N’a-t-il fait que bader après "Thriller" ?

 




Autant j’ai failli en verser une pour Bashung autant pour Michael… Le mec était parti trop loin, trop loin des hommes et de l’idée somme toute basique qu’on se fait du songwriter ou du song and dance man comme ils disent là-bas… N’empêche tout l’été je me la suis repris en plein face la musique de Michael. Impossible d’y échapper, elle était partout, sortant des radios, des télés, des bars, de chez toi, du supermarché. Partout comme un zombie, plus pimpant que jamais. Obsédante. Mutante. A tel point que marchant dans la rue avec elle en tête je n’avais qu’envie : stopper ma folle course parisienne pour exploser comme un éclair en un "Who’s bad !", jambe en l’air.

 

"Ce que l’homme a de plus précieux est une brève épilepsie" écrit Paul Valéry dans Tel Quel II. C’est ça. M.J. était un(e) "Führer de vivre", une frustration qui éclate. De celle qui vous dynamite tout gosse sous les atours de King of Pop… Bon cet été (meurtrier) je n’ai pas moonwalké en pleine rue. Pas osé. Au lieu de ça j’ai lu. Deux biographies consacrées à M.J. : Michael Jackson, Pop life d’Olivier Cachin et Michael Jackson, La chute de l’ange de Stéphane Koechlin, et décidé d'organiser un truc à trois : une rencontre-débat. Des deux bios, je ne vous cacherai pas que ma préférée est celle de Cachin, celle de Koechlin tenant plus du "fast book" comme l’a si bien dit son confrère. Son livre sur l'icône, Koechlin l’a écrite en 15 jours après la mort de l’artiste. C’est une commande de son éditeur. Deux co-auteurs l’ont aidé. Sans cela, dit-il, il n’aurait jamais écrit sur Michael. A l’inverse de Cachin, qui avait presque fini son livre le jour du fatidique 25 juin 2009, il ne l’a jamais porté dans son cœur. Il n’est pas "fan", surtout de sa période post Thriller. Il assume sa "chute de l’ange" sensationnelle et psychologisante comme la bio "illégitime" sur Michael ? Soit. On pourrait en discuter longuement. Comme on le pourrait du livre sobre, homérique et documenté de Cachin. On le fit d’ailleurs. Mais vu les riches désaccords de ces deux spécialistes de musiques noires sur Michael Jackson, j'ai, dans un premier temps du moins, décidé de garder leurs propos sur ce qui lui survivra  : sa musique. Interview vidéo, pour changer !

 

Merci à Fulldawaprod


 

Par SYLVAIN FESSON - Publié dans : DISCussion
Lundi 26 octobre 2009

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Le diable au corps



"Patrick Fiori, faut pas le faire chier !"

 

"Luke, les enfants du Tostaky ? ça me fait bien marrer !"

 



Au-delà du hasard de votre rencontre, rester à trois guitare-basse-batterie pour Solas, c'est un choix musical, l’envie de sonner frontal ?
Denis et Paul : Ouais, carrément !
Paul : C'est plus exigeant encore, c'est un peu notre ligne de conduite. On ne veut pas rentrer dans le côté 3-4 à l’arrache. Au contraire, on se prend la tête pour faire sonner le truc à trois. C'est une autre démarche que si on avait un deuxième guitariste, un clavier ou je ne sais quoi. C'est mieux comme ça. Et c’est un challenge car ça ajoute de la difficulté à l'interprétation des chansons sur scène tout en apportant énormément d'émotion dans l'instant joué. Pour nous le but c’est d’amener quelque chose de brut à quelque chose de beau, percutant, nickel.

Vous ne faites donc pas l'apologie du son vintage comme les White Stripes ?
Paul : Non, rien à foutre. Là on enregistre live, mais on ne couche pas ça sur bande, on le rentre dans le disque dur et pour le mixage en analogique y’aura un ordi derrière. Mais bon, être vintage ou pas, ce n'est pas trop le problème parce que les White Stripes ce n'est pas nouveau. Nirvana sonnait déjà hyper brut. Pareil pour plein de groupes punk : ce n'est pas nouveau. Tout ça pour te dire qu’on ne s'identifie pas à la mode actuelle de ces groupes célébrés parce que certains se disent : "Ah ! ça alors c'est brut, à l'ancienne ! ça change des productions modernes." Surtout qu’il n'y a pas qu’on ne fait pas que des morceaux rock, on a aussi quelques chansons "chanson".

