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  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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30 juin 2006 5 30 /06 /juin /2006 01:55
Ainsi parlait le mythe, l'écrivain en chanteur


Malgré mon jeune âge (26 ans), j'ai rencontré Gérard Manset (61 ans), parent terrible de la chanson française, par deux fois. La première à l'occasion de son dix-septième album, Le Langage Oublié (2004), la deuxième à l’occasion de l’album qui a suivi juste après, Obok (2006), dernier en date. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Manset est rare. Manset se terre. C’est un mythe. Art muré de chansons mélancoliques en diable, sur le monde, les hommes. Un Sphinx que d’aucuns aimeraient faire parler. Sur ses morceaux aux voies impénétrables. Sa vie qu’il tient secrète. Portrait et entretiens.

L'écrivain en chanteur

Sur Obok, finies les "sagas" baroques. Avec saxo et console organique (du Palais des Congrès), il est plus blues-réaliste que jamais (Neil Young tendance Zola) sans arrêter d’être ce taciturne dramaturge d’un monde qui sombre. Last impressions of earth.

Car Manset vit dans un autre monde. Une réalité presque parallèle tant sont illustres, au point d'en paraître fictionnelles, les références qui le fonde : Gauguin, Céline, Magritte, Nerval, Hugo, Flaubert, Villon. Et lui-même, Manset. Très Dieu, très maître.


Il se voit trôner avec eux dans une Olympe artistique. Dernier des Mohicans à l’heure où l’idéologie du progrès, post-moderne, nivelle tout vers le bas. Perfectionniste, il contrôle tout. Ne lui parlez pas de Brel, Ferré, Bashung ou Johnny.

Manset n’est pas de cette race-là : ces gens du "show bizz" et de la "variété française", comme il dit. Parce qu’il fait tout seul, il n’y en a pas deux comme lui. Il est unique et se vit comme tel. Roi en son royaume. Avec carrure d’écrivain à part entière.

Il fustige la chanson, son milieu, ses acteurs. Son seul point commun avec Gainsbourg, lui qui n’a rien de pop, c'est d'avoir les arts nobles dans le viseur (Gainsbourg la peinture, lui le roman, je résume). De considérer la chanson comme un art mineur.
 
Il doit pourtant beaucoup à la chanson. Son contrat avec EMI fait de lui le démiurge qu’il souhaite être, et lui a tôt fait gagner une retraite très anticipée. Pour voyager (en Asie, en Amérique Latine, en lui-même) et créer à temps plein (photo, toile, disque, livre).

Cela fait de lui un artiste, dur à définir. Une sorte de "Cabrel pour intello" comme l’a défini Le Parisien à l’occasion de son Obok blues-folk. Cabrel avec qui il partage la Nature comme thème phare de son répertoire. Mais traitée sans commune mesure chez Manset.
 
 
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30 juin 2006 5 30 /06 /juin /2006 01:41
Ainsi parlait le mythe, écrivain en chanteur

Malgré mon jeune âge (26 ans), j'ai rencontré Gérard Manset (61 ans), parent terrible de la chanson française, par deux fois. La première à l'occasion de son dix-septième album, Le Langage Oublié (2004), la deuxième à l’occasion de l’album qui a suivi juste après, Obok (2006), dernier en date. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Manset est rare. Manset se terre. C’est un mythe. Art muré de chansons mélancoliques en diable, sur le monde, les hommes. Un Sphinx que d’aucuns aimeraient faire parler. Sur ses morceaux aux voies impénétrables. Sa vie qu’il tient secrète. Portrait et entretiens.


Des débuts mythiques

38 ans que ça dure. Que sédimentent, dans le vase du silence médiatique, à "intervalles d'éternité" les rares disques de ce voyageur solitaire. Un homme d’image (ex-élève aux Arts Déco, section gravure) que rien ne destinait à chanter. Mais il y a un mai.

1968 : les majors font obstacle à ce jeune auteur-compositeur en mal d’interprète. Notamment à son projet issu d’un bout de texte plaqué par hasard sur un accord de guitare. Texte "peut-être en réaction à ce qu’était la chanson à l'époque".

C'est Animal on est mal, premier 45 tours, auto-produit. Le grain de sable qui lance la machine. Le style "janséniste-chamane". Puis l'album éponyme. Les titres ? Tout un programme : "Je suis Dieu", "On ne tue pas son prochain"...

Mysticisme, succès d’estime et statut culte. Manset se distingue d'emblée. Coup de pouce des étoiles. Son disque se vend peu, mais son passage en boucle sur les ondes, pour cause de grève radio, le rend omniprésent le temps de l’insurrection étudiante.
 
Ironie du sort. Manset n’a pas de message, parle juste "des choses de tout temps : poésie, lumière, sensibilité". L’anarchie revêtue par Ferré n’est pas pour lui. Lyrique en dedans, l’ascète sort presque toujours le même disque. Il y en aura dix-huit en 38 ans.

A la clef, toutes les clefs : un contrat en or qui lui donne droit de vie et de mort sur tout ce qu'il sort. L'autodidacte (guitare, piano, batterie) étend vite sa main mise artistique (arrange, produit) ressort même ses œuvres, épurées de leurs titres soi-disant passables.
 
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14 juin 2006 3 14 /06 /juin /2006 02:24
Les liaisons dangereusement soniques

Après 5 années de galère, le 29 mai dernier Un Homme et Une Femme Project (HFP) sortait enfin son premier album, Alamera (Kitchen/Warner). Ce 12 juin, le groupe ouvrait la soirée Indie Rock à la Flèche d'Or, nous gratifiant de trois quart d'heure d'haute tension noise rock qu'on n'est pas prêt d'oublier. Mais après 5 années de galère, HFP n'est toujours pas tiré d'affaire.


"American Psycho" Les chansons s'enchaînent, sans temps mort, lacets lacérés d'une même course effrénée contre la montre, l'amour, la mort. Le désir les taraude, jusqu'à la maladie parfois. En mode impératif, Frank chante-parle crûment (sa voix ressemble à s'y méprendre à celle de Dominique A), de "cul", de "jambes longues et fines", de "tous ces gens qui grouillent et se replis", de "crever les ventres de nos mères" et "parle à ton père" (ce qu'il faudrait que je fasse). Leur romantisme à la Easton Ellis jaillit devant une maigre audience qui afflue par grappes progressives, et se fait prendre au piège. En extase au plancher, les pieds marquent le rythme de cette course effrénée.


"Défier les anglais"
HFP tient la distance. Joue la longueur, la tension. Ses morceaux tendus de bruit blanc dépassent souvent le canon pop des trois minutes et quelques (surtout sur scène). Comme Encre, Mansfield Tya, Verone et Arman Méliès, ils sont de cette lignée (saignée ?) post Dominique A et Diabologum qui sait sculpter bruit comme silence, dire et taire, ne pas transiger entre
rock et chanson, entre importance (française) du texte et importance (anglo-saxonne) du son. Les deux cohabitent, et nouent de dangereuses liaisons. HFP signe le retour d'un rock lettré avec des ailes et du corps, un rock lettré électro-charcuté défiant les anglais sur leur propre terrain.

