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  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 00:39
Mods in France


"I want my Kate Moss / I want my Rolls Royce, the one in Lennon's colors / I want my Rolls Royce / I want my mansion with playmates to be my toys / I want some action... " Ces paroles qui tournent en dérision le mythe du sex, drug and rock'n'roll ne vous disent rien ? Non, ce ne sont celles de "Time To Pretend", le tube du groupe pop du moment, MGMT, mais celles de " Bad Taste And Gold On The Doors", le premier single de Silence is Golden, deuxième album des mods in France ultimes que sont 5 les perpignanais de Hushpuppies. Ce disque est sorti il y a presque un an, en octobre 2007. Pourquoi je voulais revenir dessus ? Parce qu'il est bon, tout simplement, parce que sur Parlhot au cas où vous ne l'auriez pas remarqué j'emmerde l'actu musicale et enfin parce qu'en cette saison de festivals que je boude par manque de temps je me rappelle au bon souvenir de ce groupe qui assure vraiment sur scène, comme il l'a fait dernièrement, à en croire une consœur, à l'occasion de la première édition du Garden Nef Party Festival d'Angoulême.


Le rock garage n'est pas un genre dont je raffole. J''avais pas mal d'à priori à l'encontre des Hushpuppies, genre : "C'est quoi cette bande de jeunes mecs poseurs et fétichistes qui fait du rock rétro, une musique de fan, à la manière de ?" Puis je les ai vu sur scène, à l'époque de leur premier album, The Trap, écoulé à plus de 20 000 exemplaires, j'ai découvert son successeur, Silence is Golden et je dois dire que j'ai été bien bluffé par ce qui en est sorti. Le riff surpuissant et très "Vertigo" U2esque de "Fiction In The Facts", ses synthés psychés, sa tentation disco-kraut, ses chœurs qui poussent, euphoriques, furieux. Et le single donc "Bad Taste And Gold On The Doors", qui sonne massif et vrillé comme le "Empire" des Kasabian. Rien que ça, ça m'a fait changer d'avis. Là-dessus, pour ne rien gâcher, quand je l'ai interviewé à la sortie de leur répèt' à la salle Mains d'Oeuvres, j'ai rencontré 5 types sympa et habités par ce qu'ils font. On était en septembre 2007, c'était leur première interview pour la promo de Silence is Golden. Olivier (chant) et Franck (batterie) ne pouvant pas rester, je me suis entretenu avec les 3 autres : Cyril (guitare), Guillaume (basse) et Wilfried (clavier)



"On n'est pas prétentieux, juste sûr de nous"


"On fait un doigt aux maisons d'édition qui n'ont pas voulu de nous"

 

 





Salut les gars. La première et seule fois que je vous ai vus en concert c'était en 2006 au festival du Printemps de Bourges en première partie de Philippe Katerine. J'avais trouvé votre concert vraiment bon. Ça reste un bon souvenir pour vous ?
Wilfried : Oui, ça fait partie des très bons que nous avons fait jusqu'ici.
Cyril : Comme on était la première partie on pensait que seulement un quart du chapiteau serait plein, qu'il n'y aurait que 1000 voire 2000 personnes, mais il y a eu entre 4000 et 6000 personnes.


C'est la première fois que vous jouiez devant tant de monde ?
Wilfried : Oui, Bourges c'était notre première vraie grosse scène. Le seul truc qu'on avait fait de comparable c'était les Transmusicales de Rennes. Il devait y avoir 2000 ou 3000 personnes. Bourges, c'était impressionnant quand même. Après nous il y avait eu Katerine, Deus, Artic Monkeys, Dionysos.


Je me rappelle que pendant leur concert le chanteur des Artic Monkeys s'est pris une basket dans la tête. Quelqu'un dans le public a sans doute voulu lui dire par là qu'il n'aimait pas trop sa musique !
Wilfried : Oui, j'ai eu l'impression que ça ne plaisait pas. A ce moment-là, nous on était sur le côté de la scène et on voyait plein de trucs voler sur scène. Je crois que ça n'a pas été un concert mémorable pour eux. Ou en touts cas pas pour les bonnes raisons.
Cyril : Perso, je ne remets pas en cause la qualité des Artic Monkeys sur disque, mais je pense qu'ils font juste partie de ce genre de groupe qui a du mal à développer un vrai contact scénique avec le public. Mais en même temps c'est normal, c'est un petit groupe de banlieue qu'on a mis du jour au lendemain au niveau des Beatles.


En plus on ne peut pas dire qu'ils aient du charisme...
Cyril : Oui, c'est un peu ça. Le chanteur, tu as un peu l'impression que c'est le caissier du supermarché du coin !


A ce concert je me suis aperçu que vous étiez doués pour entrer en contact avec le public. Le fait d'avoir un chanteur uniquement concentré sur le chant, ça aide ?
Cyril : Il y a ça, mais on a surtout la chance d'avoir un chanteur assez charismatique et péchu. C'est-à-dire que durant les moments où il ne chante pas, il va voir les gens, il se rapproche de la fosse, il va slammer et ça. Mine de rien, pour les gens, c'est important.


Olivier, votre chanteur, ne sait jouer d'aucun instrument ?
Cyril : Non, ce n'et pas un très bon musicien, il sait juste jouer un peu de synthé. Or si un chanteur veut bien assurer au chant et dans son instrument en même temps, il doit être très bon dans les deux. Donc si demain tu le fais chanter avec une guitare, il ne sera plus au niveau question chant. Et puis naturellement il aime bouger, prendre son micro et se promener pour communiquer avec le public.


Ce que fait très bien le chanteur des Razorlight qui fait mine de jouer de gratouiller !
Cyril : Oui, le mec des Razorlight n'est pas un vrai guitariste, il prend plus la gratte pour le trip visuel, un peu comme Mick Jagger prend la gratte dans Les Rolling Stones. Sa gratte n'est même pas branchée.


Votre premier album a bien marché. Vous en avez vendu plus de 20 000 exemplaires. Vous avez beaucoup tourné et vous avez même fait deux synchros pub. "You're Gonna Say Yeah !" a été utilisée pour la musique de la pub Mennen et "Bassautobahn" pour celle de la Toyota Yaris. Tout cela vous a mis la pression pour le deuxième album ? Dans le milieu, on dit souvent que le deuxième album est l'album piège...
Cyril : Le piège pour nous c'était le premier album (je rappelle qu'il s'intitule The Trap, Nda) !
Guillaume : Il y avait effectivement une petite pression mais individuelle. On sortait juste d'une tournée de plus de 100 dates et on avait vraiment envie de se retrouver en studio et faire ce qu'on sait faire : de la musique et basta. Après, chacun a eu des petites périodes de doute et de stress mais jamais tous en même temps. Ça nous a donc permis de nous aider quand l'un de nous n'avait pas le mojo et de continuer à faire avancer le schmilblick.
Cyril : En fait, on n'a pas eu de pression sur le premier album et on était censé ne pas en vendre du tout et ça a bien marché, donc on s'est dit qu'il était idiot de se mettre la pression pour le deuxième parce que du coup avait tout à y gagner. On se disait : "Au pire, ça marchera moins bien que le premier, et alors ?" On a tellement fait un bon score avec le premier que si demain ça marche moins bien pour nous parce que le marché du disque va mal et que le disque plait moins, bah tant pis, c'est comme ça. Mais dans tous les cas il fallait faire un album dont on soit content à 100 %.
Guillaume : La seule "pression" qu'on avait, c'est qu'en janvier on n'avait rien et le studio de mixage était booké pour juin. Donc le chrono était lancé.
Cyril : En même temps, c'est la seule façon qu'on ait trouvé d'avancer. Parce que si on ne fait pas les choses en speed, en général on ne fait rien !
Wilfried : Etudiants, on rendait les rédactions au dernier moment...
Cyril : En plus, on a cette particularité d'écrire à cinq. Il n'y a pas un auteur ou un compositeur et ça fait une grosse différence. Si en janvier un mec s'était ramené avec 6-7 compos, on aurait déjà eu moins de pression, parce qu'on aurait eu une locomotive. Alors que là, notre locomotive, c'était de se dire : "On s'enferme, on a tant de mois, et on y va !" C'est comme ça qu'on fonctionne et pour l'instant ça nous réussit pas mal.


On parlait de vos deux synchro pubs. Ça a dopé vos ventes ?
Guillaume : Non, mais les festivals oui.
Cyril : La radio aussi, un peu.
Wilfried : Passer sur le Mouv' nous a permis de remplir les salles. Et du coup quand tu remplis les salles tu vends plus de disques et tu es programmé sur les gros festivals. C'est ce qui nous est arrivé.
Cyril : La pub nous a plus apporté une notoriété un peu "bâtarde" parce que effectivement du coup plus de gens nous connaissent mais comme on passait à la télé certaines personnes du milieu pensaient carrément qu'on avait déjà vendu 300 000 disques alors qu'on en a plus vendu entre 20 000 et 25 000.
Wilfried : On reste donc indé.
Guillaume : A monter notre backline nous-mêmes. On reste donc rock'n'roll. On est sur la route dans un van un peu pourri et vroum.
Wilfried : Nous sommes 5 garçons qui prenons plaisir à faire du rock et jusqu'à maintenant ça marche. On n'est donc pas prétentieux, juste sûr de nous.
Guillaume : Le doute tu l'as quand tu es tout le temps sur la route, ce qui nous est arrivé parce qu'on a beaucoup tourné pour le premier album, on était d'autant plus coupé du monde, qu'on n'avait pas les moyens de se payer l'avion pour rentrer chaque jour chez nous. Dans ce cas-là, pendant des jours tu vis dans la bulle constitué par le groupe et le staff. Tu arrives dans une salle, boum, tu as des gens devant toi et, boum, ensuite ça retombe, tu reprends la route. Tu es coupé du monde et donc des médias et de toute l'euphorie qui peut se passer autour de toi. A l'époque, on n'avait donc pas réalisé que tout d'un coup c'était en train de monter pour nous. On s'en est rendu compte après.


