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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 13:03
Rock christique
















J’ai écouté le nouveau Daniel Darc. Je ne vais pas vous en parler tout de suite. Ce n’est pas l’envie qui manque, c’est juste que parfois mieux vaut ne pas s’emporter. Surtout qu’on aura le temps d’y revenir. Il ne sort que le 14 janvier. Son nom : Amours suprêmes. En attendant, probable single, "J’irais au paradis" tourne depuis quelques jours sur son Myspace, mettant l’auditeur au supplice de se demander si le disque à venir sera ou non un digne successeur de Crèvecoeur.


"J’irais au paradis" ? Je pense direct au célèbre morceau de Polnareff. Mais rien n’est plus éloigné de Darc que ce dernier. Depuis Crèvecoeur, l’ex-Taxi Girl fait fi du second degré. Il la joue pied au plancher, gueule cassée. Et là, dès les premiers accords je mords à l’hameçon : mélodie rockab, guitare qui raye le parquet et rentre dans le lard. Du pur Darc. Le refrain assène : "Quand je mourrais j’irai au paradis, c’est en enfer que j’ai passé ma vie". La délivrance finale comme seul enchantement possible. Depuis son retour d’il y a quatre ans, salué en grande pompe dans tous les médias de France et de Navarre, Daniel radote sa sublime déchéance. Conte les jours qui sont comptés. Autobiographique, christique, rock. Comme Johnny Cash et Morrissey. Voilà il fonctionne comme ça Daniel. Et ça me rappelle une certaine soirée. Un 17 mars 2004. Une soirée lose avec Daniel Darc. Enfin lose… Tout avait bien commencé. J’avais deux invits pour un concert romantique, j’avais la fille que j’essayais de séduire depuis une trotte déjà (une nana genre Scarlett Johansson en brune, je vous dis pas) et puis c’était mon anniversaire, donc je me disais : "Voilà, ça y est, ce soir
Mathilde est à moi. Je saurais pour mes lèvres sur ses lèvres, mes mains sous son pull, sa douceur tactile..." Ce qui s’est passé ? Rien. Après le concert, on est allé se prendre un verre au bar d’en face et j’ai écouté Daniel raconter sa vie. Oui, je l’ai croisé et j’ai cru bon de l’inviter, de le lui présenter et voilà, le Daniel il a monopolisé l’assemblée, parlant de ses bagues, ses tatouages, son karaté, vidant les bières de son sac de dessous la table… Un personnage. Mathilde, j’ai eu beau la ramener en taxi, sur ce coup-là j’avais merdé. Ça m’apprendra à vouloir copiner avec les stars et à me la jouer en montrant que je connais du "beau monde", une certaine forme de "wild side of life". Elle s’en foutait royale. Je ne l’ai jamais revue. Daniel, si. C’était l’été qui a suivi, au festival Le rock dans tous ses états d’Evreux. Vous, une interview de lui, ça vous dit ?














"Play Blessures a presque changé ma vie"

"La vie, dès que tu sors du ventre de ta mère, c’est un compte à rebours."



Bonjour Daniel. La dernière fois qu’on s’est vu c’était après le concert de Louis. A la fin de son show tu es monté sur scène pour dire que tu aimais ce mec et sa musique. Vrai ?

J’aime beaucoup le mec. Il est super, mais sa musique a beau être bien ce n’est pas le genre de truc qui change ma vie.

Les chanteurs que tu aimes vraiment, c’est qui alors ?
Oula ! Je ne dirai rien. Vous avez entendu ce que j’ai dit sur scène : j’aime Bashung, Christophe et Miossec, les autres je n’en parle pas. Bon, il y en a d’autres que j’aime bien mais ils n’ont pas changé ma vie. Tu me diras, Bashung il n’a peut-être pas changé ma vie non plus. Quoique… si, peut-être, avec Play Blessures on peut presque dire ça.

Son dernier, L’Imprudence, tu aimes ?
J’ai du mal avec. Pas parce que je trouve ça nul, au contraire je trouve ça vachement bien, mais c’est un truc lourd, au bon sens du terme, il faut du temps pour rentrer là-dedans. Et je pense que dans un an je le réécouterai plus facilement que maintenant. Pour moi c’est un truc dur, un peu comme Rock Bottom de Wyatt ou Marble Index de Nico, qui est peut-être pour moi le disque le plus dur de tous les temps. Je trouve ça sublime.

A l’inverse, ton album, Crèvecœur est sec mais plus accessible, non ?
Il y a différentes façons de voir le truc. Parce que dans Marble Index, en gros il n’y a qu’un harmonium et une voix et c’est dur, donc ça dépend. A la base de Crèvecoeur il y a moi et Frédéric Lo travaillant d’abord sur un titre pour Dani. Mais ça s’est bien passé, alors j’ai dit : "On continue" et j’ai fait le disque avec Frédéric. C’est quelqu’un de très différent de moi. Au niveau des instruments par exemple, sans être non plus un grand musicien, il est bien meilleur que moi.

Mais avais-tu besoin d’un grand musicien ?
Non, justement. Tout a été enregistré chez lui. Et le piano d’"Inutile et Hors d’Usage", il est faux, tu peux l’entendre. Il voulait qu’on le refasse faire, j’ai dit non, on s’en fout que ce soit faux. Je me foutais de ces détails. Parce que les disques que j’aime, par exemple "Femme Fatale" dans le premier Velvet, si tu écoutes vraiment la partie de basse de Lou Reed avant que la voix arrive, il se plante. Maintenant, rien que pour ça, personne ne signerait. Pour moi, les plus grands disques de Billie Holiday, c’est ses derniers, quand elle ne peut même plus chanter tellement elle n’a plus de voix, pour moi c’est le meilleur. C’est comme Chet Baker, pour moi c’est la fin, quand il chante beaucoup plus mal, quand il joue beaucoup plus mal. L’exemple parfait, c’est le dernier disque de Lester Young où lui il joue comme une merde, techniquement. Mais putain, tu sens la vie et tu sens la mort. Et c’est ça qui compte pour moi. La vie, dès que tu sors du ventre de ta mère, c’est un compte à rebours.

(Suite.)


Photo par Patrick Auffret

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

lyle 12/12/2007 16:35

Les musiques ne m'ont pas accroché du tout, au point que je n'ai même pas réellement fait vraiment attention aux textes.
Globalement, ses albums solos m'ont tous plus ou moins déçu en fait...

lyle 12/12/2007 14:59

Crève-coeur m'avait pas mal déçu mais j'attendrais le nouveau avec impatience.
Intéressante interview...

Sylvain Fesson 12/12/2007 15:05

Crèvecoeur t'avait déçu ? Pourquoi ???Attention, l'interview n'est pas finie, j'espère que la seconde partie va tout autant (si ce n'est plus) te plaire.