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  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 01:56
Noirceur âme sœur



"
Même en caleçon, Robert
Smith resterait un mythe"


"
Love will tear us apart, c'est
sûr, l'Amour ne fait que ça"


Si on se penche maintenant du côté anglo-saxon il est clair que ton premier amour musical est The Cure. Perdition en porte encore les traces. Tu ne te résous pas à ne plus creuser cette "veine" ?
Disintegration me hante depuis bientôt vingt ans. J'aurais beau essayer de m'en détacher, ce son, cette atmosphère, me reviendraient toujours dans la gueule comme un boomerang. J'y incorpore des sonorités et une littérature que les Cure n'ont jamais explorées, mais je ne m'en remettrai jamais, je crois. Mais ce n'est pas grave, Gainsbourg ne s'est jamais remis de Chopin et de Vian.


Es-tu un tel fan des Cure que, comme Nicolas Sirkis, tu ne voudrais pour rien au monde voir Robert Smith en caleçon ?
Bof, Sirkis a dit et chanté tellement de conneries. Même en caleçon, Robert Smith resterait un mythe. Je lui demande d'ailleurs solennellement de se mettre en caleçon, pour prouver ça au monde, et pour faire chier Sirkis.


Sur la pochette de Perdition tu figures pleine face en noir et blanc comme une sorte de vampire ou de junkie en manque. Le modèle c'est encore une fois le Bashung goth et monacal de L'Imprudence ?
Disons que la pochette du Bashung est un chef d'œuvre. A côté je fais un peu Pokemon.


Le recto de la pochette d'Aux Jours Meilleurs montrait des baraquements pittoresques. Le verso de la pochette de Perdition montre encore des façades de bâtiment. Certaines de tes chansons portent même des noms de villes étrangères. Tu sembles donc accorder beaucoup d'importance aux lieux, comme si tu revenais sur les lieux du crime flairer des souvenirs de présence humaine...
Oui, il y a de ça. Il m'arrive de voyager et de marcher pendant des heures dans des villes que je ne connais pas, dans des quartiers bizarres, qui m'inspirent en tant que tel ou cristallisent des inspirations. Si en plus ils correspondent esthétiquement à l'ambiance musicale d'un album, j'aime que ces lieux illustrent la pochette et le livret.


Le clip du premier single de Perdition, "Fucking Shit", a été tourné en Roumanie. Pourquoi ce lieu ? Pour l'humeur et la Kundérienne beauté très "post-coïtum animal triste" qui s'en dégage ?
C'est un concours de circonstance qui m'a amené en Roumanie, doublé d'une idée lumineuse du génial François Nemeta qui a scénarisé et réalisé le clip, ce n'était donc pas complètement un choix de ma part. Mais je dois avouer que tourner ce clip dans ce pays, le plus abîmé des ex-satellites soviétiques d'Europe de l'Est, celui qui a le plus de mal, avec la Bulgarie, à se relever, à se libérer des mafias, avait une cohérence parfaite avec l'ensemble de l'aventure. Et que j'y ai ressenti les impressions que tu décris. Même s'il fallait racler une épaisse couche de laideur pour voir la beauté de la chose. Là-bas, plus que "post-coïtum animal triste", on peut dire "ante-coitum animal triste".


Pourquoi avoir choisi "Fucking shit" comme premier single ? Parce que tu t'es dit que son élan rock et son refrain ordurier allait lui faire de la publicité ?
Non, vraiment, non, pas du tout. Cette chanson est née au beau milieu des autres, dans le même état d'esprit que les autres. Elle s'est trouvé avoir peut-être un refrain plus accrocheur, voilà pourquoi elle a été choisie comme "single", mais elle n'a pas été arrangée de manière spéciale pour "sonner single", ou quoi que ce soit dans le genre. Et puis je ne crois pas que ce soit le titre le plus rock de l'album, loin de là. Ni qu'elle soit ordurière. C'est un "Fucking Shit" de dépit, que je rabâche, pas une invective. C'est une chanson très romantique, je t'assure.


Il y avait du second degré et des jeux de mots sur Aux Jours Meilleurs, une floraison de goûts et de couleurs. Tu y causais mandarine, asperge et framboise, "encre mauve des papilles", "mauve essor", "or des vignes", de même qu'"étoile rouge", "herbe verte" et "vents salins d'Iroise". Sur Perdition, il n'y a plus qu'or et merde, minéraux éternels et matière putréfiée. Tu as voulu faire un album avec un univers clos sur lui-même, comme le Cheyenne Autumn de Murat et le Without You I'm Nothing de Placebo ?
Mmmmh, pour Cheyenne Autumn, je ne suis pas trop d'accord, j'y vois justement encore le Murat "qui se cherche". L'univers clos sur lui-même, je l'entends plutôt dans Dolores. Pour le Without You I'm Nothing de Placebo, oui, j'agrée la comparaison. Mais bon, cet album ne parle pas que d'or et de merde, il est aussi dédié au vivant, à la chair, au sang, et à sa sublimation en air et en alcool.


Dans tes chansons reviennent souvent les mots "anges" et "diluvien". Des restes de Murat ?
Non, c'est que je n'ai pas trouvé de meilleur mot qu'ange pour peindre la pureté que m'évoquent certaines visions d'êtres humains aimés, et que diluvien pour dire l'éternité et le flot impossible à interrompre des sentiments qu'ils m'inspirent.


