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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 23:39
Obok


Obok me plait moins que Le langage oublié. Voilà ce que je me dis en 2006 à la réception du 18e album de Manset. Et je me le dis toujours deux ans plus tard alors que je viens découvrir son 19e, Manitoba ne répond plus. Ça m'apparaît même clair comme de l'eau de source. Je préfère nettement Manset quand il se fait moine que lorsqu'il se fait Johnny guitar. La prunelle de mes yeux pour ses morceaux "cathédrales". "Quand on perd un ami"  sur Le langage oublié et tout est dit. Comme avec "Dans un jardin que je sais" sur Manitoba dont on parlera bientôt. Des morceaux pareils, ça vous fait un album, peu importe le reste. Dans Le langage oublié il n'y a quasiment que des morceaux de ce rang. Dans Obok, une fois le tamis remué, je n'en ai trouvé que quatre : "Jardin des délices", "Ne les réveillez pas", "veux-tu ?" et "La Voie royale". Une moitié de disque. Mais quelle moitié ! Ce "Jardin des délices" encore une fois ça vous fait un album. Ça vous terrasse de la tête aux pieds. Le sol s'ouvre en deux. Le ciel s'ouvre en deux. Tout s'ouvre. 


C'est miraculeux un morceau "cathédrale". Un morceau piano. Recueilli. Meurtri. Priant. Et c'est ce que j'aime chez Manset. C'est ce que j'aime aussi chez Cat Power. Oui, par exemple quand j'écoute You Are Free de Cat Power j'ai beau trouver "Free" beau, accrocheur, sexy - et je ne parle pas de "Good Woman", rhaaa lovely - pour moi voilà rien n'égal "Maybe Not". "Maybe not", "Names". Là on entre dans une autre sphère. Loin de la médiocrité chaotique du dehors, on retrouve ici l'intimité d'une géométrie grandiose. Ce silence amniotique de la voûte céleste aussi cher à Sigur Ros.


Encore une fois, par-delà ses quelques relents folk-rock-boogie qui me font faire la grimace - trop daté - ce qui m'intéresse chez Manset - et ce que je considère être son coeur - c'est son côté anti-rock. Son côté anti-cool figé tremblant hors du monde. Sa poésie. Voilà, le mot est lâché. Ce qui me plaît chez Manset c'est sa poésie. Parce qu'avant le rock - et encore, je dis rock, mon groupe favori c'est Radiohead - pour moi, il y eu la poésie, Baudelaire, Rimbaud, écrire des poèmes, tout ça. Cela voudrait-il dire que Philippe Manœuvre a raison ? Qu' "on naît rock'n'roll ou qu'on ne l'est pas" ? En même temps il se peut que les deux se rejoignent. Un jour Daniel Darc n'a-t-il pas déclaré à Rock&Folk qu'il ne voyait aucune différence entre "Notre Père" et "Sweet Jane" ? Que pour lui rock, croyance, poésie, c'était idem ?


Là-dessus, en avril 2006, pour la sortie d'Obok j'accepte plus que volontiers de rencontrer Manset pour la deuxième fois. Le rendez-vous est fixé à deux pas de chez lui, dans le 16e arrondissement de Paris. A la lueur de ce que je viens dire, comme tout cela ressemble un peu à un rendez-vous avec moi-même, j'ai une nouvelle fois bossé dur pour que ma discussion soit idéale et que mes questions "pièges" mettent son âme en connexion avec la mienne. Mais autant la première fois je me sentais un peu intimidé comme un élève en face d'un prof à un oral d'exam, autant cette fois, rassuré par la réussite de notre première rencontre, je me permets d'être un peu plus joueur, retors.


A la fin de l'entretien, plus long que jamais, Manset me surprendra en étant curieux de ma personne. Il me demandera "A part ça, vous faites quoi dans la vie ? On peut gagner sa vie en écrivant ?" Sur le chemin du retour s'en suivra une petite discussion sur mes difficultés à faire mon trou dans le journalisme musical, Manset fustigeant les "vieilles carnes indélogeables" du milieu, mais croyant sincèrement qu'un type qui écrit bien à toutes ses chances parce qu'"il y a tellement peu de journalistes qui écrivent bien. On ne va pas s'emmerder à faire appel à un type parce qu'il est juste sympa ou qu'il sait se mettre en avant. Après c'est sûr, il faut décrocher son téléphone, passer voir les gens, c'est dur. Surtout qu'il y a plein de gens qui ont de la personnalité. Mais il ne faut pas miser que sur sa personnalité et sur son talent, il faut faire, parce que du talent il y en a à tous les coins de rue. Ceux qui réussissent sont ceux qui ont une personnalité et qui se battent pour l'imposer."


