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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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14 mars 2006 2 14 /03 /mars /2006 02:32
Présente Meds à la Cigale

Dix ans après son concert à la Cigale pour la sortie de Placebo, son premier disque, la bande à Molko réinvestit la salle parisienne pour présenter Meds, cinquième étape discographique de son parcours victorieux. Placé sous l’égide d’un retour aux sources, le show et le nouvel galette montrent un groupe en forme mais en plein trouble identitaire qui s'applique à ressasser, sauf rares exceptions, ses recettes dark-pop-teenage.
 

Le groupe débarque sur scène. La foule est en délire. Eux ont l’air d’en vouloir. Is démarrent sans perte de temps en éperonnant un de ces riff intrépide sombrement exalté dont ils ont le secret. Un de ces riff qui nous connaît comme sa poche et passe nos émotions au peigne fin. Mais le morceau passe comme une lettre à la poste. C'est "Meds", une nouvelle cartouche, qui ouvre le show, comme l’album, sur un arrière-goût d'"Every You Every Me". En terrain archi-connu, caressé dans le sens du poil, le public hurle, ne cache pas sa joie au contact de cette prise en main familière. "Infra-red" enchaîne dans la même veine, véloce, nickel, taillé pour plaire.
 
"Hey ! Dim ?"
Comme le souhaitait Dimitri Tikovoï, qui a produit Meds, le groupe sonne fougueux, soudé et organique dans la lignée de ses débuts. Mais ce qui est vrai sur scène l’est moins sur disque, avec l'habillage sonore du producteur, ce qui la fout un peu mal. L’album semble trop produit au détriment du songwriting. La faute peut-être à trop de matos, à l’influence goth pataude, mais double disque d’or, de son pote Nicolas Sirkis d'Indochine, ou à un à un compromis artistique, qui sait ? Tikovoï voulait
"leur faire refaire leur premier album". Je le sais parce que je lui ai demandé à Dimitri, au téléphone. J’ai dit : "Hey ! Dim (je l'appelle Dim), tu veux leur faire refaire leur premier album ? T'es sérieux ? Mais hum c'est impossible !" Il m'a répondu. Oh ! des broutilles, des esquives, enfin non pas des broutilles, des trucs intéressants, mais ce n'est juste pas le moment d'en parler. On en reparlera plus tard, en long et en large, car je suis resté longtemps scotché au téléphone avec Dim. On en reparlera aussi quand j'aurai reçu le disque en mains propres, disques qui vient de sortir aujourd'hui même, car pour l'instant je ne l'ai écouté que deux fois chez la maison de disques, ce qui est insuffisant pour formuler un jugement valide.
 
Bam ! Bam !
Sur scène les arrangements sont joués dans l’ombre par deux suppléments d'âmes : deux vrais musiciens qui ont synthés et guitares-basses à disposition. (On ne détaillera pas leur état civil, ni leurs CV, ni le numéro de série de leurs instruments. Qui en a sincèrement quelque chose à faire ?) Toujours est-il qu'ils jouent bien. Les morceaux s'enchaînent à vive allure, sans remous, bam ! bam ! Et toujours cette impression désagréable, un peu rasoir, d’écouter un best-of sur sa platine, car tout est épilé, intrinsèquement millimétré au poil près. Toujours cette impression qu’on essaie de juguler, mais rien n’y fait. C’est sans bien ni mal qu’on gobe ces pilules pop-rock. Depuis 10 ans que le groupe nous fournit en tubes, notre corps a développé les récepteurs adéquats pour recevoir leur virulence. Tout se fixe parfaitement.

