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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 19:55
Catch him
if you can



Julien Doré c'est tellement déjà une star, que ce n'est pas son disque qui vient à moi, mais nous qui doit aller à son disque. Le 24 avril, je suis donc parti pour Clichy, direction Sony Music. Ici ça ne rigole pas. Après avoir montré patte blanche en sortant comme il se doit ma carte d'identité au standard, on m'a conduit au 4e étage de la tour où j'ai pu, dans une pièce d'un mètre sur deux, enfin écouter Ersatz, le premier album de Julien Doré.


J'avoue, j'ai pas mal d'appréhension quant à ce disque. Comme beaucoup, j'ai vraiment aimé ses reprises détournées d'Alizée comme des Doors au sein de la Nouvelle Star, mais je me demande comment il va sonner une fois rendu à lui-même, sans l'artifice de la dérision, ni l'aura de pop-songs illustres. Loin du rock déjanté de la période Baltard, les 4 compos qu'il avait présentées en solo le 28 janvier lors de la conférence de presse de la 6e édition de la Nouvelle Star ne m'avait pas particulièrement laissé sur le cul. Je me demande aussi s'il va réussir ce grand écart entre mainstream et branché qu'a réussi Christophe Willem. Parce que Julien n'est pas Christophe. Ce n'est pas une oie blanche. Il vient des Beaux Arts et de l'indie rock. Il a de réelles prétentions artistiques. Les gens vont-ils kiffer ce jeune lionceau schizo qui se revendique autant de Duchamp que de Jean d'Ormesson ou se dire : "En fait il nous saoule" ?


On me tend le disque alors je fais le vide, enfin j'essaie, et me concentre sur le tracklisting. Première constatation. C'est riche : 14 titres. Je remercie l'attachée de presse, englouti le café et enfourne le CD. Ça débute par "Acacia" (signé Cocoon), un drôle de morceau pour débuter un disque. En effet, cette pièce folk assez reposante évolue tout du long en intensité sans véritable couplet/refrain. Mais c'est classe. La montée s'effectue sur une nappe d'orgue et les chœurs pastel de Morgane du groupe Cocoon se marient bien à la voix de bellâtre éraillée de Julien. Ça parle de "déposer des fleurs en papiers". On pense à Cabrel. La suite s'intitule "Les bords de mer" (signé Edith Fambuena) est encore très folk, mais plus étoffé. Des violons viennent appuyer une mélancolie sombre, racée. Je pense au Bashung de "La nuit, je mens". Et toujours ce chant de crooner beau gosse genre Marc Lavoine, qui chante, amer : "Les bords de mer sont des posters où rien ne bronche. Les bords de mer me désespèrent sans ta tronche." Je découvre un Doré assez cafard, premier degré.


J'essaie de m'y faire mais "Les limites", premier single (signé Scrima), me tire le tapis sous le pied. En 2'15'', dégingandé par un banjo de galopin anti-folk, Julien fanfaronne sur sa condition d'électron libre momentanément infiltré dans le showbiz : "Je sais quand j'arrêterai, crâne-t-il, je quitterai Paris et je paierai pour ça." Derrière, "Bouche Pute" (signé Doré) me remet la tête dans l'intime, l'obscur. Dans cette ballade slow core où le Christophe des "Mots bleus" aux chœurs, Julien dit à sa mystérieuse bien-aimée "Un jour j'irai pisser sur tes hanches / Tester ton étanchéité". Je ne comprend pas mais sent confusément que Doré vise Bashung une fois de plus, celui de L'Imprudence chantant "Un jour j'irai vers l'irréel / Tester le matériel / Voir à quoi s'adonne / La madone". A la fin, lyrique, Julien sort son cri du cœur et les cuivres s'élèvent dans un trip funérailles western.


Poum-tchak. Poum-tchack. Retour au fun avec "Les figures imposées" (signé Cocoon). C'est pop, très eighties. On pense à Daho. "Dans tes rêves" (signé Scrima) est de nouveau une boutade anti-folk. Julien s'adresse encore au showbiz, mais cette fois de manière plus ambiguë. D'un côté il avoue jubiler de pouvoir dorénavant faire ami ami avec les artistes qu'il adore, de l'autre il enrage de devoir se farcir les has been qui en veulent à sa côte de nouvelle star. Avec "Pudding morphine" (signé Doré) on retourne à la noirceur et la mélancolie. L'atmosphère est tombale, plombée. Le piano la joue lyrique façon Muse et Julien donne de la voix en mode baryton. Dans une seconde partie le morceau s'irise sous l'effet de nappes de claviers rétro sépulcrales à la Virgin Suicide. C'est complexe, capiteux. "Piano lys" (signé Doré), qui suit, est métamorphosé par rapport à la version piano solo qu'on connaissait. Là, le morceau prend une tournure alambiquée électro nocturne. C'est enivrant comme du Sébastien Tellier.


