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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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31 mai 2006 3 31 /05 /mai /2006 01:54

"Et quand fondra la neige où ira le blanc"
Rémy Zaugg





Ça se passe de commentaire, mais c'est tellement beau qu'on ne s'y résout pas, à se taire. On se laisse aller, carpe diem, tout schuss, au penchant d'en dire plus.
Cette citation, aussi belle qu'elle puisse être, est l'accroche on ne peut plus déliquescente, toute en esquive, effacement, du magazine Clara.




Comme vous en conviendrez, cela tape autrement plus que le slogan actuel de mon site, qui est d'ailleurs sur un siège éjectable. Pas le site, le slogan bien sûr. Ce slogan actuel, il ne me plaît pas et il ne plait pas à certains de vous qui me faites l'honneur de surfer sur Parl Hot. Il connote tout un univers télévisuel que je ne souhaite guère. Nous y reviendrons.


Pour l'instant, je suis tout à goûter ce slogan mystérieusement "hors piste" dont nous gratifie le tout aussi mystérieux magazine Clara, avec sa blanche couverture aux airs de Saint Suaire, et son contenu idoine : beaucoup de texte et pas une image.





Derrière la féminité fatale et tranchante de son titre (on pense à Nadja du poète André Breton, livre au combien propice au songe), la revue fait un hommage à Richard Serra, célèbre sculpteur américain du XXe siècle et à son œuvre "Clara-Clara". Initialement prévue en 1983 pour la perspective des Tuileries celle-ci a disparu. Représentative des jeux d'équilibres et des perspectives entre de longues plaques d'acier, elle illustre parfaitement le travail de l'artiste, qui disait joliment (on pense à Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être) que le poids était pour lui une valeur "non qu'il soit plus contraignant que la légèreté, mais j'en sais davantage sur le poids que sur la légèreté."


Et Rémy Zaugg, l'auteur de la citation faite slogan, qui est-il me direz-vous, avec son étrange nom qui double le "g" comme un subtil bégaiement ? (On pense à zigzag. On skie, déjà.) Pour en savoir plus sur ce peintre, essayiste et romancier qui avait une conception ultra sensorielle de l'art, je vous invite à cliquer sur le lien web ci-dessus où vous trouverez un article de Libération dressant son portrait. Et pour vous appâter, pourquoi pas, je n'en citerai qu'un passage, éloquent (Rémy Zaugg est ado devant "la grande toile verticale bleu outremer Day before One, de Barnett Newman, au musée des beaux arts de Bâle) : "Ce qui me choqua fut le fait que le tableau n'était pas destiné aux yeux, mais était un lieu que le corps devait habiter. Mon genou, mon pied, mon dos, n'étaient pas encore sensibilisés à dialoguer avec un tableau".


Clara et son slogan font bon ménage. A eux deux ils disent tout et plus de cette revue pointue qui saute des arts plastiques au cinéma. Car Clara est précisément éphémère. Elle ne comptera que deux numéros. Presque un rêve, une éternité, en somme, que ces deux numéros d'une revue laboratoire expérimentant de nouvelles formes.

source : magazine Magazine

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10 mai 2006 3 10 /05 /mai /2006 08:58

Bédéaste ubuesque

 



"Tout le monde adore les monstres"

"Les miens, on a envie de les manger"

 

Vos dessins me font penser, par certains cotés, aux peintures de Francis Bacon. Ce peintre vous touche-t-il ?
Sans pouvoir l’expliquer, je n’ai jamais été réceptif à son travail, pourtant j’ai essayé. Je me souviens avoir vu un documentaire sur Francis Bacon où on le voyait ivre, essayant désespérément d’enfiler ses chaussures sans y parvenir, c’était interminable et très drôle, mais après une demie heure j’ai fini par changer de chaîne et regarder une émission sur la menuiserie. Plus tard, quand je suis revenu sur le documentaire sur Bacon, il était toujours en train d’essayer d’enfiler ses chaussures. J’avais trouvé ça très bien, mais je n’ai pas d’affinités particulières avec sa peinture.

Vos dessins ne sont pas beaux, vos personnages volontiers affreux. Pourquoi plaisent-ils ?Il faudrait le demander aux gens qui apprécient mon travail. Mes personnages comme mes dessins sont parfois affreux, mais il arrive que des personnes aient envie de les manger. C’est un peu comme ces sucettes en forme de vampires qui laissent des traces de bleu de méthylène sur la langue, elles sont horribles, mais les enfants les aiment.

