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  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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INTERVIEWS

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 23:09
Blossom girl &
fake Bisounours

 


Au départ je me disais que j’avais été con d’accepter l’interview de Chairlift. J’avais aimé leur premier album, Does You Inspires You ?, parfait dans le genre rêveur eighties, entre MGMT et Au Revoir Simone, mais cela méritait-il vraiment que je me je casse le tronc à leur taper la converse en anglais, à trouver des questions futées ? N’avais-je pas déjà 36 000 interviews à dérusher ? Et puis franchement, au-delà de sa jolie musique, ce groupe-là avait-il tout simplement des choses à dire ?

 

Chairlift c’est comme ces filles qu’on trouve belles et attirantes et qu’on ne trouve que belles et attirantes : on devrait les laisser à leur place, ne pas trop leur en demander. Je m’étais dit ça après coup. Trop tard donc. Par habitude, attitude compulsive, et parce que l'attachée de presse, mignonne, avait su m’attendrir, je m’étais engagé, mis tout seul dans le merdier. Mince, j’allais avoir l’air de quoi pendant l’interview ? D’un rigolo ! J’allais tenir quoi : 5 questions ?

 

Pour me sortir d’affaire, m’était venue une pirouette. L’idée de commencer l’entretien ainsi : "Salut Caroline, salut Aaron, salut Patrick. Bon, je suis un peu embêté parce que vous faites partie de ces groupes dont la musique me plait mais ne m’inspire pas de questions." Partir là-dessus me semblait un brin risqué. Me trouveraient-ils goujat ? Effronté ? Inspirant ? Car ça pouvait être marrant aussi, plein de promesses. Ah, j’aurais mieux fait de m’abstenir ! Enfin je dis ça, c’était avant leur concert du 19 octobre dernier. Une fois au Zénith, je n’aurais échangé ma place pour rien au monde.

 

Oh pas que le show était à se taper le cul par terre. C’était même un peu brouillon à cause d’un problème sur leur kit de batterie électronique, mais fallait la voir, elle, Caroline. Superbe. A la regarder virevolter dans sa petite robe noire, je planais total. Impossible de décrocher mon regard. Pour un peu, si je m’écoutais vraiment, je vous parlerais d’elle en convoquant un champ lexical neu-neu fait de fleurs, d’anges, de cœurs alors que, sérieux, faut se calmer, c’est juste une très belle nana de 23 ans qui cite "Wild Horses" de Prefab Sprout en guise de chanson préférée parce qu’elle trouve ça à la fois trop cool, sophistiqué, vicieux et fleur bleue.

 

A cet instant comment vouloir autre chose qu’être seul avec elle ? Tout homme normalement constitué ne devait avoir que ça en tête. Et je planais d’autant plus à la voir que j’avais cet immense privilège. Parmi tous les gens de cette salle je serai le seul à pouvoir la voir quand les lumières se seraient tues. J’en chérissais comme jamais les "raisons" qui m’avait fait faire ce "job", l'attachée de presse qui m’avait envoyé le "skeud", proposé l’interview, invité au show. Et l’alibi de mes questions.

 

Oui, car en plus, Caroline j’avais milles choses à lui dire. Sachant que j’allais l’interviewer j’ai replongé dans son disque et derrière sa Feistitude j’avais fini par voir des choses, tellement que plein de questions m’avaient assailli. Un "angle" Tout.

 

19 octobre 2009. 21h. Mon fantasme de Caprice des Dieux avec la chanteuse de Télésiège semble légèrement compromis. Dans leur loge c’est un peu le bordel. Alors qu’elle mangeait un brownie, Caroline vient de le jeter sur Aaron et de quitter la pièce, furax, lui la suivant. Manageuse, photographe, on en reste comme deux ronds de flanc. S’ébauche l’idée de faire ça après le concert de Phoenix, le temps que ça calme, si c’est ok pour nous. Mais revoilà Caroline dans l’embrasure de la porte, détendue, fraîche, dispo, comme si rien ne s’était passé. Du reste, on ne s’est pas ce qui s’est passé. On n’y comprend que dalle. Je lui demande si tout va. Dans un mélange de distance et de douceur qui me scie total, elle me répond "Oui".

 

Caroline parle un français à faire pâlir Jodie Foster, d’une voix grave, posée, sans accent où tout semble mûrement réfléchi, et dans la pure symétrie de son visage de belle brune aux yeux bleus, de belle brune aux sourcils épais, charismatiques, parfaitement dessinés, tout exprime sérieux, angélisme serein. J’en profite : "Ça te dérangerait pas qu’on fasse ça en français, surtout vu mon anglais ?" Elle me répond que "Non", elle traduira mes questions à Aaron (guitare) et Patrick (batteur).

 

Aaron n’est pas revenu, la manageuse non plus. Un type est vautré dans le canap. Caroline nous dit que c’est John Maus, un ex-membre d’Animal Collective. Il les accompagne sur scène pour faire les claviers. "Il est génial !". Une nana commence à les shooter, Patrick et elle. J’apprendrai qu’elle aussi est journaliste, pour Puretrend.com. Je laisse faire, me demandant quand mon tour doit venir, et si je suis pas en train me faire cramer mes 20 minutes d’interview. Patrick : "T’es prêt ?"




 

"ce morceau a aussi un côté croque-mitaine"

 

"quand on tombe amoureux il est souvent plus question de chute que d’amour"

 


 

Oui, c’est quand vous voulez !

Patrick : Alors viens donc t’asseoir près de nous (ils sont perchés sur un bout de table) et faisons ça pendant qu’elle nous prend en photo.

 

Ok. Alors comment avez-vous vécu ce concert ? Vous avez juste joué 30 minutes…

Caroline : Ça te va s’il répond en anglais ?

 

Oui, bien sûr.

Caroline : Patrick, tu peux répondre en anglais. Qu’as-tu pensé du concert de ce soir ?

Patrick : Je dois répondre en français ?

Caroline : Non, c’est ok, il traduira après ! Il préfère juste poser les questions en français, c’est plus pratique pour lui.

Patrick : Ah, ok ! Donc comment était le concert ? Hum… le concert était… hum… Disons que la question est soudaine. Je n’y ai pas encore pensé ! Mais je pense que c’était un bon concert. (Ça toc à la porte. Je comprends que tout à l’heure l’un deux à dû la fermer à clef en rentrant.)

Caroline : Fais-le rentrer.

Patrick : Non, ça va.

 

Qui est-ce ?

Patrick : Ce doit être Aaron.

 

Pourquoi ne veux-tu pas qu’il rentre ?

Caroline : Je ne sais pas, je veux bien le laisser entrer moi !

Patrick : Non (rires) !

 

Que se passe-t-il ?

Caroline : On vient de faire un "food fight" avec les brownies, au départ c’était amusant…

 

Et ça a dégénéré ?

Caroline : Voilà ! (Ça toc de plus belle à la porte. Si fort que ça nous interrompt.)

 

Wouah, si ça continue je ne sais pas si on va y arriver !

Patrick : Si, si, vas-y.

Caroline : En fait ce soir c’était un drôle de concert car notre kit de batterie électronique s’est soudainement déréglé si bien qu’à chaque frappe tous les rythmes se déclenchaient en même temps. Bref, tout partait de travers. On sentait que ça déstabilisait le public, qui était calme, à l’écoute. Mais nous sur scène, tous ces problèmes nous faisaient rire !

 

Du coup le son était assez brouillon !

Caroline : Oui, mais ça a aussi généré une tension, une électricité, et vu la foule qui nous faisait face, une foule énorme qui n’attendait que le concert de Phoenix, ce n’était pas si mal d’avoir ce genre de défi à relever. Nous qui avions l’impression de jouer dans un stade ça nous a réveillé et eux bah je pense que ça les a un peu déçu, dérouté, mais ce n’est pas grave. C’était quand même un bon concert. Intéressant.

 

Vous n’avez donc joué que 30 minutes. Ce n’est pas trop dur de sélectionner quels morceaux jouer pendant un si court laps de temps ?

Caroline : Bah on n’a qu’un album…

 

Oui, mais sur votre premier album vos morceaux sont musicalement tous très différents les uns des autres. N’est-ce donc pas dur de bâtir une set-list de 30 minutes cohérente ?

Patrick : (Ça retape à la porte, de manière répétée, assourdissante.) Oui, c’est dur. Notre disque doit durer seulement 45 min…

Caroline : Oui, c’est un disque très court…

Patrick : Et nous n’avons qu’un disque donc…

Caroline : Enfin non, la première édition de notre disque dure 45 min mais la seconde doit durer environ 52 min...

Patrick : On a donc dû couper… 52 min – 30 = 22 min… (Je me dis que j’ai bien fait d’opter pour le français, ça laisse l’ascendant de parole à Caroline et relègue Patrick au second plan qui, la tête ailleurs, a du mal à percuter.)

 

Oui…

Caroline (reprenant les rennes, ferme) : En fait ce qu’on joue dépend du contexte. Là on devait jouer devant 6000 spectateurs. Parmi nos morceaux on a donc choisi ceux qui se prêtaient le plus à ce genre d’ambiance, c’est-à-dire nos morceaux dansants et nos morceaux planants. Par exemple "Territory" est un morceau sur lequel tu ne peux pas danser, mais ses sonorités son si "space" que c’était super de la jouer dans une grande salle comme celle-là.

Patrick : Oui, c’était super de jouer "Territory" dans une grande salle, surtout dans une grande salle pleine de gens.

 

Comme je vous le disais, ce qui m’a frappé à l’écoute de votre disque, c’est qu’en terme de musique et de chant j’ai presque l’impression d’avoir un groupe différent à chacun plage. Cet éclectisme c’est quelque chose de voulu ?

Caroline (traduit pour Patrick, qui comprend, rigole) : Oui, sur disque nous sommes parti dans plusieurs directions mais je crois que tout ça converge en live. Qu’en penses-tu ? Sur scène as-tu toujours l’impression de voir un groupe différent à chaque morceau que nous jouons ?

 

Non, j’ai justement trouvé que votre son y gagnait en cohérence, que vous vous y montriez globalement plus "space", "rock"…

Caroline : Oui, et je pense que c’est pour ça que ça vaut le coup de nous voir live quand on connaît notre disque, parce que sur scène ce n’est pas la même chose. Après, ce que tu pointes là, notre diversité musicale, c’est ce que certains n’arrêtent pas de nous reprocher, mais voilà nous c’est ce qu’on aime. A la base Aaron et moi on est DJ, enfin "selector", on aime bien les musiques de films, le côté juke box, partir dans toutes les directions…

 

Je vois. C’est pour ça qu’il y a par exemple un monde entre "Territory" et "Bruises", qui est d’humeur très "Bisounours" ?

Caroline : D’humeur quoi ?!

 

"Teddy bear" !

Caroline : Oh ! Il trouve que "Bruises" a un côté "ours en peluche" !

Patrick : Euh, oui, un peu ! Pour moi ce qu’il y a de bien avec cette chanson, entre autres choses, c’est le fait qu’elle puisse sembler Bisounours tout en ayant un côté très déprimé dans le fond. Je veux dire : elle a aussi un côté "Boogey man".

 

"Bruises", un côté croque-mitaine ?! C’est-à-dire ?

Patrick : Hé bien ça dépend de l’auditeur qui l’écoute. Certains vont plus voir le côté Bisounours et d’autres le côté Boogeyman.

 

Qu’est-ce qui t’évoque le croque-mitaine dans un morceau aussi sucré que "Bruises" ?

Patrick : Je trouve que la chanson charrie quelques lignes harmoniques bien sombres…

 

Ah ? Moi j’ai plutôt retenu son rythme de basse sautillant qui me la rend proche de certains morceaux joyeux de The Cure !

Caroline : Nos chansons parlent beaucoup de ce que c’est qu’être jeune et être jeune c’est aussi une certaine tristesse... "Bruises" est une chanson d’amour. Elle parle du fait que dans tous les cas tu souffres quand tu tombes amoureux. Et que dans le fait de tomber amoureux il est d’ailleurs souvent plus question de chute que d’amour... En écho à ça, on a passé pas mal de temps en studio pour que la chanson reste légère, entraînante tout en ayant un son spacieux qui incorpore quelques nappes plus sombres, mélancoliques.

(Suite.)


 

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 10:53
N’a-t-il fait que bader après "Thriller" ?

 




Autant j’ai failli en verser une pour Bashung autant pour Michael… Le mec était parti trop loin, trop loin des hommes et de l’idée somme toute basique qu’on se fait du songwriter ou du song and dance man comme ils disent là-bas… N’empêche tout l’été je me la suis repris en plein face la musique de Michael. Impossible d’y échapper, elle était partout, sortant des radios, des télés, des bars, de chez toi, du supermarché. Partout comme un zombie, plus pimpant que jamais. Obsédante. Mutante. A tel point que marchant dans la rue avec elle en tête je n’avais qu’envie : stopper ma folle course parisienne pour exploser comme un éclair en un "Who’s bad !", jambe en l’air.

 

"Ce que l’homme a de plus précieux est une brève épilepsie" écrit Paul Valéry dans Tel Quel II. C’est ça. M.J. était un(e) "Führer de vivre", une frustration qui éclate. De celle qui vous dynamite tout gosse sous les atours de King of Pop… Bon cet été (meurtrier) je n’ai pas moonwalké en pleine rue. Pas osé. Au lieu de ça j’ai lu. Deux biographies consacrées à M.J. : Michael Jackson, Pop life d’Olivier Cachin et Michael Jackson, La chute de l’ange de Stéphane Koechlin, et décidé d'organiser un truc à trois : une rencontre-débat. Des deux bios, je ne vous cacherai pas que ma préférée est celle de Cachin, celle de Koechlin tenant plus du "fast book" comme l’a si bien dit son confrère. Son livre sur l'icône, Koechlin l’a écrite en 15 jours après la mort de l’artiste. C’est une commande de son éditeur. Deux co-auteurs l’ont aidé. Sans cela, dit-il, il n’aurait jamais écrit sur Michael. A l’inverse de Cachin, qui avait presque fini son livre le jour du fatidique 25 juin 2009, il ne l’a jamais porté dans son cœur. Il n’est pas "fan", surtout de sa période post Thriller. Il assume sa "chute de l’ange" sensationnelle et psychologisante comme la bio "illégitime" sur Michael ? Soit. On pourrait en discuter longuement. Comme on le pourrait du livre sobre, homérique et documenté de Cachin. On le fit d’ailleurs. Mais vu les riches désaccords de ces deux spécialistes de musiques noires sur Michael Jackson, j'ai, dans un premier temps du moins, décidé de garder leurs propos sur ce qui lui survivra  : sa musique. Interview vidéo, pour changer !

