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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 18:47
Dancing Kean ?



Il y a 3 ans, un peu comme leur copain de promo des Killers, ils étaient encore portés aux nues comme de réels outsiders de Coldplay, en voie de U2-isation. Aujourd’hui, après un troisième album sorti en octobre 2008 pourtant loin d’être dégueu où ils troquaient mélancolie contre positivisme, grisaille fleur bleue contre couleurs flashy, les trois anglais de Keane se voit néanmoins relégués au rang de groupe de seconde division. En témoigne leur présence plus que discrète dans la prog plus que moyenne de la 7e édition imminente du festival Rock en Seine. Mais ainsi vont les modes et l’industrie du disque. Aujourd’hui, au rayon euphorie pop, Passion Pit et MGMT frappent plus frais et plus fort. Reste qu’à sa sortie en octobre 2008, en bonne midinette que je suis, j’avais bien accroché sur la moitié de leur très phénixial et "Dancing Queen" Perfect Symmetry. Bien que sachant que je n'aurais affaire au chanteur, Tom Chaplin, et que je n'allais donc pas pouvoir parler de vedettariat, de cocaïne et de désintox, prêt à braver toutes les platitudes verbales inhérentes à ce genre d’interview et frétillant comme toujours à l'idée de gratter le vernis consensuel de pop stars internationales, je m’étais volontiers rendu dans un hôtel chicos de Paris pour parler de tout ça, et plus, avec Tim Rice-Oxley, le songwriter du groupe, et Richard Hughes, son batteur.

 




"Au début on nous comparait à U2 et Elton John, mais dès le deuxième album on était ailleurs."

 

"A chaque fois, parmi toutes les directions possibles, un seul bon album est accessible."


 

Bonjour Tim, bonjour Richard. Alors comment se passe la promo à Paris. C’est lé début ?

Richard : Oui, on est arrivé en train ce matin. On vient juste de prendre notre petit déjeuner.

 

Vous n’êtes pas encore bien réveillé !

Richard : Pas trop non. On a joué à Londres la nuit dernière, au 100 Club, un lieu très rock.

 

Une grande salle ?

Richard : Non, elle doit contenir quelque chose comme 400 personnes. On était là dans le cadre d’une émission de radio. On a tout joué très up tempo, très rock !

 

C’est votre humeur actuelle ?

Richard : Oui. Et c’est fun !

 

Ça a plu ?

Tim : Oui, il y a eu une bonne ambiance.

Richard : C’était un concert gratuit, et il y avait beaucoup de fans. On a donné trois concerts gratuits d’affilé : un en Ecosse, un dans le nord de l’Angleterre et un à Londres. Tu pouvais gratuitement obtenir un ticket via notre site Internet.

 

Ça fait partie des nouvelles façons de faire d’aujourd’hui pour attirer les gens !

Richard : En fait on a réalisé qu’on était très occupé le mois qui a précédé la sortie du disque (qui est sorti le 13 octobre 2008 au Royaume Uni, Nda) mais qu’on n’avait rien de spécial à faire la semaine suivant sa sortie. Je pense que notre manager s’est donc dit qu’il pouvait gracieusement nous offrir quelques jours de repos ! Mais nous nous sommes plutôt dit : “Profitons-en pour donner quelques concerts !“ Voilà.

 

Ça faisait longtemps que vous n’aviez pas joué live ?

Richard : Hum, oui je crois qu’on n’avait pas joué sur scène depuis août 2007. En fait depuis notre dernier concert pour la tournée d’Under The Iron Sea.

 

Vous étiez donc plein d’énergie !

Tim : Oui, on était donc content d’être de retour sur scène, surtout qu’on avait de nouvelles chansons à défendre. C’est toujours excitant de jouer de nouvelles chansons, et ça l’est d’autant plus que nos nouvelles chansons sont plus que jamais pleines d’énergie, ce qui donne vraiment envie de les partager live.

 

Musicalement vos nouvelles chansons sont plus sophistiquées, plus électroniques que par le passé. De ce point de vue-là, sont-elles plus dures à retranscrire live ?

Tim : Oui, c’est sûr que ça nous pris un peu de temps d’apprendre à les jouer live mais maintenant ça va, on a donné quelques concerts et on a vu que ça sonnait bien, tendu et tout.

 

Etes-vous toujours juste trois sur scène, vous deux et Tom Chaplin au chant ?

Richard : Non, maintenant on est quatre parce que notre ami Jessie Quin nous a rejoint. Il a intégralement participé à l’enregistrement du nouvel album. Il joue de la guitare-basse. C’était donc bien parce que pendant que nous enregistrions le disque nous pouvions donc jouer les morceaux live, partir dans des jams sessions, et nous rendre compte du son global que nous avions. Et c’est la même chose maintenant sur scène : on n’a pas besoin de se reposer tant que ça sur la technologie.

 

A l’heure qu’il est sur 11 chansons que compte Perfect Symmetry j’ai décelé 5 bonnes mélodies. Bonnes au sens d’accrocheuses. Au stade du troisième disque est-ce de plus en plus dur pour vous de continuer à trouver de telles mélodies ?

Richard : Je ne sais pas. On a consacré six mois à temps plein à l’écriture de ce disque et je pense que pendant tout ce temps Tim a passé le plus clair de son temps à bosser dur à son piano donc je ne sais pas si ça a été facile !

 

Tim, ce serait donc plutôt à toi de répondre à cette question !

Tim : Disons que je ne pense pas que ça ait été plus dur qu’avant. Je veux dire : on est très fier de ce disque. Pour moi il compte onze bonnes mélodies. Après ça dépend de ce que tu entends par “bonnes mélodies“. Notre but n’a jamais été de refaire “Somewhere Only We Know“. Sans doute que ça plairait à certains mais nous voulons faire quelque chose de plus intéressant que ça. Il y a quelques mélodies accrocheuses sur cet album, mais une chanson comme “You Haven’t Told Me Anything“ est mélodiquement plus recherchée. Elle est plus basée sur les rythmes, le son, l’énergie et une grande partie de la musique que j’aime fonctionne comme ça. Si tu considères Remain in Light des Talking Heads, tu admettras qu’il contient peu de mélodies immédiates, il n’empêche c’est indéniablement un bon album.

 

Bien sûr mais Keane n’a jamais joué dans la même cour que les Talking Heads…

Tim : Oui, mais Perfect Symmetry est un album très différemment de tout ce qu’on a déjà pu faire. Chacun de nos albums a sa propre personnalité. Je ne pense pas que quelqu’un puisse dire que “You Haven’t Told Me Anything“, “Pretending That You’re Alone“ ou “Spiralling“ ressemblent aux morceaux de notre premier album. A l’époque de celui-ci les gens nous ont comparé à U2, Coldplay, Elton John, tous ces grands classiques, mais avec notre deuxième album on était déjà ailleurs. On change tout le temps d’influences. Et les journalistes aiment décrire un album en le comparant à d’autres groupes. Pour décrire notre dernier disque ils vont donc devoir changer de références s’ils veulent toujours nous comparer à quelqu’un d’autres !

 

Avec ce disque ne craignez-vous pas que les fans ne retrouvent plus ce qu’ils avaient aimé chez vous ?

Richard : Non. Prends un groupe comme Radiohead, par exemple, leurs fans continuent à les suivre alors qu’ils ont plusieurs fois changé de direction. Ça montre que beaucoup de gens aiment les groupes qui se réinventent sans cesse, qu’ils sont prêts à embarquer dans ce genre d’aventure et c’est ça qui est excitant. Il y a aussi beaucoup de gens qui aiment les groupes qui refont toujours le même disque. Mais ce n’est pas notre truc. Ce qui nous excite c’est le changement. Tout à l’heure tu nous demandais comment on fait pour retranscrire sur scène nos nouveaux morceaux, et bien on a eu du mal à jouer live les morceaux de notre deuxième album. En effet à ce moment-là j’ai commencé à faire des chœurs, Tim s’est mis à jouer des choses de plus en plus compliquées sur son piano, parfois il chantait et jouait simultanément de deux claviers tout en actionnant des pédales d’effets avec ses pieds. Donc voilà c’était dur mais on continue de faire ça. Et on n’aurait pas pu faire Perfect Symmetry si on n’avait pas fait Under The Iron Sea parce qu’entre temps on a beaucoup appris. Grandir de la sorte, c’est ce qu’on aime faire en tant que musicien et en tant que personne. Je pense qu’il en va de même pour nos fans. Il n’y a donc pas de raison qu’ils ne nous suivent pas avec ce disque. Qui plus est, je me souviens avoir parlé avec quelqu’un après un de nos concerts la semaine dernière, et il me disait : “Je n’ai pas vraiment aimé votre deuxième album, mais j’aime votre troisième album.“ Avec Perfect Symmetry on renoue donc avec certains de nos fans. Donc voilà, peut-être qu’on en perdra certains, mais ce n’est pas grave, c’est le jeu et il vaut mieux continuer à avancer que fonctionner sur ses acquis.

