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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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25 mars 2006 6 25 /03 /mars /2006 19:53
L'ODDysée spéciale


En 2003, les Dandys Warhols ne se prenaient pas encore pour les pyromanes déglingo-psyché qu'ils feinrent d'être en 2005 avec
Odditorium Or Warlords Of Mars pour tenter de rivaliser avec Anton Newcombe, frère ennemi leur ayant quelque peu ridiculisé malgré lui dans le docu rock Dig ! Non, en 2003 les Dandys sortaient Welcome To The Monkey House, un disque loin de la gloriole brit pop décrochée par Come Down six ans plus tôt, mais un bon disque tout de même, placé sous l’égide d’un recyclage espiègle des Stones, Lou Reed, Bowie et Duran Duran ! En juin de cette année, je rencontrais le groupe.



Un matin de juin 2003. Je suis quelque peu déçu. Je sais que je ne vais pas pouvoir interroger le leader des Dandy Warhols. Courtney Taylor est déjà en Allemagne avec le batteur du groupe pour assurer la suite de la promo de Welcome To The Monkey House. Je l’ignorais mais c’était en fait une bonne chose. Courtney absent, la discussion devenait possible, censée, limpide. Hier, ce n’était pas possible, m’a-t-on dit. Mes confrères se sont heurtés à l'arrogance d’un Courtney pétant, comme trop souvent, plus haut que son cul. Hier la tête pensante (et de lard) des Dandys avait décidé de lever le pont-levis et de livrer un festival de réponses fumeuses, style : "Je suis une star géniale, tu peux donc te brosser pour avoir accès aux divins tourments qui agitent mon âme, juste du bull shit mon vieux, voilà ce que je vais t’offrir : être l’objet de mon divin bull shit". On rencontre donc Peter et Zia. Il est 11 heures. Le
guitariste et la claviériste nous attendent dans la chambre luxueuse d'un hôtel du 8e arrondissement. Ambiance deux de tension dans leur chambre. On sent que le réveil n’est pas loin. Croissants et cafés trônent encore intact sur la table. MTV baignent les lieux d’une cool quiétude. A travers la fenêtre le soleil apporte la touche finale à ce cadre idyllique. La petite amie de Peter s'éclipse. Cordiaux et dispo, Peter et Zia sont tout à moi.




"On voulait abolir le mur de guitares qui masquait nos erreurs"

"Nous sommes de grands enfants !"





Courtney a dit de Thirteen Tales Of Urban Bohemia qu'il vous ressemblait parfaitement. Comment avez-vous donc fait pour vous "réinventer" dans ce Welcome To The Monkey House ?
Peter : A la suite de Urban Bohemia, Courtney a réagi en se fixant des règles. Première règle : abolir le mur de guitares. Il voulait un album aéré, uniquement basé sur la section rythmique basse-batterie, la voix et quelques sons de-ci de-là.
Zia : Il ne fallait plus qu'on utilise les guitares pour masquer nos erreurs, les recouvrir comme s'il s'agissait d'un pansement.
Peter : Mais quand on a commencé l'enregistrement, les guitares sont revenues de plus belles car… c'est ce qu'on sait faire. On a donc dû tout recommencer.
Zia : Courtney avait en fait enregistré des chansons où il avait multiplié les pistes. Il n'avait pas respecté ses règles. Et tant mieux car à un moment tu dois faire des entorses à cela, ne pas sacrifier tes chansons à cause de telles règles. Ces règles sont juste un point de départ pour t'aider à faire sortir les choses de ta tête.

Mettre un bémol sur les guitares, cela fut-il difficile pour toi, Peter ?
Peter : En pratique j'étais OK mais en pratique c'était plus difficile oui, très frustrant ! Chaque disque est une épreuve, mais celui-ci le fût à un point que je n'avais pas imaginé. J'ai essayé différents styles, enregistré plusieurs parties de guitares, mais la plupart du temps ça n'allait pas.

Etait-ce plus facile pour toi, Zia, au vu de la présence constante des synthés ?
Zia : Oui. Jusqu'ici je ne m'étais pas vraiment lâché, mais cette fois on a beaucoup fait appel à moi, on a enregistré beaucoup de fonds sonores aux claviers, notamment un fantastique solo sur "You Were My Last High". C'était super d'élaborer ces parties de clavier… On a passé beaucoup de temps en studio, à travailler par deux, à essayer des choses. C'était dur de s'y mettre, surtout au moment où il fallait faire à manger, où ça tournait à la fête… Mais bon c'est toujours mieux que rester seul à se prendre la tête ! Ce fut pour moi une nouvelle expérience.