"Soirées parisiennes" (signé BABX) s'attaque un nouvelle fois "aux petits soldats du show-bizness". Ça commence à faire beaucoup. Julien risque de passer pour un donneur de leçon. Mais le morceau est cool, bien pop avec ses cuivres jubilatoires et branleurs. Je pense au Daho de "Comme un igloo" et au Dutronc des "Playboys". "J''aime pas" (signé Salo) revient au folk mais se fait chahuter par des ambiances de fêtes foraines ; "First lady" (signé BABX) une pop-song néo-yéyé qui swingue tout cuivres dehors ; "SS in Uruguay" une reprise tout en déconne mambo d'une chanson méconnue de Gainsbourg ; " Los Angeles" (signé Doré) une folk-song aux poches trouées et, bouquet final, "De mots" est un hymne rock bastringue en duo avec Arno. Ce dernier morceau est le seul composé par les Dig Up Elvis, plus précisément par leur guitariste Guillaume de Molina.


Vous l'aurez compris, ce n'est donc pas avec son groupe nîmois que Julien a fait ce disque, mais avec des gâchettes indie rock elles-mêmes infiltrées dans le showbiz. Le but : tenter d'y glisser de la qualité, voire de la subversion. Produit par Renaud Létang, le Monsieur Propre responsable du son de Souchon, Katerine, Feist, Jane Birkin, pour ne citer qu'eux, Ersatz avance donc sous les traits d'une pop-varièt' policée pour refourguer en douce des oeillades critiques et des sentiments plus dark que ce qui se fait d'habitude dans le créneau chanson française. De ce point vu c'est assez réussi, mais le disque a de faux airs d'attaché-case rempli de chansons-gadgets. On ne sait jamais sur quoi on va tomber comme dans la proverbiale boîte de chocolat du film Forrest Gump. Doré ne cesse de courir, de zapper d'un style à l'autre sans prendre le temps de creuser un style, une identité. Sur ce je ne sais trop quoi penser. Ni sur quoi conclure. Si ce n'est qu'il y a ici de belle choses et d'autres irritantes qui nourrissent son côté "tête à claques". Pour s'en faire une juste idée il faudra peut-être réécouter ça des mois après, au calme et à l'abri de la hype. 

 

(Suite.)


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

lustucru 11/12/2008 23:25

parlons scène vu qu'il est en pleine tournée.je l'ai vu à la cigale le 1 et à l'EM le 4 c'était surprenant violent drole musicale energique plein de poésiepolitique hyptnotique lumière superbe son tres précis mise en scène schizophrène les dorades (humour doré) étaient acides ou sucrés voir les deux. quoique la presse régionale à du avoir les oreilles qui sifflent.J'ai trouvé une vidéo de la fin (19 morceaux des nouveaux des cover de truc vachement sympa comme sharko ou russian roulette des the last church) Apparement j'ai vu sur le forum fan il change de setlist comme de slim.la réorchestration de tous les morceaux est top avec des versions plus tendues d'autres plus sobres. le type fait des covers de ses propres chansons. Sur les 2 concerts de vue pas une chanson chanté à l'identique c'est étonnant, il a d'ailleur une vois dans les aigu étonnante. En tout cas j'ai trouvé l'ambiance à la fin superbe standing ovation ytout ytout. C'est une premiere tournée que je trouve tres riche artistiquement ça va pas plaire lolllll.ps le marchandising est a mourir de rire apparement c'est lui qui a dessiné ces "choses" (faut en avoir pour les porter) à coté les tshirt de fan de hallyday sont hypes mais en même temps tu portes ça dans le metro tu mets la bonne humeur dans la rame.Bouche pute - I need someone - Brown ears http://www.viddler.com/explore/oozeus/videos/1/video du 4et vidéo de pudding morphina le 1 à la cigalehttp://www.dailymotion.com/video/x7lca1_pudding-morphina-julien-dor-la-ciga_musicla cover de russian roulettehttp://www.dailymotion.com/video/x7laj2_russian-roulette-julien-dor-la-ciga_musichttp://www.dailymotion.com/video/x7lahu_russian-roulette-suite-julien-dor-l_musicdésolé de cet intermede live  ;-) 

Francky 01 26/09/2008 13:52

Perso, j'ai acheté "Ersatz". C'est le premier disque d'un gagnant de ce type d'émission que j'ai ! Je le trouve pas mal, audacieux et novateur pour un gagnant "Nouvelle Star". Folk, rock, chanson, rythmes electro, situationnisme, poésie, humour décalé, latin rythme (sa reprise chaloupé de "SS in Urugay"), bref, sympa !!De très prestigieuses collaborations !! A suivre.Salut !!!!