Home sweet home
Quelque chose nous titille. Une rythmique acide et métallique mâche, macère et remet sur l'établi la mélancolie vengeresse du groupe avec un soupçon d'exotisme dark indus. C'est "Space Monkey" qui décline non sans charme mais sans réelle déception l'approche couplet-refrain héroïque dont le trio a fait sa marque de fabrique. Rien n'émousse l'enchaînement taylorique des pop-songs. A peine le lyrisme – inédit ! – d'un sample de cordes au refrain et hop ! "Drag" nous remet en scelle avec son rock svelte et benco-tonique. Placebo manie son set comme un chef. Chaque nouveauté est contrebalancée d'un classique. Tout se suit, et rentre dans le rang, incisif, serré. Mais voilà qu'au cinquième morceau Brian lâche sa gratte et s’octroie une pause clope. On entend Stefan Oldsal galocher, groggy, quelques notes tranquilles sur sa six cordes qui s'étire, s'étire, carillonnant langoureusement dans une reverb immense. C'est "Follow the cops back home". La balade spleen de Meds. Celle lancinante et crèvecoeur, qui se charge de dilater l'affaire. Chaque album du groupe en compte au moins une, killeuse, à faire pleurer dans les chambrette (on notera qu'à ce jeu-là Garbage est loin d'être manchot). C'est comme une figure imposée, un rendez-vous, une sucrerie. D'ailleurs Brian ne s'en cache pas : son but est encore et toujours de flirter tant que possible avec l'excellence clichée du "With or Without You" de U2 sur The Joshua Tree. Alors, guitare sur le bas-coté, tirant sur sa clope, il la savoure avec nous cette chanson, il la contemple, écoute ses potes taffer l'intro, dérouler lentement les motifs, l'envoûtement, les chevaux qui galopent cheveux dans le vent. Tant de savoir-faire en jette.

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11 mars 2006 6 11 /03 /mars /2006 16:06
Moins fort que Calo ?

11h20, samedi 11 mars. Comme il m’arrive de le faire, j’allume la télé dès mon réveil. Je vois Johnny Halliday encerclé par trois black qui foutent le dawa. C'est quoi ce bin’s ?


Les rappeurs représentent les démons du rocker. La street-crédibility qu’il n’a plus en tant qu’idole vieillissante et friquée. Ils sont aussi son lien vers les jeunes qu’il ne touche plus. Mais ces trois rappeurs n’ont eux-mêmes plus VRAIMENT de démons, de street-cred’ et la côte auprès des jeunes (Aujourd’hui c’est plus Rohff, Diam's, Sinik, Booba). Comme Johnny, ils ont aussi leur âge d’or derrière eux et tout crédit définitivement perdu. Ils le savent, alors tant qu’à faire, ils enfoncent le clou en prêchant pour le grand capital de l’icône Johnny Hallyday. Ici tout le monde est détaché de ses racines, de son passé et n’est plus qu’ombre de ce qu’il fut. Ici, tout n’est que Hit, Machine et Superficialité. On se refait une vie qu’on n’a plus pour duper les jeunes. Mais on s’en fout un peu car ça fait déjà longtemps qu’on n’a plus, rappeurs comme rocker, de portée mythique à gérer, on peut donc faire ce qu’on veut. Enfin presque. Ces quatre-là ne font pas VRAIMENT n’importe quoi. Johnny, le loup, et ses trois petits cochons essaient de casser la baraque car d’autres ont montré que c’était possible avant eux. En s’associant sur "Face à la mer", Passi, l’ex-star du rap, et Calogero, le rocker variète, ont cassé la baraque. Tous deux racontaient leur difficile ascension d’autodidacte dans la musique et la vie. Une vie à jouer des coudes pour réussir. Et en apparence, le rocker profitait encore du rappeur. Passi blablatait et Calo répétait le refrain en boucle. Mais sous le manteau, le rappeur s’en mettait plein les fouilles grâce à la popularité maousse du rocker. C’est sur ce succès que surfe Johnny avec "Le temps passe", mais aussi Noah lorsqu’il chante "Métisse" avec Disiz la Peste. Ce n’est pas le duo Run DMC et Aerosmith qu’ils ont en ligne de mire !

