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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 09:23
L'intimité perdue




"J'ai eu ma grande période Manset..."


"J'ai découvert Radiohead..."



Aujourd'hui vous n'êtes plus signé chez l'éditeur avec lequel vous avez sorti vos 4 premiers albums, mais chez Ici, d'ailleurs... Que s'est-il passé ?

Quand je lui ai proposé Aux Solitudes il a trouvé que j'allais trop loin et il m'a lâché. En fait, depuis 2004 il ne comprenait plus trop ce que je voulais faire. Déjà depuis quelques temps je voulais impérativement que toutes les musiques que j'enregistre soient jouables sur scène. Même au début je refusais le métronome. Tout était fait live, avec ses imperfections. C'était vraiment une musique telle qu'elle a été jouée dans un lieu donné à un temps donné. Par la suite j'ai accentué ce parti pris. J'essayais que ma musique colle de plus en plus au quotidien, dans l'énergie, et ça perturbait mon éditeur. Il n'était pas très réceptif à ce genre de questionnements.


Contrairement à Stéphane Grégoire d'Ici, d'ailleurs...
Oui, entre nous il y a eu une vraie rencontre. C'est un distributeur que j'avais démarché sur Internet qui lui a donné mes coordonnées et il m'a tout de suite appelé. On est resté deux heures au téléphone. On s'est vu deux jours après. Je suis extrêmement content de l'avoir rencontré. Parce qu'au-delà du fait qu'il m'est permis de sortir ce disque, c'est quelqu'un avec qui j'ai de vrais atomes crochus. Je travaille de nouveau avec des gens qui me comprennent.


Avec eux, j'imagine que vous n'avez pas eu à vous prendre la tête pour trouver la bonne manière de décrire votre musique...
Non, c'est vrai et heureusement ! Me demander quel style de musique je fais, c'est la question qui tue. Je peux vous dire ce qu'elle n'est pas, mais je ne peux pas vous dire ce qu'elle est par rapport aux critères de l'industrie. A la Fnac j'ai fait à peu près tous les rayons. Depuis pas mal d'années maintenant je suis classé en musique contemporaine, mais ça n'engage qu'eux.


Rock de Chambre, qui est le titre de votre quatrième album n'est-il pas une bonne façon de décrire votre musique ?
Si, d'ailleurs j'étais content de ma trouvaille.


Mais comme titre, c'est nettement poétique que, par exemple, La Divine nature des choses.
Ce titre vient de quelques mots que j'ai tiré Des Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar. Je me souviens avoir adoré ce livre. Elle y parle de tous ces maux qu'on ne peut pas ne éprouver dans une vie et qui témoignent de notre nature divine. D'ailleurs, en y repensant, je crois que c'est en réfléchissant sur cette divine nature des choses qu'est venu progressivement le sujet central d'Aux Solitudes. Enfin pour moi c'est son sujet principal mais on peut écouter ce disque sans y prêter attention. Parce que je ne suis pas un intellectuel. Ni même un créateur de formes. Ça fait des années que j'ai abandonné l'idée de marquer l'histoire de la musique. Non, quand on écoute ma musique ce que je veux absolument c'est qu'on ressente une émotion. C'est tout.


Oui mais votre musique s'articule tout de même sur un propos très existentialiste, qui nous plonge au coeur de la condition humaine...
Oui, parce que c'est ce que je ressens... Par exemple en ce moment on parle beaucoup du retour du religieux. De plus en plus de personnes se tournent vers la religion alors qu'il y a 10-15 ans elle était en pleine déliquescence. Moi, vu notre histoire, je perçois ça comme un malaise. Aujourd'hui il y a des enjeux extrêmement importants, globalement dû à la surpopulation, à la dégradation de l'écosystème, aux facilités de transport, aux pertes de repères culturels, à cette espèce d'ubiquité permanente que permettent les nouvelles technologies. Ce monde est facilement angoissant. Je comprends que certaines personnes aient alors besoin d'un schéma, qu'on leur dise que les choses marchent comme ça et pas autrement, comme ça ils peuvent poser leurs valises et continuer à bourriner. Mais cet aveuglement est catastrophique. Nous vivons un moment de transition capital. Il ne faut surtout pas passer à côté.


En quoi La Divine Nature Des Choses a-t-elle jeté les prémices du sujet central d'Aux Solitudes ?
Je ne sais pas... Je me rends compte que dans le répertoire classique j'ai toujours été très sensible à la musique religieuse, même si la religion ne m'a jamais convaincu. Aujourd'hui je suis convaincu du contraire.


Vous voulez dire que vous vous êtes vous aussi tourné vers la religion ?
Non, je ne peux pas dire que j'ai évacué cette question, mais maintenant que j'y ai bien réfléchi et que j'ai beaucoup lu sur le sujet j'y ai trouvé quelques éléments de réponse qui me conviennent. D'où le sujet d'Aux Solitudes. Je pense qu'il est urgent que l'athéisme revienne pour qu'on retrouve notre responsabilité sur terre. La religion infantilise et déresponsabilise les hommes parce qu'elle leur fait croire qu'il y a toujours quelqu'un au-dessus. A l'occasion d'un travail de commande, je me suis penché sur ce qu'on appelle "le travail de deuil ", qui comporte 5 phases, et je me suis rendu qu'à l'échelle de l'humanité nous en étions au stade du déni. Voire au stade de la colère pour certains. Enfin je dis ça, ma vision des choses est assez naïve. Elle n'engage que moi, mes petites connaissances et surtout mon ressenti.