"Batteur héro" Au terme de cette trajectoire lyrique implosive, tout finit à terre, plié dans un déluge sonique
, les trois membres libérant l'énergie retenue de tout le concert dans un corps à corps obscène avec leurs instruments, leurs amplis, cul par-dessus tête. Dérapage forcené carambolant Crash!, Taxi Driver et Sonic Youth, Scorsese, J.G. Ballard et Thurston Moore (chez HFP on reste cultivé, même dans le saccage). Ouch ! "Je n'ai jamais entendu ça, lance une spectatrice, à chaud. Il est fascinant ce batteur. Pourtant le chanteur n'est pas mal, ses textes en français sur du rock comme ça, ça rend bien. Mais sans le batteur le groupe n'est rien."

"Noyau dur du trio" Ça faisait presque deux ans que je n'avais pas vu HFP sur scène. Depuis le 7 mai 2004 pour être précis, alors qu'ils ouvraient pour Elista à Sceaux. A l'époque, le trio testait une formule à quatre, avec une guitare de plus, tenue par le frère de Kevin. Aujourd'hui revenus au noyau dur identitaire guitare-basse-batterie, ils sont plus cinglants que jamais, capable de vraiment tordre leur matériel sur scène. Nicolas, leur manager, confirme l'évidence : "C'est comme ça que ça marche le mieux, parce qu'ils se connaissent par cœur."



"Industrie lourde"
C'est d'ailleurs lui, Nicolas, ex-bassiste du groupe Elisa (enregistrant actuellement son deuxième album) qui a mis les sous pour sortir l'album d'HFP. Sous gagnés avec le succès public et radiophonique d'Elista (poussant le groupe à suivre actuellement une voie mainstream, mais sans Nicolas). Ça faisait bien deux ans que HFP souhaitait sortir ce disque. Entre temps, ils ont dû se battre pour mettre en place les impératifs "extra-musicaux" exigé par l'industrie (lourde) musicale : label (Kitchen Music, le leur), attaché de presse, distribution (Recall/Warner), partenariats Férarock, retombées presse, etc. Alors qu'ils doivent défendre le premier album, ils ont déjà la tête dans le second, "depuis six mois, un an", glisse Kevin, dans un sourire, doucement crispé.


Ils seront en session acoustique OUI FM ce jeudi 15 juin, et en tournée fin 2006, actuellement en préparation. Ils n'ont pas de parrainage Bayon-Libération (comme Arman Méliès), ni même l'épaule de Dominique A pour jaillir sous les feux de la rampe (comme les Mansfield Tya qui ont reçu
"une standing ovation plus grand encore que celle de Dominique A" en assurant sa première partie à La Cigale dernièrement, nous apprend Dominique Marie, attaché de presse de HFP, qui était présent). Mais je vous invite à les découvrir, les soutenir. Pour que leur route semée d'embûches soit aussi pavée de bonnes intentions. Ils le méritent.

photos Amélie Cordier
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14 juin 2006 3 14 /06 /juin /2006 02:21

Les liaisons dangereusement soniques


Après 5 années de galère, le 29 mai dernier Un Homme et Une Femme Project (HFP) sortait enfin son premier album, Alamera (Kitchen/Warner). Ce 12 juin, ils ouvraient la soirée Indie Rock à la Flèche d'Or, nous gratifiant de trois quart d'heure d'haute tension rock qu'on n'est pas prêt d'oublier. Mais après 5 années de galère, HFP n'est toujours pas tiré d'affaire.


La route est semée d'embûches pour un jeune groupe qui souhaite percer dans le circuit rock. Encore plus s'il adopte une démarche pointue, aussi intransigeante que celle d'Un Homme et Une Femme Project. Franck, Steve et Kevin – plus anglo-saxon que leurs prénoms, tu meurs – pratiquent une chanson noise cinglante, dont le succès critique est inversement proportionnel au succès tout court.

"Presse à distance"
Pour l'instant leur incandescence séduit un cercle restreint. Depuis la sortie de leur premier opus, elle fait se déchaîner les journalistes l'espace-temps d'une chronique – Les Inrocks louent une "gifle" renvoyant "Raphaël à ses études”, Magic! un trio s’aventurant "au delà de tout espace privé et de toute pudeur”, Rock&Folk "une détermination et une élégance rare". Les groupes français de leur trempe ne courent pas les rues. Mais pour l'instant la presse reste à distance : aucune 'interview.

"Ruminer l'affront" Franck (guitare-chant), Steve (batterie) et Kevin (guitare-basse) réservent donc leurs explications sur scène. Manque de pot, ce soir la galère frappe. Pour cause de chaleur (enfin estivale) et de Coupe du Monde, la salle affiche quasi désert. Sourcils circonflexes et mutisme glacé, Franck semble remonté, ruminant l'affront de ne pas avoir plus de monde à se mettre sous la dent. Les gars accueillent la déconvenue avec le faux calme de ceux qui se rient du mauvais sort. Et vont en faire frapper à coup sûr, fort.


"Rage dedans"
Dès les premiers accords, ils soufflent par leur force d'implosion ; balafrent de leurs morceaux qu'on dit à juste titre croisant le fer entre rock New Yorkais (style Sonic Youth, Interpol) et chanson française (style Brel, Dominique A). Ça joue physique. Steve mène. Les rythmes martiaux et cavalcades qu'il cogne tiennent littéralement l'affaire, sommant Kevin de jouer dense son glacis coupant de lourdes lignes de basses. L'un dans l'autre, on n'entend pas trop les paroles de Frank, qui surajoute à la furie rythmique les stridences de sa guitare, mais ce n'est pas grave : fulminant de rage à la manière de Ian Curtis, l'énergie qu'il dégage fait passer le message.



"Mirwaïs, jeune"
Devant si peu de monde, ils pourraient jouer à l'économie. Et depuis le temps qu'ils jouent ces morceaux, ils auraient pu en tarir la source. Mais non, le sentiment d'urgence est total. Les chemises trempées noires jusqu'aux os. On sent que la galère a été profitable, a fourbit leurs armes. Les chansons en jètent, l'esthétique et l'attitude aussi. Son, fringues, gueules – qu'ils ont pâles, anguleuses et aimables à la Taxi Girl (Frank ressemble à s'y méprendre à Mirwaïs, jeune), tout est carré, super rodé chez HFP. Noir, froid. Plus cohérent que ces trois-là, tu meurs.

photos Amélie Cordier

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9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 01:36
Désarmant





"L'Asphaltine, c'est le côté aseptisé de notre civilisation"

"Que la Californie sombre dans l’océan : quoi de plus normal ?"






Le titre de l’album est Néons Blancs et Asphaltine. Qu’est-ce que l’Asphaltine ?

C’est un néologisme, un mot qui n’existe pas. C’est sorti de mon cerveau malade ! (rires) Ce titre là est venu en fait en allant à un concert dans l’est, et donc pendant que je faisais des heures autoroutes où j’étais passager. J’avais la chance de ne pas conduire et je regardais en fait la route défiler et ça m’a inspiré ça. En fait, au début, c’était l’asphalte. Asphaltine est venu rapidement et ensuite, sur ce coté un petit peu superficiel, un petit peu aseptisé de notre civilisation, je trouvais que le néon était assez parlant, avec toutes ces vitrines assez clinquantes. Par exemple, j’avais été en Thaïlande et ça m’avait pas mal choqué par ce que dans toute l’Asie du sud-est, ils sont vraiment fans de tout ce qui est néons, lumières clignotantes, il y a un coté vraiment très clinquant, très racoleur et je trouve ça assez symbolique de notre civilisation où il faut forcément attiré le chaland, il faut forcément attirer les mouches pour leur vendre n’importe quoi.