La vérité, c’est qu’avec le temps qui passe et l’argent aussi (time is money), on se détache de nos racines et de ce qu’on a été, de cette période de notre vie où l’on était héroïque et où l’on s’est défini. Sorti des galères et parvenu au sommet, on se retrouve un jour à dire qu’en fait c’était bien avant, parce qu’on avait un combat, un idéal, une cause. Parce qu’on se sentait vivre en participant à quelque chose. Tandis que légende, partout et nulle part à la fois, notre histoire ne nous appartient plus, on ne s’appartient plus, on rame pour survivre à ce qu’on fut. Au beau milieu d’un trop plein de soi médiatique, on est vidé de son vécu. Cette conclusion d’enfer ne va pas m’aider à rentrer dans mon samedi. En même temps, je n’ai pas de souci à me faire. Le temps passe mais ce n’est pas demain que je vais crouler sous l’argent et les fans !

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11 mars 2006 6 11 /03 /mars /2006 16:03
Moins fort que Calo ?

11h20, samedi 11 mars. Comme il m’arrive de le faire, j’allume la télé dès mon réveil. Je vois Johnny Halliday encerclé par trois black qui foutent le dawa. C'est quoi ce bin’s ?


Je n’ai pas bu la veille. Ce que je vois donc sur l’écran n’est pas une hallu, c’est VRAIMENT vrai. VRAIMENT en train de se passer. J’avais beau le savoir, ça fait drôle de voir notre Johnny national chanter avec Passi, Stomy Bugsy et Doc Gynéco. Même si c’est sur le plateau de Charly et Lulu (il n’y a qu’eux pour oser le faire). Les trois rappeurs miment là l’entente rageuse de leurs trois flow mêlés comme au bon vieux temps du Ministère A.M.E.R (AMER pour Action, Musique, Et Rap). Alors qu’on sait bien que les gus n’ont plus d’atomes crochus depuis belle lurette (le Ministère s’est dissous en 96). Mais bon, ils se débrouillent plutôt bien, ils semblent même motivés, sans trop qu’on sache pourquoi. Pour Johnny, c’est moins évident. Il a l’air un peu perdu au milieu de la meute. Pied de micro en main, il se débat à l’étroit avec un refrain qu’il ne sait pas trop comment pousser, entre confidence et rugissement.

Ce qui ne tue pas nous rend plus fort...
Le morceau s’intitule "Le temps passe". C’est le 2e single de son dernier album, Ma vérité, après "Ma religion dans son regard", qui était très orienté "Oh ! Marie" pour faire pleurer dans les chaumières la ménagère. "Le temps passe" est hip hop rock, comme chante Passi, donc plutôt destiné à rafler un public hors captif pour Johnny : les jeunes fan de rap. Apparemment, c’est un morceau autobiographique. Johnny y chante son parcours de self made man qui a finalement triomphé malgré les embûches, et même grâce aux embûches, car elles rendent plus fort. Respect aux embûches. Ma vérité compte d’ailleurs une chanson intitulée "Ce qui ne tue pas nous rend plus fort" (sauf le ridicule ?), chanson (écrite par Guy Carlier) qu’il aurait pu s’adresser à lui-même si le rocker institutionnel qu’il est ne devait pas sans cesse passer de la pommade au public. Bref, Johnny balance sa sauce par intermittence et les rappeurs apportent chacun des liens hypertextes plus crus pour nourrir l’histoire du rocker de vrais morceaux de vécu. Ces bulles de réalité sur le vif, le rocker est censé y être connecté à bloc, se les remémorer comme si elles dataient d’hier, limite la nuit elles lui font encore mal comme un tatouage qu’on vient de se faire faire.

