Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
Il y en a que l’ajout de batterie ne semble pas déranger outre mesure. Et pas parce qu’ils ont leurs boules Quiès ostensiblement vissées où je pense. Non, c'est parce qu'ils sont totalement fans, cramoisis. Ce jeune homme, cette jeune femme, ils squattent le devant de scène depuis Mathusalem. En attente du miracle. Ils ont même mangé là, c’est dire. On voit encore leur assiette de carton posé sur là l’ampli. Une croûte de pizza qui sèche, désolée. Ce "couple", qu’on soupçonne d’écrire à la vie à la mort pour un obscur fanzine ou pire, un webzine, tripe plus que de mesure. Il brise littéralement sa coquille d’autiste en "headbanguant" comme des damnés au son des chansons douces d'Arman. Il le mitraille avec son appareil numérique, filme même le show avec leur petit boîtier, quand bien même cela nécessite de s'asseoir plus en avant sur la scène pour s'offrir la vue qui tue. Clou du spectacle, le type va jusqu’à filmer "sa nana" en gros plan alors qu'elle gigote mollement en extase du beau Méliès. Très étrange.
Jolie balade folk sur le thème de la filiation, "Sur Nos Fronts" fait taire la batterie. Ravage en douceur. Harmonica en renfort. Ou comment Méliès tisse là une chanson sur l’enfant qu’il vient d’avoir et évite l’écueil de la chanson niaise qui a perdu certains sur ce thème parce qu'il ne parle pas que de son enfant. "Dans nos bras nous porterons / nos fils / Sur leurs fronts, aucune trace des / légendes / Passées." C’est une génération entière qu’il croque. Il est question de la perte des traditions, du savoir et d’un certain savoir vivre qui se transmettent de moins en moins. Il est question de tout cela perdu, lessivé. Parti dans des écrans de fumée. Pas du bonheur transi du papa poule.
Le rappel nous sert "Le phare", puis un deuxième, on ne sait plus bien lequel. "Ivres" ? On écoute mollement. On n'est plus vraiment dedans depuis longtemps, depuis le début en fait. Ce n'est pas qu'on n'aime pas, mais c'était mieux avant. Mieux quand Arman était seul sur scène, qu'il n'y avait pas cette satanée batterie. Seul en scène, Arman se laissait prendre à ses propres pièges et partait crescendo presque en transe dans ses propres compos. Or là, ce soir, on n'a pas une once de cette magie-là. La batterie nique tout. Emotionnellement, on reste sur un rythme de croisière, moins pendu à ses lèvres, ses cordes, son silence. Moins envoûtés. C'est dommage. Mais bon, on zappe volontiers la suite des festivités. L’after au "Café Chérie". Tant pis pour les bières gratuites et les connexions journalistiques qu'on aurait pu s'y faire. Malgré ce concert mi-figue mi-raisin, Arman mérite qu'on rentre dare-dare chez soi pour vous en dire plus sur son immense talent.