 

Merci à Fulldawaprod


 

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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 20:12
Le diable au corps



"Patrick Fiori, faut pas le faire chier !"

 

"Luke, les enfants du Tostaky ? ça me fait bien marrer !"

 



Au-delà du hasard de votre rencontre, rester à trois guitare-basse-batterie pour Solas, c'est un choix musical, l’envie de sonner frontal ?
Denis et Paul : Ouais, carrément !
Paul : C'est plus exigeant encore, c'est un peu notre ligne de conduite. On ne veut pas rentrer dans le côté 3-4 à l’arrache. Au contraire, on se prend la tête pour faire sonner le truc à trois. C'est une autre démarche que si on avait un deuxième guitariste, un clavier ou je ne sais quoi. C'est mieux comme ça. Et c’est un challenge car ça ajoute de la difficulté à l'interprétation des chansons sur scène tout en apportant énormément d'émotion dans l'instant joué. Pour nous le but c’est d’amener quelque chose de brut à quelque chose de beau, percutant, nickel.

Vous ne faites donc pas l'apologie du son vintage comme les White Stripes ?
Paul : Non, rien à foutre. Là on enregistre live, mais on ne couche pas ça sur bande, on le rentre dans le disque dur et pour le mixage en analogique y’aura un ordi derrière. Mais bon, être vintage ou pas, ce n'est pas trop le problème parce que les White Stripes ce n'est pas nouveau. Nirvana sonnait déjà hyper brut. Pareil pour plein de groupes punk : ce n'est pas nouveau. Tout ça pour te dire qu’on ne s'identifie pas à la mode actuelle de ces groupes célébrés parce que certains se disent : "Ah ! ça alors c'est brut, à l'ancienne ! ça change des productions modernes." Surtout qu’il n'y a pas qu’on ne fait pas que des morceaux rock, on a aussi quelques chansons "chanson".

Oui, d’ailleurs votre rock m’évoque des choses très françaises comme Noir Désir, Téléphone, Renaud, La Mano...
Denis : Niveau textes, je ne me prononcerais car c'est Paul qui les écrit, mais moi musicalement je ne peux pas dire que j'ai été influencé par des groupes français.

C’est peut-être vrai pour toi, Denis, mais pour ce qui est de Solas vous ne pouvez pas nier que ces influences ressortent dans vos compos, même si ce n’est qu’inconsciemment...
Paul : Complètement. Je pense que le lien par rapport à ces références, c'est que tous ces gens sont des artistes. C'est-à-dire qu'au-delà de toutes considérations rock ou pas rock c’est sûr qu’on a été marqué par des artistes comme Renaud, Noir Désir, La Mano et même les Rita et NTM à leurs grandes époques, quand ça pétait vraiment, qu'on se demandait : "C’est quoi ce truc ?!". Nous, c'est clair qu’on s'identifie à l’émotion que procuraient ces groupes. C'est peut-être prétentieux comme démarche, mais je trouve que c'est prétentieusement beau. Du moins ça a le mérite d'être honnête. Après pour ce qui est du chant dans le rock français, c'est très simple : si tu prends un morceau rock anglais et que chantes en français dessus à la manière anglaise, c'est de la merde. Inévitablement. A 99%. Beaucoup ont essayé, on ne les citera pas, mais ça ne le fait pas, c'est tout. C'est une question de voix, de phonétique, de figures rythmiques. Si tu essaies de chanter en franglais, comme on dit, c'est insupportable.

Pour toi, Paul, écrire en anglais, c'était donc inenvisageable ?
Paul : Si tu aspires à de grandes choses tu ne peux pas t'exprimer avec un outil que tu ne maîtrises pas. C’est juste ça. Est-ce que les anglais chantent à "la manière de" ? Non, ils chantent en anglais parce qu'ils sont anglais et c’est pour ça que ça le fait. On doit faire pareil.

ça te demande un vrai effort d'écriture ?
Paul : Ouais, vachement, c'est important.

Depuis combien écris-tu de tels textes ?
Paul : Depuis que le groupe existe. L'un ne va pas sans l'autre. Au fur et à mesure des compos et de l'évolution du groupe, une identité s'est forgée et j'ai besoin de me nourrir de l'émotion et du feeling qui naît entre nous pour générer des mots et écrire quelque chose qui soit à nous. Je n'écris pas que pour me faire plaisir. Si j'avais dû écrire tout seul, je n'aurais sûrement pas écrit la même chose.

Paul, tu dis que tu tentes au max d'écrire d'après ton vécu. Tes textes s’inspirent-ils parfois de lectures ?
Paul : Non, je ne lis pas trop, c'est la merde ! J’aime bien Herman Hesse, il a une écriture assez expressionniste. Pareil en peinture, j'aime bien l'expressionnisme. Et pareil en musique !

 

Votre dossier de presse mentionne que vous n'hésitez pas à "assumer l'émotion". Ça veut dire quoi "assumer l'émotion" ? C'est ça le côté "expressionniste" ?
Paul : Ouais et je pense que c'est une force. Quand tu n'as rien à perdre, il ne faut pas avoir peur d'être ridicule sur scène (rires) !

On est d’accord ! Dans certains de vos morceaux il y a un côté glam kitch et kamikaze que tu lâches à bloc sur scène ! On se dit un peu : le mec en fait des tonnes !
Paul : Ouais, mais c'est parce que je suis content d'être là (rires) ! La scène, c'est un terrain de jeu. Il faut donc essayer de donner le plus d'énergie et d'émotion possible. Et puis ça ça vient aussi de nos références parce que je pense qu'il faut que tout ça soit un peu sexe, dérangeant : c'est l'aspect rock'n'roll du truc.

Tu n'as pas peur que les gens ne voient que ça ?

Paul : Non, il faut les deux : qu'ils voient l'attitude et qu'ils entendent les chansons.

Vocalement, tu pousses...
Denis : C'est son côté tantouse (rires) !
Paul : Ouais, je suis une grosse salope ! C'est vrai, j'ai envie de pousser.

Etre grandiloquent ?
Paul : Ouais parce que c'est marrant la grandiloquence, l’exagération. Il ne faut pas hésiter à mettre certains trucs en avant...

Les tripes ?
Paul : Ouais, je ne sais pas comment expliquer, c'est vachement abstrait. Mais regarde, c'est toujours pareil, les mecs qui te marquent au chant, ils y sont allés à fond. Freddy Mercury, il rigolait pas, quand il se mettait à chanter ça chantait ! Il a complètement extrapolé son délire. Pareil pour Bon Scott d'AC/DC. Et Jeff Buckley ! Lui, il t’a carrément remis au goût du jour un truc qui était d'une autre période. Putain, merde, trop beau ! Le mec s'est lâché, il a osé. De toute façon à moins de s'appeler Gainsbourg peu de personnes peuvent oser chanter très clean, avec peu de choses. Ce n'est pas Marc Lavoine qui me contredira (rires) !

Et tous ces chanteurs qui poussent sont anglo-saxons…

Denis : Oui, alors bien sûr, dans le genre emphatique français, on va te dire Brel, mais c'est toujours facile de le citer.
Paul : Mano Solo aussi, des fois, ça pète.

Mais ça reste Brelien, il roule les "R".
Paul : Pas faux.
Denis : Bah Cantat, il a une pure voix.

Enfin voilà, y’en a pas 36 000 !
Denis : Attends, y’a Florent Pagny : "Baryton" !
Paul : C'est de la balle ça ! ça te retourne ! T’écoutes ça, bon bah voilà, un vrai de vrai (rires) !

Obispo ?
Denis : Ah oui, y’a Obispo ! C’est vrai qu’il pousse lui aussi.
Paul : C'est sûr. Et l’autre là, comment il s'appelle ? Le corse-là ? 

Denis : Ah ouais : Pat !
Paul : Bam ! Bam !
Patrick Fiori ! Lui, il pousse. Ah ! faut pas le faire chier Patrick. Il est malin, il te fait les chœurs, il écarte le micro, technique, quoi ! Mais le problème c'est : pourquoi je chante ? Est-ce que j'ai besoin de mélodie sur quelque chose à chier ?

 



En ce moment, le rock est de nouveau tendance. Ça ne vous fait pas peur de débarquer dans ce contexte de surabondance ?
Paul : Non, au contraire, car ça veut dire qu'il y a une demande et franchement il n'y a pas beaucoup de bon rock en France.

On voit s’avancer une scène baby rockers genre The Naast, The Brast, The Parisians... Une certaine presse branchée ne manque pas de relayer son éclosion. Comment vous voyez ça ?
Denis : Ce truc, j’ai un peu l’impression que c'est le phénomène Star Academy version rock.
Paul : Non, franchement, c'est bien, je suis content pour eux, mais tu ne t'exprimes pas de la même façon à 16 ans que lorsque tu en as 30. Et pour ce qu'on fait, je préfère largement en avoir 30. Il faut prendre les gens à contre-pied, les bousculer, ne pas hésiter à trop en faire.

A propos de trop en faire – votre credo de toute évidence – j’ai l’impression que tes textes, Paul, vont aussi dans ce sens. Ils sont sulfureux, engagés…
Paul : Oui, c'est un mélange de tout ça. A part le morceau "Je ne sais plus", qui est un brin ironique, mon écriture est lisible. Enfin je l’espère. Mais elle n'est pas du tout sympathique, second degré et plan rime facile.

Par contre tu oses quand même quelques "gros mots"...
Paul : Ouais et encore c'est le minimum par rapport à ce que j'ai des fois envie de dire.

Tu n'as pas peur de leur connotation "rebelle fake", du cliché de l’"écorché vif" ?
Paul : Non. Le truc encore une fois c'est qu’il ne faut pas parler de ce que tu ne connais pas. Dans le rock, c'est facile de dire : "Merde, c'est la merde, vas-y, défonce tout, mortel !". Mais en vérité ils sont peu à pouvoir le dire tout en étant crédible.  .

Euh tu penses à Luke là, non ???
Paul : Ah non pas du tout, je pensais à ce que j'étais en train de raconter. J'essaie de me concentrer pour ne pas zapper ta question. Non, on n'est pas là pour descendre qui que ce soit.
Denis : En plus, Luke, moi je ne connais pas.

C’est impossible, en ce moment Luke est partout !
Denis : Bien sûr, j'ai entendu un morceau d'eux à la radio.
Paul : Allez arrête, on les a vus en concert (rires) !
Denis : Non, mais ce que je veux dire c'est que je ne peux même pas dire si j'aime ou pas, car je ne connais pas assez. En musique, il y a des trucs immédiats, mais il y a aussi des trucs qui ne sont pas tout le temps immédiats et d’autres qui le sont moins. Donc si un truc ne te saute pas à la gueule, ça veut peut-être juste dire qu’il demande un temps de réflexion. Mais bon, à la limite pour Luke, c'est volontaire : je n'ai même pas envie d'écouter. Pour faire de la musique, il faut écouter énormément de choses sinon tu t'enfermes dans ton truc. Donc autant écouter celles qui te boostent tout de suite. Qui te font dire : "Wouah, j'ai envie de faire encore mieux !"
Paul : Pourquoi, tu aimes bien Luke toi ?

J’aimais beaucoup leur premier album mais c’est sûr que leur soudaine imitation de Noir Désir me laisse perplexe. Même si je reconnais que dans le genre c’est bien fait.
Paul : Je pense que c'est du marketing. Pas pour lui (Thomas Boulard – NDA), je pense qu'il le fait d'une manière honnête et qu'il doit d'ailleurs se prendre la tête, mais je pense que dans le fond c'est ça. Et s'il suffit d'être dans une maison de disques, d'avoir des attachés de presse, tourné pendant deux ans et vendu 200 000 disques pour respecter son travail alors ouais, moi je le respecte, mais ça s'arrête là, quoi. Ce n'est pas parce que Mariah Carey a vendu 20 millions d'albums que c'est bien. Luke c’est comme ça que les gens du circuit l'ont senti. Et je suis désolé, ces gens-là tu ne la leur fais pas... On a fait un festival où ils jouaient et on a vu la réaction du public et celle des organisateurs de festivals, c’était sans ambiguïté... Alors quand je vois que Rocksound les célèbre comme"Les enfants du Tostaky" au moment où l'autre (Bertrand Cantat – NDA) est en prison… Bam ! Deux mois après, plus de Noir Désir, on enchaîne ! Je suis désolé, il ne faut quand même pas nous prendre pour des cons.

Vous seriez donc prêts à refuser une interview si ce magazine vous la demandait ?

Paul : Franchement on s'en fout. Tu as le droit de dire non. Tu n'es pas obligé d'être dans tous les magazines. Surtout que la plupart attendent que tu sois signé pour dire "Ouais, mortel, je kiffe ton son !". Au bout d'un moment ça saoule, surtout de la part des magazines qui ont entre guillemets "L'esprit rock". Pareil pour Oui FM, "La radio rock". Voilà, on est là, on est dans ce monde-là. Donc je ne sais pas. Moi je vois que dans la presse chacun à sa ligne éditoriale par rapport à ses petites fréquentations, son milieu, ses pages publicitaires et tu es dans les papiers de certains et pas d'autres. Donc franchement, on verra. On n’a pas envie d’être sponsorisé par qui que ce soit ni de nous retrouver un jour, sans notre accord, en couverture d'un magazine qui titre un truc hallucinant du style "Le renouveau rock". La plaisanterie a assez duré.
Denis : Les pubs à chaque fois c'est "Le meilleur groupe de rock de l'année !". Des meilleurs groupes de l'année, il y en a 20 par an. C'est ridicule, de quoi ils parlent ?

