaient en bus d'Amsterdam, qu'ils étaient crevés. Et effectivement, à les voir aller et venir à proximité de nous, une chose étaient sûre : ils ne mourraient pas d'envie de venir taper la discute. On nous a dit qu'ils étaient vraiment en retard pour les balances et qu'on aurait sans doute droit qu'à 10 minutes. De toute façon, à force de siroter du Coca en écoutant les balances lourdingues des Kings of Leon, on était presque aussi stone qu'eux devaient l'être vu leur récente escale, alors à quoi bon ? On nous a finalement dit qu'on aurait qu'un mec sur deux. Que comme ça tout irait plus vite. Et ça nous a sorti un peu de notre léthargie. Fallait-il mieux parler à Andrew ou à Ben ? On a eu Andrew, le chanteur. Le beau gosse quoi.

 


"Nous, gonzo ?"


"Les gens du milieu veulent que nous agissions comme des enfants"

 

 

 

 

Bonjour Andrew. Il paraît que vous revenez d'Amsterdam. C'était bien ?
Oui, on a eu quelques jours de repos.


Vous avez ramené quelque chose ?
Non, parce qu'il y avait la douane à la frontière.


Votre succès actuel : good trip, bad trip ?
C'est super, on s'amuse. On a fait de gros festivals en Europe.


Vous aimez jouer dans de gros festivals ?
Oui.


J'ai lu que vous préfériez jouer dans des petites salles ?
Oui, c'est plus confortable, mais on s'habitue à jouer sur de grosses scènes, on apprend à rentrer dans le concert quand même.


Vous êtes prêt à jouer dans des stades ?
Non, quand même pas !


Vous sentez-vous en mode gonzo dans le music business ?
Gonzo ?


Oui, je veux dire que tout ce cirque est nouveau pour vous du coup vous devez vous sentir un peu à l'écart de tout ça alors que vous en faites partie.
C'est vrai qu'en ce moment, pour certaines raisons qu'on ne s'explique pas vraiment, on a un succès fou. Et tout ça s'est fait si vite, on joue déjà dans de gros festivals alors qu'on ne s'est jamais vraiment considéré comme un groupe de scène. On se sent donc encore immature par rapport à tout ça.


Vous réussissez à garder les choses sous contrôle ?
Assez, oui (rires) !


Pourquoi ris-tu ?
Parce que je repense à certains concerts ou certaines interviews que nous n'aurions pas dû faire vu notre état.


Mener une vie de popstar n'est pas de tout repos.
C'est-à-dire qu'au départ tu es excité de faire tout ça, mais en ce moment on commence à accuser le coup parce qu'on tourne sans relâche depuis mai. Les choses devraient se calmer en janvier.


Etre une popstar c'est une bonne façon de profiter de sa jeunesse ?
Je ne sais pas, c'est une vie assez bizarre c'est sûr, mais Ben et moi sommes de vrais amis, donc on apprécie de partager tous ces moments ensemble, surtout que dans l'ensemble on passe du bon temps. On se sent donc privilégié.


Ton avis sur la manière dont les médias parlent de vous ?
J'ai arrêté de lire ce qu'on écrivait sur nous et je pense que c'est une bonne chose parce que je ne veux pas que ça nous influence dans notre musique et notre comportement.


En même tout cette médiatisation est gratifiante. Je veux dire lorsqu'on est jeune et fan de rock on rêve sur ce genre de popstar que vous incarnez aux yeux des médias, on souhaite devenir ce genre de personnage. En tant qu'auditeurs vous avez dû passer par là j'imagine. Mais maintenant vous êtes de l'autre côté du miroir. C'est une position étrange, non ?
Oui, mais j'essaie d'y penser le moins possible même si c'est bien d'inspirer les jeunes avec un nouveau genre de musique.


A propos d'inspirer les jeunes, tout à l'heure en arrivant au Zénith j'ai vu des groupies qui attendaient déjà aux grilles...
Elles devaient attendre les Kings of Leon (rires) !


Vu leur look similaire au tien, je ne pense pas, non ! De la même manière, je n'ai vu aucun journaliste attendre pour interviewer les Kings of Leon. Tout porte à croire que c'est vous le groupe phare de la soirée ! Bref parlons de vos textes. Ils semblent très importants pour vous. C'est toi qui les écrits ?
Oui. Ben m'a un peu aidé sur le texte de "The Youth" mais sinon les paroles sont de moi.


Quelle est ton ambition à ce niveau ?
Aucune en particulier. Généralement les paroles arrivent une fois qu'on a fini la musique. A ce moment-là j'ai juste une petite idée du thème que je vais aborder sur tel et tel morceau, alors je m'isole dans une pièce avec des livres que j'aime.


Quels genres de livres ?
Ça peut être un peu de tout, même des magazines. J'aime lire. Récemment j'ai lu un livre du psychiatre
Carl Jung, c'est assez dense et ennuyeux mais il y a aussi de bonnes choses là-dedans. La plupart du temps quand je lis, je suis à l'affût de bons mots et de concepts qui peuvent m'inspirer. Mais les textes que j'écrits sont aussi spontanément guidés par la sonorités des mots. Souvent ce n'est donc qu'après coup que je réalise qu'il y a du sens là-dedans. Je suis donc souvent étonné de la manière dont les gens peuvent interpréter mes textes. Mais j'aime que chacun puisse y voir ce qu'il veut, ça veut dire que ça les inspire.


J'ai l'impression que tes textes parlent pas mal de la jeunesse, de ta génération. A la base c'est quelque chose qui te touche particulièrement les chansons générationnelles ?
Oui, la plupart du temps les chansons qui me touchent parlent de la jeunesse. Par exemple, j'aime bien les textes nostalgiques de
David Byrne, ceux de Neil Young, de Bob Dylan.


Tu as juste 25 ans et au regard de tes textes tu sembles être déjà très nostalgique de ta jeunesse, comme si tu l'avais perdue ...
Oui !


Faire partie du music business, ça t'aide à rester jeune ou à devenir un adulte ?
Les gens veulent que nous agissions comme des enfants, ils sont là : "Tu veux de l'eau ? Tu veux que je te recoiffe ?" Ils nous infantilisent et c'est assez étrange. Après avoir obtenu mon diplôme à la fac, j'avais commencé à faire des petits jobs, à me confronter à la réalité et à grandir en faisant face à mes responsabilités et maintenant c'est totalement l'inverse (rires) ! Les gens organisent tout à notre place.


C'est fragilisant et il y a de grandes chances qu'un jour tout cela s'arrête...
Oui, je ne nous le souhaite pas mais j'ai bien ça présent à l'esprit, surtout qu'aujourd'hui il est de plus en plus rare qu'un groupe fasse une longue carrière, c'est pour ça que j'essaie de regarder les choses avec lucidité, en me disant que demain je peux très bien être obligé de me remettre à faire des petits jobs de merde.

 

(Suite et fin.)