Dans cet album, j’ai l’impression que tu transformes en ruine tout ce que tu vois, mais qu'en même temps tu réecnhante tout par les ruines… il y a ce coté magique et fascinant, très "Ashes to Ashes" finalement de la ruine, de la cendre, de la poussière, le coté assez fertile de tout ça… "San Andreas", c’est en référence à la faille du même nom ?

Bon, c’est schématique parce que ce n’est pas vraiment ce que je pense, mais quelque part l’idée que La Californie disparaisse un jour dans l’océan, tu peux te dire : "Quoi de plus normal ?", c’est un lieu tellement étrange, tellement surnaturel, tellement too much, tellement plein de fric, tellement grossier que ça ne peut qu’un jour s’effondrer, se détacher du reste du globe et disparaître au fond des océans. Et géographiquement, c’est sur la faille. C’est ce parallèle que je trouvais vraiment (pas rigolo parce que ça n’a rien de rigolo et je ne souhaite pas que La Californie disparaisse), mais je trouve qu’il y a une ironie du sort à ce que peut-être l’endroit le plus superficiel du monde soit sur une faille où l’on sait qu’un jour ça va disparaître.

Comment t’es venu le titre du 7 titres, Le Long Train Lent et les Beaux Imbéciles ?
En fait, c’est une note de pochette dans un album de Bob Dylan où il parle du beau train lent et des étrangers où je ne sais quoi. Ce n’est pas la phrase exacte, mais je me souviens que ça m’avait marqué. Le début de la phrase est le même et puis après j’aimais bien cette apologie de la lenteur. Je trouve qu’il n’y a rien de plus cinématographique que quand on voyage dans un train et qu’on regarde par la fenêtre, j’aime bien aussi tout cet univers. Quand on fait un trajet d’une heure dans un train on chope comme ça des petits morceaux de vie, des choses qui ont l’air complètement anodine, ça peut être des immeubles quand on passe à coté d’une cité, ou le long de la voix de chemin de fer, c’est des endroits qui sont complètement négligés, le genre d’endroits que personne n’aime et si on commence à regarder un petit peu plus précisément je trouve que ça peut être vraiment poétique.

Qui a fait la pochette ?

C’est le travail d’un illustrateur qui s’appelle Julien Pacaud, que j’ai découvert par un site, hinah, qui est très branché folk-indé, mais qui a aussi une partie art graphique avec beaucoup d’illustrateurs photographes qui font des petites expos. Et voilà j’étais tombé sur le travail de ce Julien et j’avais trouvé cela vraiment bien. Donc en fait je l’ai contacté et il fait un travail original pour l’album. Je lui avais fait écouter le 7 titres, je n’avais pas encore de quoi lui faire écouter l’album quand il a commencé à travailler dessus, donc il s’est inspiré juste des titres des morceaux et de l’univers du premier disque pour faire quelque chose d’original qu’après on a retravaillé avec Stéphanie pour le mettre en page.

D’où vient
l'Arche de Noé volante sur la pochette du 7 titres ?
C’est une sorte de bateau volant que j’avais trouvé dans un vieux bouquin qui traînait dans un grenier en fait, c’est une sorte de sous Jules Vernes, un bouquin qui n’est pas terrible mais où il y a de belles illustrations. J’étais tombé là-dessus, c’était un peu l’évidence pour moi que c’était forcément la pochette. Je trouvais que ça correspondait bien à l’univers du disque, ce coté un peu bout de ficelle, un peu désuet.

Tu ne voulais pas mettre ta photo sur la pochette ?
Non ! pas du tout, hors de question (rires). Ça se fait beaucoup dans la chanson française. Sans doute que commercialement, c’est viable, sinon ils arrêteraient de le faire, mais moi je suis un peu lassé de ça, je n’avais pas du tout envie de mettre ma trogne en couverture. Et puis, d’une manière générale, je trouve que c’est un petit peu déplacé de se mettre en avant comme ça. Peut-être qu’un jour je le ferai, je ne sais pas, parce qu'on me forcera ou que je me dirai : "Allez, c’est peut-être l’heure de la mettre !". Non, je préférais faire un truc plus graphique.

Pour prolonger graphiquement l’univers musical ?
A tous les niveaux, sur tous les supports promotion, sur les disques, sur le site Internet. On essaie vraiment que tout soit cohérent pour que ce soit le prolongement ce cette bulle dont tu parlais sur scène.

Tu as pensé aux projections vidéo sur scène ?
Oui, à terme. Pour l’instant je ne connais grand monde et je n’en ai pas parlé non plus parce qu’il y aussi un souci de simplicité. Car ce qui est super agréable c’est quand même de pouvoir aller n’importe où et n’importe quand. Si on m’appelle cet après midi pour aller jouer ce soir dans une salle sur Paris ou même à 100 kilomètres de Paris, je peux : je passe chez moi prendre ma guitare donc il y a vraiment un élément séduisant là-dedans. Maintenant c’est vrai que j’aimerais bien étoffer le coté scénique, en jouant un peu plus sur les lumières, en mettant pourquoi pas des projections. Il y a plein de choses à faire, là-dessus je ne me fais pas de soucis. Je ne suis pas prêt d’être lassé en fait.

Après cet album ne vas-tu pas avoir du mal à retourner à quelque chose de plus rock avec eNola ?
Non, parce que parallèlement on continue à jouer, on n’essaie de ne pas cumuler ni les concerts ni les sorties de disque. L’album d’Enola devrait sortir en mars 2005, mais après au quotidien moi je fais souvent les deux en même temps. Je peux très bien travailler sur mon disque dans la journée puis le soir je vais répéter avec mes petits camarades.

Le projet solo influence-t-il eNola ?

Oui, par opposition en fait. C’est-à-dire que quelque part l’album d’eNola devait être beaucoup plus calme au départ quand on a commencé à l’écrire et le fait que moi j’embraye dans un projet solo où c’était très soft on a opté pour les morceaux les plus pop rock. Bon, ils ne sont pas pour autant très très rock, ça reste assez soft. Je ne pense pas que ce soit plus accrocheur, c’est plus personnel par rapport au premier disque, c’est indéniable, c’est surtout que c’est plus rêche. Autant sur l’album d’Armand Méliès c’est assez dépouillé, autant sur l’album d’eNola on a fait un truc qui est beaucoup plus brute. On a enregistré quasiment live en quinze jours, il n’y a quasiment pas d’arrangements supplémentaires, dès fois on a rajouté une guitare, un clavier, mais c’est tout. C’est assez rêche, assez brute de décoffrage (nda : Malheureusement, comme nous l'apprendront plus tard de la bouche même d'Arman, le deuxième album d'eNola ne verra jamais le jour, ce que confirmera un mot sur leur site officiel posté le 11 mars 2005 : "Après 5 ans d’activité et un premier album paru en 2002, le groupe francilien jette l'éponge. A l’origine de cette séparation, la mésentente de plus en plus évidente avec leur label, Jaff, et les conditions de travail qui en découlent. Découragés par une collaboration qui, au fil des mois, s’est avérée de plus en plus conflictuelle, et dans l’incapacité, dans ces conditions, de finaliser correctement un album sur lequel le quintet travaillait depuis près de deux ans et demi, les membres du groupe ont finalement décidé de mettre un terme à cette singulière aventure musicale")
.

Ce n’est pas non plus ce qu’on peut entendre chez Luke, non ?
Non, après dans les compositions c’est beaucoup plus soft, beaucoup plus pop, mais sans fioritures.