Johnny se prend pour Didier Wampas ?
Une chose nous interpelle : des paroles que rappe le Doc sur Sarko et son slip. On ne comprend pas trop. On cherche le texte sur le Net. On décrypte au passage le discours de Johnny qu’on ne capte pas trop en live parasité et qu’il est par l’intervention des rappeurs : "A l'heure où le monde se bouscule / Je repasse ma vie à l'envers / J'en ai fait des rêves, des calculs / J'ai jamais voulu vraiment me laisser faire / Et le temps passe / non je ne regrette rien / Rien ne s'efface / mon destin me ressemble bien / Et le temps passe / pourtant, je ne regrette rien / La moindre trace / je l'ai bâtie de mes mains / J'ai chanté les Hommes, leurs désirs / les destins fragiles et l'amour / On a voulu que j'tombe sur place / Moi, j'ai souvent fait face / et je combats toujours / ("Ministère", dit Gynéco) Aussi burnés qu'les keufs sous Sarkozy / L'être humain porte en lui le meilleur / Je sens encore le poids de mes erreurs / de mes erreurs / Le pire a si souvent été là / La peine guidait mes pas / mais je la garde au fond de moi." Et surprise : ce que dit Doc Gynéco sur le plateau de Charly et Lulu est gonflé, provoc : "Ministère, aussi burnés qu'les keufs sous Sarkozy". Mais sur le papier, ses propos sont attribués à Johnny, c’est lui qui devrait les tenir, vous imaginez ! Johnny jouant les Didier Wampas et chantant : "Chirac en prison". Ce n’est pas prêt d’arriver. C’est donc le noir qui s’y colle...

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10 mars 2006 5 10 /03 /mars /2006 01:13

Présente Meds à la Cigale

J'y étais au concert VIP qu'a donné Placebo le 6 mars dernier à la Cigale pour fêter la sortie imminente et logiquement triomphale de leur cinquième album. Mais j'étais spectateur passif. Ca m'a fait réfléchir.


La Cigale est bien l'écrin scénique prisé des concerts VIP. Il y a quelques mois, le 15 novembre pour être précis, on savourait là, en nombre réduit, un autre show précieux : le come back gracile, après 10 ans de silence, d'un Jad Wio retombant sur ses pattes comme personne avec l'album Nu Clé Air Pop dans le bec. Beau comme un diable goth, le Jad Wio, en super forme, il faudra que je vous raconte un jour. Mais ce lundi 6 mars 2006, il s'agit de fêter entre happy-few la sortie bien "buzzée" de Meds, le 5e album d'un groupe un brin goth lui aussi : Placebo. "Putain, sur 700 places, il y a 500 invités on dirait", râle un spectateur qui n'a pas tort et a manifestement payé sa place, lui. On ne tarde pas à savoir combien il a déboursé pour faire partie des privilégiés de ce soir. Une enveloppe m'attend au guichet avec mon nom dessus et l'invite tant convoitée glissée à l'intérieur. Elle est étiquetée "Sylvain Fesson, Technikart". Ça en jette. Sûrement pour ça que le type de l'accueil s'attarde à me toucher deux mots accompagnant l'affaire. Je ne suis pas n'importe qui ! L'atmosphère est tendue en salle. Chargée d'une attente très précise, qui fait que les journalistes sont à l'heure et déjà en place, ce qui est très très rare. Les trois mousquetaires pop - Brian Molko l'anglo-américain élevé en Belgique, Stefan Olsdal le suédois et Steve Hewitt l'anglais et seul hétéro avéré du groupe - doivent un chouilla stresser dans leurs loges, même s'ils ont déjà deux concerts de ce genre dans les jambes – ils étaient au Transbordeur de Lyon et la Laiterie de Strasbourg ce week-end. Dur de se maquiller dans ses conditions. Les fans sont dans la fosse, les invités tranquillement assis autour. C'est rempli. Et tout ce petit monde patiente en écoutant la sono essayé de les tenir en haleine et jeté de l'huile sur le feu en balançant du Gorillaz, Aretha Franklin et Eurythmics calibré à 90,9 décibels. Applaudissements à tout rompre entre chaque morceau. Ça chauffe. Mais le critique rock reste, comme il se doit, placide face à l'émulation. La tête froide, il se demande à quoi ce joli petit monde va-t-il ressembler quand le groupe entrera en scène avec ses décibels tant désirés ? Les couples d'ados lookés androgynes glam jusqu'au bout des ongles s'embrassent et se serrent fort, transis d'avance à l'idée de vivre dans les secondes qui viennent une si vive expérience. C'est tout de même le retour de Placebo après 3 ans de silence studio, après 2 ans depuis la réédition de Sleeping with Ghost, après 1 an et quelque depuis la sortie de leur premier best of...