 

Chronique de Oracular Spectacular


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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 17:04
Festival rock en pays Ch'timi


Joignant l'utile à l'agréable, je suis parti à Aulnoye-Aymeries pour couvrir la 7e édition des Nuits Secrètes qui attendait 50 000 festivaliers et tenter simultanément de m'offrir 3 jours de vacances bien méritées. Mission accomplie ? Récit.

 


 

 


Aulnoye-Aymeries est un bled de 10 000 âmes situé au sud est du Nord-Pas-de-Calais. Le trou du cul du monde. Mais banco ai-je dit à mon pote lorsqu'il m'a proposé d'y aller le 8, 9 et 10 août à l'occasion du festival des Nuits Secrètes. L'affiche était belle et le cadre rêvé pour se désintoxiquer de Paris, alors il s'est improvisé photographe, je me suis improvisé journaliste (ce que je fais depuis 6 ans) et on a sauté dans le train.



Deux heures après, le dépaysement était gagné : une fête foraine s'étendait entre la Grande Scène (gratuite) et le Jardin (9 euros) ; situé près d'un Super U l'espace pro était totalement dépourvu de PC et, au camping (et oui, parce qu'au tarif où l'on nous paie, on ne peut pas s'offrir l'hôtel) dès la tente montée la pluie s'est mise à tomber. Cloîtrés à trois dans ce refuge une place, on se demandait déjà ce qu'on faisait là, surtout que les concerts commençaient à 19h et qu'il n'était que 14h. Mais vite la pluie a cessé, le reste du temps, le ciel fut même assez clément pour quelques coups de soleil, et la majorité des concerts nous a rappelé pourquoi on était venu.

 


 


8 août : Bashung, chirurgien du réel


La belgitude des Bikinians a fait plaisir à voir, performant avec brio des hymnes rock perchés entre surf, Pixies et Kinks. Portés par des tracteurs sillonnant la ville, Bob & Lisa des Bellrays ont charmé en réinterprétant le soul-rock survolté de leur formation d'origine en version blues tambourin-guitare-voix et les lillois de Curry and Coco ont mis le feu en nous faisant découvrir leur électro-rock synthé batterie furieusement catchy. Avec sa blondeur angélique et sa pop ouatée, Peter Von Poehl a fait croire aux filles qu'il existe des mecs qui aiment avec leur cœur et pas avec leur bite. Et comment ne pas craquer à l'écoute de "The Story Of The Impossible" et "Going Where The Trees Are" ? De son côté, French Cowboy a montré qu'il n'était pas du Little Rabbits au rabais, mais un vrai projet, corps et âmes. Mention spéciale à leur poignante reprise du "Back To Black" d'Amy Winehouse.



Bien qu'affaibli par la maladie que chacun sait, Bashung fut princier. Il a débarqué sous les vivas comme si son apparition relevait d'un tour de magie. Il a prononcé une connerie du genre : "Parfois la vie est dure, des gens se perdent de vue" et l'a aussitôt rejetée comme s'il en regrettait l'impudeur. Alors quand il a déroulé le long texte de "Comme un lego", un des rares bons de son dernier album, c'en était déjà trop. Sa relecture de "La nuit, je mens" aussi nous a cueilli. Toute de velours. Il sublimait des appuis mélodiques de plus en plus improbables, chirurgisait le réel en petits gestes d'aveugle, c'était si beau. On aurait voulu rester. Surtout que c'était peut-être la dernière fois qu'on le verrait, mais sur l'autre scène les Hushpuppies avaient commencé et les connaissant un peu on ne voulait pas les louper.



On a bien fait de croire en eux. Son, look, lumières, énergie, gestuelle : ce soir les perpignanais ont tout simplement paru énormes. On aurait dit les Hives. Quand a retenti "Bad Taste And Gold On The Doors" et son big beat fracassant,on n'a pas pu s'empêcher de crier comme pris dans le grand huit. Tout le monde a remué au rythme de leurs hymnes psyché-garage étirés en trip trance. Après ça, les jeunes bordelais d'Adam Kesher ont eu du mal à relever la barre malgré un rock d'envergure lui aussi international. La faute à leur côté Interpol version fluokids et un chant emo à la The Rapture assez vite casse-pieds.



Ensuite, comme chaque soir, entre une heure du mat' et l'aube, la Bonaventure proposait le défouloir électro (6 euros). On y a dansé aux sets de Jahcoozi, Housemeister et Kiko et vu qu'on en est ressorti comme on était rentré (entre couilles), en zigzaguant sur le chemin du retour, on a eu tout le loisir de jouer les bons samaritains. On a sauvé un festivalier qui avait eu la mauvaise idée de prendre trois gars du coin pour des dealers et un autre de s'endormir sur la route. Après ça, sommeil des braves dans la tente une place.

 

 

 

 



9 août : Tellier, entre Gainsbourg et Gainsbarre


Au réveil, les babos criaient toujours "Apéro !". Bronzette. Pèt'. Petit dèj'. On a filé en cellule de dégrisement (douche froide) et c'était reparti. Etait-il trop tôt pour pareille musique ? N'étions-nous pas assez défoncé ? La synth-pop euphorique des norvégiens de Casiokids a cruellement manqué de profondeur. Ce ne fut pas le cas d'Arman Méliès. De la profondeur, son folk-rock en a abusé. D'ailleurs n'est-ce pas ça qui a gâté le dernier Bashung ? Que ce soit des jeunes comme lui qui s'y soient collés ? Des types trop biberonnés au spleen de Fantaisie Militaire ? En tout cas le public n'a pas boudé son plaisir et s'est emmitouflé dans l'"inespéré repli" de ses accords mineurs. Il n'a pas eu tort : il y a là de vraies chansons. En beau français en plus. Mention spéciale à sa reprise d'"Amoureux solitaires" : son souffle Arcade Firesque rendant toute sa noirceur au texte d'Elli Medeiros. Avec sa guitare et sa voix de grande dame, Alela Diane, 24 ans, a dégagé la sagesse qui a magnifié un folk que tout destinait à tomber à plat. Mention spéciale à son chignon, ses boucles d'oreilles et sa robe à fleurs.

 

Sur leur tracteur, alors que Bob & Lisa s'essoufflaient comme des Bidochons, les "80's kids" de Curry and Coco continuaient de péter le feu. A ce moment-là,. Sébastien Tellier est arrivé et lui aussi, comme Bashung la veille mais dans un style tout autre, fut princier. Avec ses blagues graveleuses style "Vous aimez les saucisses de volailles ?" ou "Faudrait que j'aille me laver la bite", il a prêté le flanc à ceux qui voulaient se gargariser de la branchitude de son personnage. Ils ont paru cons. Avec ses morceaux de génie comme "La Ritournelle" et "L'Amour et La Violence", il a forcé les plus pète-couilles à réclamer le silence. Ils ont paru cons. Mais lui, non, même lorsqu'il se touchait les parties. En mariant tous ces aspects dans un grand écart permanent entre Gainsbourg et Gainsbarre, il a juste paru sublime, insaisissable, bigger than life. Mention spéciale à sa prestation de guitar hero.