Que représente, chez vous, le thème du monstre ?
Ma production n’est faite que de ça. Peut-être davantage de monstres de mots que de monstres de gens. Tout le monde adore les monstres, Titi le canari aussi en est un, vous avez vu la taille de sa tête ? En plus ils font d’excellents stickers, personnellement je les trouve super sympas.

Si un jour vous croisez un de vos personnages dans la rue, que lui diriez-vous ?
J’en croise souvent, ça fait plaisir. En général je les regarde un petit peu mais discrètement. J’en ai vu un, la semaine dernière, dans l’entrée d’une crêperie, il était en train de changer la façade de son téléphone portable. Je n’ai pas grand-chose à leur dire, et puis ils ne me connaissent pas, ils me prendraient pour un fou si j’allais leur parler et leur dire que je les ai créés.

En tant qu’artiste, quelle trace souhaiteriez-vous laisser derrière vous : avoir créé une sorte d'Alien, c'est-à-dire l'un des monstres les plus effrayants et emblématiques du XXe siècle, ou plutôt de Goldorak, c'est-à-dire une œuvre récréative qu’on chouchoutera comme un joyeux souvenir d’enfant ?
Il y a un peu de tout ça à la fois dans ce que je fais : un aspect récréatif, populaire et léger mais aussi une dimension plus profonde et qui reflète l’époque dans laquelle je vis. Bien sûr, j’aimerais laisser derrière moi une trace suffisamment marquée pour me permettre de vivre encore longtemps après ma mort, je crois que c’est ce qu’on recherche tous. Cela dit, à notre époque on peut se poser la question de savoir combien de temps encore durera l’aventure humaine. Le compteur sera forcément remis à zéro un jour. De plus en plus de scientifiques se mettent à penser que d’ici 30 ou 40 ans nous aurons complètement disparu. Je ne pense pas que les éponges et les crustacés seront sensibles à ce qui restera de mon œuvre.

A quelle époque, autre que la vôtre, auriez-vous souhaité vivre ?
J’hésite. Soit à l’époque de la préhistoire, soit à une époque future et sans doute imaginaire où nous aurions enfin terminé d’être des singes.

En quoi souhaiteriez-vous vous réincarner ?
En l’Océan Atlantique.

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8 mai 2006 1 08 /05 /mai /2006 00:33

Bédéaste ubuesque


 

 

 "Les choses sont plus intéressantes quand elles rejoignent leur contraire"


"massacrer des millions de gens juste pour rire"


Vous dites que vous souhaitiez, dès vos débuts, vous inscrire à la fois dans la contre-culture et la culture populaire. Pourquoi ?
Quand on fait quelque chose qui n’est pas facile d’accès, je pense qu’on a tout intérêt à en faire une présentation qui soit aussi séduisante que possible. Je trouve que les choses sont plus intéressantes quand on essaye de les amener vers leur contraire. Sans cela, on a vite fait de se complaire dans une attitude. Il y a beaucoup d’artistes underground qui crachent sur le mainstream et inversement, je ne suis pas sûr que ce soit très épanouissant, on a davantage à apprendre en allant vers ce qu’on ne connaît pas. Il ne s’agit pas pour autant de se faire récupérer, je le vois davantage comme une démarche d’appropriation.

Vos dessins sont drôles. Quelle est votre forme d’humour ?
Je préfère éviter de définir mon humour, je ne peux pas défaire d’un coté ce que je fais de l’autre. Ce que je peux dire, par contre, c’est que cette forme d’humour résulte d’une prise de conscience au cours de laquelle j’ai réalisé que dans le domaine de la création, on est confrontés à un certain nombre de barrières qui n’existent que dans notre esprit. Je me suis dit qu’après tout, rien ne m’empêche de faire mourir mes personnages puis de les faire revivre sans avoir à apporter aucune explication, rien ne m’empêche de les faire se transformer en courgettes ou de massacrer des millions d’innocents juste pour rire. A partir du moment où l’on n'ennuie pas le lecteur, tout est permis.

Pourquoi ne vous laissez-vous jamais photographier, filmer, ni même enregistrer par un dictaphone ?
Je souhaite rester anonyme parce que ça m’autorise une plus grande liberté dans ce que je fais et mon travail peut être considéré sans être rattaché à l’idée d’une personne avec ses qualités et ses défauts. Je sais que ça peut paraître idiot mais je partage cette croyance de certaines tribus primitives qui ont peur de se faire voler leur âme en se faisant photographier. Je ne peux pas m’empêcher de penser à l’oncle Bens avec son visage reproduit et multiplié à l’infini sur tous les paquets de riz, dévoré chaque jour par des millions de personnes, ça doit être épuisant. Quand on me demande ce que je fais comme travail, je dis que je trie des cacahuètes en usine ou que je vends des maillots de bains sur les marchés. Je ne tire pas de jouissance particulière de cet anonymat, mais disons que je m’épargne certaines nuisances de la célébrité.