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9 mars 2006 4 09 /03 /mars /2006 14:01
Molko plus fort que Mado ?

Pour Meds, son 5e album, Placebo bétonne ses techniques de com.
Les fans qui n'avaient pas leur billet pour assister au concert VIP du groupe le 6 mars à la Cigale pouvaient se consoler avec leur mobile. Mais le savaient-il ?


A l’occasion de ce mini-concert événement, SFR et EMI ont tenté une nouvelle formule marketing : les clients SFR équipés de mobiles 3G ont eu accès à une série de 10 "mobisodes" (feuilletons pour mobile), intitulés Inside Placebo. "Ces mini films de 1min et 1min 30, apprend-t-on, ont été spécialement conçus pour les téléphones mobiles". Et c’est "une première mondiale selon EMI qui ne se contente donc plus de mettre des disques dans les bacs". Le PDG de la major s’en congratule à mort : "Nous avons intégré toutes les dimensions de l'ère numérique et jouons de toutes ses richesses pour rapprocher les artistes de leur public et coller aux désirs d'innovation des consommateurs". Fuck : les consommateurs n’ont pas de désir d’innovation si ce n’est l’innovation musicale de leur groupe de rock préféré ! Bref, ce vicieux coup de pub coûtera à nos chers consommateurs 1 € par "mobisode", qui "dévoileront sets acoustiques, témoignages et extraits vidéo pour tout connaître sur le nouvel album avant même sa sortie". Chouette. Ils pourront même profiter de la diffusion gratuite, simultanée et intégrale du concert de la Cigale et, après coup, des extraits vidéo de l'événement disponibles sur le portail Vodafone live! en streaming et téléchargement payant. Fini le poster du groupe vendu 2 € à la sauvette à la sortie du concert. Vive l’extrait vidéo, plus approprié pour célébrer – répéter à l’envie et détruire – le souvenir de ce moment rêvé. Inutile de vous dire que les morceaux de Meds, 5e album du groupe à paraître le 13 mars, seront téléchargeables en chansons et en sonneries mobile. Ce lundi 6 mars 2006 fera date dans l’histoire de la musique et de l’industrie du spectacle ! le dernier Placebo défonçant joliment l’artillerie marketing du dernier Madonna chez l'opérateur Orange. Triste constat cher consommateur de rock : pendant que Brian t’embrasse, ses pubards te mettent un doigts dans le cul. Profond.

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6 mars 2006 1 06 /03 /mars /2006 17:54
corpsTEXTE cérébral
Ce que Jim Morrison voulait exprimer dans "The end", il le confie un printemps 69, avant la sortie de The soft parade, au journaliste Jerry Hopkins du Rolling Stone US. Hopkins, après un tour de chauffe d’une poignée de questions amicales s’avance sur le terrain épineux du mythe, arguant de l'évidente tournure oedipienne de "The end". Hopkins : "Que signifie cette chanson pour vous ?" Morrison, précautionneux, lucide, relativise avec la bonne dose de culture G qu’il a dans le crâne : "Voyons... Oedipe est un mythe grec. Sophocle a écrit à ce sujet. C'est l'histoire d'un homme qui tue son père et se marie avec sa mère. Oui, il doit y avoir des similitudes, certainement. Mais de là à vous dire la vérité... A chaque fois que j'entends cette chanson, elle prend un sens différent à mes yeux. Je ne sais pas trop ce que je voulais y dire, ce ne devait être qu'une chanson d'adieu." Morrison mesure ses paroles. Et laisse le mystère entier. Sa bouche ne coïncide pas avec l’abîme qu'il a ouvert par mégarde en proférant ces mots sur la scène de Whisky A Go-Go. Il n’est plus au-dessus du volcan au moment où il parle. Il est safe, dans son corps-texte cérébral et sa lumière. Pas dans l’ombre. Alors comment pourrait-il en parler ?