 

 

Vitalic nous a fait danser. Camille nous a saoulé avec son beat box Mimi Cracra mâtiné de gospel Disneylandisé. On a préféré filer au bar du PC boire des demis en écoutant de l'accordéon. Puis transhumance vers le dancefloor de la Bonaventure où l'on a fait l'effort de danser aux sets de Teki Latex et de Don Rimini. Pour tenter de serrer. En vain.

 

 

 

10 août : Birdy Nam Nam, artillerie électro hip hop



Peu de concerts nous ont emballé. On a aimé le rock festif de Nervous Cabaret. On a été surpris par le post-rock d'Health.Le genre de truc noise inécoutable chez soi mais taillé pour la scène. Tout l'inverse de la pop psyché de Caribou, qui n'a pas survécu aux mauvaises conditions sonores de la Grande Scène. On attendait quelque chose de sympathiquement groovy de l'allemande Nneka, mais elle nous a fait du sous Neneh Cherry, du trop lisse et trop propre qui a mérité les "A poil !" entendu dans le public. Après nous être bien dosé en ti-punch, et avoir multiplié les allers-retours aux pissotières en forme de vagin renversé, la sensation du jour est donc venu de Birdy Nam Nam. Les quatre DJ scratcheurs ont fait se frotter tout le monde en sortant l'artillerie electro hip hop.

 


A la Bonaventure, on a pris pleine poire le rock guitare-batterie du duo californien No Age. Après, Crookers et Brodinski ont sonné l'heure de la grande mascarade électro où tout le monde essaie de chopper en faisant plus ou moins mine d'être là pour autre chose (l'alcool et la danse). On a essayé de chopper en faisant mine de protéger les filles du danger des pogots, parce que dernier jour oblige, tout le monde lâchait ses dernières forces dans la bataille, mais on est rentré bredouille avec l'ultime envie de rentrer à Paris pour consulter notre boîte mail truffée de spams enlarge your penis. Et de dormir dans un lit. Et de boire de l'eau aussi. En trois jours, pas une goutte d'eau n'avait franchi notre gosier. Mais Dieu que d'houblon !


Alors dans la foulée, on a plié bagage, pris le train, retrouvé nos pénates et Paname. A l'arrivée, cata : un mail d'engueulade avec l'un de nos plus gros employeurs. Une stupide histoire de rapport de force hiérarchique. Le genre de trucs qui vous donne envie de tout plaquer sur le champ, d'arrêter cette quête parisienne un peu vaine du métier-passion, d'arrêter de croire que vous pourrez un jour faire votre trou dans cette ville, d'arrêter de croire que tout ça, Paris et sa pression culturelle, c'est pour vous.


Alors tous les souvenirs de ce week-end ont reflué. La musique ici décrite bien sûr, qui a ravi 53 000 festivaliers. Mais surtout les délires de potaches : fesser en douce les peluches du stand de tir à la carabine ; chanter "A la queue leu leu" avant le concert de Bashung ; chanter le "Short Dick Man" de 20 Fingers passant dans la sono avant que l'auteur de L'imprudence n'arrive sur scène ; chanter "Ma main sur ton petit cul cherche le chemin", le refrain scotchant du tube de l'été ; twister sur tout et n'importe quoi ; se demander si les babos du camping chantent tout le temps des trucs joyeux parce qu'ils sont joyeux ou parce qu'ils veulent se montrer et nous montrer qu'ils sont joyeux ; se demander si ça se voit qu'on est parisien, nous qui sommes un peu venu là pour nous décrasser de notre condition de parigot (non sans quelques moqueries, on ne se refait pas). Tout ça a reflué. Finie les vacances. Retour au boulot.


Photos par Antoine Salvi



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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 01:46
Mods in France




"Kate Moss je la ferai tourner pour mes copains"


"Amy Winehouse c'est pour faire la vaisselle"

 

 





"Bad Taste And Gold On The Doors" parle de drogue, de Kate Moss et de Rolls Royce. Entre les trois à choisir vous prendriez quoi ?
Wilfried : Moi Kate Moss.
Cyril : Euh Kate Moss moi j'en ai un peu rien à foutre, je pense que je prendrais la drogue.
Guillaume : Pareil !
Cyril : Parce que soyons clair, si j'ai une Rolls demain, je vais la revendre pour m'acheter de la drogue donc ça ne sert pas à grand-chose !
Guillaume : Moi si j'ai Kate Moss c'est pareil, je la ferai tourner auprès de mes copains pour m'acheter de la drogue.
Cyril : Même pas, elle nous ramènerait de la drogue !


Ok ! Dans la série comparaison, tout à l'heure je rapprochais "Bad Taste..." au "Empire" de Kasabian. "A Trip To Vienna", lui, me fait furieusement penser au "Pure Morning" de Placebo...
Cyril : C'est une influence qu'on n'a pas du tout...


Mais qui peut ressortir de vous malgré vous...
Cyril : Oui, carrément. Plein de trucs ressortent en nous malgré nous. Placebo c'est suffisamment dans notre paysage audiovisuel pour qu'à un moment ou un autre on l'ait dans le crâne. Au-delà de ça, "Pure Morning" c'est une des seules très bonnes chansons de Placebo. A mon goût. Donc la comparaison ne me dérange pas !


Dans pas mal d'articles qui vous sont consacrés vous parlez de vos albums préférés et alors il est souvent question de choix indiscutables, genre Le Velvet et Led Zep...
Cyril : Ah, si tu disais à Olivier, notre chanteur, que Led Zep ce n'est pas bien il te donnerait raison.


Je vois bien que chacun de vous à ses marottes, mais ce que je veux dire c'est que vous n'écoutez quand même pas que des disques rangés au Panthéon du rock. Dites-moi donc un peu quels sont les disques moins "respectables" que vous aimez.
Cyril : Bah par essence, je me dis que si je l'aime c'est que le disque est respectable !
Guillaume : Moi je ne pense pas trop à des albums, plus à des titres en particuliers, genre "Sexy Back" de Justin Timberlake. Ce titre c'est une bombe atomique. La prod est démente. Le morceau est dément.
Cyril : Dans le même genre, il y a le "Toxic" de Britney Spears. Je suis un fan ultime. Tu pourrais me le remettre trois fois par soirée. Pareil pour le morceau un peu electro qui illustre actuellement une pub pour Areva alors que c'est une sous-daube. Moi j'aime bien les sous-daubes comme ça, genre Superman's Lover...
Guillaume : Oui, il y a un gimmick qui marche, un riff qui est bien fait, la prod est béton. C'est comme Eminem, il n'y a rien à redire.
Cyril : De toute façon, du moment qu'elle est bonne, toute la musique est respectable, même si elle est faite pour marcher commercialement. Moi je préfère à la limite un Timbaland ou un Neptunes qui dit : "Je vais faire un énorme tube avec Britney Spears" et qui fait effectivement un "Toxic" derrière plutôt qu'un mec super indé et super réac.