Tout à l’heure, nous parlions des Inrockuptibles dont vous avez été un collaborateur régulier. Si je me souviens bien, vous n’avez pas signé leur "Appel contre la guerre à l'intelligence" lancé en février 2004. Pourquoi ?
Je l’ai soutenue et signée sous mon nom d’état civil, en tant que citoyen, je ne veux pas tout mélanger. En tant que dessinateur, mes opinions se manifestent inévitablement, d’une façon ou d’une autre dans ma production, je n’aime pas souligner les choses au marqueur fluo, ce serait hypocrite, personne n’a besoin de ça.

(Suite et fin.)
 

 

 

 

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8 mai 2006 1 08 /05 /mai /2006 00:15

Bédéaste ubuesque


"Mon nom était destiné à un dictateur bolivien"

"Ma forme d'humour est devenue comprise par le grand public"

 

 

D’où vous vient ce nom, Pierre La Police ?
Quand j’ai commencé à montrer mes dessins dans des livres auto-édités au milieu des années 70, les noms slaves inspiraient une certaine méfiance. L’essentiel de ma production se résumait à des séries compulsives et disco d’explosions nucléaires en feutrine collée. C’est à cette période que j’ai senti le besoin de me fabriquer un nom. Je me rappelle avoir confié ce travail et mes économies à un name-designer de Singapour, la première société qui proposait ce genre de service. Aujourd’hui ça peut paraître dérisoire mais à l’époque, la confection d’un nom se faisait à partir de données très strictes. On vous demandait des analyses médicales, un thème astral approfondi et on en tirait des fiches perforées contenant toutes les données de votre vie, remises alors à des supercalculateurs. J’appris des mois plus tard qu’il y avait eu une erreur, que le nom qu’on m’avait refilé était en fait destiné à un dictateur bolivien. On m’a proposé de me rembourser, mais j’ai préféré garder le nom.


Ce nom marque-t-il la naissance du style Pierre La Police, qui semble-t-il consiste à la fois à dénoncer le monde consumériste et à en sublimer une des facette – son cheval de Troie ? – qu’est la contre-culture ?
Ce qui caractérise mon style n’est pas né à un moment précis, je le ressens davantage comme quelque chose qui a toujours fait partie de moi et qui s’est construit progressivement au fur et à mesure de mon évolution. Le fait de prendre un nom a plutôt marqué le passage entre le fait d’exercer une activité artistique pour soi et celui où l’on décide de lui donner une expression publique. Pour répondre à la deuxième question, je ne cherche pas à dénoncer, je n’ai jamais agi dans ce but. On me perçoit souvent comme un provocateur mais je ne me reconnais pas dans cette image. Sur le fond, vous avez raison quand même, je cherche à m’inscrire dans la culture populaire tout en ayant une production apparentée à la contre-culture et à l’underground. C’était une préoccupation depuis le début. Avec le recul, je suis content de voir qu’une forme d’humour qui m’était personnelle à l’époque est devenue aujourd’hui acceptée et comprise par le grand public.

Comment êtes-vous venu au dessin ?
J’ai commencé à dessiner enfant. Je suis atteint du syndrome de Jules Verne, une maladie chromosomique très rare. Beaucoup d’activités me sont interdites car je n’ai pas le droit d’entrer en contact avec certaines matières plastiques, alors j’ai développé assez tôt un goût pour le dessin. J’ai étudié les beaux-arts pendant deux années dans une école spécialisée en Suisse Allemande. C'était horrible, on nous forçait à regarder des matchs de Curling à la télévision. C'est en réaction à cela que j'ai développé ma technique d’icônes anti-stress en fromage fondu. Avant cela je faisais surtout de la BD, je me suis mis au dessin de presse plus tard pour pouvoir m’acheter des voitures de sport. Dans le dessin de presse, on a certaines contraintes, un sujet, un format imposé, la compréhension du dessin par le lecteur doit être immédiate et appréciable par tous. Quand on accepte ces règles, ce n’est pas un problème de rester fidèle à soi-même tout en se prêtant au jeu de la commande, c’est même assez enrichissant d’un point de vue créatif. La bande dessinée par contre, permet d’exprimer des idées plus personnelles. Aujourd’hui ces deux supports ne représentent qu’une partie très minime de mon activité. Cette année j’ai principalement travaillé sur des expositions et des projets audiovisuels.