Du coup vous n'aviez pas eu le temps de composer de nouveaux morceaux pendant cette tournée...
Cyril : On a emmagasiné de la technique et des inspirations au fur et à mesure des dates. On se connaît de plus en plus donc l'inspiration vient naturellement quand on se remet à composer. Mais sinon composer en tournée c'est impossible parce que voilà on se lève à 7h du mat', à 8h on est sur la route, on arrive au festival, on fait la balance, on va se reposer, on fait le concert et hop on repart. C'est un rythme infernal.
Guillaume : Après, ce qui peut nous arriver sur la deuxième tournée, avec le temps et l'expérience, c'est que pendant les balances, au lieu de répéter les morceaux tels qu'on va les faire dans le set, on va peut-être pouvoir faire des bœufs. On l'a déjà un peu fait, mais pour l'instant ça n'a pas payé, on n'a pas utilisé les plans qu'on avait ébauchés.
Cyril : Pour l'instant, dans ces moments-là, on développe plus des sonorités, des solos, des petites choses autour d'une gamme. On pourrait composer pendant une tournée si on était plus connu et qu'on vendait énormément de disques, parce qu'on arriverait avec un tour bus, on ne ferait pas nous-même nos balances, on aurait l'après-midi pour nous. Je prends l'exemple de Franz Ferdinand : les mecs, pendant leur tournée en France, au lieu de faire leurs balances, ils louaient des salles de répèt' à Paris, ils prenaient leurs matos et hop ils allaient bosser les chansons du nouvel album.


Pas de perte de temps. Time is money !
Cyril : Oui, mais deux choses les pousse à fonctionner comme ça : d'une, il n'y a qu'une partie du groupe qui compose, donc c'est plus facile de se mettre au boulot et de deux, ils sont constamment sur la route donc ils sont bien obligés de créer ces moments-là pour écrire.


Après, ça fait un peu entreprise leur truc...
Cyril : Oui, ça fait un peu bizness. Je sais que nous, un mois et demi non-stop sur la route, ce serait le maximum qu'on puisse faire. On a fait 110 dates étalées sur l'année mais on enchaînait pas plus de 3-4 dates par semaine et on faisait des pauses entre. Le fait qu'on ait cette ambiance entre nous 5 avec l'ingé-son, ça crée à la fois une certaine famille et une tension car on est tout le temps les uns sur les autres.


On parlait pub et musique. Faire une synchro pub, ça paie encore ? Qui a l'ascendant dans le rapport de force entre la marque et le groupe ?
Guillaume : On est un peu entre les deux. Quand les marques utilisent une musique, il y a des droits à payer et elles ont des moyens, donc ça paie bien même si c'est sûr que ce n'est plus les tarifs qui étaient pratiqués il y a quelques années. Mais tu vois, nous, par exemple, faire de la synchro pub nous a permis de nous acheter un local de répèt', ce qui nous évite d'avoir à payer un loyer pour ça chaque mois.
Cyril : On ne voulait pas à tout prix faire de la pub, c'est juste que le plan nous est tombé dessus, alors on en a discuté, on a fixé des limites. Je ne sais plus quelle somme ça représentait et quel était le deal complet parce que ça c'est le label qui gère, mais voilà on ne voulait se vendre pour rien, même si ça ne nous choque pas que notre musique illustre un spot publicitaire.
Guillaume : Ce qui est génial, c'est qu'avec cet argent on a aussi choisi de monter notre boîte d'édition et c'est vraiment libérateur parce que en France personne ne voulait nous signer en édition, ou alors à des tarifs ridicules, or nous on ne voulait plus se brader. Indirectement la pub nous a donc pas mal aidé. Je me rappelle qu'avant cela on a eu une période un peu dure. On était encore dans les études, et nos cachets ne suffisaient pas à payer la bouffe, le loyer, etc. On est donc content d'avoir fait ça. On s'en est sorti par nous-même et maintenant on peut faire un doigt à toutes les maisons d'édition en leur disant que nos tarifs ont augmenté.



(Suite.)

 



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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 01:00
Un peu plus près des étoiles















J'ai une poignée de disques quand vient l'heure de dormir. Ils sont mes marchands de sable, l'éponge pressée sur le front du malade. Je pense à l'album blanc de Sigur Ros, Rock Bottom de Robert Wyatt, Moon Pix de Cat Power, Happiness de Sebastien Schuller, Reckless Burning de Jess Sykes and the Sweet Hereafter, Daybreaker de Beth Orton, Souvlaki de Slowdive, Love in the Time of Science d'Emiliana Torrini, Ghost Days de Syd Matters, Saturday=Youth de M83, La Maison de mon Rêve de Cocorosie, The Forbidden EP d'Idaho, Among My Swan de Mazzy Star, Keren Ann de Keren Ann...


Depuis peu je pense aussi à Ghost From The Past de Bang Gang. C'est le troisième album de l'islandais Bardi Johannsson. Et ce disque, c'est bien simple, en ce moment je dors dans sa chambre d'écho. De "The World is Gray" à "Stay Home" co-composé par M83 en passant par "Don't Feel Ashamed" co-composé par Keren Ann, tout ici n'est qu'ode aux lendemains qui déchantent, à ces jours gris fantôme où le monde a l'air clôt sur lui-même comme une âme en peine et où on l'on reste chez soi à se dire "Miroir, mon beau miroir..."


Avec "Ghost From...", on passe de l'autre côté. Ça commence par "The World is Gray" donc. Qui souffle sur nos cendres et nous donne des ailes. Je pense au poème où Mallarmé se déclare hanté par la pornographie de "L'Azur" et réclame, blessé, "un grand plafond silencieux" pour penser ses plaies. "En vain ! L'Azur triomphe, et je l'entends qui chante / Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus / Nous faire peur avec sa victoire méchante / Et du métal vivant sort en bleus angelus !" Je pense à cette logorrhée verbale réduite en poussière dans l'épure pop d'une chanson des Carpenters. A ce genre de miracle qui se retrouve parfois sur disque. Onze fois.


Ici tout est lent, limbes, invitation au voyage. Parfois ça rock, sur "I Know" et "Black Parade". "One More Trip" jette même quelques guitares à l'assaut de la voûte céleste. Mais ce n'est rien, juste un sursaut, le corps qui se décharge avant de passer la frontière. Alors s'avancent des délices sans nom. Un chœur de sirènes s'embrase, baroque, sur "Ghost From The Past". Une aurore boréale fait miroiter sa chair diaphane sur "Don't Feel Ashamed"...


L'album s'achève en odeur de synthé. Motifs hypnotiques sur deux accords, nappes fumigènes et trip cosmique, sur " Won't Get Out" et "Stay Home" la patte d'Anthony Gonzales est reconnaissable entre mille. Moelleuse. Accueillante. Onirique. Mais à ce stade il est rare que j'en profite. Morphée m'a cueilli.


"Ghost from...", The Forbidden EP, Moon Pix, Rock Bottom... A l'heure d'écraser le disque dur ces doux disques ne me font pas croire en un monde meilleur, ils me donnent juste l'illusion que quelque chose respire auprès de moi. "L'étreinte poétique comme l'étreinte de chair / Tant qu'elle dure / Défend toute échappée sur la misère du monde", disait Breton. C'est un peu ça la pop. Et ce n'est pas rien.

 


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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 05:01
Terrorise le Zénith



Trèfle de plaisanterie. Qu'ai-je pensé du concert que My Bloody Valentine a donné le 9 juillet au Zénith ? Que s'est-il vraiment passé ? Qu'avons-nous vécu ? Cela valait-il le coup de se déplacer ? De payer 42 euros pour assister au premier concert français de ce groupe culte après 17 ans de silence ?

 

 
 

20h. La ligne 5 du métro parisien charrie son lot de trentenaires branchés-blancs-constipés. La raison ? Un groupe branché-blanc-constipé est en concert au Zénith : les irlandais de My Bloody Valentine. Rien de moins, comme on dit. Désagréable impression d'être un mouton de consommateur en direction de son temple consumériste. Parce que, ô surprise, j'en suis.


Je dis : ô surprise. Aucune ironie. Je ne m'attendais pas à être au Zénith ce soir. D'une parce que je n'ai pas l'habitude d'enchaîner les concerts or le Zénith j'y étais la vieille pour MGMT, ce dont je vous reparlerai parce que j'ai interviewé les MGMT. De deux parce que je n'avais pas du tout prévu d'aller au concert de My Bloody Valentine. Mais tout s'est passé comme pour le concert que Portishead a donné le 6 mai dernier au Zénith, ce dont je vous reparlerai parce que c'était génial. Tout à coup un pote m'a appelé : "J'ai une invite en plus, let's go ?"


My Bloody Valentine n'a jamais été mon groupe, mais j'ai toujours éprouvé une attirance confuse pour leur musique. Je l'ai découverte par hasard. Ça devait être en 1999, à la médiathèque d'Evreux. Cette année je zonais en fac de Bio, je ne savais pas où j'allais, comme pris dans les limbes et je me retrouvais souvent dans cet endroit à pousser des disques dans des bacs en m'arrêtant au gré des pochettes. C'est comme ça je crois que j'ai découvert Loveless (l'album rose), à moins que ce ne soit Isn't Anything (l'album blanc). Je ne sais plus, mais la pochette était belle. Sobre. Intrigante. Intense. J'ai emprunté le CD.


Il s'agissait d'Isn't Anything. Je m'en rends compte à la réécoute. L'album blanc donc. Le choc de ses trois premières plages, "Lose My Breath", "No More Sorry", "Soft as Snow (But Warm Inside)", ça ne s'oublie pas comme ça. A 19 ans, je n'avais encore jamais écouté un truc pareil. Je n'y comprenais rien. J'avais presque l'impression d'avoir affaire à de la musique instrumentale tant le chant, stone et lointain, se laissait contaminer par cette étrange mixture sonore. Ne retenant aucun morceau, aucune mélodie et aucune parole, les titres des morceaux prenaient pour moi une dimension toute particulière (comme la pochette du disque où le groupe se faisait manger par une lumière dont on ne savait si c'était celle du paradis ou de l'enfer). Dans mon esprit ces titres étaient comme des mots de passe éclairant par petites touches le vaste programme d'un groupe éminemment poétique.


"Lose My Breath". "No More Sorry". "Soft as Snow (But Warm Inside)".Chauffée à blanc, sans pitié, cette musique coupait le souffle. Après j'avoue, j'ai vite lâché prise et ne me suis pas administré My Bloody Valentine en boucle, trop spé pour moi, mais je ne l'ai jamais oubliée. Ce groupe est resté silencieusement ancré dans un coin de ma tête comme quelque chose d'irrésolu, une énigme. Pas étonnant : sa musique marie les contraires, le pur (la mélodie) et l'impur (le bruit). C'est une beauté contrariée, triste et guerrière, tellurique et rêveuse, tellement répétitive et assommante qu'elle finit par bercer. Une chimère, une vraie beauté en somme, celle qui se donne et se refuse dans le même temps, et oblige incurable, à la reconstruire en pensée. Indéfiniment.


