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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 23:14
Manitoba ne répond plus









"Batman n'arrive pas à la

cheville d'Hergé !"


"depuis qu'on sait qu'il n'y a

rien sur Mars on n'a plus que nos yeux pour pleurer"



J'ai lu dans Rolling Stone que vous vous étiez récemment aperçu que vous aviez fini par rentrer vous-même dans votre univers...
Ça peut sembler à souligner, à mettre en gras, avec des ricanements du lecteur peut-être, mais oui, c'est vrai que maintenant je suis assez admiratif de mon oeuvre et de mon parcours. Je suis mon premier fan, non pas de la musique parce que je ne sais pas si j'aurais acheté mes albums et si j'aurais vraiment apprécié ce genre de trucs un peu complexes, mais je suis quand même aficionados du personnage, oui, de l'itinéraire, de son côté pur et dur, irréductible...


Gaulois ?
Non, teuton. Parce que c'est plus sévère. Et puis gaulois ça a été tourné en grotesque. Voilà quand on a remplacé Tintin par Astérix c'était déjà le début de la fin. On le sait, bon.


C'est-à-dire ?
C'est-à-dire que la BD emblématique d'aujourd'hui c'est Astérix. Les films qui on coûté on ne sait combien de centaines de millions de dollars c'est Astérix, qui, comparé au raffinement des images et des aplats de couleurs d'Hergé, est d'un populisme, d'une vulgarité et d'une pauvreté... Tenez, puisque vous faites un long article et que vous avez la place, j'aimerais que vous ayez le temps d'aller chercher sur Internet la reproduction de la couverture de la deuxième BD de Jo et Zette intitulé Le Manitoba ne répond plus. L'avez-vous vu ?


Oui.
Elle est stupéfiante ! J'en ai écrit un texte de deux pages que je pensais mettre sur le communiqué de presse du CD mais finalement je ne l'ai pas mis. On voit les deux gosses de dos, tous les deux en socquettes et il y a le robot fou qui se lève et puis le savant à terre, c'est d'une poésie narrative et d'un ésotérisme que tous les Batman d'aujourd'hui n'auront jamais ! Ni même les imbécillités d'Harry Potter ! Tout ça, en terme de poésie, ça n'arrive pas à la cheville d'Hergé !


Vous lisez des BD ?
Non, j'en vois juste quelques-unes. Il y a de très bons dessinateurs mais en général ils ne sont pas tout jeunes, ils sont tous à peu près de ma génération. C'était Sempé par exemple. Ce qu'il fait ce n'est pas de la BD mais quand même. Kiraz aussi, quelle élégance.


Dans un autre style, de cette génération, il y a Siné qui vient de lancer Sine Hebdo...
Siné je suis beaucoup moins fan. Moi j'ai toujours été contre Charlie Hebdo. J'ai horreur de tout ça, c'est l'univers de la communication, de l'opportunisme, ça ne m'intéresse pas du tout. Là on parlait de BD, on parlait d'une sorte de création d'oeuvre.


D'ailleurs, à propos de BD, votre oeuvre est traversée de références SF. Quel est votre rapport à cette littérature ?
Là encore, je remercie mon frère aîné. Il faudra lire Les Petites bottes vertes, j'y parle beaucoup de mon frère qui est quelqu'un d'assez magistral. C'est mon aîné de quatre ans et je l'ai toujours regardé avec une espèce de distance admirative. Il jouait au bridge, tous ses copains jouaient au bridge. Il sait tout sur tout mais ce n'est pas Monsieur Je-Sais-Tout. Il sait tout quand on le lui demande et il sort le truc en ricanant, en déconneur : il est brillant. Eminemment brillant. Et bonhomme en même temps. Gentil. Et de la même manière qu'il m'a abreuvé de musique classique parce qu'on était dans la même chambre et que j'étais donc bien obligé d'écouter les trois plombes de Tchaïkovski ad libitum et bien il m'a malgré lui initié à la science-fiction. Parce qu'il avait toute la science-fiction de l'époque, la collection Fleuve noir qui était un petit peu grand public et une autre qui s'appelait Rayon fantastique avec des textes sublimes d'Isaac Asimov jusqu'à Dune. Dune était un très beau texte mais à mon avis il a marqué la fin de cette double décennie de fiction qui avait cette ingénuité que tu m'attribuais tout à l'heure, c'est-à-dire cette sorte d'infantilisme...


Cet art de la parabole ?
Oui, c'est-à-dire que ces écrivains disaient des choses en y croyant alors que c'était des choses d'une imbécillité, enfin d'une simplicité qu'on n'oserait plus aujourd'hui. Leurs livres sont tout du long teintés d'une grâce, d'une intelligence, d'une poésie, justement parce qu'il y a cette innocence de la non connaissance. Je reviens aux Petites bottes vertes que tu n'as pas lues. A deux-trois endroits j'y dis que c'était des époques d'opacité contrairement à la transparence d'aujourd'hui. C'est cette transparence qui fait beaucoup de mal Le fait de savoir dans beaucoup de domaines tue tout. Cette science-fiction nous faisait rêver parce qu'elle ne savait rien sinon les monstres à tentacules, les robots et les planètes spongieuses bouffeuses d'hommes. Or maintenant on sait qu'il n'y a rien sur Mars et sur la Lune il n'y a rien. On n'a plus que nos yeux pour pleurer.


Vous aimiez aussi des dessinateurs de SF ?
Oui, il y avait Forest, immense illustrateur qui dessinait des filles merveilleuses ! J'ai d'ailleurs écrit un très beau titre qui raconte une sorte d'histoire d'amour entre un homme et une vénusienne. Ça s'appelle "Sur la lune on danse". Je l'avais faite avec des samples. Je la filerai peut-être à Alain. Oui, je lui filerai "Sur la Lune on danse", il m'en ferait un truc extraordinaire !


Il n'y a pas longtemps je l'ai vu en concert dans un festival et quelle allure, quelle présence !
Ah oui, moi je l'ai vu à l'Olympia de Paris et c'était phénoménal ! Phénoménal !


Il démarre avec "Comme un lego" et ça y est, on est à genoux.
Ah mais je vois que tu es un fidèle parmi les fidèles, ça y est, c'est bien. Mais alors un fidèle qui n'a pas lu Les Petites bottes vertes ! C'est peut-être juste parce que Gallimard ne te l'a pas envoyé. Ou peut-être aussi que, comme tu l'as si bien dis tout à l'heure en parlant de paraboles, tu n'as tout simplement pas envie d'entamer certaines choses. Mais rassure-toi je reste tout de même elliptique dans Les Petites bottes vertes.


(Suite et fin.)


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Lionnois Frank 15/04/2009 12:53

Aux antipodes de la soupe actuelle, le dernier artiste en circulation…

Disso 14/01/2009 21:09

Manset est classe, sa musique l'est aussi et l'interview aussi. Chapeau, et bravo sur toute la ligne.Après, il a un petit côté "c'était mieux avant", ou c'est moi qui me fais des idées là? (sur la BD par exemple)Bon enfin, je veux bien tout lui pardonner ou presque, c'est Manset.

Sylvain Fesson 15/01/2009 00:14


Merci Disso. Il a carrément un côté "c'était mieux avant" mais bon autant c'est relou-râlant à entendre autant euh a-t-il tort pffffff je ne sais pas, dure à dire, re-pfffff