Comment vous y prenez-vous pour faire un dessin de presse ?
Quand on me téléphone et qu'on me propose un sujet à illustrer avec un format donné, j’ai en général quelques heures ou jours pour faire le travail. Souvent l’idée arrive pendant qu’on me parle du sujet. Je n’ai pas trop à réfléchir, une image qui vient de suite. En général je cherche à proposer une ouverture qui va au-delà du texte à illustrer. Parfois, l’idée ne vient pas immédiatement, alors je suis obligé d’employer une technique d’auto-hypnose empruntée à Philippe II de Macédoine.

Dans la mesure où un magazine est toujours plus politiquement correct qu’une exposition ou une bande-dessinée, votre style n’est-il pas plus percutant dans le dessin de presse ?
Il faut distinguer le dessin de presse illustratif et le cas de figure où l’on me donne une carte blanche pour exprimer des idées personnelles comme c’était le cas par exemple avec Les Inrockuptibles. Ce sont deux choses assez différentes. Je préfère quand même le travail qui me permet de m’exprimer sans contraintes. La presse a contribué à me faire connaître du grand public mais je ne me considère pas pour autant comme un dessinateur de presse. Pour certains je suis dessinateur de BD, pour d’autres je suis artiste, certains ne me connaissent qu’en tant que réalisateur. Ce qu’on sait moins c’est qu’avant de vivre du dessin, j’étais ingénieur agronome. A ce titre, j’ai commercialisé un produit pour tuer les limaces qui est l’un des plus vendus aujourd’hui dans le monde. Je comprends que ce soit un peu difficile de faire la synthèse de toutes ces facettes mais personnellement je vois cela comme un seul et unique travail. Je trouve toujours un peu de voir à quel point les genres sont encore cloisonnés, c’est pourquoi je ne peux laisser ni le dessin de presse, ni la bande dessinée, devenir mon terrain de jeu privilégié, ce serait me priver de la liberté de pouvoir faire autre chose.

(Suite.)

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6 mai 2006 6 06 /05 /mai /2006 21:56

Bédéaste Ubuesque

 

 

Jusqu’au 15 mai Pierre La Police s’expose à la galerie Kamel Mennour. Intitulé The supremacist, l’événement est une belle occasion de découvrir l’œuvre d’une "admirable laideur" de ce bédéaste véritablement fondu d’idiotie. BD, cinéma, installations vidéos : il manipule de nombreux supports pour héberger "autant de monstres de mots que des monstres de gens". En témoigne l’interview exclusive qui suit cette brève présentation de l'artiste.


L’exposition "The supremacist" de Pierre La Police, c’est un "univers inédit" dit le critique d’art Jean-Yves Jouannais, qui en signe le communiqué de presse. C’est "une sorte de bande-annonce aléatoire qui aurait pour particularité d’égarer un peu plus du sens du film à chacune de ses images". Une œuvre cultivant allégrement le mystère, le rire, le sens de l’absurde et de l’accident. Une œuvre on ne peut plus "idiote", au sens que lui donne le "courant" artistique ou plutôt l’attitude artistique qu’on nomme Idiotie. Cet état d’esprit frappeur, frappé et frappadingue, Jean Yves Jouannais s’en est fait le chantre, y consacrant une exposition et même un livre chez Beaux-Arts Editions, qui s’intitulent tous deux "L’idiotie".

Idiotie pipi
"Explorer l'idiotie, dit encore la fiche bibliographique de ce livre, c'est comme descendre avec délectation aux enfers de l'art. Faire un voyage hilare, quand il n'est pas effrayant dans l’univers de créateurs seuls et singuliers, ni vraiment clowns, ni tout à fait mystiques, qui ont fait le choix de n'être pas compris". Souterraine malgré elle, l'idiotie irrigue donc depuis plus d'un siècle, les arts plastiques, la littérature, la musique et le cinéma. C’est "une sagesse, tel un bout de sparadrap, dont l'Occident chercherait à se défaire sans jamais y parvenir."

L’empire du mou
Dans ce livre et ce "courant" artistique, Pierre La Police a sa place, culte, et "fâcheusement insituable", dixit le fan Jean-Yves Jouannais. Depuis plus de 10 ans, quelque soit l'alibi du support (illustration, bande-dessinée, exposition, émission de télé, court-métrage), il malaxe, entre fascination et dégoût, la même pâte : une idiotie qui chez lui prend forme en un déversement hallucinant et hallucinogène de junk culture "tout à la fois agressif et régressif dans le champ de la bande dessinée. Ses dessins sont des parodies de genres dépourvus de pedigree, des autopsies passionnées des multiples cadavres du burlesque, des précipités paranoïa-critiques en milieu d’idiotie." Des précipités "paranoïa-critiques" ?