Vous vous méfiez du circuit. Vous voulez suivre votre truc d’A à Z. Mais si une major vous signe ?
Paul : Dans ce cas on sait qu'on devra composer avec certaines choses, mais on n'est pas obligé de dire amen à tout. On aura peut-être des envies qu'une major n'aura pas envie de satisfaire mais bon… On verra ça quand ça arrivera !
Paul : On a envie de faire parler de nous à travers nos chansons et nos concerts donc après, si cette base fonctionne et qu’on se retrouve sur une major, elle aura juste à poser le truc et voilà. Le reste, télé ou pas... On contrôle notre image, c'est à prendre ou à laisser. On ne va pas se mettre à jouer des castagnettes parce que c'est la mode dans les milieux berlinois !

Quelques magazines commencent à parler de vous. ça vous met la pression ?
Paul : Non, pas du tout. Enfin, je ne sais pas comment expliquer ça d'une manière simple... Je veux dire, c'est un peu ultime le délire du groupe. C'est très simple : faut que ça le fasse.

C'est-à-dire ?
Paul : C'est-à-dire qu'on ne peut pas se planter. On est à fond dans le truc donc on n'a pas envie de nous décevoir, de décevoir les gens qui nous écoutent, donc on y va vraiment à fond et on se dit que ça va le faire, qu'on va nous écouter de plus en plus, qu'on va pouvoir jouer de plus en plus sur des grosses scènes, qu'on va pouvoir se lâcher à fond dans le truc. Ce n'est pas quelque chose de malsain, d'égocentrique ou de vaniteux, enfin si, un petit peu, mais comme toi, comme tout le monde à ce niveau-là.

Sans ego, rien de bon ne sort ?
Paul : Il faut de l'inconscience à fond. Donc (silence)... Ce serait trop con que les gens ne s'intéressent pas à ce qu'on fait (rires) ! Qu'on soit à côté de la plaque et qu'on ait beau parler, que tout le monde s'en foute.

C'est toujours un risque.
Paul : Ouais, mais là ça se passe bien. Il y a des concerts derrière. On a un avis du public. C'est cool.

 

Comment s’appellera le disque ?
Paul : On a un morceau qui s'appelle "La petite inconscience". La petite inconscience, c'est bien.

Denis : Voilà, La petite inconscience : formidable !

 


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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 19:17

Le diable au corps

 


Solas c’est Paul Solas (chant / guitare), Denis Richard (basse) et Arnaud Queudeville (batterie), un trio qui dépote dans son genre (rock français / chanson rock). Après un premier album injustement passé sous silence à sa sortie en avril 2006 (Viens sur moi), ils reviennent, fort d’une pelletée de concerts en première partie d’aînés qui leurs sont proche (Matmatah, Cox, Dolly, Romain Humeau, Blankass, Maximum Kouette…) et d’une tournée en Pologne en avril 2009. Leur deuxième album, La luna, sortira en février 2010. Ils seront le 22 octobre à l’Alimentation Générale. En attendant vous pouvez voir le clip de leur nouveau single, "Perdu le nord", et lire cet entretien daté sur le papier mais toujours chaud / d'actu dans le propos !

 

13 juillet 2005. Studios Midi Live, anciens mythiques studios Vogue. Depuis quelques jours dans ce décor tout de bois, de matos et de tentures tigrées revêtu Solas enregistre et trie les 13 titres qui figureront sur leur premier album, sans nom pour le moment. Pour ça ils sont aidés de Jérôme Ben Soussan, réalisateur, entre autres, de Miossec et Bashung. Ainsi, jugés trop "rock à donf", les hot hot hit que sont "Kamikaze", "Les crevards" et "Les nénuphars" se feront exclure du lot. Du compromis dans l’air ? Non, dit Paul, "il s’agit juste de choisir les morceaux qui s'enchaînent le mieux possible pour construire quelque chose où tu ne peux pas t'ennuyer. Et il ne faut pas que ce soit éprouvant à écouter, il faut que ça reste ouvert et de qualité." De leur côté des morceaux comme "L'ivresse " et "Desperado" sortiront donc coiffés d’arrangements de cuivres.

 

Alors bien sûr, même au stade du deuxième album, alors que l’influence s’estompe de plus en plus, y’en aura toujours pour résumer l’affaire en disant qu’ils sonnent Noir Dez’ et que… Et que quoi au juste ? Bien sûr qu’ils ont ce truc qui rappelle le combo de Cantat. A 30 ans, dans le rock français, qui n’affiche pas quelques sains stigmates liés à la découverte de ces célèbres bordelais ? Solas ne doit pas en rougir et... n’en rougit pas ! "Les Tumultes", "Quand la ville dort", "L’ivresse", "Viens sur moi", "L’Ame en furie", "Desperado" et les trois nouveaux, "In the cold", "Perdu le nord", "La luna", pour ne citer que ceux en ligne sur Myspace : comment résumer ainsi l’affaire à l’écoute de morceaux aussi bien troussés qu’ils soient brûlots ou ballades ? Comment ne pas sentir qu’ils ont la flamme, la vraie, innocente, too much, engagée ? Comment ne pas sentir qu’ils ne sont faites pour légumer dans les bacs mais pour gicler dans les tuyaux de l’industrie à la place de petits joueurs comme… je ne préfère pas les nommer !


 


"habiter un groupe, c'est de la jouissance pure"`

 

"le but ? Amener quelque chose de brut à quelque chose de beau"


 

Salut les gars. Si je suis là c’est que vous m’avez conquis lorsque je vous ai découvert sur scène à la Scène Bastille. Et je dois dire que l’écoute du maxi que vous m’avez donné à l’issu du concert n’a rien gâché. Dites-moi, à ce soir-là vous étiez super chaud vu l’ambiance du lieu…

Paul : Dans ce genre d'endroits l'ambiance est froide, surtout quand tu n'es pas connu, car les gens ne se déplacent pas. Et la Scène ce n'est pas non plus une salle où les gens délirent. Ce n'est pas super underground. Pour réchauffer l'atmosphère, il faut donc ne pas avoir peur d'y aller, de se donner. De prendre plaisir à jouer.

 

La Scène c’est entre la salle et le bar concert. Les bars, vous avez l’habitude d’y jouer ?

Paul : Ouais, on en a fait pas mal. On aime bien. On a appris à faire de la musique comme ça. Mais bon, après on ne va pas jouer dans les bars toute notre vie, ce n'est pas le but.

 

Solas le groupe est né dans les bars ?

Denis : Oui, en fait j’ai rencontré Paul dans un bar y’a 5 ans. J’y faisais un concert de reprises. Il m’a appris que de son côté il faisait pareil pour gagner sa vie.

Paul : Comme on s’est tout de suite bien entendu on a décidé de monter un groupe de reprises. On avait trouvé un batteur, on était donc trois, on a sorti un album de reprises blues à notre sauce. On a tourné deux ans avec ça. Après on s'est dit qu'on allait faire des compos donc fallait s'y mettre. On n'avait rien !

 

C’était la crampe d’un coup de vous mettre à vos propres compos ?

Paul : Ouais, parce qu’à priori rien ne relie le rock français au blues d'avant-guerre, au niveau de la voix par exemple. On s'est donc un peu cherché. C'est en rencontrant notre manager de l’époque qu'on a rencontré Arnaud. Ça tombait bien parce qu’à notre premier batteur venait de nous lâcher.

Arnaud : Moi aussi je viens de la reprise rock. J’étais à Caen. J’ai rejoint Paris pour jouer dans des groupes, tout ça, mais une fois là-bas je n’avais rien avant de rencontrer Paul et Denis. Faut dire que c’est dur quand t’arrives sur Paris et que tu ne connais personne…

Paul : Maintenant ça fait un an et demi qu'on se connaît et que le groupe existe. Enfin un an et... huit mois ! Je compte parce qu'on ne sait jamais, tout ça va tellement vite ! Pendant un an on a bossé à fond les morceaux en répét', fait beaucoup de concerts, avec les moyens du bord : notre matos, notre sono, nos voitures et Nico, le manager, qui s'occupe de tout ce qui est com', putes et plans avec les mairies.

 

Et ce passage du blues au rock, comment ça s’est fait ?

Denis : On n'est pas passé du blues au rock, on a toujours écouté du rock. On aimait juste jouer du blues ensemble.

Paul : Ouais, du blues vachement rock quand même.

 

C'était quoi votre répertoire blues ?

Paul : Des reprises de Robert Johnson, d’Hank Williams, des Stones… On a toujours été vachement rock en fait. La difficulté c'est qu'on ressentait le truc en tant qu'instrumentistes. Je veux dire qu’ensuite, niveau chant, j’ai dû batailler pour trouver un truc aussi percutant en français. On a essayé plein de trucs avant de se dire à un moment : "Hop ! c'est ça, ça le fait". Ce n'était jamais réfléchi, maîtrisé. Mais ça le fait aussi parce qu'on s'apprécie, qu’on bosse beaucoup et qu’on a le même but. C'est pour ça que ça fonctionne. On ne fait pas du tout de la musique "à la manière de". Non, notre musique est un prolongement de notre expérience dans la musique depuis notre rencontre... jusqu'à aujourd'hui !

 

Paul, tu dis que vous ressentiez la musique "en tant qu'instrumentistes". Tu veux dire que vous êtes des virtuoses de la musique ?

Denis : Non, moi je suis autodidacte.

Paul : Pareil.

Denis : On a appris à jouer en écoutant de la musique. Le truc tout bête quoi : t’es môme, t’écoutes de la zique, tu kiffes et un jour tu te dis : "Tiens, si je m'achetais une gratte !" Tu commences donc à jouer avec le premier groupe qui passe, tu fais des rencontres, tu changes, tu changes, avant peut-être de trouver le bon. C’est ça pour moi la musique : un truc instinctif. C'est pour ça que pour moi ça ne collait pas de devoir "apprendre la musique".

 

Après lentement le fan deviens musicien, le spectateur acteur...

Denis : Oui, après tout dépend d'où tu viens. Moi je viens de Saint Denis, un endroit où à l'époque faire de la musique c'était comme aller sur la lune. Dans ma famille personne n’en faisait. On ne m'a pas apporté la musique, il a fallu que j'aille la chercher. Vu que ça me touchait j'en ai beaucoup écouté et voilà, en jouer pour moi c'était normal, un prolongement complètement naturel. Après, le plus dur, c’est de trouver les bonnes personnes avec qui jouer. Mais c’est super important car en musique si le courant ne passe pas humainement ça devient vite infernal vu le temps que tu passes avec les mecs (rires) ! Une fois que t’es méga célèbre et que chacun à sa chambre d'hôtel, passe encore, les mecs se voient sur scène sans se calculer, mais c’est impossible dans une petite structure comme la notre. Regarde, nous on dort dans les mêmes voitures (rires) ! On a donc intérêt à se supporter. Surtout qu’on joue de manière très traditionnelle, guitare-basse-batterie, et qu’on se refile plein d’idées que ça touche notre instrument ou pas.

Paul : On enregistre et au fur et à mesure tout ce qu’on fait et hop qu’on garde ou pas moi je chante en yaourt sur la mélodie. Parfois j’apporte une chanson toute faite mais à la plupart du temps du temps tout vient ensemble, instinctivement.



   

Vous répétez souvent ?
Paul : 4-5 fois par semaine. On ne fait que ça.

Vous n'avez pas d'autre boulot ?
Paul : Non. C'est à fond.
Arnaud : Il n'y a pas de plan B !
Paul : Moi, ça fait 5-6 ans que je ne bosse plus et que je ne fais que de la zique. Denis et Arnaud ça fait un peu plus longtemps…
Arnaud : On n'est pas venu à la musique par hasard. On ne s'est pas dit un jour : "Tiens, on va changer de métier".

Chacun de vous a toujours envisagé de vivre de la musique ?
Paul : Ah ouais ! Dès ma première seconde sur terre (rires) !
Denis : Ouais, on va dire ça.

 

Paul, tu dis que vous ne faites pas de musique "à la manière de"...
Paul : Un petit peu quand même, il ne faut pas négliger les références, les choses qui nous ont marquées...

Hé, j'ai pas fini ma question (rires) ! Je voulais dire : comment avez-vous réussi à vous entendre tous les trois sur un style de musique ? Vous avez abandonné des options en cours de route ou ça s’est fait naturellement, comme une parfaite symbiose ?
Denis : Il y a la réponse dans ta question ! C'est horrible, mais c'est ça (rires) ! "Une parfaite symbiose" (rires) !
Paul : En fait, on a toujours avancé coûte que coûte, c'est-à-dire qu'au bout de deux mois, on avait déjà commencé les concerts et entre temps on a jeté 70% du répertoire. A part quelques réglages scéniques, on n'a jamais calculé notre musique par rapport aux gens, on l'a toujours fait par rapport à nous. En musique, le truc c’est de toujours être fidèle à l'imaginaire que t’en a. C'est aussi ça être autodidacte : tu te crées tellement un imaginaire de la musique qu’il en  devient presque inconscient. Au moment de composer tu sais donc instinctivement ce qui te correspond et ce qui te correspond pas.


Comment définirais-tu ton imaginaire de la musique ?
Paul : Je n'en sais rien. Si je pouvais te le dire, ce serait nul.

C'est un imaginaire basé sur des albums phares ?
Paul : Ouais, nan, même pas parce que je crois que c'est les mêmes pour tout le monde...

 

Euh pas sûr ! Je pense que tu dis ça parce que tu as oublié que tu vivais dans un imaginaire musical précis !
Paul : Peut-être…

 

Par exemple en ce moment qu’est-ce que vous écoutez ?

