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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 12:40
L'interview vérité ?

 

 



"être plus light sur le second degré"


"ne pas trop me faire bouffer par la mafia des élites"

 

 

 

Bonjour Julien. Nous sommes le 30 avril, quelques jours avant la sortie de ton premier album. La première fois qu'on s'est rencontré et qu'on a discuté, c'était fin janvier à l'occasion de la conférence de presse de lancement de la 6e saison de la Nouvelle Star. Alors que tu étais en plein période d'enregistrement de ton premier album qui sort à la mi-juin, tu étais quand même venu nous en présenter 4 morceaux en solo.

Je suis super content d'avoir participé à cette émission et d'avoir travaillé avec tous ces gens que j'ai enfin pu revoir ce soir-là, mais en lui-même ce concert n'avait pas trop de sens. Je n'étais pas préparé, en plus il se trouve que la plupart des morceaux que j'ai joués ne figurent finalement pas dans l'album. Mais ce n'est pas grave, c'était cool quand même.


Là, ça te fait quoi d'avoir fini ton disque et de pouvoir enfin parler de ta musique ?
Ça me permet d'être plus light sur le second degré.


Tu as envie d'être plus light sur le second degré ?
Oui, j'ai envie d'être un poil plus simple, parce que mes chansons parlent d'elles-mêmes et me sont venues simplement. Je retrouve donc des valeurs qui étaient les miennes et que j'avais jusqu'alors peu mises en avant.


Quand tu étais à la Nouvelle Star, tu misais en effet pas mal sur le second degré, le décalage. Ça a donné une certaine image de toi. Aujourd'hui, tu t'en sens esclave ?
A l'époque, c'était nécessaire parce qu'il s'agissait de reprises. Pour me les approprier, je devais jouer la carte de du détournement. En plus, après l'émission, j'ai été invité un peu partout pour parler de choses et d'autres alors que je n'avais encore rien produit donc pour y prendre quand même de plaisir, il fallait que je la joue cool, que je fasse preuve d'esprit. Ça m'a amusé. De la téloche, d'ailleurs je vais bientôt en refaire et ça m'amuse toujours. Mais la grande différence maintenant qu'il y a mon disque, c'est qu'il va y avoir matière à discuter, qu'on le trouve super ou à chier.


Le souci, j'imagine, c'est que les gens se sont attachés au Julien Doré déconneur, plein de second degré. Ils vont donc peut-être déchanter en découvrant le Julien Doré de Ersatz. Parce que globalement sur ce disque, tu te révèles assez premier degré.
Que te dire ? Ça reflète tout simplement ce que j'écris quand je suis seul. J'ai beau écouter Dutronc et Gainsbourg, ce n'est pas pour ça que c'est ça qui va sortir quand je prends un papier, un stylo et ma guitare. Ça fait longtemps que je n'ai pas écrit. Là je m'y remets.


Sur ce disque tu signes ou co-signes seulement 5 titres. Tu as manqué de temps pour en écrire plus ?
Non, c'est juste que lorsque que tu rêves de travailler avec Arno depuis toujours et qu'il se met à t'écrire un texte, tu en profites. Pareil pour Cocoon et David Scrima qui m'ont chacun écrit deux titres. Par exemple si
Benjamin Biolay était arrivé avec 12 titres et que les 12 déchiraient, on aurait peut-être fait un album qu'avec ça.


Avec le risque d'aboutir à un album "Auberge Espagnole" ?
Moi je trouve qu'aujourd'hui dans les disques qui sortent, des Auberges Espagnoles, il n'y en a justement pas assez. Ça me fait chier, c'est les familles de musique à deux balles. C'est bien joli d'avoir un nouvel album de Dylan, mais qu'est-ce que ça apporte ? 12 titres qui racontent la même histoire avec le même son, si c'est une ligne de conduite esthétique, c'est chouette, mais il se trouve que souvent c'est plutôt une ligne esthétisante et ça, ça me fait chier. C'est pour ça que je considère aujourd'hui que la pop est morte. Ce que je fais, c'est donc une forme de variété, mais variété au premier sens du terme, c'est-à-dire celle qui me fait kiffer dans les albums de Dutronc où il passe du "Dragueur de supermarché" à des titres beaucoup plus profonds, une variété assumée et consciente de la société et de l'industrie du disque dans laquelle je vis. Je ne veux pas rester dans un petit cercle élitiste à deux balles pour uniquement faire plaisir aux pigistes de Technikart.