Oui, d’ailleurs votre rock m’évoque des choses très françaises comme Noir Désir, Téléphone, Renaud, La Mano...
Denis : Niveau textes, je ne me prononcerais car c'est Paul qui les écrit, mais moi musicalement je ne peux pas dire que j'ai été influencé par des groupes français.

C’est peut-être vrai pour toi, Denis, mais pour ce qui est de Solas vous ne pouvez pas nier que ces influences ressortent dans vos compos, même si ce n’est qu’inconsciemment...
Paul : Complètement. Je pense que le lien par rapport à ces références, c'est que tous ces gens sont des artistes. C'est-à-dire qu'au-delà de toutes considérations rock ou pas rock c’est sûr qu’on a été marqué par des artistes comme Renaud, Noir Désir, La Mano et même les Rita et NTM à leurs grandes époques, quand ça pétait vraiment, qu'on se demandait : "C’est quoi ce truc ?!". Nous, c'est clair qu’on s'identifie à l’émotion que procuraient ces groupes. C'est peut-être prétentieux comme démarche, mais je trouve que c'est prétentieusement beau. Du moins ça a le mérite d'être honnête. Après pour ce qui est du chant dans le rock français, c'est très simple : si tu prends un morceau rock anglais et que chantes en français dessus à la manière anglaise, c'est de la merde. Inévitablement. A 99%. Beaucoup ont essayé, on ne les citera pas, mais ça ne le fait pas, c'est tout. C'est une question de voix, de phonétique, de figures rythmiques. Si tu essaies de chanter en franglais, comme on dit, c'est insupportable.

Pour toi, Paul, écrire en anglais, c'était donc inenvisageable ?
Paul : Si tu aspires à de grandes choses tu ne peux pas t'exprimer avec un outil que tu ne maîtrises pas. C’est juste ça. Est-ce que les anglais chantent à "la manière de" ? Non, ils chantent en anglais parce qu'ils sont anglais et c’est pour ça que ça le fait. On doit faire pareil.

ça te demande un vrai effort d'écriture ?
Paul : Ouais, vachement, c'est important.

Depuis combien écris-tu de tels textes ?
Paul : Depuis que le groupe existe. L'un ne va pas sans l'autre. Au fur et à mesure des compos et de l'évolution du groupe, une identité s'est forgée et j'ai besoin de me nourrir de l'émotion et du feeling qui naît entre nous pour générer des mots et écrire quelque chose qui soit à nous. Je n'écris pas que pour me faire plaisir. Si j'avais dû écrire tout seul, je n'aurais sûrement pas écrit la même chose.

Paul, tu dis que tu tentes au max d'écrire d'après ton vécu. Tes textes s’inspirent-ils parfois de lectures ?
Paul : Non, je ne lis pas trop, c'est la merde ! J’aime bien Herman Hesse, il a une écriture assez expressionniste. Pareil en peinture, j'aime bien l'expressionnisme. Et pareil en musique !

 

Votre dossier de presse mentionne que vous n'hésitez pas à "assumer l'émotion". Ça veut dire quoi "assumer l'émotion" ? C'est ça le côté "expressionniste" ?
Paul : Ouais et je pense que c'est une force. Quand tu n'as rien à perdre, il ne faut pas avoir peur d'être ridicule sur scène (rires) !

On est d’accord ! Dans certains de vos morceaux il y a un côté glam kitch et kamikaze que tu lâches à bloc sur scène ! On se dit un peu : le mec en fait des tonnes !
Paul : Ouais, mais c'est parce que je suis content d'être là (rires) ! La scène, c'est un terrain de jeu. Il faut donc essayer de donner le plus d'énergie et d'émotion possible. Et puis ça ça vient aussi de nos références parce que je pense qu'il faut que tout ça soit un peu sexe, dérangeant : c'est l'aspect rock'n'roll du truc.