 

Vous, avec le recul, que pensez-vous de votre deuxième album ?

Tim : On l’aime beaucoup ! Le truc c’est qu’il ne faut pas trop te préoccuper de ce que les gens vont pouvoir penser de ta musique. Je veux dire : toute personne se considérant un tant soit peu comme un artiste – disons-le comme ça, je ne trouve pas de meilleur mot – se tire une balle dans le pied dès qu’elle commence à se demander si ce qu’elle fait va dérouter les fans ou si ça va être pile poil dans l’air du temps.

 

En même temps vous pouvez difficilement ne pas vous poser ce genre de questions car vous êtes peut-être des artistes mais des artistes qui évoluent dans l’industrie du disque…

Richard : Je ne suis pas d’accord. Tu peux ne pas tomber dans ce genre de raisonnement !

 

Ce que je veux dire c’est que vous êtes sur une grosse maison de disques, vous vous devez donc de vendre des disques !

Richard : Mais c’est justement à notre maison de disques de vendre des disques, pas nous !

 

Mais vous êtes lié à elle !

Tim : Oui mais c’est son problème après (rires) !

Richard : Nous notre problème c’est de faire de bons albums. On n’est pas assez mercenaire ou pas assez finaud pour nous préoccuper de toute cette merde. Je pense qu’un groupe peut faire un bon album à chaque moment de son existence. A chaque fois, parmi toutes les directions envisageables, tous les albums possibles, il y a un seul et unique bon album à portée de main. Il faut réussir à l’atteindre et la seule façon d’y parvenir consiste à tenter de nouvelles choses en écoutant son instinct. C’est ce qu’on a fait et c’est comme ça que la bonne musique se fait. Nous, si l’on avait tenté de suivre un plan préétabli on aurait fait de la merde. Franchement, on n’a pas à se préoccuper de vendre des disques. Notre premier album s’est vendu à je ne sais plus combien de foutus millions d’exemplaires…

 

Oui, le miracle s’est déjà produit, en un sens avec l’image et la notoriété acquises vous êtes plus tranquille, mais d’un autre côté on va attendre de vous que vous reproduisez des scores similaires !

Tim : Je pense que beaucoup de gens pensent comme ça…

Richard : Mais en fait ce que tu gagnes une fois que tu as vendu autant de disques c’est la liberté de ne plus vraiment te préoccuper de tes ventes de disques. Enfin, c’est mon avis.

Tim : C’est aussi le mien. Notre préoccupation première n’est pas de vendre des disques. Comme Richard l’a dit, nous sommes dans une position privilégiée. Et si Perfect Symmetry ne se vend qu’à 5 exemplaires et bien soit. Je veux dire : si tu as fait un disque dont tu es fier, que tu as pour toi l’intime conviction d’avoir fait quelque chose qui mérite qu’on parle d’art et bien voilà, tu as fait ton job, et tu es cent plus heureux que si tu avais simplement un truc jetable destiné aux radios. Et le but dans la vie c’est quand même d’essayer d’être le plus heureux possible, non ?

 

Bien sûr. Comment a réagit votre maison de disques quant elle a finalement écouté ce nouvel album ?

Richard : On est allé à Berlin, on a fait le disque, ensuite on l’a mixé et on l’a envoyé à la maison de disques ! Ce que je veux dire c’est que la maison de disques n’intervient pas vraiment dans le processus créatif du disque. On l’a produit nous-même à part deux titres qu’on a produit avec Stuart Price et un avec John Brion. Et puis tu ne peux jamais vraiment savoir ce que la maison de disques pense de ton album, elle va tout le temps de dire qu’elle l’aime. Que peut-elle dire d’autres (rires) ?

Tim : En fait je pense qu’ils ont été enthousiasmés par ce disque. Il ne faut pas oublier que les gens qui travaillent en maison de disques, en tout cas ceux avec qui nous travaillons, sont avant tout des fans de musique ! Ils sont dans une boîte qui fait du business et ils font leur job, mais ils veuillent tout de même travailler sur des projets qui les excitent vraiment. Ils ne veulent pas s’ennuyer. Comme nous leur but dans la vie c’est d’essayer d’être le plus heureux possible !

 


(Suite et fin)


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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 19:10

Parts d'enfance

 



On m'a toujours dit "Une image vaut 1000 mots". Enfin toujours... ce credo date de mes années fac de pub, pas le Pérou donc, mais il m'a toujours tellement semblé cerner ma problématique d'être que je l'ai toujours perçu comme quelque message ancestral censé me prévenir des dérives inhérentes au fait d'être moi. Car comment ne pas prendre ce credo en horreur quand on est un homme de mots, qu'on veut y vouer sa vie, que c'est d'ailleurs effectif avant même qu'on dise "Oui, je le veux" ? Comment ne pas se dire qu'on aurait toujours dû se contenter des images, ne jamais apprendre à lire ni écrire quand on sait à quel point le credo suscité ("Une image vaut 1000 mots", oui répétons-le, retournons le couteau dans la plaie) est, économiquement, criant de vérité.

 

L'ignoble credo s'est rappelé à moi alors que je surfais tranquillement sur le Myspace d'un auteur, compositeur, interprète qui m'est cher et répond au doux nom de Cheval Blanc. Enfin tranquillement... la majesté au 36e dessous de ses compositions (10 ici sans compter les vidéos), cette espèce de tendresse effondrée qu'elles libèrent et dont elles ne semblent que la plus pure expression, tout cela me remuait tellement que j'ai failli m'envoyer direct faire une sieste dans un coin calme et reculé du local où je bosse. Tant d'émotion... ce n'était presque plus possible de reprendre une vie normale, de jouer la comédie de l'homme qui passe son temps à bosser comme si tout allait bien, croit que son labeur a un sens, son espoir un chemin. Non, c'était comme si, tout masque tombé, j'avais assez donné pour aujourd'hui, que je méritais le repos, un lit. On est tous un chien en nous-même, à la rue quelque part dans quelque carton sale, placentaire, et voilà, sachant se pencher pour vous parler à ce niveau où l'on ne parle jamais, les chansons de Cheval Blanc avaient mis cela au grand jour : l'inconvénient d'être né, le besoin d'amour, coucouche-panier. Alors c'est sûr, ne pas s'étonner après si le mec ne trouve pas de label. Il fait de superbes choses mais on n'a connu mieux pour relancer l'économie et le moral des français (pour les plus résistants il a aussi un blog).



 

Mais comme si tout cela ne suffisait pas, comme si tout cela n'était que commentaire, ou presque, un détail m'a frappé : un gamin, dans un coin. Immobile. Seul. Sa coupe au bol asexuée, sa petite bouche d'animal entrouverte comme une plaie , le renflement de sa lèvre dentelée, de ses joues, ses deux grands yeux de biche fixés à hauteur de papa-maman ; tout cela tremblant, féerique, presque morveux comme une aumône ; tout cela montant si haut, semblant tellement attendre de vie, d'amour qu'on sent y poindre la chute, l'injustice, l'envie de mordre, le projet "de tout écrire quand il saura viser" (Dominique A, "Rue des marais"). C'était la photo de "profil" du Myspace de Cheval. Une photo de lui enfant. L'innocence blessée dans toute sa splendeur. Ça m'a séché, me rappelant "1983 (Barbara)" de Mendelson, l'écart entre la tête déplumée du Chet Baker de la fin et les traits jouvenceaux de celui des débuts. Celle d’Antonin Artaud aussi. Et celle du Cheval Blanc actuel, quarantenaire, usé, tant y affleure encore, plus forte que tout, la beauté de ses yeux de minot. L’alliance de cette photo et de ses chansons créait comme un manifeste puissant. Ça a fini par me rappeler une photo de moi au même âge, une photo qui m’est chère tant mon visage n'y est que sourire, toutes quenottes dehors. Etrange de s'auto émouvoir comme ça, de voir votre cœur éclater dans une bouille de Looney Toons. Ces images, tout cela me disait de tenir... Je crois que c'est ça qui m'a sauvé de la sieste.

