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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 11:13
Obok




"Je vis dans une bulle fermée, vitale pour ma cervelle"


"J'ai plus d'yeux que d'oreilles"






La dernière fois qu'on s'est vu, vous me parliez de votre envie de livrer quelques clefs de votre univers. C'est cette envie que vous avez exprimée dans le recueil de textes 9 alternatives à Obok ?
Oui, parce que les années passant, je me suis aussi rendu compte qu'une sorte de Manset de moins en moins accessible se construisait, un Manset non pas de plus en plus distant, mais de plus en plus stratosphérique. Or non, Manset est comme tout le monde, il vit au jour le jour, c'est un déconneur de première. Pas toujours, bien sûr, car il aime écrire. Il écrit, et il a le droit de délirer sur ce qu'il a pondu en trois quarts d'heure sur le plan musical.


Vous avez envie de réagir par rapport à l'image qu'on a construite de vous ?
Exactement. Sur les quelques premiers albums, il n'y a pas d'image, mais tout de suite après, ça s'est installé et comme ça fait un paquet d'années que j'existe.


Mais cette image, ne l'avez-vous pas construite vous-même, par arrogance et par envie de marquer votre différence ?
Par envie de marquer ma différence, oui. Mais jamais pour paraître cette sorte de profil ténébreux et compliqué. Enfin, compliqué si. N'importe quel professeur d'université, de sciences exactes ou de mathématiques supérieures est compliqué. Mais compliqué, ça ne veut pas dire tortueux et ténébreux. On peut être compliqué et lumineux. Compliqué et clair. Or, très souvent, les propos qu'on ressortait de mes interviews devenaient des choses touffues, ardues. C'est pour ça que j'ai voulu m'exprimer par l'écrit, parce que je sais que j'ai quelques fois des circonvolutions problématiques, mais c'est à moi de les épurer et de les mettre en forme. Voilà, c'est chose faite avec ce petit bouquin qui accompagne le disque.


L'idée de ce recueil est-elle née en amont de la conception du disque ?
Non, elle est venue dès que j'ai envoyé l'album en fabrication. Parce qu'en recueillant les réactions des 2-3 premières personnes qui l'ont entendu, je me suis dit : "Ça y est, c'est reparti, il va encore y avoir des interprétations, ça va être n'importe quoi". Et donc voilà, en un week-end j'ai écrit ça.


En dehors des chansons vous écrivez d'autres choses ?
Oui, je ne publie pas, mais j'écris beaucoup. Ce matin, j'étais encore en train d'écrire. Ce week-end, j'ai écrit. J'écris énormément. Ce n'est pas que la musique ne m'intéresse pas, mais n'étant pas obsédé par le fait d'avoir des chansons à construire, étant occupé dans l'écrit littéraire ou d'autres aspects artistiques, elles viennent toutes seules et elles viennent tout le temps. C'est le problème de celui qui ne drague pas et toutes les filles lui tombent dessus. C'est exactement ça.


Quels sont ces autres textes que vous ne publiez pas ?
En fait, comme tous les écrivains, depuis longtemps je tiens un journal. J'y mets des histoires, des scènes, des croquis. J'y fait cette sorte de thérapie qui est la même pour tout le monde. Enfin moi, je suis quelqu'un de très structuré, mentalement.


Discipliné ?
Oui, relativement discipliné, un peu jésuite, donc j'ai besoin de cette sorte de carcan qui consiste à redéfinir les choses, à réécrire ce que j'ai vu et pensé.


De ce journal sort parfois des chansons ?
Ah ! ça je ne sais pas. Pas du tout. Non, c'est beaucoup plus fourni, beaucoup plus lourd et beaucoup plus complet que les chansons qui, elles, sont comme des pointillés, des petites plumes légères qui tombent à droite à gauche.


Mais des thèmes ou des idées de chansons doivent bien venir de certains écrits consignés dans ce journal ?
Ah ! jamais, non. Je dis jamais, c'est un peu vicelard parce que en réalité je sais très bien que c'est une sorte de gymnastique destinée à ça aussi. Ce n'est pas volontairement dirigé...


Mais c'est un substrat pour.
Exactement, c'est ça. C'est "un substrat pour", une sorte de gymnastique qui me permet d'être en forme.


