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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 02:59
Les Cahier du cinéma X ?















Acteur pendant près de six ans aux cotés de Jean-Pierre Mocky, cinéphile et auteur spécialisé dans la culture marginale, la série B et le cinéma bis, chroniqueur à Mauvais Genres sur France Culture, rédacteur à Mad Movies, réalisateur de documentaires sur les nains au cinéma ou la série B allemande : Christophe Bier est, pour synthétiser, un touche-à-tout. Et depuis octobre il est aussi rédacteur en chef de Cinérotica, "Le magazine du cinéma français érotique et pornographique".


 

 










"d'A bout de sexe à Zob, zob, zob"


"parler d'un porno comme on parlerai d'un Renoir"


 

Si les pays anglo-saxons peuvent se targuer d'être les détenteurs de l'âge d'or, que dis-je, même de l'ADN de la pop, l'âge d'or du cinéma X, lui, gît en France. C'est en gros ce que dit Christophe Bier : "Je n'ai pas de chiffres, mais je suppose que le cinéma érotique français des années 70-80 fait un carton là-bas car je constate qu'il y a plusieurs forums très fréquentés sur la question comme Vintage Erotica. Le formidable site EGAFD, qui recense toutes les actrices pornos européennes avec leurs filmographies, est aussi très consulté. Des labels DVDs américains ressortent beaucoup de " french movies" aussi. Brigitte Lahaie a la côte chez eux depuis très longtemps." Ce trésor sur pelloche, c'est ce qui l'a poussé, lui et sa bande de porno critic, a tenter le pari Cinérotica : une revue consacrée au cinéma érotique et pornographique français (un thème par mois), couplée à un dictionnaire (en 24 livrets) sur les longs métrages en 16 et 35 mm et, en bonus au fond du paquet (4 euros 90), un site web sur lequel vous pourrez visionner une heure de VOD tissée de courts métrages pornos clandestins ou amateurs entre 1920 et 1960, strip-tease et petits films naturistes des 50's et 60's, pour la plupart issus de collections privées. Tout cela est un pari. Et ce n'est vraiment pas gagné car s'il a suscité quelques centaines d'abonnements jusqu'à l'étranger, le succès de Cinérotica reste confidentiel, et le restera peut-être trop pour qu'il réussisse à tenir deux ans en kiosque. Alors le mag devra peut-être finir sa vie online. Mais même là ce ne sera pas forcément une partie de plaisir. La censure y veille, bête et méchante. Dernièrement la page Facebook de Cinérotica a mystérieusement disparu, avec impossibilité de la recréer. Dur, dur. Interrogé par mail, Christophe Bier me dit tout de son par(rad)i(s) pas perdu d'avance.


Bonjour Christophe Bier. Pourrait-on décrire Cinérotica en disant qu'il s'agit d'une sorte de "Cahiers du cinéma du X français" ?
Cinérotica est plutôt une sorte d'encyclopédie déclinée en 24 magazines. Et les 24 livrets du dictionnaire qui l'accompagne chaque mois forment un monstre qui n'a pas d'équivalent. D'ailleurs, en tant que "monstre", il a été rejeté par tous les éditeurs qui, comme chacun s'en doute, sont des monstres de perspicacité. Plus de 1000 pages, 6 millions de signes, voilà qui rebute un éditeur. Et il n'y a plus Eric Losfeld pour sauver l'honneur de cette profession. Le seul qui nous ait dit oui a été Michel Sitbon, l'homme de presse qui édite la revue échangiste Couples. Il rêvait depuis longtemps d'éditer une encyclopédie en kiosques. Le Dictionnaire des longs métrages français érotiques et pornographiques fait penser aux catalogues des films français établis par Raymond Chirat mais avec un important appareil critique en plus. Un recensement de plus de 1700 titres, d'A bout de sexe à Zob, zob, zob, c'est peut-être sans précédents en matière d'édition ?


Pourquoi avec créé ce "magazine du cinéma français érotique et pornographique" ?
L'impulsion de base est d'abord personnelle. Il y a dix ans j'avais besoin d'un livre de référence sur le cinéma érotique et porno français. A ce moment, d'autres personnes ont manifesté leur intérêt et nous avons commencé à retrouver toutes les copies possibles existantes en VHS pour pouvoir faire ce travail critique et historique. Les erreurs et imprécisions pullulent sur le cinéma porno. Ce travail est également né dans la foulée d'un petit livre que j'avais écrit en 2000, Censure-moi - histoire du classement X en France, chez L'Esprit Frappeur, le même éditeur que Cinérotica. J'avais écrit cet ouvrage à toute berzingue après avoir été énervé par le nombre considérable d'idioties rapportées par la presse généraliste française sur la loi X, au moment de la polémique Baise-moi. On lisait notamment qu'aucun film français n'avais été censuré depuis La Religieuse de Rivette en 1965. Soit par mépris soit par ignorance, les journalistes qui osaient affirmer cela enterraient plus d'un millier de films pornographiques que la loi X avait relégué dans un ghetto, leur faisant subir la honte de salles spécialisées qui n'avaient plus le fonds de soutien pour se rénover et subissaient une censure économique. La lente agonie du cinéma porno en salles s'était faite dans une indifférence générale. Avec Cinérotica, mon équipe de rédacteurs et moi avons voulu mettre la lumière sur tout un patrimoine du cinéma français.


Comment avez-vous découvert ce "patrimoine du cinéma français" ?
Je suis un cinéphile passionné de cinéma bis. Or l'érotisme entre par toutes les fenêtres du cinéma bis et quand on débarque à Paris en 1989 et qu'on s'installe en permanence au Brady pour y découvrir le visage de Barbara Steele dans Le Masque du démon, les forfaits du monstre des Orgies de Frankenstein 80 ou la sûreté du scalpel d'Howard Vernon dans L'Horrible Dr. Orlof, on s'ouvre fatalement au cinéma érotique. C'est d'ailleurs au Brady que j'ai dû voir mon premier porno, parce que parfois un porno servait de bouche-trou quand le Brady ne trouvait pas à temps un film fantastique, et il s'agissait de L'Inconnue d'Alain Payet. C'était une comédie plutôt navrante avec le nain noir Désiré Bastareaud en président africain mais il y avait une scène formidable avec Catherine Ringer, une scène d'une telle intensité que j'ai tout d'un coup compris à quel point le cinéma porno pouvait être émouvant. A côté du Brady, il y avait le Pix qui passait des soft comme Sadomania de Franco ou des polars sexy comme Photos scandales avec Brigitte Lahaie. Je regrette hélas d'avoir connu les derniers feux de la pornographie en salles, de ne jamais être entré à la Scala ou au Méry pour y voir ce que j'ai découvert plus tard en vidéo. Donc, et contrairement à beaucoup de personnes qui s'arrogent le droit de parler de pornographie, j'en parle avant tout parce que j'aime "ça", parce que je trouve qu'il y a de bons films, et peut-être bien des chefs d'œuvres. Dès l'instant où je me suis intéressé à ce genre, j'ai commencé à faire des recherches, notamment dans les archives du CNC qui m'a permis la consultation de tous les dossiers de censure des films X.

Pouvez-vous m'en dire plus de cette "scène formidable avec Catherine Ringer" dans L'Inconnue d'Alain Payet ?
Plutôt que de paraphraser, je vous livre ce qu'en a écrit Alain Minard pour le Dictionnaire de Cinérotica. C'est tout à fait ce que j'ai ressenti, même si la séquence vue au Brady était incomplète par rapport à la vidéo visionnée par Minard : "Arrive l'avant-dernière séquence. Sur le carrelage noir et blanc de la salle à manger, à côté de la table non desservie, la soubrette, Catherine Ringer - pas un mot de tout le film - cheveux défaits jusqu'à la taille, étrange lueur dans le regard, s'agenouille entre les jambes de Bastaraud. Elle le gorge d'un seul élan des lèvres, bascule à terre, le roule et se roule, jusqu'à s'asseoir sur son visage. La pieuvre d'Hokusai sur le nain noir. Les yeux révulsés au point qu'on n'en voit plus l'iris, elle se vrille sur lui, joue de ses cheveux, le griffe, l'étouffe, l'écrase de son poids, le caresse comme on le fait d'un bébé, se saisit de son pied droit, le lèche, en savoure un à un chaque orteil, joue avec le membre dont elle se fouette le visage, puis l'avale. Tel Bastaraud vidé sur le carrelage, le spectateur groggy dans son fauteuil peine à retrouver son souffle. L'Inconnue, c'est elle." De toute façon, Catherine Ringer a transcendé tous les films dans lesquels elle était. Elle fut l'une des meilleures hardeuses de son temps, son jeu atteignait les cimes de la performance.


Cinerotica parle d'un cinéma porno révolu. Est-ce à dire que pour vous "c'était mieux avant" ?
Absolument pas ! J'ajouterai même deux autres points d'exclamation. Absolument pas !!! Si vous lisez attentivement le dictionnaire, vous y découvrirez des films médiocres qui sont descendus. Ce projet est à la fois ambitieux et... modeste ! Nous n'abordons que les longs métrages tournés en 16 et 35 mm. A partir de 1978, avec les premiers films produits par Dorcel, et très progressivement, le film vidéo a remplacé le porno 35 mm. Ce changement de support a révolutionné le genre, a aussi imposé d'autres esthétiques et contribué à l'avènement du porno amateur ou pro-am. Bref, le porno en vidéo, c'est une autre histoire, encore plus abondante et probablement aussi riche que celle du porno en 35 mm. Pour en parler en détail, rendez-vous dans quinze ans avec un autre monstre, de 2000 pages cette fois-ci... Cinérotica n'a donc aucune vocation d'opposer une "bonne" pornographie qui serait en 35 mm à une "mauvaise", celle de la vidéo. Aucun discours conservateur, aucune idéologie cachée, aucune nostalgie rampante. A la rigueur, si Cinérotica contient un sous-texte, il est politique et contre la censure : faire le constat du travail de censure et de ghettoïsation qui a amené le porno à quitter les salles de cinéma. Si un mécène donnait aujourd'hui du fric à John B. Root pour qu'il réalise son vieux rêve, tourner un porno en 35 mm, il ne le ferait pas car il n'obtiendrait pas, comme un Catherine Breillat ou un énième Saw, une interdiction simple aux moins de 18 ans, mais un classement X, lequel n'a jamais été abrogé. Enfin, le sérieux de notre démarche est aussi la seule façon, éloquente, de clouer le bec aux pornophobes qui se multiplient dans notre belle contrée riante. C'est une race de "penseurs" qui tape sur la pornographie à coups d'idées générales et d'études fumeuses Cinérotica en revanche a vu tous les films et en parle en connaissance de cause. Aux pornophobes qui attaquent le cinéma porno, nous répondons : "Quels films avez-vous vu pour dire cela ? Avez-vous vu par exemple La Comtesse est une pute qui est une réussite ? Avez-vous vu Orgies en cuir noir ? Avez-vous vu Délires porno ? Non ? Alors, bouclez-la !"


A qui s'adresse Cinérotica ? Aux jeunes ? Aux vieux ? Aux hommes ? Aux femmes ? Au lectorat intello-bobo des Inrocks & co ?
Aucune idée. Des cinéphiles certainement. Et ils n'ont pas besoin d'être vieux pour s'intéresser au "vieux" cinéma porno. Le lectorat est certainement à l'image de l'équipe rédactionnelle. Dans celle-ci, vous retrouvez quelques pionniers de la critique de films pornos comme Jacques Zimmer et Alain Minard, des anciens de La Revue du Cinéma, ou Herbert P. Mathese qui fut le premier en 1973 à écrire un livre sur José Benazeraf ; un ancien de Starfix comme François Cognard ; un directeur de programmation de Cinémathèque comme Jean-François Rauger dont l'intérêt pour la pornographie n'est plus à affirmer ; des critiques spécialisés dans le "cinéma de genres" tels que Gilles Esposito de Mad Movies et aussi de jeunes cinéphiles qui n'ont pas la trentaine ! S'il est probablement éclectique, le lectorat de Cinérotica comporte donc certainement plus d'hommes que de femmes. Quant au lectorat "intello-bobo", je ne sais pas trop ce que c'est. Si c'est un lectorat qui cherche à récupérer la pornographie comme le "cinéma de genres" commence à l'être, Cinérotica n'est absolument pas pour eux. Il n'y a aucun second degré, aucune position de supériorité dans l'écriture de Cinérotica, cette détestable pose intellectuelle qui sévit actuellement lorsqu'on parle avec condescendance de séries B, de cinéma bis et peut-être bientôt de pornographie. Mais ce sera sans Cinérotica. Et donc sans ce lectorat.