 

Plus tard, comme j'avais tenu bon, que j'étais encore fidèle au poste et pire, connecté sur Facebook j'ai eu le plaisir de finir la journée avec une des plus belles filles qu'il m'ait été donné de rencontrer jusque-là, même si ce n’est que virtuel. Cette fille c’est Julie Hoarau. Je crois qu’elle m’avait addé quelques mois plus tôt parce qu’elle me connaissait déjà un peu pour être lectrice de mon blog, Parlhot. En tant que fan d’indie pop elle aimait les artistes présentés, ma façon d’en parler. En quête de lecteurs, de qualité tant qu’à faire, j’ai accepté sa demande. Bon, je vais pas tergiverser plus longtemps, et vous le savez puisque la photo ci-dessous vous a gentiment explosé les pupilles : cette fille est une bombe. Et j’ai beau ne pas être spécialement branché bombes, ça a joué. Bien sûr. Ce que j’ai fait ? Ce qu’aurait fait tout le monde : voir ses photos, et waouuuh ! Regardez-moi cette bouche, cet art de fixer l'objectif, cette fossette du menton, ce nœud noué à la taille, cette hanche qui sort du cadre (attention, vous ne pouvez voir cette photo à faire pâlir le maillot une pièce de Pamela Anderson que si Julie vous add sur Facebook) : ici tout fait mine de te désirer fort fort et dans le même temps chaque fibre de son corps hurle qu'elle et toi n'êtes pas du même monde. "Et Dieu créa la femme" : voilà ce qui frappe l'esprit de l’homme devant Julie Hoarau. Bye bye Paradis, bonjour couleurs, images, sexe opposé ! Avec tel corps se dit-on la réunionnaise pourrait tout faire, ou presque. D’ailleurs en atteste son site d'animatrice TV, outre "modèle photo", Julie fait plein de choses : montage, cadre, réalisation de formats courts, théâtre/chant, voix off... Depuis peu elle présente même Live Kafé, une émission musicale sur Antenne Réunion, et elle chante !



 

Oui, Julie fait de la pop. Le projet s'appelle Dance with... anatole et apparemment ce n'est qu'elle, sa plastique, son minois, son brin de voix et son ukulélé (vous savez, cette satanée gratte de Polly Pocket au son malingre mi exotique mi post crise qui fait fureur auprès de la clique bobo folk). Tout cela est célébré dans le clip de "François", seul titre pour l’instant en écoute de sa grande œuvre en cours. (En fait, je m’en rendrais compte après, 4 autres titres sont en écoute sur son Myspace et c’est bien elle qui fait la voix, les textes et le ukulélé.) Playmate des champs, coquette à mort, dans ce clip la petite soeur de Julie, aussi belle que la grande, batifole  dans la nature verdoyante avec force oeillades caméras. Image, texte, son, c'est tellement vide tout en s'ignorant, enfin j'ose le croire, que c’en est presque génial de naïveté, mettant profond Cocoon et Cœur de pirate pour atteindre quelque chose comme le stade "méta art contemporain" du genre. Toujours sans le savoir. Alors bien sûr, Julie débute et sait que sa musique reste  quelque chose de très amateur. Il faudrait donc être vraiment vilain pour lui jeter la pierre (là ma part d'enfance s'empoigne avec mon cynisme de grande personne...) mais à vrai dire je n’ai même pas envie de critiquer sa musique. Ça ne m’intéresse pas parce qu’il est trop tôt pour ça et que je respecte les gens qui, contrairement à moi, tout à coup, tardivement, se mettent à essayer de faire leurs propres chansons. Récemment j’ai une amie qui s'y est mis. Elle aussi s’appelle Julie, son groupe Candy & Fly. J’en profite : respect Julie, il y a de belles choses dans ce que tu fais.

 

Non, critiquer la musique de Julie ne m'intéresse pas mais ce qui m’intéresse par contre c’est ce soi-disant problème de l’alliance "indie pop + bombasse des îles". En gros, Julie "She's So Heavy". Oui, trop bonne pour une pop trop frivole. Vous me direz, ce n'est pas une première. En la matière, Mareva Galanter a déjà créé un précédent. En se lançant dans la musique avec un certain succès, Miss France 1999 a montré qu’un physique de top model était soluble dans la pop. Mais cela suppose une esthétique en soi. Par exemple, qu'on l'aime ou pas, Carla Bruni en a une, Vanessa Demoui non. Et sans vouloir lui jeter des fleurs, la tahitienne protégée de Castelbajac a bossé pour trouver son juste au corps pop, ou du moins pour trouver les bons collaborateurs capables de le lui dessiner. Là-dessus, toute seule (à souligner), aussi fan d’indie pop soit-elle (Hermane Dune, Tahiti 80, Elliot Smith, The Shins), Julie est nue. Sans le style pour jonction avec sa beauté, elle ne peut pas prouver qu’elle est plus qu’une Clara Morgane à ukulélé. Et tant qu’elle ne l’aura pas trouvé, si tant est qu'il existe, elle ne sera que cette Nature parfaite dans laquelle toute trace de Culture s’avère insoupçonnable. Elle ne sera que cet Idéal de féminité écrasant et arbitraire dont on n’attend rien d’autre, puisque La Forme est là, qu’un alibi de pop songs bikini pour consommer l’œuvre véritable : son image. C’est toute la différence entre prendre la pop comme fin ou comme moyen. Quêter la lune depuis le caniveau ou le simple supplément d’âme quand on a le reste.


 

Aux jeux du chanteur et du chroniqueur musical, ainsi va le monde, labimbo Bambi aura toujours plus de chances de percer que le Cheval flapi et le Parlhoteur. Et je n’ai pas dit pas ca pour que les choses changent ni diaboliser ce qui n’a pas lieu de l’être. Qu'un pixel de femme puisse réduire en cendres les Ecritures est au-delà du Bien et du Mal, et doit perdurer. Je pose juste la question : combien de mo(r)ts pour son image ? Et Julie, où est ton enfance là-dedans ? (L’enfance ce n'est pas le Petit Poney, c’est la fêlure, le regard qu’on porte sur soi enfant.) Je ne sais pas comment ce serait pris mais j’aimerais lui poser cette question si je la rencontre un jour. Parce que c’est bien sympa de tchater avec Julie mais c’est plus le genre de fille avec qui on aimerait faire ça de visu. Autour d'un verre. Comme elle doit regretter que son rapport aux autres soit conditionner par son physique au point de vivre comme une femme invisible, s’en suivrait de ma part tout un tas de secrètes manœuvres pour minimiser, sans doute à tort, tout rapport de séduction. Qu'elle ne voit pas que je la vois comme tout homme la voit. Ce serait génial. Mais après ce texte, ça m'étonnerait que ça se fasse.


(Suite.)


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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 20:31
La traversée
du désir



N'avez-vous jamais souhaité la prison ? Ne vous êtes-vous jamais formulé ce voeu d'une quelconque manière, au plus profond de vous-même ? Pour moi ce lieu a toujours été symbole de libération - de l'obligation de trouver un taf, de la tentation de fuir l'écriture pour sortir, boire, fumer, tenter de pécho. Dans ce cachot que je fantasme comme une Eglise, un non-lieu, je pourrais enfin m'épouser en me consacrant à l'utopie de rangement total et de nouveau départ qui, je crois, taraude tout écrivain. Quelques mois plus tôt cette occasion m'était donnée.


20 mars 2009. "Rhinopharyngite". Cinq jours d'arrêt. Quand j'ai entendu ça, une clameur s'est faite en moi. J'aurais gagné au loto que je n'aurais pas été plus heureux. Thanks doc ! Tout ce temps que j'allais enfin avoir pour écrire, comme absent au monde. "Sylvain ? Non, peut pas, rhinomachinchose." O rhino, mon amour, grâce à toi tous ces textes que j'allais pouvoir finir ! Je voyais déjà les pages se noircir, mon ego m'ériger en génie. A nous deux chère inspiration, à nous deux cher ordi ! J'omettais juste une chose : on est moins génial transformé en légume. Ne tenant littéralement pas la forme - the body rule the mind, the mind the body - j'avais beau faire le siège de mon PC, rien ne marchait. Un moignon devant le clavier. En même temps j'essayais d'écrire sur Bash, quelle idée. Plus j'échouais plus je me sentais nul plus j'avais besoin de réussir plus j'échouais plus je me sentais nul plus j'avais besoin de réussir... "Mon Dieu, me suis-je dit, je demande peu de chose, juste un texte qui me fasse me sentir quelqu'un de bien et de valable sur cette terre, juste un, ce soir, l'étincelle, que je me couche avec la sensation d'être un nabab et pas une sous-merde. Desperate houseman."


2h00. Je me suis obstiné à me faire encore quelques lignes mais je voyais clair dans mon jeu : à un moins d'un miracle, je n'y arriverais pas. Pas même une nuit blanche ne me permettrait d'atteindre l'autre rive. J'étais déjà perdu. Ces dernières secondes, tout comme mes allers-retours bureau-frigo, la fréquence de mes clics envoyer/recevoir avait considérablement augmenté. Que faire ? Je ne pouvais décemment pas me coucher comme ça, me dire "Tant pis, je verrais ça demain". A ce stade, même rouillée, la machine était lancée, la bête avide, le sommeil hors de portée, il n'y avait pas d'alternative. D'issue valable. Enfin si, une : profiter de ce temps de malade pour disparaître enfin dans le visionnage des 28 épisodes de la série Twin Peaks, son univers, son manteau sublime. Voir enfin ce chef d'œuvre fera même de ces quelques jours off un moment phare de mon existence. Mais je n'y penserai que demain. Alors quoi : pause YouPorn ? Sniffer des kilomètres de pixels en quête de la scène sexe ultime ? Comme si je planais au-dessus de ma chambre, je me voyais déjà faire, souris en main, moi dans l'autre : ça m'aurait achevé. Etre ce drogué, cet arrière-trainspotteur - sniff ma vie - c'est tout ce que je voulais fuir. Ce n'était pas MOI. Je l'ai dit aux filles : "O vamps innombrables du net - MILF, teen, ebony, asiat - oui vous, sirènes modernes, big boobs and nice ass, chimères vous ne m'aurez pas. Je ne vous laisserai pas briser mes élans de paternité pour quelques minutes de fake you. Pas encore, pas cette fois." Je ne devais pas me disperser. Prendre cher pour renaître à la vie, prendre cher pour renaître à la vie... Mais plus je me sentais vide plus mon corps s'est mis en tête de substituts pour que je taille la zone. Oublier, rien que 10 secondes, cette merde de flesh and bones.