Qu’en penses-tu, vite fait, de ce deuxième album de Luke ?
Je suis assez partagé. J’étais fan du premier, je l’aimais beaucoup, je trouvais que c’était vraiment personnel pour le coup, ça ne ressemblait à rien, et en même temps c’était super bien, les morceaux étaient très biens, les textes étaient magnifiques. Le deuxième, il est forcément plus directement accessible. Disons que je suis moins fan. Je suis moins fan de rock français de toute façon. Autant j’aime bien la chanson française, autant je préfère aller voir ailleurs si on parle vraiment de rock. Je trouve que le rock franco-français c’est toujours un peu limité. Du coup, ils ont perdu un peu en singularité sur ce disque, mais après je vais les voir bientôt sur scène et à priori c’est vachement bien sur scène, car ça reste bien écrit, les textes sont toujours aussi biens, mais c’est moins ma tasse de thé.

Tu dis aimer la chanson française plus que le rock français. Alexandre Varlet, connais-tu ? Je trouve qu’il y a quelques accointances entre vous, dans le chant, l’univers mélancolique et maritime…
Oui, on me l’a dit. Ce n’est pas une référence qui revient souvent, peut-être parce qu’il n’est pas très connu, mais c’est revenu de temps en temps. Oui, pourquoi pas ? Après il a un côté peut-être un peu plus dandy, un petit plus hautain, voire cynique dans ses textes que je me refuse. Je ne parle pas de lui, parce que chez lui ça reste très subtil, mais de manière générale je suis assez écœuré par le cynisme dans lequel on baigne, à tous les niveaux. On allume la télé, c’est écœurant. Donc c’est quelque chose que je me refuse, j’évite de verser là-dedans. Du coup après mes textes peuvent peut-être paraître affreusement premier degré et peut-être qu’on peut dire : "Il est vraiment triste, il est vraiment ennuyeux, il est vraiment déprimé", je ne sais pas, mais à la limite je préfère peut-être paraître trop premier degré que d’être un peu trop cynique.


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8 juin 2006 4 08 /06 /juin /2006 19:33

Désarmant





"Ne pas faire de grand déballage lacrymal"


"Voir le banal de façon merveilleuse nettoie l’œil"








Tout à l’heure, on parlait des références qu’on te collait à l’époque d’eNola et Jeff Buckley était l’une des plus visibles. Or à l’heure de ton album solo, on compare plutôt ta musique à celle de Sébastien Tellier, avec son album L'Incroyable Vérité notamment, et sa "Ritournelle" au piano de Politics, son deuxième album. Il y a un monde entre ces deux comparaisons ! Cela te va ?

D’abord, je suis surtout super content qu’il y ait des gens qui disent ça. Je connais un peu ses deux albums en fait, et quand le deuxième est sorti il y avait dessus un morceau qui s’appelle "La Ritournelle" qui est splendide. C’est le genre de morceaux que je jalouse de ne pas avoir écrit. Quand j’entends ce genre de morceaux je me dis : "Pourquoi n’ai-je pas eu l’idée ?" Sur son premier album, il y a vraiment plein de morceaux magnifiques. Et puis il a un côté barré qui est vraiment marrant. Moi j’aime beaucoup ce qu’il fait et j’aime beaucoup le personnage et après oui, musicalement on va dire qu’il y a des accointances, sur les nappes de claviers psychées, le côté aussi assez mélancolique. Je sais que lui par exemple il est beaucoup influencé par Robert Wyatt, qui est quelqu’un que j’estime pas mal aussi, même si je pense que ça se ressent beaucoup moins dans ma musique. Donc oui effectivement il y a sans doute des points communs donc moi j’étais plutôt content de cette comparaison.

Tes morceaux ont une base folk, mais ils virent post-rock dans le sens où tu effaces les repères trop évidents, où tu développent d’autres pistes mélodiques et épure en même temps l’ensemble dans une légèreté vaporeuse. Est-ce donc du post-folk ?
Oui, il y a un peu de ça, mais pour le coup ce n’est pas quelque chose de réfléchi. En essayant d’approfondir ce que j’avais vraiment envie de faire, au niveau de la musique comme au niveau du texte et du champ, ça a abouti sur ce truc-là. Dans cette musique il y a effectivement pas mal d’influences post-rock, mais on va dire qu’il s’agit du pendant le plus dépouillé du post-rock, ce n’est pas Constellation (label canadien très pointu en la matière, nda), ce n’est pas Godspeed (groupe phare de cette écurie). C’est des trucs plus attirés vers l’acoustique quand même et vers l’épure.

Cette musique vaporeuse et épurée t’a-t-elle poussée à remodelée ton écriture en conséquence, à appréhender différemment le texte pour qu’il ne viennent par surcharger l’ensemble ?
Non, les textes me sont venus assez naturellement donc je n’ai pas eu à chercher. En fait je pense que c’est peut-être le point commun le plus évident avec eNola, parce que je n’ai pas eu de démarche particulière. C’est-à-dire que je travaille toujours en écrivant dans un premier temps la mélodie de la musique et celle du texte que je fais par-dessus en yaourt et petit à petit j’écris le texte en français là-dessus, mais sans me poser de questions. Il n’y a pas de démarche générale. Il m’arrive parfois de me dire que j’écris un truc et que ce n’est pas terrible donc j’arrête, mais je ne me suis pas dit que j’allais faire soit des textes très autobiographiques soit complètement barrés psychédéliques avec plein de métaphores.

As-tu écrits ceux de l’album dans un état d’humeur précis ?
Non, ça vient naturellement, quand le morceau commence à être vraiment élaboré, le texte commence à s’installer car je me penche dessus pour mettre un peu plus d’émotion dans le morceau.

Ils sont quand même assez ciselés ! On sent que tu as un souci d’écriture, que ce n’est pas secondaire, pas juste un complément de la musique.
Oui, je suis assez exigeant, mais après ça vient naturellement. Parfois ça vient très très vite. C’est assez rare, mais il y en a qui sont venus en 2-3 heures et il y en a qui traînent parfois six mois, mais ce n’est pas grave : dans la mesure où il y a déjà un couplet et un refrain, je peux le jouer comme ça pendant pas mal de temps et après petit à petit le faire évoluer pour écrire la suite.

Tes textes sont très abstraits. De quoi parlent-ils en général, on peut savoir ?
Non ! (rires) Ce n’est pas que je veux cacher quoi que ce soit, disons qu’il n’y a pas de volonté d’hermétisme, je ne fais pas en sorte que mes textes ne soient pas compréhensibles, j’essaie juste de faire en sorte qu’il y ait différentes grilles de lecture, différents niveaux de compréhension du texte pour que chacun puisse y voir un peu ce qu’il veut, un peu comme dans un tableau abstrait par exemple où chacun va y voir en fait ce qu’il est, c’est un peu un écho de lui-même dans la toile ou dans le texte. J’essayais vraiment de faire quelque chose qui ressemble à ça, de faire en sorte que la personne puisse mettre un peu d’elle-même dans le texte, de ne pas faire de grand déballage lacrymal sur ma position soit d’amoureux transi, soit d’artiste…

Ta musique est romantique alors qu’elle ne parle pas de nanas…
Oui, il y a des textes qui peuvent sembler vraiment romantique et puis si on les lit d’une façon plus politique ça peut être des textes qui sont assez surprenants. Sur le 7 titres, il y a par exemple un morceau qui s’appelle "En Face" et qui est vraiment pris pour une petit chanson romantique (moi à la base je savais très bien qu’il y avait ce double sens dans le texte), mais à la base je l’ai surtout écrit dans un sens politique. Je parle des gens qui sont déçus des mouvements politiques. Je l’ai écrite à la suite des élections présidentielles de 2002, pour moi ça a vraiment été une grosse baffe.

