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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 18:11
Americana bitch


 

D'habitude je préfère parler de ce qui m'exalte plutôt que ce qui me déprime. Mais en ce moment, je ne sais pas ce qui m'arrive (les nerfs qui lâchent ? les chevilles qui enflent ?) tout le monde en prend pour son grade.


Celui-là, je devrais d'autant moins en parler que c'est de l'histoire ancienne. Son disque est déjà sorti depuis trois mois. Mais au risque de lui faire de la pub alors que tout le monde l'a déjà oublié, je m'y sens comme obligé. C'est qu'il nous a bien roulés dans la farine Decoster. En janvier dernier, pour peu que viviez en ville ou que la ville vienne à vous (par Internet, par exemple) vous n'avez pas pu le louper. Sortant Tucumcari, son premier album, le nouveau poulain de Barclay était partout, comme Alister il y a quelques mois. Dans les couloirs du métro, en devanture de Magic !, Lylo, dans Les Inrocks, l'Huma, en bannières web. Partout. Tapis rouge. Personne pour lever les yeux sur l'imposture. Quand j'ai vu qu'on parlait aussi de lui chez Gonzaï, j'ai cru au sauveur. Quelqu'un avait eu la bonne idée de ne pas être dupe et dégainait avant moi. Mais pas du tout. Même Gonzaï louait le mec. Dur monde.


Comment dire ? Decoster c'est tout ce qui ne devrait pas exister. La ténébreuse belle gueule sans ténèbres. Mais pour le savoir il ne faut pas s'arrêter aux ramassis de clichés. Il ne faut pas, comme ces médias l'ont fait, gober l'histoire, trop polie pour être honnête, du jeune garde forestier élevé aux paysages d'Auvergne et aux disques du King. Pour le savoir il suffit de sentir, d'écouter les chansons une à une, face contre cœur. Laissé venir. Mais finalement, je dirais même qu'il suffit de décrypter l'emballage. Car un disque, ce n'est parfois qu'une boîte de conserve, les ingrédients sont inscrits dessus, suffit de lire, et que voit-on sur cette pochette de disque ? Un mec qui se drape dans une débauche de signes censés asseoir sa folk credibility. Un nabot Napoleonesque sur son rocking chair de trône. A l'améwikaine


Comprenez-moi : ce n'est pas que ce disque soit à chier, musicalement il est même de "bonne facture", le problème c'est que l'image véhiculée (Vierge Marie sur le rétro, vierges espaces à fleur de pare brise, bagout de cow boy, bagouses aux pognes) est à mille lieux de ce que la musique donne. Ici à part "The Drive" qui me fait soudain chevalier d'une farouche Highway 66, à part ce grand galop qui m'étreint et me serre fort (peut-être parce qu'il chante enfin en anglais et plus en VO sous-titrée), rien ne m'évoque l'ivresse du grand ouest et blues d'un homme. Je n'entends ni amour ni fêlure ni foi, mais du paraître. Quelqu'un qui veut faire comme ses idoles : en jeter en surface alors qu'il n'a pas les bases. L'âme. A croire que Decoster ne veut que ça : aspirer avec son folk bling bling les âmes qu'il n'a pas.


Alors on va me dire qu'à dire tout ça je me prends moi aussi pour "L'homme que je ne suis pas" (un caïd de la critique rock) que mon discours n'est branlette de blog. Et pourquoi je m'emporte encore sur la platitude d'un disque alors que la dernière fois, incendiant les Elder, j'ai déjà fait le tour de la question du CD devenu carte de visite ? Oui, sauf que j'ai vu Decoster en concert et contrairement aux Elder il est sur disque comme sur scène. Sans le faire exprès, sur scène je l'y ai même vu deux fois. Et qu'il soit seul en première partie d'Eiffel (Maroquinerie, 2007) ou dans un bar avec son groupe Tornado (International, 2009), à chaque fois au départ j'y ai cru. Je me disais : "Merde, ce n'est pas si souvent qu'on a un type alliant charisme, voix crooneuse et folk rock entre Doors et Twin Peaks", ce genre de choses qu'à dû se dire le DA de Barclay. Oui, franchement, au départ, j'étais prêt à ce qu'on prenne mon cœur. Et au deuxième concert tout autant qu'au premier parce qu'au début j'ignorais que Decoster avait aussi un groupe du nom de Tornado.


"Le type c'est Sammy Decoster" ai-je glissé à mon pote qui lui aussi, trouvant tout cela prometteur, avait commencé à s'exciter. Genre : "Fais gaffe". J'ai eu raison. On a très vite déchanté. Les morceaux s'enchaînaient, aucune émotion ne nous gagnait et on s'est retrouvé piégé en surface face à une imitation de Bertrand Cantat et Jim Morrisson. Un Big Jim. Et là, alors qu'on pensait en quelque sorte avoir touché le fond (le bassiste avait rejoint une énième fois le public comme s'il voulait se frotter le manche), là, alors qu'on allait se reprendre un verre dépité de mesurer le gâchis, Decoster a fait un truc hallucinant. En plein morceau il s'est mis à balancer plusieurs "Ta gueule" mi-potache mi-crâneurs à ses fans. Fait-on ça quand on est vraiment (dans) ce qu'on chante ?