 

"Falling"




J'aurais tué pour le frisson d'un Coca, le goudron d'une roulée, le moelleux d'un bout de pain. Mais j'avais déjà craqué, il ne me restait plus rien, et à cette heure tardive, au moins 3h00, pas moyen de refaire le plein. La nuit s'étendait comme une longue route sans escale. Un mur infranchissable. C'était la vraie prison pour le coup, celle de l'esprit. Je me suis tourné vers mes piles de disques. Aucun ne semblait capable de me venir en aide. A quoi bon en avoir tant si aucun n'a ce pouvoir ? A quoi bon la botte de foin s'il n'y a pas l'aiguille ? J'ai secoué ma boîte mails comme si un signe de l'au-delà, coincé je ne sais où, devait me parvenir. Comme si, forcément, puisque le medium existe, quelqu'un devait penser à moi au à 4h00 du mat et me le dire... "Mon Dieu, me suis-je dit, délivre-moi du ma(i)l ! Que quelque chose vienne me secouer les entrailles, modifier la structure moléculaire de ma pauvre carcasse !" J'étais vraiment au fond. Alors, comme ça me prend parfois, d'un coup j'ai chanté un de mes couplets préférés de Radiohead, à savoir ces quelques minutes de la fin de "Let Down", plage 5 d'Ok Computer, où Thom Yorke s'emballe, démultipliant sa voix de castra pop dépressif, jurant qu'il est tellement conscient et affecté de tout ce merdier qui l'entoure qu'un jour, c'est pas possible autrement, des ailes vont lui pousser. Enfin je ne sais plus bien. Il se peut que j'ai plutôt chanté "Life Is a Pigsty" de Morrissey, le joyau de son avant dernier disque, Ringleader of the Tormentors. Même message, même moment où la voix s'envole. Quoiqu'il en soit quand j'ai repris mes esprits j'étais toujours au point de départ. "Still Ill". Just a rat in a cage.


Dans le lecteur, le CD était fini. Dans ce cas-là, comme toujours dans ces nocturnes moments d'écriture, en quête de l'humeur adéquate
, j'avais mis quelque chose de vague, naissant, bénissant les dieux que ce genre de musique existe. Je crois que c'était Love in the Time of Science d'Emiliana Torrini. Je l'avais écouté jusqu'au bout mais alors que d'habitude je n'ai rien à lui reprocher, là, très tôt, quelque chose avait cloché. L'islandaise n'avait pas fait l'affaire. Pas du tout. Pas vraiment. Au moment de changer j'ai donc longuement réfléchi. Très vite j'ai opté pour Mustango de Murat, son album d'avant le déclin, l'un de ses meilleurs. J'écoutais "Jim / Murmurant / A cheval..." Comme à chaque fois, j'étais heureux. Le morceau déployait son air de romance, de grands espaces et d'incurable solitude. Ça me portait. Je pensais à PJ qui allait venir, plage 3. "Polly Jean" sur son "galure rouge sang", longues lèvres rouges, cheveux au vent. Comme elle me faisait moi aussi rêver, je l'imaginais sans mal. Comme cela m'arrive parfois, je pensais même au couple que Nick Cave et elle avaient formé. Je voyais ça comme une histoire de cinéma, forcément déchirante. Nul doute que j'aurais aussi écrit sur elle si j'avais été musicien. Ne comptais-je pas un jour écrire un bel article sur elle ? "Quand même, me suis-je dit, c'est dingue que ses disques et elle aient à ce point fusionné que des auteurs l'envisagent comme un pur personnage et prolonge son aura." Murat n'est en effet pas le seul à l'avoir faite muse. Sur son nouvel album, Cyprine, bootlegant habilement "Henry Lee" et "Initials B.B.", le toulousain SvenSson a fait de même. En tirant "Initials P.J.".


5h00. Les mots de ce far west d'Auvergne claquaient comme des énigmes, éloge de la chair, preuve que l'envers des choses existe. "Mantille", "misaine", "galure" dispersaient méandres, faisaient de l'être un autre, une fuite, un film comme, lorsque une clope nous fume. Oui, une issue existait, ici. Epris de voyage et d'amour, j'aurais dû la trouver, écrire comme jamais, mais perclus par la beauté de ces textes, aquaplannings et érotisme champêtre, je voyais le mien se noyer. Un vrai bordel de phrases hirsutes, à l'image de ma psyché. Quand tout à coup tout m'est apparu, fulgurant : au diable Bashung, ce que je voulais c'est parler de La Féline. From Her To Eternity. "Falling".


 

Photo d'Agnès Gayraud par Jeff Hayot


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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 17:24

King of pop ?



D'habitude quand un groupe brille trop vite l'album d'après toute la profession, fans compris, l'attend au tournant, guettant le moindre faux pas et désirant même la bonne grosse plantade que personne, pas même la blogosphère, n'osera soulever pour être le seul à se faire buzzer à coups de "Le roi est nu !". Sombre mélange de pulsion Rastignac et de résidus de lutte des classes, d'envie de fustiger le spectacle et de le rejoindre, comme me l'avait dit un jour Alain Dister le processus de fantasme/contre fantasme de la presse rock est regrettable. Et je suis bien embêté car n'étant qu'un homme fait d'humeurs variables avant d'être un critique rock de marbre et d'airain, à l'heure de parler de Music for Men, le 4e album de Gossip, tout cela est venu me faire du pied. Résultat : au départ je voulais le descendre puis je me suis ravisé.


Je sais. A force de ne pas me borner à vous dire si tel disque est bon ou pas (dernière exemple en date : Schuller), vous allez finir par passer votre chemin, vous dire que je suis décidément peu fiable et que je crains car je n'ai pas d'avis. Mais que voulez-vous, comme peu de choses dans la vie, peu de disques sont tout noir ou blanc et je m'intéresse souvent aux disques qui posent problème, à ceux, ambigus, où se joue un truc à dénouer et qui, en somme, engagent plutôt l'art bâtard de la Parlhot que celui, dépassé, de la prescription. Et puis en 2009 quel critique peut encore avoir intérêt à jouer les prescripteurs alors qu'en un clic chacun peut écouter gratuitement tout ce qu'il désire ?


J'ai saisi toute la nature de ce problème la dernière fois que je suis allé au théâtre lorsque, après m'avoir conduit à mon siège, le placeur s'est figé auprès de moi. Sincèrement je ne voyais rien qui justifia que je lui donne de l'argent. Je ne l'avais pas sonné et j'aurais pu trouver ma place seul. Je me suis senti piégé. Le service était rendu et le type était là, me communiquant par le lieu et sa tenue le poids d'une tradition révolue. Concrètement, à moins d'être aveugle, il ne servait à rien. Ainsi en était-il de la presse rock et de ses scribes. A cette différence que moi je n'avais ni costume ni théâtre pour piéger quiconque. Il n'empêche, j'ai encore et toujours envie de vous parler de musique. Venons-en donc au nouveau Gossip : Music for Men.


Contrairement à ce qu'on entend dire, ce n'est pas le deuxième album de Beth Ditto (chant), Brace Paine (guitare, basse) et Hannah Blilie. Ceux qui disent ça le font dans le but de réécrire l'histoire sous un jour bigger than life et c'est MAL. Antony Hegarty n'est pas né avec I Am a Bird Now, un des albums phares de 2005 et Gossip n'est pas né avec Standing in the Way of Control, un des albums phares de 2006. Comme le gros gay à voix d'ange, la grosse lesbienne à voix black a galéré avant que son groupe n'explose et qu'elle se fasse élire "personnalité la plus cool du rock". Standing in the Way of Control était leur troisième album studio. (le trio s'est formé en 99 à Olympia, dans l'État de Washington.) Et leur deuxième album, Movement, je me rappelle l'avoir vu dans le carton des rebuts quand je bossais à Rolling Stone.

