Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
Début avril, à un mois de l’échéance électorale, Philosophie Magazine défrayait la chronique. Dans le cadre d’une interview croisée avec le philosophe Michel Onfray, le candidat à l’élection présidentielle Nicolas Sarkozy déclarait dans ses pages qu’on naissait pédophile. La presse et les internautes s’étant empressés de relayer ce dérapage (contrôlé ?), Philomag a bénéficié là d’un coup de pub (inattendu ?) plus profitable que n’importe quel campagne d’affichage. Une aubaine coïncidant avec l’anniversaire de son année d’existence. Cela fait plus d'un an qu’un magazine généraliste portant un regard philosophique sur l’époque est enfin disponible en kiosque. Vous ne l’avez pas encore lu ? Son directeur de publication, l’ex-banquier d’affaires Fabrice Gerschel, 35 ans, vous dit tout de cet atypique projet de presse qui lui tenait tant à cœur qu’il y sacrifie aujourd’hui son temps, sa sueur et ses économies.
Après un an d’existence, les chiffres sont apparus, certifiés par l’OJD : avec 48 500 exemplaires diffusés, 7 000 abonnés et 40 000 lecteurs par mois grand maximum, l’équilibre est presque atteint. Pour mettre du beurre dans les épinards, Philomag s’est donc doté d’une régie pub qui commence à faire émerger quelques pages dédiées à des marques de vin et de café parmi des articles consacrés à Hegel ou Zizek. C’est juste un petit plus pour assurer la bonne santé du magazine car, précise Fabrice, "Philomag ne fera jamais 90% de ses recettes avec la pub, en mettant des photos et des pipoles partout". Il veut au contraire "aller à l'encontre de toutes ces règles qu’il faudrait soi-disant suivre pour faire un journal qui marche" et que le mag vive de ses ventes comme Charlie Hebdo et Le Canard Enchaîné. On parle donc peu de chiffres. Pour se simplifier la vie, il a d’ailleurs "décidé de ne pas les communiquer". Et puis "on n’est pas côté en Bourse, lance-t-il, amusé, et on n’a pas le projet de l’être alors du coup, je ne les ai même pas en tête !" Cela donne une petite idée de l’assise financière dont dispose le mag et une petite idée de la motivation de son directeur (plus préoccupé par les lettres que les chiffres) qui semble prêt à mettre les sous nécessaires pour que son entreprise décolle. Alors il mouline. Et il fait même l’effort de zapper sa pause déjeuner pour nous parler de cette aventure partie d’une page blanche qui l’anime depuis trois ans déjà.