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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 00:03
Noirceur âme sœur




"plutôt l'excès des poètes maudits que la tiédeur des chanteurs du quotidien"


"La tristesse durera peut-être toujours, mais pas le malheur"




Sur Perdition tu te fais très sérieux, premier degré et maniéré dans ton approche de l'échec des relations humaines. Ne t'es-tu jamais dit que tu allais parfois trop loin dans le côté "poète maudit" ?
Je m'en tape. J'ai mis beaucoup de recul dans ces chansons, simplement pour ne pas devenir complètement fou, mais aussi pas mal d'impudeur dans les sentiments pour faire l'album le plus sincère possible. J'aurais été "acteur" si j'avais chanté autre chose, ou si je l'avais chanté autrement. Je préfère de toute façon l'excès des "poètes maudits" à la tiédeur des nouveaux chansonniers du quotidien : les premiers m'exaltent, les seconds m'emmerdent.


A propos de poètes, sur Myspace un internaute t'a comparé à Lautréamont. Ça va quand même cherche loin là, non ?
Oui, parce que je ne suis pas un poète, je fais des chansons, et c'est un art mineur, comme dirait l'autre. Et puis (honte ou gloire à moi ?) je n'ai pas lu Lautréamont ! Si tu le connais, peux-tu lui demander de m'envoyer son disque ? Non, sans blague, il faut vraiment que je lise Maldoror.


Dans Poésie I, Isidor Ducasse aka Lautréamont écrit : "Il existe une convention peu tacite entre l'auteur et le lecteur, par laquelle le premier s'intitule malade, et accepte le second comme garde malade. C'est le poète qui console l'humanité ! Les rôles sont intervertis arbitrairement. Je ne veux pas être flétri de la qualification de poseur." Que cela t'inspire-t-il ?
Pour ce qui est de "poser", je viens de répondre. Pour le reste, je suis à moitié d'accord. Le poète console l'humanité car ce qu'il chante peut servir de baume à tous ceux qui ressentent des forces comparables, à tous ceux qui voudraient les exprimer pour s'en libérer mais ne savent pas les mettre en mots ou en musique. Mais l'humanité console le poète, de par le simple écho qu'elle lui renvoie. Ou alors il faudrait être Chateaubriand, peintre sans coeur de sentiments exaltés qu'il ne ressentait pas. Mais le plus souvent, le poète ressent ce qu'il écrit, et si le lecteur, l'auditeur, reçoit ce message, il va vers le salut. Ou pas.


Dans Poésie II, à fond dans sa croisade anti-poésie, Ducasse dit aussi : "La science que j'entreprends est une science distincte de la poésie. Je ne chante pas cette dernière. Je m'efforce de découvrir sa source. A travers le gouvernail qui dirige toute pensée poétique, les professeurs de billards distingueront le développement des thèses sentimentales. Le théorème est railleur de sa nature. Il n'est pas indécent. Le théorème ne demande pas à servir d'application. L'application qu'on en fait rabaisse le théorème, se rend indécente. Appelez la lutte contre la matière, contre les ravages de l'esprit, application." En tant que biochimiste, cette conception scientifique de l'art (ou artistique de la science) te parle-t-elle ?
Ouch ! Je dois m'avouer beaucoup plus organique que ça. Mais j'irai plus loin que Ducasse dans cette analyse : pour moi, en musique, le théorème n'existe pas (je m'engueule assez souvent avec mon guitariste à ce sujet). Je ressens une émotion, je laisse venir les mots et la musique, puis je les organise tant bien que mal pour qu'en rayonne le plus de beauté possible, même au cœur de la laideur, selon un procédé qui m'échappe, et qui ne fait en tout cas appel à aucune science. Ceci dit, j'utilise peut-être un théorème sans le savoir. Oui, en fait, c'est ce que Marc se tue à me dire. En tout cas, je ne m'efforce pas de découvrir quelque source que ce soit, ni de réfléchir aux théorèmes de l'art et à leurs applications, je veux rester beaucoup plus instinctif que ça. Ma convergence entre science et art, je la place ailleurs, d'abord dans les métaphores scientifiques que la vie ne cesse de m'envoyer dans la gueule et que je mets donc forcément dans mes chansons, ensuite dans un projet scientifico-mystico-artistique que je garde dans un coin du cerveau, et que je bâtirai... aux jours meilleurs ?