Dire cela change tout. Car contrairement à ce qu'on pourrait penser, aujourd'hui si Gossip tente le (heavy) cross-over indie/mainstream avec ce Music for Men signé chez Sony et produit par Rick Rubin (Beasty Boys, Red Hot, Johnny Cash...) ce n'est ni précipité, ni prétentieux. C'est juste que c'est le moment. Maintenant ou jamais. A leur âge, vu leur tempérament et le carton de leur précédent disque, la starisation de Beth, le succès de leur tournée et leur participation au True Colour Tour de Cyndi Lauper avec, entre autres, de Debbie Harry, Rufus Wainwright et The Dresden Dolls, ils ne pouvaient que tenter ce pari fou : s'assumer en potentiel King of pop. Que faire d'autre ? Que faire d'autre, avant l'oubli, quand on argent, audace et talent ? Dans ce monde en perpétuelle fragmentation, la pop a plus que jamais besoin de fédérer, comme elle savait encore le faire, grâce à certains, dans les années 80.





Alors bien sûr, ce disque déroute. Il n'y a que sur "Dimestore Diamond", "Heavy Cross", "Spare Me From The World" et "8th Wonder" que la voix, la gratte et la batterie drivent l'affaire comme avant. 4 morceaux dont 3 d'ouverture et un de clôture. Et encore, si l'allant est rock, le son y est moins vintage, brûlant. Rubin a épilé. Tout est plus froid, pensé, clinique. Machine à faire bouger son corps en rythme. On trouve même quelques pincées de synthé. Ok, c'est efficace. Diablement même. Ok, le single "Heavy Cross" accroche d'emblée. Mais bon on pourrait presque chanter "Standing... " sur les premières mesures. N'est-ce pas trop pute, pavlovien ? L'impression que Rubin a rétrécit les Gossip, que Beth a muté en Annie Cordy à trop jouer les poules disco, multipliant "Ouhouhou" et "Lalala" pour attirer le chaland. L'impression que Gossip qu'on connaissait hormonal et hors normal a fait taire le tigre qu'il avait dans le moteur, vendu son âme au diable. On flippe. Ce n'est qu'un début.

Oui, car le reste du disque, son ventre, là où il mise et souhaite prendre le pouvoir, vire carrément pop Flashdance, testo-Cerrone. Les synthés jaillissent, cheap, et tout un tas de petites percus métronomiques et estivales genre cloches de batucada incitent au déhanchement. Et si aux deux premières écoutes ce parti pris disco eighties semble lasser à mi-disque, dès la troisième, on se surprend à chérir les morceaux les plus synthétiques, la scie sautillante de "Love Long Distance", le gimmick de guitare K 2000 de "Vertical Rhythm", le refrain hymnique de "For Keeps", et à chanter les mérites de tout le disque ! A quelques détails près tout cela éclate comme autant de tubes capables de mettre le monde à ses pieds.

C'est en cela que cette musique est, dans les deux sens du terme, pour les hommes. Car en ayant les couilles de se conformer à ce que l'industrie, ce monde d'hommes, désire, c'est-à-dire des canons de beauté, sans rien perdre ce qui l'anime, elle tient les rennes pour secouer les choses de l'intérieur, et s'adresser à tout le monde. Un titre d'album hautement vicieux comme sa musique auquel répond l'absence de Beth sur le recto de l'objet. Elle a en effet cédé sa place au profil plus straight et passe-partout de sa garçonne de batteuse. La classe. Loin d'être nus ces ex-Next Big Thing sont en passe de devenir des King of Pop. Des rois terrortistes. Masqués.
Le 5 septembre 2007, en plein dans l'oeil de la hype de la récente sortie de Standing in the Way of Control, après avoir poireauté plus d'une heure dans un studio sans âme de la plaine Saint Denis, j'avais 10 minutes chrono pour faire connaissance avec Beth et la confesser sur son statut de nouvelle sensation (forte).



 

"j'attends qu'une super chanteuse noire déboule"


"être ronde, lesbienne, il est temps qu'on trouve ça cool"

 


Bonjour Beth, comment vas-tu ?
Bonjour, très bien, merci.



Nous avons dix minutes.

Ah, je sais, désolé, cette journée est folle !


Peux-tu me résumer le parcours de Gossip ?
Nos débuts furent très fun. C'était très agréable, innocent. On n'avait presque pas besoin d'argent, pas ou peu de responsabilités. J'avais 18 ans, Nathan (alias Brace Paine) 19 et notre batteuse de l'époque (Kathy Mendonca) 20. On était tous de la même ville, Searcy, dans l'état de l'Arkansas, et on l'a tous quitté pour Olympia, dans l'état de Washington. C'est là qu'est née le mouvement Riot Girls au début des années 90 et c'est donc là qu'on a créé le groupe, en 1999. Depuis on a continué. On a sorti 4 EPs et 2 albums, le premier en 2001, le second en 2003. On a tourné entre autre avec Sleater-Kinney, John Spencer, The White Stripes, Sonic Youth et Le Tigre. Aujourd'hui j'ai 24 ans, on sort notre 3e album et nous voici en France à Pariiiiis !


Ok. Monter un groupe de rock c'est quelque chose qui te tenais vraiment à coeur ?

Non. On habitait tous dans la même maison avec Nathan et Kathy. Nathan était dans un groupe de punk, il faisait des concerts, organisait des soirées et moi j'avais un job alimentaire. Et puis un jour que son groupe finissait de répéter dans le garage, Kathy a commencé à jouer de la batterie avec lui et 5 minutes plus tard ils sont remontés en me disant : "Viens chanter dans notre groupe" et j'ai dit : "OK". Trois jours plus tard on avait un concert dans le sous-sol d'une maison. C'est comme ça que ça a commencé. Je n'ai donc jamais eu l'intention de faire partie d'un groupe. Pas du tout. C'était complètement inattendu.


Tu es blanche. D'où sors-tu donc cette voix black à la Tina Turner qu'on entend rugir sur les 11 titres de Standing in the Way of Control ?

J'ai toujours chanté, notamment du gospel, car je chantais dans une église quand j'étais petite et que j'habitais l'Arkansas. Mais pour moi le gospel qu'on jouait était extrêmement mielleux et daté, c'était genre (elle se met à chanter :) "Amazing Grace, how sweet the sound". Il n'y avait pas un vrai feeling soul. Ma mère chantait dans cette église. Elle écoutait Black Sabbath et Michael Jackson. Mon père, lui, jouait dans un bar honky-tonk, il écoutait Kool and the Gang, Johnny Cash...


Deux choses assez différentes pour ne pas dire opposées...

Oui ! Mais que de merveilleuses musiques. J'ai grandi avec ça.


Vous n'êtes pas les seuls à nourrir votre rock de soul. En ce moment pas mal d'artistes, d'Amy Winehouse à Cold War Kids en passant par Antony Hegarty, mettent pas mal l'accent sur cet héritage noir. Quel regard portes-tu sur ce phénomène ?

Je pense qu'il est temps que la musique noire revienne au premier plan de la pop. Ce serait d'ailleurs bien qu'une chanteuse noire arrive à avoir du succès avec ce genre de musique. Parce que le truc c'est qu'aucun de ces artistes que tu cites n'est noir. Les gens n'acceptent la soul que lorsqu'elle est chantée par des blancs. Je trouve ça très bizarre. En un sens ça témoigne d'un certain racisme. Regarde, Antony Hegarty chante comme Nina Simone, exactement comme elle, et j'aime ce qu'il fait mais il y a tellement de Nina en lui que ça en devient presque ridicule. Amy Winehouse pareil. Elle sonne juste comme Gladys Knight. Moi je ne sais pas trop comment je sonne, mais je ressemble sûrement à l'une des femmes que j'écoutais enfant. Quand j'étais au lycée, pour moi il n'y avait personne au-dessus d'Aallyah. C'était mon idole. Aujourd'hui, la seule qui me vient à l'esprit et qui est populaire, c'est Mary J. Blige. Il y a Rihanna, bien sûr, mais ça c'est plus de la teenage pop. Non, moi j'attends vraiment qu'une super chanteuse noire déboule et casse la baraque en étant autre chose qu'un produit calibré pour les jeunes.


A part ça les journalistes n'arrêtent pas de te parler de tes rondeurs et de ton homosexualité, en faisant mine que c'est trop cool d'être grosse et lesbienne. Tu n'en as pas marre ?
Non, c'est une bonne chose. Je pense qu'il est temps que les gens trouvent ça cool. Parce ce n'est toujours pas considéré comme cool et ça n'a jamais été cool pour moi par le passé. Honnêtement, je ne sais pas si tu aimes les femmes ou les hommes, mais disons que tu aimes les femmes et que tu as une copine : je pense qu'elle n'aimerait pas que tu lui dises qu'elle est grosse, même si c'est le cas.


Ne crains-tu pas que...

Ce bavardage finisse par écraser la musique de Gossip (rires) ?


Oui, que ça réduise ton groupe à une tendance ou un phénomène de foire...