Quel est le lien entre ce travail de commande et cette théorie sur "le travail de deuil" ?
En fait, en 2004 j'ai proposé à l'orchestre de Bretagne ce qui allait devenir un concerto pour clarinettes et je l'ai composé en m'inspirant de la définition du travail de deuil selon Freud. Parce que voilà on entend toujours parler du travail de deuil mais on ne sait pas ce que ça veut dire. Il y a 7-8 ans j'ai vraiment appris ce que ça voulait dire. Freud a défini 5 phases dans le travail de deuil : le déni, la colère, la régression, la dépression et l'acceptation. Quand on perd quelque chose, pour pouvoir dépasser ce sentiment de perte, il faut aller au bout des 5 phases du travail de deuil. Tout ça me parlait, et j'ai donc eu envie d'essayer de l'illustrer à ma façon.


Comme le thème de La Divine Nature Des Choses, ce thème du travail de deuil ne semble pas sans rapport avec le sujet central d'Aux Solitudes.
En effet, c'est un vaste sujet que je n'ai épuisé en travaillant sur ce concerto. J'avais envie d'y revenir. Aux solitudes reprend donc ce thème de manière sous-jacente. Le problème quand on fait de la musique avec un thème sous-jacent c'est qu'on ne sait jamais si les gens perçoivent la chose telle qu'on l'a voulue. Pour eux ça va peut-être représenter la sensualité alors que je n'ai jamais eu cette approche de la musique.


Vous n'avez jamais abordé la sensualité en musique ?
Non, et je m'en suis rendu compte récemment, très naïvement encore une fois.


Ni l'amour, ni les femmes ?
Non, ce sujet ne m'a jamais inspiré une musique.


Vraiment ?
Oui, je suis très mal à l'aise avec ça. C'est quelque chose que je ne sais absolument pas faire. Et avec Renaud justement on se rejoignait sur ça, sur une espèce de mélancolie. Renaud n'a jamais fait de chansons dansantes ni de chanson sur l'amour sensuel. Quand il parle d'amour, il parle de ce sentiment que le mec éprouve seul dans son coin.


Je me rappelle avoir parlé de ça avec Manset, comme moi il avait lui aussi écrit peu de chansons sur l'amour sensuel.
Ah Manset c'est vraiment quelqu'un de métaphysique. J'ai eu ma grande période Manset. La Mort d'Orion quand c'est sorti, c'était quelque chose. Toutes ces orchestrations. Et puis ses textes aussi, sa voix. Je ne l'ai jamais rencontré. A un moment je voulais mais on m'a tellement dit qu'il était dur à aborder... Enfin voilà, tout ça pour dire qu'encore une fois, la musique qui me plait le plus n'est pas la musique de distraction mais la musique religieuse. La musique qui me plonge dans des états où je me pose de vraies questions. J'ai toujours aimé ça. Je me souviens que lorsque j'étais jeune et que j'allais dans les messes, j'étais impressionné par le fait de chanter des cantiques en petite assemblée. Là-dedans, il y avait comme une plainte, une espèce de cri de détresse lié au fait qu'on est là et qu'on ne sait pas pourquoi.


A part cette musique qu'écoutez-vous en ce moment ?
J'écoute assez peu de disques. Je préfère aller à des concerts. Mais je suis toujours à l'affût de nouveaux venus, de personnalités, d'auteurs. Ça, ça m'intéresse. Par exemple, récemment j'ai un coup de cœur pour Red House Painters et Godspeed You Black Emperor. J'ai aussi flashé en découvrant Radiohead via un concert télévisé.


Radiohead qui comme vous utilise les ondes Martenot...
Oui, d'ailleurs à ce concert Christine Ott qui en jouait. Elle est aussi ondiste pour Yann Tiersen. Elle est super. Et en voyant ce concert de Radiohead je me suis aperçu que leur musique n'était pas du tout axée sur la sensualité mais sur une plainte qui du coup la rapproche un peu de la musique sacrée. En plus, j'ai trouvé qu'ils avaient une vraie dignité sur scène, une sorte de retenue. Contrairement à certains de mes amis je trouve ça ni froid, ni intello. Ces types sont de vrais auteurs et quand on rencontre de vrais auteurs c'est toujours un peu mystérieux.


(Suite.)


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

lustucru 12/10/2008 22:15

encore sympa comme interview je sais pas si tu le sais ou que tu le fait expresle monde de la musique est petit mais de ton blog on pourraitpresque faire un arbre généalogique entre les artistes les musiciensles réalisateurs en commun.

Sylvain Fesson 13/10/2008 00:02


C'est "marrant" ce que tu me dis là, le côté "arbre généalogique" parce que c'est une réflexion que je me suis fait aussi à propos de mon blog il n'y a pas longtemps, le fait que tout est un peu
lié et le prolongement de tout, mais c'est normal hein c'est le blog d'un seul type donc il y a une cohérence dans les goûts, l'univers. Ca me plait que tu le ressentes.