Dans Silence is Golden il y a des moments où l'on a l'impression que la batterie part dans des trips kraut rock...
Cyril : Franck serait fier que tu lui dises ça !


Mais l'ancrage anglais l'emporte toujours sur ces excursus germaniques...
Cyril : Franck est fan de krautrock, de groupes comme Can. Mais comme on écrit à cinq il est forcément limité dans son délire pour faire lien avec la partie musicale qui suit et qui n'est pas forcément krautrock.
Guillaume : Et puis Franck ferait bien durer ça une demie heure or nous on se fait chier au bout de cinq minutes. Tu mets le doigt sur un truc, c'est que dans nos compositions on a chacun plein d'influences différentes et chacun avec son instrument introduit une couleur particulière.
Cyril : Ça rejoint un truc dont on parlait tout à l'heure : on écrit pas de compos en tournée, mais il y a une exception qui infirme la règle c'est qu'en tournée on travaille souvent des reprises, par exemple "I'm Not Like Everybody Else" des Kinks ou "Pump It Up" de Costello. Et souvent, comme on n'aime pas les reprendre telles quelles, en fait on crée des parties entières au milieu de ces morceaux et du coup ils deviennent des morceaux perso.


Vous fonctionnez comme des parasites. Vous coloniser l'organisme d'une grosse bête pour vous en nourrir et repartir avec la patate.
Cyril : C'est ça ! On pique la moelle de ces morceaux pour en faire autre chose à côté !
Guillaume : En même temps, aujourd'hui c'est ce que font tous les mecs qui font des remix. En remixant un morceau ils réinventent des parties totalement différentes de l'original.


Finalement c'est peut-être la démarche artistique la plus sincère parce qu'elle cite sa source là où beaucoup se contentent de plagier des morceaux sans le dire ou ne reconnaissent tout simplement pas qu'ils créent sous influence de plein de chansons sans s'en rendre compte.
Cyril : Oui. En tout cas, nous, les gens ne se sont jamais rendu compte du morceau à partir duquel on s'était basé pour créer tel morceau perso.


Pourquoi ce titre d'album, Silence is Golden ?
Guillaume : C'est un peu le contrepoint du second degré dont on parlait tout à l'heure à propos des paroles de nos chansons.
Cyril : C'est un peu notre façon de nous intéresser à ce qui nous entoure. Pour nous Silence is Golden renvoie aux non-dits, c'est-à-dire que c'est justement le contraire du silence...
Guillaume : Le silence est d'or mais ça peut-être un danger.
Cyril : Voilà parce que finalement ce qui est le plus violent se passe toujours derrière le silence. Il y a toujours quelque chose de dramatique derrière les non-dits, dans une famille, dans un pays, dans une société...
Guillaume : Dans un groupe de rock...
Cyril : Ce que tu ne vas pas dire, ça va finir pas déclencher une bagarre entre des gens, ils vont se pourrir, se détester parce qu'ils n'ont pas résolu le problème. Au niveau de la société, Silence is Golden exprime cette question qu'on se pose : "Comment ça se fait que les gens n'ouvrent pas leurs gueules ?" Ils ne disent pas : "Ça vous l'avez déjà fait, on sait comment ça va se passer, on sait bien que derrière ça va péter."


En ce moment qu'écoutez-vous ?
Cyril : Moi je peux parler d'un groupe qui s'appelle Spoon. C'est très connu. Leurs premiers albums viennent d'être réédités donc j'ai acheté et c'est énormissime.
Guillaume : Moi pour faire la vaisselle j'écoute Amy Winehouse, c'est génial (rires) ! Sinon j'ai acheté l'album des Justice.


Alors ?
Guillaume : J'ai peur de l'écouter. J'ai super peur de le mettre sur la platine. Vraiment. Ça fait une semaine que je l'ai acheté et je n'ose pas le mettre sur la platine.
Cyril : Tu as peur que ce soit trop bien ou trop mal ?
Guillaume : J'en ai trop entendu parler et j'ai peur que ce soit trop bien. J'ai peur de me prendre une claque parce que je suis fan de musique électro. J'ai peur de me dire : "Merde, mais pourquoi je n'ai pas fait ça ?".
Cyril : Pour revenir sur Amy Winehouse, je trouve que son album est bien mais il me donnerait plutôt envie d'aller direct racheter des trucs des Ronettes, etc. Dans de tels cas, je serais du genre, avant d'écouter le disque, à acheter toutes les références antérieures que citent les journalistes dans leurs articles.
Wilfried : Faudrait que le vendeur ose dire à celui qui veut acheter l'album d'Amy Winehouse d'acheter d'abord l'album des Temptations.
Cyril : Moi j'ai pris une bonne claque il n'y a pas si longtemps avec Les Fratellis. Ça ne pète pas plus haut que son cul, ils n'ont pas réinventé quoique ce soit mais l'album passe très bien. C'est du Franz Ferdinand en plus rock. Tout à l'heure on parlait d'ailleurs des groupes très référencés et bien Franz Ferdinand, par exemple, j'ai écouté certains trucs d'eux et ça m'a fait penser presque trait pour trait à des trucs genre Gang of Four. J'ai halluciné : c'était limite le même morceau avec des paroles différentes.


Ça ne m'étonne pas trop. Par exemple récent on m'a appris que leur single "Take Me Out" était calqué sur le "Back Off Buggaloo" de Ringo Starr.
Cyril : Le rock est vraiment un repaire de faussaires !




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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 20:06
Mods in France

 





"chercher le tube, c'est un peu tuer la musique"


"on se fiche d'être trop rock pour les popeux ou trop pop pour les rockeux"




Aujourd'hui vous vivez de votre musique ?

Guillaume : On commence gentiment à payer des impôts.
Cyril : Après un an et demi à vivoter ça commence à se mettre en place doucement.
Guillaume : Le souci pour ce qui des ventes de disques, c'est que c'est le producteur qui empoche la majeure partie des bénéfices. Et c'est normal, c'est lui qui investit. Pour que l'artiste se fasse des sous là-dessus il faut donc qu'il en vende vraiment beaucoup. Le deuxième souci à ce propos, c'est qu'on est 5. Il faut donc diviser cette somme en 5.
Cyril : Aujourd'hui le marché du disque va tellement mal que souvent même un groupe qui vend beaucoup gagne plus d'argent grâce aux concerts et aux synchros pub...


Oui, j'ai même entendu dire que U2 dégageait peu de bénéfices en ventes d'albums pure et que c'était grâce aux concerts qu'il renflouait massivement leurs caisses.
Cyril : Oui, les grands artistes qui ont eu leur heure de gloire il y a quelques années et qui continuent à sortir des disques le font plus parce que c'est un prétexte pour partir en tournée car aujourd'hui c'est sur scène qu'il y a de l'argent à se faire.