A propos de l'écriture de Cinérotica, elle n'est pas très funky. Pourquoi avoir opté pour ce style objectif assez vieux garçon ?
J'ose croire que la question est provocante. Qu'entendez-vous par "funky" ou par "vieux garçon" ? Je ne crois pas que le ton soit uniforme, vu le nombre de rédacteurs. J'ai parfois eu des difficultés à trouver des rédacteurs car il semble difficile pour certains d'écrire sur le cinéma porno. Comme si la notion de critique de cinéma se diluait face au porno ? Comme si cela touchait à la nature sexuelle du rédacteur ? Beaucoup de gens abordent les films pornos à la rigolade. Je trouve insupportable la condescendance qui est parfois utilisée pour parler d'un porno. Je ferai la même chose avec un film de Jean Renoir, on m'attaquerait pour crime intellectuel. En revanche, il est de bon ton d' "analyser" un film porno en s'en moquant gentiment, en faisant des jeux de mots, bref en montrant à quel point on a beaucoup plus d'esprit que le réalisateur qui a osé commettre cette "petite-crotte-de-film-porno-qui-fait-rire tout-de-même-mais-pas-trop-longtemps" Si c'est là la définition du style "funky", OUI Cinérotica n'est pas funky et très content de ne pas l'être.


A part ce style funky, vous interdisez-vous d'autres choses dans Cinérotica ?
Non. Dès le numéro quatre, quand l'arrivée de la pornographie sur les écrans en 1974-75 sera abordée, il y aura des photos hard. Dès le numéro trois, Cinérotica sera vendu sous blister. Un seul interdit, que je regrette mais il ne faut pas être témérairement maso, nos couvertures ne seront jamais hard. Pourtant la vraie obscénité, plus qu'une magnifique fellation en quadri et en pleine page, amoureusement maquettée, n'est-ce pas le gros plan sur le mini string de Paris Hilton, lequel ne poserait aucun problème pour la couverture d'une revue people ?



Christophe Bier en interview vidéo sur Darkplanneur.com


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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 12:27

Le top des blogs


"15 blogs, 20 albums par blog, 195 disques cités, quelques débats, et un article unique posté par tous le même jour, nous sommes fiers de vous présenter "Albums 2008 : Le top des blogs" soit le classement des meilleurs albums de 2008 vu par 15 blogs musicaux francophones : Blog Culturel, Dans mon Mange Disque, Des Oreilles Dans Babylone, Force Critique, I left without my hat, J'écoute de la musique de merde, Good Karma, Le Choix de Mlle Eddie, Le Hiboo, Let's Be Critical, L'Oreille en Feu, Playlist Society, Pop Revue Express, The Man of Rennes." Dont moi : Parlhot.


Reprise du communiqué : "L'idée était, non seulement, de confronter les points de vue de bloggers tous spécialisés dans la musique via des approches bien différentes (chroniques de disque, actualité, photos, interviews ou encore billets d'humeurs), mais aussi de réaliser un projet fédérateur afin de mettre en avant les interactions qui existent de plus en plus entre nous. Il en résulte une sélection de 15 disques. Certains sont une surprise, d'autres étaient plus qu'attendus, mais tous ont mérité leur place ici. C'est la première fois que nous nous lançons dans une telle démarche. Comme tout classement, le nôtre est probablement imparfait et relève d'un consensus entre personnalités ayant des goûts très différents, mais comme les articles que nous postons chaque jour, il a été réalisé avec passion et honnêteté, sans jamais se prendre trop au sérieux. De par les différents bloggeurs qui l'ont composé, nous espérons qu'il aura du sens à vos yeux et qu'il vous permettra de refaire quelques découvertes. En espérant pouvoir remettre ça en 2009." Voici ce classement :


1) Portishead : Third
2) Bashung : Bleu Pétrole
3) TV on the Radio : Dear Science
4) MGMT : Oracular Spectacular
5) Sigur Ros : Med sud i eyrum vid spilum endalaust
6) Shearwater : Rook
7) Poni Hoax : Images of Sigrid
8) Black Mountain : In the Future
9) Departement of Eagles :
In Ear Park
10) The Last Shadow Puppets : The Age of Understateme
nt
11) Santogold : Santogold
12) Foals : Antidotes
13) The Mars Volta : The Bedlam In Goliath
14) Man Man : Rabbit Habits
15) The Walkmen : You & Me



Après cette parole "corporate" à laquelle j'ai accepté de souscrire, je reprends la parole, en mon nom. Oui, cette année j'ai sacrifié au rituel du classement discographique de fin d'année. Et Dieu sait que je n'aime pas ça. Je n’ai jamais aimé l’idée de ce genre de classement. Franchement la musique n’est pas un sport ! Ça me rappelle ce que disait le journaliste Wilfried Paris dans sa rubrique "ego-trip" du magazine Chronicart. J’ai retrouvé le numéro en question, je cite en intégralité : "On me demande : "Donc, le nouveau Beck, ça vaut pas mieux que Sea Change, et c’est moins bien que Mutations ?". Non coco, c’est pas si simple, la vie, chaque disque est unique, incomparable, et aucun disque n’est moins bien ou meilleur qu’un autre, coco. D’où l’absurdité de mettre des notes et d’émettre des classements, tu vois ? Car le rock-critique spinoziste entend,"par réalité et par pefrection, la même chose". Et donc, chaque disque est parfait. Croire qu’un disque vaut mieux qu’un autre est une idée fausse, répandue parmi ceux qui pensent détenir le bon goût. La nature est si bien faite que tous les disques sont parfaits, de l’auto-prod’ en CDR au dernier Madonna, coco. Le rock-critique doit juste rendre compte de leur réalité, et donc, de leur perfection. Ce qui lui évite d’avoir à dire aux lecteurs ce qu’ils doivent penser. Ils sont grands, ils comprendront." Bon, il plane un peu loin le Wilfried, il accentue le truc à dessein, mais je comprend l’idée. Mais bon, lorsque Jean Sebastien Zanchi de Good Karma et Benjamin Fogel de Playlist Society m'ont proposais de participer en me disant que j'avais été retenu comme un des 20 blogs qui selon eux "jouaient (ou pouvait être amené à jouer) un rôle important dans la blogosphère musicale française", je n'ai pas pu décliner. J'étais un peu honorer de faire partie de ce clan, moi qui rame à 50 visiteurs par jour en moyenne et qui ne fait rien pour arranger les choses (à part me soucier de la valeur ajoutée de mon contenu). J’ai cédé comme cédé dernièrement quand Chronicart (tiens, tiens…) et Hitmusemag.com m’ont fait le même genre de proposition. Je me suis : "Allez, ne fais pas ton saint, ne reste pas dans ton coin, tente l’expérience, tu verras bien." J'ai donc dit oui à Benj et Jean-Seb. Mais après, bien sûr, j'ai râlé. A des moments j'ai douté. J'ai bien cru que j'allais abandonner. Parce que j'en avais marre de recevoir 36 000 mails par jour pour savoir si on devait retenir 10, 15, 20 ou 30 albums, et comment on allait titrer cet article, et comment on allait assurer la promo de cette opération, etc. Tout ça me gonflait. Je ne me sentais pas dans le même délire de ces gars pour qui blogguer semble, comment dire, trop viscéral. Oui j'avais l'impression de faire face à une même typologie de personnes alors que ces 15 blogs sont assez différents. Ça va "du blog de chroniques classique au blog de photos en passant par celui d'interviews". C'est con ce sentiment de se sentir plus différent que les autres. Mais dans ce lot gloubiboulgesque qui mélange blogs et webzines alors que ce n'est pas du tout la même chose (un blog c'est un truc solo qui carbure à 500 visiteurs max par jour en faisant de la news racoleuse alors qu'un webzine c'est un truc collectif qui peut attirer plus de 5000 visiteurs par jour), dans ce lot donc qui fait des interviews ? Qui dépasse le stricte cadre de la chronique de disques pour vraiment aller à la rencontre des musiciens, les faire parler (et je ne parle pas des compte rendus de concert, ça c'est encore un truc à distance, un truc de fan) ? Bah il n'y a que moi, je crois. Est-ce à dire que je suis le seul journaleux de la bande ?


Du coup ça m'a fait doucement rire quand certains ont dit que l'idée de ce classement des meilleurs disques de 2008 par des bloggeurs francophones était aussi censé ridiculiser celui des Inrocks & co. Parce que déjà, faire un tel classement, c'est illico répéter les travers bêta de la profession. C'est clairement se positionner en "enfant des Inrocks". Alors faire ça en disant en gros "on va tuer le père", la bonne blague. D'ailleurs, je le pressentais, et ça n'a pas manqué : pour moi ce classement ne s'éloigne pas vraiment du classement que les Inrocks eux-mêmes auraient pu faire ou vont faire. Ce n'est pas que les albums cités soient mauvais mais ils reflètent des choix trop consensuel, pas assez axés découvertes. Portishead ? Oui, l'album est très bon, c'est évident, mais justement c'est trop évident, quel intérêt de le mentionner. Et personnellement j'ai beau l'avoir aimé, il n'a pas squatté ma platine. Bashung ? Pas un mauvais disque, mais un mauvais Bashung, à mon sens. TV on the Radio ? Pète-couille. MGMT ? J'aurais pu les mentionner eux, très bon disque, mais pareil, quel intérêt ? Encore un artiste qui a fait la une de tous les magazines musicaux "officiels" et plus encore. Sigur Ros ? Pareil que Bashung : pas un mauvais disque, mais un mauvais Sigur Ros, à mon sens. Bref, aucun des groupes de mon top 20 ne se retrouve dans le classement final de l'opération. Et quelque part j'en suis fier. Voici mon classement 2008 :



1) Idaho : The Forbidden EP & Alas
2) Merz : Moi et mon camion
3) Syd Matters : Ghost days
4) Acetate Zero : Civilize the satanists
5) Liam Finn : I'll be lightning
6) Minor Majority : Candy Store
7) The Artyfacts : Maybe everything that dies someday comes back
8) Andy Yorke : Simple
9) Rhesus : The fortune teller said
10) Moi Caprice : The art of kissing properly
11) Bang Gang : Ghosts from the past
12) The Married Monk : Elephant people
13) Manset : Manitoba ne répond plus
14) Jean-Philippe Goude : Aux solitudes
15) M83 : Saturday = Youth
16) Uzi & Ari : Headworms
17) Coming Soon : New grids
18) Coldplay : Viva la vida
19) Keane : Perfect Symmetry
20 ) The Killers : Day & Age