Déchets d’œuvre
Disons-le tout net : La Police fait de la merde. De la merde, oui, mais au sens où Rimbaud faisait de la merde en disant dans "Alchimie du Verbe" qu'il aimait "les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs". Au sens où il la célébrait même dans ses poèmes, la merde, comme le faisait Artaud. Au sens où Duchamp faisait de la merde avec son "Urinoir". Il fait de la merde au sens qu'il fait le grand vomis critique, pittoresque, régressif, iconoclaste, subversif et dionysiaque du tout culturel. Il fait la merde de retourner au corps qui digére et réhabilite le déchet œuvre.

Pierre tombale
Sous La Police, le nerd gronde. Drogué de pop culture, il en profane le festif cimetière sans cesse renouvelé, ingurgite et régurgite cette culture envahissante qui forme cette membrane placentaire du Spectacle entre le monde et nous qui nous infantilise et nous mange. Dans ce meilleur des mondes où, sous la sophistication salope la putréfaction règne en maître, il vomit son meilleur des mondes où les monstres règnent en fous comme des clochards célestes. Des monstres échappés de nos imaginaires victimes d’un Tchernobyl pop culturel, de nos imaginaires all fucked up de trop d’images, d’icônes, de héros, qui recrachent l’infâme dans un obèse coq-à-l’âne sans fin, de bras, de jambes, de mythes et mythologies. Dégobe, dégobille, dégobiller.

Anonymat caca
Sous La Police, la merde grouille, prête au recyclage, à l’alchimie, à l’enfantillage, prête à être divisée en millier de golems, de dinosaures, de mort-vivants dégoulinants d’immondices délicieux. Ces monstres suintant de pâte à modeler sont bienfaisants, ils nous rendent la vue, en nous lavant les yeux. On dit La Police bédéaste mais c’est un bédéaste-éboueur, un bédéaste-fossoyeur, un artiste de salubrité public. Mais cette jouissance gargantuesque et délirante du caca ne fonctionne que si l’auteur disparaît lui-même dans son œuvre. Mangé par sa merde. La merde devant régner seule, par la simple force de son torrent, venant de nulle part, si ce n’est du ventre de la Terre. La Police cuisine donc son anonymat comme nul autre, en fait une pièce maîtresse de sa démarche et ne livre de lui "aucune photo, aucune notice biographique précise pour savoir où et quand il est né, ni quel est son cursus. Ne circulent de lui que des approximations non vérifiées." Néanmoins, j'ai réussi à interviewer l'artiste. Pas de visu, bien sûr, pas en chair et en os. Pas même au téléphone, mais par mail Pierre la Police a accepté de répondre à mes quelques questions. Suivez le guide... 


(Suite.)

 

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5 avril 2006 3 05 /04 /avril /2006 02:29
Le sémiologue à la petite semaine que je suis dénoue le pacte sulfureux que signent Le Fil de Camille et la fibre textile dans la dernière campagne Kookaï (suite).

Beauté : arme de destruction massive

La beauté est l'atout pervers de la mangeuse d'hommes, d'une femme vue sous l'angle de l'amazone. Cet axe est le concept de communication cher à Kookaï depuis quelques années. Et il atteint là des sommets de subtilités. On n'a plus affaire aux torses scarifiés des pubs précédentes mais en substance, on y dit la même chose sur le pouvoir de la femme. Kookaï innove car il ne montre pas des femmes-objets victime de leur beauté, comme le font la plupart des pubs, mais des femmes qui ne sont pas seulement jolies parce que, derrière leur beauté qu'elle considère comme une arme, un appât, elles ont plan, une motivation profonde et clairement assumée qui est de manger du mec. De dévorer de la chair. De réduire l'autre en objet. La beauté est donc présentée comme carnivore, destructrice. Mais est-on tenté d'ajouté, pour continuer dans la cruauté, cette beauté est d'autant plus liée à la mort qu'elle est une arme périssable. "Pretty things are going to hell" comme disait Bowie. La beauté meure deux fois de faner avant de disparaître. En cela aussi, la beauté est divine et diabolique à la fois.

