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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 22:40
Obok






"Ne pas faire un bel opéra qui endort"


"Asséner le coup de marteau de la Sonate au clair de lune"





Parlons donc d'Obok. On sent que ce 18e album s'inscrit dans la démarche poursuivie avec la publication du recueil de textes 9 alternatives à Obok, à savoir que ses chansons sont elles-mêmes plus directes, plus humaines que celles de votre précédent disque, Le langage oublié.
Oui, c'était le but de l'opération. J'y suis parvenu car, sur le plan technique, j'ai géré autrement. J'ai été plus loin dans l'analogique et donc je retrouve un son des années 80 que je n'avais pas sur Le langage oublié et que je cherche depuis un certain nombre d'albums. Là, j'ai pu travailler avec la console analogique du Palais des Congrès et voilà, j'ai le son que je veux depuis au moins 10 ou 15 ans. Et puis, j'ai avec moi de superbes musiciens live, le batteur et le pianiste présents tout au long du disque. J'ai donc voulu tous ces sons très épais, très larges, très gras et par dessus j'ai mis une voix qui, sur la plupart des titres, est analogique. Je l'ai elle aussi reprise dans les conditions des années 80. On obtient donc des chansons plus grasses, plus Neil Young, quoi.


Plus "cul terreuse", si j'ose dire.
On est d'accord, on a quelque chose de plus campeur ou country et pas des chansons transparentes et creuses comme la plupart des sons d'aujourd'hui et comme ce son que j'avais regretté avoir sur Le langage oublié. Enfin regretté, j'étais à 50% du son que je voulais avec Le langage oublié. On va dire qu'avec l'album d'avant, Jadis et naguère, j'étais à 30% du son. Mais c'était immaîtrisable, hein, il n'y a pas un ingénieur qui aurait pu le maîtriser autrement. J'étais à 30% et j'ai réussi à le monter à 50 voire 60 % pour Le langage oublié. Et là, je suis à 95% comme pour Matrice. Celui-la, j'en suis satisfait. Les précédents, je l'étais moins. Je ne voudrais pas dire le contraire de ce qu'on disait tout à l'heure, mais d'un seul coup là le mec apparaît, il est dans l'album, voilà. Alors que ce soit moi ou pas moi, je n'en sais rien, mais au moins la voix existe. J'en avais marre d'avoir des voix qui étaient à 10% de mes possibilités. J'en avais marre !


Pourquoi étiez-vous seulement à 10% de vos possibilités ?
Là, c'est totalement une question d'ordre technique. Aujourd'hui, quand vous prenez une photo en numérique, elle a beau avoir des millions de pixels, elle est à 3% de ce qu'on a en analogique, avec un argentique. Il faut le pratiquer pour le savoir, mais c'est comme ça. Et pour le son, c'est la même chose. En numérique, il y a une sorte d'épaisseur, de chaleur, de profondeur qui n'est pas là. C'est comme s'il n'y avait pas de couches. Comment dire ? Tout à l'heure, je parlais des différentes interprétations que les gens ont de mon univers, interprétations qui sont comme des couches qui s'additionnent les unes aux autres. Et bien contrairement au numérique, l'analogique tient compte de ces couches qui font la vie d'un homme. Celui qui avait fait Animal on est mal en 68, n'avait pas toutes ces couches. Il est évident que s'il n'y avait que deux albums, celui de 68 et celui d'aujourd'hui, on mesurerait à plein de petits détails qu'il y a bien eu une vie entre les deux. Entre l'analogique et le numérique, il y a cette différence, cette sorte de vie épaisse, chargée, qui tient d'ailleurs à des tas d'erreurs sur le plan acoustique, électronique. Le numérique est parfait, vrai et inintéressant alors que l'analogique est faux et tout à fait grandiose sur le plan de la création artistique. Sur le plan pratique, l'analogique a par exemple plus d'harmoniques, des harmoniques qui, sans entrer dans les détails, n'ont pas la même forme que ceux du numérique. Et, qu'on le veuille ou non, on est sensible à ça.


On a l'impression que le coté "cul terreux" d'Obok est une réaction au coté "cathédrale" du Langage oublié.
C'est vrai.