"Decoster, c'est l'Amérique de Cash aux portes de Paris. Le monde urbain vu de loin" dit je ne sais plus quel texte trouvé sur le net. Tout est là : Decoster est un Brice de Nice folk-rock. Toujours l'air cool, mèche rebelle, planche sous le bras mais la mer, connaît pas.



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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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Fantini 12/05/2016 13:07

Je ne sais pas ce que je fous à poster un commentaire sur un article qui date d'il y a sept ans. Je viens de voir Sammy Decoster aux Trois Baudets. En relisant cet article en forme de procès d'authenticité, je viens de me mettre en colère. Tu as tout faux.

marie 26/04/2009 02:04

Je comprenais pas trop pourquoi tu descendais sammy decoster comme ça.Et franchement, je comprends mieux en lisant ton dernier paragraphe; en effet, peu d'émotion mais ce qui m'a dérangé, c'est que monsieur decoster à été limite moqueur avec ses groupies! Je veux bien croire que faire sa promo en fnac gratos c'est pas très gratifiant mais franchement Sammy t'aurait pu  jouer le jeu, ça fait parti du truc!

SYLVAIN FESSON 27/04/2009 00:02


Il a fallu que tu en arrives au dernier paragraphe pour comprendre où je voulais en venir ?
J'ai dû merder mon article alors car je pensais qu'on sentait cela avant d'en arriver à la fin ;-)
Si j'ai bien compris tu as vu Decoster en showcase à la Fnac et il a remis ça niveau "je me comporte comme un guignol avec ems groupies" ?
Damn ! ça veut dire que j'avais pas assister à un épiphénomène, et ça confirme tout le mal que je pense de lui.
Moi qui quelque part (mon côté sympa, optimiste)attendais une sorte de démenti... bah je suis pas servi.
Tant pis.
Sinon c'est quoi ce lien bizarre que tu as mis en guise de site web ?
Ca renvoie à un truc quelconque sur Myspace...


RoBes 22/04/2009 10:47


Ajoutons que....
Le problème de nos jeunes pousses c'est leur propension à jouer l'idole, ou du moins tente de construire la légende, influencé qu'ils sont par le passé. Vous parliez de morrison mais ses relations était l'aboutissement d'une démarche, un jeu, le bougre se nourissant de "la psychologie des foule". C'était un pionnier, en quelque sorte. Aujourd'hui tout sonne comme un peu calculé. Et puis il a beau dispenser des ta gueule à droite à gauche, je le vois mal plonger dans la foule régler ses comptes, à l'ancienne. Forcément, faut aimer le verre pilé.
De toutes façons les influencés comme je les citais plus haut sont ceux qui avant meme d'avoir sorti un disque ne peuvent s'empecher de montrer leur petite gueule et leur look partout. Il me semble que ce coté là, le Decoster joue la sobriété. Et puis question musique, on ne va pas se plaindre quand meme... Mais on reste toujours sur notre faim d'authenticité un peu perdue....
Vous m'embauchez les gonzaillos ?

Umbero Fantini 22/04/2009 10:47


Je voulais juste dire que le talent d'un mec n'a absolument aucun rapport avec les conneries qu'il fait sur scène. Mais non, grands dieux, Ungemuth n'est pas sacré ! C'était une illustration maladroite du travers que j'ai évoqué de façon maladroite.
Mais je suis d'accord, je veux bien un peu de bite aussi, c'est rigolo les bites.

Phil 15/04/2009 23:47

A Sylvain Fesson.Merci pour l'explication du titre de votre article.Un peu tortueux, mais ça tient la route. vous avez un excellent esprit de synthèse.Un dernier commentaire. ( Après j'arrête, car discuter sans fin ça fatigue. )Ce qui est remarquable dans votre article, c'est, me semble-t-il, un parti pris de démolir, de la mauvaise bile à évacuer, une violence verbale, comme si vous aviez un compte à régler.Paradoxalement, vous trouvez le disque TUCUMCARI de bonne facture musicale.Tentative d'explication :Ici, on n'est plus dans la musique mais dans le " psy ".Forte et pesante médiatisation d'un artiste et réaction." On ne va pas me l'imposer comme un lavement et j'ai l'esprit libre comme l'air ( pollué ) ".Par ailleurs, vous faites référence à un concert de 2007 ( artiste débutant, 1ère partie Eiffel ). Et puis après : RIEN . On est en 2009. Il y a eu de nombreux concerts entretemps pour vous forger une opinion sur Decoster. C'est pas votre truc, on a compris, c'est tout et c'est OK.Mais alors pourquoi faire un article aussi long sur un artiste qui ne vous intéresse pas ? Vous avez du temps à perdre quand les "piges" sont si mal payées ?Enfin, il me semble que vous n'aimez pas trop la contradiction. ( cf. votre réponse à  Umberto Fantini dans le cadre de cette discussion ) .C'est un début de syndrome de de la gourouphilie ( rassurez vous , ça se soigne et c'est pas mortel ).Finissons bons amis, et surtout n'allez pas vous suicider à Hawaî.