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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 00:59
Sympathétique




12 février 2009. 16h30. Dans un bar de la rue Oberkampf j'ai rendez-vous avec Albin de la Simone. Nous nous voyons à l'occasion de la nouvelle édition le 2 mars de son troisième album, Bungalow. On ne s'est jamais rencontré. Pour tout dire je connais peu ses disques, sa pop d'intérieur au timbre Souchonesque n'étant pas ma tasse de thé. Mais ça et là Bungalow m'a faire vivre quelques bons moments via des morceaux un peu fous fous que j'ai identifié dans une veine Gotainer-Katerine. Albin aurait-il envie de casser son image de gendre idéal assimilé nouvelle chanson française en chantant "Au revoir, au revoir président !" tout nu avec une tête de poulet ? Albin aurait-il une dark side ?


C'est un peu le pari que j'ai fais en allant l'interviewer. Le pari que oui, Albin a une dark side, une sorte de schizophrénie que personne ne voit, une violence en lui quoi, et qu'on va réussir à en parler le temps d'un pause thé entre gentlemen qui ne se connaissent ni d'Eve ni d'Adam. Je réalise maintenant qu'il y est un levier que j'ai oublié d'employer pour le faire chanter. Ce levier c'est sa nana, Jeanne Cherhal, elle aussi auteur compositeur interprète. Quelque part ce n'est pas pour rien que ces deux-là sont ensemble, musicalement ils sont porteurs du même mal, celui de la chanson sympathétique, pour ne pas dire bobo, bien pensante.


En 2006, sur L'Eau, son troisième album influencé par Camille et la musique africaine, elle essayait elle aussi de sortir d'elle-même, de se faire trublionne. Comme lui chantant sur le "Sympa" de Bungalow (Banga-l'eau ?) "Je suis sympathique / Un peu malgré moi / Je suis sympathique / N'en profitez pas", sur "Voilà" elle chantait "Si j'avais pu choisir entre moi et autre chose / C'est un peu moche a dire mais j'aurais pris autre chose", ce même dégoût soft et bourgeois de soi. D'un soi confiné à l'intérieur, à la douceur, à la fatalité d'une certaine forme de non existence. Début 2008 Jeanne avait même radicalisé (ridiculisé ?) ce penchant en composant une chanson, "Si tu reviens, j'annule tout", se moquant de Sarko et de l'histoire de son SMS envoyé à Cécilia. Cette provoc Bisounours a quelque chose de touchant.


A l'issu de l'entretien avec Albin nous finirons par parler journalisme culturel. Il dira préférer l'approche intello-artistique de Chronicart à celle pipole-sociétale de Technikart. Il citera en exemple leurs unes tape à l'œil sur Biolay et Doré. Il avouera pourtant aspirer à être un artiste qui laisse pas indifférent comme ces deux-là ne laissent pas indifférent. Paradoxal puisqu'il ne semble ni en avoir l'étoffe ni prêt à en payer le prix. In fine, il dira regretter qu'on n'ait pas plus parlé musique. Parler musique ? Quelle drôle d'idée.

 

 


"je vient de me mettre aux jeans"


"je ne suis pas du tout foutu comme Katerine"

 


Bonjour Albin. Bungalow est initialement sorti en avril 2008. Pourquoi l'avoir ressorti le 2 mars, près d'un an après ? C'est une seconde vie pour optimiser le succès de sa première sortie ou au contraire donner une seconde chance à un album qui a mal marché par manque de visibilité ?
Un disque ne marche jamais assez. Mais oui, c'est plutôt une seconde chance dans le sens où plein de nouvelles choses sont arrivées entre temps et je me suis dit qu'il fallait mieux les réunir dans une seconde version enrichie plutôt que continuer à vendre le Bungalow d'origine. Et puis voilà, c'est aussi l'occasion d'en reparler. Maintenant Bungalow est donc vendu avec un deuxième disque de titres enregistrés en acoustique, et chanter en acoustique ça a été une vraie révélation pour moi. J'ai invité mon public dans mon studio et je leur ai fait chanter les chœurs de chaque chanson. C'était très troublant comme échange.