Bah à part la radio peu de choses car on passe tout notre temps fourré en studio à enregistrer notre premier album. Ah si, on écoute les Stray Cats ! Leur premier album : mortel ! Eh ouais, les Stray Cats : attention ! Sinon ouais, c'est la radio et faut dire ce qui est : c'est souvent de la merde (rires) !
Denis : Enfin ça ne nous plait pas !
Paul : Nan, mais faut le dire : sur les grosses radios, à part si tu les écoutes la nuit, c'est vraiment l'enfer ! Ah, et j'aime bien les Hot Hot Heat aussi. Ouais, j'adore, je trouve que ça joue grave. Et puis Queen of the Stone Age. On écoute des trucs qui sortent mais on revient tout le temps aux dinosaures encore en vie : U2, AC/DC, Stones, Muse, Radiohead… Mais sinon, pour revenir à ce que je te disais, au sens d'imaginaire, la musique, c'est très large. Il y a tellement de trucs excellents dans chaque style que ce serait dommage de se limiter à un seul. Nous, dans notre discothèque on n'a pas de collection sur les meilleurs moments du rock. Par contre, nous ce qui nous habite vraiment c'est d'avoir un groupe, d’être un groupe. ça dans l'imaginaire, c’est capital car t’imagines l'énergie que tous ces mecs dégagent, pourquoi ils créent ça à ce moment-là, l'émulation qu'il y a entre eux, sur scène...

Musicalement ce qui te motive c’est la notion de groupe ?
Paul : Ouais, c'est de la jouissance pure.
Denis : C'est d'être à trois, de créer un truc à trois.
Paul : On a toujours plus kiffé des groupes que des artistes solos. Et on veut être à la mesure de ceux qui nous ont influencé et qu'on aime encore.


 

(Suite.)

 


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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 20:36

L'entre-vie


 


"je vénère Prokofiev"


"construction et futur"
 

 


Ok. Revenons aux chansons de The art of the démo. Je me souviens qu’une amie m’a dit qu’elles lui faisaient penser à du Michel Berger. Qu’en penses-tu ?

Bah même s’il utilise sûrement des harmonies plus complexes que les miennes, ça reste un gars qui se met au piano et fait des chansons…

 

D’amour…

Oui, sauf que moi ça parle souvent d'amours impossibles, ou de la difficulté de la rencontre… Bref chez moi l’amour est toujours lié à la mort.

 

La chanson qui ouvre ce 4 titres s’intitule d’ailleurs "Les amants morts".

Celle-là m’a pris du temps…

 

Pourquoi ?

Parce que ce n’est pas simple d’écrire sur l'amour. Faire rimer amour est un vrai combat. Faut éviter "toujours", ça une amie me l’a bien fait comprendre, très tôt (rires) ! Il m'a donc fallu attendre d'avoir assez confiance en moi et d'avoir plus d'assurance par rapport à l'écriture pour oser écrire sur l'amour. Je m'y suis mis récemment. C'est peut-être un signe de maturité... Avec celle-là, "Les amants morts", je crois vraiment avoir fait une chanson classique de chez classique. Le texte est un clin d’œil à Baudelaire. Il renvoie à un de ses grands poèmes, La mort des amants. Voilà, mais je vais pas non plus me mettre à te le réciter (rires) !

 

A propos de poème, il parait que tu en as mis un de Houellebecq en musique...

Oui, c’est une chanson que je chante parfois à la guitare. Elle fait : "Êtes-vous mon amie ? Me rendrez-vous heureux ? La nuit n'est pas finie. Et la nuit est en feu. Où est le paradis ? Où sont passés les dieux ?..." Je ne l’ai jamais enregistrée... En fait il y a toute une série de poèmes de Houellebecq qui n’ont jamais été publiés. Il s'agit de poèmes qu’il a publiés sur son site à peu près en même temps que La Possibilité d’une île. Je me souviens d’ailleurs que Carla Bruni a elle aussi mis en musique un texte magnifique issu de cette série, dont certains ont nourri La Possibilité d’une île. Un jour, si j’ai le temps, j’aimerais bien faire quelque chose autour de cette série de poèmes. Mais là je ne crois pas que ce soit le moment. Pour l’instant, comme tu le vois, je n'arrive même pas à faire exister mes propres projets à plus de 22 exemplaires !

 

22 exemplaires ! C’est dingue quand même...

Bah oui les CD vierges sont vendus par paquet de 25...

 

Tout ça est très minimal. D’ailleurs tu n’apparais même pas sur la pochette, griffée d’un sobre "The art of the démo". Pourtant sur ton Myspace figure un chouette dessin de toi dont le graphisme, je trouve, aurait bien reflété la ligne claire de ces morceaux…

Peut-être… Ce dessin c'est une amie dessinatrice qui me l’a offert. Une surprise. Elle l'a fait à partir d’une photo récemment prise au Cercle Pan ! D'ailleurs, pour la petite histoire, sache que l’espèce de vieux chauve en habit de colonel qui me touche l’épaule sur ce dessin est le type qui posait en pochette du premier No One. Ça faisait plus de 15 ans que je ne l'avais pas vu et voilà que je l’ai croisé par hasard, au Cercle Pan ! C'est pour ça que j'ai demandé à cette amie de nous photographier.

 

Etrange coïncidence ! Au fait, pourquoi n'avoir mis que des piano-voix sur ce disque ? Tu penses que c'est ce qui te symbolise le plus ?

Non, sans vouloir parler d’argent, c’est une question de budget. Je rêverais d’avoir les moyens d’enregistrer des chansons avec de jolies cordes magnifiquement écrites, quelques vents, une orchestration classique écrite au laser…

 

Genre Pierre et le loup ?!

Ouais, Prokofiev. Je vénère Prokofiev. J’en rêverais mais je ne peux pas...

 

T'es tant en galère de thunes que ça ? Tu vis de quoi au fait ?

Du RMI (silence). Du RMI (rires) ! J'ai donc une vie super ascétique... C’est curieux un jour j'ai réécouté une interview que j'avais acceptée de donner pour livrer ma version des faits à propos de mon départ de No One et en réécoutant le truc je me suis aperçu que je parlais vachement de fric en fait ! De manque de fric ! J’étais vraiment dans le merdier. A la réécoute je trouve ça super énervant ce type qui se plaint tout le temps. Bref, tout ça pour dire que je ne peux pas trop faire de choix esthétiques. Je fais avec ce que j’ai. Mes maquettes précédentes n'étaient même pas piano-voix, c’était des sons de synthés et de petites boites à rythmes. Le synthé je l’avais acheté au Cash Converter en bas de chez moi ! C'est donc déjà quelque chose que cette fois j'ai pu faire ça piano-voix. D’ailleurs, pour répondre à ta question, au départ sur ce disque je voulais y faire figurer un morceau avec de la guitare électrique. Sur les 7-8 chansons que j'avais sélectionnées pour l'enregistrement, y'en avait un comme ça. Mais le jour J je n'ai pas pu le jouer car mon ampli est tombé en panne et je n'ai pas pu le réparer car ça m'aurait coûté trop cher. Alors je pense pouvoir faire des disques avec peu de choses mais disons qu’avec rien ça commence à devenir difficile. J’exagère un peu mais je ne me plains pas hein car en même temps tout ça a un sens. Un sens hyper humain. Je ne suis pas cinéphile mais je vois là-dedans un côté un peu Nouvelle Vague dans le sens qu'on fait avec ce qu'on a ("Vous prenez les tickets restaurants ?" demande-t-il au serveur. "Vous devriez.") On me paie en tickets restaurants. Bref, tout ça vient de là. Mais bon, en même temps je me dis que tout ça n'est qu'une démo, ce qui me ramène à ce que je disais tout à l’heure sur la mort du disque : que vaut une démo à l'heure où le disque se meurt ? Dans ce contexte y a-t-il encore une réelle différence entre une démo et un vrai disque ou suffit-il de mettre un numéro de vente officiel sur l'objet pour que ça devienne un vrai disque ? En même temps le disque fige les chansons et moi j’aime qu'elles soient vivantes, pouvoir en faire plusieurs versions, plus ou moins rock'n'roll selon le moment...

 

Ce côté vivant, tantôt rock’n’roll tantôt moins, c'est ce qui va embêter les labels car ça te rend dur à cerner !

Ouais, je sais pas trop.

 

Déjà te sens-tu prêt à quitter l’underground parisien ? Parce que tu as quand même l'air de t'y sentir bien. Ça ne te fait pas vivre mais je vois que ça te permet de faire régulièrement des concerts dans des lieux où tu as une sorte de petite cour des miracles. Il y a un confort là-dedans, non ?

J'ai pénétré une sorte de cercle... C'est dû aux quelques articles écrits sur moi il y a un an sur Gonzai, ça m'a fait rencontrer des gens comme Thierry Théolier du Syndicat du Hype et Alister, quelqu’un que je connais encore peu mais que j’apprécie, que je trouve charmant alors qu’au début j’étais assez méfiant. J’ai rencontré ces gens un peu visibles sur Paris au moment où moi je ne l’étais plus car ça faisait 4 ans que je m’étais un peu retiré de cette vie mondaine…

 

Pour aller où ?

En banlieue un peu lointaine, à Saint Denis. J’y avais une vie qui me plaisait bien mais en même temps qui ne m’allait pas non plus.




Il te manquait quelque chose ?

Bah le truc c’est que j’ai arrêté de boire quand j’ai arrêté de sortir. Une fois là-bas je sortais plus.

 

Tu veux dire que t’es parti là-bas pour fuir l’alcool des soirées parisiennes ?

Non, j'y suis allé car j’étais amoureux d’une nana qui y habitait. ("Deux bières s’il vous plait", demande-t-il.) Maintenant que je suis réveillé je peux y aller.

 

Ok, mais quand même, ça ne doit pas être pour rien qu'on te décrit parfois comme un clochard céleste…

L’alcool, j'ai été obligé de m'en éloigner : j'ai bien aimé l'hôpital mais à un moment si tu ne veux pas replonger tu dois prendre tes dispositions...

 

T’as carrément dû aller soigner ça à l’hosto ?

Oui, j’y suis allé deux mois en 2002. Il était grand temps que je me soigne d’une dépression que j’essayais de soigner moi-même depuis longtemps à travers l’alcool…Tu sais, bassiste, à la base, c’est le poste du mec timide et moi je l'étais tellement que quand je buvais après les concerts j'y allais à fond pour être sûr que personne ne puisse venir me parler et rentrer seul et mourant à l’hôtel. Voilà. Ces deux mois de calme m’ont fait du bien. J’avais l’impression d’être au couvent. Ça me faisait bien délirer parce que parfois j’y écoutais du Katerine. J’en suis ressorti avec une petite copine. Aujourd’hui j’ai donc progressé dans mon rapport à l’alcool mais ça reste quand même neuf pour moi, je dois faire gaffe. C’est un combat. Par exemple en 2006, clairement, j'ai eu des moments de flou. C’était une période noire. Je bloguais, je travaillais comme roadie... On ne savait pas trop ce que je faisais. En fait je m'autodétruisais pas mal. Je faisais tout pour me griller, sciemment, scientifiquement, un peu partout. J'étais Jérôme le loser roadie et j'en pouvais plus qu'on me voie comme ça. Je l’ai dit à mon pote : "J’arrête. J'en peux plus. Je suis musicien, pas roadie." Et à partir de ce moment-là, j’ai un peu quitté une sphère de vieilles connaissances où je patinais.

 

A cette époque tu avais encore quelques bons contacts de ta période No One ?

Non, dès que j’ai arrêté No One j’ai assez vite compris que je n’en avais plus. J'étais celui qui avait tué la poule aux œufs d’or. Je passais pour le réfractaire, celui qui disait "Non". Le type qui, pour le coup, n’était pas prêt à tous les compromis. C'est la rencontre des gens de Gonzaï et de Théolier m’a remis en selle.

 

Parce qu'ils croient plus en toi que toi-même ?

Oui, sans doute… Si, ouais. Ces gens-là c’est pas mal d’âmes seules qui se réchauffent. Une petite famille s’est donc formée, qui va durer un temps. Certains vont partir, d’autres arriver... C’est un peu une cour d’école aussi. Oui, une petite cour des miracles. J’aime bien y être, j’aime bien m’en éloigner, j’aime bien l’observer… On essaie tous de s’en sortir. Tu vois par exemple pour moi le truc de signer sur un label et de sortir un vrai disque ce n'est pas tant pour vendre des disques, mais plutôt pour partir en tournée hors de Paris en espérant que quelques personnes viendront me voir et qu'on me paie l'hôtel et le transport. Voilà, sortir de Paris, partir en tournée, jouer devant des gens.

 

Je comprends. Mais es-tu prêt à faire les compromis nécessaire qui t'aideront sans doute à signer sur un label ?

Je ne suis pas prêt à compromettre une certaine liberté artistique mais, comme la liberté c’est justement quelque chose d’ouvert et que je n'ai pas un truc arrêté en tête, je suis prêt à discuter et à accepter certains compromis, après tout dépend lesquels. En même temps comme aujourd'hui on n'a plus trop de moyens et que l'artiste doit lui même penser son disque artistiquement et économiquement, se demander à chaque fois ce qui est possible et ce qui ne l'est pas, bah voilà moi les limites de ce que je peux demander je les connais. Je suis réaliste donc j'essaie de segmenter mes projets en fonction. Là par exemple j'ai des désirs plus rock'n'roll, j'ai envie de monter un groupe, et je me demande si c'est possible…

 

Tu veux monter un groupe autour de toi ?