Ça, ce sera à la fin, après plus d'une heure passé à traquer la bête. Croiser le fer. En attendant, il est 11h en ce 20 avril 2006 et Manset râle parce qu'il vient de voir que le salon de thé où il avait prévu de faire l'interview bien au calme est fermé. Nous nous rabattons donc sur le bistro le plus proche et nous installons en terrasse puisqu'il fait beau. "Ah, on aurait été mieux dans la boulangerie, dit-il en s'asseyant. On n'aurait pas eu le bruit des bagnoles." Café pour moi, Coca pour lui. C'est parti.

 



"Je ne suis pas ce profil ténébreux et compliqué"


"Manset, c'est un déconneur"


 

 



On est gâté quand on reçoit votre nouvel album. Déjà, chose qui se fait de plus en plus rare, on a l'album dans sa version définitive, c'est-à-dire qu'on a l'artwork. En plus cette fois on a aussi un recueil de petits textes à vous, 9 alternatives à Obok. Et même j'allais oublier, un communiqué de presse écrit sous la forme d'une nouvelle qui fait oublier qu'on a affaire à un communiqué de presse. Ça fait un beau paquet.
C'est vrai, je le vois là, sur la table. Si j'avais mon boîtier, je prendrais une photo tiens. De ce carnet-là, qui n'est pas le mien. De ce stylo-bille. Et de ce café. Mais bon, je n'ai pas mon boîtier.


Pour cet album, avez-vous une nouvelle fois tout décidé en votre âme et conscience, jusqu'à l'idée du communiqué de presse signé J-M. Parisis ?
Oui, comme sur Le langage oublié. Comme toujours.


Qui est J-M Parisis ?
C'est un écrivain.


Que vous connaissiez ?
Je l'avais déjà croisé une ou deux fois dans Paris avec des amis communs. On avait juste échangé quelques mots. On s'estimait mutuellement, mais on ne s'était pas rencontré. Des gens que j'aime bien me l'avaient en plus chaudement recommandé. Donc voilà, c'était l'occasion.


Lui vous connaissait ?
Oui, forcément il me connaissait.


Aviez-vous préalablement discuté ensemble de cette idée de texte basé sur le dialogue d'un couple en phase de rupture ?
Ah, non ! Il avait carte blanche pour faire une sorte de brève nouvelle.


Le résultat vous a plu ?
La question ne se pose pas en ces termes, parce qu'à partir du moment où l'on définit un cadre et qu'on laisse travailler un écrivain...


Arrive ce qui doit arriver.
Oui, évidemment. Et ça correspondait tout à fait à ce que j'avais en tête, bien sûr.


C'est vrai ?
Oui, une petite anecdote, voilà.


Mais ce texte est tout de même étrange. Vous arrivez comme sujet de discussion dans le quotidien d'un jeune couple qu'on sent déjà usé par le poids de la routine et lui essaie de faire comprendre à sa nana son intérêt pour Manset, qu'elle ne connaît et qu'elle n'a semble-t-il pas franchement envie de découvrir. Et au bout du compte on n'arrive pas trop à savoir si cette discussion sans issue ruine ou sauve leur couple.
Exactement. On va peut-être plutôt parler de l'album.


J'y viens. Pourquoi vendre ce disque avec un petit recueil de textes, 9 alternatives à Obok ?
J'ai tenu à resserrer le spectre des interprétations de certaines de mes chansons. Parce qu'à mesure que les années passent et que les titres viennent s'ajouter les unes aux autres comme des couches, je me suis rendu compte que chacun s'était un peu recréer son "univers Manset". Bizarrement, je n'avais pas mesuré ça avant. Alors, avec ce petit livre, j'ai voulu remettre certaines limites. Après les gens font ce qu'ils veulent, mais voilà, moi aussi j'ai le droit d'avoir mon univers Manset et de dire ce qu'il est.


C'est pour prévenir n'importe quelle appropriation ?
"Prévenir n'importe quelle appropriation." Voilà, le terme est très bien défini.


Mais n'y avait-il pas aussi tout simplement l'envie de...
Bien sûr, il y avait l'envie d'écrire !


J'allais dire l'envie de plus communiquer avec votre public. De manière plus humaine, moins distanciée.
Oui, exactement. "De manière plus humaine, moins distanciée."

 

(Suite.)


Un reportage sur Manset dans Les enfants du rock

 


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Shingouz 25/09/2008 11:57

hello je ne suis pas sûr de me considérer comme un fan, mais entendre parler Manset, c’est toujours un voyage, une porte ouverte vers un ailleurs de l’esprit. Je ne comprends pas tout, je perds souvent le fil de sa logique, mais je me laisse emporter. Merci donc de nous permettre d’effectuer ce (long) voyage avec lui.

sylvain fesson 25/09/2008 11:55

Zut, c’est con (de l’éprouver et de le dire) mais je m’émeus moi-même à la relecture de cette introduction…
Bon et sinon ils sont où les commentateurs-détracteurs-louangeurs de Manset ?

lustucru 22/09/2008 18:05

il serait pas un poil agoraphobe?je cherche..je cherche.