Tu n'as pas peur que les gens ne voient que ça ?

Paul : Non, il faut les deux : qu'ils voient l'attitude et qu'ils entendent les chansons.

Vocalement, tu pousses...
Denis : C'est son côté tantouse (rires) !
Paul : Ouais, je suis une grosse salope ! C'est vrai, j'ai envie de pousser.

Etre grandiloquent ?
Paul : Ouais parce que c'est marrant la grandiloquence, l’exagération. Il ne faut pas hésiter à mettre certains trucs en avant...

Les tripes ?
Paul : Ouais, je ne sais pas comment expliquer, c'est vachement abstrait. Mais regarde, c'est toujours pareil, les mecs qui te marquent au chant, ils y sont allés à fond. Freddy Mercury, il rigolait pas, quand il se mettait à chanter ça chantait ! Il a complètement extrapolé son délire. Pareil pour Bon Scott d'AC/DC. Et Jeff Buckley ! Lui, il t’a carrément remis au goût du jour un truc qui était d'une autre période. Putain, merde, trop beau ! Le mec s'est lâché, il a osé. De toute façon à moins de s'appeler Gainsbourg peu de personnes peuvent oser chanter très clean, avec peu de choses. Ce n'est pas Marc Lavoine qui me contredira (rires) !

Et tous ces chanteurs qui poussent sont anglo-saxons…

Denis : Oui, alors bien sûr, dans le genre emphatique français, on va te dire Brel, mais c'est toujours facile de le citer.
Paul : Mano Solo aussi, des fois, ça pète.

Mais ça reste Brelien, il roule les "R".
Paul : Pas faux.
Denis : Bah Cantat, il a une pure voix.

Enfin voilà, y’en a pas 36 000 !
Denis : Attends, y’a Florent Pagny : "Baryton" !
Paul : C'est de la balle ça ! ça te retourne ! T’écoutes ça, bon bah voilà, un vrai de vrai (rires) !

Obispo ?
Denis : Ah oui, y’a Obispo ! C’est vrai qu’il pousse lui aussi.
Paul : C'est sûr. Et l’autre là, comment il s'appelle ? Le corse-là ? 

Denis : Ah ouais : Pat !
Paul : Bam ! Bam !
Patrick Fiori ! Lui, il pousse. Ah ! faut pas le faire chier Patrick. Il est malin, il te fait les chœurs, il écarte le micro, technique, quoi ! Mais le problème c'est : pourquoi je chante ? Est-ce que j'ai besoin de mélodie sur quelque chose à chier ?

 



En ce moment, le rock est de nouveau tendance. Ça ne vous fait pas peur de débarquer dans ce contexte de surabondance ?
Paul : Non, au contraire, car ça veut dire qu'il y a une demande et franchement il n'y a pas beaucoup de bon rock en France.

On voit s’avancer une scène baby rockers genre The Naast, The Brast, The Parisians... Une certaine presse branchée ne manque pas de relayer son éclosion. Comment vous voyez ça ?
Denis : Ce truc, j’ai un peu l’impression que c'est le phénomène Star Academy version rock.
Paul : Non, franchement, c'est bien, je suis content pour eux, mais tu ne t'exprimes pas de la même façon à 16 ans que lorsque tu en as 30. Et pour ce qu'on fait, je préfère largement en avoir 30. Il faut prendre les gens à contre-pied, les bousculer, ne pas hésiter à trop en faire.

A propos de trop en faire – votre credo de toute évidence – j’ai l’impression que tes textes, Paul, vont aussi dans ce sens. Ils sont sulfureux, engagés…
Paul : Oui, c'est un mélange de tout ça. A part le morceau "Je ne sais plus", qui est un brin ironique, mon écriture est lisible. Enfin je l’espère. Mais elle n'est pas du tout sympathique, second degré et plan rime facile.