Ouais, ça s’appellera White Horse Experience. Je l’ai un peu élaboré lors de mon concert au Baron en mars dernier. J'ai commencé en Cheval Blanc et j'ai fini en Cheval Experience. Il y avait Andreas Black Sun à la basse, Juan Trip à la batterie, Mathias Durand aux claviers, Michel Thiboult à la flûte et au grigri et Maxime Chandelier à la flûte traversière. Pour ce premier concert d’ailleurs on n'avait pas répété, c'était une expérience d'impro autour de vieilles chansons à moi. Donc voilà, dès à présent je me sépare en deux : d’un côté il y a Cheval Blanc, c’est-à-dire moi et mes chanson en français et de l’autre côté il y a White Horse Experience, toujours moi mais en anglais et dans une démarche de laboratoire, plus informelle, communautaire. Mon underground perso en un sens.

 

C'était donc du White Horse Experience ces longs morceaux psyché qu’on a pu entendre au Baron ?

Oui, des morceaux basés sur l’improvisation pour changer de mes chansons solo.

 

Ça rappelle aux gens que tu es aussi un musicien, un homme de son...

Oui, la musique j'aime la faire, la pratiquer...

 

Je me suis d’ailleurs laissé dire que dans ta jeunesse tu avais suivi des études de jazz à Montpellier…

Des études, c’est un bien grand mot ! Un très très grand mot (rires) ! Vers la fin des années 80, comme j'avais des velléités de jazzman, j’ai fait une petite école qui est devenue le Jam mais à l’époque c’était juste une petite association. J’ai fait ça là-bas parce que c’était l’école la moins chère et que, désespérant de me voir ne faire que de la musique, mes parents ont accepté de m'y payer des cours pendant un an. Je n'y ai rien fait d'extraordinaire si ce n'est apprendre à lire la musique et surtout jouer avec des gens. Aujourd'hui c'est ce qui me permet par exemple de faire ce que je fais avec White Horse Experience, c'est-à-dire improviser à plusieurs. Et voilà, l'idée de ce groupe c'est de faire du rock en fonctionnant un peu comme des jazzmen, de produire quelque chose d'humain dirigé et variable. Mais pour vraiment le faire j’aurais besoin d’un local de répète, et donc d’un label.

 

Je te sens vraiment d'humeur constructive. Je me trompe ?

Non, non. Tu sais, tout à l’heure on parlait d’anti punk : et bien je pense qu’une des premières chansons conséquentes que j’ai écrite c’est "Du chaos" et le refrain dit ça : "construction et futur". Le côté destroy, no futur qui se bouffe lui-même au bout d’un moment je ne supporte pas. Je ne supporte plus. Enfin moi je ne suis pas du tout là-dedans. Je veux sortir de ça. C’est assez dur d’en sortir seul, enfin pour moi ça l’est. Je commence plus ou moins à voir un peu de lumière et je pense à construire quelque chose d’un peu plus général. Générationnel, je sais pas. Mais général oui. Alors on verra avec le temps ce que ça donne.

 

 

Photo par Jean-Philippe Albe


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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 23:05

L'entre-vie

 



 

"le SMS m’a aidé"


"Je suis Rubik’s cube à mort"

 

 


D'enfant du punk tu es donc devenu Cheval Blanc, une entité chanson française plus littéraire que rock’’n’roll, plus coeur d'artichaut que no future je casse tout. N'est-ce pas dur de faire le lien entre les deux ?

Bah je pense qu'on peut communiquer quelque chose d'intense par le sentiment pur... Et puis je ne sais pas, on dit que pas mal d’écrivains sont des musiciens frustrés, mais moi je crois que si j’ai fait de la musique c'est parce que je n’osais pas écrire. J'ai commencé par oser chanter, puis écrire en français. Tout ça ne sont que des verrous psychologiques que j’ai réussi à faire sauter les uns après les autres.

 

Créer un blog, te mettre sur le net, ça a été capital pour t'aider à faire sauter le verrou de l'écriture en français ?

Complètement. Si on remonte, on peut même dire que le SMS m’a aidé.

 

Carrément !

Oui, parce que c'est comme une sorte de laboratoire d'écriture super accessible. Tu y tentes des choses sans même t'en rendre compte. Pareil pour le blog. J'envisageais ça comme des carnets de notes à coeur ouvert. Et quand j'arrivais à la fin de la mémoire allouer, j'attendais un peu et j'en ouvrais un autre en lui donnant un autre nom. Après Antipunk Cheval Blanc il y a donc eu Outremer Cheval Noir et Cheval Rouge.

 

Chaque carnet-blog s'accompagne-t-il d'une sorte de rupture esthétique ?

Ça peut mais ce n'est jamais si conscient et tranché. C'est plus une vue sur un cahier de brouillon. Le côté exhib fait que tu suis mes évolutions en direct. Et dans cette exhib il y a aussi un côté discipline : le postulat de cette notion de partage m'incite à me mettre au travail pour finir les choses, ce qui me permet de clarifier mes idées.

 

Sur The art of the démo, que tu décris toi-même comme ta première vraie démo officielle, les 4 morceaux présentés sont très calmes, smart et dépouillés. Tu voulais te faire propre ?

Oui, d'habitude j’enregistre tout tout seul avec mes gros doigts mais là, avec le cachet d'un concert, j’ai payé un gars qui m’a enregistré proprement sur un vrai piano pendant deux après midi et demi.

 

On sent que tu as aussi fait un effort dans ta manière chanter. Elle est moins "drunk" qu'elle peut parfois l'être…

Oui, je suis un autodidacte permanent, je débute un peu tout, tout le temps. Ma dernière découverte c’est le piano. En juillet ça fera deux ans et demi que j'en ferai.

 

La musique, comme le français et le chant, tu t'y es mis tard ?

Oui, à 17 ans. J’ai arrêté l’école et commencé la basse, également seul.

 

Tu fais toujours les trucs… seul ?

Bah disons que j’ai longtemps été un enfant unique alors j’ai très tôt développé de l’intérêt pour les activités solitaires. Par exemple j’adore les mots croisés et jouer au Rubik’s cube. Je suis Rubik’s cube à mort. Plus jeune je m’entraînais à trouver des algorithmes pour le finir le plus vite possible ! En général je tournais autour de 1’10’’ et dans mes moments forts 55’’.

 

Ah oui ?! Marrant ! Dis moi j’ai l’impression que tu ne viens pas trop d'une famille France Inter / Télérama, je me trompe ?

Non, non, parce moi ma culture c'était plutôt l’AS Saint Etienne. J’avais ça sur place. Du coup le foot j’en ai fait de 5 à 15 ans… Je me rappelle que dans le premier texte que tu m'avais consacré tu te demandais si j’étais prolo ou aristo...

 

Oui, je m’étais bêtement posé la question…

Oui mais ça m’a fait sourire. J’ai bien aimé cette question. Je comprends. Eh bien sache que je suis complètement prolo ! Hyper prolo ! Racines prolétaires de chez prolétaires ! J’habitais une cité à côté de Saint Etienne. Ma famille est de là-bas : mineur, soudeur, tourneur-fraiseur, primeur…

 

Frères et sœurs finalement ?

Ouais, deux frères. Enfin à l’époque ma vie de famille était vraiment compliquée. Là on ouvre le chapitre Causette. En fait ma mère m’a eu tellement jeune que j’ai grandi avec elle chez mes grands parents avec ses frères et sœurs. Plus tard elle a rencontré celui qui est devenu mon beau-père et mon père adoptif.

 

Et donc pas de musique à la maison ?

Non. Enfin si mais c'était plutôt ambiance baba. Mon beau-père, qui avait une culture politique, mais qui n'était pas un idiot, qui avait une sensibilité aux choses, jouait un peu de guitare. On chantait donc dans notre ancienne ferme en Ardèche. C’était curieux.

 

C'est donc de là que vient ton côté mystique !

Mystique ? J’ai eu une petite phase comme ça, curieuse, mais euh explicite s’il te plaît.

 

C'est dur à expliquer mais disons que j’ai trouvé que certaines de tes chansons avaient un côté assez coulant, psychotrope, un côté ésotérique fait de cut up, de lenteurs, d'images... The art of the démo n’en contient pas de ce genre, mais je pense par exemple à des morceaux plus vieux et nébuleux comme "Aclarté", "Du Chaos"…

Alors on pourrait croire qu’ "Aclarté" est mystique mais en fait non, parce que je n’y emploie que des termes de sciences dures. L’énergie noire, tout ça, ce sont des concepts de sciences physiques donc ça paraît incroyable et magique mais ce n’est pas mystique, au contraire !

 

Ça semble mystique parce que ces termes sont des mots assez naïfs qui incitent au rêve.

Ça peut paraître naïf, surtout la fin quand je dis "et toi ma chrysalide dans la clarté du soir". Le mot chrysalide est peut-être un peu naïf mais l’énergie noire et la matière, qui sont deux choses différents, c’est tout simplement des choses dans l’univers dont on sait qu'elles existent mais on arrive pas à en avoir la preuve totale parce qu'on échoue à déterminer leur nature, alors on imagine... Enfin je ne suis pas un spécialiste de ça, mais ce qui est sûr c'est que ça me nourrit émotionnellement et poétiquement car ça embrasse des choses gigantesques, universelles, infinies. L’infini et la métaphysique m’intéressent, mais d’une façon athée…

 



D’une façon athée ?

Oui, je ne suis pas croyant mais je ne suis pas athée haineux. Je n’ai juste pas de certitudes puisque je suis ouvert à l’infini, l’inconnu. Par exemple j’aime bien passer devant la basilique Saint Denis. Je passe devant tous les jours, parfois je m’y arrête. J’aime contempler… C’est d’ailleurs dans le parc de la basilique que j’ai écris "Le Baiser". Au milieu des jeux pour enfants, des balançoires et des toboggans, il y avait cette statue de Robespierre. Voilà, "la révolution est un jeu d’enfant" car quoiqu’on fasse on en fini toujours à la guerre, aux tête coupées. L’apocalypse, athées comme croyants, on attend tous ça… Mais non en fait si j’ai un côté mystique il ne vient pas de mon beau-père anarcho-mao, il vient de ma grand-mère. Elle était comme ça : contemplative, mystique, drôle aussi. D’ailleurs, c’est bien simple, dans la chambre où j’ai grandi il y avait deux choses : une vierge Marie fluo et une anthologie sur l’anarchisme. Je ne comprenais pas tout mais ça m’a marqué et voilà je crois que tout vient de là. Ma nature bipolaire vient de là… Mais c’est vrai qu’en ce moment je ne suis plus trop dans cette inspiration assez perchée, rêveuse, je suis plus dans le quotidien, la promenade, l’observation.

 

Oui, j’ai l’impression que tu es plus à "échelle humaine". Par exemple quelque chose comme "Le poème lent" c’est une chanson très simple, humaine mais bouleversante.

Celle-là a été improvisée complètement bourré en partant de chez quelqu’un. J'ai eu la chance de m'en souvenir.

 

Coup de pot parce qu’en général bourré on ne fait que de la merde et on ne s’en aperçoit souvent que le lendemain ! Mais bon ça a permet quand même de débloquer certains trucs...

Ce n'est pas moi qui vais te dire le contraire : j’ai commencé à écrire bourré tellement je faisais un blocage. Mais maintenant je n’écris que quand je suis clair, en plein clarté, en phase avec le réel.

 

J'ai vu sur ton blog que tu écrivais aussi des poèmes. Tes chansons naissent-elles parfois de là, de poèmes et de textes avant toute chose ?

D’une certaine façon oui mais plus je réfléchis à ça plus je me rends compte que chanson et poème sont deux formes d’expression bien distinctes. Je n'y mets pas les mêmes choses. D'une certaine façon je ne mets pas ça au même niveau. Etant actuellement capable d'être chanteur, la chanson c’est ce que je fais. Pour ce qui est d’être poète, disons que c'est plus ambitieux et que je fais mes classes, même si, en marge des chansons, ça me détend un peu d'écrire des poèmes.

 

Ecrire une chanson, ça te prend du temps ?

Non, je vais assez vite, mais je n’en fais pas tous les jours.

 

Combien en as-tu composées depuis 2006 ?

Entre 40 et 50. Après, vu que j'ai évolué, il y en a que je ne chanterai plus aujourd'hui, notamment celles des tout débuts qui, pour le coup, avaient une écriture beaucoup trop poétiques.

 

La plus vieille que je connaisse doit être "Aclarté".

Il s'agit de chansons antérieures à celle-ci parce que sur "Aclarté" je commençais justement à atteindre une sorte de clarté et de simplicité que n'avaient pas mes premières compos. Les textes étaient encore trop alambiqués car je les voulais justement trop pseudo poétiques.

 

L'épure dont tu fais preuve sur The art of the démo m’a rappelé celle super ciselée que Daniel Darc arborait sur Crèvecoeur...

Je connais peu Daniel Darc mais ce que j’ai entendu de lui m’a plu. Je vois donc ce que tu veux dire. C’est de la chanson française qui me plait ça.

 

Qu’est-ce qui plait d’autres en chanson française ? Je me rappelle qu’une fois par mail on avait un peu parlé de Sébastien Tellier et tu me disais que tu n’aimais pas trop son Sexuality

Je ne connaissais pas vraiment ce qu’il avait fait avant ce disque-là mais Tellier on m’en parlait depuis longtemps parce qu’à l’époque de Collage j’avait fait une petite maquette tout seul dont j’avais effacé tous les enregistrements avant de pouvoir faire les voix, donc il n’était resté que les voix témoins, et on m’avait dit que ça ressemblait à du Tellier. Depuis j’ai écouté ses disques. Sexuality n’est pas mon préféré, mais ça reste néanmoins un artiste vraiment intéressant. Il y en a un qui me paraît très très intéressant en France, très fort d’une certaine façon, peut-être le grand de la chanson actuelle, tout en étant très particulier, iconoclaste, c’est Katerine. Au-delà du fait que j’aime ou non, je pense qu’il marquera notre temps. Il me semble vraiment au-delà. Après je suis moins sensible à toute la scène un peu romantique, cold, noire. Par exemple je suis un peu gêné de dire ça parce qu’il vient de mourir mais moi Bashung je n’ai jamais accroché. En fait j’ai toujours été dérangé par l’engouement qu’il suscitait…

 

Sa dimension d’icône du rock littéraire ?

