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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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26 mars 2007 1 26 /03 /mars /2007 14:39
Songs of love & hate


Janvier 2003. J’ai
le disque, Drageuse de fond. Son folk lancinant traversé de violons, d’électro et de new wave me plonge dans la délectation d’une mélancolie soignée. Au bar de l’Hôtel du Louvre dont l’ambiance cosy sied bien au disque, j’attends l’auteur pour en discuter. Il arrive, élégant en tout point comme sur la pochette de son album et commande un jus de tomate.



D’où te vient cet accent quand tu chantes ?

Plutôt qu’accent, je parlerais d’accentuation, c’est différent. C’est le plaisir de dire le mot, de l’éplucher, l’articuler, le ralentir, l’accélérer. Le plaisir de chanter, un truc de jouisseur. J’aime bien écrire les textes, les travailler. A la base, c’est le hasard d’une phrase, mais après c’est réfléchi. Mon ambition c’est que les chansons soient chantantes, qu’il y ait des choses qui bougent, qui frappent. En France, on est extrêmement indulgent avec la camelote qu’on nous envoie d’outre-atlantique et d’outre-manche. Parce que la majorité des gens ne pigent que dalle.

Alors, culture musicale ou littéraire ?
A la base, je suis un consommateur de musique. Découvrir les artistes, les disques, écouter, vibrer. Au grand malheur de mes parents, je ne lisais pas. Mes premiers chocs musicaux : Michael Jackson,
Culture Club, Depeche Mode. Les années 80 dont je suis toujours victime. Après j’ai commencé à lire car j’aimais ça et je suis devenu un gros consommateur de livres. J’ai même fait des études de littérature. Pour moi les textes comptent autant que la musique. D’ailleurs avec ce disque, j’ai voulu me concentrer sur la musique. Sinon j’aurais fait écrivain.

L’idée t’a plus qu’effleurée ?
Oui, vers mes 20 ans. Je ne croyais plus en mes études et mes ambitions légères de professorat. J’ai vraiment hésité. Je me suis mis aux chansons et j’ai beaucoup travaillé de front sur un projet de roman, 40 à 50 pages, que je n’ai jamais finis. J’y parlais de ce que je parle aujourd’hui dans mes disques : des femmes qui me font peur, envie, de la peur de crever, la vie. Rien de très original…

Oui, mais ton style te permet de tirer ton épingle du jeu…
J’espère, mais je me pose beaucoup de questions quand je vois ce qui existe, ce qui marche. J’ai conscience que ce que je fais est différent de ce que j’entends à la radio et c’est une force. En même temps, j’aspire à ce que mes chansons soient populaires, chantées, ce n’est pas incompatible. Je ne fais pas ce métier pour rester underground.

Travailles-tu vite ou lentement ?
J’ai le luxe d’avoir du temps, un luxe qui est carnivore car tu finis par souffrir d’une impatience : la fin n’arrive jamais. Et puis trop de recul tue le recul. Il faut gérer spontanéité et perfectionnisme. Avec ce disque, j’ai le sentiment d’être sorti vainqueur de l’épreuve du temps, de ne pas avoir perdu l’essentiel. Il y a une émotion, une énergie, et c’est le principal.

Comment définis-tu ta musique. Folk ou chanson française ?
Folk car ma culture est plutôt anglo-saxonne, new wave même. Leonard Cohen, Joy Division, Dead Can Dance, Cocteau Twins : j’adore. Ce qui m’amuse, c’est les gens qui mettent des étiquettes, genre : "Varlet, c’est un has been, il fait du Maxime le Forestier." Je ne suis pas passéiste. Pour moi, la veine néo-réaliste et son fantasme de la chanson dans la rue, ça c’est passéiste. Je ne me revendique pas rocker ou quoique ce soit. Par contre, je tiens à ma singularité. Ça m’embête d’être considéré comme un wagon dans le train de Miossec ou de Dominique A.

La mélancolie travaille tout du long cette Dragueuse de Fond. Une mélancolie douce-amère…
Douce-amère, c’est exactement ça. Parce que je ne suis pas un mélancolique catégorique. Je vais finir par brandit un panneau sur scène : "Je ne suis pas triste !" Beaucoup de journalistes mineurs ne savent pas lire les textes, les comprendre. Chez moi, il y a beaucoup de cynisme, d’humour. Le grave est désamorcé par un mot qui surprend. Quand on parle mélancolie, on dit souvent : "C’est trop triste, pas intéressant, ça ne passera pas à la radio." Or aujourd’hui, on érige des statues à Brel, Piaf, Ferré et il n’y a pas plus dramatique et écorché qu’eux. Je ne comprends pas. Moi, la mélancolie me réchauffe, me nourrit. Même si j’aimerais bien ne pas être mélancolique, c’est sûr.