Je n'ai même pas encore eu le temps de vous parler de chacun de ces disques sur Parlhot. Acetate Zero, Moi Caprice, Andy Yorke, Rhesus, Uzi & Ari, Keane : je vous en parlerai sans doute en 2009. Parience. Mais donc voilà, je ne me suis pas du tout retrouvé dans le classement global de ce projet. Et je ne joue pas trop au traître et au mec qui crache dans la soupe. Je le leur ai dit. J'ai écrit : "En fait je trouve juste que ce classement montre une chose : peu ou pas de différences entre bloggueurs et presse papiers. On est foutu pareil, on est presque les mêmes mecs, la même génération donc voilà ça s'en ressent. Même le Walkmen, le Black Mountain, le Department Of Eagles et le Poni Hoax ont de fortes chances d'être classés dans les mags papiers. Et c'est vrai que même si le but d'un top ten n'est pas de proposer des découvertes et bien je me disais qu'un top ten de blog se devait d'être différent, alternatif, or notre classement montre que les bloggueurs (enfin nous, précisément), ne sommes plus vraiment alternatif, et qu'au contraire on s'est semble-t-il aligné, nivelé avec la presse type Inrocks, Technikart dans un effet de vase communiquant. Quelque part je le déplore pas hein, car je suis pas trop preneur de ses esprits de chapelles genre nous contre le monde, etc. Parce que voilà je crois que c'est vain, puisqu'une in fine peu de choses nous séparent. C'est pour ça que j'ai pas hésité à foutre du Keane, Coldplay et The Killers dans mon top ! J'ai sincèrement aimé ces disques, ils ont tourné sur ma platine, mais voilà dans un autre registre plus confidentiels et pour d'autres raisons j'ai aussi beaucoup aimé le Manset, le Jean-Philippe Goude, etc. que j'ai moins écouté en boucle mais c'est normal, ils représentent une autre approche de la musique. Pour conclure je dirai donc ceci : si on veut avoir des top ten "alternatifs" il faut je pense nous même prendre soin de faire des classements qui tiennent compte de nos différentes approches de la musique. Et bien se poser la question : qu'est-ce que j'ai vraiment aimé ? Dans tous les sens du terme, plaisir honteux, plaisir cérébral, etc. Facile à dire comme d'hab..." Là-dessus, smiley à l'appui, Benjamin de Playlist Society m'a répondu que mon message était "vraiment pertinent", que je devrais publier "un vrai post là-dessus" et qu'on devrait peut-être plus aller dans ce sens si on remet ça l'année prochaine.


Je ne pense pas refaire ça l'année prochaine. J'ai goûté au truc et bof. Quel est l'intérêt du classement qu'on a obtenu ? Peau de zob à part le petit coup de pub donné au blog de chacun des participants. De toute façon doit on faire confiance à un classement de disques qui s'est érigé s'en qu'aucune bière n'ait été consommée pour ce faire ? Pour découvrir des choses, allez plutôt lire les classements individuels de chaque bloggueurs. Je ne sais pas eux, mais moi cette opération m'a limite foutue le cafard. Parce que voilà ça met en lumière qu'on tire tous chacun de notre côté comme des débiles. Que notre réponse à la domination des Inrocks & co (domination toute relative vu l'écroulement des ventes), c'est de la jouer petit bras en pondant un classement de disques sur la toile. Youpi ! Rock'n'roll ! Tout ça pour quelques visiteurs de plus. (Avec des mecs comme ça, moi je dis, la presse papier peut dormir sur ses deux oreilles.) Parce que voilà finalement le but de cette opération, qu’elle émane de magazines papiers ou de bloggueurs, c'est ça : donner l’impression qu’on a affaire à un organe (au sens de corps de métier), quelque chose qui pèse, soudé, alors qu’on a seulement affaire à des gens isolés et assez individualistes qui cherchent à se faire un peu de promo sur le dos de cet éphémère effet de groupe. Et hop après chacun retourne à sa petite vie, rien n'a changé (en plus moi, à chacun de ces 3 classements mes choix ne se sont pas retrouvés dans ceux de la masse, j’ai été évincé par le nivellement inhérent de l'exercice). C'est pour ça qu'à un moment, n'y tenant plus, j'ai lancé : "Et si on se réunissait tous pour boire et se décider à ne former qu'un seul et même site de musique pour pouvoir enfin gouverner le monde, hein ?!" Christophe Gbezo de Dans Mon Mange Disques m'a répondu qu'il avait "pensé à l'idée il y a quelques minutes". Merci Christopher, une once d'espoir. Lyle de J'Ecoute De La Musique De Merde m'a quant à lui rétorqué que ça existait déjà et que ça s'appellait Pitchfork. Mais il devait plaisanter, je pense. Enfin bref, moi je ne plaisantais pas trop. Et je m'inquiète pour cette génération d'avoir été le seul à avoir formulé cette idée apparemment folle. Allez, continuons donc sagement à perdre notre temps à rester derrière nos machines, à nous envoyer des blagues potaches, à parler HTML et à faire des concours de quéquettes en comparant nos stats. J'ai déjà passé assez de temps à écrire tout ça, si je rentrais enfin dans ma journée ?



Photo par Rod du site Le Hiboo



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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 02:57
Catch him
if you can

 

 



Après ses prestations charismatiques et déjantées dans le télé crochet de M6, je ne pouvais que croire en l'avenir de Doré. Avec sa culture de rocker des Beaux Arts, celui qui dynamitait "Lolita" d'Alizée, c'était un peu moi, toi, nous : un jeune homme moderne au cœur de la Matrice médiatique consensuelle (pléonasme). J'attendais donc la sortie de son premier album comme j'attendais la performance de Sébastien Tellier à l'Eurovision. Mais voilà, l'auteur de "La ritournelle" s'est gaufré et Ersatz, le premier album de Doré, pareil. Enfin à mon sens. Trop variété, trop propre et trop nulle part à force de vouloir être partout. Et puis humainement en interview, Julien Doré déçoit aussi : antipathique à force de vouloir faire le malin total "aware" du système et de ce qu'il vaut. Préambule vox populi avant l'entretien.


Et son album s'en ressent. De la même manière que je n'ai pas eu l'impression d'avoir à faire à un artiste lorsque je l'ai interviewé parce qu'avec ses arguments technico-techniques il se la jouait plutôt Monsieur-je-sais-tout, je n'ai pas eu l'impression d'avoir à faire à quelque chose de pleinement artistique en écoutant son album, le bien nommé Ersatz. Parce que voilà ce disque est trop calculé. Trop conscient des enjeux de l'image et du positionnement qu'il m'est impossible d'y trouver quoique ce soit pouvant m'émouvoir. Je veux dire tout ça manque de folie, d'affranchissement, de mystique.


Le pire c'est que cet album s'accompagne d'une vaste campagne de com qui va à l'encontre de tout ce que défend le jeune homme. Il défend une approche vintage de la musique ? Le 2 juin, 8 titres de son album et 2 inédits étaient vendus en exclusivité avec le téléphone "walkman" Sony Ericsson. Il critique le côté bêtisier des premiers tours de la Nouvelle Star ? Sur le site de l'événement publicitaire (je vous laisse découvrir l'adresse, son intitulé est tordant quand on a tâté la dimension totally under control du personnage), un jeu participatif propose à chacun de s'éclater à se filmer en train de chanter son premier single, "Les limites", et précise qu'on peut chanter bien, très bien ou mal, très mal, ce n'est pas grave, l'important c'est de tout donner, de se lâcher.


Bref, Julien Doré s'envisage comme un électron libre rebelle et le voilà utilisé comme le meilleur homme sandwich qui soit : l'homme sandwich qui se prend pour un rebelle. Ça me rappelle ce que Sébastien Tellier disait dans le Technikart de mai dernier, qui consacrait justement sa couverture à Julien Doré. Parce que oui on peut penser ce qu'on veut de l'auteur de Sexuality mais il n'a ni fait la Nouvelle Star, ni vendu sa musique à un opérateur de portable, ni prétendu être méga aware et faire la nique au music-biz et il dit parfois des trucs intéressants, comme ceci : "Ce qui me dérange avec ces télé-crochets, c'est le mensonge qui vient juste après. On nous fait croire que ces rockeurs peuvent détourner le jeu alors qu'ils n'en sont que le produit." Alors, Julien Doré n'est-il qu'un produit ou pas ?


Je n'ai pas la réponse. Mais Michka Assayas semble l'avoir à ma place. Et sa réponse me parle. Enfin ce n'est pas vraiment une réponse. Les propos que je vais vous citer, il les a tenu dans le numéro d'été des Inrockuptibles en 1990, autant dire à un autre âge, un autre temps. Mais il disait ceci et c'est assez éclairant en ce qui nous concerne : "Notre temps n'a que la création, l'imagination et la passion à la bouche, alors qu'il n'est capable de produire que des produits calibrés et standardisés. Ce qu'il ne sait pas faire, avec la mauvaise conscience qui le caractérise, il le singe. Lenny Kravitz fait du faux Lennon et Terence Trent d'Arby du faux Marvin Gaye, tout comme Chevignon fabrique du faux "classique américain" et les Japonais du faux Vuitton et du faux Chanel. On voudrait nous faire croire que ce sont des éternels et des classiques. Mais, par expérience, nous savons que ceux qui prétendent, de leur temps, à la perfection et au classicisme, et ne laissent pas entrer le brouillon, l'improvisation ou l'incertitude dans ce qu'ils créent sont les premiers à se faire oublier par la postérité. Les Beatles, en leur temps, ne "faisaient pas du Beatles". Ils ne cessaient pas de chercher, d'explorer, de tirer à côté. Leur cible s'étalait sur la voûte céleste. C'est au temps ou l'on ignorait qui ou quoi l'on visait, ou l'on n'avait pas peur de gaspiller son temps et sa vie, que se sont accumulées des richesses éternelles : celles que pompent sans vergogne, comme de vieux rentiers, les auteurs contemporains de "compact-eu-disques" parfaits où la "perfection du son" le dispute à la "pureté de l'émotion"."


Michka enchaîne : "Commémorer, célébrer, rendre pompeusement hommage, nous ne savons faire que cela. Quand nous cherchons à dire du bien d'un disque récent, nous ne savons pas dire grand-chose à part c'est un classique. Comme si nous voulions échapper de toutes nos forces à cette fatalité déprimante : que la plupart des choses que nous voyons, écoutons, consommons jour après jour n'ont pour nous qu'une importance artificielle, et n'en auront strictement aucune dans un an, voire dans six mois. C'est beau de vouloir être classique, parfait et éternel. C'est un peu comme les escrocs qui répètent avec une insistance pressante qu'ils sont sincères, honnêtes, et qu'ils ont le coeur sur la main : personne n'y croit vraiment, à commencer par eux-mêmes."


C'est dit. Et pour en revenir à Technikart, l'ironie de l'histoire veut que lorsque j'ai interviewé Doré je venais initialement en tant que pigiste pour le magazine Park mais, la trouvant que j'y étais trop critique et que Julien Doré y paraissait trop imbitable, ce magazine a finalement décidé de ne pas publier mon interview. Comme Technikart avait déjà tapé sur le jeune homme, c'est à bras ouverts qu'ils ont accueilli mon interview sur leur site. Interview que j'avais intitulée : "Faut-il sauver le soldat Doré ?"


Le papier a suscité pas mal de commentaires. Certains ont trouvé l'interview "intelligente", d'autres "snob et ringarde". J'ai lu toutes ces réactions avec attention mais je n'y ai pas répondu. Je ne voyais pas trop quoi ajouter, même si on me prêtait des intentions qui n'étaient pas les miennes, comme de la "rancune" et de la "vexation" sous prétexte que Doré lance un pique contre Technikart et ses pigistes branchouille (je le rappelle : à ses yeux ce jour-là j'étais un pigiste de Park). Et j'avoue, c'était assez plaisant de voir les internautes se débattre entre eux. C'est Orphée qui a ouvert les festivités, déclarant : "Il faut laisser au poète le champ de ne pas le contraindre aux explications. Il n'y a pas à le sauver, il créée des synergies basées sur le leurre, qui constituent ensemble un dispositif poétique conceptuel. Alors évidemment, le ramener sur le plancher des vaches en le contraignant à des explications naturalistes ou figuratives le transforme en albatros... S'il vit, il sera grand. Il est déjà un grand punk. Le sauver, c'est l'aborder poétiquement soi-même."