Transposer ce thème-là dans un univers poétique, ça ne doit pas être facile ?
Bah le but c’est ça. De toute façon, je pense que mon rôle comme le rôle de je pense tous les musiciens c’est d’ingurgiter plein de trucs. Moi je lis beaucoup de choses, je vais au cinéma, j’écoute énormément de disques, j’en achète plein, je vais en concert, j’ingurgite, je suis une éponge et petit à petit toutes ces influences je les digère et j’en fais quelque chose qui me correspond, avec ma personnalité j’en fais quelque chose qui est différent. Même quelque chose comme une grande déception politique, avec le recul je le digère et ça fait un texte dont on a l’impression que c’est une petite amourette, quelqu’un qui est déçu de l’infidélité de son ou de sa partenaire, et puis qui est parti.

Qui a-t-il en ce moment dans ton éponge, au niveau livres, au niveau disques, au niveau films ?
Au niveau disques, il y a des tonnes de choses mais je vais essayer de réfléchir aux trucs les plus récents : Devendra Banhart, le dernier album j’adore. Julie Doiron aussi. C’est une canadienne, le dernier album est vraiment super. Shannon Wright et Yann Tiersen. Je suis vraiment un grand fan de Shannon Wright et là je trouve que c’est bien, c’est une autre facette, ça fait vraiment une entité, les deux mondes se marient à merveille, ça fait un truc assez improbable mais je trouve que c’est super beau.

Et en cinéma ? Es-tu très cinéphile ? Ta musique semble très cinématographique, très visuelle. Vois-tu des images quand tu écoutes ta musique ?
Non, pas trop en fait. Je ne vois pas trop d’images, mais par contre je suis attaché à certaines ambiances, j’aime bien le cinéma qui est assez contemplatif, j’aime bien quand on nous laisse le temps de regarder les choses, et ce que j’aime surtout aussi au cinéma c’est qu’on nous fasse voir des choses affreusement banales de façon merveilleuse. Ça permet un peu de nettoyer l’œil, c’est-à-dire que ça permet de réenchanter le monde. Moi quand je sors d’une salle de cinéma, je regarde le parking où je me suis garé et je le vois complètement différemment. J’ai l’impression que ces néons que je trouvais hideux en arrivant sont en fait sublimes, je trouve que l’éclairage est sublime, que les poubelles qui sont sous l’escalier et qui étaient toutes crades je trouve que c’est magnifique, ça permet vraiment de renouveler son regard. Et dans la musique, c’est ce genre d’atmosphères que j’aime bien. Par exemple dans tout ce qui est post-rock j’aime bien ce coté contemplatif, assez lent et puis assez étrange aussi. C’est-à-dire que parfois ça peut être des bruits, quelque part c’est pareil que l’image. Quand on ressort de chez soi et qu’on entend le réverbère qui grince parce que il y a un orage, on se dit : "Tiens, finalement plutôt que de considérer ça comme une nuisance c’est peut-être un élément poétique". Voilà, la musique, le cinéma, ou même la littérature ça permet de poétiser un peu notre monde et le voir un peu différemment. Je pense qu’avec le quotidien on a tendance à tout dénigrer, mais en fait quelque part tout peut paraître extraordinaire.


(Suite et fin.)


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8 juin 2006 4 08 /06 /juin /2006 17:48
Désarmant



"Mon premier concert a failli être le dernier"


"Voir le morceau s'assembler fait partie du show
"






Comment as-tu appréhendé le fait de te "décamoufler" avec ce projet solo, de trouver enfin ta justesse vocale et musicale ?
Ça a mis un peu de temps. Parce qu'à la limite, même sur le 7 titres il y a quelques titres, notamment un titre qui s'appelle "La lisière", qu'avec le recul je n'aurais peut-être pas fait comme ça. Parce que j'étais encore dans une période où je cherchais. Mais après, quand j'ai commencé à assumer ce que j'étais et ce qu'était ma musique, c'était plutôt une libération. Au bout d'un moment, on arrête justement de s'encombrer d'influences extérieures, on arrête aussi d'essayer de se camoufler parce qu'on est timide ou parce qu'on pense que ça ne va pas plaire. Là, vu que le but du 7 titres c'était vraiment de se faire plaisir (on ne savait même pas si derrière ça allait sortir et donc si des gens allaient l'écouter), on a été à fond dans une direction.


La scène a-t-elle joué un rôle important dans la maturation des morceaux et la poursuite de ta démarche solo ?
En fait, ça m'a procuré beaucoup de plaisir et un plaisir qui était différent de celui du groupe. Donc effectivement, ça a joué mais dans un premier temps c'était plutôt une contrainte. Le premier concert que j'ai fait tout seul, je me suis un peu dit que ce serait peut-être le dernier, parce qu'autant j'avais l'habitude des concerts pour en avoir fait beaucoup avec eNola et d'autres groupes, autant là pour le premier concert en solo c'était vraiment très très dur. C'était en première partie de Benjamin Biolay, au Plan à Ris Orangis et je n'étais pas encore tout à fait près. Le début du concert était vraiment moyen, les gens l'ont vu, mais après je me suis petit à petit libéré et finalement ça a bien plu donc c'était plutôt encourageant. Mais du coup, je m'étais dit : "J'en fais un deuxième, je vois comment ça se passe et si c'est aussi dur pour moi intérieurement, j'arrêterai. Peut-être que je continuerai à enregistrer mes morceaux tout seul mais je ne vois pas l'intérêt de monter sur scène si c'est pour être mort de trouille". Mais après j'ai eu beaucoup de réactions positives donc déjà ça m'a un peu remotivé.


Ensuite tu as eu un déclic sur scène ?
En fait, dès le deuxième concert ça allait beaucoup mieux, j'avais retrouvé les automatismes que j'avais avec eNola. C'est-à-dire qu'il y a une sorte d'appréhension, un peu de nervosité avant le concert, mais très vite après on oublie un peu où on est, on oublie un peu qui on est et on se lâche. Et là comme j'avais l'avantage d'être tout seul, je pouvais justement me lâcher à tous les niveaux, je pouvais modifier la structure des morceaux, faire très soft un morceau qui est normalement plutôt rock, adoucir le passage d'un morceau ou le durcir si je vois que le public n'est pas attentif. Ça me permet de m'amuser. Les morceaux durent des fois 4 minutes, parfois ils en durent 12, avec ce système de sample que j'utilise je peux vraiment choisir...


Etait-ce un choix ou une contrainte de t'auto-sampler ?
J'avais peur. Au début, ma grande appréhension quand j'ai commencé tout seul c'était que j'avais peur d'ennuyer les gens. Je me suis dit : "Avec ma petite guitare et un peu de chant, c'est bon au bout de trois morceaux les gens se seront endormis ou ils seront partis". Donc l'histoire du sample ne me paraissait pas mal. J'avais vu Joseph Arthur utiliser ça brillamment donc je me suis dit : "Je vais peut-être essayer un truc un peu dans cette veine, ça me permettra de faire des morceaux vraiment intimistes et puis des trucs un peu plus bizarres".


