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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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22 octobre 2007 1 22 /10 /octobre /2007 23:17
L’âge d’or ?

Assez parlé de la "révolution éco" d’In Rainbows. Que vaut, musicalement parlant, le septième album de Radiohead ? Revenus de "Creep", Ok Computer et "Kid Amnesiac" les cinq gars d'Oxford nous refont-ils une "révolution musicale" ? Un disque en prise avec le monde ? Une simple collection de chansons ? Plongée titres par titres dans ce mystérieux arc-en-ciel.


"15 steps". On est d’emblée secoué par des rythmes scat-jungle qui évoquent le côté tek d’"Idioteque", mais relaxé trente secondes plus tard par l’arrivée d’une guitare jazz laid back. Le morceau évolue vite en chausse-trappe, délivre des sons râpeux (une basse vrombissante comme celle de "Where I end and you begin") et d’autres plus somnambules. On ne comprend pas ce qui est chanté, le texte (un cut-up ?) est tout aussi cryptique et haletant que la musique, mais après quelques écoutes on s’approprie ce beau bizarre et on danse.

"Bodysnatchers". Là c’est autre chose, une embardée de guitare rugueuse roule des mécaniques et Thom se fend d’une voix venimeuse : "C’est le 21e siècle".On se croirait dans un morceau punky à la "Iron Lung" / "Electioneering", mais très vite s’installe un magma sonore complexe et enveloppant fait de voix dédoublées et de tapis de synthés. Et poum, un break lyrique laisse retentir une guitare genre U2 et ça se termine dans une giclée de métal hurlant, Thom criant qu’il "les" voit venir !

Après ces deux morceaux remuants rappelant l’amorce virulente d’Hail to the thief, voici "Nude" connue des pirates du net depuis la sortie d’Ok Computer comme l’unreleased song "Big ideas (don’t get any)". On se dit qu’ils ont bien fait d’attendre. Le morceau a enfin trouvé son mood, sa couleur. Le rythme est laid back, le son languide, la tristesse feutrée. Ça respire, c’est lyrique, une merveille. Thom chante sur du velours et sa voix se dédouble, s’irise, tout est illuminé. C’est comme s’il trônait au fond de l’eau, crooner-fée parmi les sirènes.

Des poissons, il en est question sur "Weird fishes/Arpeggi". Des poissons qui mangent l’auteur et d’un arpège qui harponne tout le morceau. Sa chair s’enroule et galope sur un gimmick de batterie incisif et osseux (comme une nageoire ?). C’est simple, mais il s’en dégage quelque chose de rayonnant, circulaire. Un lyrisme contenu beau à chialer.

"All I need". Batterie et clavier font peser une ambiance lente et dark. Elle étend son royaume, discrètement ponctué de bruits de sonar. Mais petit à petit un xylophone s’immisce. Foisonnement de cymbales, crescendo de piano, le morceau s'enflamme et s'éclaire à la faveur d’une soudaine déclaration d’amour. Vocalement, Thom s'e dépoitraille comme s'il retrouvait ses 20 ans. Ca faisait un bail qu'on ne l'avait pas vu si romantique ? Frissons, frissons, frissons.

"Faust Arp". "1, 2, 3, 4" lance Thom qu’on imagine courbé sur son morceau de bois. Et sa folk song tristoune décolle dans un trip comédie musicale en se parant de violons. C'est un morceau qui n'a jamais été joué live. Un titre spécialement taillé pour structurer le disque. Un interlude étrange mais beau.

"Recknor" Grosse réverb’ chaleureuse qui nous place hors du temps, comme une robe d’époque. Une batterie fricote avec un tambourin. Des accords de guitare s’approchent, laid back et les mains baladeuses. Une grâce dingue. Du swing. La voix de Thom s’élève, aigue, soyeuse et… et on n’en croit pas nos oreilles. C’est si sensuel la manière dont ses tremolos caresse les violons, si sixities, qu’on a l’impression d’entendre une diva. Une femme, oui. Et que ce groupe n’est pas une formation rock, mais un groupe de soul. De soul, carrément !