On est plus "Ici, maintenant" ?
Oui, c'est ça. Et étant donné que c'est moi qui fait tout, là on a de vrais moyens de comparaisons, qu'aucun artiste n'a ou ne peut avoir. Que ce soit Johnny, que ce soit Bashung, que ce soit qui l'on veut, il y a toujours des producteurs différents, des paroliers différents, des musiciens différents. Or chez moi, l'analyse est absolument parfaite car ce sont les mêmes composants. Donc c'est bien un traitement différent qui fait qu'on entend des choses différentes. J'aurais fait Le langage oublié aujourd'hui, il est évident que je n'aurais pas pris les mêmes chansons. J'aurais fait "Un jet de pierre" sur Obok, il aurait été monstrueux.


Quand nous nous étions rencontrés pour Le langage oublié, vous m'aviez dit être très content d' "Un jet de pierre".
Ah oui, d'ailleurs il est très possible que je le refasse. Je ne sais pas pourquoi je n'y ai pas pensé avant mais voilà quelque chose qui pourrait m'amuser. Parce que maintenant, encore une fois, c'est strictement une histoire de matériel. Au Palais des Congrès, la console a été entièrement refaite et j'ai pu travailler avec alors que je n'avais pas pu pour Le langage oublié, pour lequel j'avais eu une console beaucoup plus médiocre. Il n'y en a plus à Paris de très belles consoles de l'époque Pink Floyd et compagnie. Donc oui, il n'est pas impossible que j'aille passer une journée sur "Un jet de pierre" que j'aime beaucoup effectivement. Ah, il faudrait que je refasse quand même la batterie. Enfin, ce n'est pas évident, elle sonnait bien tout de même. Donc il faudrait que je la repasse par la console, que je fasse une voix analogique, que je refasse une ou deux guitares et je me refais "Un jet de pierre", je le mets dans Obok et voilà il fait partie de la même histoire. Ah, partant de là, il y a quelques morceaux du Langage oublié qui pourraient faire partie de la même histoire. Il n'y en aurait pas beaucoup, mais il y aurait "Un jet de pierre", il y aurait "A quoi sert ?", qui serait très facile à remettre dedans. "Le langage oublié", non. Parce que c'est un thème trop long, trop barré, trop abstrait et trop épilogué. Ça fait partie de ces sortes de sagas que je fais parfois. Là, j'en ai voulu une. J'en avais deux, mais il n'en reste qu'une, c'est "Fauvette". Mais je l'ai voulu saga folk. Donc forcément, ça ne me fait pas partir dans des délires.


Oui, elle est un peu à part de l'album, comme l'était, je trouve, "Mensonge aux foules", le morceau reggae du Langage oublié. D'ailleurs son texte est aussi plus explicite et frontal que les autres textes du disque comme l'était celui de "Mensonge aux foules". Mais là le texte de "Fauvette" est un texte beaucoup plus long, dont la diction déborde carrément de la mélodie du morceau. A-t-il été dur à chanter ?
Pas du tout. Au contraire, comme il est musicalement top - volontairement cassé, mais très rimé - il y a une seule façon de le phraser et c'est de le phraser avec une sorte de sensation franchouillard qui s'avère très jouissive pour moi. Je suis très content de ce texte parce que c'est quelque chose que quasiment personne ne sait faire ici. Là, pour une fois que je suis fier de quelque chose, je peux le dire.


Ah... ça vous arrive d'être fier de vous !?
Je vous fais rire, mais c'est la vérité. Ce texte, c'est une sorte, peut-être pas de tour de force, mais de machine très compliquée à régler. Elle m'est tout de même venue instinctivement. J'ai coupé ensuite. J'en avais au moins quinze couplets !


Oui, on sent bien que ce texte a pu être très long, comme une grand fresque ample et minutieuse à la fois. Très descriptive.
Exactement. Et il y a les rimes qu'il faut là où il faut, il n'y en a pas trop, il y a le langage semi parlé, pas vulgaire mais très commun...


Réaliste.
Voilà. On est dans Zola, là. Exactement.