désir de MIRAGES, désert de MIRACLES
Mais Hopkins insiste, cherche à faire parler l’oracle, la boîte noire, le fantasme et relance : "Adieu à qui, ou à quoi ?"  Morrison : "Sans doute à une fille, tout simplement. Et peut-être à une espèce d'enfance. Vraiment, je ne sais pas. C'est une chanson tellement complexe, qui fait appel à un imaginaire si universel, que l'on peut y voir ce que l'on veut. Je me fiche de ce que les critiques peuvent écrire sur ce morceau. Si, il y a un truc qui m'a gêné au sujet de "The end". J'étais dans une sorte de librairie un soir, une de ces boutiques qui vendent de tout, des gadgets, des calendriers. Une fille, très jolie et manifestement ouverte et intelligente, me reconnaît, s'approche pour me saluer et commence à me questionner sur cette chanson.  Elle était sous traitement à l'Institut neuropsychiatrique d'UCLA. D'ailleurs, une infirmière l'accompagne, c'est leur sortie nocturne. Apparemment, la fille avait été étudiante à UCLA avant de tomber sous l'emprise des drogues dures. Enfin, au bout d'un moment, elle me dit la chose suivante : ""The end" est la chanson préférée des gamins qui sont dans mon service." Je n'avais pas réalisé que les gens pouvaient considérer mes chansons si sérieusement. Du coup, je me suis demandé si j’étais réellement capable d’assumer ce genre de conséquences. C’est ridicule, on ne pense pas aux conséquences, on ne peut pas y penser." De toute évidence, ces "conséquences", Morrison n’a pas été capable de les assumer. Il s’est laissé enfermer et ronger par le personnage de rocker-chamano-christique que le public et les médias ont fait de lui. Il s’est laissé piéger par notre désir de mirages. Désert de miracles.

naPALME d’or et noFUTURE
Je ne suis pas bon pour l’asile. Mais j’ai moi aussi fantasmé un degré de lecture autrement plus brûlant que celui volontairement mis par l’auteur. J’avais vu en "The end" ce que j’avais voulu voir : un chant mystico-prophétique directement en phase avec mon adolescence tourmentée, mais surtout un chant étrangement en accord avec la triste et mythique destinée du chanteur. Car si sa voix, répétitive et macabre, et si la musique, funèbre et solennelle m’ont mis sur cette piste, c’est bien plus encore la mort précoce et tragique du rocker et le fait que sa chanson ait illustré, au point de s’y fondre, le mythique film Apocalypse Now du mythique Francis Ford Coppola (naPalme d’or en 79) qui m’a poussé dans cette voie. Enrôlé dans ce faisceau de paramètres no future (Apocalypse Now, c’est tout de même l’histoire d’une bande de types qui vont droit vont droit à l'abattoir dans une guerre qui court elle-même au désastre pour leur pays), "The end" ne pouvait être que la chanson d’un homme qui se sait condamné et la regarde la mort en face, se parlant à lui-même, transi et fort de cette glaçante vérité.