Inventeur d'un son à la fois "shoegaze" (ceux mélancoliques et autistes qui jouent de la gratte en regardant leurs pieds), "noise" (leur musique ne ressemble pas à celle de Metal Machine Music de Lou Reed mais elle en prend acte) et "dream pop" (il y a chez eux quelque chose d'occulte, onirique et mystique sur lequel se sont concentrés des groupes comme Cocteau Twins et Dead Can Dance), My Bloody Valentine est donc un groupe culte. Ils ont sorti deux albums. Le dernier, Loveless, leur album phare, celui que beaucoup considèrent comme un des albums majeurs de l'histoire du rock, date de 91. Depuis, plus rien, pas même de concerts, si ce n'est la contribution de leur leader à la BO du Lost in Translation de Sofia Coppola. Soit 4 titres. En 2003. Et voilà qu'en 2008 le groupe se remet à faire quelques concerts pour accompagner la réédition de leurs deux albums en version coffret remasterisé et que Kevin Shields, le cerveau cramé du groupe, déclare qu'un nouvel album de My Bloody Valentine verra le jour dès qu'il aura le temps de le finir, qu'il était au trois-quarts terminé dans les années 90 et qu'il sera essentiellement constitué d'anciens morceaux laissés en plan à cette période. Dans ces conditions comment refuser l'invitation ?



L'histoire du rock reprend son cours ce soir au Zénith de Paris, mais à plus de 40 euros la place je me rends vite compte que tout le monde n'a pas répondu présent. Mais l'ambiance est quand même au rendez-vous. La foule exulte dès que Kevin Shields (guitariste, chanteur, compositeur), Colm O'Ciosoig (batteur), Debbie Googe (bassiste) et Belinda Butcher (chanteuse, guitariste) débarquent sur scène et tout le monde trépigne en rythme quand le son déflore enfin les amplis. Et c'est vrai que c'est bon de retrouver cette musique ondoyante, abrasive et spleenesque. Ces mélodies sixties défigurées par un son de malade emprunt du désenchantement des nineties. Ce Brian Wilson de la noise pop a un air de Robert Smith avec ses cheveux hirsutes et son air de grosse baraque stoïque derrière sa gratte. Le temps ne semble pas avoir eu prise sur la voix et la silhouette de Belinda Butcher. Elle est toujours aussi sexy dans son débardeur noir et sa jupe rouge. Une vraie sirène.


On m'avait dit qu'ils flirteraient avec les 140 décibels. Hé bien je ne sais pas si on y est mais ça joue fort. Très fort. Je veux dire : à côté Mogwaï c'est Cocoon ! Non, sérieux, mes oreilles n'ont jamais pris aussi chères à un concert. Tout le monde ou presque a des boules quiès. Presque, parce que à moins que j'hallucine, j'en vois un à côté de moi qui ne porte rien ! Comment fait-il ? Ce n'est pas humain. Les morceaux s'enchaînent et le vacarme est impressionnant. De toute évidence, plutôt que de caresser ses ouailles dans le sens du poil, Kevin Shields et sa bande ont choisi l'option terroriste. Déjà que j'ai du mal à individualiser et reconnaître leurs morceaux sur disque, là c'est tout bonnement impossible, excepté un "Soon" qui sort du lot avec son fuselage pop dansant à la New Order et qui déclenche des "Bip, bip ! " dans le public (je rigole).


Sinon, c'est toujours les mêmes schémas, les mêmes structures, des guitares criant l'agonie de voitures qui se crashent et la folie d'un monstre perdu dans ses fonds marins. Et là-dessus, les morceaux s'enchaînent et se ressemblent tous à creuser sans relâche le même motif jusqu'à former une symphonie scarifiée de chair et d'acier. Une musique alarmante dont on ne sait si elle souhaite être sauvée ou tout emporter dans sa chute. Alors très vite je sature, subis. J'ai l'impression que ça tourne à vide. Ce concert ce n'est plus de la musique mais une expérience masochiste. Et je m'aperçois que mon pote décroche aussi alors que c'est un fan hardcore.


A un moment, sans doute parce que l'ingé-son de la salle lui en a intimé l'ordre, Kevin Shields annonce qu'ils vont jouer moins fort, mais pas du tout, juste derrière ils se mettent à jouer plus fort que jamais et les quelques malheureux qui l'ont cru et ont ôter leurs boules quiès ont du morfler sévère. Les morceaux sont de plus en plus violents. Limite speed metal me dis-je par moments. Des gens commencent à partir. Derrière moi quelqu'un réclame un slow. A moins que ce ne soit "Slow", un autre de leur morceau. Forcément retors et teigneux.


Sourd aux demandes du public, le groupe se lance dans un long morceau dantesque, un truc de pur feedback à vous faire sauter les tympans malgré les boules quiès et les mirettes avec pour cause de lights shows stroboscopiques. Le morceau est "You Made Me Realise" me souffle-t-on dans mon oreillette. Mais j'aurais pu m'en douter car le public reprend ce refrain en choeur dès qu'il émerge de la masse sonore. Le son est tellement fort que le Zénith en tremble. Oui, le sol tremble sous nos pieds et quand ils ne quittent pas le navire, les gens joignent leurs mains sur leurs boules quiès, et serrent sans doute les fesses, en attendant la fin de l'apocalypse. Mais ça dure. La pression sonore est véritablement flippante. Entrecoupée de courts moments de répits où le groupe coupe bizarrement les amplis et continue à jouer son insoutenable bourdonnement en son direct. Puis ça repart. Plusieurs fois comme ça. Un cauchemar. Un rush stellaire. Comme si tout le concert se déroulait à rebours à la vitesse de la lumière. Comme si nous étions au cœur de la formation d'une étoile ou de son effondrement. Comme si le Zénith allait exploser, là, maintenant. Je vois une femme enceinte à ma droite. Je pense quelque chose comme "Mon Dieu !" Le morceau s'achève. J'embrasse mes boules quiès.


Je sors de là sonné, ne sachant pas trop quoi penser du concert, si ce n'est que c'était une expérience paranormale, bigger than life, que je m'en souviendrais. Ce qui est sûr aussi c'est que Kevin Shields est un putain de taré, mais heureusement qu'il y en a quelques-uns de ce genre sur terre et dans l'industrie musicale. En rappel le type a eu quand même le culot de nous resservir le boucan d'enfer angoissant sur lequel il avait clôt le concert !


Je finis la soirée chez un autre pote fan du groupe. Je lui raconte tout ça et sur ce on s'offre un moment Bisounours en écoutant My Bloody Valentine sur son ordi ainsi que la cohorte des groupes qu'ils ont engendré : Ride, Slowdive, Adorable, Moose, Blind Mister Jones. Ils se ressemblent tous, ils sont plus mielleux, plus calmes. Ça et plein de bière, c'est tout ce qu'il me fallait pour me remettre de ce concert.

 

Merci à Jérôme du groupe Bellegarde pour l'invitation 


Photos par Brian Ravaux


D'autres comptes rendus du concert sur playtime, xsilence.net, loindubresil.canalblog.com, josephghosn.com

 

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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 05:50
L'interview vérité ?


 

"Si tu crois que tu es mon ami,

tu te gourres"


"Un jour j'irai pisser sur tes hanches..."

 



Une chanson comme "Dans tes rêves", c'est un gros doigt adressé aux faux amis du showbiz ?
Ça dépend comment tu vois le morceau. "Dans tes rêves" ça peut vouloir dire "Si tu crois que tu es mon ami, tu te gourres complément" mais ça peut aussi vouloir dire "Dans mes rêves Bashung est mon ami, etc." On le prend comme on veut, c'est ça qui est bien. Avec Scrima on s'est marré à faire ce morceau en forme de name-dropping, tellement qu'on a finalement gardé la maquette du premier jet. Voilà, moi je fais aussi de la musique pour me marrer. Et puis ça fait un bel interlude dans l'album. J'aime bien les petits interludes dans un disque, comme fait Cody Chesnutt ou comme il y en a dans le R&B, ça me fait marrer.


J'ai eu l'impression que dans "Dans tes rêves" les chœurs étaient interprétés par Philippe Katerine.
Non c'est juste moi qui prends une voix aigue. Et dès que je monte dans les aigus on me dit que je fait mon Katerine. J'aime bien Katerine, et si la comparaison est si évidente, ça ne me pose pas de problème. Je préfère qu'on me compare à Katerine qu'à Teki Latex.


Pour ce disque tu aurais aimé faire un duo avec Katerine ?
Non, mon duo de rêve c'est avec Arno.


Tu chantes "De mots" avec lui. Comment ça s'est fait ?
Il y a quelques temps, Guillaume de Molina, le guitariste de mon groupe Dig Up Elvis a écrit une chanson en anglais et quand on la joue folk ça me fait penser à un hymne de fanfare un peu universel comme Arno sait en faire. Un jour je me suis donc dit qu'on devrait proposer à Arno d'écrire un texte dessus et que ce serait super si ça pouvait finir sur l'album. Il a écrit le texte et on a décidé de la chanter ensemble.


Lors de la séance d'écoute de ton disque chez Sony les attachés de presse ont été surpris lorsque je leur ai dit que j'avais décelé du Santana et du Goldman dans ce morceau. Mais j'insiste : pour moi "De mots" s'ouvre sur une guitare très Santana et à un moment dans ses couplets il y a une suite d'accords qui me fait vraiment penser à "Encore un matin" de Jean-Jacques Goldman.
Santana, je ne connais pas, je ne sais jouer qu'un morceau de lui, et Goldman, sans déconner, je ne connais pas du tout. Mais peut-être que c'est inconscient. Tout à l'heure je parlais de Gainsbourg, et bien toute sa musique elle vient de Listz et Chopin, et pourtant Gainsbourg on dit que c'est du Gainsbourg et rien d'autre. Ce qui fait le truc finalement c'est les fréquences de la voix. Une chanson d'Arno chantée par Obispo ça ne marche pas. Ce qui fait la force de "De mots" c'est donc le duo de nos deux voix et au-delà de ça la satisfaction personnelle que j'ai à chanter avec ce mec qui m'inspire, dans sa manière d'être en dehors des temps. C'est pour ça que ça fonctionne et que c'est un titre fédérateur, mais pas fédérateur branlette pour plaire à tout le monde.