Le CD n'est donc plus qu'un objet promo ?
Cyril : C'est ça.
Wilfried : Une sorte de carte de visite. Aujourd'hui les groupes vivent de tout ce qui est produits dérivés.
Cyril : Tu les vois, pas mal de groupes, même en France, explosent tout d'un coup non pas grâce à un disque super bien fait mais parce qu'on a entendu leur musique dans un film ou une pub. Ça a été le cas pour Aaron, The Film et les Elderberries. Quand les Elder ont fait la musique du film d'horreur Hellphone ça les a plus médiatisé que tous leurs concerts et ventes de disques réunis.


Pour ce deuxième album vous avez bénéficié de plus de moyens ?
Guillaume : Oui, on a eu le même studio pour les prises de son mais on a eu plus de moyens pour la production et le mixage. On a donc eu pu prendre le temps de mixer un morceau par jour, donc le rythme de travail était plus cool. Mais ça restait physique. Ça nous forçait à nous coucher à 4 heures du mat' et le lendemain on réattaquait à midi.


Quel impact cela a-t-il eu sur les compos ?
Cyril : On a pu mieux creuser l'univers de chaque morceau.
Guillaume : Sur le premier album, on cherchait vraiment à créer une unité de son et d'énergie pour montrer aux gens qu'on savait faire des compos et leur donner sur disque la pèche qu'elles ont en live. On n'avait donc pas cherché à faire un album super produit. Pour le deuxième album, maintenant que les gens savaient qu'on était un groupe, on s'est dit que notre but était d'essayer de raconter une histoire à chacune de nos compos. On a donc travaillé l'emballage pour que chaque morceau ait un papier-cadeau différent.


Après avoir casé deux des morceaux de votre premier album pour des spots télé publicitaire, avez-vous été tenté de refaire des morceaux "pubesques" ?
Cyril : Pour l'anecdote, on avait un morceau dont on se disait : "Celui-là, si on le développe, il va être pour la pub" et c'est le seul qu'on n'a pas gardé !
Guillaume : En fait on n'a pas eu le temps de le faire.
Wilfried : De toute façon ce n'est pas à nous de dire s'il y a des tubes ou pas dans cet album. Ce n'est pas notre taf. Et puis chercher le tube, c'est un peu tuer la musique.
Cyril : Oui parce que parfois à trop chercher le tube tu en viens à délaisser tes autres morceaux qui valent tout autant le coup.
Wilfried : Nous on a juste essayé de faire des trucs simples et structurés. Des couplets-refrains qui vont droit à l'essentiel...
Cyril : En même temps, un pote m'a fait remarquer que sur cet album on assumait moins les refrains. Je n'avais pas fait attention mais je pense qu'il n'a pas tort. Sur ce disque on a un peu pris le contre-pied du principe tubesque et on a plus chiadé les mélodies et les arrangements des couplets.
Guillaume : La différence c'est que sur le premier album on partait souvent sur des trucs hymnesque genre "You're Gonna Say Yeah !". On paraît d'un refrain péchu et on essayait plus ou moins de broder autour, alors que là on est parti de rien, vraiment rien, même pas un début de refrain, et ça explique pourquoi les morceaux ce sont modelés d'une façon complètement différente. Maintenant le bon point c'est qu'on a eu du mal à définir notre premier single. Il y avait plusieurs possibilités.


Pourquoi avoir finalement opté pour "Bad Taste And Gold On The Doors" ?
Cyril : Je crois que c'est le seul qui mettait tout le monde d'accord.
Guillaume : Et c'est aussi le choix le plus couillu. Parce que justement il n'y a pas de refrain. C'est un tunnel, une masse de son.


Par son côté massif, vrillé et militaire, il me fait penser au "Empire" de Kasabian...
Cyril : C'est un très bon morceau donc on le prend comme un compliment (rires) ! Prendre "Bad Taste..." en single c'était une façon de dire : "On a franchit une étape, on est capable d'autre chose que le rock garage mods".


A la sortie de votre premier album, beaucoup vous ont parlé de votre image, vos fringues, vos références, votre côté super sixties. Ça ne vous gène pas cette réputation de "bons élèves du rock" ?
Cyril : Non. De toute façon, les gens disent souvent ça avant de nous voir sur scène, genre : "C'est bien, mais est-ce que ce n'est pas trop gentil, trop rock pour les popeux, trop pop pour les rockeux ?" On s'en tape, quoi. Ce n'est pas très important. Et nous quand on est sur scène, on a une approche très rock donc on ne cherche plus à savoir quel choix on a pris. Je ne trouve pas ça négatif de ne pas partir de zéro. Parce que comme ça les gens arrivent à te caser dans un univers, ça te permet de les accrocher et après si derrière tu arrives à sortir de cette case et à leur faire des morceaux complètements différents de ce qu'ils attendent comme "Bad Taste..." qui n'est pas du tout sixties mods mais plus proche de Queen Of The Stone Age ou de Kasabian, les gens ne diront pas : "Ah, maintenant vous écoutez du seventies ?" Non, ils verront bien qu'on a écouté des milliers de choses et qu'on n'est pas bloqué sur un truc. Donc pour répondre à ta question, je pense qu'au début ça nous a plus servi qu'autre chose.


Parce que vous aviez ainsi votre créneau...
Cyril : Oui, on avait notre place. De tous les groupes qu'on voyait émerger chaque semaineon était un peu les seuls à ne pas se revendiquer toutes les dix minutes des Stooges ou des groupes New Yorkais des années 70. On disait qu'on avait toujours écouté du mods, de la soul, du freakbeat. C'est notre base musicale, on a tout développé à partir de là.


A l'époque de The Trap beaucoup vous ont comparé à As Dragon...
Guillaume : Quand on a commencé à relancer Hushpuppies il y avait As Dragon et c'était super de se dire qu'un groupe français qui chante en anglais faisait de la super bonne musique et que les gens allaient voir sur scène.
Cyril : As Dragon, c'est le groupe qui nous a ouvert la porte. Parce que mine de rien encore aujourd'hui on se bat pour imposer une langue anglaise et à l'époque de As Dragon ce n'était pas du tout évident.