Un petit échange salé s'en est suivit entre Orphée et Brugnon. Car Brugnon s'est alors fendue d'un : "Doré, un punk ? Warf ! Les bras m'en tombent. Sérieux, je suis tombée de ma chaise tellement c'est drôle !". Ce à quoi Oprhée a répliqué avec moult smiley que je ne m'amuserait pas à reproduire : "Brugnon ne doit pas être au courant de la consistance du mouvement punk à son origine. Une femme comme Vivienne Westwood en sort. Mais il ne doit pas non plus savoir qui est Vivienne Westwood." Et Brugnon d'asséner : "Orphée est bien présomptueux au sujet de ma culture personnelle. Mais passons cette petite attaque. Doré reste pour moi un arriviste qui jongle avec des idées dont il n'a même pas cerné ni compris la portée et dans lesquelles il s'empêtre. Il a réussi à berner son monde, libre à eux de tomber dans le panneau. Quant à sa musique, elle est bien proprette et insipide, tout à son image. Je suis bien plus enthousiasmée par les faux-culs de Vivienne Westwood que par la musique académique et sans saveur de Doré."


Pas con, Grosse fatigue a dit : "Le punk c'est quelqu'un qui ne calcule pas et ce n'est pas a la nouvelle tare que vous allez en trouver un. Le concours d'entrée à ce genre d'émission ressemble trop à un concours pour devenir fonctionnaire et il ne me semble donc pas en phase avec l'esprit anarcho-libertaire." Conne, Line s'est cru obligé d'ajouter : "La critique c'est une sorte de censure. Chacun a le droit à sa création et qu'importe si elle te touche ou pas, l'essentiel c'est qu on puisse être libre de créer." Minimaliste mais percutant Idontcare a pondu un haïku qui me touche : "L'album est vraiment chiant. Ce n'est pas nul mais c'est chiant." Carla s'est faite plus nuancée, parlant d'un album "très bon.et nettement moins chiant que tout ce qu'on entend en français d'habitude !" Et Kevz a clôt ce débat chiant / pas chiant en y allant franco : "Album chiant, personnage chiant, pas étonnant qu'il aime Philippe Katerine."


Bicet trouve que Doré "défend son disque plutôt intelligemment". Sidd acquiesce, louant le "bon goût" d'un garçon qui "sait parler" et qui "est peut-être un imposteur mou du gland mais certainement pas un guigou". Avant de céder la place à l'interview proprement dite et histoire de vous donner envie de poursuivre la lecture, je me fais mousser une dernière par l'entremise de Sidd qui me fait ce joli compliment : "Quoiqu'il en soit, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette interview. Ces questions intelligentes secouent le Doré, elles le poussent à avoir quelque chose à raconter et montrer qu'il est autre chose qu'un rockeur H&M."


(Suite.)


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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 10:13
Catch him
if you can















Le 28 janvier dernier les journalistes ne s'étaient pas uniquement déplacés à la conférence de presse de la 6e édition de la Nouvelle Star pour boire du champagne et les propos du nouveau jury. Ils étaient aussi venus pour Julien Doré, sa barrette, sa gueule d'ange, ses tatouages, son ukulélé et ses nouvelles chansons. Parce qu'alors en pleine phase d'enregistrement il avait accepté de sortir du studio pour nous livrer 4 extraits de son futur album. J'en avais profité pour lui voler illico presto dix minutes sur son agenda de Ministre afin de faire le topo sur son épopée médiatique.


 



"la Nouvelle Star m'a changé au même titre que les Beaux Arts"


"je n'ai aucun rapport avec M6"

 

 

 

Regardais-tu la Nouvelle Star avant d'y participer ?
Non, donc malheureusement je ne savais pas trop ce que je pouvais en tirer. J'avais uniquement en tête les castings que je regardais avec mes potes comme si c'était des concours de patinage artistique. En même temps, il y avait un truc touchant qui me plaisait là-dedans. Et je me suis dit que si j'avais la chance de passer à l'image au moment des castings ce serait l'occasion de montrer le nom de mon groupe inscrit sur mon ukulélé. Il se trouve que ma candidature a fait basculer pas mal de choses. Mais franchement, jusqu'à la première émission en direct, je n'ai jamais pris conscience de ce dont il s'agissait.


Si tu participais à l'émission avec la connaissance que tu en as aujourd'hui, te comporterais-tu différemment ?
Non, parce que je m'y suis comporté de manière très naturelle. Je respectais vraiment les gens avec qui je travaillais et je pense avoir essayé de le dire à la fin. C'est hyper important pour moi car c'est vraiment des gens qui m'ont permis de faire la musique que je voulais. C'est-à-dire de chanter les Kinks, de parler de Duchamp. Je n'étais pas contraint, j'ai pu y exprimer des choses. Rien que pour ça c'était super. Car mine de rien c'est quand même l'endroit rêvé pour faire ce genre de choses. Aujourd'hui si devais refaire l'émission je la referais donc de la même façon. Elle m'a changé au même titre que mon expérience des Beaux Arts.


Penses-tu, comme l'a dit Philippe Manœuvre, que ce genre d'émissions tient le rôle dénicheur de talents que les maisons de disques ne tiennent plus ?
Oui, mais ça ne veut pas dire que c'est plus facile pour autant. On le voit très bien. Ça va être la 6e édition de l'émission et - je vais te dire un chiffre au pif - on se souvient à peine de 12 candidats. 12 candidats qui ne vivent pas de ce qui s'est passé.


Mais toi, sans cette émission, tu n'aurais sans doute jamais pu enregistrer un disque.
Je ne sais pas. Parce qu'à ce moment-là, avec mon groupe, on commençait vraiment à percer. Grâce à Myspace des portes s'ouvraient. On est par exemple parti en Belgique faire des premières parties d'un groupe qui s'appelle
Sharko et personne n'est venu me dire : "Ah, c'est le Julien de la Nouvelle Star !". Tout le monde s'en foutait. Après sans cette émission peut-être que je ne serai jamais vraiment sorti du lot. Je ne sais pas. Mais dans cette société qui est la nôtre, je pense que c'est important qu'une émission comme ça existe. Une émission qui respecte ses candidats et leur permet d'être fidèle à eux-mêmes, il n'y en n'a pas 200, il n'y en a qu'une. Et parce que j'ai une certaine éducation, je trouve ça important de dire à certaines personnes que j'ai sincèrement apprécié la qualité de ce programme.


Tu ne t'attendais pas à cette "qualité" ?
Non, j'ai beau savoir que des choses sexy peuvent se faire dans le domaine de la variété, j'ai mis du temps à me sentir totalement à l'aise parce que j'avais peur de la télévision.


A ce stade de l'aventure qu'elle est la nature de tes liens avec M6 ?
Je vais te dire un truc tout simple : je n'ai aucun rapport avec la chaîne. Aujourd'hui les gens qui m'entourent pour l'album viennent du milieu indé. C'est des musiciens que j'écoute et que j'ai contactés moi-même. Mon directeur artistique c'est le mec qui dirigeait les albums de Manu Chao et de Brigitte Fontaine. Aucune major ni quelqu'un de chez M6 n'est venu m'emmerder. Jamais. Si c'était le cas je ne me gênerais pas pour le dire. Mais non, le seul truc que la chaîne me demande c'est de savoir un peu comment se passent les choses, comme ce fut le cas ce soir. Et ça veut dire aussi que quand j'aurai sorti l'album qui me ressemblera j'aurai la chance d'aller chanter mon single sur le plateau de la Nouvelle Star et je serai ravi de le faire comme si on m'invitait à Taratata ou sur la TNT.


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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 00:20
La Star Ac' des indés ?






"On n'est pas parisianiste contrairement à ce que beaucoup pensent"


"Initialement on voulait faire CQFD sur Internet"

 

 


Financièrement, vous toucher quelque chose avec l'opération CQFD ?
Non, rien. Ce serait trop facile sinon. Ce serait même scandaleux. Non, ce sont les groupes qui touchent. On essaie de leur trouver le maximum de concerts, du temps de studio, des contacts, on les fait tourner dans le cadre du Festival des Inrocks sponsorisé par Motorola et dans le cadre de nos soirées Inrocks Indie Club sponsorisées par Jack Daniels. Voilà, on essaie de les coacher autant qu'on peut, après il y en a qui ça sert et d'autres qui se débrouillent très bien sans nous. Mais nous on ne touche rien, les groupes nous remboursent juste les droits SDNM qu'on paie à leur place pour pouvoir presser les CD et que personne ne puisse les escroquer. D'ailleurs ces dispositions ont permis à 2-3 groupes de gagner beaucoup d'argent parce que dans les semaines qui ont suivis la sortie de la compile CQFD ils ont été démarché par des boîtes de pub qui voulait leur morceau pour illustrer une pub.


Du coup CQFD vous apporte juste un gain d'image ?
Oui. Comme les deux tiers des groupes choisis pour CQFD sont de province à l'image de notre lectorat, ça rappelle aux gens qu'on est vraiment sur le terrain et qu'on n'est pas du tout parisianiste contrairement à ce que beaucoup pensent. Il y a aussi un peu de cynisme bien entendu, un peu de récupération mais il y a surtout cette excitation de faire partager tous ces démos qu'on recevait et de les aider à grandir. Là les derniers gagnants de CQFD c'est
The Dodoz, un groupe de Toulouse. Ils étaient lycéens à l'époque où on les a choisi et ils ont quand même signé avec Nude, le label anglais qui a découvert Suede.


Depuis juillet 2007 CQFD a muté en reposant dorénavant sur un site communautaire qui ressemble à une sorte de gros Myspace collectiviste. Depuis vous n'élisez plus un gagnant par an mais un tous les trimestres. Pourquoi ?
CQFD, initialement on voulait le faire sur Internet mais c'était très compliqué pour nous parce qu'à l'époque les outils étaient encore durs à manier. Donc voilà dès qu'ils ont été plus accessibles on s'est lancé. Et sur Internet on s'est dit que le concours annuel n'avait plus grand sens parce que c'est un média qui va tellement vite qu'il faut qu'il y ait du changement constant. On a donc adapté le rythme du concours à celui de la blogosphère. Aujourd'hui sur ce site il y a une vie phénoménale : des centaines de groupes s'inscrivent chaque semaine.


Mais vous n'avez pas peur de perdre en qualité en gagnant en quantité ?
Pour l'instant non, on est vraiment très content des gagnants qu'on a et je pense que ça va aller en s'améliorant. J'écoute tout ce qui arrive au fur et à mesure pendant des heures et des heures et je trouve que le niveau ne cesse de monter. Au départ notre inquiétude c'était de penser qu'on allait retrouver chaque année le même stock de 7000 groupes et qu'on serait petit à petit amener à élire celui qui avait fini deuxième tel année, puis celui qui avait fini troisième telle année, etc. Mais ce n'est pas le cas. Par exemple,
Cascadeur qui a remporté le prix CQFD de l'automne 2008 c'est quelqu'un qui est arrivé tout récemment.


En devant un site communautaire, CQFD a changé son processus de vote puisque maintenant, mode participatif du web 2.0 oblige, les internautes sont amenés à voter. Cela n'est-il pas source de filouteries ?
En fait le vote des internautes sert à présélectionner 200 groupes parmi lesquels nous allons ensuite sélectionner le gagnant. On a fonctionné comme ça jusqu'à présent mais le règlement va peut-être évoluer parce qu'on se rend effectivement compte qu'il y a des petits truands qui détournent les votes. Ils créent 20 ou 30 profils avec des faux noms et ils votent les uns pour les autres, ça fausse le jeu et il nous est assez difficile de repérer ces truands. Il nous faut donc mettre en place une espèce de garde-fou à ce stade du concours pour que ce ne soit pas seulement les internautes qui votent mais qu'intervienne aussi un jury de professionnels.