En exergue de 9 alternatives à Obok figure une dédicace pour votre petit cercle d'initiés, que vous nommez les "fidèles d'entre les fidèles". C'était important pour vous de vous adresser directement à votre public ?
Oui, parce qu'il y a depuis longtemps des gens qui se manifestent, qui aimeraient que je sois quelqu'un de vivant, de charnellement vivant, de construit. Mais j'ai toujours cette sorte, non pas de fuite, ni de réserve, mais de nécessité absolue de me tenir un peu à l'écart de tout ça parce que parallèlement au fait d'être aussi un déconneur comme je le disais tout à l'heure, je suis aussi, et c'est vrai, un solitaire. J'ai besoin de me balader tout seul, de laisser la cervelle fonctionner toute seule.


Sans cela vos créations en pâtiraient ?
Je ne sais pas, mais c'est vital, comme l'obligation de se nourrir, de respirer. Voilà, moi j'ai besoin qu'un certain silence intérieur fonctionne en moi, mais ce n'est pas du tout un silence passif ou inactif, il est au contraire très constructif et très actif.


Très réceptif ?
Réceptif, je ne sais pas. Je crois d'ailleurs que je suis plutôt dans une bulle fermée.


Ce silence, cette solitude, ce n'est pas une forme de disponibilité à l'environnement ?
Non. Enfin je dis non, en fait c'est une connerie, parce qu'il y a toujours tout dans tout, forcément. Dans mon silence intérieur, il y a des yeux, mais il y a plus d'yeux que d'oreilles. C'est-à-dire qu'en fait je crois que je suis surtout très réceptif par les yeux. Je vois énormément de choses, mais je n'entends pas. D'ailleurs, très souvent des gens me parlent et je ne sais pas ce qu'ils ont dit. Souvent, je suis dans des soirées avec des amis, je n'écoute que d'une oreille, ce n'est une sorte de bourdonnement. Alors que je vois tout et c'est ça que je retranscris. C'est très étrange. Je ne m'étais jamais interrogé là-dessus.


Finalement, votre petite parcelle de public, n'est-ce pas pour vous la plus belle forme de "succès" ? N'auriez-vous pas pu imaginer mieux que ces quelques fidèles collés à vos basques ?
Un jour, oui, je trouve ça très chaleureux, très valorisant et puis le lendemain, je préfère oublier. C'est difficile d'avoir une opinion là-dessus, Je suis quelqu'un de différent de tous ces gens qui font ce métier et qui sont très heureux d'avoir des salles entières qui se lèvent. Moi je trouve ça très troublant, voilà. Ces fidèles à qui j'adresse la dédicace du petit livre, ce n'est pas mon public dans son sens large mais, oui, il me plait d'avoir ces fidèles. C'est-à-dire que je suis quelqu'un de l'individualité. Je suis quelqu'un du tête-à-tête. De cette réciprocité à deux. Alors quand j'envisage cette petite partie de public comme une sorte de tête-à-tête, oui, bien évidemment que je suis comblé. C'est le problème de la psychanalyse ou tout simplement de l'amour quelqu'il soit. Ça ne peut pas se faire à 40.


Avec 9 alternatives à Obok, vous vous montrez plus humain, plus "homme" mais, dans le même temps, dans la publicité d'Obok, vous tenez ce slogan : "Manset ; seule sa musique compte". D'un autre côté vous vous effacez donc totalement comme un Dieu derrière sa création ? N'y a-t-il pas là un paradoxe, un double discours ?
Il n'y a pas tout à fait de double discours, c'est-à-dire qu'il y a d'un côté le discours de la pub destiné à ceux qui ne me connaissent pas et pour eux, oui, seule ma musique compte, et d'un autre côté il y a ceux qui ont acheté mes précédents albums, et ceux-là, oui, ils attendent peut-être quelque chose de plus, parce qu'ils n'ont pas la même interprétation de mon univers, ils ne sont pas focalisés au même endroit et de la même manière.