Par contre tu oses quand même quelques "gros mots"...
Paul : Ouais et encore c'est le minimum par rapport à ce que j'ai des fois envie de dire.

Tu n'as pas peur de leur connotation "rebelle fake", du cliché de l’"écorché vif" ?
Paul : Non. Le truc encore une fois c'est qu’il ne faut pas parler de ce que tu ne connais pas. Dans le rock, c'est facile de dire : "Merde, c'est la merde, vas-y, défonce tout, mortel !". Mais en vérité ils sont peu à pouvoir le dire tout en étant crédible.  .

Euh tu penses à Luke là, non ???
Paul : Ah non pas du tout, je pensais à ce que j'étais en train de raconter. J'essaie de me concentrer pour ne pas zapper ta question. Non, on n'est pas là pour descendre qui que ce soit.
Denis : En plus, Luke, moi je ne connais pas.

C’est impossible, en ce moment Luke est partout !
Denis : Bien sûr, j'ai entendu un morceau d'eux à la radio.
Paul : Allez arrête, on les a vus en concert (rires) !
Denis : Non, mais ce que je veux dire c'est que je ne peux même pas dire si j'aime ou pas, car je ne connais pas assez. En musique, il y a des trucs immédiats, mais il y a aussi des trucs qui ne sont pas tout le temps immédiats et d’autres qui le sont moins. Donc si un truc ne te saute pas à la gueule, ça veut peut-être juste dire qu’il demande un temps de réflexion. Mais bon, à la limite pour Luke, c'est volontaire : je n'ai même pas envie d'écouter. Pour faire de la musique, il faut écouter énormément de choses sinon tu t'enfermes dans ton truc. Donc autant écouter celles qui te boostent tout de suite. Qui te font dire : "Wouah, j'ai envie de faire encore mieux !"
Paul : Pourquoi, tu aimes bien Luke toi ?

J’aimais beaucoup leur premier album mais c’est sûr que leur soudaine imitation de Noir Désir me laisse perplexe. Même si je reconnais que dans le genre c’est bien fait.
Paul : Je pense que c'est du marketing. Pas pour lui (Thomas Boulard – NDA), je pense qu'il le fait d'une manière honnête et qu'il doit d'ailleurs se prendre la tête, mais je pense que dans le fond c'est ça. Et s'il suffit d'être dans une maison de disques, d'avoir des attachés de presse, tourné pendant deux ans et vendu 200 000 disques pour respecter son travail alors ouais, moi je le respecte, mais ça s'arrête là, quoi. Ce n'est pas parce que Mariah Carey a vendu 20 millions d'albums que c'est bien. Luke c’est comme ça que les gens du circuit l'ont senti. Et je suis désolé, ces gens-là tu ne la leur fais pas... On a fait un festival où ils jouaient et on a vu la réaction du public et celle des organisateurs de festivals, c’était sans ambiguïté... Alors quand je vois que Rocksound les célèbre comme"Les enfants du Tostaky" au moment où l'autre (Bertrand Cantat – NDA) est en prison… Bam ! Deux mois après, plus de Noir Désir, on enchaîne ! Je suis désolé, il ne faut quand même pas nous prendre pour des cons.

Vous seriez donc prêts à refuser une interview si ce magazine vous la demandait ?

Paul : Franchement on s'en fout. Tu as le droit de dire non. Tu n'es pas obligé d'être dans tous les magazines. Surtout que la plupart attendent que tu sois signé pour dire "Ouais, mortel, je kiffe ton son !". Au bout d'un moment ça saoule, surtout de la part des magazines qui ont entre guillemets "L'esprit rock". Pareil pour Oui FM, "La radio rock". Voilà, on est là, on est dans ce monde-là. Donc je ne sais pas. Moi je vois que dans la presse chacun à sa ligne éditoriale par rapport à ses petites fréquentations, son milieu, ses pages publicitaires et tu es dans les papiers de certains et pas d'autres. Donc franchement, on verra. On n’a pas envie d’être sponsorisé par qui que ce soit ni de nous retrouver un jour, sans notre accord, en couverture d'un magazine qui titre un truc hallucinant du style "Le renouveau rock". La plaisanterie a assez duré.
Denis : Les pubs à chaque fois c'est "Le meilleur groupe de rock de l'année !". Des meilleurs groupes de l'année, il y en a 20 par an. C'est ridicule, de quoi ils parlent ?