C'était donc un vrai choix musical.
Oui, mais dans l'idéal, si je pouvais marier des concerts vraiment solo et des concerts avec d'autres musiciens ce serait bien. J'aimerais bien essayer de jouer avec un quatuor. Mais bon après il y a les contraintes économiques. L'avantage d'être tout seul c'est de pouvoir se déplacer en voiture. On est deux ou trois, il y a Antoine l'ingé-son, Stéphanie la manageuse et voilà on prend une voiture, on part, avec mes deux guitares, mon sampler. Si je commence à jouer avec des musiciens, ça nécessite de demander des cachets plus importants, de louer un camion, de trouver un logement, enfin plein de choses qui font que jouer tout seul est un peu le résultat de contraintes, mais je m'y retrouve vraiment.


Avec ce système de pédale de sample, tu as la liberté sur scène de modeler à l'envie tes morceaux. Dans ce champ des possibles comment as-tu réussi à te fixer une limite pour trouver la forme définitive des morceaux à mettre sur l'album ? Et pourquoi le son de l'album est-il si différent du live qui lui était plus chaud, profond, presque tribal...
Le but c'était vraiment de faire sur scène quelque chose qui ne ressemble pas à ce qu'il y a sur disque, que ce soit sur le premier (Le Long Train Lent et les Beaux Imbéciles, le 7 titres, nda) ou le deuxième (Néons Blancs et Asphaltine, premier vrai album, nda). A la limite, dès qu'un morceau commençait à trop ressembler à une version du disque, j'essayais un peu de le rattraper et de le tirer vers un autre sens, j'aimais bien lui donner une autre couleur. Il y a des morceaux qui ont pas mal évolué entre le début et maintenant, pour ne pas me répéter. Je pense que si les gens viennent me voir, ou viennent voir un artiste en général, c'est pour qu'il se passe des choses un peu surprenantes, pas pour qu'il y ait exactement la même chose que sur le disque. Ca peut être bien aussi mais ce n'était pas mon trip. J'avais vraiment envie de faire quelque chose d'autre.


Le sample est une technique contraignante à manipuler sur scène, il faut jongler avec les pédales, etc. comment t'y es-tu préparé ?
Il faut être bien concentré c'est surtout ça. Et curieusement j'avais un petit peu peur que les gens trouvent un peu fastidieux le fait que je m'enregistre au début de chaque morceau. Mais curieusement, très vite, dans les premiers concerts, j'ai vu que les gens prenaient ça comme faisant partie du spectacle. De voir le morceau s'assembler, de voir quelle pédale j'étais en train de trifouiller, apparemment c'était captivant vu de l'extérieur. Donc voilà tout le monde s'y retrouve parce que moi je m'amuse bien.


On a l'impression que tu t'es autant emmené dans ton propre univers que tu y as emmené les spectateurs. T'es-tu pris au jeu de jouer à chaque fois ton univers sur scène et de faire corps avec ?
Le but, c'est ça, essayer vraiment de s'oublier et de se laisser emmener par le morceau, quitte à se planter à la limite. Parfois, les fins des morceaux ne ressemblent plus à rien car j'ai été trop loin. Mais bon ce n'est pas grave car l'intensité est là. Et à la limite, si la fin est une masse sonore complètement brouillonne ça permet de véhiculer l'idée de colère par exemple, et c'est très bien comme ça. Donc effectivement, ça arrive parfois de vraiment s'oublier et c'est vraiment le but. Malheureusement parfois ce n'est pas le cas, on reste scotché sur ses petits problèmes techniques...


Ton univers semble fonctionner comme une bulle. N'a-t-il pas fini par trop t'obséder à force de t'immerger dedans concert après concert ?
Non, dès que j'arrête de jouer c'est fini. A la limite, je peux à nouveau m'y retrouver quand je suis chez moi et que je travaille sur des nouveaux morceaux, mais sinon dès que le concert est fini la petite bulle éclate. Je pense que c'est mieux pour tout le monde, enfin surtout pour ma santé mentale.


Sur scène les morceaux sont parfois bruitistes mais pas sur l'album...
Oui, j'ai l'impression que le côté excessif de la scène marche bien sur l'instant, et du fait qu'étant seul je dois pallier l'absence d'autres musiciens en grossissant un peu le trait pour que l'émotion passe. Mais sur disque je ne suis pas sûr qu'en grossissant le trait de la même sorte ce soit toujours très convaincant. Chercher ainsi à séduire ça peut vite devenir un peu pataud ou putassier, donc j'ai vraiment voulu faire quelque chose de beaucoup plus sobre, de plus dépouillé sur le disque qui permet de l'écouter un certain nombre de fois sans être écoeuré. En fait c'est ce que je reproche au premier album d'eNola : des morceaux peuvent se révéler assez percutant à la première écoute, mais au bout de 4-5 écoutes ils deviennent un peu écoeurant parce que ça fait un peu trop grandiloquent.


A l'inverse, ne t'es tu pas dit que tu pouvais lasser en épurant trop et en déclinant des climats sensiblement identiques du début à la fin de l'album ?
C'était un risque mais un risque assumé. Dès le départ, je me suis dit : "Je vais essayer de faire quelque chose qui me corresponde totalement" et donc musicalement ça se traduit comme ça, par un univers assez triste, mélancolique, calme et dépouillé. Il n'y a pas de morceaux vraiment enlevés, mais c'est ce que je voulais. Après je sais que ce n'est peut-être pas ce qu'il y a de plus séduisant, il y a peut-être des gens que ça va profondément ennuyer d'écouter ça, tant pis, ils écouteront autre chose, mais moi je voulais vraiment aller au fond de ma recherche.


Avec qui as-tu travaillé sur Néons Blancs et Asphaltine ?
Avec Antoine (Gaillet, nda), toujours. En fait, on a presque tout fait à deux. Après j'ai demandé à Loïc de faire les batteries. Il y a Cyann de Cyann & Ben qui vient chanter sur un morceau, mais globalement on l'a fait à deux avec Antoine et je me suis chargé d'à peu près tous les instruments, hormis la batterie, parce que je suis incapable de jouer de la batterie. Et en fait, on est quand même parti de la base des morceaux, c'est-à-dire des samples que je fais sur scène. Mais les morceaux que j'avais joué avant sur scène, là quand on les a eu sur bande, on a essayé de les triturer pour que ce soit à nouveau autre chose. Ce côté un peu tribal de la scène, petit à petit on l'a modifié, on la arrangé différemment. Donc il y a des morceaux où ce son est encore présent mais comme c'est un peu plus noyé dans le reste des arrangements, je pense que c'est peut-être moins évident. La structure de base de morceaux comme "Néons Blancs et Asphaltine" ou comme "Le Phare", si on l'écoute c'est vraiment ce qu'il y a sur scène, sauf qu'après on a un peu divagué.


(Suite.)

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7 juin 2006 3 07 /06 /juin /2006 09:18

Désarmant







"On a vraiment fait un truc très roots"

"L'emphase d'avant était un écran de fumée"







Où as-tu enregistré ton 7 titres, Le train lent et les beaux imbéciles ?
En mai 2003, avec Antoine, on a été squatter une maison que j'avais à dispo à la campagne dans la Nièvre à côté de Nevers. On est allé là-bas avec plein de matos et en une semaine on a enregistré le premier 7 titres.


A ce moment, tu ne pensais pas encore en faire un véritable album ?
Non, c'était vraiment pour se faire plaisir, c'était : "Il y a des morceaux, on a du temps, allez on se lance, on fait vraiment un truc comme on a envie de le faire, c'est-à-dire très roots". Il y a certaines contraintes dans le fait d'enregistrer dans une maison, mais ça a aussi amené un certain caractère à la musique, du coup on n'a pas essayé de surproduire le truc, ça a donné quelque chose de très dépouillé.