Pas démago ?
Non. D'ailleurs pour en revenir à Santana et Goldman, je ne pense pas que c'était des mecs démagos, au contraire je pense qu'ils faisaient leurs trucs de manière très premier degré, et en cela c'est plutôt respectable. Après la musique de "De mots", c'est vrai qu'elle a un côté universel, populaire. Elle a ce côté hymne qui me touche énormément chez Arno. Quand je vais le voir en concert au Bataclan, je suis content de voir dans le public des meufs de 60 ans danser de manière old school comme à la Fête de l'Huma et en même temps des jeunes mecs qui boivent leurs bières et qui kiffent de le voir cracher ses tripes avec son groupe de tueurs ultra rock'n'roll. Donc voilà il y a des titres comme ça où la voix change tout. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si j'ai choisi "Les limites" comme single. Sur ce morceau, vocalement, je trace comme dans les années 60. Il n'y a pas d'effet de style. Je ne suis pas en train d'essayer de draguer les gens.


"Les figures imposées" sonne un peu cheap pop eighties comme du Daho. D'ailleurs "Soirées parisiennes" m'a carrément fait penser à "Comme un igloo"...
Sur "Soirées parisiennes" avec Antoine Gaillet, le réal', pour les cuivres j'avais envie d'aller vers Mardi Gras BB., le son de gratte je le voulais à la John Spencer et dans le cheminement de la voix vers une sorte d'acmé je me sentais proche d'Alain Kan. Maintenant, là encore, on peut aussi y voir du Santana, du Goldman. C'est tellement facile de poser des références sur une musique, je peux le faire pendant des heures et j'aurais toujours raison ! Tu peux le faire pendant des heures et tu auras aussi toujours raison ! On peut dire tout et son contraire.


Le texte de "Soirées parisiennes" brocarde la branchitude de certaines soirées de la capitale. Ce n'est pas un peu facile de balancer ce genre de critiques ?
Ce texte, je le trouve surtout très bien écrit. Ce qui est assez rare en français à l'heure actuelle.


Ok, mais le propos c'est du vu et revu et c'est dit de manière très premier degré.
(Silence.)


Je veux dire, c'est casse-gueule. En plus je ne sais pas si tu fréquentes ces soirées mais en tant que musicien reconnu tu n'es pas à l'abri d'en être, en tous cas pour le grand public tu en es forcément d'une manière ou d'une autre. On ne peut donc pas s'empêcher de penser qu'avec ce morceau tu craches dans la soupe.
Sauf que ce n'est pas du tout mon genre d'aller au Baron ! Cette chanson c'est une sorte de balade dans Paris. Ça débute dans une discothèque et ça se poursuit dans des recoins plus obscurs. Il y a un cheminement comme ça, initiatique. C'est comme quand je vais voir une expo d'un teubé d'artiste contemporain au Palais de Tokyo. Je me balade de pièces en pièces et je décrypte petit à petit son œuvre, j'accède à la compréhension du truc. Mais au-delà du sujet, j'insiste : "Soirées parisiennes" c'est un texte supra bien écrit. Qui fait des rimes comme ça aujourd'hui ? Tu peux chercher : personne. C'est BABX qui m'a écrit ces paroles, un mec qui a une vraie indépendance et une manière d'écrire qui lui est propre. On a super kiffé sur ce morceau ! J'adore ses phrases, l'investissement que ça me permet dans la voix.


Les 14 morceaux de ce disque sont très variés mais ton chant reste toujours sur le registre du crooner. Pourquoi ?
Je crois que c'est lié aux fréquences de la voix, dont on parlait tout à l'heure. J'ai une voix de basse et les mots en français touchent plus avec une voix de basse qu'avec une voix de soprano. Si tu veux c'est ce qui fait la différence entre France Gall et Patti Smith. Car voilà la musique ce n'est pas que de l'inconscient, pas qu'ésotérique, c'est aussi scientifique. Et c'est prouvé qu'une voix de basse par ses fréquences touche plus le ventre des gens. Dans l'histoire de la musique ce n'est donc pas vraiment un hasard si les chanteurs qu'on retient sont Gainsbourg, Brel, Brassens, Dutronc. Ils ont tous ont une voix de basse ! Ça me rassure. Mais bon, avec sa voix de soprano Obispo a quand même touché des millions de gens et ça on ne peut pas le nier. On verra juste ce qu'il en reste dans quelques années.


Tu as un morceau qui s'appelle "Bouche pute". De quoi ça parle ?
C'est une histoire d'amour. C'est le premier texte que j'ai écrit en français, de ma vie. Je l'ai écrit en septembre, dans mon appart, à Paris. Avec ce premier jet, j'ai trouvé mon style en français, un mélange d'énergie primaire et de sentimentalité un peu en retrait, un collage d'images surréalistes comme je pouvais le faire en anglais. Et ça ne veut pas dire que j'aime les gros mots, ça n'a aucun intérêt en soi, ça ne veut ni dire que j'appelle ma meuf bouche-pute dans l'intimité, c'est juste que j'aimais la beauté du collage. C'est comme quand je dis, plus loin: "Un jour j'irai pisser sur tes hanches pour tester ton étanchéité". Ce n'est pas là pour refléter ma sexualité, c'est juste que voilà le contraste du collage exprime bien le cri d'amour.


Deux dernières questions avant de te laisser puisque l'attachée de presse me fait signe d'abréger. Que penses-tu de Jean-Claude Van Damme ?
Euh... Je ne sais pas. Faire semblant de ne pas être conscient de parler dans un langage surréaliste ça te rend pathétique. Mais Van Damme est génial dans le sens où il fonctionne comme un chef d'œuvre d'antan, c'est-à-dire un chef d'œuvre possédant l'aura. Walter Benjamin t'en parlerait mieux que moi. Mais ce que je veux dire c'est qu'il y a des moments où Van Damme est comme auréolé d'une sorte de halo - pas forcément lumineux - et ce n'est pas du tout dégagé par lui mais par l'image qu'on se fait de lui. Et ça c'est un peu vicieux car je pense que lui n'en a absolument pas conscience. Car faut se détendre, il n'a pas inventé un langage, il est au contraire dans un truc super premier degré, super bourrin, pas bon. Donc ce que je pense de Van Damme ? Que c'est le mec le plus premier degré au monde.


Dernière question donc : tu name-droppe Corinne Touzet dans le morceau "Dans tes rêves". Pourquoi ? C'est une Milf (Mother I'd like to fuck, Nda) pour toi ?
Ah non, pas du tout.


Déjà tu sais ce que Milf veut dire.
Oui, moi aussi je télécharge des films. Mais si je la cite en fait c'est pour la rime. Touzet c'est un mot qui me fait marrer. Pas forcément parce que ça fait penser à partouze, non, juste je trouve que ça sonne bien.


Mieux que Véronique Genest ?
Oui, c'est ce que j'allais dire. Je regardais aussi son téléfilm. En fait quand j'avais 16-17 ans je passais mes jeudis soirs lose à regarder tous les téléfilms policiers de TF1. Corinne Touzet fait donc partie de mon imaginaire et de mon affect. Après, à l'époque son petit côté provincial, ses seins et son uniforme ont peut-être éveillé en moi un fantasme, mais maintenant je ne tripe plus dessus.


Ok.
Tiens à propos de ces téléfilms, je me rappelle qu'ado j'adorais leur musique. Je rêvais de pouvoir faire la musique de Navarro. Il m'est d'ailleurs venu un rapprochement assez évident dernièrement : je me suis aperçu que la musique de Grand Corps Malade puisait son inspiration dans les pianos de Navarro. Je ne déconne pas, la musique de Grand Corps Malade c'est la musique qu'on entend quand Navarro est dans son appart le soir après l'action et que sa fille lui sert un whisky. Je dis ça, ce n'est pas une critique, juste je mets à jour les ressorts affectifs sur lesquels repose sa musique et donc, probablement, une partie de l'engouement qu'il suscite. Et en disant ça on revient un peu à la démarche de Sébastien Tellier. Je veux dire "Divine", le morceau qu'il va chanter à l'Eurovision et bien pour moi ça fait appel aux Bronzés font du ski.


Pas faux, je n'y avais pas pensé. Et c'est marrant parce qu'à propos de morceau tous les journalistes, et même Tellier lui-même, citent les Beach Boys en référence. La conclusion ce serait donc que les souvenirs d'enfance ont plus d'impact sur nous que les références artistiques qu'on acquiert plus tard.
Oui parce que ça t'arrive tellement brutalement que tu n'as pas le temps de réfléchir. C'est ce qui fait que c'est si chouette de faire de la musique.

 


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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 12:40
L'interview vérité ?

 

 



"être plus light sur le second degré"


"ne pas trop me faire bouffer par la mafia des élites"

 

 

 

Bonjour Julien. Nous sommes le 30 avril, quelques jours avant la sortie de ton premier album. La première fois qu'on s'est rencontré et qu'on a discuté, c'était fin janvier à l'occasion de la conférence de presse de lancement de la 6e saison de la Nouvelle Star. Alors que tu étais en plein période d'enregistrement de ton premier album qui sort à la mi-juin, tu étais quand même venu nous en présenter 4 morceaux en solo.

Je suis super content d'avoir participé à cette émission et d'avoir travaillé avec tous ces gens que j'ai enfin pu revoir ce soir-là, mais en lui-même ce concert n'avait pas trop de sens. Je n'étais pas préparé, en plus il se trouve que la plupart des morceaux que j'ai joués ne figurent finalement pas dans l'album. Mais ce n'est pas grave, c'était cool quand même.


Là, ça te fait quoi d'avoir fini ton disque et de pouvoir enfin parler de ta musique ?
Ça me permet d'être plus light sur le second degré.


Tu as envie d'être plus light sur le second degré ?
Oui, j'ai envie d'être un poil plus simple, parce que mes chansons parlent d'elles-mêmes et me sont venues simplement. Je retrouve donc des valeurs qui étaient les miennes et que j'avais jusqu'alors peu mises en avant.