"Fauvette", c'est le seul morceau de bravoure d'Obok ?
Il y a aussi "Pacte avec mon sang". Mais "Fauvette" est un titre, comment dire ? Cabrel aurait peut-être rêvé d'en avoir un comme ça, voilà. Quelqu'un comme Capdevielle a une certaine époque, il aurait pu me faire "Fauvette". Je ne sais pas s'il aurait eu un texte aussi long, il aurait manqué certaines choses, mais il en était très proche, lui. Il avait ce phrasé, beaucoup plus voyou, on va dire, que Cabrel. Moins sage que Cabrel. Et donc avec ce coté un petit peu à l'emporte-pièce, taillé à la serpe qu'il a, Capedevielle m'aurait fait "Fauvette" absolument top. C'est le seul. Il n'y a pas d'autre artiste comme ça. Ce n'est pas même un Balavoine qui m'aurait fait "Fauvette". Balavoine l'aurait fait, ç'aurait été un peu gouailleur et déplacé. Je ne sais pas. Il y a des choses, ce n'est pas qu'il ne les aurait pas comprises, mais peut être qu'il ne les aurait pas ressenties, qu'il ne les aurait pas vu de la même manière. Capdevielle, je pense que si. Il avait un œil très acéré.


"Fauvette", est-ce morceau qui devait être rock et faire plus de sept minutes dont vous me parliez déjà à l'époque du Langage oublié ?
C'est possible, oui, parce qu'il était déjà fait. Il y a très peu de titres à moi que je prends plaisir à recréer in vivo, pour ne pas dire sur scène puisque je n'en fais pas, mais celui-là en fait partie. Chanter "Le langage oublié", ça m'emmerderait, je m'endormirai. Je l'adore, mais même quand je l'ai fait ça m'emmerdait. C'est tellement lent et narratif et lent. "Quand on perd un ami" aussi. Par contre "A quoi sert ?" j'aime la rejouer.


Malgré son aspect plus direct et folk, Obok contient tout de même quelques "titres lents et narratifs", notamment "Ne les réveillez pas".
Alors celui-là, par contre, j'adorerais le faire live. Parce que là, il y a un texte qui n'arrête pas. Voilà : peut-être que le problème avec Le langage oublié, c'est que moi-même je ne sais plus où j'en suis. J'exagère mais dans Le langage oublié, on se dit : "Où il va ce mec ? Il était assis, le voilà qui se lève, etc." Il se passe trop de choses si bien qu'on ne sait plus où l'on est. On a affaire à une sorte de très bel opéra, mais voilà on s'endort, comme dans l'opéra en général. On s'endort, bercé par la musique, mais on se fout de savoir ce que les mecs racontent. "Le langage oublié", c'est un peu ça. Tandis que "Ne les réveillez pas", non. D'abord, il y a moins de mélodie. Le texte est presque dit. C'est récitatif. Donc on a envie de le redire. "Ils sont dans leur sommeil comme de petits œufs / simples abeilles..." Les mots tombent tous les uns après les autres, boum, boum.


La mélodie de piano m'évoque vaguement un célèbre morceau de musique classique.
C'est "La sonate au clair de lune" de Beethoven. J'avais besoin de cette cadence qu'a "La sonate au clair de lune". Et d'un piano parce que c'est quand même le seul instrument qui soit un orchestre en soi.


Quand vous avez écrit le texte les mots sont tout naturellement venus sur cette cadence ?
Non, parce que je l'ai faite à la guitare.


Ah oui, c'est vrai que vous parlez de la genèse de ce morceau dans 9 alternatives à Obok. Il vous vient alors que vous rentrez d'une soirée entre amis, chez qui vous avez été émerveillé de voir les enfants dormir bien au chaud dans leur chambre.
Oui, donc c'était à la guitare. Je l'avais en tête dans le taxi. Mais ce côté lancinant, répétitif et ce côté coup de marteau, il n'y a que le piano qui peut le donner. (Il chante le rythme répétitif du piano en tapant du poing sur la table.)

 

(Suite.)


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

lustucru 25/09/2008 15:11

18 eme manset ifop

Sylvain Fesson 26/09/2008 14:19


what ?