As-tu écrit des morceaux là-bas ?
Non, ils étaient écrits avant, mais après ils ont parfois pris une forme différente à l'enregistrement. De là on a créé un label associatif (Bizarrek7, nda) pour sortir le disque et l'aventure s'est lancée. Ensuite, pas mal de chroniques sont tombées et elles étaient plutôt élogieuses donc ça a fait plaisir. Et puis il y a eu des concerts, plein de dates et donc Stéphanie (compagne et manageuse, nda) et Antoine m'ont dit : "C'est bien, ça a l'air de décoller, faut enchaîner avec l'album maintenant !" Finalement, ce qu'on voulait faire avec eNola, c'est-à-dire enregistrer sur un long laps de temps, on l'a fait avec Arman Méliès. Le premier 7 titres avait été enregistré en mai 2003, il est sorti en octobre et dès novembre on commençait à enregistrer l'album. L'album s'est donc enregistré de novembre 2003 à mars 2004. Quand on avait une semaine, on squattait soit chez moi, soit à la campagne près de Nevers, soit chez Antoine, on allait à droite et à gauche et on faisait des prises.


Pour toi ce projet solo, c'était plus un retour aux sources où une nouvelle prise de risque ?
C'est quelque chose que je n'avais jamais fait. C'est quelque chose que je n'osais pas faire en fait. Pendant longtemps, je me suis camouflé derrière des projets, derrière le groupe eNola. C'est évident même. Par exemple, en réécoutant le premier album, il y a une certaine emphase qui en fait ne me correspond pas et qui était un écran de fumée, voire même des paillettes. C'est ce que je reproche à l'album, un côté un peu trop emphatique et grandiloquent qui masque la sensibilité qu'il pouvait y avoir dans les morceaux.


Des références te vampirisaient à l'époque ?
Pas tant que ça, non. Je jouais peut-être un peu de trop de la voix de tête donc on m'a dit que je faisais du Jeff Buckley... Bon, c'est vrai que Buckley m'a marqué. Quand j'ai eu la chance de le voir en concert aux Eurockéennes, ça a été une grosse claque. Là c'était vraiment scotchant, mais après je n'ai pas essayé non plus de faire du Buckley. Mais le truc, c'est qu'en plus, il y a Muse qui débarquait à cette époque. Donc on m'a pas mal dit ça aussi, que je faisais du Muse. Mais en fait, c'est quelque chose que j'ai fait sans calcul. Au niveau du groupe, il y avait une certaine fougue, on était jeune, ça ne faisait qu'un an qu'on existait.


Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Certains sont des amis de longue date. Olivier, l'un des guitaristes d'eNola, je le connais depuis 15 ans. Avant j'avais joué avec lui dans différents petits projets. Renaud, l'autre guitariste, c'est un bon ami aussi que je connaissais depuis très longtemps, mais je n'avais jamais joué avec lui. Les autres c'est des rencontres. Loïc, le batteur, je l'ai rencontré par l'intermédiaire d'un autre ami, car on cherchait un batteur. Tout le monde s'est greffé sur le projet eNola comme ça, un petit peu par hasard, sur la foi de mon idée de base qui était de faire un projet un peu plus pop que les projets relativement musclés que j'avais mené auparavant, des trucs très rock qui ne me correspondaient plus trop. Je me disait juste : "Allez, j'aimerais bien faire un truc qui me corresponde un peu plus" et voilà j'ai cherché un peu, j'ai demandé qui cela intéressait et la sauce a pris.


(Suite.)



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7 juin 2006 3 07 /06 /juin /2006 00:56
Désarmant



Arman Méliès ne parle pas "qu'aux mouettes". En octobre 2004 au cinéma d'art et d'essai Le Lucernaire dans le 6e arrondissement de Paris j'ai rencontré l'auteur de Néons Blancs et Asphaltine pour discuter de son univers musical. Univers à son zénith sur son 2e album, Les Tortures Volontaires.








"Aujourd'hui, il ne reste qu'une seule chose importante sur mes disques, c'est le silence"
, confiait en 1991 Mark Hollis, feu leader de Talk Talk à Jean-Daniel Beauvallet des Inrockuptibles. C'était à l'époque de  Laughing Stock, album qui poussait encore plus loin la recherche musicale de cet homme marqué par Debussy, Ravel et le free-jazz. Démarche initiée en 1988 par Spirit of Eden pour que la musique ne soit plus qu'une respiration laissant affleurer, sans ses creux, la fragilité et la vérité de l'être.
Arman Méliès, alias Jan Fieve, ex-guitariste chanteur du combo pop-rock eNola pourrait faire sienne cette réplique de Mark Hollis. En 2003, il quittait les cimes d'un lyrisme confortable post radiohead et jeff Buckley pour s'aventurer en solo dans ce genre de silence, et donc construire sa propre langue, élaguée au possible, genre post-folk. En exergue de la pochette de Néons blancs et asphaltine, son premier album en tant qu'Arman Méliès était marqué ceci : "Music won't save you from anything but... silence... et c'est déjà beaucoup." En plage 11du disque : "Hollisong", en hommage à Hollis. Boucle bouclée. En mai 2006, reparti de plus belle, Arman largue les amarres avec son deuxième opus solo, Les tortures volontaires, plus flamboyant et limpide encore, avec  son cortège de mots cryptés et d'influences trois étoiles : Robert Wyatt, Ennio Morricone, Low, Neil Young. Avec ce disque, le jeune homme rejoint une sorte de confrérie invisible où l'on trouve Sébastien Tellier, Sébastien Schuller, Syd Matters. Méliès désarme et titille des sphères plus larges.
.
 


"Avec eNola on n'avait pas approfondi notre singularité"


"J'avais plein d’idées plus décalées en tête"











A la base, les gens te connaissent en tant que leader-chanteur du groupe eNola. Comment t’est venu cette idée d’album solo ? Cela te tentait-elle depuis longtemps ?

Non, c’est venu un peu par défaut en fait car après la sorti de l’album d’eNola (Figurines, nda) le tourneur avec qui on devait bosser nous à un peu planté donc la tournée a été écourtée. Derrière on s’est donc dit : "Ne perdons pas de temps, réattaquons directement". On nous prêtait un studio à Arcueil, on a donc été y squatter en juillet et août, et en fait on a composé quasiment tout l’album suivant dans la foulée. Mais comme on voulait avoir un peu de recul par rapport aux morceaux, qu’il était trop tôt pour le sortir et qu’on avait des divergences d’opinion au sujet des méthodes de travail avec le label, du coup ça a pris pas mal de temps.

Sur quelles questions divergiez-vous avec le label ?
Dans un premier temps, on n’était pas complètement satisfait de la façon dont ils avaient bossé le premier album. Personnellement, avec le recul, je trouve que le premier album d'eNola n’est pas super. Je ne l’aime pas trop. Au niveau des compos, je trouve qu’il y a pas mal d’erreurs. On ne s’était pas encore trouvé à l’époque. Car ça a été assez vite pour le premier album d'eNola. On a formé le groupe, derrière il y a eu des concerts, des contacts de différentes maisons de disques et hop ! on a opté pour un label parce qu’on se disait : "Tiens, c’est un petit label qui a l’air motivé".