Dans A Nous Paris, Syd Matters a déclaré que CQFD c'était "la Star Ac' des indés". Au-delà du bon mot qu'est-ce que cela t'inspire ?
Ça me fait plutôt marrer. On est fier du coup de pouce qu'on donne aux indés mais c'est vrai qu'on a aussi conscience qu'ensuite ça peut être un fardeau à porter. Il ne faut pas que ce soit le cas. Au journal on a tendance à parler des artistes qu'on a aidé comme des "anciens CQFD" parce qu'on a cette fierté de les avoir pousser sur le devant de la scène...

Et parce que dans votre esprit comme dans l'esprit de beaucoup ils restent et resteront des "enfants des Inrocks"...
Oui mais c'est un peu injuste parce que ce qu'on a fait c'est juste de les mettre un petit peu en avant à un moment ou personne ou presque ne s'intéressait à eux. CQFD aurait un côté Star Ac' si on intervenait sur leur musique comme peuvent le faire des directeurs artistiques mais ce n'est pas le cas. Je n'ai jamais appelé un groupe en leur disant : "On vous sélectionne si vous changez tel truc". Au contraire sur CQFD on a sélectionné des morceaux très mal produits mais qui nous plaisaient. En plus on n'a pas de barrière de style. Le prochain groupe qu'on élira fera peut-être du hip hop martiniquais, qui sait ? A CQFD on est donc plus dans le radio crochet que dans la Star Ac'. On se fiche du potentiel commercial des groupes.


En même temps pour vous c'est mieux qu'ils aient un bon potentiel commercial parce que ça veut dire plus de notoriété pour Les Inrocks.
Il y a des groupes qu'on n'a pas choisis pour CQFD parce qu'ils ne nous plaisaient pas et par la suite ils ont été signés et ils ont très bien réussi. A côté de ça on était les premiers à publier une chanson de
Pauline Croze à une époque où les maisons de disques lui riaient au nez. Elle nous a plu mais jamais je n'aurais cru qu'elle ferait cette carrière. Je suis content pour elle. Par contre quand j'ai reçu Florent Marchet, non seulement il m'a beaucoup plu, mais je me suis dit : "Ce type va être énorme". Bon, il n'est pas encore énorme mais il plait toujours.


Dernière question : que penses-tu de la présence de Philippe Manœuvre dans le jury 2008 de la Nouvelle Star ?
Ah je suis hyper content, ça va être très drôle parce qu'il est très bon dans ce genre d'exercice. C'est quand même un mec qui dégomme des groupes derrière sa machine à écrire depuis plus de 30 ans et là il va avoir la possibilité de le faire en direct, sans aucune retenue, avec des critères d'une mauvaise foi absolue parce qu'il ne les jugera pas sur des critères complètement idiots de technicité. Beaucoup de gens ont dit que cela allait porter atteinte à sa crédibilité. Je ne suis pas d'accord. Je trouve que c'est inespéré pour une émission comme ça d'avoir quelqu'un avec cette verve, cette culture et cet humour. Je pense donc que c'est un excellent choix et je suis impatient de voir ça.


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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 02:01
La Star Ac' des Indés ?


Ce bon mot est de Syd Matters, le gagnant de la première édition de CQFD (Ceux qu'il faut découvrir), le concours de nouveaux talents lancé en 2003 par Les Inrocks. Maintenant qu'il vole brillamment de ses propres ailes, Syd est un peu salaud de cracher ainsi dans la soupe qui la nourrit. N'empêche, il y a un fond de vérité dans ce qu'il dit. Parce qu'après 5 ans d'existence, à l'heure où chacun à sa page Myspace et où n'importe quel grande marque lance son concours de recrutement de jeunes talents, CQFD a perdu de sa pertinence. Les Inrocks avec. Au début de l'année, pour faire le point là-dessus, je décidais donc d'interviewer son instigateur, Jean-Daniel Beauvallet, directeur adjoint de la rédaction et responsable des pages musiques du célèbre hebdo culturel.

 


"on était de vrais pionniers dans la découverte de musique"


"les maisons de disques, ça ne fait plus rêver les jeunes"

 


 

 




Pourquoi as-tu lancé le concours CQFD ? Dénicher des talents c'est moins le travail d'un magazine que celui des maisons de disques.
C'est venu du constat qu'on recevait de plus en plus de cassettes et qu'elles étaient de plus en plus intéressantes. Miossec a été un élément déclencheur dans CQFD. Il nous avait envoyé sa cassette et on ne pouvait rien faire si ce n'est en parler dans le journal, ce qu'on avait fait à l'époque, bien avant qu'il ne soit signé, en disant que c'est quand même scandaleux que personne ne veuille sortir le disque d'un type si talentueux. Parce qu'à l'époque il s'était fait rembarrer par tout le monde. L'autre élément déclencheur a été une visite chez un directeur artistique. Il avait des piles de cassettes qu'il n'écoutait même pas. Ça m'a choqué. Je lui ai dit : "Mais, attends, il faut quand même les écouter, on ne sait jamais, dans le tas il y a peut-être quelque chose de bien." Il m'a dit : "On n'a jamais rien trouvé de bien dans ce genre de cassettes. Si les mecs ne nous sont pas recommandés, on ne les écoute pas."


A travers ces deux exemples tu as donc diagnostiqué une grosse faille dans le boulot des directeurs artistique ?
Oui, chez eux il y avait une espèce de résignation... Parce qu'on était à une période charnière où les home studio commençaient vraiment à se développer et où on ne pouvait plus du tout croire à cette vérité selon laquelle les choses doivent être faite par les labels. Eux ils étaient encore sur ce vieux schéma en disant : "De toute façon, s'il y a des trucs bien on en entendra parler par les studios, par les salles de concerts." Ils ne se rendaient pas compte qu'ils étaient en train d'être complètement dépassé par l'industrie parallèle des home studios, de l'Internet et des petits réseaux de salles dans lesquels ils n'avaient pas du tout leurs nez.


Cette période marque donc le début de l'effondrement des majors ?
Oui, le simple fait que eux disent : "Ce qui se passe en dehors de ce qu'on connaît déjà ne nous intéresse pas" en disait assez long sur leur durée de vie (rires) ! Et ce qui s'est passé ensuite nous a largement donné raison parce que plein de petits groupes se sont développés sur le net. Je pense à Arcade Fire et Clap Your Hands Say Yeah par exemple. Sans Internet ces groupes n'auraient pas été signés il y a 10 ans.


Quelles étaient les autres motivations qui t'ont poussé à monter CQFD ?
Il y en a eu plein comme, par exemple, l'envie de renforcer le lien avec notre lectorat. Il a toujours été fort, mais par là on voulait créer quelque chose de plus communautaire. C'est d'ailleurs aussi pour cela qu'au milieu des années 90, on avait créé un numéro des lecteurs pendant la période de Noël. On a donc toujours eu la volonté de montrer que certains de nos lecteurs avaient beaucoup plus de talent que nous et que les groupes dont on parlait. Mais la motivation principale restait de donner un coup de pouce à tous ces groupes que je voyais galérer à chaque fois que j'allais en province, tous ces groupes qui me disaient : "De toute façon ça ne sert à rien qu'on envoie nos cassettes, ça n'intéressera personne." Parce que si nous on avait réagit comme ça on n'aurait jamais existé. A départ on se disait la même chose quand on a lancé le journal, mais on s'est finalement rendu compte qu'on intéressait plus que les 15 pèlerins qu'on escomptait.


Si je comprends bien, pour vous CQFD était aussi le moyen de rester compétitif et dans l'air du temps en tissant un lien vers la génération pop qui s'active maintenant surtout sur Internet.
Il y avait peut-être un peu de ça. Parce qu'on voulait vraiment que le journal innove, pour continuer à apporter de l'inédit à ses lecteurs. D'ailleurs au départ en interne, ce projet n'emballait pas tout le monde. Quand j'ai lancé l'idée de faire un CD avec la musique des lecteurs, on m'a dit : "Mais qu'est-ce que tu vas faire si tu reçois 15 démos et qu'en plus aucune n'est bonne ?" Moi j'étais persuadé qu'une centaine de nos lecteurs avait des groupes. J'attendais donc une centaine de démos. Et la première année on en a reçu environ 6000 et ensuite c'est monté à 7000, 8000, etc. On s'est donc rendu compte qu'il y avait une frustration certaine de la part de tous ces petits groupes. Pour la plupart d'entre eux CQFD était quasiment la seule porte de secours parce qu'ils avaient essayé de contacter les maisons de disques mais on ne leur avait même pas répondu. Je pense même que beaucoup d'entre eux n'avaient même pas envoyé leurs démos aux maisons de disques parce que ça ne les faisait même pas rêver et qu'ils faisaient juste de la musique pour s'amuser. Preuve en est que la plupart d'entre eux n'avaient qu'une voire deux chansons. Et nous on les sélectionne sur la foi d'une chanson et non d'un album, on a donc le bon rôle par rapport aux maisons de disques, surtout qu'ensuite ce n'est pas nous qui nous chargeons de sortir leurs albums !


Recevoir 8000 démos chaque année c'est énorme. Vous êtes tombés sur un puits de pétrole !
Oui, parce qu'en plus les premiers artistes CQFD à une époque où Myspace et tous les autres moyens de communication du même genre n'existaient pas encore. Pour le coup on était donc de vrais pionniers dans la découverte pure et dure de musique. A l'époque les grandes marques n'avaient pas encore recyclé la pratique en lançant toutes leurs concours de recrutement de jeunes talents.


De quels types de marques s'agit-il ?
Les providers du net, les opérateurs téléphoniques, tout ceux qui ont un intérêt à s'accaparer du flux de musique. Mais les marques de vêtements s'y sont également mises car elles se sont bien rendues compte que tous ces jeunes groupes de rock ressemblaient un peu à des gravures de mode. Donc voilà tout le monde y est allé de son opération dénicheurs de talents car ça donne une bonne image de marque.


D'ailleurs le 19 janvier dernier j'ai vu que même France 2 s'y mettait. En tombant sur La fête de la chanson française présentée par Daniela Lumbroso j'ai été étonné de voir que cette émission de variété avait elle aussi organisée un concours de nouveaux talents issus de Myspace.
Je n'ai pas cette émission mais ça ne m'étonne pas : tous les gens complètement à la ramasse viennent de découvrir Myspace en 2007 et pour eux c'est l'Eldorado alors que Myspace à mon avis c'est déjà complètement mort à cause de surpopulation. Et puis moi je voudrais surtout que les gens sachent que Myspace appartient à un ennemi absolu de la culture, de l'intelligence et de la France. J'ai supprimé ma page
le jour où Murdoch a racheté Myspace. Mais voilà, ce que jeux dire aussi c'est que chacun fait son concours de dénicheurs de talents mais que certains le font avec plus d'honnêteté que d'autres. Parce que si c'est sympathique de mettre en avant des groupes en mal d'exposition médiatique ça l'est moins de profiter d'eux. Or c'est ce que font les grosses marques. Certaines profitent du fait que ces groupes soient jeunes et inexpérimentés pour leur faire signer des contrats qui les forcent à renoncer à leurs droits.


Ces nouveaux talents n'ont pas l'ascendant dans le rapport de force qui les unit aux marques qui les sollicitent.
Ils devraient pourtant. Et je pense qu'actuellement tout le monde profite de l'énorme flou juridique dont ces opérations sont l'objet. Nous, pour le concours CQFD, on est un des seuls, je pense, à être allé voir la Sacem en leur en disant qu'on voulait leur donner de l'argent (rires) ! Alors pour l'instant notre modèle économique pour CQFD reste un peu anarchique mais il existe et il est renouvelé chaque année.


(Suite et fin.)


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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 01:38
L'Inrockuptible du PAF ?


Le 28 janvier se tenait la conf de presse pince-fesse de la Nouvelle Star, 6e saison : un grand moment où tout le monde chez Fremantle et M6 s'est gargarisé du nouveau statut pseudo contre culturel du programme depuis les victoires de Willem et Doré. Normal : au moment où la Star Ac s'essouffle avec son côté real-TV qui nous prend pour des cons, le télé-crochet de la 6  s'octroie le rôle d'Inrockuptible du PAF.