Comment t'est venue cette idée ?
L'été dernier j'avais fait un concert dans un jardin avec des potes, juste comme ça, et on s'était aperçu que lorsque le batteur se tapait sur les cuisses et que le bassiste jouait les lignes de basse à la guitare d'un coup ça libérait les chansons. Comme il y avait moins de son dans la gueule ça me les rendait plus intimes. Bon, c'est évident ce que je dis là, mais on a ressenti ça vachement fort. Du coup en décembre j'ai proposé de fixer ça sur disque.


Et comment est venu le duo avec Vanessa Paradis sur "Adrienne" ? Et pourquoi avoir choisi cette chanson ? Ce n'est pas la plus marquante du disque...
Ça dépend, il y a des gens qui m'en parlent vachement. Moi je ne sais pas ce que j'en pense. De toute façon je ne sais pas trop ce que je pense de ce que je fais... Bref, dans beaucoup de chansons de Bungalow j'ai une réponse féminine par l'intermédiaire des chœurs. Mais sur "Adrienne", je trouvais qu'il manquait quelque chose, ça me frustrait. Et comme Vanessa me disait qu'elle aimait ce que je faisais, un jour où je l'accompagnais en tournée en tant que pianiste, je lui ai demandé si elle serait partante pour refaire les chœurs de ce morceau en studio. Elle a accepté et on s'est rendu compte que ça marchait super, qu'on pourrait carrément en faire un morceau en forme de dialogue, elle dans le rôle de cette nana, et moi dans celui du mec qui la critique d'être pas cool. En plus, juste après avoir mis ça en boîte, un gars que ni elle ni moi ne connaissait nous a apporté un super scénario de clip. On s'est retrouvé en Cadillac dans la forêt de Fontainebleau. Tout s'est enchaîné, c'était super. Donc voilà, d'avoir tout ce nouveau matériel, pour moi, ça justifiait de ressortir le disque.


Avais-tu été globalement satisfait par l'impact critique, public et commercial de Bungalow lors de sa première sortie ?
En fait je ne me formule pas la question comme ça parce que je connais des gens qui sont déçus de vendre 600 000 albums et d'autres qui sont satisfaits d'en vendre 50 000.


Mais par rapport à tes attentes à toi ?
Bah justement, mes attentes sont relatives. Selon mon humeur je peux me trouver tantôt looser tantôt winner...


Aujourd'hui tu te sens comment ?!
Non, mais ce que je veux dire c'est que tu finis juste par te rendre compte que ce n'est pas le genre de question à se poser. Moi je suis satisfait de la vie que j'ai. Bien sûr, j'aimerais vendre plus de disques parce que ça voudrait dire que plus de gens écouteraient ma musique, que je ferais plus de concerts, que j'aurais plus d'argent, mais en même temps je me dis aussi que je pourrais vendre moins que je ne vends, donc voilà, tout est relatif. Et, honnêtement, je ne tiens qu'à une chose : mon bonheur. Au bonheur des autres aussi, mais ce qui compte c'est que je sois heureux. Or je connais tellement de gens malheureux qui vendent plein de disques... Je sais que tout ça ne fait pas le bonheur.


Mais par rapport à tes précédents albums, Bungalow s'était-il mieux vendu ?
Honnêtement, je n'en sais rien. C'est hyper difficile d'avoir des vrais chiffres. Et puis les chiffres ne veulent plus dire grand-chose car d'un côté on vend moins car le marché du disque s'effondre mais d'un autre côté on est plus écouté que jamais grâce au net. Tout ce que je sais c'est qu'il y a du monde à mes concerts qu'il y a vraiment un truc super qui se passe...


Qui ne se passait pas avant ?
Si, mais je ne compare pas, je ne fais pas de bilan tous les jours. Sinon je peux aussi me demander si cette interview est mieux que la précédente.


Tu peux !
Non, mais ce n'est pas mon truc, je préfère prendre mon temps pour faire les choses plutôt que les comparer.