Vous vous méfiez du circuit. Vous voulez suivre votre truc d’A à Z. Mais si une major vous signe ?
Paul : Dans ce cas on sait qu'on devra composer avec certaines choses, mais on n'est pas obligé de dire amen à tout. On aura peut-être des envies qu'une major n'aura pas envie de satisfaire mais bon… On verra ça quand ça arrivera !
Paul : On a envie de faire parler de nous à travers nos chansons et nos concerts donc après, si cette base fonctionne et qu’on se retrouve sur une major, elle aura juste à poser le truc et voilà. Le reste, télé ou pas... On contrôle notre image, c'est à prendre ou à laisser. On ne va pas se mettre à jouer des castagnettes parce que c'est la mode dans les milieux berlinois !

Quelques magazines commencent à parler de vous. ça vous met la pression ?
Paul : Non, pas du tout. Enfin, je ne sais pas comment expliquer ça d'une manière simple... Je veux dire, c'est un peu ultime le délire du groupe. C'est très simple : faut que ça le fasse.

C'est-à-dire ?
Paul : C'est-à-dire qu'on ne peut pas se planter. On est à fond dans le truc donc on n'a pas envie de nous décevoir, de décevoir les gens qui nous écoutent, donc on y va vraiment à fond et on se dit que ça va le faire, qu'on va nous écouter de plus en plus, qu'on va pouvoir jouer de plus en plus sur des grosses scènes, qu'on va pouvoir se lâcher à fond dans le truc. Ce n'est pas quelque chose de malsain, d'égocentrique ou de vaniteux, enfin si, un petit peu, mais comme toi, comme tout le monde à ce niveau-là.

Sans ego, rien de bon ne sort ?
Paul : Il faut de l'inconscience à fond. Donc (silence)... Ce serait trop con que les gens ne s'intéressent pas à ce qu'on fait (rires) ! Qu'on soit à côté de la plaque et qu'on ait beau parler, que tout le monde s'en foute.

C'est toujours un risque.
Paul : Ouais, mais là ça se passe bien. Il y a des concerts derrière. On a un avis du public. C'est cool.

 

Comment s’appellera le disque ?
Paul : On a un morceau qui s'appelle "La petite inconscience". La petite inconscience, c'est bien.

Denis : Voilà, La petite inconscience : formidable !

 


Par SYLVAIN FESSON - Publié dans : DISCussion
Mardi 20 octobre 2009

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Le diable au corps

 


Solas c’est Paul Solas (chant / guitare), Denis Richard (basse) et Arnaud Queudeville (batterie), un trio qui dépote dans son genre (rock français / chanson rock). Après un premier album injustement passé sous silence à sa sortie en avril 2006 (Viens sur moi), ils reviennent, fort d’une pelletée de concerts en première partie d’aînés qui leurs sont proche (Matmatah, Cox, Dolly, Romain Humeau, Blankass, Maximum Kouette…) et d’une tournée en Pologne en avril 2009. Leur deuxième album, La luna, sortira en février 2010. Ils seront le 22 octobre à l’Alimentation Générale. En attendant vous pouvez voir le clip de leur nouveau single, "Perdu le nord", et lire cet entretien daté sur le papier mais toujours chaud / d'actu dans le propos !

 

13 juillet 2005. Studios Midi Live, anciens mythiques studios Vogue. Depuis quelques jours dans ce décor tout de bois, de matos et de tentures tigrées revêtu Solas enregistre et trie les 13 titres qui figureront sur leur premier album, sans nom pour le moment. Pour ça ils sont aidés de Jérôme Ben Soussan, réalisateur, entre autres, de Miossec et Bashung. Ainsi, jugés trop "rock à donf", les hot hot hit que sont "Kamikaze", "Les crevards" et "Les nénuphars" se feront exclure du lot. Du compromis dans l’air ? Non, dit Paul, "il s’agit juste de choisir les morceaux qui s'enchaînent le mieux possible pour construire quelque chose où tu ne peux pas t'ennuyer. Et il ne faut pas que ce soit éprouvant à écouter, il faut que ça reste ouvert et de qualité." De leur côté des morceaux comme "L'ivresse " et "Desperado" sortiront donc coiffés d’arrangements de cuivres.