"House of cards". Même réverb’. Même ambiance. Encore plus smooth, plus cool, gorgée de chœurs et de vocalises mielleuses. Thom : "Je ne veux pas être ton ami, je veux juste être ton chéri." Rhâââ lovely.

Retour à quelque chose de plus basique et rugueux. "Jigsaw falling into place" est un folk-rock qui avance droit dans ses bottes avec des chœurs 70’s à la America et gagne en venimosité sur la fin. Rien à redire. Très efficace.

Putain ça se finit sur morceau. Frisson de deux mètres direct. "Videotape", je l’ai découvert à leur passage à Rock en Seine en 2006. Il m’a cloué sur place. Avec juste un piano et une batterie chirurgicale ce morceau construit une dramaturgie colossale. C’est empli de mystère et de nostalgie, comme un mélange de "Pyramide Song" et de la b-sides "How I made my millions". Thom évoque son enterrement, nous dit qu’il a passé une journée merveilleuse, que ce "perfect day", il le mettrait dans son ultime témoignage et que mourir là maintenant, why not ? On croit que ça va décoller, mais non, 10 titres, 42 minutes et demi et ça nous laisse là, privé du grand lyrisme final, avec l’envie de remettre le disque.

On s’exécute. On le passe en boucle les jours qui suivent. Parce qu’il éveille nos sens à une musicalité nouvelle de la part de Radiohead. Parce que c’est leur disque le plus écoutable. Il ne reste pas sur l’estomac. Il ne plombe pas le moral. Il délivre. Oui, finie la parano, l’épilepsie. Fini l’héroïsme, la grande dépression, les traumas pré et post 11 septembre, les disques politiques, la stratégisme électro, la déconfiture Houellebecquienne.

Délesté d’avoir à critiquer un monde avec lequel il a pris ses distances parce qu’il bosse à son compte et propose désormais son monde, Radiohead publie un disque d’amour. Il ose le cœur, le swing, la soul et pond quelques classiques. Oui, j’ai bien dit soul. Il y a bien un feeling sixties dans certains de ces morceaux. Et ce n’était pas gagné. Qu’on se rappelle en réécoutant les textes d’"Anyone Can Play Guitar" et "The Bends", à cette époque l’esprit que représentait l’âge d’or des sixties semblait définitivement derrière, culpabilisant, hors d’atteinte. Hors là, comme par magie, particulièrement avec "Recknor" et "House of cards" un soupçon de cette lumière semble revenir.

Comme si Yorke, débarassé de son mythe, ressemblait de plus en plus à un Mc Cartney de la génération X. Un faiseur génial ayant réussi à garder ses Beatles et sa part "Lennonienne". Ça laisse mesurer le chemin accompli. (Plus prosaïquement, ça donne envie de mettre au moins 4 livres pour télécharger In Rainbows et de se ruer comme un fou sur les 8 morceaux du disque bonus.) Je n'ai pas non plus une subite envie de faire l'amour en écoutant Radiohead (danser, oui, frétiller, oui) et je sais juste que je suis plus que jamais intimement amoureux de musique et ça me motive à continuer à les suivre aussi loin qu’ils voudront aller.

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Cécile 03/10/2008 10:18

Excellente chronique en effet, morceau par morceau. Je suis en effet sous le charme de cet album mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il manque encore quelque chose. Un je ne sais quoi. Un jour je trouverai  peut être.

Sylvain Fesson 03/10/2008 10:42


Trop de maîtrise peut-être ? D'un certain confort ?


Nico 10/03/2008 13:29

Album vraiment génial… Du très beau yorke… toutefois malgré toutes les qualités que je peux lui trouver après tant d’écoute, je n’arrive toujours pas à y retrouver la perfection musicale d’Ok Computer… Peut-etre y ais-je attaché trop de souvenirs?