Quand tu étais à la Nouvelle Star, tu misais en effet pas mal sur le second degré, le décalage. Ça a donné une certaine image de toi. Aujourd'hui, tu t'en sens esclave ?
A l'époque, c'était nécessaire parce qu'il s'agissait de reprises. Pour me les approprier, je devais jouer la carte de du détournement. En plus, après l'émission, j'ai été invité un peu partout pour parler de choses et d'autres alors que je n'avais encore rien produit donc pour y prendre quand même de plaisir, il fallait que je la joue cool, que je fasse preuve d'esprit. Ça m'a amusé. De la téloche, d'ailleurs je vais bientôt en refaire et ça m'amuse toujours. Mais la grande différence maintenant qu'il y a mon disque, c'est qu'il va y avoir matière à discuter, qu'on le trouve super ou à chier.


Le souci, j'imagine, c'est que les gens se sont attachés au Julien Doré déconneur, plein de second degré. Ils vont donc peut-être déchanter en découvrant le Julien Doré de Ersatz. Parce que globalement sur ce disque, tu te révèles assez premier degré.
Que te dire ? Ça reflète tout simplement ce que j'écris quand je suis seul. J'ai beau écouter Dutronc et Gainsbourg, ce n'est pas pour ça que c'est ça qui va sortir quand je prends un papier, un stylo et ma guitare. Ça fait longtemps que je n'ai pas écrit. Là je m'y remets.


Sur ce disque tu signes ou co-signes seulement 5 titres. Tu as manqué de temps pour en écrire plus ?
Non, c'est juste que lorsque que tu rêves de travailler avec Arno depuis toujours et qu'il se met à t'écrire un texte, tu en profites. Pareil pour Cocoon et David Scrima qui m'ont chacun écrit deux titres. Par exemple si
Benjamin Biolay était arrivé avec 12 titres et que les 12 déchiraient, on aurait peut-être fait un album qu'avec ça.


Avec le risque d'aboutir à un album "Auberge Espagnole" ?
Moi je trouve qu'aujourd'hui dans les disques qui sortent, des Auberges Espagnoles, il n'y en a justement pas assez. Ça me fait chier, c'est les familles de musique à deux balles. C'est bien joli d'avoir un nouvel album de Dylan, mais qu'est-ce que ça apporte ? 12 titres qui racontent la même histoire avec le même son, si c'est une ligne de conduite esthétique, c'est chouette, mais il se trouve que souvent c'est plutôt une ligne esthétisante et ça, ça me fait chier. C'est pour ça que je considère aujourd'hui que la pop est morte. Ce que je fais, c'est donc une forme de variété, mais variété au premier sens du terme, c'est-à-dire celle qui me fait kiffer dans les albums de Dutronc où il passe du "Dragueur de supermarché" à des titres beaucoup plus profonds, une variété assumée et consciente de la société et de l'industrie du disque dans laquelle je vis. Je ne veux pas rester dans un petit cercle élitiste à deux balles pour uniquement faire plaisir aux pigistes de Technikart.


Ton bagage de rocker issu des Beaux Arts te destine plutôt à séduire les branchés mais ton étiquette d'icône télévisuelle issue de la Nouvelle Star te rattache au grand public. Du coup, tu te retrouves à tenter un cross-over délicat. Comment concilier les deux ?
Je fais de la musique pour qu'elle soit écoutée. J'ai vraiment envie de vendre plein de disques, de gagner de l'argent. Or qu'est-ce que je vois aujourd'hui ? Que
Sébastien Tellier et Gonzales vont chez Fogiel pour assumer le côté hyper populaire du chanteur de variété. Mais ils font ça en se parant d'une robe de chambre ou de lunettes noires. Ils montrent qu'ils veulent rester hype. En ce moment, Tellier ferait une apparition dans Sous le soleil, tout le monde trouverait ça génial.


Tellier ne fait tout de même pas l'unanimité...
Oui, il y a des gens qui sont saoulés par son attitude, parce que c'est un mec qui ne fait pas semblant. On lui propose une super couverture médiatique et bien il est content, il y va à fond. Il a raison, plutôt que de faire semblant d'être mal à l'aise. Gonzales fait semblant d'être mal à l'aise. Il dit : "Moi je suis un génie" et il arrive chez Fogiel en robe de chambre, en n'arrêtant pas de dire qu'il n'aime pas -M- alors qu'au fond il kiffe de vendre autant d'albums que Mathieu Chédid et d'être invité chez Fogiel. Il n'assume pas vraiment la variété. Or moi, la variété française fait partie de moi, c'est elle qui m'a éduqué, j'ai donc envie de la revendiquer pleinement. Ce n'est pas parce que j'ai lu 2-3 trucs de
Lautréamont que je vais en faire une posture et n'accepter que les interviews de Libé et des Inrocks. Je raisonne donc à l'envers en faisant primer le mainstream sur l'underground.


Mais ton côté "je me revendique autant de Duchamp que de Jean d'Ormesson", ça témoigne d'une posture barrée et finalement assez prétentieuse. Il faut avoir ta culture pour comprendre les signes que tu t'amuses à manipuler. Le grand public risque de trouver ça trop branleur-intello. Je veux dire, le cross-over spé-popu de Christophe Willem est passé comme une lettre à la poste parce qu'il avait une belle voix, qu'il était sincèrement mélomane mais surtout qu'il était globalement vierge de toute vision artistique.
Effectivement, j'aurais pu faire un album en m'entourant de Zazie et Obispo.


Mais ce n'était pas dans ta nature.
Au-delà du fait que ce soit ou non dans ma nature, c'est surtout ce que je n'avais pas envie de faire. C'est pour ça que j'avais peur de me laisser contaminer par la conscience de mon public potentiel lorsque j'ai commencé à travailler sur ce disque. Après si je vends plein de disques et que les gens adorent l'album je serai le mec le plus heureux du monde, mais ce n'est pas pour ça que je vais me forcer à écrire des chansons qui plaisent à NRJ. Je m'en fous ! Ce que je veux c'est toucher ma grand-mère et mes potes.


Ton album présente un éventail de chansons hyper variées. Il y a du folk, de l'anti-folk, du néo-yéyé à la Dutronc-Gainsbourg et du néo-western à la Bashung-Christophe. Tout le monde peut tellement y trouver son compte qu'on imagine facilement cet album saucissonné pour rentrer dans une playlist d'iPod ou de téléphone portable...
Pourquoi pas ? Moi je suis assez content de ce mélange parce que c'est ma famille. Et ça, on peut en dire ce qu'on veut mais on ne peut pas me l'enlever. Ce n'est pas le fruit d'un lego hype. C'est plus land art que ça.


En même temps Ersatz, le titre du disque, véhicule l'idée que tu es conscient de faire un produit, quelque chose d'un peu "fake"...
Ça veut dire que je suis conscient de ce que signifie faire de la musique aujourd'hui. C'est-à-dire qu'aujourd'hui il est ridicule de dire qu'on est un génie absolu, il n'y a pas de réelle liberté créative vu tout l'héritage culturel dont on dispose. Donc voilà, c'est bien joli de se caresser en évoquant les nouveaux albums de folk, mais tout ça a été déjà fait il y a des années.


Mais ce n'est pas parce qu'une forme d'art ou d'expression appartient au passé qu'il faut s'interdire d'y recourir, si on le sent comme ça...
Oui, mais en ce qui me concerne, vu mon expérience et mon âge, je dis juste que je suis conscient qu'il y a un héritage dans mes morceaux, tout un tas de clins d'œil, de référencements. Ce que je fais est donc plus une forme d'ersatz ou de succédané. Et c'est en étant conscient de ça qu'on peut justement s'en libérer un peu au lieu de singer du génie alors qu'on n'en a pas le moins du monde. Voilà pourquoi j'ai choisi ce titre. D'ailleurs il définissait déjà ma démarche artistique quand j'étais aux Beaux Arts. Je travaillais sur la position de l'artiste dans la société. Aujourd'hui j'essaye donc de ne pas trop me faire bouffer par la mafia des élites. Ce n'est pas facile parce que, par moments, tu as envie d'en faire partie. Par moments, je fais donc un peu semblant.


(Suite et fin.)


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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 19:55
Catch him
if you can



Julien Doré c'est tellement déjà une star, que ce n'est pas son disque qui vient à moi, mais nous qui doit aller à son disque. Le 24 avril, je suis donc parti pour Clichy, direction Sony Music. Ici ça ne rigole pas. Après avoir montré patte blanche en sortant comme il se doit ma carte d'identité au standard, on m'a conduit au 4e étage de la tour où j'ai pu, dans une pièce d'un mètre sur deux, enfin écouter Ersatz, le premier album de Julien Doré.


J'avoue, j'ai pas mal d'appréhension quant à ce disque. Comme beaucoup, j'ai vraiment aimé ses reprises détournées d'Alizée comme des Doors au sein de la Nouvelle Star, mais je me demande comment il va sonner une fois rendu à lui-même, sans l'artifice de la dérision, ni l'aura de pop-songs illustres. Loin du rock déjanté de la période Baltard, les 4 compos qu'il avait présentées en solo le 28 janvier lors de la conférence de presse de la 6e édition de la Nouvelle Star ne m'avait pas particulièrement laissé sur le cul. Je me demande aussi s'il va réussir ce grand écart entre mainstream et branché qu'a réussi Christophe Willem. Parce que Julien n'est pas Christophe. Ce n'est pas une oie blanche. Il vient des Beaux Arts et de l'indie rock. Il a de réelles prétentions artistiques. Les gens vont-ils kiffer ce jeune lionceau schizo qui se revendique autant de Duchamp que de Jean d'Ormesson ou se dire : "En fait il nous saoule" ?


On me tend le disque alors je fais le vide, enfin j'essaie, et me concentre sur le tracklisting. Première constatation. C'est riche : 14 titres. Je remercie l'attachée de presse, englouti le café et enfourne le CD. Ça débute par "Acacia" (signé Cocoon), un drôle de morceau pour débuter un disque. En effet, cette pièce folk assez reposante évolue tout du long en intensité sans véritable couplet/refrain. Mais c'est classe. La montée s'effectue sur une nappe d'orgue et les chœurs pastel de Morgane du groupe Cocoon se marient bien à la voix de bellâtre éraillée de Julien. Ça parle de "déposer des fleurs en papiers". On pense à Cabrel. La suite s'intitule "Les bords de mer" (signé Edith Fambuena) est encore très folk, mais plus étoffé. Des violons viennent appuyer une mélancolie sombre, racée. Je pense au Bashung de "La nuit, je mens". Et toujours ce chant de crooner beau gosse genre Marc Lavoine, qui chante, amer : "Les bords de mer sont des posters où rien ne bronche. Les bords de mer me désespèrent sans ta tronche." Je découvre un Doré assez cafard, premier degré.


