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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 20:32

Opération séduction


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"grâce à l'amour j’aime le monde"

"l'argent c'est vraiment fantastique"




La première que je t’ai rencontré c’était peu de temps après la sortie de Politics et dès 11h du mat tu t’enfilais du whisky. Là tu bois de l'eau...

Oui, alors tout ça j’ai arrêté (rires) ! L’alcool commençait vraiment à être trop pesant, je ne pouvais pas continuer comme ça. Je me sens beaucoup mieux sans alcool. Maintenant je ne bois que du champagne voire du vin blanc, mais jamais je ne retouche à une goutte de vodka ou de Jack Daniels. Contrairement aux autres alcools, l'alcool du Jack Daniels se diffuse très vite dans le sang donc dès la première gorgée le whisky me procurait cette sensation de partir, qui était d’ailleurs extrêmement agréable. C’est un truc que je ne ressens plus mais je m’en passe très bien.

A quoi ressemble ta vie en ce moment ? Je veux dire comment tu vis la promo, tout ça ?
Ce n'est pas ma vie normale mais ça se passe plutôt bien. Je suis content de parler de ma musique, de la représenter, de la vendre, c'est juste que parfois mon corps me lâche et je n’ai plus la force d’y aller. Mais à part la fatigue je vis ça très bien.

Tu dis que tu es content de parler de ta musique mais je n’ai pas l’impression que les gens te parlent souvent de ta musique…
De moins en moins, oui. On me parle plutôt de mon personnage.

Ça te dérange ?
Quelque soit la musique qu'on fasse c'est normal qu'on l'incarne. On ne va pas faire du death metal avec un costard de douanier. Quoique pourquoi pas (rires) ! Enfin tu vois ce que je veux dire. Donc évidemment moi j’essaie d’incarner ma musique et comme je fais une musique qui ne rentre pas trop dans les cases j’ai créé ce personnage pour compenser. Mais c’est vrai qu’au fur et à mesure il prend un peu le pas sur la musique, mais ça je ne le contrôle pas, d'ailleurs je ne vois pas ce que mon personnage a de si intéressant…

Foutaises !

Non (rires) ! J’aime bien parler et tout mais finalement moi et mon personnage ce n’est pas quelque chose que je vois comme étant très puissant ou très intéressant, c’est vraiment quelque chose qui est là au même titre qu'une pochette de disque !

N'étant pas guitariste, il ne te suffit pas de sortir ton instrument pour incarner quelque chose. Le personnage sert à combler ce manque ?
Oui, mais au final la représentation n’est qu’une représentation donc ce n’est pas le plus important, le plus important c’est l’équilibre entre le fond et la représentation. Mon personnage n’est vraiment qu’une parcelle de mon art, il a juste valeur d'affichette (rires) ! ça ne va pas plus loin. En plus quand je lis mes interviews dans les magazines je ne trouve pas que je sois particulièrement intéressant, je n'énonce ni de grandes vérités ni de grand discours social à la Coluche, j’ai l’impression que ce qui ressort de ce que je dis est plutôt stérile ou alors pas du tout stérile parce que les messages les plus importants sont justement ceux qui ne portent pas de nom. L’autre jour dans une interview croisée j’interrogeais Xavier Veilhan, mon pote qui fait de l’art contemporain, sur le message de son art. Parce que moi quand je vois son art j'y trouve un message, je comprends sa philosophie, je vois sa façon de vivre, pourtant il n’y a pas de mots. Moi c’est pareil, il y a quelque chose à comprendre, ça se situe peut-être dans le rapport entre ma musique et mon personnage, mais je ne saurais pas te dire ce que c’est. Et puis il ne faut pas oublier qu’il y a des Mick Jagger, des Jimi Hendrix, des Jim Morrison et moi comparé à eux je ne suis qu’un bout de papier qui vole au vent.

Le besoin de créer un personnage à chaque disque est-ce aussi lié au fait que tu considères tes disques comme des films ?

Pour moi ça n’a pas d’intérêt de refaire un disque si on a conservé la même mentalité et la même vision du monde que sur le disque précédent. On ne peut refaire un disque qu'à partir du moment où l'on est devenu quelqu’un de différent. Sexuality je ne pouvais le faire à l'époque de Politics parce que pour Politics j’étais paranoïaque, stressé, anxieux, ce qui est compatible avec la politique, moins avec le sexe. Parce qu'on ne peut pas faire un album sexuel avec les doigts tendus. J’étais donc obligé d’avoir la force psychologique de redevenir quelqu’un de plus calme et de plus en phase avec son corps. J’ai donc fait un travail sur moi-même (rires) qui a consisté à me poser, à me détendre et il se trouve que je suis tombé amoureux il y a deux ans et cet amour m'a délesté de mes petits problèmes. J'ai donc accéder à un rapport au monde un peu plus noble et positif. C’est-à-dire que maintenant, grâce à cet amour j’aime le monde, je n’agit plus contre les choses, alors qu’avant j’avais l’impression d’être un rebelle, mais un petit rebelle de Paris 17 pas un mec qui part dans la jungle (rires) !

Parce que tu te cherchais ?

Voilà. Alors que maintenant j’ai l’impression d’être un peu plus à la source. J’ai plus l’impression de ressembler à une rivière qu’à un rebelle ! C’est ça ma vie maintenant. Et "La ritournelle" a joué un rôle important pour mon bien être…

C'était le début de la rivière ?

Oui, "La ritournelle" est la source de mon bonheur actuel car elle m'a permis de gagner assez d'argent et de reconnaissance pour que je me sente bien au point de tomber vraiment amoureux. Quand on interview les chanteurs et qu’on leur parle d’argent souvent ils ne veulent pas en parler, mais en fait c’est fou comme l’argent fait du bien, c’est comme si d’un coup tout devenait gratuit…

Le monde est open bar !

Oui (rires) ! c'est comme cette scène du film Zombies : à un moment ils sont seuls dans le centre commercial et ils peuvent prendre tout ce qu’ils veulent et cette sensation-là est grisante. Je pense qu’il ne faut pas s’arrêter à ça mais on ne peut pas dire que l’argent soit une mauvaise chose, l'argent c’est vraiment fantastique ! Moi qui ai toujours vécu dans des taudis ça m’a fait du bien de pouvoir avoir un train de vie plus décent et de manger enfin autre chose que les pizza Rustica à 95 centimes d'euro que je m'achetais un repas sur deux ! Maintenant ça ne me viendrait plus à l’esprit de ne mettre que de l’huile d'olive sur une salade, maintenant je mets de l’huile de truffe, et c’est vraiment très agréable (rires) ! Après le problème c’est que l’argent ne permet pas d’écrire de bonnes chansons. La vraie vie n’est pas dans le monde de l’argent, parce que le monde de l’argent c’est le monde du repos…

Justement, à un moment donné ne vas-tu pas être tenté de sacrifier ton bien-être pour relancer la machine ?
Si parce que le plaisir total c’est justement de tout dépenser au plus vite pour se remettre en danger. C’est important. Il ne faut pas se dire : "Allez, pendant 20 ans je me tourne les pouces" parce que dans ce cas-là il ne se passera rien. Si on a assez d’argent pour vivre 20 ans soit il faut le donner à des gens qui n’en ont pas beaucoup soit il faut le dépenser, et c’est facile de dépenser de l’argent, dans des apparts, des bagnoles, des montres, n’importe quoi ! Pour réussir dans la pop je pense qu'il faut avoir une âme et aimer un peu l’argent sans vouloir non plus le protéger, parce que ça, ça n’a aucun sens. L'argent c'est juste de l'amusement, du vent.


(Suite et fin.)



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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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