(Temps de réflexion, débit mesuré) Si tu écris une bonne chanson, tout ira bien pour toi. Mais si tu fais un disque de merde, alors là tu auras des soucis. Parce que c'est ça qui compte : les chansons. A la fin, la qualité de notre travail parlera pour nous. Toi, tu es blanc, mignon et tu as l'air assez sage, tu pourrais donc écrire les pires merdes du monde, ça passerait comme ça passe pour les belles blondes. Mais si tu fais de vraies bonnes chansons, peu importe à quoi tu ressembles et qui tu es. Je veux dire : si tu n'as pas toi-même la conviction d'avoir la beauté pour toi, tu dois d'autant plus miser sur ton talent. Et peu importe si après ça tu deviens cool parce que tu as l'air d'un freak : tu te dois de faire un putain de bon disque parce que finalement c'est ce qui pèsera le plus dans de le jugement des gens.


Je vois que tu as réfléchi à la question...

Oui. Les médias ont du pouvoir et c'est intéressant de voir les questions qui nous sont posées. Mais j'ai vraiment une forte personnalité, je suis comme ça, un peu folle, un peu la camarade de classe marrante. Ce n'est pas un jeu. Je serai cette même personne que tu as devant toi si personne n'en avait rien à foutre de notre nouveau disque ! D'ailleurs si demain quelqu'un dit que Gossip est la pire merde qu'il a jamais entendu, que la chanteuse est la fille la plus laide qu'il ait jamais vu et que le guitariste ferait mieux de laisser tomber la guitare et bien je m'en foutrai (rires).


L'attaché de presse me chasse. Merci pour ces 10 minutes.

Je suis désolé. Merci à toi, amuse-toi bien.

 



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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 19:57
Confessions intimes



Comment aimer aveuglément un disque qui condense comme nul autre les défauts de vos qualités ? Mais comment le détester ? Comment garder le masque quand il a le charme de ces filles délicates et solitaires qu'on remarque au premier coup d'œil et qu'on n'oubliera jamais de n'avoir jamais pu les aimer ?


"Il paraît que tu n'as pas été tendre avec Schuller, il est sorti de ton interview tout déprimé" me dit l'attaché de presse, quelques jours après les faits (l'interview). Moi, violent ? Avec une crème comme Schuller ? J'avais beaucoup aimé Happiness, son premier album. Plusieurs mois après sa sortie, je m'étais même fait une joie d'en dire tout ce que j'en pensais. "Si la musique de Sébastien Schuller passe si bien les frontières, disais-je, géographiques comme musicales, c'est que dans son genre, pop, elle est on ne peut plus visuelle, panoramique et vaporeuse." Le disque venait de sortir aux Etats-Unis. Un magazine américain francophone m'avait ouvert ses pages. Conscient de ma mission - il en allait du salut de Schuller aux STATES - j'achevais le descriptif en journalisse modèle. "D'une tristesse cristalline, légère sans être allégée, chagrine mais presque apaisée, son électro-pop séduit comme une l'alchimie rêvée entre Air et Radiohead." C'était lèche-botte mais sincère. Comment pouvais-je donc, 4 ans plus tard, faire tomber tel verdict envers son successeur ? "O merde, il est d'une fadeur sans nom cet Evenfall. Fade fade fade. L'épure y rejoint la castration. Vide vide vide. Pas une mélodie à fredonner, pas une chanson. Putain, quelle déception. Dans le genre, à pleurer dans les jupes de sa mère, lui aussi mérite son cachet de "pop herta". Il lui faut une bonne saucisse. Il lui faut du corps. Parce que là mon Dieu, c'est mou mou mou. Désespoir !!!" Je parlais par mail à l'attaché de presse de l'artiste, aka Bester. Schuller décevait-il vraiment tous les espoirs placés en lui ou était-ce juste moi qui n'entravait que dalle à cet album ?


Hypothèse 1 : J'ai chié.


Lors de l'envoi de ce mail, je n'avais écouté le disque qu'une fois - et guère plus de trois pour l'interview. En plus, comme je l'avais attendu au tournant, je l'avais assigné d'énormes objectifs, comme celui de me scier direct. Et c'est bien connu, on l'est d'autant moins qu'on est chargé d'attente. Pour ne rien arranger, moins pop que son prédécesseur, Evenfall nécessitait de toute évidence une plus grande période d'acclimatation. Il ne fallait donc pas lui jeter la pierre à Evenfall, juste être patient comme je l'avais été en son temps et à raison pour l'Amnesiac de Radiohead. Car certains disques sont comme ça, ils ont besoin de temps pour éclore, et ce n'est pas MAL, ça s'appelle faire connaissance. Ça arrive même aux humains. Parfois.


Hypothèse 2 : J'ai assuré. Seb, c'est plus bien.


Sur ce disque, virant sa cuti pop et, parfois même, les textes, Schuller verse tellement dans le flux idyllique larmoyant qu'apparaissent, tels des gouffres, des clichés dont il s'était jusque-là prémuni. "Le goûts des choses simples", "Des sensations pures", "Un volcan s'éteint, un être s'éveille", Martine à la plage, Caliméro, Rémy sans famille : dans sa musique cet imaginaire de conte de fée Lumidoux champêtre triomphe, au détriment d'autres références, plus marginales, qu'elle soit électro, pop ou rock. Schuller en ressor "chansonisé" comme un Renan Luce se prenant pour Thom Yorke, impression renforcée par le fait qu'il s'humanise. En effet, après s'être longtemps caché derrière un masque d'Alien sad aux rondeurs de dragée, le montmartrois montre enfin son visage, dévoilant une trombine aussi glam que celle de Souchon, ce qui diminue l'impact esthétique de son univers pour le rendre accessible aux amoureux de "nouvelle chanson française". Bref, avec sa casquette de titi parisien, son œil bleu humide et sa belle tristesse judéo-chrétienne, Schuller c'est comme s'il n'avait pas de kiki ou portait des binocles : on ne peut pas le taper, ce qui en fait le chouchou et, théoriquement, l'homme à abattre.

Hypothèse 3 : Y'en a-t-il un pour rattraper l'autre ?


Un jour quelqu'un m'a dit que dans mes interviews je donnais parfois l'impression de m'interviewer moi-même. Ah ! Comment nier ? Se chercher à travers l'autre pour donner le meilleur de soi-même, ne sommes-nous pas là pour ça ? Le 8 mai dernier le pauvre Schuller a vu que moi oui. Parce qu'en vérité, je m'étais vu dans Evenfall. Ce disque où rien ne se passe qu'une longue complainte sans chair qui ne semble s'adresser qu'à elle seule, cette musique qui n'est que reflets, brise, comme si de l'eau, lumineuse, jaillissaient des églises, c'est ce que j'aurais pu faire si je savais en jouer. Quelque chose de chiant, propre, sensible. Et c'est ce que seraient mes articles s'ils n'étaient dotés d'une once de discours critique. Oui, si je m'exprimais vraiment, si j'étais ARTISTE, comme mon âme aime chanter des femmes, des CD, je céderais moi aussi au risque de pleurer toutes les larmes de mon corps, pour fuir le monde, retrouver l'amour. J'embrasserais moi aussi mon côté fiotteux, rêveur, dont je souhaite parfois me défaire pour me faciliter la vie. Et tout ça aurait des airs de suicide. Je me noierais dans un verre d'eau, ne ferais que des confessions intimes pleines d'évangélisme sentimental et de joliesse sainte nitouche. Ce serait pathétique. Et en même temps m'exprimerais-je vraiment mieux que jamais ?


Je n'avais donc pas eu besoin de la jouer Zemmour pour traumatiser Schuller. Il m'avait suffit, comme je le fais souvent, de cerner son univers et de la jouer candide en posant les questions que je me pose à moi-même, à propos de sensibilité, de rapport au monde, etc., ce qui l'avait d'autant plus remué qu'il venait juste de finir son disque et ne savait lui-même qu'en penser. Mais ça ce n'est pas ma faute, c'est parce que c'est une petite nature et qu'à force de rencontrer des journalistes qui se limitent aux pures questions de promo, les artistes n'ont tellement plus l'habitude de faire face au ressenti d'un être humain que dès que c'est le cas ils flippent comme un patron séquestré dans son bureau par ses employés. Mais bon, ceci est une autre histoire et du reste, après plusieurs écoutes et malgré tout ce que je peux lui/me reprocher, malgré les échos Lalannesque du "On se retrouvera" que je sent évoluer en sourdine au sein de "Midnight", je dois d'avouer qu'Evenfall a fini par me cueillir. Après toutes ces voilures argentées, quand vient par vague l'émotion nue d'"High Green Grass", si quelque chose de personnel m'y poussait un peu, je sens que je pourrais me laisser emporter, et finir au fond, comme Mayol dans Le Grand Bleu.

 

 

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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 14:22
Morning Bell / Amnesiac



"je n'ai pas l'impression d'être si connoté Thom Yorke"


"si j'arrivais à retranscrire ce que j'ai en tête ce serait chiant"


 


Evenfall serait-il une sorte de concept album sur l'aube et le crépuscule ?
Pas vraiment, mais les morceaux tournent autour de cette idée, c'est pour ça que j'ai nommé le disque Evenfall, ça veut dire crépuscule en anglais.