 


Résultat : cette année l'émission a attiré 12,7% de candidats en plus en sillonnant pour la première fois Nantes, Strasbourg et la Belgique. 28 000 nouveaux talents ont donc défilé devant Lio, Sinclair, Manœuvre et Manoukian, un jury plus wock'n'woll que jamais qui n'a pas hésité à rembarrer fissa les émules de Céline Dion au vibrato de 4 kilomètres de long. Tout cela a conduit à l'élection d'une certaine Amandine devant 4 millions de téléspectateurs. Et je ne sais quasiment rien à propos de cette fille car par la suite je n'ai pas suivi l'émission. Mais le 28 janvier au Bus Palladium j'étais aux avant-postes de l'événement en train de boire des coups gratos et d'essayer de trouver une tête connue avec qui parler dans cette marée de journalistes télé que je ne fréquente jamais. Ça vous vous en foutez mais attendez j'ai quand même pensé à vous : prenant tous les risques j'ai sorti mon dictaphone en plein milieu de cette conférence top secrète et j'ai même moi-même posé des questions pour vous livrer brut de brut les motivations du nouveau jury. Extraits.



"les nouveaux directeurs artistiques, c'est nous"


"on a vu émerger un nouveau genre musical"

 

 


André Manoukian, qualifié de "Père Fouras de la Nouvelle Star" par l'animatrice Virgine Elfira se charge de présenter la caution rock'n'roll de cette édition, Philippe Manoeuvre alias le rédacteur en chef de Rock&Folk : "Au départ, lui, je me disais : "Quand il va voir une cagole cosmique chanter Lara Fabian à Marseille, il va la démonter." Et bah non même pas, il a même eu de la compassion pour ces nanas ! Pareil, quand il voyait un tocard chanter Johnny Hallyday il le comparait à Elvis Priestley en disant : "C'est un mec qui emmène tout sur son passage, il a juste encore besoin de bosser un peu." Trop cool, je vous jure. Derrière ses lunettes je vais même vu une larme."


Philippe Manœuvre, la qualifiant de "deuxième émission de pop en France" (après Les enfants du rock ?) avoue qu'il suivait un peu la Nouvelle Star avant d'y participer de plein pied : "En tant que personne qui travaille dans un journal de rock, ça aurait été impossible de ne pas la voir. Et puis quoiqu'il arrive les copains vous en parlent. J'ai suivi en direct Steve Estatoff chanter Nirvana, on m'a appelé dès que la Tortue s'est pointée."


Lio, horny à souhait dans sa mini-robe (ou repoussante, au choix) enchaîne : "Moi je n'étais pas une spectatrice assidue de la Nouvelle Star mais je n'ai pas pu y échapper non plus parce que c'est un phénomène de société et que j'ai une fille de 17 ans qui a grandit avec l'émission et qui est complètement fan. Donc forcément je suivais un peu, jusqu'au moment où j'ai commencé à voir des gens qui m'intéressaient vraiment."


Philippe Manœuvre, tout de go : "J'aime bien cette émission. Je pense que les maisons de disques sont en train de disparaître et voilà les nouveaux directeurs artistiques sont devant vous, c'est nous (rires dans la salle). Je crois que notre rôle est assez utile parce que sans nous je vois mal comment les petites chanteuses talentueuses qu'on a trouvées à Aix-les-Bains ou Toulouse auraient réussi à remonter jusqu'à Paris pour se faire un nom. D'ailleurs souvent ils le disent eux-mêmes : "On a envoyé des démos aux labels mais personne ne nous a jamais répondu..." Je suis donc très heureux de faire partie de cette machine."


Sinclair, questionné sur les propos choc de Manœuvre : "On ne fait pas vraiment le boulot des maisons de disques, on a juste une écoute un peu plus libre, détachée de toute préoccupation mercantile, même si on fait partie d'une émission de télé. Et ça change tout : les candidats généreux que l'émission m'a permis de découvrir, dans le cadre d'une maison de disques, avec toutes les pressions auxquelles elles sont sujettes en ce moment, je pense que je ne les aurais pas écouté de la même façon et que je les aurais rejeté. u-delà de ça je suis juste venu à la Nouvelle Star parce qu'on m'a proposé de venir écouter des gens et de donner mon avis sur leurs prestations en restant moi-même. Et pouvoir être moi-même à la télé, c'est un peu une révolution."


Lio rebondit : "Pareil, quand j'ai accepté de participer à cette émission je n'ai pas senti l'obligation de me conformer à une image quelqu'elle soit, je suis juste partie à l'aventure parce que ça faisait deux ans que cette émission m'intéressait de plus en plus et oui, je trouve qu'il y a une faillite totale de la part des maisons de disques."


André Manoukian : "Ce qui est intéressant, et c'est aussi pour ça que je suis là pour la sixième année consécutive, c'est que les candidats sont juste à tomber par terre. Pour moi qui ai l'habitude de passer ma journée à me branler tout seul derrière un ordinateur dans un studio cette émission c'est un peu de l'oxygène parce que musicalement je vois vraiment ce qui agite la jeunesse. L'année dernière Julien Doré était un peu un OVNI, mais cette année j'ai vu qu'un nouveau genre musical émergeait : le néo-folk urbain. On a eu une espèce de fils de Bob Dylan, une espèce d'Elvis Costello, on a même eu un Pierce Brosnan qui nous faisait du James Blunt, 3-4 rencontres improbables qui nous ont tiré des larmes."


Philippe Manœuvre : "Par exemple à Marseille une fille qui est arrivée et nous a dit : "Je vais vous chanter Björk". Carrément. Et des garçons nous ont chanté les Who. C'est très révélateur, ça veut dire que les gens aiment les chansons et le style leur importe peu, ils n'ont pas d'étiquette. Certains nous disent : "En anglo-saxon je vais vous chanter Oasis et en français je vais vous chanter Balavoine". Et c'est très respectable. Ils écoutent les chansons, ils retiennent les bonnes et ils s'en inspirent."


André Manoukian : "Après, évidemment, il y a encore des gens qui nous chantent "Mexico" avec un sombrero sur la tête et des filles en province qui nous font du Mireille Mathieu, toutes ces choses qu'on va passer en début d'émission pour rigoler vite fait, mais le plus important c'est que globalement grâce à Internet les mômes d'aujourd'hui écoutent de plus en plus de bonne musique et qu'ils la représentent dignement, c'est donc ça qu'on voulait montrer. Donc merci à Internet qu'on accuse trop souvent de tous les maux dans l'industrie du disque et merci à tous ces candidats d'être venus chez nous et pas chez les autres."


Lio : "On n'a pas du tout le profil Star Academy. Pour moi Star Academy c'est très différent de la Nouvelle Star parce que Star Academy c'est une émission qui vise à formater les gens pour que Pascal Nègre puisse les vendre, alors que la Nouvelle Star cherche juste à faire découvrir des artistes."


Manoukian : "No comment. Moi on m'a dit : "Quand tu es concessionnaire chez Citroën tu ne parles pas de Peugeot.""


Lio, décidément en verve : "A la Nouvelle Star on ne fait pas coucher les candidats dans la même chambre, il n'y a pas de caméra partout, on est vraiment concentré sur la musique comme dans radio crochets des années 60. C'est important, il ne faut pas oublier que c'est comme ça que Polnareff a été découvert. Je suis donc faire de participer à ça. D'ailleurs, regardez, Missy Elliott fait la même chose aux Etats-Unis."


Philippe Manœuvre, questionné sur les candidats qui l'ont fait craquer : "Dans le jury on a chacun nos goûts. Lio représente la pop, Sinclair le funk, André le jazz et moi le rock. Je suis là-dedans depuis 75, je suis rock, je ne change pas. On n'est donc pas forcément sensible aux mêmes choses mais quand il y a un super chanteur dans la pièce on le dit. On a beaucoup discuté pour essayer de ne pas passer à côté de gens qui allaient peut-être déplier leurs ailes et se révéler un peu plus tard, progressivement. Sinon je tiens à dire que la machine mise au point par Fremantle est assez formidable. Dans toutes les régions qu'on a sillonné tout s'est super bien passé. Nous on n'avait plus qu'à arriver comme des fleurs et voir des gens se livrer a capella, se mettre à nu devant nous, littéralement, tout seul, sans micro, sans guitare. C'est incroyable, dans ces moments-là quelque chose se passe. On a vécu une véritable aventure."


André Manoukian : "Je suis juste déçu de ne pas être tombé amoureux cette année, mais bon je ne peux pas tomber amoureux à chaque fois !"


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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 14:00
Montent le Volume




En juin Les Inrocks lancent un mensuel 100% musique intitulé Volume. Le retour de leur formule culte et austère des années 80 ? Non, nous dit Pascal Bertin because the times they are a-changin'. Un pari fou alors vu comment se porte le secteur ? Oui, répond l'Inrockuptible en charge du projet. Mais il nous dit qu'il y a quand même une carte à jouer avec ce mensuel. Il nous le présente et nous explique l'issue entrevue.



 



"Comment faire rêver avec un magazine de musique ?"


"Il n'y a rien de tel que du beau papier, de belles photos..."

 

 


Bonjour Pascal Bertin. Alors, dites-moi, qui a eu l'idée de ce mensuel et quand ?
En fait ça fait 2-3 ans que toutes les personnes un peu impliquées sur la musique dans Les Inrocks y pensent. L'idée a progressivement émergé quand on a vu le succès de nos numéros hors série. Dans ces hors série on se donnait la place pour revenir sur des sujets hors actu, on se permettait de mettre de belles photos, de détailler des discographies, de faire des grands entretiens, des choses qu'on ne pouvait plus proposer dans l'hebdo. Ces hors série étaient donc une première approche pour offrir aux gens des repères musicaux qui commençaient à manquer. Avec des décryptages de tendances, sur le punk par exemple, on pouvait expliquer aux jeunes pourquoi et comment la musique est devenue ce qu'elle est aujourd'hui. Aux Avec des monographies d'artistes phares on redonnait matière à lire aux anciens. Du coup on s'est donc dit qu'on allait capitaliser là-dessus pour en faire une publication beaucoup plus régulière, qui comporte autant des dossiers de fond et des sujets transversaux que des séquences d'actu, des portraits et des chroniques comme n'importe quel mensuel musical peut le faire.


Vous n'allez donc pas réinventer le concept du mensuel musical ni ressusciter Les Inrocks des années 80 ?
Non, on ne va pas revenir au mensuel de nos débuts, tout simplement parce que les temps ont changé, la presse musicale a changé et les lecteurs aussi. Mais ce n'est pas grave, on n'est pas nostalgique du mensuel, il a fait son temps, et si on est passé à l'hebdo dans les années 90 c'est parce que pour nous ça semblait une évolution logique après tout le travail qu'on avait fournit sur le mensuel. A l'époque pas mal de gens ont été effaré qu'on ose devenir un hebdo culturel, ils trouvaient ça suicidaire mais pour nous c'est de rester un mensuel qui aurait été suicidaire. On a donc vraiment vécu ça comme une aventure, un challenge. Et aujourd'hui si on lance un mensuel en plus de l'hebdo c'est qu'on a envie de proposer une offre qu'on aimerait trouver en France en tant que lecteurs et qui pour l'instant n'existe pas. Actuellement la presse musicale est coincée entre un dinosaure et des mensuels de niches...

 

Le dinosaure, je suppose, c'est Rock&Folk ? Vous avez envie d'achever Philippe Manœuvre ?
Non, on le laisse, il a mieux à faire à la Nouvelle Star. Mais à propos de Rock&Folk, ce qu'on peut se dire c'est 1) plein de gens ne l'achètent pas mais aimeraient une offre alternative et 2) peut-être que pas mal de gens l'achètent parce qu'il n'y a que ça pour l'instant. Donc voilà nous on a envie de fédérer tout ce monde, tous ces lecteurs en quête d'informations sur le présent et le passé de la musique, tous ces gens que la musique fait encore rêver. En gros ce que se demande Volume c'est : "Comment faire rêver en presse avec la musique ?".

