Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
Simple et funky
16h40. Voilà le rap bobo que ne promettait pas Joey. Il débarque à l’heure du goûter en la personne de Yelle, alias Julie Budet, 23 ans. L’enfant du pays se trémousse incestueusement au micro avec sa jolie petite coupe au carré très Lio et son legging fluo très Véronique et Davina. Joli minois, petits seins : Yelle, c’est l’Alizée de l’électro hip-hop. Elle piaille : "Je veux te voir dans un film pornographique / En action avec ta bite…" et tout le monde tripe dans la salle, même le curé du village. Les journaux louent le côté caustique et girl power de l’affaire. Parce que oui voyez-vous, la petite ose employer le même langage que les méchants rappeurs et leur renvoyer leur machisme dans les dents. Mais bien sûr ! La vérité c’est que c’est son mec, Grand Marnier (le batteur derrière elle, aux côtés de Tepr, le type aux platine) qui a pondu "Je Veux Te Voir". Yelle, c’est surtout lui sautant sur le phénomène pipi caca branleur de TTC pour en lancer le pendant girly et faire du fric facile avec une couillonnade marketée toute crue. Et dire que la miss reprend "A cause des garçons" d’A cause des garçons, un vieux tube de 1987 composé par Alain Chamfort. "À cause des garçons ! On met des bas nylon / On se crêpe le chignon…"
20h00. On a échappé aux frères AaRon. Ils sont partout depuis que leur morceau "U-Turn (Lili)" a fait la B.O. du film Je vais bien, ne t’en fais pas. Ils chantent une pop-rock triste avec le sourire des mecs qui maîtrisent. Ils vont bien, ne vous en faites pas. On échappe moins à Abd Al Malik pousser par la curiosité de voir ce que le Grand Corps Malade noir a dans le ventre. Lui aussi est partout, depuis qu’il incarne la réussite des banlieues et l’islam peace and love. Tout à l’heure mon pote l’a croisé sur le site et son visage s’est rempli de bonheur. C’est comme s’il avait parlé au Dalaï-Lama. Il m’a dit : "A chaque fois que je le croise, Abd Al Malik m’étonne par sa franchise et son naturel. Tellement que contrairement aux autres artistes d’un coup je ne sais plus quoi dire." Dès les premières minutes le show du slammeur me saoule par sa bien-pensance prêchant "la France arc-en-ciel", même si je dois reconnaître que musicalement il est épaulé d’une bonne base jazz et ce n’est pas une mince affaire que d’accrocher le grand public avec ça.