Aha, je l'ignorais. Je n'ai même pas pensé à voir ce que ça signifiait !
Le crépuscule est mon moment préféré de la journée parce que c'est celui où toutes les tensions se relâchent, et si on ramène une journée à l'échelle d'une vie ça peut symboliser cet âge où tu es enfin apaisé, parce que tu as fait le point sur certaines choses de ton passé.


Ce thème se retrouve-t-il dans tes textes ?
Oui, disons qu'ils sont habités par la nature et son observation, qu'ils sont guidés par une certaine espérance de... je ne sais pas quoi (rires) !


Une espérance mystique ?
Non... Par exemple pour "The Border" ce serait plutôt l'espoir d'une vie sans frontières. Quand tu pars t'installer aux Etats-Unis, tu te retrouves toi-même immigré, donc d'un seul coup ton regard sur l'immigration change. Là-bas il y a de nombreux immigrés mexicains et ça te touche, ça t'appelle. Ce morceau parle donc de ça et de toutes sortes de frontières qu'on peut rencontrer. Sinon certains morceaux sont le fruit de véritables aventures. Par exemple "Balançoire" vient d'un travail de ciné-mix.


Celui que tu as fait sur L'Age d'or de Luis Bunuel ?
Non, celui que j'ai fait sur Balançoires de Noël Renard. C'est le seul film qu'il ait fait de sa vie, un muet, sans musique. J'avais fait 30 minutes de score pour ça et comme il contenait un thème récurrent j'en ai finalement une chanson.


Son propos est-il lié à celui du film qu'elle a initialement illustré ?
Oui, le film se passe dans une fête foraine dans le Paris du début du siècle. On y voit des personnages masqués, un rapport au sexe osé pour l'époque, et le morceau évoque aussi ce vieux Paris. J'ai adoré ce film et j'étais d'autant plus ravi de pouvoir en faire la soundtrack qu'il raconte un peu l'histoire de mes parents, qui ont connu ce Paris, et que je l'ai composé sous les toits avec une vue splendide sur la ville. En plus, comme le réalisateur est mort, je n'avais personne pour m'emmerder, j'étais totalement libre !


Cette nostalgie du vieux Paris c'est ton côté Amélie Poulain !
Ah, je ne me rends pas compte...


D'ailleurs c'est peut-être un peu cliché de le dire mais avec ses violons et la façon de chanter que tu y as, un peu ourlé, crooner, "Open Organ" m'a évoqué Yann Tiersen, une couleur que tu n'avais jamais exploré jusque-là...
La référence à Tiersen n'est pas voulue même si j'aime beaucoup certains morceaux. Mais ce qui est sûr c'est ce que cet album m'ouvre à d'autres choses et que je m'aperçois donc que les choses seront encore plus ouvertes pour le troisième. Là je serai un peu sans frontières.


Pas mal de tes morceaux donnent l'impression d'être chanté en yaourt. C'est le cas ?
Il doit y avoir un ou deux morceaux où j'ai préféré laissé mon baragouinage d'origine plutôt que le texte que j'avais écrit après coup. C'est une question de feeling : pour moi l'intention de la première prise sans texte valait mieux que les prises suivantes avec texte.


En fait, pardonne-moi l'expression, mais quoique tu chantes, tout au long de ce disque tu donnes surtout l'impression de pleurnicher...
Ah, c'est possible... en fait ça peut étonner mais pour moi Happiness était plus mélancolique que cet album. Evenfall comporte, c'est une certitude, des rythmes plus ouverts et entraînants. D'ailleurs je pense que sur scène les morceaux iront encore plus dans ce sens. Encore une fois je n'ai pas trop de recul par rapport à ça mais je peux comprendre qu'on y voit encore une autre sorte de mélancolie. C'est une continuité de ce que j'ai toujours fait.


Ça traduit ton rapport à la musique, celui que tu avais déjà à l'époque d'Happiness : un rapport de nostalgie et d'introspection....
Bah d'une certaine manière c'est toujours ces mélodies-là qui m'attirent le plus... Dans nos sociétés on voit quand même que nous vivons de plus en plus dans l'urgence, que l'état de crise va galopant et nous plombe. Dans ce contexte, si tu te mettais dans la peau d'un adolescent tu ne saurais pas comment t'y prendre, quelles études et quels boulots faire pour te faire une place dans ce monde. C'est un constat : si tu ne te mets à n'écouter que la télé ou la radio tu vas avoir envie de te suicider. Alors à un moment, étant musicien, c'est normal que tu captes cette atmosphère et qu'elle se retrouve dans ta musique. Surtout que souvent tu subis toi aussi cette atmosphère et qu'elle vient donc se mêler à des événements personnels...


A l'époque d'Happiness tu m'avais confié que ta défunte grande sœur, pianiste, était une de tes grandes sources d'inspiration pour toi, presque ta source d'inspiration initiale. T'influence-t-elle toujours ?
Le dernier morceau parle de ça, notamment le texte...


Avec tout ça - le piano doudou, la petite voix soupline, le côté éponge à tristesse - je ne sais pas si tu réalises mais tu apparais comme le Thom Yorke français !
Je ne me rends pas compte du tout... Je n'ai pas l'impression que mes morceaux soient si connotés Thom Yorke...


Soit, mais tu n'en es pas moins un fan de Radiohead, non ? J'ai vu sur ton site que tu avais fait un remix de "Nude"...
Oui, j'adore. Pour moi c'est un groupe majeur...


Encore aujourd'hui alors qu'ils se font taxer de groupe bourgeois pour s'enliser dans le confort de leur studio et virer bien-pensant écolo ?
Oui, aujourd'hui plus que jamais. Pour moi In Rainbows est l'un de leurs meilleurs disques. On savait que Radiohead compose de bons morceaux, ça ce n'est pas nouveau, ça a toujours été le cas, même si à mon sens ils ont accusé une petite baisse de régime sur Hail to the Thief, mais sur le dernier album ils montrent qu'ils sont arrivés à un niveau fabuleux : la qualité d'épure est incroyable, la production phénoménale, les morceaux fantastiques...


J'imagine que tu te retrouves totalement dans un morceau comme "Videotape"...
Oui, sur cet album il y a deux morceaux qui m'ont plus touché que les autres, le premier c'est "Videotape" et le second "Reckoner" parce qu'il me ramène à un morceau de l'album Laughing Stock de Talk Talk, un autre groupe que j'aime beaucoup.


Cette qualité d'épure de Radiohead sur In Rainbows, à l'écoute d'Evenfall, on sent que c'est aussi ton Graal. D'ailleurs si je me souviens bien ta bio ressasse ça toutes les deux lignes, le côté "Sebastien Schuller, empereur des sensations pures" !
(Rires) Oui, j'ai aussi vu qu'on me collait souvent l'étiquette "home made" dans le rendu du son sous prétexte que ma musique véhiculerait une certaine fragilité, quelque chose de bancal. Ce n'est pas voulu mais ce n'est pas grave car ça a l'air de plaire (rires) ! Et puis si j'arrivais vraiment à retranscrire ce que j'ai en tête tout serait parfait et sas doute que ce serait chiant.


Oui, le problème de l'album définitif c'est qu'il signe l'arrêt de mort de son auteur. En tous cas en tant que musicien ! Maintenant que cet album est sorti, quels sont tes projets à part le porter sur scène et répondre sans cesse la même chose aux journalistes ?
Hé bien j'aimerais bien faire moi-même les clips d'un ou deux morceaux de l'album. Je ne sais pas si ça se fera mais comme j'ai pas mal d'idées visuelles et que maintenant j'ai une caméra, je vais essayer de faire quelques trucs. Mais surtout j'aimerais faire un nouvel album dans 6 mois. Un 5-6 titres. C'est ce format qui a de l'avenir - les gens n'ont plus vraiment le temps de s'imprégner d'un 12 titres - et là j'ai une envie pressante de recomposer. J'ai déjà deux titres en attente, je sens que je peux en composer plein.


Tu sens qu'ils vont t'échapper si tu ne le enregistres pas maintenant ?
Oui, je suis dans un état d'esprit propice, il faut que j'en profite tant qu'il est là.


A quoi ressemble-t-il ?
Rendez-vous dans six mois !

 

Chronique spéciale du disque.



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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 20:34
Morning Bell / Amnesiac

 

 


En octobre 2005 Sébastien Schuller avait fait plus que sensation en cueillant tous les amoureux de pop triste avec Happiness. Son premier album avait même décroché des éloges outre-manche, comme le Someday We Wil Foresee Obstacles de son confrère Syd Matters. Nous étions donc nombreux à attendre la suite. Pour tout dire, perso, à un moment l'attente s'est faite si longue, qu'en octobre 2008, n'y tenant plus, je suis parti sonder le milieu en quête de d'infos. Son label semblait aussi perdu que moi. Ils ont commencé par me dire que l'album sortirait mi-février, puis mi-mars et mi-mars venu, toujours rien en vue. L'album est finalement sorti fin mai. Il se nomme Evenfall. Composé entre jour et nuit, espoir et nostalgie, Philadelphie et Paris, ce disque moins pop mais tout aussi doux que son prédécesseur m'a totalement perturbé. Dans un premier temps. Je ne m'en suis pas caché auprès de l'intéressé.



