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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 19:36
Noirceur âme sœur















Je suis content. Un attaché de presse m'a retrouvé pour me faire part de cette bonne nouvelle : SvenSson, un de mes chouchous au rayon chanson pop française méconnue avec Jérôme Attal et Alexandre Varlet, s'apprête à sortir son troisième album : Cyprine.


Justement j'y pensais à SvenSson. Je me demandais ce qu'il devenait. Noir, rock, romantique, son deuxième album, Perdition, m'avait retourné. Je suis allé sur Myspace. Le mec n'a pas chômé. Prenant acte du rejet qui frappe les poppeux de sa trempe, Marc (guitare), Renaud (batterie), Emilie (violoncelle) et lui sont allés voir ailleurs. Fin 2007 ils ont joué au pays des kangourous. Ils y retourneront en 2009, ainsi qu'au Japon, en Suisse, au Canada, en Belgique. C'est d'ailleurs en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Asie que sortira en avant première, le 23 février, la suite des aventures de ce toulousain biochimiste. Ça fait plaisir de le voir faire son trou là-bas. De ne pas attendre la reconnaissance hexagonale. Sûr que notre beau pays reviendra ramper auprès de lui comme un bon toutou une fois qu'elle les autres pays auront reconnu sa valeur. Chez nous Cyprine sortira en mars ou en avril. Ça lui apprendra, la France, à ne pas reconnaître ses talents qui comptent.


En attendant ma nouvelle dose de noirceur âme sœur, je me passe les quelques nouveaux titres en ligne sur sa page. Ils promettent (beau l'étourdissant et tubesque Gô-Nô-Gô). Toujours dans cette veine de vilain petit canard "french new-wave", de Cure au sang slave et à "la langue de cobra". On peut y découvrir "Initials PJ" son habile mash-up d'"Henry Lee" et d'"Initials B.B.". Son troisième, après le mash-up de "Subway Song" avec "Seven Nation Army" et de "Just Like Heaven" avec "Starlight" ("Starlight Like Heaven"). Ces exercices de style habités donnent un bel aperçu de son ADN. Un génome que le jeune homme a transcendé en 2007 sur Perdition. C'est là que je l'ai interviewé, par mail. Et son disque m'a tellement plu que je l'avais alors quelque peu poussé dans ses retranchements. Troublé qu'on puisse avoir « un peu trop bien compris où sa musique voulait en venir », le toulousain Steve Besset, aka SvenSson, s'était alors longuement livré, aidé en cela de quelques gorgées de whisky. Nous y voici.






"L'Imprudence et Fantaisie Militaire sont pour moi des monuments"


"Perdition est un album achevé, je dirais même qu'il m'a achevé"




Bonjour Steve. D'où te vient ce surnom de SvenSon ?
C'est assez banal. Quand j'avais 13-14 ans des copains d'enfance m'ont rebaptisé Stevenson, puis ont contracté ça en Svensson. Les deux "S" majuscules sont un artifice esthétique.


Quand on écoute Perdition, on se dit que de toute évidence, tu as été marqué par la chanson française sombre et rock qui court de Manset à Daho en passant par Bashung, Daniel Darc, Murat et Dominique A. Peux-tu me parler de tout ça ?
J'apprécie tous les artistes cités, avec un bémol pour Manset, que je n'ai jamais vraiment écouté : Il Voyage En Solitaire a bercé mon enfance, mais vraiment ma toute petite enfance, et je n'ai jamais cherché à en savoir plus sur son œuvre ensuite. En revanche, je place L'Imprudence de Bashung, et même Fantaisie Militaire, au sommet de la variété française : les textes filent le frisson, la voix et le son sont démoniaques, ce sont des monuments, et ce gars-là a eu le mérite de faire des albums toujours meilleurs au fil du temps, c'est rare. J'ai partagé un concert avec Daniel Darc, je l'ai vu sur scène, c'est d'une intensité terrible, vraiment poignant. Murat, je décroche depuis quelques années, mais j'ai adoré Mustango, Venus, et surtout Dolores, un album gigantesque. J'étais fan de Daho quand j'étais ado, et je dois avouer humblement que... je continue de l'être un peu ! Enfin, Dominique A fait aussi partie de mon panthéon : je l'ai vu deux fois sur scène, c'est renversant, et, si j'aime moins les albums de son début de carrière, j'écoute souvent tous les albums qu'il a produits depuis Remué, qui est celui qui me touche le plus. En tout cas, ajoute à tout ça Benjamin Biolay, et tu as fait le tour des artistes français pop modernes qui me touchent.


Connais-tu les auteurs-compositeurs-interprètes plus confidentiels que sont Jérôme Attal et Alexandre Varlet ? Ton âge, ta musique et ta culture rock sont, je trouve, proches des leurs...
Je connais peu Jérôme Attal, j'ai été un peu agacé par le côté frimeur et poseur de ce que j'ai entendu, mais il faudrait que je l'écoute (et que je le lise) plus attentivement. Quant à Varlet, j'étais tombé sous le charme d'une de ses chansons il y a quelques années, ça devait être à l'époque de l'album Dragueuse de Fond : je ne connaissais pas, et je me rappelle avoir appelé la radio (c'était le Mouv', je crois) pour leur demander qui c'était. Et puis j'ai oublié d'acheter l'album. Et puis on n'en a plus tellement parlé alors voilà. Mais j'aimerais bien me replonger dans son œuvre. Il en fait des tonnes, mais c'est très bon.


