Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
Ah ! les bonbons Krema, les odeurs d'encens, c'est ça aussi O'CD. C'est ça qui, en plus de la pléiade de disques, fait qu'on s'y sent comme chez soi. Comme on se sent chez soi chez un Starbucks. D'ailleurs, une machine à café est disponible, on peut s'y faire un kawa, histoire de rester aware, pour l'épique session d'écoute. Mais on ne découvre pas que des disques chez O'CD. Il arrive qu'on y découvre aussi des OB'CD, un peu comme soi…
Son regard sur moi était important, parce que c'était dit comme ça, de l'étranger, du dehors. On ne se connaissait pas. C'était dit comme ça, d'un étranger à un autre, de manière... pas objective justement, mais plutôt insidieusement subjective. Comme une sorte de feeling, de pressentiment, de plongée de lui en moi. Comme si le monde m'avait parlé à travers lui. Ça fait con, dit comme ça. Mais ça fait du bien de se sentir décoder, deviner dans les yeux d'un autre. Comme si le monde envoyait un signe. A certaines périodes, on a particulièrement besoin de ça. Ça sauve un peu. Ça m'est arrivé deux fois dans ma vie de recevoir un tel geste, où l'on me disait fait pour la critique musicale. Un jour, une amie m'a écrit une lettre et elle m'a dit tout de go : "J'ai découvert une vocation pour toi : critique musical. Je parie que tu ne comprends pas pourquoi. Explication : dans ta dernière lettre, ton paragraphe sur le CD de Bryan Adams était digne d'un critique. T'as bien exposé le CD + commentaires. En plus, ce que tu as dis était vrai. C'est son meilleur CD." J'avais 17 ans. (Lettre du 15 mars 1997. Est-ce un crime d'avoir écouté Bryan Adams quand on avait 17 ans ?) Ca ne s'efface pas comme ça ce genre de phrase. Quand on reçoit ce genre de phrase, à 17 ans. Ca reste gravé quelque part, comme un cadeau du ciel, surtout quand ça vient d'une personne qu'on aime, qu'on estime ou admire. C'est précieux. (A quand un rédac chef pour m'adresser pareille déclaration ?)
J'ai recroisé Franck quelques années plus tard, par hasard. Il m'a appris qu'il s'était découvert chanteur ; qu'il s'était découvert une vraie voix et qu'il prenait des cours, pour travailler ces trésors lyriques dont il n'avait jamais soupçonné l'existence. C'était chouette d'apprendre ça. Comme de savoir qu'on a peut-être tous en nous un puit de pétrole. Quelque chose comme ça. Mais qu'il faut creuser pour l'atteindre, que ça n'arrive pas comme ça. Moi, j'étais en stage à Rollingstone magazine. J'ai recroisé Franck quelques années plus tard encore, par hasard. Son nom (Franck Nasca : parolier) sur la pochette d'un album : Popscriptum (autoprod / Les Artistes Anonymes). Son "auteur", Thierry Cadet, un ami à lui que je connaissais vaguement, m'avait retrouvé en tombant sur ma signature dans la revue musicale Longueur d'Ondes. Il m'avait adressé son premier album dans l'espoir que j'en parle. Naviguant entre chanson française, élans pop mélancoliques à la Souchon-Daho, et rythmiques chaloupées cool funk à la Voulzy-Sinclair, le disque est bon. Il est un peu trop mou sur la fin à force de la jouer trop varièt', trop Martin Rappeneau (ah ! et ce titre fantôme signé Jean-Jacques Goldman...), mais j'y ai retrouvé la patte de Franck, la profondeur et la simplicité de son écriture à double entrées. Son doux-amer. Son pop-rock. Surtout dans cette phrase, balancée d'emblée par "La tête haute" : "Je sais que le plomb dans mon corps/Finira par donner de l'or". Alors voilà, j'en parle enfin. Ça mérite le coup d'oreille, vraiment, pour "La tête haute", "Ca c'est moi", "Un quotidien pour deux", "Liebe", "Tout écrit". "Un postscriptum, c’est finalement la chance que l’on s’accorde de dire ce que l’on aurait oublié de formuler", précise Thierry, sur son site.