En fin d’album, dans
"Lubies", tu évoques le fait de retrouver "le goût de vivre", l’ironie du bonheur matériel, d’une vie sédentaire qui aurait aussi ses voyages… Mais on a l’impression que ces destinations sont plus fantasmatiques qu’autre chose…
Oui, c’est vrai, pour plein de raisons même si sur l’album ce n’est que du vécu. En fait, je ne sais pas où je veux vivre, je ne sais pas quelle vie je veux avoir. Je ne suis jamais bien où je suis (silence). Tout à l’heure, en venant à ce rendez-vous, je me disais : "Un truc coince. Un truc ne va pas du tout dans ce
monde-là, je me sens mal." J’étais dans un grand magasin et la manière dont on se regarde, ces femmes qui jouent la comédie, ce monde de consommation, de consolation…

Tu te sens en décalage ?
Non, c’est qu’au fond, j’ai beaucoup besoin d’être aimé. Une fois que j’ai remarqué que les filles m’ont remarqué et que je me suis fait des copains, c’est super.

Tu produits, arranges, écrits : tu préfères faire les choses seul ?
J’ai des musiciens fidèles qui me suivent depuis le premier album. J’écris seul, mais j’ai besoin du talent des autres pour habiller la chanson. Je ne suis pas contre les rencontres, mais les gens avec qui je veux collaborer sont intouchables ou ne sont pas mes copains en France. Ma rencontre avec Mathieu Chédid s’est faite naturellement. A l’époque de mon premier disque, il m’avait invité à faire ses premières parties. Mais ce genre de rencontres est extrêmement sporadique.

Si je te dis que ton album a un côté rare, précieux…
Rare, ça me plait bien. Précieux, je vois ce que tu veux dire, mais je préfère élégant. J’ai voulu faire quelque chose de beau, de la belle musique. Je suis persuadé qu’on peut exprimer beaucoup de violence, d’amour et de haine sans être excessif. J’aime cette demi-teinte très new wave, ce côté nocturne. C’est un disque assez nocturne au fond, où il y a du relief.

Et si je te dis que cette élégance fait très dandy…
Bien sûr, je pense que ça a été un de mes premiers chocs, le romantisme en littérature. La liaison est toute faite entre le romantisme, les dandies et la new wave. Le dandy, à mon avis, je ne sais pas s’il est heureux. Le dandy est narcissique, égocentrique, il ne s’aime pas. Je ne me considère pas comme dandy. A une époque, j’aurais voulu… j’essaie de m’attacher à des valeurs plus simples et saines pour
moi. J’en ai marre de jouer la comédie, ça ne me fait que reculer, ça ne me rend pas meilleur avec moi-même et les gens que j’aime. J’en ai marre de vouloir être beau aux yeux du monde.

Penses-tu avoir bien réussi à retranscrire ton univers dans cet album ?
Je crois que j’ai réussi à faire ce que j’avais envie de faire à ce moment précis. Après, fatalement, ça ne plaira pas à tout le monde et je vais me faire descendre ou être aimé. Moi ce que je veux, c’est être heureux et donner un vrai sens à ça. Si on me dit tout le temps que je chante comme untel, je n’ai plus envie de continuer, ça n’a pas de sens. J’ai envie d’être bien dans ma peau et de me sentir quelqu’un de singulier.

Qu’on dise : "Ça c’est comme du Alexandre Varlet" ?
Ça c’est plus normal (rires) !

On finit sur les femmes ? Qui est la blonde derrière toi sur la pochette ?
Une coco-girl, une espèce de fantasme…

Ton type ?
J’aime bien les "anges trompe-l’œil", les
très belles filles qui sont en fait de vraies salopes. C’est d’ailleurs très troublant cette fille qui tous les soirs traverse la France, l’Europe et se traîne à quatre pattes à oilpé… Je ne la connais malheureusement pas, elle m’a été proposée par le photographe. Ce côté garce, amazone chez la femme et dans la nature humaine, ça m’intrigue. La sexualité m’intéresse…

D’où cette belle phrase dans "Lubies ", encore, qui résume finalement beaucoup de choses : "Qui n’a jamais rêvé de crouler sous le poids d’infini salopes ?"
Tu n’aimerais pas t’écrouler comme ça ? Une salope, c’est quelque chose de très joli pour moi, beau. Et quand on aime, on a des côtés coquins, cochons, salauds. Pour un mec, c’est normal, ça donne du sens à la vie.


Deux interviews de l'artiste à la sortie de Dragueuse de fond sur M la Music et Musiqualité.

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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