Oui, j’ai toujours trouvé que ça le cryogénisait, ce romantisme noir, que ça le rendait un peu surfait… Mais bon je suis peut-être passé à côté de quelque chose. Et puis je crois que je n’aimais juste pas sa voix…

 

En même temps tu as aimé Cure et Joy Division or, en terme de romantisme noir, ça se pose là quand même !

Ouais mais là c’est différent, j’avais 16 ans... Je garde une certaine tendresse et mélancolie pour Joy Division mais je n’en écoute plus chez moi et heureusement.

 

A propos d’icône du rock littéraire, j’ai cru comprendre au vu d’un de tes derniers « statuts Facebook » que tu avais une dent contre Dominique A. Que lui reproches-tu ?

Il joue un peu trop au professeur la morale à mon goût (rires) ! C’est-à-dire qu’il est presque devenu une institution, celle du "nouveau grand chanteur français". D’ailleurs pour moi s’il y en a un qui va prendre symboliquement la place de Bashung c’est lui et c’est ce qu’il est en train de faire. Je l'avais prédit à ces producteurs il y a 2-3 ans. « A la mort de Bashung Dominique A prendra sa place ». Que je dise ça, ça les avait médusé. Perso artistiquement je préfère encore Dominique A à Bashung. Il est plus fort. Je lui promets une belle médaille gouvernementale s’il est encore là dans 5 ans.


(Suite.)


Collages Corinne Julien


 
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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 21:17

L’entre-vie

 



Première démo propre en mars dernier (The Art Of The Demo), premier satellite de Cheval Blanc dans la foulée (le side project psychée-jazz White Horse Experience), premier vrai EP pour novembre prochain (titre non communiqué) : après 10 ans de galère, réincarné depuis 2006 en auteur-compositeur-interprète, l’ex-bassiste de No One commence enfin à voir un peu de lumière au bout du tunnel. Et quelle lumière, quelles chansons, quelle renaissance (française) ! Ça valait bien une rencontre.

 

10 avril 2009. 17h. Gare de l’Est. Une certaine émotion me saisi quand je le vois enfin sortir de la bouche de métro. A notre poignée de main je vois qu’elle tient aussi son regard. Emu comment ne pas l’être ? Cheval Blanc c’est le type d’ "Aclarte", "Le baiser", "Le poème lent", des morceaux comme on en rencontre peu dans sa vie, et je vais enfin l’interviewer.

 

Cheval Blanc, je m’en rappellerai toujours, c’est Stéphane qui me l’a fait découvrir. C’était l’été 2007. Il venait de le croiser dans un bar. "Ecoute qu’il m’avait dit, ça devrait te plaire". Sous-entendu : textes en français, poésie à se pendre. Thomas avait suivi. Sur Gonzai pour le décrire il évoquait le télescopage de L’Imprudence et de Dreams That Breath Your Name. Perso j’avais plus pensé à celui de Crèvecoeur et de Rock Bottom, mais nous étions d’accord : ce type était clairement au-dessus de tout. Comme on dit dans ce cas-là pour pas trop se fouler : nous avions un "OVNI".

 

Spirituellement, sentimentalement, c’est comme si tout ce que les autres rejetaient se retrouvait dans ses textes. Qu’il pensait trou quand tout le monde ne pensait que fromage. Comment expliquer autrement le côté space auditif de ses chansons ? Leur sang de montre molle, millésime, médiéval ? Quand il parle d’amour, d’anti-monde, de matière noire, tout ça me décalque tellement, je voudrais le prendre dans mes bras ! Mince, de tels morceaux combien en écoute-t-on dans sa vie ? Plus tard je parlerai de "tendresse effondrée", je trouverai la phrase taillée pour lui*. Là, en commentaire, je me contenterai de louer ses "maladresses", "bigger than life".

 

Je crois que c’est ça qui nous a présenté. Cette histoire de maladresses qui "dépassent l’entendement". Ça voulait dire que je n’étais pas là pour la chose entendue, la tuyauterie, mais que je l’étais pour ce qui l’éclate, "l’incroyable", "ce qu’on ne voit pas" disait Ferré.

 

10 avril 2009. 17h. Gare de l’Est. Nous cherchons le bar qui fera rimer terrasse, soleil, silence, jolies filles. En route, bous rapprochant de République, on parle de travail, de comment ses journées s’organisent, de ce temps qu’il aimerait avoir pour flâner dans les rues de Paris. C’est sa première interview en tant que Cheval Blanc. Il a l’air fragile, et moi je fais le type calme, genre je connais mon taf, tout va bien se passer, mais en réalité j’ai l’impression de le conduire à l’abattoir, d’être le bourreau, masqué du masque de la victime collatérale. Car je n’en sais rien si ça va bien se passer ! On va jouer à l’intervieweur et l’artiste et comme ce n’est ni un jeu ni un métier, que c’est de l’humain de part et d’autres, on a beau se connaître un peu, là, seuls autour du dictaphone, je ne sais vraiment pas ce que ça va donner.

 

J’ai des scrupules** mais ce bazar (jeu pas jeu, moi pas moi, bien pas bien) m'a toujours fait toujours bander. Dans le livret de son CD live Mistery White Boy Jeff Buckley dit "The only goal is in the process. The process is the thing – with little flashes of light – those are the gigs, the live shows... It's the life in between. That’s all I’ve got." Il va loin le bougre et parce que c’est lui parce que je suis moi, je ne devrais pas l’y rejoindre. N’empêche, comment ne pas me voir dans ce qu’il dit ? Ce partage, cette énergie, cette "vie entre", cette "entre-vie", dans ces moments (les interviews) j’ai l’impression de m’y donner à fond.

 

17h30. La bande tourne. Je viens de sortir le disque du sac. Il est sur la table. D’y avoir trop traîné, je constate que son encre a bavé, rouge sur blanc (tout fout le camp ?). La pochette a cet air mi-couperose mi-Perceval devant trois gouttes de sang sur la neige. Il s’y noie, un temps. Café pour lui, Amstell pour moi.

 



 

"La religion pop me passe complètement au-dessus"


"je cherche à sortir du faux semblant d’une contre culture qui ne sait même plus contre quoi elle est"

 

 

 

Jérôme, tu as sorti The art of the démo, 4 titres piano-voix à l'attention des tourneurs et labels. Alors, ça mord ?

Il y a 1 ou 2 pistes. Rien de chaud. On attend.

 

J'imagine que cette démo n'est pas ta première en tant que Cheval Blanc...

Bah presque. A part mon Myspace j’ai sorti une démo en novembre, mais comme celle-ci est la première que je numérote en un sens elle est donc plus officielle, comme si c'était ma vraie première. Pour moi c'est juste un nouveau projet artisanal. Faut dire que cette histoire de chercher un label, c’est quand même un moment vraiment particulier, très troublant pour eux comme pour nous…

 

"Nous" ?

Oui, nous, les artistes. C'est-à-dire que je cherche des partenaires financiers tout en n'étant pas hyper sûr du truc. J’aimerais avoir un label mais d’une certaine façon, au fond de moi, tant que l’objet disque existera dans sa forme commerciale la plus dure, vendue dans les Fnac et Virgin, je sais qu'il n’y aura pas de renaissance du milieu dans ses façons de faire. Faire mourir l’industrie musicale à petit feu empêche les nouveaux modèles d’émerger…

 

Mais toi, dans l’absolu, tu te verrais sortir un 12 titres "à l'ancienne" ? Je veux dire : tu te reconnais encore dans ce format ?

Je me pose la question... Ce format va continuer à exister mais il dominera de moins en moins… C’est une vieille forme. On en a la preuve quand on voit des groupes comme Sonic Youth et les Young Gods rejouer tel quel leur chef d’œuvre des années 90. Il y a là l'idée de sauvetage, de musée, d'espèce en voie de disparition. Aujourd'hui il s'agirait plutôt de concevoir des œuvres de 4, 7, 8, 10 parties, c'est-à-dire de faire du morceau par morceau, ce qui signifie de revenir à une forme hyper classique : la chanson. Avec Cheval Blanc pour l'instant c'est ce que je fais : de la chanson française.

 

Tu l’assumes ?

Oui, à part que je suis un peu perdu ! La chanson française, je ne maîtrise pas trop, ce n’est pas du tout mon milieu. Globalement, à part ce qui passe en radio, je ne sais pas trop ce qui se fait en pop en ce moment, en chanson encore moins, mais oui je l’assume. Je dirai que j’assume un certain retour aux sources.

 

Faire de la chanson française c'était l'idée maîtresse du projet Cheval Blanc ?

Non, au départ Cheval Blanc c’est quelqu’un qui s’est mis à écrire en français sur un blog.

 

Depuis quand ?

J'ai ouvert mon premier blog le 1er janvier 2006 à minuit. A l’époque j’avais un groupe qui s’appelait Collage.

 

C'était ton tout nouveau projet après l'aventure No One ?

Non, avant pour me nettoyer de cette période dont j’étais sorti assez fatigué, détruit, j'avais fait Mezzo Litro. On était deux, on a fait un 6 titres tiré à 50 exemplaires. C'était déjà un truc artisanal, offert. Aujourd'hui tu peux trouver ce 6 titres sur Myspace. Pardon d'avance pour le fond d’écran, il est horrible mais je n'ai plus le code d'accès pour le changer (rires) !

 

Dans Collage, si je te suis, tu chantais donc en anglais...

Oui, parce qu'avant de m'attaquer au problème de l'écriture en français je me suis attelé à celui du chant. J’ai eu beaucoup de mal à m'y mettre. Je m’y suis mis très tard. J'avais un vrai blocage. J'ai donc commencé à le faire en anglais. Victoria Davis, une amie anglaise, m’avait écrit des textes. J'en chante encore certains, "Run Red" par exemple. J'ai fait plusieurs albums comme ça qui ne sont jamais sortis, dont toute une série de chansons sur les textes oubliés de Ian Curtis.

 

Où les as-tu trouvés ?

Dans la biographie que sa femme a écrite. Tous ses textes de chansons y figurent et en toute fin tu as tout une série de textes inédits. C'est des textes préparatoires pour des chansons qu'il n'a jamais finies. Je les ai partagé pendant quelques années... C’est assez curieux mais y’avait tout un délire assez messianique chez Ian Curtis, une sorte de message de fond comme ça, dont on parle peu, mais que moi j’ai ressenti.

 

Un message messianique ?

Oui, c’est dans ses textes, suffit de les lire, c’est là, en trame de fond…

 

Tu veux dire messianique à la Jim Morrison ? Perso j’ai toujours perçu Curtis comme un Morrison de l'ère cold…

Je sais pas je connais pas les textes de Morrison. A vrai dire j’ai une culture rock assez terne.

 

Tu écoutes peu de pop ?

Oui, chez moi j’en écoute très peu et quand j’en écoute c’est majoritairement du classique. J'en bouffais un peu en live quand j'étais roadie chez Radikal, de très belles choses d'ailleurs, et je continue de garder un oeil sur ce qui se fait en pop, ça m’intéresse. D'ailleurs même si je voulais pas j'en entendrais car maintenant tu ne peux pas y échapper, il y en a partout, mais comment dire ? Je ne suis pas un consommateur passionné de pop. Cette religion me passe complètement au-dessus. Les références pointues, obligatoires, tout ça me saoule assez vite. Regarde, par exemple, il y a peu il était de bon ton d'honnir les années 90 et là tout d’un coup tout le monde semble retrouver ça génial, ce mécanisme m'insupporte…

 

La mode ?

Oui, voilà : la mode. La mode a tout avalé. Ça me rend un peu triste cette idée que le groupe de rock soit devenu une sorte d’accessoire de mode. Pas la musique finalement, mais le groupe de rock, l’image, c’est terrible ça. Ça a toujours été un peu ça, mais là on en est au stade où ça c'est tellement radicalisé qu'on a perdu toute substance. On vit une drôle de période qui pense être originale alors que finalement dans la pop culture peu de choses s’inventent.

 

Mais toi non plus musicalement tu n’inventes rien…

Non, non, justement…

 

Tu me diras : tu as peut-être passé l’âge !

Oui, je suis dans une autre logique, je cherche à revenir à des espèces de fondamentaux, à justement sortir de cet espèce de faux semblant de la contre culture ne sait même plus contre quoi elle est, qui est devenue la culture dominante, une espèce de marionnette. Revenir à un truc très basic : des chansons. En français.

 

Mais avant que tu ne fasses ça sous l’entité Cheval Blanc, il y a donc eu Collage où tu chantais en anglais.

Oui, et au départ c'était juste moi, puis une formation s’est montée autour de ces chansons, on a fait un concert au Batofar… et tout s’est arrêté.

 

Pourquoi ? Conflit humain ?

Un peu, ouais.

 

Comme chez No One ?

Oui, le chanteur et moi ça faisait trop longtemps qu'on s'entendait plus. Conflit humain puis politique…

 

Quand on voit combien No One était une sorte de Rage Against The Machine en V.F., un groupe énervé, militant, et combien tes chansons de Cheval Blanc sont sentimentales, poétiques, on a du mal à croire que tu aies pu en faire partie…

Tout ça nous a un peu pété à la gueule en fait. Ça a marché hyper vite et on s’est retrouvé piégé. Moi je me suis vite senti mal là-dedans mais bon, voilà. Et donc début 2006 c'est là que je me suis mis à écrire en français, en ouvrant un blog, et c’est là que les gens se sont mis à m’appeler Cheval Blanc.

 

Pourquoi ?

Parce que le blog s’appelait Antipunk Cheval Blanc.

 

Pourquoi ce nom d’Antipunk Cheval Blanc ?