 

La question est d'autant plus légitime que le rôle prescripteur de la presse musicale s'est considérablement érodé avec l'émergence de blogs et webzines de plus en plus compétents sur le créneau musical. Sans compter qu'aujourd'hui le lecteur n'a jamais été aussi autonome et versatile dans sa consommation de musique. Grâce au net il peut directement se forger son avis en écoutant gratuitement toute la musique qu'il souhaite.
Les blogs ont effectivement pas mal de place pour écrire sur la musique mais vous n'allez pas y trouver une saga de 10 pages sur Dennis Wilson, le batteur des Beach Boys, à l'occasion de la réédition de son album culte des années 70. Vous n'allez pas non plus y trouver un article transversal sur la façon dont les figures cultes du disco des années 70 resurgissent aujourd'hui dans la pop mainstream et dans l'electro underground. Ce n'est pas leur vocation. Leur vocation c'est plutôt de permettre de découvrir un artiste via une petite bio et quelques MP3 en écoute. La proposition de Volume est donc complémentaire avec l'offre les blogs comme elle l'est aussi avec notre hebdo. D'ailleurs des blogs on parlera dans Volume. A défaut de proposer un CD sampler comme on le faisait dans nos hors série, on donnera plein de liens pour aller écouter de la musique sur le net, en privilégiant bien évidemment et tant que faire se peut des lieux d'écoute légaux. Donc voilà personnellement je consulte des blogs, mais je continue de penser qu'il n'y a rien de tel que du beau papier, de belles illustrations et des documents inédits. Ce côté bel objet peut encore faire rêver les gens. C'est d'ailleurs pour ça que ce mensuel va s'appeler Volume. Parce qu'au-delà du rapport au son, Volume ça évoque aussi l'ouvrage de collection que tu veux garder sur ton étagère.

 

Aujourd'hui les mensuels musicaux coûtent facilement plus de 5 euros. Et c'est aussi pour cela qu'ils se vendent peu. Combien va coûter ce "bel objet de papier" ?
4,90 euros pour 100 pages. On pense que c'est un bon prix vu la qualité du magazine et le lectorat visé.

 

Combien d'exemplaires comptez-vous vendre de ce premier numéro de Volume ?
25 000.

 

Pas facile...
Oui mais c'est un risque calculé. Le premier numéro sort en juin, le deuxième en juillet, le troisième en septembre. A la rentrée on saura donc si le pari est réussi et on réagira en fonction. Mais on n'en est pas encore là et on est optimiste. Il n'y a pas de raison que ça ne marche pas.

 

Quel sera le sujet de couverture du premier numéro pour frapper fort ?
Radiohead.


Je m'en doutais ! Qu'allez-vous en dire ?
On va faire une sorte de saga bilan pour dire en quoi Radiohead est différent des autres groupes de rock de son temps, en quoi c'est une espèce de monstre de son époque qui aurait pu virer dinosaure et qui n'a pas viré dinosaure (des propos que Pascal Bertin pourrait tout aussi bien tenir à l'encontre de son canard, Radiohead et Les Inrocks ayant ceci en commun que, malgré tous leurs efforts, ils sont et restent des dinosaures, Nda).

 


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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 01:40
Quand la musique est mode



Sorti début mars, "le premier féminin musical" a reçu un accueil chaleureux en kiosque, notamment sur Paris. Pour ma part je suis en froid avec leur postulat. Parce que
Diva assimile rock et mode. Je me demande : va-t-il encourager l’industrie à produire des Micky Green en série ou va-t-il inciter les femmes à lire un féminin moins con-con que la moyenne ? Essayant de réfréner tant que possible l'Eric Zemmour qui siège en moi, je suis allé cuisiner Marie Chabanis, rédactrice en chef de ce bimestriel. Interview guerre des sexes ?






"on n'appelle pas au boycott de la bière et des clopes"

"une Diva peut tout aussi bien être un homme"









Bonjour Marie Chabanis. Alors dites-moi, quel est l’intérêt de lancer un "féminin musical" ?

C’est lié à l’évolution de l’économie de l’industrie de la musique. Les femmes ne se sentent très mal servie en matière de presse musicale, elles ne comprennent pas, pour elles ça ressemble trop à des catalogues de sorties CD. Or ce sont elles les plus grosses acheteuses de disques et de magazines et il y a de plus en plus d’artistes féminines. Avec d’autres gens on a donc senti un vrai besoin des femmes d’être informée différemment sur la musique.

Vous avez fait un sondage pour vous en assurer ?

Bien sûr, après avoir eu cette idée on a fait faire une étude de marché. Elle nous a d’ailleurs dit que notre lectorat était les 15-35 ans. Perso, j’aurais même poussé à 15-40 car aujourd’hui la femme de 40 ans en a 20. Et puis après les trois mois de travail qu’il nous a fallu pour faire notre premier numéro, on l’a testé auprès d’amis travaillant dans des radios et des maisons de disques et ils me le disaient déjà : "Génial, enfin un média qui va s’intéresser à l’acheteur principal : la femme."

Vous dites que les femmes ne comprennent pas la presse musicale existante, pourtant j’en connais qui lisent volontiers Les Inrocks

Bien sûr, d’ailleurs j’en suis et je trouve que ça reste une super référence, très pointue, mais justement pour cette raison les lectrices le trouvent particulièrement masculin. Nous on essaie d’être plus populaire, moins élitiste.

Vous n’allez pas tenir de discours critique sur la musique ?

On ne fait pas de critique parce qu’il y a tellement d’artistes à défendre qu’on préfère parler de ceux qu’on aime. Surtout que parfois la critique se trompe. Je me souviens que des magazines musicaux ont sévèrement critiqué des albums a leur sortie alors qu’ensuite ce sont devenus de grands succès, je pense par exemple au Stairway To Heaven de Led Zeppelin. Par contre, et ça je pense que c’est un côté plus féminin, on prend du temps avec les artistes, on passe des journaux entières avec eux, on les habille, on fait notre séances photos, on ne prend jamais les photos des maisons de disques. C’est aussi pour ça qu’on fait un bimestriel, parce que tout ce travail d’image prend du temps. Et c’est très important l’image dans la musique parce qu’avec la mort du CD il y a un retour à la scène et aux codes vestimentaires. L’autre raison c’est que je ne vois pas trop l’intérêt d’être mensuel parce que je ne crois pas trop à l’idée d’actualité en musique. Quand j’achète un album, je ne le jette pas au bout d’un mois.

Mais vous n’avez pas l’impression que vous assimiler la musique à de la mode ?

Vous voulez dire qu’on dévalue la musique ? Dire ça, ce n’est pas gentil pour la mode (rires) !

Ce n’est surtout pas gentil pour la musique.

Je place les deux sur le même plan donc je ne peux pas vraiment à cette question ! Mais non je ne pense pas que cela dévalue la musique. En travaillant au jour le jour avec les artistes et le monde de la musique je vois qu’ils n’attendent que ça de travailler plus avec les gens de la mode. On essaie de trouver le bon équilibre entre mode et musique et ce n’est pas facile parce que c’est deux mondes qui se côtoient depuis toujours mais qui sont pourtant très différents. D’ailleurs en ce moment tout le monde surfe sur cette tendance.

Effectivement. Les Inrocks viennent de sortir un hors série "Les filles du rock" et multiplie les couv "rock et mode". De leur côté les féminins multiplient les articles et les séances photos sur les artistes les plus glamour. Aussi, fait notable, après 7 ans de distribution gratuite dans les lieux branchés de la capitale le magazine Modzik vous a devancé de peu en sortant en kiosque, au même prix que vous d’ailleurs (4 euros). Tous les deux vous êtes clairement sur le même créneau qui consiste à féminiser le landerneau rock l’associant le plus possible à celui de la mode.

Tant mieux si Modzik fait la même chose que nous, parce qu’il existe plusieurs magazines musicaux donc je ne vois pas pourquoi il n’existerait pas plusieurs féminins musicaux. Donc voilà : "Longue vie à Modzik aussi !"

Mais dans tout ça, je veux dire, le "danger" n’est-il pas de considérer la musique et le rock comme un simple argument marketing, le vernis tendance ultime ?

Je ne sais pas, c’est réversible. On peut aussi bien dire que la mode est devenu le vernis tendance du rock. Parce que la musique a beau avoir un côté plus profond, les musiques aussi passent et reviennent, comme la mode. Par exemple on voit bien que le retour du folk passe aussi par un gros côté mode. Je pense donc que l’un sert l’autre. Et c’est pour ça qu’un magazine comme Diva existe. On met la musique et la mode sur le même plan en se disant que l’un va servir l’autre parce qu’on est dans un monde où les gens consomment souvent les deux. Par exemple, dans la rue on sait facilement qui écoute quoi en regardant ses fringues et ça ce n’est pas nouveau, il y a 15 ans moi j’étais Curiste !

Vous dites que vous passez du temps avec les artistes, mais je n’ai pas lu d’articles fleuves dans  Diva

La dure réalité de la maquette nous oblige à couper un peu les articles, mais on essaie d’enlever le superflu pour ne garder que l’essentiel. D’ailleurs chez nous contrairement à ce qui est pratiqué ailleurs, le calibrage des articles est décidé une fois que l’interviews a été faite comme ça on peut réagir en conséquence de ce qu’on a obtenu. Et puis, dernier point, on pourrait nous taxer de faire un magazine musical pipole, mais ce n’est pas du tout le cas parce qu’on parle autant des têtes d’affiches que des débutants. Mais c’est sûr que lorsqu’on rencontre un artiste qui a déjà une longue carrière derrière lui comme Franck Black il a logiquement plus de choses à raconter. Dans ce cas on fait une double page. Franck Black, on aurait pu rester 15 jours à discuter avec lui.

De part son éditorial et sa maquette Diva est assez "girly". Une femme ce n’est pas forcément "girly"…

Diva n’a pas été pensé pour être girly, il a été pensé comme un féminin, c’est-à-dire un mag qui parle de tout ce qui intéresse les femmes et toutes les femmes aiment la mode et la musique. Girly, je ne sais même pas ce que ça veut dire, je n’avais jamais entendu ce terme. Mais après c’est sûr que tous les magazines ont tendance verser dans la caricature de leur lectorat donc c’est une bonne remarque et je ferai attention à ce qu’on ne tombe pas là-dedans.

Finalement derrière tout ça le problème c’est un peu de savoir ce qui est typiquement féminin et ce qui ne l’est pas. Dernièrement le GQ français s’est posé la même question pour les hommes en se présentant comme le masculin qui leur parle sur un autre ton. Vous, vous faites pareil : vous cherchez à parler aux femmes sur un autre ton. A parler à une autre vision de la femme.

Je suis complètement d’accord avec ça : on est des femmes mais on est aussi des hommes. J’ai d’ailleurs pensé Diva comme un magazine qui pourrait aussi intéresser les hommes. Tout le couloir d’info du mag est aussi accessible aux hommes parce que la musique ça parle à tout le monde. Et c’est aussi pour ça qu’on parle de musique.

Qu’en pensent les rockers purs et durs ?

J’ai parlé avec Patrick Eudeline et Franck Black et ils adorent le concept. Ils sont tous contents parce qu’on n’est pas non plus en train d’appeler au boycott de la bière et des clopes pour revendiquer plus de strass, de paillettes et de rouge à lèvres dans le rock ! On dit juste qu’il y a une autre manière de parler de la musique parce que cette industrie a globalement changé, de même que celle de la mode. Les femmes en ont marre de lire des magazines féminins où les articles sont des dossiers de presse remâchés et où ils se ressemblent tous d’un féminin à l’autre.

Via la musique, si je vous suis bien votre idée c’est donc d’apporter un supplément d’âme dans le monde du féminin. C’est ça ?