Tout à l'heure j'ai vu que la journaliste précédente t'a demandé de dédicacer Bungalow pour son enfant de 5 ans qui l'adore. Tu plaisais déjà aux enfants avant Bungalow ?
Oui, curieusement ce que j'ai fait a toujours plu aux enfants. Dans mon premier disque il y a une chanson qui s'appelle "Les piranhas", une chanson très noire et très tendue, vraiment compliquée. Je me demande même si ce n'est pas la chanson la plus inaccessible que j'ai faite. Et bah les enfants adoraient cette histoire de piranhas dans un appartement. Elle leur foutait la trouille mais ils l'adoraient alors que pour moi ça parlait de névroses.


J'avais entendu le même genre de remarques à propos du Fil de Camille et de Robot après tout du Katerine. Des parents disaient que leurs enfants aimaient ces albums. En un sens ce Bungalow très pop, sonore et ludique joue donc dans la même cour que ces deux disques.
Oui, parce que je vais franco dans une direction. Je pense que c'est pour ça que c'est intéressant. Et c'est vrai que c'est hyper agréable de toucher les enfants. Je trouve que c'est bon signe. C'est comme d'être détesté, c'est bon signe.


C'est ton cas ? Des gens te détestent ?
Peut-être mais alors ils ne me le disent pas. En tous cas, j'espère qu'il y en a, j'aimerais bien, je trouverais ça vachement juste.


De ne pas laisser indifférent ?
Voilà, on fait un truc et il y a des gens qui aiment et d'autres qui n'aiment pas. Je trouve ça sain. Et plaire aux enfants c'est hyper sain.


Ton souhait de ne pas laisser indifférent rejoint finalement le propos que tu tiens dans "Sympa". Tu aimerais qu'on arrête de te trouver sympathique ?
Oui, c'est toujours cette envie d'être plus fort et plus dur que ce qu'on est. On veut toujours être ce qu'on n'est pas.


Oui. J'ai même l'impression que c'est le thème clé de tes albums. Ton précédent s'intitulait Je vais changer. Et vu l'évolution musicale marquée par Bungalow et sa version acoustique, leurs sous-titres pourraient être J'ai changé et J'ai encore changé.
Oui, c'est vrai que ça m'intéresse vachement, je suis toujours préoccupé par chercher qui on est. En plus je travaille tout le temps avec plein d'artistes différents donc ça m'interroge sur ce que je suis moi et puis voilà je suis comme ça, plein de doutes et je ne les renie pas. Je me fais opérer des yeux un jour, j'arrête de fumer un autre, je vis des grandes étapes à mon échelle. Il y a un mois, je me suis mis aux jeans. Je n'avais jamais porté de jean de ma vie !


Ah oui ?!
C'est des conneries qui me regardent, quelque part on s'en fout, mais pour moi c'est des évolutions. Je te dis ça pour te dépeindre mon état d'esprit. Je m'interdis de m'arrêter en chemin.

 


Avant d'entamer une carrière solo dans la chanson, tu étais arrangeur et musicien d'accompagnement pour des gens comme Boggaerts, Souchon, Aubert, Arthur H. Et à ce sujet, ta bio a une phrase assez significative. Elle dit qu'auprès d'eux tu t'es "progressivement découvert une sensibilité d'auteur". Tout cela témoigne d'une démarche on ne peut plus humble, modeste, timide !
Bah ce n'est pas moi qui ai écrit cette bio mais oui c'est un peu ça. Avant je faisais du jazz, je pensais que c'était le vecteur de ma tête mais je me heurtais à des murs que je ne comprenais pas. Je crois qu'en fait je n'étais pas du tout fait pour ça. Et un jour j'ai composé la musique d'une chanson pour quelqu'un et il fallait bien bredouiller un texte pour donner l'exemple. Je me suis donc mis à écrire le texte et ça m'a plu. Je me suis donc mis à écrire des chansons...


A la base, ton rapport à la chanson est donc un rapport de changement identitaire survenu sur le tard.
Oui, parce que je devais avoir 29 ans à cette époque, c'était juste avant mon premier album. Il s'agissait de trouver le langage qui me permettrait de m'exprimer. Le truc dans lequel je ne me prendrais plus de murs. Depuis, ma vie n'est que recherches, découvertes, mouvements. Là je peux te dire un truc qui annulera ce que je t'ai dit il y a trois semaines.