Bah je me voyais pas évoluer sous mon propre nom et ma petite idée de départ (et ça rejoint ce que je te disais sur ma vision de la culture rock) c'était de revendiquer un certain rejet du punk. Moi, d'une certaine façon, le punk m’a éduqué. On peut dire que je suis un enfant du punk, plus exactement du post punk européen puisqu'à j’avais 14 ans en 81 et que j’ai connu en direct la sortie de Pornography de Cure, que j'étais là-dedans à fond, mais en même temps maintenant j’aimerais bien en voir la fin de cette espèce de…

 

Mythologie ?

Oui, voilà. Je veux dire : c’est bon, maintenant c’est vieux tout ça, c’est fini. Or ce truc n’en fini pas de mourir depuis 30 ans…

 

Donc "anti punk" : table rase.

Oui, mais avec tendresse...

 

Ça c'est le côté "cheval blanc" !

Oui, qui évoque une mythologie quasi universelle par son côté conte de fée...

 

A force d'exister sous ce nom par le biais d’internet (blog, Facebook et Myspace) la plupart des gens t’appellent Cheval Blanc comme si tu avais fusionné avec ton avatar…

Oui, quelque part ce nom a été validé par d’autres et voilà, mon prénom est devenu Cheval.


 

(Suite.) 

 

*"L’obsession de l’ailleurs c’est l’impossibilité de l’instant et cette impossibilité c'est la nostalgie même" Cioran

** "L'homme qui agit n'a jamais de scrupules ; seul est scrupuleux le contemplatif." Goethe

 

Dessin par Magali Brien

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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 12:58

We Don't Need Another Hero ?



 

Le 30 août 2009 à Rock en Seine, j'avais donc choisi de bouder MGMT et son cortège de tubes. Oui, et tant pis si ça me faisait louper l'exclu de découvrir 2-3 titres de leur nouvel album. Tant pis si je ne pourrais pas, à sa sortie, alimenter ma vie mondaine d'anecdotes avisées sur la teneur supposée de ce Congratulations. Au même moment me disais-je, j'aurais sûrement mieux à faire. L'heure venue, jetant mon dévolu sur l'électro rock de danois inconnus au bataillon (Veto), j'ai décidé que c'est le cas. Mon habituelle démarche de projectile humain speed pour Dieu sait quoi m'y emmène dare dare quand "Paf !" quelque chose me dévie de ma trajectoire.

 

"Aha, alors ça y est, t'arrêtes enfin de bosser ?". C'est une amie journaliste. Elle vient de jaillir devant moi comme un diable de sa boîte. Ah, l'objectrice de conscience, elle dit vrai. Saligote ! Badgé comme blogueur du blog de l'événement, je n'arrêtais pas de bosser. Je devais tenir le rythme (inhabituel pour moi) de 3 articles par jour et comme, contrairement à mes "collègues", je n'y arrivais pas, pour compenser ma maladive lenteur je passais presque tout mon temps backstage à trimer comme un immigré au fond de sa cave (j'exagère à peine !). D'ailleurs à trop le couvrir au lieu de le vivre, j’en avais presque oublié qu'un festival se tenait de l'autre côté de la barrière. Que chaque heure du rock se livrait tel quel à des gens en chair et en os (ils seraient 97 000 sur trois jours, un record). Oui, de vrais morceaux de vrais gens sans badges dont certains se feraient un malin plaisir, la nuit venue, de créer un gros bouchon à l'entrée VIP juste histoire de chahuter du vigile et de foutre gentiment le bordel. Saligaud de vrais gens ! "Nan, Eléa (c'est comme ça qu'elle s'appelle, Eléa), figure-toi que je devrais encore y être, j'ai du retard, mais marre." Ni une ni deux Eléa paie sa clope. Alors, dressé sur mes deux jambes, tige au bec, doucement je me reconnecte au sol, aux choses et au ciel. Et percute : le rock straight qui venait de la Grande Scène était celui d'MGMT. J'avais pas reconnu car le morceau était un nouveau ("Congratulations", "It's Working", "Song for Dan Treacy" ou "Flash Delirium" ? ça je ne saurais dire) mais conformément aux rumeurs qui qualifient le nouveau disque de plus blues-rock le morceau sonnait effectivement plus rock rock. Ligne claire disons.

 

Après, je ne me rappelle plus très bien l'ordre des choses, je sais juste qu'à part 2-3 autres nouveautés de ce genre glissées dans le lot (dont une sunshine présentée comme une chanson sur l'ecsta, et toutes catchy, well done les gars) ce fut le grand festin tubesque comme au Zénith. C'est-à-dire "The Youth" et sa procession répétitive mi espérante mi triste, "Pieces of What" et sa décontraction Hunky Doriesque au chant de caillou coincé dans la semelle (idem pour "Weekend Wars"), "Electric Feel" et son groove fraîcheur menthe, ses phrases d'une biblique évidence ("This is what the world is for / Making electricity"), son break à la "We Don't Need Another Hero" (qui me fera chanter "We Don't Need Another Hero !" et Eléa dire, montrant la couve d'Oracular scotchée à son badge, "Regarde ils ont même le look Mad Max"). Et puis il y a eu "Time to Pretend" bien sûr, sa rutilance dancefloor, ses synthés de mille feuilles schtroumpfesques, "Of Moons, Birds & Monsters" et son long solo de gratte final à chialer tant il fait prendre la mayonnaise, épique, cosmique, déchirante, et finalement "Kids" en version dantesque, avec toujours son sur-kitsch solo de synthé Rondo Venezianesque. Oui, presque tout pareil qu'au Zénith un an plus tôt. A la seule différence que là les gars semblaient faire corps.

 



Bon, ok, ils ont pas non plus passé leur temps à se regarder entre eux dans le blanc des yeux, untel frottant sa guitare à la basse, un autre son claviers aux fûts, ni n'ont parlé à la foule, ce que déploreront certains (pas un mot, excepté quelques mercis) mais hé les mecs sont pas là pour balancer des salamalecs ("Bien la famille ? la femme ? les enfants ?"), non ils sont là pour faire vivre des chansons (vous savez ce qui raconte un truc tout en submergeant de son) et faire vivre des chansons (ça y est, je redeviens Super Pédant !), en délivrer l'énergie, l'émotion, implique parfois de se tenir à carreau. Ce qu'a fait MGMT. Si derrière le batteur et le gratteux se faisaient volontiers héroïques, débordants ("C'est pas possible, le batteur doit venir du metal !" notera Eléa), le chanteur, lui, restera stoïque. Il n'était plus l'Andros pop au manteau d'Arlequin summer of love. Il portait une coupe courte, un T-shirt blanc moulant, un regard absent perdu au loin. Je ne dirais pas qu'il arborait une morgue rock'n'roll, mais malgré les reflets de manga dans ses yeux, malgré sa photogénie de garçon manqué, il communiquait une sorte de sérieux papal. Oui, à l'image de son chanteur, MGMT sonnait sérieux, tenu par ce qu'il fait. Mixant le positivisme de gendres idéaux (genre Keane, PAR EXEMPLE) à une débauche sonore plus guerrière (genre The Horrors, PAR EXEMPLE), il a toujours eu une belle envergure, musicale, mais dans ce regain de tension, d'autorité et de sobriété là, à Rock en Seine, s’en dessinait une nouvelle. Parce qu’on avait enfin l'impression de faire face à un groupe, avec une attitude, un jeu, une puissance de feu. Et ça a fait un bien fou, des chansons, qui vous racontent un truc, vous submergent de son. Eléa a senti la différence directe. "Wouah ! la claque, ça faisait longtemps qu'un concert ne m'avait pas fait ça, je crois que je peux aller me coucher."

 

Faisant fi de toute gaudriole, MGMT a montré qu'il prenait sa musique (et le public) au sérieux. Qu’après tout ce temps passé sur la route, soudé, uni, tendu dans un même but, il n’était plus le "duo de Brooklyn" mais un groupe. (Quelle idée d'ailleurs de les appeler ainsi alors que The Fiery Furnaces est aussi un "duo de Brooklyn" et que de là-bas émerge tout une tripotée de petits king of pop tout plus talentueux les uns que les autres. Je pense à Yeasayer, Chairlift, Dirty Projectors, Grizzly Bear, etc. Un article des Inrocks détaille le "etc."). MGMT a aussi montré que malgré (ou grâce à) tout le barnum médiatique qu’il avait traversé, il avait grandit et coupé les ponts avec l’image hippie pro-fête un peu adulescente du pétard Oracular, de même que d’avec l’esthétique de ses chansons-mondes. Alors après peut-être que les chansons de Congratulations, si elles semblent toujours tubesques, seront moins modernes, moins "worldwide" (Occidentalement parlant hum). On jugera sur pièce début 2010. En tous cas il semble qu’on tienne une sacrée paire de songwriters, genre The Strokes, retour du rock en moins, et c’est déjà ça.


 


Photos par Rod du Hiboo


 

 

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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 12:48

Still the one ?

 



Catapultés messies pop 2008 par un premier album de très gros calibre option retour de l'été 67, mais souvent décrits comme des bouses scéniques, à Rock en Seine MGMT était particulièrement attendu. Avec en sus l'épée Damoclès de dévoiler quelques titres de son nouveau testament attendu pour début 2010 : Congratulations ?

 

Ah, Oracular Spectacular. "Time to Pretend", "Weekend Wars", "The Youth", "Electric Feel", "Kids". Avec cet enchainement de 5 titres en tête de leur premier album, Andrew VanWyngarde (chanteur guitariste) et Ben Goldwasser (choriste claviériste) ont tout écrasé. Tout ça en se passant presque de l'aide de Dave Fridmann dira Andrew en interview (Fridmann c'est le producteur des Flaming Lips et de Mercury Rev et l'interview c'est moi !). 5 titres. 5 tubes. Tellement qu'à part "Pieces of What" et, à la limite, "Of Moons, Birds & Monsters", la deuxième partie du disque, gaulée comme un dahu, tomba un peu aux oubliettes ! Presque personne ne relèvera ce défaut, mais comment aurait-on pu ? Cueilli par ce 5 hit combo, on se félicitait plutôt de tenir le mouton à 5 pattes.


Perso je me rappelle que sur la foi de la vidéo de "Time To Pretend" et de 4 morceaux en ligne sur Myspace j'avais littéralement craqué, distinguant des accents du Bowie d'Hunky Dory de ci, des échos au Bright Eyes de Digital Ash In A Digital Urn de là, concluant en grande pompe en qualifiant cet Oracular d'Ok Computer de la positive attitude. Oui, parce que si Radiohead avait été le groupe de la peur d'un XXe et d'un Occident tirant tous deux sur leurs fins ("Rain down / Rain down / Come on rain down / On me" pleurait-il sur "Paranoïd Androïd"), MGMT était le groupe de l'après ("The youth is starting to change / Are you starting to change ? / Are you ? / Together together together together" chante-t-il sur "The Youth"), celui qui validait le passage au XXIe en ayant conscience de traverser des cerceaux de feu mais avec l'audace et l'hédonisme lucide de sa jeunesse 2.0 pour dire qu'on allait en triompher comme le surfeur de la vague

 

Le 8 juillet 2008, à l'occasion de leur ouverture pour les King of Leon au Zénith de Paris je fus donc déçu de voir que MGMT n'avait pas de présence sur scène. Un vrai groupe de rock qui compte se doit d'en avoir une pour amener le changement. Il doit inspirer ce sentiment d'être une bande en mission, être un corps s'opposant, condensant nos espoirs les plus fous. Seule, comment la musique le pourrait-elle, si elle reste une affaire de studio, de bon son gravé sur CD-R ? Je ne dirai pas non plus que Ben et Andrew sont des pantins pop, ce soir-là peut-être étaient ils juste mal lunés, mais bon en même temps ce n'est pas comme si on n'était pas habitué. Je veux dire : les groupes qui débandent live on connaît. Comme on sait ce que c'est que se faire jeter après un bon disque alors qu'on était high high, le coeur belligérant d'y croire.


En regard de la compléxité du monde, aujourd'hui plus qu'hier le problème c'est : que faire une fois qu'industrie et public vous ont permis de faire entendre le chant de votre jeunesse flippée de faire pleinement face au monde, qu'ils l'ont même célébré d'être plus beau que d'autres, de mieux l'embrasser ? Je sais c'est un peu bizarre et facile de rester là en retrait à critiquer et réfléchir ces questions. Peut-être à me lire aura-t-on envie de me dire "Vas au front et on verra ce que tu fais !" ou juste "Tais-toi ! Vieux pédant". Mais attention car je pourrais vous donner raison sur un point, dire que "Oui, je n'ai pas le truc dans le bide", mais surtout ça "Facile ne veut pas dire futile !" Beaucoup de "vérités" sont simples, ce qui garantit leur grandeur (en effet quoi de plus dur qu'atteindre l'épure ?) et le rôle du critique, quand il n'use pas de mauvaise foi, est alors de les remettre en lumière. (J'attends le jet de pierres pour ce trip moral à la Paulo Coelho !) Mais je ne peux me taire.


Que faire quand le monde vous a reconnu artiste ? Comment se remettre hors de lui ? Rock et notion de groupe ont-ils encore une durée ? Toutes ces questions me travaillent. J'aimerais croire qu'un groupe puisse encore résister. Etre the one.


 

(Suite.)

 

Photo de MGMT par Rod du Hiboo.


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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 19:33

Dancing Kean ?

 

 



"On a arrêté de se regarder le nombril"


"Cet album est assez philosophique, hippie même !"



J’ai lu les paroles des chansons de Perfect Symmetry et j’ai eu l’impression que dans certaines d’entre elles vous racontiez à demi mots que la vie de pop star vous avait écarté de votre droit chemin. Je me trompe ?

Tim : Ce n’est pas vraiment le sujet de Perfect Symmetry. C’était déjà plus celui d’Under The Iron Sea. Je trouve qu’il n’y a rien de plus ennuyant qu’écouter une pop star se plaindre que sa vie n’est plus qu’une succession de scène, d’interviews et d’hôtels…

Richard : Tu fais peut-être allusion à "Better Than This". Parce que cette chanson parle du monde des célébrités…

 

Et vous en faites partie !