Si vous voulez ! Moi j’adorerais qu’on apporte de l’esprit dans le monde des magazines féminins et de l’esthétique dans le monde des magazines musicaux. Parce que moi je vois Diva comme la rencontre des Inrocks et de Vogue.

Votre équipe ne comporte aucune plume du sérail de la presse rock…

C’est vrai, la plupart de nos journalistes ne sont pas connus pour être des journalistes musique. Mais il n’y a pas d’école de journaliste musical, c’est l’intérêt qu’on porte à la musique qui fait qu’on est bon ou pas. Par exemple Pierre Mathieu est connu en tant qu’animateur télé mais sa passion première c’est vraiment la musique. D’ailleurs il est assez connu pour son Myspace où il tient un agenda de toutes les soirées et de tous les concerts. Du coup c’est le Tintin de la nuit de Diva (rires) !

A propos de nuit, y aura-t-il des soirées Diva, des compiles Diva, un site Diva ?

Tout ça est en cours. On va faire des choses avec le Social Club. On va tisser des partenariats avec tous les événements qui nous correspondent et on se rend compte qu’il y en a beaucoup parce que voilà toute l’industrie de la musique avait déjà surfé sur cette vague féminine et il ne manquait plus que les médias suivent pour que les choses s’enclenchent. Diva n’en est donc qu’à ses débuts. Petit à petit il fait son nid (rires) !

Au fait, pourquoi ce nom, Diva ? C’est quoi pour vous une Diva ?

C’est une question que je pose beaucoup aux artistes. Par exemple quand j’en ai parlé à Adele elle m’a dit : "Pour s’imposer tout musicien doit être une diva." J’ai beaucoup aimé sa réponse parce que ça veut dire qu’une diva ça peut tout aussi bien être un homme. Nous d’ailleurs on avait fait des essais de covers Tricky. Une diva c’est juste quelqu’un qui a des convictions et qui est parfois obligé de jouer des coudes pour les affirmer. Lorsqu’on va shooter un artiste, il y a beau avoir 5 maquilleurs, 5 coiffeurs et toute l’équipe journalistique dans la pièce, la diva on la reconnaît tout de suite. C’est quelqu’un qui dégage quelque chose en plus. Une diva, c’est ce que j’aimerais être !

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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 01:43

XXI

XXI, l’info XXL


couv-21.jpgLe 17 janvier sortait un nouveau journal… en librairie :
XXI (prononcez "21"), 200 pages, d’articles, de photos et de BD reportages, sans pub, pour célébrer l’amour de l’info, la vraie, celle qui se recueille sur le terrain et a un prix. Deux semaines plus tard, contre toute attente, ce trimestriel s’était déjà écoulé à près de 40 000 exemplaires. Les raisons de ce succès, on en discute avec Patrick de Saint Exupéry, ex grand reporter au Figaro et désormais rédacteur en chef de XXI.


"Quand on veut un avis éclairé sur un fait marquant pour prendre du recul et le mettre en perspective, c’est
à nous écrivains que les journaux font appel mais en dehors de ça personne ne lit nos livres", disait en gros je ne sais plus quel écrivain dans je ne sais plus quel journal je ne sais plus quel jour. La presse et la littérature seraient-elles donc à ce point irréconciliables ? En ce moment des éditeurs, des journalistes et des écrivains pensent que non, puisqu’en janvier les éditions Autrement ont lancé Mook et celles des Arènes XXI, deux projets de livres-magazines (autrement dit "mook", contraction de mag et de book). Tous deux sont trimestriels, tous deux coûtent 15 euros, tous deux cherchent à enrayer la course à l’actu et son info fast food en réhabilitant le récit du réel, celui qui fait se déplacer un homme d’un endroit à un autre pour raconter ensuite ce qu’il a vu, entendu, vécu. De la matière donc, de la chaire, l’incarnation des hommes et du terrain, ni plus ni moins. Une tâche vieille comme le monde qu’on a un peu perdue en chemin. 

Ainsi Mook se dit être "le livre-magazine de ceux qui désirent le monde autrement. Le Mook, c’est avant tout un état d’esprit en osmose avec le monde comme il va. Magazine de tous ceux qui initient des révolutions minuscules, il met en valeur les innovateurs, les entrepreneurs au sens large, les créateurs d’objets, d’idées, d’émotions, de valeurs. Ces aventuriers du quotidien, on les retrouve dans tous les secteurs d’activité, culturels et sociaux, économiques et technologiques, scientifiques et littéraires ; différents dans leur choix de vie, si ressemblants dans leur approche. Et c’est cette transversalité que le Mook veut représenter et donner à voir. Loin des "héros" et des grandes causes médiatisées, le Mook valorise ceux qui font discrètement bouger les lignes, ceux qui à petits pas font évoluer la société… et la vision que celle-ci a d’elle-même. Le Mook, hybride dans la forme et original sur le fond s’adresse en priorité à ceux qui, à des moments charnières, s’interrogent sur le sens de leur vie, leur parcours professionnel, l’adéquation entre ce qu’ils sont et ce qu’ils font." Mais des deux c’est XXI qui nous a le plus convaincu, en terme de forme et de contenu. D’ailleurs c’est un succès. Interview.
 


patrick-de-saint-exupery-copie-1.jpg
"aller voir et raconter, j’ai toujours trouvé ça incroyable"

"XXI,
c’est de la lecture, pas de la consommation !"





Bonjour Patrick de Saint Exupery. Alors il paraît que vous avez vendu 40 000 exemplaires de 
XXI ?
Oui, on ne s’attendait pas à ça (rires) ! On en a tiré 40 000 et il nous en reste 1000 en stock. Et 40 000 c’était pour 3 mois. On en a donc vendu 39 000 en deux semaines. Donc voilà, il y a du boulot maintenant.
 
Combien comptez-vous en retirer ?
Alors là le tirage c’est une étrangeté chez XXI mais ce n’est pas nous qui l’avons fixé, ce sont les libraires car c’est eux qui nous diffusent. Il nous avait demandé 30 000 exemplaires. On a fait une petite marge à 40 000. On a bien fait. Maintenant pour ce qui est d’en retirer, on ne sait pas encore, on attend un peu car on n’est pas dans l’urgence puisqu’on n’est justement pas dans les tempos de la presse.
 
XXI est le fruit d’une rencontre entre vous et l’éditeur Laurent Beccaria. Comment et quand vous êtes-vous rencontré ?
Vous savez une rencontre ça prend un peu de temps. On s’était rencontré pour la première fois en 2004 quand j’ai été publié aux Arènes, la maison d’édition que dirige Laurent Becarria, et à partir de là on a continué à discuter, à nous écouter et on s’est lancé dans XXI parce qu’on se retrouvait sur un projet commun, entre le journalisme et l’édition.
 
Ça donne quelque chose d’hybride.
En fait la proposition est très simple : c’est un esprit presse dans une format librairie. Après vous me dites que c’est hybride, je ne sais pas, est-ce que les choses un peu nouvelles et différentes ne génèrent pas toutes ce type de première impression ?
 
Dans l’édito du numéro 1 vous dites que le journalisme tel que pratiqué par Albert Londres est éternel, "seules les formes changent". N’est-ce pas ça le côté hybride : trouver la nouvelle forme qui va refaire jaillir l’essence journalistique ?
A mon sens, la première légitimité du journaliste est toute simple, c’est d’avoir été là, quelque part, n’importe où d’ailleurs, mais quelque part, avoir vu, constaté, entendu et de le raconter. Pour moi c’est un truc indéracinable cette incroyable possibilité qu’a le journaliste d’aller voir et de raconter. Moi j’ai toujours trouvé que c’était quelque chose d’incroyable.
 
Dans l’écriture, on a l’impression que XXI réhabilite le journalisme subjectif…
Notre ton est simple, c’est le réel, la retranscription du réel. On est dans le narrative writing, le journalisme de récit, on va à un endroit et on raconte. C’est les américains qui ont réactualisé le narrative writing, mais c’est aussi la base du journalisme en France, c’est comme ça que s’est créé le journalisme en France, ensuite on s’en est éloigné et nous on propose d’y retourner un peu.
 
Partant de là, vous faites le pari que l’information a une taille et un prix...
Alors la question de la taille : on est sur 200 pages, Le Nouvel Obs doit tourner autour de 130…
 
Avec les pubs !
Oui, nous c’est 200 pages sans pubs.
 
Grande différence.
C’est clair. Mais c’est parce qu’on raisonne par rapport aux lecteurs. On raisonne en se disant que XXI n’est pas fait pour être consommé mais pour être lu. C’est idiot, mais c’est ça : XXI c’est de la lecture, pas de la consommation ! Est-ce que c’est long ? Je ne sais pas : est-ce qu’un livre est long ? Ça dépend. S’il vous intéresse, il n’est pas long. La question du prix : est-ce que c’est cher ?
 
En France, on n’est pas habitué à mettre 15 euros…
Oui, on n’est pas habitué parce qu’aujourd’hui on nous fait croire que tout est gratuit mais c’est une illusion. Rien n’est gratuit, c’est une évidence. Moi j’adore lire des journaux, quelqu’ils soient. J’achète mon journal et j’aime l’acheter parce que le simple fait de l’acheter me donne le droit si je ne suis pas content de le dire : "Je ne suis pas content !" J’ai le droit puisque je l’ai acheté ! Alors que si on me le donne gratuitement je le lis comme un prospectus et je n’ai pas le droit de dire que je ne suis pas content. Quand c’est gratuit ça n’a pas de valeur. Quand j’achète mon journal avant les fêtes et qu’on me donne des gros suppléments publicitaires, en tant que lecteur, je suis paumé, je ne comprends plus. Qu’est-ce que j’achète : de la lecture ou de la pub ?
 
Mais, à la base, aucun journal ne s’ouvre à la pub par plaisir, c’est juste que leurs ventes ne suffisent pas à les faire vivre…
Ça j’en suis le premier conscient ! La question se pose pour les journaux comme pour XXI !
 
Comment conjurez-vous ce problème ?
En croyant au lecteur. On n’a pas de cible parce qu’on croit qu’il existe des lecteurs curieux, c’est tout. C’est idiot encore une fois, mais c’est notre postulat. Il y a des lecteurs, ils sont curieux et on ne peut pas les réduire à une cible, parce qu’un lecteur ça peut être une femme, un homme, un jeune, quelqu’un de plus âgé, quelqu’un qui a de l’argent, quelqu’un en a moins. Après le plaisir du lecteur c’est un mystère. Est-ce que le lecteur a du plaisir ? Est-ce que sa curiosité est satisfaite ? On propose, le lecteur dispose.
 
Envoyer des gens sur le terrain comme vous le faites, ça coûte cher j’imagine…
Oui, c’est pour ça qu’on le vend 15 euros. Tout le contenu est fait de A à Z pour XXI, les illustrations, les textes, le récit graphique. Donc quelque part, sans vouloir galvauder le mot, on est sur un contenu exclusif.
 
Comment est venue l’idée du "récit graphique" ?
On aime la bande dessinée et c’est un mode narratif alors pourquoi ne pas raconter la réalité en bande dessinée ? Pourquoi devrait-elle se cantonner à la fiction ? Voilà on s’est simplement dit ça. Tous nos collaborateurs ressentent une grande attirance pour le réel. Ça nous fait plaisir d’aller l’éprouver et d’essayer de le restituer. Dans le numéro 2 on va par exemple avoir un récit graphique de Jacques Ferrandez, l’auteur des Carnets d’Orient. Normalement il travaille pour Casterman, mais pour nous il a choisi de décaler ses projets parce que voilà il y avait un tropisme, une folle attirance pour le réel.
 
Vous représentez un eldorado pour des auteurs en mal d’aventure !
C’est vrai qu’on a beaucoup de propositions mais on répond. Même si ça prend du temps on voit tout le monde et on verra tout le monde. Nos portes sont grandes ouvertes et tout est possible.
 
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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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