Bungalow a été présenté comme un album plus fictionnel que ses prédécesseurs, un album où tu parlais moins de toi. Mais je n'ai pas l'impression que tu y parles moins de toi, juste que tu y parles d'une autre facette de toi.
Il y a deux heures une personne m'a dit que je ne parlais plus du tout de moi ! Qu'avec ces chansons on ne savait plus qui j'étais, tout ça. Peut-être. Mais voilà en même temps j'aime aussi l'idée de raconter des histoires. On ne fait pas que des choses pour parler de soi. Ce que je peux trouver intéressant, enfin ce qui fait que je continue de faire des chansons, c'est que je me dis : "Tiens, cette vision des choses me plait et je ne l'entends pas ailleurs donc j'ai envie de la dire de cette manière-là". C'est comme lorsque tu es dans une sorte de colloque où tu aurais finalement envie de réagir parce qu'aucun des commentaires qui s'est fait entendre n'a reflété ce que tu pensais.


Quand j'ai découvert Bungalow j'ai aussitôt pensé au Robot après tout de Philippe Katerine. J'ai eu le sentiment que sur Bungalow tu t'étais laissé contaminer par son esprit ludique, déluré, eighties et que cette fois tu avais aussi essayé de créer un personnage pop, ce qui se fait rare en France.
C'est vrai que je n'avais pas exploré ça avant.


Et tu as voulais créer un personnage pop ?
Pas spécialement.


Pourtant sur la pochette de Bungalow tu es déguisé, il y a une mise en scène...
Je voulais juste mettre une certaine distance pour dire que je jouais au chanteur. Et c'est vrai que j'aime beaucoup Katerine. Par contre, Robot après tout n'est pas mon album préféré.


C'est lequel ?
Les créatures. Celui-là m'a bouleversé. Il montrait qu'on pouvait faire ce qu'on veut dans des petites chansons. Là, pour moi, c'est du niveau de Gainsbourg.


Mais finalement, avec Robot après tout, en créant ce monstre pop grand public, à sa manière Katerine a viré Gainsbourg, voire Gainsbarre...
Oui, carrément. D'ailleurs son film, Peau de cochon, qui est totalement dingue, participe à ça. Le problème c'est que comme Robot après tout est le disque du virage vers le succès, c'est aussi le disque vers la fin du succès. Du Katerine, j'ai l'impression qu'on n'en bouffera pas longtemps.


C'est-à-dire qu'à ce stade il va avoir du mal à se réinventer, à refaire sensation.
Oui, la société est faite de telle sorte que c'est compliqué quand on se retrouve dans ce genre de position. Mais cet album était bien parce qu'il montrait qu'on avait besoin de sourire, artistes comme public. Et moi, comme Mathieu Boggaerts, Arthur H, Pierre Bondu, on s'est tous retrouvé à avoir eu envie de sourire. Maintenant ça se calme un peu, mais c'est vrai qu'à ce niveau-là cet album a crée un vrai appel d'air.


Appel d'air qui t'a donné envie de la jouer plus pop et coloré comme lui ?
Oui, mais à ma façon, parce que je ne suis pas du tout foutu comme Katerine. Je n'ai pas du tout son exubérance complètement hallucinante. Je suis sois beaucoup moins, sois beaucoup plus complexé que lui, ou alors pas du tout au même endroit de la même manière. Mon chemin est ailleurs. Mais je vois ce que tu veux dire et... Je ne sais pas quoi te dire d'autre !

(Suite et fin.)

Photos par David Zacharias



 


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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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commentaires

callivero 13/04/2009 20:56

Je suis comme un Albin de la Simone qui doute...

SYLVAIN FESSON 15/04/2009 01:39


Tu comptes te mettre aux jeans ?
;-)


juko 13/04/2009 19:12

mais moi j'en veux plus de ces sourires!? putin musicalement ces sourires des fois ça donne un peu la nausée comme le single d'arthur H non? sourire à tout prix? Ronald (mc donald), reviens, ils sont devenus fous!

SYLVAIN FESSON 15/04/2009 01:41


Attends, t'as rien compris, tout ça c'est QUE DU BONHEUR !!!
(excuse-moi j'vais besoind e me faire vomir moi-même)
Tiens et ça me fait penser que j'ai pas entendu le nouveau Arthur H dont tu parles