Sylvain Fesson 11/03/2008 14:43

Element d'explication : parce que la perfection d'OK Computer n'est justement pas QUE musicale, mais aussi générationnelle, politique, sociétale...

Onzemix 30/01/2008 15:58

Je découvre l’album depuis environ 2 semaines et je suis entièrement sous le charme. je crois bien que ce que je préfère chez ce groupe de génie c’est que la majorité de leurs morceaux ne laisse aucune part à la facilité et qu’il faut apprendre à les apprécier chacun d’une façon différente ; impossible de s’en lasser.

Billy HP 18/01/2008 17:05

"Pas un pavé dans la marre musicale In Rainbows ? J'ai envie de dire qu'ils ont passé l'âge ! Et ça y est, ils l'ont balancé le pavé, en 97, donc c'est plus à eux de le faire..."Oui Sylvain oui. C'ets tout à fait ce que j'avais en tête. J'ai du mal m'y prendre pour que tu réagisses. Mais c'était bien ça.

Jay 18/01/2008 01:48

Eh bien moi j\\\'aime bien cet album, il m\\\'est agréable, mais sans plus... Je trouve que la méthode Radiohead depuis Kid A, cette manière un peu nouveau riche de s\\\'enfermer dans une tour d\\\'ivoire avec pleins de machines qui coûtent cher, cette démocratie interne ultra-policée où les idées d\\\'arrangements s\\\'échangent à l\\\'heure du thé, commence à s\\\'essouffler à la longue. Pour rendre hommage à la magnifique interview de ce même site, je souhaiterais qu\\\'il y ait un peu plus de Daniel Darc chez Radiohead. Un côté plus sauvage, plus bordélique et, que diable, plus de prise de risque (\\\'peuvent pas un jour enregistrer une série de chansons en prise live dans un studio tout simple, avec un matériel un peu moins sophistiqué, comme d\\\'autres l\\\'ont fait : Neil Young, John Lennon...etc, du sans filet quoi ?)Ca doit venir un peu de leur fonctionnement de groupe, parce que l\\\'album de Thom Yorke m\\\'avait pas du tout fait cette impression. j\\\'ai vachement accroché, je trouve qu\\\'il regorge de poésie, de sons saugrenus et d\\\'atmosphères moites. Bref, je préférerai toujours, contre vents et marées de rock-critics, la période où ils jouaient comme un vrai groupe punk-rock, mais avec cette pointe de ferveur, de créativité et de virtuosité en plus qui faisait TOUTE la différence (les 3 premiers albums quoi).Enfin, ces réserves n\\\'enlèvent rien au fait qu\\\'un album de Radiohead surclasse toujours la plupart des sorties discographiques de son temps...

Sylvain Fesson 23/01/2008 22:54

Plus de Darc dans Radiohead ? Fichtre (je réfléchis, j'imagine la chose, tâte le propos), oui c'est une bonne idée, je vois ce que tu veux dire. Et d'ailleurs c'est ce qu'ils devraient faire après ce disque. Parce oui voilà ce disque masque un tournant parce qu'il est beau, rayonnant, lumineux, mélodique et tout, l'opposé du torturé et déjà technologiquement bourgeois Ok Computer. Mais voilà c'est un nouveau sommet. A partir duquel il va falloir déconstruire s'ils veulent continuer à avancer, étonner, s'étonner. Et effectivement déconstruire pour le coup ça va peut-être pas forcément dire changer de style musical mais changer leur façon de faire de la musique. Et donc basarder le matos. Jouer sans filet. Comme un groupe. Comme un seul homme. Parce que bah là effectivement Radiohead c'est pas un seul homme. Depuis Ok Computer c'est l'hydres à cinq tête. Faut couper les têtes. Revenir au corps. Et cinq corps ça fera un seul homme hé hé !