Sylvain Fesson 26/09/2008 14:19


C'est vrai que le disque en soi est pas mal.
C'est le personnage qui m'irrite... malgré ses qualités...


Orphée 11/07/2008 02:17

C'est déjà mieux, là on suit. Avec le pensum infligé par l'attachée de presse on comprend soudain... Achetez l'album qu'on ne vous a pas donné -- si ce n'est déjà fait.1. Faut bien gagner sa vie hein donc autant s'acharner sur un corps media ça ouvre des portes. Je vois bien le blog de Morgan, il m'a prévenu comme d'autres sur MySpace.2. Guillaume de Molina n'est pas Dig Up Elvis c'est Guillaume de Molina. Il n'a pas donné une musique de Dig Up Elvis pour l'album Ersatz, mais une musique de Guillaume de Molina, insinueer le contraire est manipulateur. Les musiques de Guillaume de Molina ou de Julien Doré pour Dig Up Elvis sont les musiques attribuées à Dig Ub Elvis.3. Vous parlez trop couleurs musicales et genres pour entendre les rythmes, vous ne pouvez pas entendre ce qui change dans le genre exploité. Autant vous exprimer en tendances et la confusion critique sera complète, on dirait un juré de la nouvelle star. 4. Question à deux balles : qu'est-ce que le groove?5. Question à trois balles : qui a inventé le disco ?6. Question à 1 balle : qui parle de prison songs et de prison toys ?7. Vous êtes transi par Julien Doré à la façon des groupies déçus, vous lui rentrez dans le chou. Mais si vous êtes déçu à la façon des groupies c'est votre projet que vous lui flanquez sur le dos, pas votre regard sur le sien, donc forcément vous êtes déçu.8. A Orléans c'était beaucoup mieux que du rock'n roll. A Paris c'était métaphysique, et on a bien ri.9. Une proposition de réconciliation : allez voir les concerts solo vivants au moins vous constaterez que l'album est le squelette et la scène les muscles et qu'à chaque fois ça change de peau mais c'est bien le même bonhomme Ersatz et le squelette en boucle passe en vous comme l'alien sous votre peau. Le contraire de l'identité. Pas d'identité : les gens qui donnent dans le destin ne cherchent pas à représenter leur identité. De l'événement, problème de repère ? C'est vrai qu'il est chiant, alors qu'il se présente comme un pute prête à tout pour plaire, ou un gosse complice de vos jeux, en réalité il ne fait pas ce qu'on attend de lui. C'est ça le pire. Mais vous y êtes presque... Oui : Collector et dépêchez-vous, y en aura pas bcp d'autres dans les magasins si je le sens bien. L'objet visuel et tactile et ses anamorphoses, son squelette musical et ses métamorphoses vivantes sur scène, forment un triptyque indissociable, un code de signification ternaire, conceptuel et allégorique de la société et des références musicales utilisées, mutées en rythmique d'acoustique hyperbole.Avez-vous des places pour les concerts de l'automne ? je vous recommande d'en faire plusieurs... ;)

lustucru 10/07/2008 23:35

non je suis pas au taquet du tout.......parcontre j'ai lu rockmag c'est vous S.F? pour sylvain fesson. Sinon faut voir que letang c'est trois morceaux sympa pour antoine gaillet et les 11 titres...oui je sais vous n'avez pas eu en main les credits...et puis on s'en fout parceque gaillet c'est un naze.Je me disais qu'avec le blog de morgan vous aviez un lien c'est doncavec vous qu'il a ecouté l'album non?Bref moi je redis Julien doré est le reflet de celui qui l'interview c'est un coté shizo qu'apparament vous partager comme quoi vous aussi selon vos lecteurs ...hein....Au moin vous êtes sur la meme ligneles 2 seuls mag où il a fait la couv (sauf si vous êtes pigiste chez muteen lol)que parcequ'ils pensaient aux mots bankable.(mettre doré en couv de rockmag j'ai rigolé faut dire et y a de quoi pareil pour techni mais pour d'autre raison)Tous ça devient de plus en plus drole.J'ai fait le pari avec un ami de convaincre quelqu'un d'acheter le CD/DVD Collector(qui devient vraiment collector pour le coup) vous êtes ma cible gniark gniark gniark.