Ça reste une bataille aujourd'hui d'imposer du "rock de français en anglais" ?
Cyril : Oui, du rock de français en anglais, c'est une bonne expression. On fait du rock de français en anglais et pas du rock français en anglais.
Wilfried : Ça reste une bataille aujourd'hui, c'est clair. Avec les quotas radio, forcément on ne passe pas dans les grilles.
Cyril : C'est encore plus une bataille aujourd'hui parce que les disques se vendent moins qu'il y a 5 ou 6 ans.
Wilfried : Mais c'est clairement en train de changer. As Dragon a ouvert la porte et d'autres groupes comme nous sont en train de pousser.
Cyril : Je vais te prendre un contre-exemple : les petits groupes de jeunes, genre les Naast et les Plasticines, c'est des groupes qui ont commencé sans complexes à faire du rock garage, mais dès qu'ils ont signé un mec leur a dit de chanter en français. C'était la condition sine qua none pour qu'ils signent en maison de disques. Et aujourd'hui vu ce qu'il en reste on voit bien que ce n'est pas ce que les gens attendent.
Guillaume : Avant la sortie de notre premier album on a croisé un certain nombre de type de ce genre. Chaque fois les mecs nous disaient : "C'est bien, vous avez l'énergie, vous avez des bonnes gueules, ça joue, cool. Faites-moi des chansons en français et je vous signe." On lui a donc dit que ça n'allait pas le faire. Le type n'avait pas compris notre musique. Nous on ne fait pas du rock français, ce n'est pas nos références, ce n'est pas ce qu'on aime. Le français ne sonne pas du tout comme l'anglais. On ne sait pas faire des chansons rock'n'roll en français.
Cyril : Il y a un truc très franchouillard c'est de faire la version française d'un groupe anglais qui a super bien marché. Seulement, niveau prod, pour que le chant en français soit compréhensible, il faut mettre la voix en avant, et du coup la musique vire au second plan. La mélodie du rock marche parce qu'elle est simple. C'est un ensemble de trucs qui percutent tout de suite et les français n'ont pas encore compris ça. Ils se revendiquent de trucs auxquels ils enlèvent la substance parce qu'ils y introduisent cette notion un peu poétique de langue française. Prends un des meilleurs groupes français qui soit : Noir Désir. On n'a pas fait mieux que Noir Désir mais ce groupe c'était quand même la pâle copie de groupes qui existaient déjà à l'époque, comme Gun Club par exemple.


En tant que langue très articulée et difficilement musicale, le français crée un fossé avec la matière sonore parce qu'il ne s'inscrit pas dedans mais au dehors.
Cyril : Oui et je ne connais quasiment aucun groupe qui chante en français et qui a réussi à garder toute l'énergie et toute la simplicité du rock en réussissant en plus à faire de bonnes paroles.
Guillaume : Si, il y a Bernie Bonvoisin.
Cyril : Oui, mais Trust c'est l'exemple même d'un sous AC/DC en français. C'est très bien mais les mecs n'ont rien inventé.


Oui, mais à la limite ils ont été les premiers à faire du "sous AC/DC en français" comme Noir Désir ont été les premiers à faire du "sous Gun Club en français". Et du coup ils ont soldé le truc. C'est pour ça que qui continuent à faire du rock français seront taxés à vie de faire du sous Noir Désir. Ils essuient la faute qu'on a pardonnée à Noir Désir d'avoir réussit le premier ce tour de passe-passe qui consistait à réussir sa contrefaçon de tel groupe anglo-saxon.
Cyril : Oui, ils se copient tous entre eux, ils ont le même son de gratte, la même façon de chanter, les mêmes mots appuyés !
Guillaume : Et puis il y a ce truc dans le rock français c'est qu'il est très engagé. ça, ça nous énerve. Parce que tu n'as pas besoin d'être engagé pour faire de la musique.


L'engagement n'est pas que dans "la chanson à texte"...
Guillaume : Oui, l'engagement c'est aussi dire : "J'en ai marre que mon boulanger ne me reconnaisse pas !"
Cyril : Nous on aime parler de trucs qui nous gonflent au quotidien, des petites histoires qui nous permettent de nous remettre en place en faisant notre autocritique.


Par exemple ?
Cyril : "Broken Matador". Cette chanson c'est une espèce de message qu'on s'envoie les uns aux autres à l'intérieur du groupe. Et ça raconte que si l'un de nous part en couille et se met à faire n'importe quoi et bien on doit le soutenir coûte que coûte.


(Suite et fin.)


 


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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 00:39
Mods in France


"I want my Kate Moss / I want my Rolls Royce, the one in Lennon's colors / I want my Rolls Royce / I want my mansion with playmates to be my toys / I want some action... " Ces paroles qui tournent en dérision le mythe du sex, drug and rock'n'roll ne vous disent rien ? Non, ce ne sont celles de "Time To Pretend", le tube du groupe pop du moment, MGMT, mais celles de " Bad Taste And Gold On The Doors", le premier single de Silence is Golden, deuxième album des mods in France ultimes que sont 5 les perpignanais de Hushpuppies. Ce disque est sorti il y a presque un an, en octobre 2007. Pourquoi je voulais revenir dessus ? Parce qu'il est bon, tout simplement, parce que sur Parlhot au cas où vous ne l'auriez pas remarqué j'emmerde l'actu musicale et enfin parce qu'en cette saison de festivals que je boude par manque de temps je me rappelle au bon souvenir de ce groupe qui assure vraiment sur scène, comme il l'a fait dernièrement, à en croire une consœur, à l'occasion de la première édition du Garden Nef Party Festival d'Angoulême.


Le rock garage n'est pas un genre dont je raffole. J''avais pas mal d'à priori à l'encontre des Hushpuppies, genre : "C'est quoi cette bande de jeunes mecs poseurs et fétichistes qui fait du rock rétro, une musique de fan, à la manière de ?" Puis je les ai vu sur scène, à l'époque de leur premier album, The Trap, écoulé à plus de 20 000 exemplaires, j'ai découvert son successeur, Silence is Golden et je dois dire que j'ai été bien bluffé par ce qui en est sorti. Le riff surpuissant et très "Vertigo" U2esque de "Fiction In The Facts", ses synthés psychés, sa tentation disco-kraut, ses chœurs qui poussent, euphoriques, furieux. Et le single donc "Bad Taste And Gold On The Doors", qui sonne massif et vrillé comme le "Empire" des Kasabian. Rien que ça, ça m'a fait changer d'avis. Là-dessus, pour ne rien gâcher, quand je l'ai interviewé à la sortie de leur répèt' à la salle Mains d'Oeuvres, j'ai rencontré 5 types sympa et habités par ce qu'ils font. On était en septembre 2007, c'était leur première interview pour la promo de Silence is Golden. Olivier (chant) et Franck (batterie) ne pouvant pas rester, je me suis entretenu avec les 3 autres : Cyril (guitare), Guillaume (basse) et Wilfried (clavier)



"On n'est pas prétentieux, juste sûr de nous"


"On fait un doigt aux maisons d'édition qui n'ont pas voulu de nous"

 

 





Salut les gars. La première et seule fois que je vous ai vus en concert c'était en 2006 au festival du Printemps de Bourges en première partie de Philippe Katerine. J'avais trouvé votre concert vraiment bon. Ça reste un bon souvenir pour vous ?
Wilfried : Oui, ça fait partie des très bons que nous avons fait jusqu'ici.
Cyril : Comme on était la première partie on pensait que seulement un quart du chapiteau serait plein, qu'il n'y aurait que 1000 voire 2000 personnes, mais il y a eu entre 4000 et 6000 personnes.


C'est la première fois que vous jouiez devant tant de monde ?
Wilfried : Oui, Bourges c'était notre première vraie grosse scène. Le seul truc qu'on avait fait de comparable c'était les Transmusicales de Rennes. Il devait y avoir 2000 ou 3000 personnes. Bourges, c'était impressionnant quand même. Après nous il y avait eu Katerine, Deus, Artic Monkeys, Dionysos.