J'essaie de m'y faire mais "Les limites", premier single (signé Scrima), me tire le tapis sous le pied. En 2'15'', dégingandé par un banjo de galopin anti-folk, Julien fanfaronne sur sa condition d'électron libre momentanément infiltré dans le showbiz : "Je sais quand j'arrêterai, crâne-t-il, je quitterai Paris et je paierai pour ça." Derrière, "Bouche Pute" (signé Doré) me remet la tête dans l'intime, l'obscur. Dans cette ballade slow core où le Christophe des "Mots bleus" aux chœurs, Julien dit à sa mystérieuse bien-aimée "Un jour j'irai pisser sur tes hanches / Tester ton étanchéité". Je ne comprend pas mais sent confusément que Doré vise Bashung une fois de plus, celui de L'Imprudence chantant "Un jour j'irai vers l'irréel / Tester le matériel / Voir à quoi s'adonne / La madone". A la fin, lyrique, Julien sort son cri du cœur et les cuivres s'élèvent dans un trip funérailles western.


Poum-tchak. Poum-tchack. Retour au fun avec "Les figures imposées" (signé Cocoon). C'est pop, très eighties. On pense à Daho. "Dans tes rêves" (signé Scrima) est de nouveau une boutade anti-folk. Julien s'adresse encore au showbiz, mais cette fois de manière plus ambiguë. D'un côté il avoue jubiler de pouvoir dorénavant faire ami ami avec les artistes qu'il adore, de l'autre il enrage de devoir se farcir les has been qui en veulent à sa côte de nouvelle star. Avec "Pudding morphine" (signé Doré) on retourne à la noirceur et la mélancolie. L'atmosphère est tombale, plombée. Le piano la joue lyrique façon Muse et Julien donne de la voix en mode baryton. Dans une seconde partie le morceau s'irise sous l'effet de nappes de claviers rétro sépulcrales à la Virgin Suicide. C'est complexe, capiteux. "Piano lys" (signé Doré), qui suit, est métamorphosé par rapport à la version piano solo qu'on connaissait. Là, le morceau prend une tournure alambiquée électro nocturne. C'est enivrant comme du Sébastien Tellier.


"Soirées parisiennes" (signé BABX) s'attaque un nouvelle fois "aux petits soldats du show-bizness". Ça commence à faire beaucoup. Julien risque de passer pour un donneur de leçon. Mais le morceau est cool, bien pop avec ses cuivres jubilatoires et branleurs. Je pense au Daho de "Comme un igloo" et au Dutronc des "Playboys". "J''aime pas" (signé Salo) revient au folk mais se fait chahuter par des ambiances de fêtes foraines ; "First lady" (signé BABX) une pop-song néo-yéyé qui swingue tout cuivres dehors ; "SS in Uruguay" une reprise tout en déconne mambo d'une chanson méconnue de Gainsbourg ; " Los Angeles" (signé Doré) une folk-song aux poches trouées et, bouquet final, "De mots" est un hymne rock bastringue en duo avec Arno. Ce dernier morceau est le seul composé par les Dig Up Elvis, plus précisément par leur guitariste Guillaume de Molina.


Vous l'aurez compris, ce n'est donc pas avec son groupe nîmois que Julien a fait ce disque, mais avec des gâchettes indie rock elles-mêmes infiltrées dans le showbiz. Le but : tenter d'y glisser de la qualité, voire de la subversion. Produit par Renaud Létang, le Monsieur Propre responsable du son de Souchon, Katerine, Feist, Jane Birkin, pour ne citer qu'eux, Ersatz avance donc sous les traits d'une pop-varièt' policée pour refourguer en douce des oeillades critiques et des sentiments plus dark que ce qui se fait d'habitude dans le créneau chanson française. De ce point vu c'est assez réussi, mais le disque a de faux airs d'attaché-case rempli de chansons-gadgets. On ne sait jamais sur quoi on va tomber comme dans la proverbiale boîte de chocolat du film Forrest Gump. Doré ne cesse de courir, de zapper d'un style à l'autre sans prendre le temps de creuser un style, une identité. Sur ce je ne sais trop quoi penser. Ni sur quoi conclure. Si ce n'est qu'il y a ici de belle choses et d'autres irritantes qui nourrissent son côté "tête à claques". Pour s'en faire une juste idée il faudra peut-être réécouter ça des mois après, au calme et à l'abri de la hype. 

 

(Suite.)


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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 04:50

Gallagher comme Gallagher ?


Récemment j'ai rencontré une fille, elle est fan d'Oasis. Or je connais un type, mon ancien voisin, qui ressuscite à merveille les hymnes des frères Gallagher, période "Wonderwall". Alors je me demande : le Myspace de Boris Laborde je lui communique ou pas ? Parce qu'il ne faut jamais sous-estimer la groupie qui sommeille en chaque femme. Il y a toujours quelque chose pour les faire retomber en enfance. Les réduire à l'état de fan. Et si cette fille adore Oasis, elle craquera sans aucun doute sur les compos de Boris Laborde. Sans doute même cherchera-t-elle à deviser avec lui.


 


Le chanteur d'Oasis n'est donc pas mort, comme le proclamait avec force joke Libération en couverture de son numéro du 18 janvier 2008. Non, il est même plus vivant que jamais, réincarné de son vivant dans le corps de ce trentenaire français. Ce mec n'est pas canon mais c'est un puits de science brit-pop. Et autant je suis mal placé pour me permettre le premier jugement, autant je le suis mieux pour me permettre le second. Oasis je n'ai jamais été fan, ni même de Blur, j'ai toujours préféré l'ambiguïté d'un Suede ou d'un Pulp, mais comme c'est ma génération je n'ai pas pu y échapper. Je les ai découvert en 95 avec leur deuxième album. Une fille l'avait offert à mon frère. Il m'a tout de suite plu avec sa collection de titres sensibles et sévèrement burnés. Je n'ai jamais ressenti cela pour un autre disque d'Oasis. Tout simplement parce qu'il me semble qu'ils n'ont jamais fait mieux par la suite, se contentant de ressasser un style musical basique qu'on transcende à l'âge où l'on se rêve quelqu'un d'autre bigger than life mais qu'on ne peut plus honorer quand on a plus de 25 ans et qu'on est plus célèbre que le Christ.


Or dans son petit appart du 19e arrondissement, Boris n'a jamais eu les honneurs du milieu alors, quand son job alimentaire ingrat le laisse free like a bird et qu'il n'y a pas de foot sur TF1, gonflé d'espoir comme au premier jour, il compose les hymnes qui lui permettraient de décrocher coke, putes et couve du NME, s'il était anglais. Ironie : ses hommages carabinés à Oasis feat. Stone Roses s'intitulent "Napoléon", "de Gaulle", "1789". Tout y est : les guitares aux épaules de déménageurs, la rythmique qui fait poum tchak poum poum tchack et la voix qui crâne nourrie de brumes psychés qui bastonnent. D'ailleurs cette voix, on dirait tellement celle de Liam que j'imagine Boris enregistrant ses prises de voix en chantant debout bras croisés dans le dos. Alors, oui, l'élève ne mettra sans doute jamais le monde a ses pieds comme l'a fait son maître, tout au plus vient-il de décrocher un airplay au Canada avec "Is This Love", mais avec tout ça, au rage, etcetera, Boris, c'est Oasis condamné à sortir des morceaux du tonneau de Morning Glory jusqu'à la fin de ses jours et il a donc des chances de plaire à la fille dont je vous parle.


Et moi dans tout ça je suis peut-être un peu "Jealous Guy", un peu maso aussi, mais je ne vais pas jouer Gallagher comme Gallagher. Je vais lui donner l'adresse Myspace à la fille. Parce que c'est beau une femme qui retombe en enfance.


Pour en savoir plus sur le gus, ici les américains de allaccessmagazine.com lui consacre une interview !


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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 02:59
Les voyants allumés


 

En ce moment tout le monde (comprendre : la sphère culturelle de Technikart à Télérama) n'a d'yeux que pour eux : Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden, alias MGMT et leur premier album, le bien nommé Oracular Spectacular. Ce sont les nouvelles têtes de gondole pop, les nouveaux dieux du genre et, désolé, je me joins au concert de louanges.


Ce qui me fascine dans la musique c'est le perpétuel renouvellement des coups de cœurs qu'elle engendre (et c'est bien pratique : ça me donne du travail). J'ai toujours l'impression que les mélodies et les chansons qui (me) tuent ont déjà été trouvées. Que tout ça est derrière moi. Que rien ne va réussir à venir foutre le bordel dans tout ça (mes goûts, ma nature). Et voilà que je découvre MGMT.


Comme pas mal d'entre vous j'ai beaucoup entendu parler de ce duo de Brooklyn qu'on prononce "management" (leur nom d'origine mais c'était déjà pris). J'en ai beaucoup entendu parler avant d'écouter. Tellement (en bien, bien sûr) que j'ai bien cru que je ne les écouterai jamais. Mais au bout d'un certain temps, tanné par diverses sollicitations allant du "franchement, la hype est surestimée" au "non, je t'assure, en soi c'est vraiment bien", je me suis laissé happer. Oui j'ai fini par céder comme je l'ai fait pour Vampire Weekend. Et tant mieux me suis-je dit, parce qu'au fond combattre la hype c'est aussi combattre le mur de dégoût qu'elle dresse parfois devant nous et écouter quand même ce qu'elle nous monte en épingle.


Alors j'ai surfé sur le net et je suis tombé sur le clip de "Time To Pretend", leur single. Et là justement en parlant de mur je me suis pris un. Mais pas du genre impénétrable, non, un truc massif certes, mais généreux, psyché, glam, épique. Tout ce qu'il y a de plus accueillant et tripé à l'image de leur clip. Ce clip et ce morceau , Wouah ! ça faisait 1+1= 11 comme dirait l'autre. Ça m'a fait planer. Comme si j'avais fumé. Vraiment. L'impression d'une tabula rasa. D'un nouveau départ. D'une jeunesse qui se lève enfin. Prête à soulever des montagnes (de filles). Et prendre plein de drogues (d'amour).