 

Alors bien sûr, même au stade du deuxième album, alors que l’influence s’estompe de plus en plus, y’en aura toujours pour résumer l’affaire en disant qu’ils sonnent Noir Dez’ et que… Et que quoi au juste ? Bien sûr qu’ils ont ce truc qui rappelle le combo de Cantat. A 30 ans, dans le rock français, qui n’affiche pas quelques sains stigmates liés à la découverte de ces célèbres bordelais ? Solas ne doit pas en rougir et... n’en rougit pas ! "Les Tumultes", "Quand la ville dort", "L’ivresse", "Viens sur moi", "L’Ame en furie", "Desperado" et les trois nouveaux, "In the cold", "Perdu le nord", "La luna", pour ne citer que ceux en ligne sur Myspace : comment résumer ainsi l’affaire à l’écoute de morceaux aussi bien troussés qu’ils soient brûlots ou ballades ? Comment ne pas sentir qu’ils ont la flamme, la vraie, innocente, too much, engagée ? Comment ne pas sentir qu’ils ne sont faites pour légumer dans les bacs mais pour gicler dans les tuyaux de l’industrie à la place de petits joueurs comme… je ne préfère pas les nommer !


 


"habiter un groupe, c'est de la jouissance pure"`

 

"le but ? Amener quelque chose de brut à quelque chose de beau"


 

Salut les gars. Si je suis là c’est que vous m’avez conquis lorsque je vous ai découvert sur scène à la Scène Bastille. Et je dois dire que l’écoute du maxi que vous m’avez donné à l’issu du concert n’a rien gâché. Dites-moi, à ce soir-là vous étiez super chaud vu l’ambiance du lieu…

Paul : Dans ce genre d'endroits l'ambiance est froide, surtout quand tu n'es pas connu, car les gens ne se déplacent pas. Et la Scène ce n'est pas non plus une salle où les gens délirent. Ce n'est pas super underground. Pour réchauffer l'atmosphère, il faut donc ne pas avoir peur d'y aller, de se donner. De prendre plaisir à jouer.

 

La Scène c’est entre la salle et le bar concert. Les bars, vous avez l’habitude d’y jouer ?

Paul : Ouais, on en a fait pas mal. On aime bien. On a appris à faire de la musique comme ça. Mais bon, après on ne va pas jouer dans les bars toute notre vie, ce n'est pas le but.

 

Solas le groupe est né dans les bars ?

Denis : Oui, en fait j’ai rencontré Paul dans un bar y’a 5 ans. J’y faisais un concert de reprises. Il m’a appris que de son côté il faisait pareil pour gagner sa vie.

Paul : Comme on s’est tout de suite bien entendu on a décidé de monter un groupe de reprises. On avait trouvé un batteur, on était donc trois, on a sorti un album de reprises blues à notre sauce. On a tourné deux ans avec ça. Après on s'est dit qu'on allait faire des compos donc fallait s'y mettre. On n'avait rien !

 

C’était la crampe d’un coup de vous mettre à vos propres compos ?

Paul : Ouais, parce qu’à priori rien ne relie le rock français au blues d'avant-guerre, au niveau de la voix par exemple. On s'est donc un peu cherché. C'est en rencontrant notre manager de l’époque qu'on a rencontré Arnaud. Ça tombait bien parce qu’à notre premier batteur venait de nous lâcher.