Je me rappelle que pendant leur concert le chanteur des Artic Monkeys s'est pris une basket dans la tête. Quelqu'un dans le public a sans doute voulu lui dire par là qu'il n'aimait pas trop sa musique !
Wilfried : Oui, j'ai eu l'impression que ça ne plaisait pas. A ce moment-là, nous on était sur le côté de la scène et on voyait plein de trucs voler sur scène. Je crois que ça n'a pas été un concert mémorable pour eux. Ou en touts cas pas pour les bonnes raisons.
Cyril : Perso, je ne remets pas en cause la qualité des Artic Monkeys sur disque, mais je pense qu'ils font juste partie de ce genre de groupe qui a du mal à développer un vrai contact scénique avec le public. Mais en même temps c'est normal, c'est un petit groupe de banlieue qu'on a mis du jour au lendemain au niveau des Beatles.


En plus on ne peut pas dire qu'ils aient du charisme...
Cyril : Oui, c'est un peu ça. Le chanteur, tu as un peu l'impression que c'est le caissier du supermarché du coin !


A ce concert je me suis aperçu que vous étiez doués pour entrer en contact avec le public. Le fait d'avoir un chanteur uniquement concentré sur le chant, ça aide ?
Cyril : Il y a ça, mais on a surtout la chance d'avoir un chanteur assez charismatique et péchu. C'est-à-dire que durant les moments où il ne chante pas, il va voir les gens, il se rapproche de la fosse, il va slammer et ça. Mine de rien, pour les gens, c'est important.


Olivier, votre chanteur, ne sait jouer d'aucun instrument ?
Cyril : Non, ce n'et pas un très bon musicien, il sait juste jouer un peu de synthé. Or si un chanteur veut bien assurer au chant et dans son instrument en même temps, il doit être très bon dans les deux. Donc si demain tu le fais chanter avec une guitare, il ne sera plus au niveau question chant. Et puis naturellement il aime bouger, prendre son micro et se promener pour communiquer avec le public.


Ce que fait très bien le chanteur des Razorlight qui fait mine de jouer de gratouiller !
Cyril : Oui, le mec des Razorlight n'est pas un vrai guitariste, il prend plus la gratte pour le trip visuel, un peu comme Mick Jagger prend la gratte dans Les Rolling Stones. Sa gratte n'est même pas branchée.


Votre premier album a bien marché. Vous en avez vendu plus de 20 000 exemplaires. Vous avez beaucoup tourné et vous avez même fait deux synchros pub. "You're Gonna Say Yeah !" a été utilisée pour la musique de la pub Mennen et "Bassautobahn" pour celle de la Toyota Yaris. Tout cela vous a mis la pression pour le deuxième album ? Dans le milieu, on dit souvent que le deuxième album est l'album piège...
Cyril : Le piège pour nous c'était le premier album (je rappelle qu'il s'intitule The Trap, Nda) !
Guillaume : Il y avait effectivement une petite pression mais individuelle. On sortait juste d'une tournée de plus de 100 dates et on avait vraiment envie de se retrouver en studio et faire ce qu'on sait faire : de la musique et basta. Après, chacun a eu des petites périodes de doute et de stress mais jamais tous en même temps. Ça nous a donc permis de nous aider quand l'un de nous n'avait pas le mojo et de continuer à faire avancer le schmilblick.
Cyril : En fait, on n'a pas eu de pression sur le premier album et on était censé ne pas en vendre du tout et ça a bien marché, donc on s'est dit qu'il était idiot de se mettre la pression pour le deuxième parce que du coup avait tout à y gagner. On se disait : "Au pire, ça marchera moins bien que le premier, et alors ?" On a tellement fait un bon score avec le premier que si demain ça marche moins bien pour nous parce que le marché du disque va mal et que le disque plait moins, bah tant pis, c'est comme ça. Mais dans tous les cas il fallait faire un album dont on soit content à 100 %.
Guillaume : La seule "pression" qu'on avait, c'est qu'en janvier on n'avait rien et le studio de mixage était booké pour juin. Donc le chrono était lancé.
Cyril : En même temps, c'est la seule façon qu'on ait trouvé d'avancer. Parce que si on ne fait pas les choses en speed, en général on ne fait rien !
Wilfried : Etudiants, on rendait les rédactions au dernier moment...
Cyril : En plus, on a cette particularité d'écrire à cinq. Il n'y a pas un auteur ou un compositeur et ça fait une grosse différence. Si en janvier un mec s'était ramené avec 6-7 compos, on aurait déjà eu moins de pression, parce qu'on aurait eu une locomotive. Alors que là, notre locomotive, c'était de se dire : "On s'enferme, on a tant de mois, et on y va !" C'est comme ça qu'on fonctionne et pour l'instant ça nous réussit pas mal.


On parlait de vos deux synchro pubs. Ça a dopé vos ventes ?
Guillaume : Non, mais les festivals oui.
Cyril : La radio aussi, un peu.
Wilfried : Passer sur le Mouv' nous a permis de remplir les salles. Et du coup quand tu remplis les salles tu vends plus de disques et tu es programmé sur les gros festivals. C'est ce qui nous est arrivé.
Cyril : La pub nous a plus apporté une notoriété un peu "bâtarde" parce que effectivement du coup plus de gens nous connaissent mais comme on passait à la télé certaines personnes du milieu pensaient carrément qu'on avait déjà vendu 300 000 disques alors qu'on en a plus vendu entre 20 000 et 25 000.
Wilfried : On reste donc indé.
Guillaume : A monter notre backline nous-mêmes. On reste donc rock'n'roll. On est sur la route dans un van un peu pourri et vroum.
Wilfried : Nous sommes 5 garçons qui prenons plaisir à faire du rock et jusqu'à maintenant ça marche. On n'est donc pas prétentieux, juste sûr de nous.
Guillaume : Le doute tu l'as quand tu es tout le temps sur la route, ce qui nous est arrivé parce qu'on a beaucoup tourné pour le premier album, on était d'autant plus coupé du monde, qu'on n'avait pas les moyens de se payer l'avion pour rentrer chaque jour chez nous. Dans ce cas-là, pendant des jours tu vis dans la bulle constitué par le groupe et le staff. Tu arrives dans une salle, boum, tu as des gens devant toi et, boum, ensuite ça retombe, tu reprends la route. Tu es coupé du monde et donc des médias et de toute l'euphorie qui peut se passer autour de toi. A l'époque, on n'avait donc pas réalisé que tout d'un coup c'était en train de monter pour nous. On s'en est rendu compte après.