Ta bio rapporte qu'à 25 ans tu étais "plus écartelé que jamais entre tes obsessions musicales et bio moléculaires". Mais finalement n'y a-t-il pas pour toi de vrais atomes crochus entre rock, poésie et biochimie ?
Oh que oui ! Conceptuellement, visuellement, la biochimie est poétique. Et puis mes premières amours étaient de belles biochimistes ! De toute façon, nous sommes faits de biochimie et la musique, pour aller au-delà du rock, doit transcender ça, nous faire oublier que nous ne sommes faits que de ces ondes, ou nous aider à découvrir des ondes que la science ignore encore.


Dans mon esprit la biochimie se rapproche d'un univers ou d'une pratique alchimique. J'y vois du morbide et du métaphysique (regarder au microscope des cellules faner comme des fleurs) mais aussi du miracle et du sentiment de toute puissance (dans ce détachement dans l'observation du vivant). Est-ce cela qui te plait dans la biochimie ?
Ecoute, ça devient flippant de voir que tu connais tout ça de moi. Tu me diras, je n'avais qu'à pas mettre ces infos sur mon site. Pour te répondre quand même, non, ce n'était pas ça qui m'a poussé dans les bras de la biochimie, c'est un élan plus humaniste. Je voyais là un moyen de guérir tellement de choses. J'y crois encore, même si certaines illusions adolescentes ont, pour le coup, fané. Je dis donc "non" pour le côté morbide et le sentiment de toute-puissance, mais "oui" pour le côté métaphysique, parce que la connaissance de ces mystères-là vous en ouvre d'encore plus grands.


Avec Perdition, dit ta bio, tu aurais construit un "monument définitif" à cette tristesse qui "recouvre tout". Et tout à l'heure tu as dit que ce disque t'avait "achevé". En même temps, comme l'a dit Van Gogh, "La tristesse durera toujours." Aura-t-on donc à coup sûr un successeur à Perdition ?
Pour la première fois, je ne me projette pas dans un prochain disque. Sincèrement, je suis vidé, d'ailleurs je n'arrive plus à écrire pour moi, ce qui ne m'était jamais arrivé, et j'écris un peu pour les autres, ce qui ne m'était jamais arrivé non plus.


On peut savoir pour qui ?
Non, je peux juste révéler qu'il ne s'agit pas d'un travail d'auteur-compositeur complet, juste de la musique pour quelqu'un, juste des textes pour quelqu'un d'autre. Donc voilà, pour le moment, j'attends surtout d'en découdre sur scène, j'ai fourbi les armes, il faut qu'elles servent. Et surtout cet album te paraît noir, je n'ai rien fait pour empêcher qu'il le paraisse, mais il est gonflé d'espoir. Il parle presque autant de rédemption que de perdition. De délivrance autant que d'enfermement. De retrouver l'innocence perdue. De construire des palais. De faire revivre des fantômes. De trouver de l'or ensemble. De faire valser les pleurs. De faire pousser des fleurs sur les fumiers aux cadavres. Tout ça... La tristesse durera peut-être toujours, mais pas le malheur. Hugo disait, lui, que la mélancolie était le bonheur d'être triste : on peut d'ailleurs être triste et heureux, et cette mélancolie-là, je l'aime.



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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Ndaref 13/01/2009 13:09

oladis donc, ça c'est de l'itw!où est-ce que tu publies, now? 

Sylvain Fesson 13/01/2009 13:11


Toujours plus ou moins les mêmes qu'il y a quelques mois : Technikart, Park, Chronicart, Gonzaï, HitMuseMag, Rockmag... mais ça ne suffit pas, ça ne nourrit pas son homme, alors je reste totalement
ouvert à toutes propositions, d'où qu'elle vienne ;-)