Arnaud : Moi aussi je viens de la reprise rock. J’étais à Caen. J’ai rejoint Paris pour jouer dans des groupes, tout ça, mais une fois là-bas je n’avais rien avant de rencontrer Paul et Denis. Faut dire que c’est dur quand t’arrives sur Paris et que tu ne connais personne…

Paul : Maintenant ça fait un an et demi qu'on se connaît et que le groupe existe. Enfin un an et... huit mois ! Je compte parce qu'on ne sait jamais, tout ça va tellement vite ! Pendant un an on a bossé à fond les morceaux en répét', fait beaucoup de concerts, avec les moyens du bord : notre matos, notre sono, nos voitures et Nico, le manager, qui s'occupe de tout ce qui est com', putes et plans avec les mairies.

 

Et ce passage du blues au rock, comment ça s’est fait ?

Denis : On n'est pas passé du blues au rock, on a toujours écouté du rock. On aimait juste jouer du blues ensemble.

Paul : Ouais, du blues vachement rock quand même.

 

C'était quoi votre répertoire blues ?

Paul : Des reprises de Robert Johnson, d’Hank Williams, des Stones… On a toujours été vachement rock en fait. La difficulté c'est qu'on ressentait le truc en tant qu'instrumentistes. Je veux dire qu’ensuite, niveau chant, j’ai dû batailler pour trouver un truc aussi percutant en français. On a essayé plein de trucs avant de se dire à un moment : "Hop ! c'est ça, ça le fait". Ce n'était jamais réfléchi, maîtrisé. Mais ça le fait aussi parce qu'on s'apprécie, qu’on bosse beaucoup et qu’on a le même but. C'est pour ça que ça fonctionne. On ne fait pas du tout de la musique "à la manière de". Non, notre musique est un prolongement de notre expérience dans la musique depuis notre rencontre... jusqu'à aujourd'hui !

 

Paul, tu dis que vous ressentiez la musique "en tant qu'instrumentistes". Tu veux dire que vous êtes des virtuoses de la musique ?

Denis : Non, moi je suis autodidacte.

Paul : Pareil.

Denis : On a appris à jouer en écoutant de la musique. Le truc tout bête quoi : t’es môme, t’écoutes de la zique, tu kiffes et un jour tu te dis : "Tiens, si je m'achetais une gratte !" Tu commences donc à jouer avec le premier groupe qui passe, tu fais des rencontres, tu changes, tu changes, avant peut-être de trouver le bon. C’est ça pour moi la musique : un truc instinctif. C'est pour ça que pour moi ça ne collait pas de devoir "apprendre la musique".

 

Après lentement le fan deviens musicien, le spectateur acteur...

Denis : Oui, après tout dépend d'où tu viens. Moi je viens de Saint Denis, un endroit où à l'époque faire de la musique c'était comme aller sur la lune. Dans ma famille personne n’en faisait. On ne m'a pas apporté la musique, il a fallu que j'aille la chercher. Vu que ça me touchait j'en ai beaucoup écouté et voilà, en jouer pour moi c'était normal, un prolongement complètement naturel. Après, le plus dur, c’est de trouver les bonnes personnes avec qui jouer. Mais c’est super important car en musique si le courant ne passe pas humainement ça devient vite infernal vu le temps que tu passes avec les mecs (rires) ! Une fois que t’es méga célèbre et que chacun à sa chambre d'hôtel, passe encore, les mecs se voient sur scène sans se calculer, mais c’est impossible dans une petite structure comme la notre. Regarde, nous on dort dans les mêmes voitures (rires) ! On a donc intérêt à se supporter. Surtout qu’on joue de manière très traditionnelle, guitare-basse-batterie, et qu’on se refile plein d’idées que ça touche notre instrument ou pas.

Paul : On enregistre et au fur et à mesure tout ce qu’on fait et hop qu’on garde ou pas moi je chante en yaourt sur la mélodie. Parfois j’apporte une chanson toute faite mais à la plupart du temps du temps tout vient ensemble, instinctivement.



   

Vous répétez souvent ?
Paul : 4-5 fois par semaine. On ne fait que ça.