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6 mars 2006 1 06 /03 /mars /2006 17:48
Bref, en rubrique "Chanson culte", je tombe sur un papier qui me parle. Ça cause rock. Et pas des moindre. Après "Should I stay or should I go" du Clash et "Another Brick in the Wall" des Pink Floyd, on a droit au tube "The end" des Doors. Des classiques, décryptés. Des années lumières après les faits, maintenant qu’ils sont de l’histoire ancienne, ennoblis, hors d’agir et de danger, les lecteurs d’Eurêka ! ont le droit d’en savoir plus sur les rockers et leurs morceaux de bravoure. C’est un peu la discothèque idéale de Philippe Manœuvre, sans Philippe Manœuvre.

kEROSène du poète
La journaliste s’extasie platement sur le moment qui a vu Morrison dérailler et hurler les mots qui firent de "The End" une chanson hors norme, pour une raison qui n’a rien à voir avec son joli chrono de onze minutes et quarante-deux secondes. Des mots qui firent illico des Doors "la nouvelle sensation", à l’époque où ça voulait dire encore quelque chose et pendant les 5 années qui leur restaient à vivre. Laurent Chalumeau, critique rock auteur du roman fourre-tout "Fuck", aurait dit "parler les langues". La journaliste d’Eurêka ! parle, elle, d’"improvisation". C’était un soir de juillet 1966, quelques mois avant la sortie de leur premier album, "éponyme", sur la scène mythique du mythique bar de Los Angeles, le Whisky A Go-Go. Dans l’emballement du break instrumental orchestré son équipée sauvage, Ray Manzarek au clavier, Robby Krieger à la gratte et John Densmore aux "fûts", et dans l’emballement sans doute d’une bonne dose d’alcool chevauchant ses veines, le poète, 22 ans, drague le fond et lâche ces mots, revolver : "Father, I want to kill you. Mother, I want to fuck you all night long !". Et ces mots le dépassent, l’engloutissent tout entier dans un buzz, une aura scandaleuse et un personnage, qui ne prendront fin qu’à sa mort. Les Doors sont nés avec "The end".

dyoniSOS d'un terrien en détresse
Mais comme dit la journaliste, amputée de son passage oedipien, en dehors de cet éclat qui la rend littéralement "sans précédent", "The End" est une chanson d’amour classique : une chanson d’amour déçu, déchu et déchirant, comme tant d’autres avant. C’est bien la fin d’un amour dont parle Morrison. Il n’y a pas de doute à lire les paroles que cite l’article. C’est écrit noir sur blanc, tangible: "This is the end, beautiful friend. This is the end, my only friend. The end of our elaborate plans, the end of everything that stands, the end". Sauf que perso, et je ne pense ne pas être le seul, je ne m’en étais jamais rendu compte. Ce n’est jamais ce sens-là qui m’avait sauté à la gueule. J’ai toujours cru que Morrison se parlait à lui-même. Qu’il parlait de sa fin à lui. De sa mort comme une ultime et narcissique délivrance. "The end" était un chant de Narcisse. Celui pour qui amour = mort. Le poète maudit chamanique qui à son ticket en poche et se voit partir. "The end" = DionySOS du terrien en détresse. Pour moi, Mort-y-sonne y chantait la mort comme Léo le fera en 71, avec l'album La Solitude, dans le morceau "A mon enterrement" ("A mon enterrement j'aurai des chevaux bleus / Des dingues et des Pop aux sabots de guitare / Des chevaux pleins de fleurs des champs dedans leurs yeux / Hennissant des chansons de nuit quand y'en a marre..."). Mais non, tout cela n'était pas si beau, et si pompeusement fleuri. Ce n’est que par une subtile "syntaxe error", le magique déplacement d’une virgule, d’un point, un souci d’articulation entraînant la répétition du titre dans la tempête foudroyante du morceau en train de se jouer au galop, que j’entendais ce que je voulais entendre. C'est-à-dire cela : "This is the end, beautiful friend, The end. This is the end, my only friend, the end. I’ll never look into your eyes, again." Pour moi c’était clair : la mort était l’Amie pour Jim. L'Amie abstraite, imaginaire. La grande faucheuse, rédemptrice et de toute beauté. Je planais à 10 000. Une virgule me coupait le verbe sous le pied. Une virgule et tout était dépeuplé. Voire différemment peuplé.


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