La femme amazone

Camille et son Fil incarnent à merveille cette image amazone de la femme défendue par Kookaï. Elle aurait pu être leur ambassadrice. Tout comme Claire Dit Terzi (avec Boucle) et Fiona Apple (avec Extraordinary Machine) qui sont elle-même très amazones. Mais pas Emilie Simon, trop femme-enfant avec son Végétale. Amazone, Camille l'est radicalement. Avec Le Fil, l’ange s'est fait tête de lard. Dans cet album, elle se met démesurément en avant et impose sa différence, sa volonté de fer et son coté barré, voire misanthrope. Elle se joue du beau et du laid, du corps et de l’esprit, du bien et du mal, du masculin et du féminin, du malaise et de la fascination, mêlés, qu’elle peut susciter. Elle joue les fées-sorcières. Fait son théâtre de la cruauté. Sa dynamite nietzschéenne. Son fil d'art, c'est la guillotine et le pic à glace d'une artiste qui revendique son sexe fort, mais aussi son supplément d'âme et de l'intelligence jusque dans ses excès d'idiotie. Son Fil c'est la pelote de laine d'une chamanique maniaque qui tisse sa toile pour nous prendre en son centre et nous faire siens. C'est une araignée, une mante religieuse, un animal, quoi.

La fibre textile et Le Fil de Camille sont donc étroitement liés. Ils sont les doubles hélices d’ADN finement torsadées d’une nouvelle forme de vie qui prend son indépendance, d'une vie carnivore qui se retourne contre elle-même, pour manger la vieille vie d’avant : homme avec un petit h et l'Homme avec un grand H. Et cette fibre et ce Fil, c'est enfin la déclinaison, l'ombre d'un autre fil, tendance, qui est tout aussi dévorant et destructeur : le fil nombrilaire des nouvelles technologies. Cette fibre et ce Fil sont l'ombre du cordon et du câble de téléchargement de l'ère numérique. De l'ego-casting des nouvelles technologies qui plongent dans les profondeurs de l'être, la peau et l'égo, pour le "customiser". Cette fibre et ce Fil sont le symptôme des nouvelles technologies portables, iPod en tête, devenues Moi de substitution auquel de plus en plus de monde se connecte. Pour s’isoler des autres. Et se fuir soi. iPod, Fil tentateur, serpent : toujours une histoire de pomme au centre...


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5 avril 2006 3 05 /04 /avril /2006 01:46
Le sémiologue à la petite semaine que je suis dénoue le pacte sulfureux que signent Le Fil de Camille et la fibre textile dans la dernière campagne Kookaï (suite).

La marchandise se fait chair
Dans l’affiche Kookaï, on le voit : la fibre de la fringue s’autonomise violemment. Lévite électrostatique comme la résultante d'un son. Une onde sonore qui se propage, nerveuse. La fibre est nerveuse. Animale. Le fibre est autant  sonore qu'épidermique. C’est le tissu charnel d’un vêtement qui se fait chair plus qu'il n'habille. Un vêtement-marchandise qui prend vie pour mieux susciter le désir, dans un mélange troublant et très fort d’Eros et de Thanatos. Via la fibre, la marchandise s'approche de vous comme un serpent tentateur. Il est question de mue, de prédation, de changer de peau. D'en prendre une autre. Comme le verbe Biblique, le vêtement-marchandise se fait chair. Odieux, mais divin, il s'effiloche, s'aiguise et se divise en fibres pour mieux régner, pour tel un monstre-plante s'infiltreren vous et vous contaminer et tel un succube vous cannibaliser. Ce cannibalisme indique la forte personnalité de la fille Kookaï. Qui va se retourner contre vous, hommes.

La peau et l'égo, visée du Fil

Désir  = mort. Le slogan fait donc sens. Il dit : "Je ne suis pas jolie, je suis pire". On ne sait pas très bien si c’est la fille ou le vêtement-fil-marchandise-serpent qui le prononce. C’est probablement les deux, fusionnés. Mais toujours est-il qu'il surligne la situation de prédation qu'induit l'affiche, et pointe un message cruel, à savoir que la beauté n'est pas la pour faire joli et être consommée. Mais qu'au contraire, elle est là pour créer le désir, vous attirer dans ses filets et donc vous consommer. "La peau est ce qu'il y a de plus profond" disait Paul Valéry. La fibre prédatrice de Kookaï et Le Fil de Camille se rejoignent donc dans les profondeurs de l'être : la peau et l'égo

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5 avril 2006 3 05 /04 /avril /2006 01:42
Le sémiologue à la petite semaine que je suis dénoue le pacte sulfureux que signent Le Fil de Camille et la fibre textile dans la dernière campagne Kookaï.

