Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
En 2002, Silverchair se mettait à dos une partie de son public en tombant sa chemise grunge sur Diorama. Malgré quelques résurgences heavy, les fans de la première heure étaient largués par les fantasmagories symphonico-pop soudainement sorties du cerveau de Daniel Johns. Cinq ans plus tard, leur nouvel album ne va pas les rabibocher avec leur ex jeune groupe préféré.
En passant de l’autre côté de son cerveau, Daniel Johns, le leader, a juste accepté d’évoluer et de laisser briller le soleil qui se présentait à lui. Et oui, le groupe n’a plus 16 ans de moyenne d’âge mais 27 et sortez avec une fille aussi Minnie que Nathalie Imbruglia et l’on verra si vous ne devenez pas Mickey. Il vous poussera un soleil au-dessus du crâne et vous aurez envie de chanter du rock Disneyland. L’amour adoucit les mœurs. Et puis sérieusement, l'adolescence passée, ça commençait à ne plus être crédible un groupe de garçons de plage Australiens qui voient la vie en noir. Sur Diorama leur blondinet de leader laissait donc tout naturellement jaillir les orchestrations qui lui passaient une à une au travers de la tête et, sous l’emprise d’un smile Brian Wilsonien, dépunaisait un à un ses posters d’Eddy Vedder. Le problème, c’est qu'il ne s’était pas résolu à tous les envoyer bouler (peut-être que ses petits camarades l’en avait empêcher ou qu’il n’était tout simplement pas prêt), l'amateur de grunge remuait encore. Diorama avait donc beau être bien foutu (Rhaaa, "World Upon Your Shoulder", c’te pur tube, c’est le genre de truc que je ne peux m’empêcher de chanter à tue tête en m’en croyant l’auteur), il déroutait en ménageant la chèvre et le chou. Le QI entre deux chaises, Silverchair hésitait entre envolées baroques qui sortent le lapin du chapeau et décharges heavy qui raclent le glaire dans le gorge. Résultat : des chansons bankables, un album bancal. Silverchair divisait critiques et fans. Pour certains c’est comme si le groupe venait de naître ; pour d’autres comme s’il était enterré, fini. En 2004, Daniel Johns a d'ailleurs sorti chez le label indé Eleven un side project récréatif dans une indifférence quasi totale : The Dissoctiatives. En binôme avec un ami DJ, Paul Mac, il y a fourbit un chapelet de pop song électro-cubistes. Faussement ludique et enjoué, ça ne mangeaient pas de pain, mais ça c'est révélé fort utile. Pour le prochain Silverchair, le groupe devait trouver la formule pour s’affranchir du passé et réunir ses mille et unes envies.