Ton bagage de rocker issu des Beaux Arts te destine plutôt à séduire les branchés mais ton étiquette d'icône télévisuelle issue de la Nouvelle Star te rattache au grand public. Du coup, tu te retrouves à tenter un cross-over délicat. Comment concilier les deux ?
Je fais de la musique pour qu'elle soit écoutée. J'ai vraiment envie de vendre plein de disques, de gagner de l'argent. Or qu'est-ce que je vois aujourd'hui ? Que
Sébastien Tellier et Gonzales vont chez Fogiel pour assumer le côté hyper populaire du chanteur de variété. Mais ils font ça en se parant d'une robe de chambre ou de lunettes noires. Ils montrent qu'ils veulent rester hype. En ce moment, Tellier ferait une apparition dans Sous le soleil, tout le monde trouverait ça génial.


Tellier ne fait tout de même pas l'unanimité...
Oui, il y a des gens qui sont saoulés par son attitude, parce que c'est un mec qui ne fait pas semblant. On lui propose une super couverture médiatique et bien il est content, il y va à fond. Il a raison, plutôt que de faire semblant d'être mal à l'aise. Gonzales fait semblant d'être mal à l'aise. Il dit : "Moi je suis un génie" et il arrive chez Fogiel en robe de chambre, en n'arrêtant pas de dire qu'il n'aime pas -M- alors qu'au fond il kiffe de vendre autant d'albums que Mathieu Chédid et d'être invité chez Fogiel. Il n'assume pas vraiment la variété. Or moi, la variété française fait partie de moi, c'est elle qui m'a éduqué, j'ai donc envie de la revendiquer pleinement. Ce n'est pas parce que j'ai lu 2-3 trucs de
Lautréamont que je vais en faire une posture et n'accepter que les interviews de Libé et des Inrocks. Je raisonne donc à l'envers en faisant primer le mainstream sur l'underground.


Mais ton côté "je me revendique autant de Duchamp que de Jean d'Ormesson", ça témoigne d'une posture barrée et finalement assez prétentieuse. Il faut avoir ta culture pour comprendre les signes que tu t'amuses à manipuler. Le grand public risque de trouver ça trop branleur-intello. Je veux dire, le cross-over spé-popu de Christophe Willem est passé comme une lettre à la poste parce qu'il avait une belle voix, qu'il était sincèrement mélomane mais surtout qu'il était globalement vierge de toute vision artistique.
Effectivement, j'aurais pu faire un album en m'entourant de Zazie et Obispo.


Mais ce n'était pas dans ta nature.
Au-delà du fait que ce soit ou non dans ma nature, c'est surtout ce que je n'avais pas envie de faire. C'est pour ça que j'avais peur de me laisser contaminer par la conscience de mon public potentiel lorsque j'ai commencé à travailler sur ce disque. Après si je vends plein de disques et que les gens adorent l'album je serai le mec le plus heureux du monde, mais ce n'est pas pour ça que je vais me forcer à écrire des chansons qui plaisent à NRJ. Je m'en fous ! Ce que je veux c'est toucher ma grand-mère et mes potes.


Ton album présente un éventail de chansons hyper variées. Il y a du folk, de l'anti-folk, du néo-yéyé à la Dutronc-Gainsbourg et du néo-western à la Bashung-Christophe. Tout le monde peut tellement y trouver son compte qu'on imagine facilement cet album saucissonné pour rentrer dans une playlist d'iPod ou de téléphone portable...
Pourquoi pas ? Moi je suis assez content de ce mélange parce que c'est ma famille. Et ça, on peut en dire ce qu'on veut mais on ne peut pas me l'enlever. Ce n'est pas le fruit d'un lego hype. C'est plus land art que ça.


En même temps Ersatz, le titre du disque, véhicule l'idée que tu es conscient de faire un produit, quelque chose d'un peu "fake"...
Ça veut dire que je suis conscient de ce que signifie faire de la musique aujourd'hui. C'est-à-dire qu'aujourd'hui il est ridicule de dire qu'on est un génie absolu, il n'y a pas de réelle liberté créative vu tout l'héritage culturel dont on dispose. Donc voilà, c'est bien joli de se caresser en évoquant les nouveaux albums de folk, mais tout ça a été déjà fait il y a des années.