N’y a-t-il pas comme un petit bout de Fil dans cette pub Kookaï ? Dans son fil qui lévite, électrostatique ? Oui, comme un bout du Fil de la chanteuse Camille, dont le deuxième album, Le Fil, a été certifié disque d’or et Prix Constantin 2006 ?

Camille, Björk de France
Avec ce disque, la mutine jeune femme du Sac des filles, son premier disque gentil tout plein bien qu'un peu chipie, s'est mutée en chanteuse à voix et grimaces beat box Mimi Craca. Elle est devenue l’équivalent français de la fée cyborg hystéro crispante qu’est mondialement l’islandaise Björk.

La maladie d'amour du Fil
Tout au long de son disque, Le Fil, court une note, un si qui joue le rôle de colonne vertébrale sonore discrète et solide. C'est sur lui que se greffent et s’ébattent la tonalité de morceaux dont la voix est le principal ressort.
Des morceaux dont il ordonne le métissage barré de soul-médiévo-tribal. Dans le jargon, on appelle cette note coninue un "bourdon". Et il court ce bourdon, il fait fi des frontières ce Fil, il s’en rit, les franchit. Argentine, Brésil, Belgique, Angleterre, Allemagne, Hongrie, Liban, Pologne, Canada, Etats-Unis : partout où Camille l’a baladé ou s'apprête à le balader, il a fait ou va faire mouche, Le Fil. Une vraie maladie d'amour. Quel rapport avec le fil de Kookaï ? J'y viens.

Il n'y a que la maille qui Fil

Primo, Le Fil, c’est la chair du disque, son propos. Il symbolise le noyau dur que chaque individu possède et doit trouver en lui-même. Ce noyau dur, ce centre de gravité essentiel et intime, une fois qu'on l'a, tout est permis, on peut partir en vrille. Voler en éclat. Goûter les fruits de notre liberté. VRAIMENT nous exprimer. Et en un mot VRAIMENT créer. Le Fil, c’est le concept élargi de l’art selon Camille. L’infiniment petit qui façonne le tout. La maille reproductible du grand tissu...


Le Fil
chrysalide bleu marine

Deuxio :
forte en concept, la Camille n'a pas bien évidemment pas manqué de matérialiser son fil sonore en fil visible, en fil de tissu. Ce fil, c'est celui qu'elle arbore sur scène et sur la pochette de son disque, comme un horizon indépassable à dépasser, un fil de funambule sur lequel jouer. Matérialisé, le concept du fil est alors déclinable sur tous supports, impossible de lui échapper, il ne nous quitte plus. D'ailleurs ce fil il apparaît dans le clip du single "Ta douleur" et il est des milliers. En effet, jusqu'au-boutiste, Camille file la métaphore en s'affichant prisonnière d'un long pull bleu marine, une matrice, une camisole, voire une chrysalide dans laquelle elle s'amuse à se débattre. Le fil devient pull. De son clip à la campagne Kookaï, il n'y avait qu'un pas.


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28 mars 2006 2 28 /03 /mars /2006 19:58
Journée de grève générale, part III

Pourtant, j’avais des raisons de manifester. Le 23 mars 2006, grâce à Jacky Durand et Gilles Wallon (dont j’ai rencontré une amie à l’occasion d’une soirée, jolie d’ailleurs l’amie), j’avais appris des techniques de grands-mères pour manifester sans pleurer ma mère. Libé m’avait fourni le guide du parfait petit protestataire. Et ça aurait pu me dire de les tester ces techniques, de jouer les petits malins invincibles grâce à quelques trucs et astuces. Avec elles, j’aurais pu faire la nique aux CRS. Mais ce n’est pas mon genre. Je vous les livre tout de même, pour vous, bande de courageux, au cas où les manifs anti-CPE se répéteraient encore pendant plusieurs semaines. Au cas où, sait-on jamais, Villepin ferait la sourde oreille. Primo : si l’on se fait gazer par une bombe lacrymo, il faut garder son calme, car si on s’affole, on respire plus vite et on inhale donc plus de gaz. Deuxio : il ne faut pas se frotter les yeux car plus on se les frotte plus on pleure, or, précise un ophtalmologue, le gaz lacrymogène cherche justement à augmente la sécrétion lacrymale pour provoquer "dans ces larmes une réaction allergique, qui pique, donne les yeux rouges, gonfle les paupières".