Vous n'avez pas d'autre boulot ?
Paul : Non. C'est à fond.
Arnaud : Il n'y a pas de plan B !
Paul : Moi, ça fait 5-6 ans que je ne bosse plus et que je ne fais que de la zique. Denis et Arnaud ça fait un peu plus longtemps…
Arnaud : On n'est pas venu à la musique par hasard. On ne s'est pas dit un jour : "Tiens, on va changer de métier".

Chacun de vous a toujours envisagé de vivre de la musique ?
Paul : Ah ouais ! Dès ma première seconde sur terre (rires) !
Denis : Ouais, on va dire ça.

 

Paul, tu dis que vous ne faites pas de musique "à la manière de"...
Paul : Un petit peu quand même, il ne faut pas négliger les références, les choses qui nous ont marquées...

Hé, j'ai pas fini ma question (rires) ! Je voulais dire : comment avez-vous réussi à vous entendre tous les trois sur un style de musique ? Vous avez abandonné des options en cours de route ou ça s’est fait naturellement, comme une parfaite symbiose ?
Denis : Il y a la réponse dans ta question ! C'est horrible, mais c'est ça (rires) ! "Une parfaite symbiose" (rires) !
Paul : En fait, on a toujours avancé coûte que coûte, c'est-à-dire qu'au bout de deux mois, on avait déjà commencé les concerts et entre temps on a jeté 70% du répertoire. A part quelques réglages scéniques, on n'a jamais calculé notre musique par rapport aux gens, on l'a toujours fait par rapport à nous. En musique, le truc c’est de toujours être fidèle à l'imaginaire que t’en a. C'est aussi ça être autodidacte : tu te crées tellement un imaginaire de la musique qu’il en  devient presque inconscient. Au moment de composer tu sais donc instinctivement ce qui te correspond et ce qui te correspond pas.


Comment définirais-tu ton imaginaire de la musique ?
Paul : Je n'en sais rien. Si je pouvais te le dire, ce serait nul.

C'est un imaginaire basé sur des albums phares ?
Paul : Ouais, nan, même pas parce que je crois que c'est les mêmes pour tout le monde...

 

Euh pas sûr ! Je pense que tu dis ça parce que tu as oublié que tu vivais dans un imaginaire musical précis !
Paul : Peut-être…

 

Par exemple en ce moment qu’est-ce que vous écoutez ?

Bah à part la radio peu de choses car on passe tout notre temps fourré en studio à enregistrer notre premier album. Ah si, on écoute les Stray Cats ! Leur premier album : mortel ! Eh ouais, les Stray Cats : attention ! Sinon ouais, c'est la radio et faut dire ce qui est : c'est souvent de la merde (rires) !
Denis : Enfin ça ne nous plait pas !
Paul : Nan, mais faut le dire : sur les grosses radios, à part si tu les écoutes la nuit, c'est vraiment l'enfer ! Ah, et j'aime bien les Hot Hot Heat aussi. Ouais, j'adore, je trouve que ça joue grave. Et puis Queen of the Stone Age. On écoute des trucs qui sortent mais on revient tout le temps aux dinosaures encore en vie : U2, AC/DC, Stones, Muse, Radiohead… Mais sinon, pour revenir à ce que je te disais, au sens d'imaginaire, la musique, c'est très large. Il y a tellement de trucs excellents dans chaque style que ce serait dommage de se limiter à un seul. Nous, dans notre discothèque on n'a pas de collection sur les meilleurs moments du rock. Par contre, nous ce qui nous habite vraiment c'est d'avoir un groupe, d’être un groupe. ça dans l'imaginaire, c’est capital car t’imagines l'énergie que tous ces mecs dégagent, pourquoi ils créent ça à ce moment-là, l'émulation qu'il y a entre eux, sur scène...

Musicalement ce qui te motive c’est la notion de groupe ?
Paul : Ouais, c'est de la jouissance pure.
Denis : C'est d'être à trois, de créer un truc à trois.
Paul : On a toujours plus kiffé des groupes que des artistes solos. Et on veut être à la mesure de ceux qui nous ont influencé et qu'on aime encore.


 

(Suite.)

 


Par SYLVAIN FESSON - Publié dans : DISCussion
Mardi 20 octobre 2009

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