Cet album avec eNola, c’était ton premier album ?
Oui, et donc on avait composé plein de morceaux, peut-être dans des styles un peu différents, mais sans jamais vraiment chercher à approfondir notre singularité. Et comme les morceaux étaient bien en eux-mêmes, que ça marchait bien sur scène, on ne s’est pas posé plus de questions, on a été en studio, on a enregistré. C’est maintenant, avec le recul qu’on se dit que ce n’est peut-être pas ça qu’on voulait faire, mais bon ça c’est l’expérience, ce n’est pas grave. Du coup, pour le deuxième album on voulait une démarche qui soit quand même un peu plus personnelle et on souhaitait enregistrer l’album durant un plus long laps de temps, c’est-à-dire aller en studio de temps en temps, poser quelques idées, avoir du recul, les retoucher, faire sans arrêt comme ça, ce qui n’était pas possible en travaillant comme on l’avait fait pour le premier album car le label nous avait dit : "Le studio, c’est de tel date à tel date, vous y allez vous enregistrez", la démarche classique. On a donc essayé de voir si on ne pouvait pas produire l’album nous-même puisque Antoine (Gaillet, ndlr), le bassiste, est ingé-son. C’est lui qui avait produit le premier eNola, qui a fait pas mal de truc derrière, comme Cyan&Ben, M83, des trucs comme ça, et puis mon premier album en tant qu'Arman Méliès. Mais le label n’était pas trop chaud pour qu’on le fasse dans notre coin, ils disaient : "Nous, on est producteur". Donc finalement on a procédé comme ils voulaient, c’est-à-dire qu’il y a eu une grande phase d’écriture des morceaux et puis en mai dernier on a été en studio et on a enregistré les morceaux. Sauf qu'il s'est passé beaucoup de temps entre la composition de l’album et l’enregistrement, peut-être un an et demi, et au bout de deux mois j’étais déjà complètement dingue, je disais : "Qu’est-ce qu’on fait ?".

Tu avais déjà d'autres idées ?
Oui, j’avais déjà pas mal de morceaux dans mes tiroirs.

A l’issu du travail en groupe ou d’un travail purement personnel ?
En fait, dans le travail en groupe, j’amène toujours pas mal d’idées qu’on modifie après ensemble. Donc à la base, il y a pas mal d’idées qui sont de moi. Là on avait entre 15 et 20 morceaux, et comme on n’allait pas en faire cinquante juste pour le plaisir de les mettre à la poubelle, il restait plein d’idées que je n’avais pas présentées et c’est vrai qu’elles étaient sans doute plus décalées par rapport à l’univers du groupe, peut-être un peu trop personnelles dans la musique ou dans les textes. C’était peut-être un peu trop intimiste. Puisque j’avais du temps, je me suis dit : "Je vais commencer à travailler ces morceaux tout seul pour voir." Et puis derrière, j’ai fait écouter les maquettes à Antoine et il m’a dit : "C’est bien, vas-y on se lance".



(Suite.)


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19 mai 2006 5 19 /05 /mai /2006 02:06

Arman, c'était mieux avant ?


Il y en a que l’ajout de batterie ne semble pas déranger outre mesure. Et pas parce qu’ils ont leurs boules Quiès ostensiblement vissées où je pense. Non, c'est parce qu'ils sont totalement fans, cramoisis. Ce jeune homme, cette jeune femme, ils squattent le devant de scène depuis Mathusalem. En attente du miracle. Ils ont même mangé là, c’est dire. On voit encore leur assiette de carton posé sur là l’ampli. Une croûte de pizza qui sèche, désolée. Ce "couple", qu’on soupçonne d’écrire à la vie à la mort pour un obscur fanzine ou pire, un webzine, tripe plus que de mesure. Il brise littéralement sa coquille d’autiste en "headbanguant" comme des damnés au son des chansons douces d'Arman. Il le mitraille avec son appareil numérique, filme même le show avec leur petit boîtier, quand bien même cela nécessite de s'asseoir plus en avant sur la scène pour s'offrir la vue qui tue. Clou du spectacle, le type va jusqu’à filmer "sa nana" en gros plan alors qu'elle gigote mollement en extase du beau Méliès. Très étrange.

A l’image des Tortures Volontaires, nouvel album, plus chaud et rythmé qui assume le coté banjo western, "Low Cost", premier single extrait, fait monter la température d’un cran. Nourrit les premiers applaudissements. Ce morceau est tout simplement imparable et ce n’est pas rien de le dire vu le style musical anti-tube de l'artiste. Mais celui-là, pas de doute, c’en est un. Il s’impose dès la première écoute. Sur scène, il est un peu moins beau, démuni des harmonies qui le rendent immédiat sur disque, mais là on chipote. "On s’équipe, on s’airbag… Oh, Low Cost Pearl Harbourg des ménages…" Encore une fois, l’écriture de Méliès nous sidère, dissimulant comme rarement différents degrés de lectures, acerbes, puisqu'il s'agit, derrière la joliesse des assonances, d'une critique du monde marchand et de la tyrannie qu’il exerce.

Jolie balade folk sur le thème de la filiation, "Sur Nos Fronts" fait taire la batterie. Ravage en douceur. Harmonica en renfort. Ou comment Méliès tisse là une chanson sur l’enfant qu’il vient d’avoir et évite l’écueil de la chanson niaise qui a perdu certains sur ce thème parce qu'il ne parle pas que de son enfant. "Dans nos bras nous porterons / nos fils / Sur leurs fronts, aucune trace des / légendes / Passées." C’est une génération entière qu’il croque. Il est question de la perte des traditions, du savoir et d’un certain savoir vivre qui se transmettent de moins en moins. Il est question de tout cela perdu, lessivé. Parti dans des écrans de fumée. Pas du bonheur transi du papa poule.


Suivent "Les Alizées", "Luv Machine", reprise de Blonde Redhead dont on ignore pourquoi il s’obstine à la jouer sur scène vu son peu de panache à notre humble avis, "Roma Troma", instrumental joué bien plus rock que sur disque, et "Néons Blancs et Asphaltine", morceau-titre et sommet introductif du premier album. Il contemple des ruines charmantes, "des déserts, des rocades en bataille", "des dessertes, des dédales à péages", "2000 ans aux accents militaires" et "du haut du belvédère" s'interroge : "Nos folies sous cloches / Sommes nous plus sages plus dociles ?" Son premier album, Arman aurait déjà pu l'intituler Les Tortures Volontaires. Voire Les Servitudes Volontaires. Le morceau se fini en déluge psyché funk étonnant et clôt le set.

Le rappel nous sert "Le phare", puis un deuxième, on ne sait plus bien lequel. "Ivres" ? On écoute mollement. On n'est plus vraiment dedans depuis longtemps, depuis le début en fait. Ce n'est pas qu'on n'aime pas, mais c'était mieux avant. Mieux quand Arman était seul sur scène, qu'il n'y avait pas cette satanée batterie. Seul en scène, Arman se laissait prendre à ses propres pièges et partait crescendo presque en transe dans ses propres compos. Or là, ce soir, on n'a pas une once de cette magie-là. La batterie nique tout. Emotionnellement, on reste sur un rythme de croisière, moins pendu à ses lèvres, ses cordes, son silence. Moins envoûtés. C'est dommage. Mais bon, on zappe volontiers la suite des festivités. L’after au "Café Chérie". Tant pis pour les bières gratuites et les connexions journalistiques qu'on aurait pu s'y faire. Malgré ce concert mi-figue mi-raisin, Arman mérite qu'on rentre dare-dare chez soi pour vous en dire plus sur son immense talent.

photos de Laurent Orseau


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