Du coup vous n'aviez pas eu le temps de composer de nouveaux morceaux pendant cette tournée...
Cyril : On a emmagasiné de la technique et des inspirations au fur et à mesure des dates. On se connaît de plus en plus donc l'inspiration vient naturellement quand on se remet à composer. Mais sinon composer en tournée c'est impossible parce que voilà on se lève à 7h du mat', à 8h on est sur la route, on arrive au festival, on fait la balance, on va se reposer, on fait le concert et hop on repart. C'est un rythme infernal.
Guillaume : Après, ce qui peut nous arriver sur la deuxième tournée, avec le temps et l'expérience, c'est que pendant les balances, au lieu de répéter les morceaux tels qu'on va les faire dans le set, on va peut-être pouvoir faire des bœufs. On l'a déjà un peu fait, mais pour l'instant ça n'a pas payé, on n'a pas utilisé les plans qu'on avait ébauchés.
Cyril : Pour l'instant, dans ces moments-là, on développe plus des sonorités, des solos, des petites choses autour d'une gamme. On pourrait composer pendant une tournée si on était plus connu et qu'on vendait énormément de disques, parce qu'on arriverait avec un tour bus, on ne ferait pas nous-même nos balances, on aurait l'après-midi pour nous. Je prends l'exemple de Franz Ferdinand : les mecs, pendant leur tournée en France, au lieu de faire leurs balances, ils louaient des salles de répèt' à Paris, ils prenaient leurs matos et hop ils allaient bosser les chansons du nouvel album.


Pas de perte de temps. Time is money !
Cyril : Oui, mais deux choses les pousse à fonctionner comme ça : d'une, il n'y a qu'une partie du groupe qui compose, donc c'est plus facile de se mettre au boulot et de deux, ils sont constamment sur la route donc ils sont bien obligés de créer ces moments-là pour écrire.


Après, ça fait un peu entreprise leur truc...
Cyril : Oui, ça fait un peu bizness. Je sais que nous, un mois et demi non-stop sur la route, ce serait le maximum qu'on puisse faire. On a fait 110 dates étalées sur l'année mais on enchaînait pas plus de 3-4 dates par semaine et on faisait des pauses entre. Le fait qu'on ait cette ambiance entre nous 5 avec l'ingé-son, ça crée à la fois une certaine famille et une tension car on est tout le temps les uns sur les autres.


On parlait pub et musique. Faire une synchro pub, ça paie encore ? Qui a l'ascendant dans le rapport de force entre la marque et le groupe ?
Guillaume : On est un peu entre les deux. Quand les marques utilisent une musique, il y a des droits à payer et elles ont des moyens, donc ça paie bien même si c'est sûr que ce n'est plus les tarifs qui étaient pratiqués il y a quelques années. Mais tu vois, nous, par exemple, faire de la synchro pub nous a permis de nous acheter un local de répèt', ce qui nous évite d'avoir à payer un loyer pour ça chaque mois.
Cyril : On ne voulait pas à tout prix faire de la pub, c'est juste que le plan nous est tombé dessus, alors on en a discuté, on a fixé des limites. Je ne sais plus quelle somme ça représentait et quel était le deal complet parce que ça c'est le label qui gère, mais voilà on ne voulait se vendre pour rien, même si ça ne nous choque pas que notre musique illustre un spot publicitaire.
Guillaume : Ce qui est génial, c'est qu'avec cet argent on a aussi choisi de monter notre boîte d'édition et c'est vraiment libérateur parce que en France personne ne voulait nous signer en édition, ou alors à des tarifs ridicules, or nous on ne voulait plus se brader. Indirectement la pub nous a donc pas mal aidé. Je me rappelle qu'avant cela on a eu une période un peu dure. On était encore dans les études, et nos cachets ne suffisaient pas à payer la bouffe, le loyer, etc. On est donc content d'avoir fait ça. On s'en est sorti par nous-même et maintenant on peut faire un doigt à toutes les maisons d'édition en leur disant que nos tarifs ont augmenté.



(Suite.)

 



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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 01:00
Un peu plus près des étoiles















J'ai une poignée de disques quand vient l'heure de dormir. Ils sont mes marchands de sable, l'éponge pressée sur le front du malade. Je pense à l'album blanc de Sigur Ros, Rock Bottom de Robert Wyatt, Moon Pix de Cat Power, Happiness de Sebastien Schuller, Reckless Burning de Jess Sykes and the Sweet Hereafter, Daybreaker de Beth Orton, Souvlaki de Slowdive, Love in the Time of Science d'Emiliana Torrini, Ghost Days de Syd Matters, Saturday=Youth de M83, La Maison de mon Rêve de Cocorosie, The Forbidden EP d'Idaho, Among My Swan de Mazzy Star, Keren Ann de Keren Ann...


Depuis peu je pense aussi à Ghost From The Past de Bang Gang. C'est le troisième album de l'islandais Bardi Johannsson. Et ce disque, c'est bien simple, en ce moment je dors dans sa chambre d'écho. De "The World is Gray" à "Stay Home" co-composé par M83 en passant par "Don't Feel Ashamed" co-composé par Keren Ann, tout ici n'est qu'ode aux lendemains qui déchantent, à ces jours gris fantôme où le monde a l'air clôt sur lui-même comme une âme en peine et où on l'on reste chez soi à se dire "Miroir, mon beau miroir..."


Avec "Ghost From...", on passe de l'autre côté. Ça commence par "The World is Gray" donc. Qui souffle sur nos cendres et nous donne des ailes. Je pense au poème où Mallarmé se déclare hanté par la pornographie de "L'Azur" et réclame, blessé, "un grand plafond silencieux" pour penser ses plaies. "En vain ! L'Azur triomphe, et je l'entends qui chante / Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus / Nous faire peur avec sa victoire méchante / Et du métal vivant sort en bleus angelus !" Je pense à cette logorrhée verbale réduite en poussière dans l'épure pop d'une chanson des Carpenters. A ce genre de miracle qui se retrouve parfois sur disque. Onze fois.


Ici tout est lent, limbes, invitation au voyage. Parfois ça rock, sur "I Know" et "Black Parade". "One More Trip" jette même quelques guitares à l'assaut de la voûte céleste. Mais ce n'est rien, juste un sursaut, le corps qui se décharge avant de passer la frontière. Alors s'avancent des délices sans nom. Un chœur de sirènes s'embrase, baroque, sur "Ghost From The Past". Une aurore boréale fait miroiter sa chair diaphane sur "Don't Feel Ashamed"...


L'album s'achève en odeur de synthé. Motifs hypnotiques sur deux accords, nappes fumigènes et trip cosmique, sur " Won't Get Out" et "Stay Home" la patte d'Anthony Gonzales est reconnaissable entre mille. Moelleuse. Accueillante. Onirique. Mais à ce stade il est rare que j'en profite. Morphée m'a cueilli.


"Ghost from...", The Forbidden EP, Moon Pix, Rock Bottom... A l'heure d'écraser le disque dur ces doux disques ne me font pas croire en un monde meilleur, ils me donnent juste l'illusion que quelque chose respire auprès de moi. "L'étreinte poétique comme l'étreinte de chair / Tant qu'elle dure / Défend toute échappée sur la misère du monde", disait Breton. C'est un peu ça la pop. Et ce n'est pas rien.

 


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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