"J'ai fait l'amour avec un fantôme", chantes-tu sur le refrain de "O". Ça veut dire quoi faire l'amour avec un fantôme ?
Là, ça devient un peu trop intime, Monsieur... Sachez juste qu'un fantôme est censé être irréel et mort : mais certains sont "trop vivants pour être vrais", réels, donc. Mais comme ils disparaissent aussitôt, vous pouvez en arriver à douter de votre propre santé mentale.


"O, comme ta vie s'informatise" sont les premiers mots que tu chantes dans "Echolalie". Cette phrase m'a frappée d'emblée, mettant le doigt sur cette réalité qui nous touche tous : oui, nos vies s'informatisent, et en quoi est-ce un fléau, en quoi cela nous reformate-t-il ? Cela m'a fait repenser à ce qu'avait répondu Pedro Winter, le manageur des Daft Punk, aux deux questions que lui avait posé le magazine Technikart en mars 2006. A la première question, "Comment jugez-vous l'évolution dans votre domaine ces dix dernières années ?" il avait répondu "Le courriel électronique" et à la seconde, "Comment vous êtes vous intégré à cette évolution ?" il avait répondu "En cliquant sur "relever" toutes les deux minutes, tous les jours, depuis dix ans et pour les cinquante prochaines années de ma vie." J'ai trouvé ça d'une ironie superbe car c'est on ne peut plus vrai. Voilà notre réalité à beaucoup. Cette phrase m'a aussi rappelé le devenir des relations humaines tel que Houellebecq les dépeint dans La Possibilité d'une île, tous ces individus isolés à vie et coupé du monde derrière leur ordinateur. Est-on condamné à ces rapports épistolaires par emails ? Aux amours fantômes informatisés ?
Ce livre est fantastique. Il devrait nous ouvrir les yeux. Oui, nous sommes condamnés, mais pas forcément à ça. Pour reprendre tes termes, le Daniel de Houellebecq s'est débarrassé de la merde, mais il a aussi perdu l'or. Nous sommes peut-être, simplement, condamnés à la putréfaction générale, à perdre juste l'or. Si on pouvait parvenir à l'inverse. En tout cas, le sens d'"Echolalie" est qu'il faut laisser un peu souffler les cœurs, les vents, et même la folie et les maladies mentales, parce qu'à trop se sécuriser, on s'étiole, c'est inéluctable.


C'est quoi au juste cette Perdition qui donne son nom à l'album ? Quelque chose lié à la désillusion amoureuse, genre "Love will tear us apart" ?
La plupart de mes titres ont 3, 4, 5 sens. J'en réserve toujours un à l'auditeur : il peut toujours donner au Mot le sens qui correspond à sa propre sensibilité, à son propre vécu, j'en ai des preuves tous les jours. C'est le cas de Perdition. Pour moi, c'est un barbarisme pour dire La Perte, de l'innocence, des illusions, et surtout de la présence de l'être aimé. C'est aussi la Perdition au sens propre du terme, les femmes Perdues, les lieux de Perdition où on peut s'oublier, Se Perdre, se laisser glisser vers les bas-fonds, pour voir ce qu'il y a vraiment au fond, puisque plus rien ne vous intéresse à la surface. C'est enfin pour moi aussi l'image d'un navire en Perdition, paumé en haute mer, ballotté par des vagues trop hautes pour lui, mais qui s'énerve et arme ses canons. Toi, tu peux y ajouter la désillusion amoureuse, moi pas. "Love will tear us apart", c'est sûr. L'Amour ne sait de toute façon faire que ça, déchirer. Mais ce qu'on peut vivre avant la déchirure vaut d'être vécu, et l'espoir de recoudre justifie à lui seul de continuer de vivre.


(Suite et fin.)


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

juko 12/01/2009 15:20

ah oui j'avais lu mais oublié!marrant parce qu'en suédois un "svenson svenson" c l'équivalent de "dupont dupont", le nom le plus commun possible!sinon bien intéressant cette itw, bien que je sois pas fan des thèmes et de la voix, musicalement c sûr que la famille cure me laisse pas indifférent.Et puis assumer sa darkitude à ce point pas, ça rafraichit , bizarrement

Sylvain Fesson 12/01/2009 15:25


C'est surtout marrant parce que du coup "SvenSson" prend alors une tournure "The Smiths" puisque "The Smiths" avait été choisi par Morrissey pour ces mêmes raisons si je ne dis aps de bêtise, à
savoir que c'était un des noms les plus communs et donc anonymement célèbre d'Angleterre. The Cure, The Smiths, la cohérence eighties serait respectée. Au sujet de la Darkitude, c'est vrai que le
mec l'assume, à fond, avec maniérisme et tout. Moi ça me fait l'effet que tu dit oui, ça me rafraichit paradoxalement, parce qu'il y a une part d'insouciance là-dedans, de témérité par rapport au
quand-dira-t-on et de foi qui me bluffe, tout simplement. Je te donne rendez-vous très vite pour l'ultime et troisième partie de cet entretien alors. Biz


juko 12/01/2009 14:05

avec un nom pareil ce groupe doit avoir des racines suédoises cachées quelque part non?

Sylvain Fesson 12/01/2009 14:12


Non, du tout. As-tu lu la première partie de l'interview ? Le mec répond à cette question ;-)