Mais c'est troublant cette volonté de s'humaniser d'un côté et de se sublimer en création d'essence divine de l'autre
De toute manière, j'allais justement dire: "Arrêtons de parler de moi". Donc voilà, on est bien dans le même propos. Il faut arrêter de parler de moi. Je n'en ai rien à foutre de parler de moi. Aujourd'hui on est dans le culte de la personnalité dans tous les domaines.


La "peoplisation".
Oui, c'est du pipeau tout ça. C'est les produits finis qui comptent. C'est le roman, c'est le récit, c'est l'album. C'est les traces physiques qu'on laisse. Enfin, pas physiques, mais matérielles.


Obok c'est d'ailleurs un titre très stable et "physique" je trouve : ça sonne comme "rock" et avec ses lettres on peut écrire "book"...
On m'a cité des rapprochements sonores. On m'a dit Ubik, on m'a dit Amok. Mais on ne m'avait jamais dit ça.


Ce slogan, "seule sa musique compte", c'est vous qui l'avez choisi ?
N'entrons pas dans ces détails, c'est des histoires de staff, on est plusieurs à réfléchir à cela, il faut un message clair, voilà. On n'est pas dans la création artistique là.


Oui, mais cela a un impact sur la manière dont les gens vont percevoir et interpréter le "produit fini" ?
Ah, bah si je l'ai validé, c'est qu'il me correspond. A la limite, si on doit me réduire à une seule phrase, "Seule sa musique compte", ça me va.


Une dernière chose à ce propos de ce slogan : j'ai vu que dans Libé il était écrit ainsi : "Manset ? Seule sa musique compte" alors que dans Les Inrocks il était écrit ainsi : "Manset ; seule sa musique compte". Pourquoi ce changement syntaxique au profit du point virgule ?
En fait, j'ai choisi les deux. Au départ, j'étais d'accord avec le point d'interrogation et puis après j'ai dit : "On le vire, on met un point virgule" parce que d'un coup ce n'est plus le même sens. D'un coup, on ne laisse pas la place à l'interrogation.



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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Sylvain 19/05/2012 16:10


Beau travail, merci pour les 17 pages sur G.Manset!! J'ai connu le poète Manset à l'age de 14 ans est il m'a accroché les tripes directement avec Jadis et Naguère aujourd'hui j'ai 27 ans depuis
j'ai tous les albums breff, mais pour dire que dans le dernier album je ne trouve plus le Manset de La mort d'orion, Animal on est mal, dois je me dire que le Manset d'aujourd'hui ne vas t'il
plus me faire voyager comme avant ou grade t'il dans un tiroir un album plus nu, comme on les aime?


 Cordialement

SYLVAIN FESSON 31/05/2012 20:41



Bonjour et merci pour ce commentaire Sylvain.


Je comprends l'attachement qu'on peut avoir à Manset.


Surtout si on l'a découvert jeune et au début de sa carrière.


Ce n'est pas mon cas, je l'ai découvert il y a environ 10 ans.


Peut-être est-ce pour ça que ces derniers albums m'ont touché.


Sont-ils moins bons que ces premiers ? Je ne trouve pas non.


Mais bon tout cela est bien subjectif hein !


Amicalement


Sylvain


www.parlhot.com 



A.U 02/07/2010 11:06



J'adore cet interview, ainsi que celle de D.Darc, pour une fois que c'est précis et que les réponses sont longues c'est vraiment cool, bravo pour votre travail.


A.U



SYLVAIN FESSON 14/07/2010 15:31



Merci Aurore. Là le "site" est en arrêt de travail depuis une bonne pelleté de mois. Je suis en train de le refaire. Mais je continue plus que jamais les interviews comme ça avec des artistes
connus ou inconnus qui me sidèrent. A la rentrée je Parlhoterai donc de plus belle, et comme jamais sans doute.


Donc a+ j'espère


 


Sylvain



lustucru 24/09/2008 09:46

le 30 septembre oasis c'est annulé, la bière et les drogues n'ont pas réparés ses cotes cassées.

Sylvain Fesson 24/09/2008 10:23


Je viens d'apprendre ça : les boules !


lustucru 23/09/2008 17:28

mes coms sont.....je trouve qu'il ressemble à un des inspecteurs neuneu dans la série miami vice.à propos tu as un trackback sur ton blog ;-)