Richard : Non, parce qu’on ne rentre pas dans ce jeu ! On ne va a aucune soirées où les films sont présentés en avant-première, ni en boîte de nuit, ni sur aucun plateau d’émission de télé réalité…

 

Il n’empêche : vous êtes connu !

Richard : Oui, mais seulement grâce à notre musique.

 

Mais vous faites partie de l’industrie musicale, et vous n’êtes pas sur label indépendant, donc dans une certaine mesure vous jouez le jeu !

Richard : Dans une certaine mesure qu’on s’est fixée, oui. Ce monde de la célébrité nous entoure bien sûr, mais nous n’y participons pas, nous ne faisons que l’observer, ça nous suffit. L’obsession people est partout, dans n’importe quel journal, chaque jour. Regarde, ce matin quand j’ai vu The Guardian, qui est censé être un quotidien de qualité, sérieux, je me suis dit qu’ils se rapprochaient plus que jamais de la presse people parce tu sais quoi ? Ils avaient mis Madonna en couv pour la simple raison qu’elle divorce. Un tel sujet en couv alors que nous traversons une grave crise financière ?! L’éditeur devrait être viré pour avoir laissé passer ça (rires) ! Et c’est de cela dont parle "Better Than This" : quand les gens oublient la dure réalité des choses en se divertissant avec de la merde ! Cette chanson ne parle donc pas directement de nous et de notre vie en tant que musicien, mais son sujet nous tient à cœur.

Tim : Aucune des chansons de ce disque ne parlent vraiment du fait d’être dans un groupe…

 

Elles parlent plus des désillusions qu’entraîne le fait de grandir et de découvrir la dure réalité des choses ?

Tim : Oui, elles parlent plus de ce que ça implique de vivre dans ce monde quand on est un être humain. Contrairement à nos précédents disques, il y a beaucoup de compassion dans ce disque en ce sens qu’on arrête de se regarder le nombril pour plus s’intéresser au monde et à l’autre. L’esprit de ce disque, c’est de dire qu’on croit vraiment que les gens sont capables de faire des choses positives. Chaque chanson traite ça sous un certain angle. "Better Than This" est en effet un bon exemple. Mais je crois que "Perfect Symmetry" va encore plus loin dans ce sens.

 

Il paraît que pour vous c’est la meilleure chanson que vous ayez écrite jusque-là ?

Tim : Oui, probablement. J’en suis très fier.

 

Tim, quand dans ce morceau tu écris : "What I do, that will be done to me" c'est pas un peu chrétien, genre "Ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse", "Aime ton prochain", tout ça ?

Tim : Oui, c’est cela. Tu sais, je ne crois en aucun Dieu et aucune religion mais je crois tout simplement qu’en effet si tu te comportes mal avec les gens, d’une façon ou d’une autre ça te retombera dessus. Voilà c’est juste une règle de vie, du bon sens, traiter les gens de la manière dont on aimerait qu’ils nous traitent. Je pense que "Perfect Symmetry" est une chanson très philosophique. L’album lui-même est assez philosophique. Mais j’aime l’idée qu’il y a toujours de l’espoir même si nous essayons d’écrire à propos de choses graves ou importantes.

 

Dans ce disque, tu as des mots assez durs sur l’amour, je veux dire : tu en donnes une vision plus désabusée que par le passé. Dans "Spiralling" tu écris "When we fall in love / We’re just falling / In love with ourselves" et tu remets ça dans "Pretend That You’re Alone" en écrivant "And love is just our way of looking out for ourselves / When we don’t want to live alone". Bref, durant tout le disque, l’amour en prend pour son grade. Il faut attendre le morceau final, "Love Is The End" pour vous entendre enfin dire que malgré tout, seul l’amour compte. Dans vos précédents disques, votre vision de l’amour semblait plus rêveuse, enchantée. Depuis elle en a pris un coup ?

Tim : Un sentiment traverse le disque qui dit en gros que les choses ne sont pas comme elles devraient être. L’amour est une chose importante dans la vie de tout le monde. Hum…

Richard : Le propos du disque est basique parce qu’il en effet que quoiqu’il arrive l’amour reste la chose la plus importante au monde et aussi sans doute l’antidote le plus puissante contre les nombreux aspects négatifs du monde où nous vivons. Tim a dit que c’était un album assez philosophique, moi je dirais qu’il est assez hippie !

 

Un album hippie ?!

Richard : Oui ! On a découvert nos racines "hippie" et on s’est connecté à ça parce que ce qui est important c’est que tu dois mener une vie épanouie, avec tes amis, avec les gens que tu aimes, pour pacifier le monde tant que possible. Et si tu demandes sincèrement à chacun ce qu’il souhaiterait pour le monde, je ne pense pas qu’ils répondraient "on veut plus de pétrole, plus de guerre, plus de pauvreté, plus de colère ou plus de famine". Idéalement je pense que chacun souhaite qu’on travaille ensemble à un monde meilleur. Alors bien sûr, c’est ridicule à dire mais actuellement cet idéal, qui n’est encore une fois que bon sens, on en semble tellement loin… Ce disque souhaite faire jaillir cette énergie positive.

Tim : Et c’est pourquoi il y a en même temps ce climat de désabusion sur le disque, comme si quelque chose était cassé. Parce que si tu te contentes de dire "peace and love", ça ne veut rien dire. Aujourd’hui ça ne veut plus rien dire. Mais si tu dis justement "When we fall in love / We’re just falling / In love with ourselves", ou je ne sais quel autre des nombreuses paroles désabusées que compte le disque, par contraste ça rend absolument vital l’esprit "peace and love" ou "hippie", peu importe comment tu appelles ça. Et ça veut dire qu’il va te falloir puiser dans tes ressources, te coltiner plein de merde et travailler dur pour faire valoir cet état d’esprit. Ça ne suffit pas de dire "peace and love", tu dois te battre à tout prix pour ça. Ce n’est pas qu’un mot, pas qu’un idéal, c’est une bataille.

 

Keane n’est pas connu pour faire des mélodies joyeuses. Mais pour la première fois il y en a sur ce disque. Ont-elles été dur à faire ?

Richard : Non, c’est venu naturellement ! Notre deuxième album était très noir, intense, presque étouffant et ça reflète l’état d’esprit dans lequel on l’a fait. Mais le dernier album on s’est vraiment amusé à le faire et je pense que tu peux l’entendre. On a eu plein d’idées et on les a toutes essayées, même celles qui semblaient être mauvaises (rires) ! Et parfois elles se sont finalement avérées êtres les meilleures idées. Cet album reflète donc l’état d’esprit dans lequel on a fait ce disque.

 

La première fois que j’ai entendu "Spiralling", je me suis dit que vous vous preniez pour Justin Timberlake !

Richard (rires) : …

Tim : Il y a plein d’influences pop sur ce disque…

 

Il est plus groovy, R&B…

Tim : Oui, il y a de ça, mais cette chanson est venue en écoutant Pink Floyd.

 

Pink Floyd ?!

Tim : Je ne sais pas. Il y a plein d’influences différentes. Je ne sais pas si tu es fan de Bowie, mais il y a une chanson intitulé "Speed of Life" sur l’album Low et sur cette chanson il y a une guitare qui fait comme des zébrures et je me suis dit que ce serait super si on arrivait à ce que "Spiralling" sonne comme ça. Au final elle ne sonne pas comme une chanson rock parce qu’on a tellement travaillé dessus qu’on y a apporté plein d’autres influences donc ça sonne comme une mixture de plein de choses.

 

J’ai trouvé qu’il y avait même un peu de Bee Gees dans "Spiralling" parce qu’elle finit dans une ambiance quasi disco !

Tim : Les Bee Gees ?! Mon Dieu ! Mais qui sait, tu as peut-être raison (rires). Mais je pense que cette ambiance que tu as décelée vient plutôt du fait que j’ai beaucoup écouté Prince. Mais j’aime que cet album soit plus physique et plus dansant que ce que nous ayons fait jusque-là.

 

Tim, au rang des influences, dans la bio de Perfect Symmetry, tu as même cité Salt’N’Pepa !

Tim : C’est vrai. On a grandi avec ce genre de hit pop et ce n’est que plus tard que je me suis aperçu que ce genre de son m’avait influencé et j’ai ouvert la porte à cette influence à l’occasion de ce nouvel album. Et je pense que c’est dû au fait qu’on s’est moins pris la tête pour faire ce disque, on a arrêté de se préoccuper de tout regard extérieur pour laisser venir ce qu’on avait vraiment envie de faire. C’était super de fonctionner ainsi. Et je pense que si tout s’est passé comme ça c’est en partie grâce au fait qu’on est venu enregistrer certaines chansons à Paris et à Berlin. Le fait de nous couper de Londres pour nous isoler dans des endroits nouveaux à donner cette ambiance de jeu et de fête à l’album. A ce moment-là, c’est comme si on avait oublié qu’on faisait une musique qui allait être écoutée par d’autres personnes. Et je crois que c’est la meilleure façon de faire un disque.

Richard : J’ai eu l’impression qu’on était en train de faire notre premier album, comme si nous étions un nouveau groupe, qu’on n’avait aucune pression, aucune attente. Je pense qu’on était dans cet état d’esprit-là. Et partir à Paris et à Berlin n’a fait qu’accentuer ça. Parce que nous deux premiers albums ont été faits dans le même studio près d’où nous habitons. Et puis cette fois nous nous sommes nous-même produits. C’était un tout autre processus créatif.

 

Quand et comment John Brion et Stuart Price ont-il rejoint votre processus créatif ? C’était votre idée de travailler avec eux ?

Tim : Oui. On voulait travailler avec John parce qu’il connaît plein de styles de musique et il y a très peu de producteurs comme ça. En tout cas dans cette catégorie, il est le seul à me venir à l’esprit. Il a travaillé sur les albums de Kayne West, de Fiona Apple, sur des BO de films…

 

Ce n’est pas un expert de pop anglaise.

Tim : Mon Dieu, non ! La dernière chose que nous voulions était de faire un album d’indie pop. On voulait faire quelque chose de totalement différent. Et il nous a mis en confiance par rapport à ça. Son grand principe c’était : "Ne te préoccupe pas d’une idée avant de la faire, fais-là et réfléchis après." Parce que si tu réfléchis trop ça va saper ton instinct créatif.

 

Il ne voulait pas que vous vous posiez la question du bon goût et du mauvais goût ?

Richard et Tim : Oui.

Tim : Est-ce que ça va plaire aux radios ? Est-ce que ça va plaire aux fans ? Est-ce que ça va plaire aux journalistes ? Beaucoup de groupes se soucient de toute cette merde, ils ne devraient pas. Une fois que tu as supprimé ce genre de préoccupations, faire de la musique redevient totalement libérateur et ta musique s’en ressent, elle n’en est que meilleure.

Richard : Et c’est en grande partie pour ça qu’on a aimé produire ce disque nous-même, parce qu’on n’était jamais passif, on n’était jamais là à se reposer sur une tierce personne qui pourrait nous guider ou nous donner des idées. Chaque jour on travaillait sur les chansons qu’on voulait. Tom arrivait le matin et nous disait quelle chanson il se sentait de chanter. Pareil pour moi si j’arrivais le matin en ayant envie de tester telle partie de batterie sur une chanson et bien on travaillait dessus et on l’enregistrait dans la soirée, parce que le soir est le meilleur moment pour tout (rires) ! On faisait vraiment ce qu’on voulait. C’est ce qu’on a fait pendant des années avant d’être signé en maison de disques : juste faire de la musique ensemble.

 

Vous écrivez vos chansons de la même manière qu’à vos débuts ?

Tim : Pour ce qui est de la base des chansons, oui. Mais encore une fois on a fonctionné différemment pour ce disque parce qu’avant de commencer à enregistrer on s’est tous réunis pour jouer toutes les chansons ensemble, pour voir comment on les sentait en nous pour nous. Et je pense que ce moment a été très important, ça a permis à chacun de vraiment contribuer au feeling de ces morceaux, qui sont plus basés sur le rythme que nos anciens morceaux. Comme on avait Jessie qui jouait la basse, une vraie section rythmique, très énergétique, très tendue, on n'avait pas besoin de lancer des bandes préenregistrées en se disant que ça irait, que la chanson se suffirait à elle-même. Non on faisait vraiment tenir le morceau live avec l’excitation de chacun.

 

Dernière question, après je vous laisse, promis, surtout que je vois que votre manager s'impatiente derrière la porte ! Que pensez-vous du groupe The Killers qui ont également travaillé avec Stuart Price pour leur troisième album, album qui va d'ailleurs sortir peu après le vôtre ?

Richard : C’est un bon groupe, un bon groupe de scène et un bon groupe de rock. On est pote avec eux. On est allé au studio où ils mixaient leur album à Londres, on a entendu quelques morceaux et ça sonnait vraiment bien. Je suis donc assez impatient de voir le résultat définitif.

 

C’est un groupe qui a émergé quasiment en même temps que vous…

Richard : Oui, il y a quelques groupes dont on se sent proche parce qu’on est arrivé avec notre premier album à la même période.

 

Lesquels ?

Richard : Il y en a beaucoup. Mais comme ça, là, je citerais Franz Ferdinand, Razorlight, The Killers donc et aussi Kaiser Chiefs.

 

Kaiser Chiefs a aussi fait un troisième album plus groovy et dansant. On dirait que c’est une vraie manie chez les groupes pop-rock anglais. Auraient-ils marre de la tradition : l'indie rock et la bonne vieille brit pop ?

Tim : C’est possible. De toute évidence les groupes qui survivent sont de bons groupes ! Beaucoup de groupes sont apparus quand on a émergé et en 4 ans j’en ai oublié les deux tiers. C’est très dur d’être un groupe, il faut rester ensemble, soudés, motivés. Une fois que tu as fait un bon album tu dois continuer à en faire un autre derrière. Tu ne peux pas te contenter de faire du surplace. 
 

 

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