Alors que faut-il prendre avec soi ? Tout d’abord, il faut se laver le matin, bien se sécher et ne pas se maquiller. En effet, le maquillage et les lotions de beauté ont "tendance à fixer les gaz sur la peau" et plus la peau est mouillée plus les pores se dilatent et laissent entrer les gaz. Aussi, il faut ôter ses lentilles, mais emporter son sérum physiologique qui servira à se rincer abondamment les yeux si le gaz vient les piquer. Pour éviter de se faire intoxiquer par le gaz, un CRS conseille de "se masquer le nez et les yeux avec ce que l’on peut avoir sous la main", une écharpe par exemple. Ok, mais ça c’est quand on n’a pas prévu le truc à l’avance. Gérald, lui, "21 ans, ex-occupant de la Sorbonne, au front tous les jours face aux forces de police" ajoute donc, en bon pro, sa touche supplémentaire qui fait la différence : il faut presser un citron sur son écharpe avant les jets de grenade car "l’acidité filtre les gaz" et permet donc de mieux respirer. Le site de la Confédération nationale du travail propose une variante très terroir au jus de citron. En mouillant son écharpe dans du vinaigre au cidre de pomme, on obtiendrait le même pouvoir filtrant. Mais bon, si on a vraiment réfléchi deux secondes et pris le temps de fouiller son armoire ou de faire quelques achats, on sera avisé de prendre avec soi un masque chirurgical, un masque de ski ou des lunettes de piscine. Pour Gérald, ça fait pitié, mais moi, perso, je conseillerais même, si je puis me permettre, d’en prendre plusieurs avec soi, comme ça on pourra aider d’autres manifestants en leur en donnant. Et avec un peu de chance, on tombera sur une jolie manifestante avec qui l’on fera pitié, mais à deux. Là, pour le coup, on n’aura pas perdu son temps. Comme plan drague, il n’y a pas mieux.

(les photo viennent de http://photos.blogs.liberation.fr/)
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28 mars 2006 2 28 /03 /mars /2006 19:55
Journée de grève générale, part II

Mais qu’est-ce que je dirais à mes enfants, voire mes petits-enfants, si j’en ai plus tard, qu’est-ce que je leur dirai quand ils me diront : "Hé ! papa (ou papy) t’as déjà manifesté, toi ?" Bah oui, à un certain âge, les enfants ont besoin de savoir que leurs parents se sont battus fermement pour un idéal avant de se ranger, d’avoir une vie de famille et de se consacrer à leurs pommes. Ils ont besoin de savoir que leurs parents ont défendu avec force leurs rêves et leur peau. Ce qu’il leur restait de leur enfance. Parce qu’ils se sentent eux-mêmes en perte d’enfance alors ça les titille ce choix, ce dilemme, ça leur fait peur. Ils sentent aussi que le rapport primaire parents-enfants se désagrège et qu’ils vont bientôt devoir le réinventer, quand ils seront adultes. Et à ce stade, ils aimeront avoir à faire avec des adultes sains, qu’ils estiment un minimum en tant que tel, dans leurs choix et leur parcours personnels. Car ils ne seront plus que parents. Ce sera trop facile de se retrancher dans ce rôle. Il devra faire face à ça, l’enfant. Et les parents aussi.

Alors, je leur dirai quoi à mes enfants ou mes petits-enfants ? Je leur dirai : "Oui, Papa s’est battu pour quelque chose. Il s’est battu pour lui. Pour sa propre réussite, son propre épanouissement, pour trouver un métier et un chemin de vie qui ne laisse pas ses rêves d’adolescents et sa part d’enfance sur le bas-côté. Il s’est battu pour exercer un métier qui corresponde à ses valeurs, ses idées. Pour ainsi rester jeune, ouvert, cultivé, devenir sage mais toujours agité, intéressant. Pour ne pas vieillir trop vite ou devenir aigri, pour avoir quelque chose à dire et à vous transmettre, autre que de l’argent et des souvenirs datés. Pour que vous souhaitiez juste m’écouter et peut-être tirer profit de certaines choses que j’ai pu vivre. Voilà, c’était cela son engagement à Papa. C’est pour cela qu’il s’est battu. C’est un combat qui vaut ce qu’il vaut, qui n’était pas collectif, pas très élevé, pas très idéaliste, mais qui correspondait à son idéalisme à lui, qui était assez réaliste et qui n’était pas gagné d’avance. Papa, il se disait juste que si chacun faisait ce combat ordinaire pour rester un être humain qui puisse se regarder dans le miroir de ses rêves, le monde irait mieux et on n’aurait pas besoin de descendre manifester dans les rues." Petit, Papa était con. Merde, merde, merde.

(la photo vient de http://photos.blogs.liberation.fr/)

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