Mais ce n'est pas parce qu'une forme d'art ou d'expression appartient au passé qu'il faut s'interdire d'y recourir, si on le sent comme ça...
Oui, mais en ce qui me concerne, vu mon expérience et mon âge, je dis juste que je suis conscient qu'il y a un héritage dans mes morceaux, tout un tas de clins d'œil, de référencements. Ce que je fais est donc plus une forme d'ersatz ou de succédané. Et c'est en étant conscient de ça qu'on peut justement s'en libérer un peu au lieu de singer du génie alors qu'on n'en a pas le moins du monde. Voilà pourquoi j'ai choisi ce titre. D'ailleurs il définissait déjà ma démarche artistique quand j'étais aux Beaux Arts. Je travaillais sur la position de l'artiste dans la société. Aujourd'hui j'essaye donc de ne pas trop me faire bouffer par la mafia des élites. Ce n'est pas facile parce que, par moments, tu as envie d'en faire partie. Par moments, je fais donc un peu semblant.


(Suite et fin.)


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

lustucru 12/07/2008 11:20

cher alex....il me semble qu'il y a 5 articles sur le doré, apparement bloody valentinel'inspire moin meme si ça te semble plus solide ahahahahahaha.(elle était facile celle là).

Orphée 12/07/2008 01:01

tout ça commence à me plaire.. pas ce qui pourrait avoir l'air de vouloir prouver quelque chose sur Julien Doré, la valeur, son travail, mais justement parce que le dire loin de le saisir le rend encore plus mprobable.Il mesure ce qu'il fait et le réalise mais une foiis réalisé ça le dépasse (il se dépasse). Donc vous vous êtes lancé dans une chronique de réalité fiction sur le travail de Julien Doré... oui pourquoi pas davantage, ça me plait.Au fait, vous savez que Alain Dister quasi autobiographe en temps réel de sa biographie de Hendrix (et d'autres à Haight Ashbury en 66, année de la fondation de Rock & Folk -- devançant d'un an Rolling Stone -- et auquel il envoyait ses compte rendus et ses photos) est mort pas si vieux (66 ans -- que de 6 signant sa vie) ce 2 juillet à Paris ?Sûr qu'enssse-temps on avait pas de doute sur ce qui se passait, la route du journalisme était plus sure,il suffisait d'oser faire son sac à dos pour partir et pour le raconter ne pas tomber en route... aujourd'hui la planète est morne.

Alex 11/07/2008 16:39

Ouais, Sylvain, bien d'accord avec toi, ca va 5 mn avec Julien, mais My Bloody valentine, c'est autrement plus solide. Alors ce concert, tu en as pensé quoi ??!!

lustucru 11/07/2008 16:05

pour mélies il a était musicien sur l'album comme le bassiste et le clavierSurtout c'est que gaillet a réalisé 2 albums de mélies (je vais finir par avoir un surnom wikipediatiste) dont le dernier.Tous les 2 Doré et melies sur la fin de bouche pute sont juste excellent.et j'en reviens au fameux DVD (je t'aurai je t'aurai) on les voit tous en train de modeler les morceaux à la guitare il y a aussi Ben de herman dune et plein d'autre.D'ailleur Doré et gaillet reste ensemble pour le projet de BO.Pour Gonzales à lire l'interview dans platine (bonne interview maquette de magasine freakish retro post moderne chaine melody...avec 2 superbbbbbbbbbbes poster de mylene farmer année 8000000 si si).Ah aussi une interview pas mal pour un gratos de christophe dans paris vendu paris 1 er couronne.C'est parceque je suis un fan des freaks dans le genre de christophe hein je ne suis pas monomaniaque enfin pas trop.Mais quand tout ceux que tu suis depuis 15 ans et + se rencontrent se telescopent dans les interviews ou sur les plateaux ça occupe un peu en lecture lol. (le plus sympa c'est de les voir dans les salles de concert des uns et des autres)

Jay 11/07/2008 14:26

Je crois percevoir une critique violente contre la clique d'Herman Düne, dans sa tendance à ressasser  son dégoût des nouveaux Dylan et des folkeux surfant sur la "songwriter de génie" attitude. On aimerait éclaircir ça !!! A moins que ce ne soit contre Cocoon;)... J'aime aussi beaucoup la remarque sur cet imposteur de Gonzales. C'est bien Julien ! Sais-tu qu'Arman Méliès fait partie de son groupe de scène ?

Sylvain Fesson 11/07/2008 14:38


Oui pour Méliès j'ai appris ça. Etrange !
Bon c'est sympa Doré mais faudrait aussi que je parle de My Bloody Valentine !!!