Après ça, la messe était dite. J'avais envie d'écrire sur ce groupe, d'acheter leur disque et de montrer le clip à tous mes proches dans un grand élan d'amour cosmique. Je me disais : "Wouah (bis), ça c'est un truc à te relancer l'industrie du disque (des conneries de ce genre) !". En attendant (comme je ne pouvais pas attendre) je me suis rué sur Deezer pour voir s'il y avait justement un vrai disque derrière ce single en forme de rouleau compresseur (et du coup je n'ai pas acheté leur disque, bien sûr).


Là je ne me suis pas fait prier : j'ai remis "Time To Pretend" et comme on se connaissait déjà lui et moi - lui et son millefeuille organique, festif et stellaire, moi et mon coup de soleil, mon coup d'amour, mon coup de je t'aime - cette fois le free-hug fut mortel. Là-dessus neuf potes ont débarqué : "Electric Feel", une perle disco-funk très Prince et très Michael Jackson (des débuts, bien sûr) avec en plus un soupçon de je ne sais quoi de très eighties clinquant-rafraîchissant qui me fait bizarrement penser au "We Don't Need Another Hero" de Tina Turner ou à un truc de Kool and the Gang ; "Weekend Wars", une ritournelle pop gracile, très Beatles et Bowie (des débuts, encore) enluminée de glouglou de synthé très Grandaddyesques (comprendre : cheap & féeriques) ; "The Youth", une lente marche mystique aux airs de cure de désintox au regard de ce qu'on vient de déguster, sauf que non c'est juste envoûtant, l'accalmie souhaitée, et que mine de rien à 2'38'' un changement de ton inattendu me fout sur le cul et c'est reparti avec "Pieces Of What", une ballade pop à l'insouciante tristesse très Hunky Doriesque.



"The Kids", "4th Dimensional Transition", "The Handshake", "Of Moon, Birds & Monsters", "Future Reflections" : s'il n'est pas tout aussi tubesque que "Time To Pretend" - leur Temps des assassins - le reste du disque est loin de faire du remplissage. Au contraire, après l'écoute d'Oracular Spectacular on se dit que ces deux vingtenaires ne se sont pas foutus de notre gueule et qu'on tient là un album, un vrai. Alors bien sûr, tout le mérite ne leur revient pas. Ils ont de bonnes têtes - votre copine ne manquera pas de s'extasier sur la gueule d'archange préraphaélite du chanteur - un look tendance - genre Manu Chao rencontre Coco Rosie - de bonnes chansons aux phrases qui claquent - sortir un truc du style "This is our decision, to live fast and die young / We've got the vision, now let's have some fun" perso je trouve que ça claque, un peu comme les lyrics de "Qu'est-ce qu'on va faire de toi", le single bravache d'Alister que j'ai injustement lynché dans un précédent article - mais pour faire un album au sens d'œuvre il faut aussi un son.


Là coup de bol, niveau son ils ont un grand : Dave Fridmann. Pour ceux qui l'ignorent (comme moi parce que franchement j'en ai souvient rien à cirer de qui produit qui) Fridmann c'est le type qui a produit Mercury Rev et Flaming Lips. Dernièrement il n'avait pas fait que des miracles mais là faut croire que les petits gars de MGMT lui ont redonné envie de s'y remettre. Leurs chansons sont courtes (elles dépassent rarement les quatre minutes) mais le son est une telle débauche - rimbaldienne - de pysché, d'électro et de glam qu'on s'y perd comme dans un trou sans fin.


Parce qu'à la fois triste et jubilatoire, cheap et léché, foutrement accrocheur et pourtant complexe, ce son m'a rappelé celui de Digital Ash in a Digital Urn, LE monument de Bright Eyes et donc (oui, j'ose le dire) celui d'Ok Computer (ne pas vous étonnez si je ramène tout le temps ce groupe au centre des débats quand un disque me plait : Radiohead c'est ma matrice). Oui, Digital Ash In A Digital Urn je l'ai toujours considéré comme une sorte d'Ok Computer 10 ans après. Le Ok Computer de la génération hédoniste et tourmentée du monde 2.0. Parce qu'il y a là cette volonté farouche de dire l'époque et le poids du monde en mettant ses propres tripes sur la table.


Pour moi MGMT est dans le même trip. Il laisse plus que jamais les névroses de côté pour livrer du "Sea, sex and sun" au point de nous illusionner avec un simulacre d'éternel retour du "summer of love", mais dans ce magma de sons et de couleurs qu'est Oracular Spectacular il y a un combat ; un disque où forme et fond s'embrasent pour jeter un énorme pavé dans la marre - ce que je nomme donc un Ok Computer - un disque-ventre qui mange son époque et la recrache métamorphosée. Après, 2008 oblige, l'époque (et le règne) de MGMT ne durera peut-être qu'une fraction de seconde mais ça c'est une autre histoire. Et qu'est-ce que ça peut faire à un groupe qui "fuck with the stars".


Le 8 juillet ils seront au Zénith de Paris en première partie des King of Leon. Soyez donc sûrs que j'essaierai d'en être et d'en profiter pour les interviewer.


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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 00:54
Sympathie for the Vampire


Cet été au rayon pop de Brooklyn, il ne faudra pas seulement compter sur le trip  "summer of love" de MGMT, mais aussi sur le trip "afro beat" des Vampire Weekend. Fin janvier avec leur premier album éponyme ils décrochaient le statut de "sensation pop 2008". Le 20 mai ils étaient au Trabendo. Avant le show j'en ai profité pour poser quelques questions à Rostam (claviers) et Christopher (batterie). Franche camaraderie entre nerds garantie.




Parfois les choses sont bien faites. Fin janvier quand sortait le premier album des jeunots de Vampire Weekend (24 ans de moyenne d'âge), je n'avais pas envie de l'écouter. Ces quatre-là, ça faisait des mois que la toile m'en rebattait les oreilles, louant la fraîcheur de leur pop ligne claire intégrant délires afrobeat à la Talking Heads (mais qui aujourd'hui ne sonne pas comme les Talking Heads ?). C'est à peine si dès novembre 2007 ces petits écoliers d'art school n'avait pas déjà été élu sensation pop 2008. Relou. Surtout qu'à l'époque, dans le genre afro pop on avait déjà vu débarquer Yeasayer et Dirty Projectors, eux aussi de Brooklyn. Tout ça, ça commençait donc un peu à faire délire consanguin, trop tendance et chicos pour être sincère. Et puis récemment, à la faveur d'un concert mortel de Portishead, un collègue m'a dit : "Sylvain, tu ne devrais pas bouder ton plaisir. Franchement, Vampire Weekend n'a pas pondu le chef d'œuvre du siècle (j'attendais qu'il ajoute : "contrairement à Portishead") mais leur disque est vraiment rafraîchissement ("de même que celui des Foals" s'est-il empressé de préciser). Mouais me dis-je (j'ai du mal avec l'injection sympatoche du "vas-y jouis", c'est mon côté "décroissance", c'est chicos, non ?). Mais quelques jours plus tard, la vie (une attachée de presse) en a décidé autrement. On m'a proposé de rencontrer le groupe. Je n'ai pas su dire non.



"Tu pourrais me prêter le nouveau Coldplay ?"


"On veut plaire autant à nos profs qu'à nos camarades de classe"

 

 


 

 

 


Votre album est sorti en février dernier. Comment vont les choses pour vous ?
Chris : Très bien. On n'arrête pas de tourner en ce moment et on rencontre toujours des publics très réactifs. C'est excitant. Même quand les gens ne comprennent pas forcément notre langue, comme en Allemagne, nos concerts prennent bien, les gens sont prêts à crier. Parfois ils sont même un peu trop fous.
Rostam : Oui, regarde, le bleu que tu vois-là, c'est parce que je me suis pris mon micro dans l'œil parce qu'un gars est venu chahuté sur scène !
Chris : La dernière fois qu'on a joué en France c'était en novembre, avant la sortie de l'album.


Ce n'est pas étonnant : à l'époque votre nom mettait déjà la blogosphère en émoi ...
Chris : A ce point ?
Rostam : Il y a beaucoup de blogs musicaux en France ?


Oui.
Rostam : Vraiment ? Mais l
a Blogothèque, ce sont les rois, non ?


Oui, un peu. Les internautes adorent leurs "concerts à emporter". D'ailleurs vous les connaissez parce que vous avez tourné un concert à emporter avec eux. A propos de concert, je me demande : comment vous faites pour tenir plus de 30 minutes sur scène ? Parce que votre album dure à peine plus d'une demie heure ?
Rostam : Et bien on a deux nouvelles chansons, dont une qu'on n'a pas mis sur le disque, mais ça ne nous permet pas de tenir des plombes non plus (rires) ! Sur scène on n'a pas pour habitude de rallonger la sauce à coups de jams endiablées, au contraire.
Chris : Nos concerts doivent durer 50 minutes, maxi 1 heure, pas plus. Mais ce n'est pas grave parce que les gens ne viennent pas nous voir pour assister à un show à la Bruce Springsteen.
Rostam : Et puis toutes nos chansons sont bonnes. Combien de groupes pourraient en dire autant (rires) !


Beaucoup.
Chris : C'est vrai.
Rostam : Oui, mais combien le penseraient sincèrement ?
Chris : Beaucoup aussi !


Même Coldplay.
Chris : Ouh ! Attention, tu tiens là des propos hautement compromettants.


J'ai écouté leur dernier album et ce n'est pas terrible.
Rostam : Tu l'as ?! Tu l'as là, avec toi ?!


Non, vu les temps qui courent et le statut du groupe tu imagines bien qu'on a pu l'écouter que lors d'une session écoute organisée par la maison de disques.
Rostam : Ok, et alors leurs nouvelles chansons, elles sont bonnes ? Brian Eno les a aidé ?


Bof...
Rostam (me coupant) : Tu connais « Hounds of Love » de Kate Bush ?


Pas vraiment...
Rostam : Ah, tant pis.


Ce morceau a un rapport avec Coldplay ?
Rostam : Oui, mais comme tu ne l'as pas en tête je ne veux pas t'embêter avec ça.