A propos d'auteur-compositeur-interprète de ta génération, à la sortie de ton premier album, Aux Jours Meilleurs, on t'a comparé à Florent Marchet. As-tu écouté son deuxième album, Rio Baril. Si oui, qu'en penses-tu ?
J'ai juste entendu un titre qui passe souvent sur les ondes d'une radio du service public. La chanson parlait d'un village avec un Crédit Agricole, avec des relents quasi Benabaresques qui m'ont un peu saoulés. Mais bon, je sais que Florent Marchet sait faire des chansons bien plus intéressantes, le reste de l'album doit valoir le coup.


Perdition sonne plus rock et plus jeune qu'Aux Jours Meilleurs. Que s'est-il passé ? Un coup de sang ? Une seconde jeunesse ?
Ce qui s'est passé, dans le détail, ne regarde que moi. Et en même temps regarde tout le monde, parce que j'en ai fait des chansons. Ceci dit, pour te répondre quand même, ce que j'ai vécu, je l'ai plutôt perçu comme une perte de l'innocence, doublée d'une perdition au sens propre du terme, une plongée dans les abysses, et finalement une rupture avec ma prime jeunesse. En même temps, cet album a été conçu avec une telle spontanéité, un tel autisme, une telle indépendance par rapport à l'environnement, aux conseils, aux modes, que j'ai dû retrouver une forme de jeunesse, ou plutôt d'enfance, en le produisant. Oui, je me suis senti redevenir un enfant, mais prématurément vieilli.


Aujourd'hui quel regard portes-tu sur Aux Jours Meilleurs ?
Je crois qu'il contenait beaucoup de bonnes chansons, mais que mon univers littéraire et musical n'avait pas tout à fait fini de prendre forme. Et puis, comme c'est souvent le cas sur le premier vrai album (avant j'avais produit un album démo enregistré sur 4 pistes dans la cave de la maison de mes parents), j'ai voulu céder à certaines sirènes qui me disaient "Cette chanson-là fait bouger le public quand tu la joues sur scène, et puis elle est dans la mouvance Cali/Machin/Truc, c'est à la mode, fais-en un tube", si bien que certaines chansons sur cet album le défigurent. Ces chansons-là, ce n'était pas vraiment moi. Enfin, la production était celle d'un faux riche, on s'était payé 15 jours de studio pour enregistrer à Toulouse, et 15 autres jours de studio pour mixer aux Forces Motrices de Genève, mais rien n'était maîtrisé, j'étais tellement énervé que je n'arrivais pas à chanter. Bref, ce n'était pas un album véritablement achevé. Au contraire, Perdition me ressemble à 100%, et c'est un album complètement achevé, pour le coup. Je dirais même qu'il m'a achevé.


D'où vient donc ce regain de force et de cohésion qu'on sent sur Perdition ? De la vie intense que tu as eu en faisant de la scène ou du travail de production en studio ?
C'est vrai que le travail de production a joué (la prise de son et le mixage ont été directement choisis pour garder toute l'intensité de la matière musicale amorcée sur scène, et même de la magnifier si possible) mais comme la production découle du vécu scénique et personnel, je dirai que Perdition a surtout été façonne par l'impact de la scène. Elle m'a permis de rassembler mon univers, de me rendre compte que certaines chansons d'Aux Jours Meilleurs m'étaient devenues insupportables, et que d'autres resteraient éternelles, comme "Etoile Rouge" ou "On Better Days". Et puis cette vie intense dont tu parles, cette envie de cracher sa haine et son amour en même temps au public, et de recevoir de la haine et de l'amour en retour, donne une vraie force pour écrire quand on rentre chez soi après une tournée. Rien ne peut plus être mièvre.


Ton premier album ne s'est pas vendu à des millions d'exemplaires, mais il a plu à un cercle non négligeable d'auditeurs et de journalistes. Je me suis donc dit que sur ton prochain album tu la jouerai peut-être moins "poète maudit". Il n'en est rien. Perdition est encore plus triste, grave et noir. Comment cela se fait-il ?
La matière de la musique, c'est la vie, pas les ventes d'albums ou les critiques. J'ai été très touché par l'accueil chaleureux réservé par certaines personnes à mon premier album, mais à l'arrivée, ça ne pèse pas lourd par rapport à la dureté de la vie dans son ensemble. Et je me console de moins en moins de la dureté du monde.


(Suite.)


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

lyle 10/01/2009 20:26

C'est pas trop mon truc mais excellente interview !

Sylvain Fesson 11/01/2009 16:12


Merci Lyle. Seras-tu donc assez emballé pour lire la suite de cet achange qui va crescendo ?!