Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?

Ce soir, se reposant sur la mécanique pavlovienne de ses hymnes, Interpol avait l’air absent de ceux qui savent déjà comment ça va se passer, que les mêmes causes produisent les mêmes effets. "Slow Hands", "Evil" (repris en chœur dès l’intro), "Heinrich Maneuver", "Not Even Jail", tout cela déchaînait les passions. L’impression d’être à quelque chose de vaguement déshumanisant comme un concert de Bruel. En live, c'est le syndrome stadium rock qui s’abattait sur le groupe. Comme un golem. Une discrète prise d'otage les remplaçant un à un par des automates. Des businessmen. Et il le savait. On sentait qu’il le savait. Et il ne faisait rien pour faire semblant. Il ne se pliait pas à l’impératif d'acter comme le fait Editors (rockers de stade va encore, rockers chrétiens faut pas pousser). Et c’était presque insultant de voir le bassiste, scruter la foule, faire les cents pas et enquiller clope sur clope comme s’il avait mieux à faire.
Ce groupe a une griffe si personnelle, un son qui semble jaillir d'une source tellement profonde qu'ils m'ont vraiment touché alors que je les connais mal. J'ai retrouvé la musique affriolante de 23 (le seul Blonde Redhead que je possède). Une musique aux milles voiles, enivrante comme une fragrance et comme une femme qu'on ne connaît jamais vraiment. De ce concert il me reste une image en tête : les pochettes des derniers albums de ces deux groupes. Sur eux, elles en disent plus qu’un long discours. A Interpol le figuratif, les animaux empaillés, les dinosaures du musée Grévin. A Blonde Redhead le surréalisme, la tenniswoman aux mille pattes… et autant de cordes à son arc.