Ok. Le dernier Coldplay, je ne l'ai peut-être pas encore assez écouté pour pouvoir vraiment me prononcer mais je trouve que leur son s'est trop complexifié et que ça ne semble pas naturel, pas sincère...
Rostam : C'est trop touffu, bordélique ?
Chris : Tu penses qu'ils se forcent à sonner complexe ?


Oui, on sent que Brian Eno a été appelé à la rescousse pour truffer leurs morceaux de tout un tas de rythmes et les empêcher de sonner "soporifique". Et puis sur ce disque on entend de gros échos de son travail ambient sur The Unforgettable Fire et The Joshua Tree. En écoutant ce Coldplay on ne peut pas ne pas penser à U2.
Chris : Nous on a juste pu en écouter 2-3 grâce à des fuites.
Rostam : On a entendu qu'une de leur nouvelle chanson sonnait "africain".


Tu veux dire qu'ils ont pompé votre style afro-pop ?
Rostam : Dans une interview pour Rollingstone Chris Martin a mentionné Vampire Weekend.
Chris : Non, il a juste dit qu'il avait entendu parler du groupe qui jouait le morceau "A Punk", mais il ne connaissait pas vraiment notre nom.
Rostam : Si, il le savait !


Les pop stars comme Chris Martin, Bono et Bowie adorent dire qu'ils écoutent et soutiennent tel jeune groupe qui cartonne. Par là ils agissent un peu comme des vampires en quête de sang neuf. De ce point de vu Madonna incarne l'ultime vampire. Quand elle embrasse Britney Spears ou prend Justin Timberlake dans son dernier clip c'est pour rester éternelle, l'éternelle Queen of Pop.
Chris : Ça lui réussit. "4 Minutes", son dernier single, est incroyablement accrocheur.
Rostam : Tu as vu le clip ? Aucun des deux ne sait danser (rires) ! Ils pourraient danser mais ils ne dansent pas vraiment. Ça craint.


Votre clip pour "A Punk" est plus tripant avec mille fois moins de moyen !
Chris : On l'a fait en quelques prises juste après notre concert parisien en novembre dernier. Là on vient de faire le clip de
"Oxford Coma". Il sera bientôt visible sur la toile.


Dites-moi, plus sérieusement, comment vous avez réagi en début d'année lorsque les médias vous ont désigné "révélation pop de 2008" ?
Rostam : On était d'accord avec eux (rires) !


Vous ne craignez pas le retour de bâton : que les médias vous oublient aussi vite qu'ils vous ont porté aux nues ?
Rostam : Non, parce que dans notre prochain album il y aura d'autres bonnes chansons. (Silence.) Tu sais quoi, j'ai parlé avec Quentin du groupe
The Teenagers, un groupe que personne ne semble aimer en France, et il m'a dit que pour le deuxième album tu es foutu quoique tu fasses parce que si tu continues dans la même veine que le premier les gens vont te reprocher de ne pas évoluer et si tu changes de formule ils ne vont te reprocher de ne plus retrouver ce qu'ils avaient aimé chez toi. J'ai donc commencé à m'inquiéter lorsqu'il m'a fait part de cette théorie que je connaissais pas, mais je lui ai dit : "Elle se vérifiera peut-être pour vous, mais pas pour nous" (rires) !
Chris : Oui, on n'est pas dans l'impasse. On a plein de cordes à notre arc. Par exemple, on ne s'est jamais considéré comme un groupe d'afro pop.
Rostam : On est juste un groupe qui a été inspiré par l'afro pop au même titre que d'autres choses comme, par exemple, le son Motown.
Chris : Et la musique classique, Elvis Costello, The Kinks, toute cette bonne merde (rires) !


Vous sonnez d'ailleurs très "pop anglaise" pour des jeunes gens de Brooklyn...
Rostam : Tu sais quoi ? C'est marrant parce qu'il n'y a que les français qui nous disent ça ! En France vous devez trop cataloguer ce que doit être la pop anglaise et la pop américaine. Regarde
The Kooks, ils sont anglais et ils jouent de solos de guitares distordus qui sonnent plus américains que tout ce qu'il peut y avoir dans notre musique. A part peut-être The Futurheads, tous les groupes anglais veulent sonner américain. Après "sonnons-nous comme un groupe anglais ?" Probablement, oui.


Je pense que les français envisagent le son américain comme quelque chose de plus sale et vicieux que le son anglais.
Chris : Tu penses par exemple au Velvet Underground ?


Par exemple.
Chris : C'est vrai qu'il y a beaucoup de commerçants ambulants dans les rues de New York, beaucoup de déchets. Ils devraient nettoyer plus souvent. Mais en même temps le New York d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec le New York d'il y a 40 ans.
Rostam : J'ai des amis qui ont des groupes à New York et je leur ai toujours demandé à quoi ressemblait Time Square dans les années 90 car des gens disaient qu'il y avait des prostituées. Mais maintenant il n'y en a plus. Des prostitués sur Time Square en 2008, tu imagines ?
Chris : Ce New York-là ce n'est plus que de la mythologie et ça ne nous intéresse pas.
Rostam : Oui et puis tu vois nous on est un groupe qui s'est créé à la fac, on a donc une culture et certaines valeurs... On a toujours voulu faire un groupe qui fasse danser et plaise autant à nos profs comme à nos camarades de classe.


Vous n'avez jamais voulu vous adresser aux seuls fans d'indie rock ?
Chris : Non, on veut être un groupe qui intéresse tous les fans de pop en général, et qui intègre donc des choses qui n'existe pas vraiment dans l'indie rock comme le jazz...
Rostam : Tu aimes le jazz ?
Chris : Oui, j'aime le jazz !
Rostam : Il change tout le temps d'avis (rires) !
Chris : Enfin je ne dirai pas que j'aime le jazz mais j'apprécie le jazz.
Rostam : Tu as peur de dire que tu aimes le jazz parce que tu ne veux pas passer pour quelqu'un de prétentieux !


Le 14 juin vous allez donner un concert gratuit à Central Park...
Rostam : Oui et Chris en profitera sûrement pour remettre le T-shirt sans manches qu'il avait porté quand on avait joué au festival de Coachella (rires) !


Ce sera un brin plus rock'n'roll que le polo Lacoste !
Chris : J'aime le jaaazz !!!


Photo par Robert Gil


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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 22:02
Live au Bataclan





Le 12 mai ce n’était pas un temps à mettre un goth dehors. Trop de chaleur, trop de soleil, trop de ciel bleu. Mais comme
Einsturzende Neubauten investissait le Bataclan, c’était parfait, ils étaient tous à l’intérieur pour célébrer le retour des fondateurs de l’indus.








Dans la salle, le noir règne mais par contre, une chaleur de fou, suffocante. On a envie de se foutre à poil sur le champ. On aimerait bien que les petites goth sexy en fassent autant, mais faut pas compter sur elles. Trop fetish pour ça les goth-punk. Bref c’est un temps à draguer et à digresser sur des sujets tout autres que musicaux, mais voilà Neubauten va se pointer sur scène et c’est important.

Neubauten je sais pas si vous savez mais c’est le groupe allemand qui a écrit une nouvelle page de l'histoire du rock en 1980 en injectant la réalité industrielle de Berlin Ouest dans le ronron de la musique pop. L'album s'appelait Kollaps, un concentré de musique bruitiste et avant-gardiste qui faisait "virevolter des outils contre du matériel industriel par-dessus un tapis de synthétiseurs gothiques" comme l’écrira Greil Marcus dans son séminal Lipstick Traces. Bon dix ans plus tard ça n'empêchera pas des américains du nom de Trent Reznor et de Marilyn Manson de reprendre ses trouvailles à leur compte pour nourrir cette bonne vieille pop culture, mais voilà à l’époque l’indus tel que pratiqué par Neubauten c’était d’avant garde, révolutionnaire.

Ce qu’il en est aujourd’hui ? Ce concert pourrait permettre de répondre à la question. Neubauten je connais peu au-delà de leur réputation. Ce n’est pas ma came comme on dit. C’est la première fois que je vais à un de leur concert. Mais j’attends quelque chose de fort. On m’a tellement dit que sur scène c’était du lourd. Un ami super fan m’a même montré des DVD du groupe et c’est vrai qu’en live ça a l’air sidérant. Alors j’attends ma claque. Et bien je peux vous dire qu’elle est pas venue.

Le groupe a joué 2h15 et qu’est-ce que je me suis fait chier. Je suis même pas resté jusqu’au bout. Ils ont joué que des morceaux postérieurs à 2000, c’est-à-dire des morceaux calmes pour la plupart, privilégiant des climats plein de tension hypnotique. Enfin, hypnotique, soporifique oui. Pour un peu on se serait cru à un concert de Morcheeba. Et puis ohlala comment il se la pète le chanteur de Neubauten. Ce qu'il est pontifiant. On dirait qu’il se prend pour le pape là tout habillé en noir à nous réciter sans fin ses textes dont on ne comprend rien (et pour cause c’est en allemand) mais qui ont l’air de dire de grandes vérités pendant que ses musiciens s’agitent sur leurs instruments ou leur matériau de récup’ genre perceuse, ressorts, tubes, fûts, taule. Et puis vas-y que je célèbre moi-même mon propre culte en gravant illico le concert sur disque pour le vendre aux fans à la sortie.

Non franchement j’ai trouvé ça très bof. Je retiendrais juste la mélodie rouleau compresseur de "Weil Weil Weil", les jouissifs coups de tonnerre du très punk et foutraque "Let's Do It A Dada" et le lancinant "mela, mela, mela, mela, melancholia" de "Die Befindlichkeit Des Landes". C'est maigre. Pourtant j'étais prêt à y croire à la grande noise musique de Neubauten, prêt à me la prendre en plein dans la gueule. Mais non. Et puis de voir des iconoclastes se pendre pour des icônes et être pris pour des icônes quelque part je trouve ça d’un triste. Pourtant Blixa Bargeld, le maître d’œuvre de Neubauten, je l’avais rencontré 6 mois plutôt à l’occasion de la sortie de Alles Wieder Offen, le 14e album du groupe, et j’avais plutôt bien aimé tout ce qu’il m’avait dit. Mais bon au bout d’un moment les révolutionnaires sont meilleurs en théorie qu’en pratique. Trèfle de performance donc et place au discours
(ici).

Photos par
Robert Gil
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