Comment vous est venu l'idée de mêler glam et new wave ?
Zia : Sur le papier déjà, c'était une bonne idée.
Peter : Le glam est là depuis nos débuts, ça fait partie de notre son, inspiré de T-Rex. La part new wave, elle est plus venue parce c'est un domaine qu'on n'avait pas encore exploré. Donc c'était quelque chose à faire. Surtout que Courtney et moi, on adore le premier disque de Duran Duran. J'ai grandi avec ça, et ça a influencé ce qu'on fait même si ça ne s'est jamais vu.

Qu'écoutiez-vous pendant l'élaboration de l'album ?
Peter : Pas mal de Bowie, sa période charnière des années 70-80 où sa façon de sonner est unique. Le piano et la basse d'"I Am Sound" sont un clin d'œil volontaire à "Ashes To Ashes".

Après quelques écoutes, ces nouvelles chansons semblent moins accrocheuses et évidentes qu'avant…

Peter et Zia : Moins accrocheuses ? !
Zia (un tantinet revancharde) : "We Used To Be Friend" est super accrocheur !

Mais plus on progresse dans l'album plus les morceaux sont… planants.
Zia : Il y a des morceaux planants sur tous nos albums…Peter, penses-tu que nos chansons sont plus planantes ? (Zia allume le joint d'herbe qu'elle prépare depuis un bon quart d'heure, je n’en profiterai pas - Nda)
Peter : Oui, sur notre dernier album, les morceaux sont d'une autre facture. Les précédents ne planaient pas autant. "Sincere Because I", par exemple, ne repose sur aucune batterie. Du coup c'est beaucoup moins dansant.

Avec trois albums derrière et tout se savoir-faire, on se dit que vous auriez pu faire des chansons plus faciles, évidentes, avec plus de guitares. Un grand album rock qui en quelque sorte casse la baraque.
Zia : Oui, ce qui est tendance en ce moment. Mais c'est la chose la plus évidente à faire, tout le monde le fait, donc pourquoi le ferait-on ? La guitare, ça craint en ce moment. Nous, ce qu'il nous faut c'est du fun et du challenge avant tout.
Peter : On cherche à faire ce qu'on a envie d'entendre. On n'est pas forcément mieux que les autres, d'autres font de même. Et nous on voulait voir si on pouvait aller ailleurs.

Vous avez déjà quatre albums au compteur, et cela fait presque dix ans que vous faites de la musique ensemble. Vieillir en tant que groupe, cela vous inquiète ?
Peter : Pas encore. Je ne me suis jamais senti vieux jusqu'à ce que les nouveaux groupes à guitares débarquent l'année dernière. Là, rétrospectivement, je me suis dit que ça faisait déjà un petit bout de temps qu'on était là.
Zia : Aux festivals cet été, on se sentait vieux par rapport aux autres groupes, mais on sonnait comme l'éternel nouveau groupe. On était sur scène pour un rappel et tous ces groupes sont venus voir notre show. Et je me disais : "Hé, nous sommes de grands enfants, cool !"

Votre musique a déjà servi d'illustration sonore pour une publicité. Etes-vous prêt à refaire ce genre de choses ?
Peter : Oui, si on nous le propose. La pub qui a repris "Bohemian Like You" nous a permis de toucher des gens qui n'avaient jamais entendu notre musique. Car nous ne sommes ni joués à la radio, ni joués sur MTV. Quand on a appris qu'on était classé 5e dans la moitié de l'Europe grâce à cette pub, on était en train de tourner et d'enregistrer. On est donc reparti pour faire Top of the Pops dans trois pays différents. Super ! On a été félicité par notre label qui s'est dit : "Oh, ils savent vendre des disques !" Donc si une nouvelle pub aussi chouette se présente, OK.

Vendre sa musique pour un spot publicitaire, ce n'est pourtant pas très rock…
Zia : Vraiment ? Gagner de l'argent sans rien faire, ce n'est pas rock ça ?
Peter : Le monde a changé, tu dois utiliser tous les moyens possibles pour diffuser ta musique. Les radios et tout le reste sont devenus trop étroits d'esprit, ils ne veulent plus prendre de risque. Seules les agences de pub semblent être prêtes à les prendre. On ne correspond pas au format des radios, on n'est pas assez Limp Bizkit ou assez jazzy… Aux Etats-Unis, il y a cinq grands genres de musique et si tu ne rentres pas dans leurs cases tu n'es pas joué. C'est en train de changer, mais très lentement.

Vous vivez à Portland depuis dix ans. Qu'aimez-vous dans cette ville ?
Peter : C'est une chouette ville, assez petite, un bon endroit pour se poser, très confortable, avec une petite bibliothèque…
Zia : Et une superbe rue de restaurants. Nous avons un formidable groupe d'amis, des artistes, des restaurateurs, des barmans, des photographes… On connaît plein de gens et c'est bien de savoir qu'ils font aussi leurs trucs.
Peter : Ca nous permet de garder les pieds sur terre.


(Suite et fin.)




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Published by sylvain Fesson - dans DISCussion
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