"découvrir les Etats-Unis génère encore du rêve"


"j'assimilais ces morceaux à des jeux de lumière"



Notre premier entretien date d'il y a déjà 4 ans. C'était pour la sortie d'Happiness, ton premier album. Je l'avais beaucoup aimé, j'attendais donc impatiemment le suivant. Et puis il y a quelques jours je l'ai enfin reçu et écouté et en fait je n'ai pas su trop quoi en penser. Et voilà, je suis là devant toi pour en parler et je ne sais trop quoi t'en dire !
Moi non plus (rires) ! Les choses se sont tellement enchaînées... Je suis encore immergé dans le disque... Je l'ai fini peu de temps avant que vous le receviez pour la promo. J'ai vraiment tiré sur la corde, ça a souvent été repoussé... Le parcours a été assez compliqué...


Comment ça ?
Déjà je n'ai pas eu 4 ans pour faire ce disque car à l'issu d'Happiness on a quand même pas mal tourné, environ cinquante dates, ça m'a assez fatigué. Et puis j'ai aussi fait 3 musiques de films et j'ai quand même vécu, pris un peu de vacances avant de remettre à la création. Donc voilà j'ai plus passé 2 ans sur ce disque même si j'ai pu avoir des bribes d'idées entre temps.


Alors, quoi, tu as galéré sur l'écriture de tes nouvelles compos ?
Non, les compos viennent naturellement assez rapidement. D'ailleurs tout le problème c'est que les titres étaient prêts plus tôt que prévu mais l'étape de production m'a pris un temps fou. J'ai peiné pour restituer ce que je pouvais avoir en tête pendant les démos.


Pourquoi ?
Un musicien m'a dit que John Lennon définissait le travail de production en terme d'arc de cercle, comme quoi, en gros, à partir du point initial de ta démo tu traces un premier arc de cercle et alors soit l'arc est assez bon et fort pour en créer d'autres soit il ne l'est pas et tu essaies finalement de récupérer tout ce que tu trouvais bon sur le brouillon. Et sur cet album-là, un peu comme sur Happiness, je ne suis pas arrivé à tracer un premier arc de prod assez fort pour en générer d'autres, j'ai donc dû rebrousser chemin...


Et finalement tu es satisfait du résultat ?
Je n'ai pas encore l'état de recul pour le juger réellement, mais j'ai bien aimé tous les morceaux dans leur conception... J'ai passé pas mal de temps dessus et je les ai bien aimé, au moins pendant ce temps-là...


En fait moi en écoutant Evenfall, j'ai éprouvé un une sorte d'amnésie. Après 3 écoutes je ne me souvenais toujours de rien. Je n'avais distingué aucun morceau et rien ne m'était resté en tête pour que je le fredonne, comme si l'album n'existait pas hors de son écoute, qu'il se refusait à toute volonté d'invasion du corps. Je n'avais pas ressenti ça à l'écoute d'Happiness, plus pop. Là tout est si léger, homogène, anti-headworms... Cette sensation d'oubli c'est quelque chose que tu souhaitais communiquer ?
Non, pas du tout... Il est peut-être juste plus dur d'entrer dans Evenfall que dans Happiness...


C'est ce que je me suis dit. Car au fil des écoutes j'ai quand même eu l'impression que quelque chose se révélait. Et je me suis dit : "Attention Sylvain, pour l'instant tu fais triste mine mais si ça se trouve tu vas bientôt te retrouver à crier "Alleluia !""
Et alors (rires) ?!


Hé bien on va dire que je n'en suis pas encore arrivé là ! Je commence à croire que c'est l'effet que me procurera ton disque, parce que, tant musicalement que vocalement, il déroule des trames mélodiques fuyantes, tout en retenu, art de l'esquive. Je n'ai relevé que deux petits sursauts batterie-basse, mais eux aussi produits en retrait, arrondis...
Je pense qu'il y a quand même des refrains sur Evenfall. Par exemple il y en a un sur "The Border", même si c'est plus une ritournelle qui forme un tout... Et puis déjà sur Happiness, si tu regardes bien, à part quelques morceaux comme "Tears Coming Home" la plupart des refrains n'étaient pas très appuyés... Mais c'est vrai que globalement les morceaux d'Evenfall n'ont pas de structures classiques et ça, oui, c'était un peu voulu car je ne voulais pas répéter Happiness. Je voulais un peu plus m'amuser avec les structures et voilà, elles m'ont guidé où elles voulaient m'emmener.


A l'image de "The Border", la plupart des morceaux d'Evenfall sont des ritournelles incantatoires, des morceaux aux textures et aux structures tellement siamoises et poreuses qu'ils semblent tous s'embrasser et ne pas savoir comment finir, comme s'ils pouvaient ne jamais s'arrêter, toujours durer, même tout bas. Comme si on avait à faire à une seule et même ritournelle.
Je suis déjà content que tout s'emboîte (rires) ! Je vise toujours la cohésion des morceaux.


Avec l'instrumental "New York" qui fait une transition en plage 6...
Oui, il fait la liaison entre la première partie de l'album, l'organique et la plus vieille - elle a deux ans - et la seconde, plus électronique. Car voilà, au départ, par rapport au précédent, ici mon envie c'était d'enregistrer plus d'instruments live et de mettre plus d'arrangements, avec de vrais cuivres, de vrais hautbois... Si j'avais réussi à tenir ce cap lors de la production, j'aurais pu faire un album entier sur ce parti pris, mais, comme je te l'ai dis, j'ai échoué. J'ai donc viré beaucoup de morceaux sur ce mode-là et j'en ai sélectionné d'autres, plus électro et nouveaux, qui m'étaient venus facilement. Et finalement j'ai trouvé intéressant qu'on puisse voyager au sein d'un même album entre des choses organiques et d'autres plus électroniques qui refont le lien avec Happiness.


Tu avais décris Happiness comme un road movie musical entre Dead Man et Twin Peaks. Un disque très imprégné de l'idée que tu te faisais des autoroutes américaines quand tu étais gamin. Comment décrirais-tu l'univers d'Evenfall ? Quelles en seraient les balises artistiques ? A nouveaux des films, des images ?
Je ne sais pas, j'ai l'impression que cet album est plus musical...


Parce que ces dernières années tu as été plus musicien que jamais ?
Oui, ça joue...


Parce que tu as enfin mis de vraies images sur ces autoroutes qui te faisaient rêver ?
Non, pas forcément, parce que le fait de découvrir les Etats-Unis génère encore du rêve. Ça vient se confronter à ton imaginaire mais en un sens c'est autre chose. Surtout que c'est grand et qu'il faut du temps pour vraiment s'imprégner d'un lieu... En fait, dans l'ensemble mon processus de composition n'a pas changé. Niveau musique je pourrais par exemple te dire que j'ai beaucoup écouté Arcade Fire, Sufjan Stevens, Beirut et Animal Collective et que d'une manière ça m'a forcément influencé, mais ce serait réducteur, car un morceau est toujours inspiré de différentes sources. A l'influence musicale se joint l'influence de ce que je vis, de ce que j'observe du monde, de la société et de mon passé.


A quoi ressemblait ta vie pendant l'écriture d'Evenfall ?
A de nombreux allers-retours entre Paris et Philadelphie, en Pennsylvanie, où je suis parti vivre. La majeure partie du disque est liée à ces voyages. Vivre là-bas m'a vraiment touché. Par exemple à Philadelphie tu as des églises qui jouent une musique un peu féerique - ce n'est pas des cloches, plutôt des carillons - tu ne sais pas forcément ce qu'elle signifie - un appel au culte, une cérémonie ? - mais parfois quand tu te balades dans un parc tu entends ça au loin alors forcément quand tu rentres chez toi et que tu te remets à composer ça se retrouve dans un de tes morceaux, tout comme l'imaginaire qui peut surgir lorsque tu prends ta voiture pour te promener dans les superbes paysages des forêts de l'est américain.


Cette atmosphère de forêts enchantées et de carillons chrétiens est très palpable sur chacun des morceaux de l'album. On y retrouve plus que jamais ton côté enfant de chœur accro de pianos aqueux...
Oui, le piano est sûrement l'instrument dont j'ai le plus joué sur ce disque. En fait j'avais deux vieux pianos sous la main, un piano d'étude anglais à Paris - je me l'étais fait payer dans le cadre d'une musique de film qu'on m'avait commandée - et un énorme piano du début du siècle à Philadelphie, avec des dorures et tout. C'est ma femme qui l'avait trouvé dans la rue à la sortie d'un bar. Il est à moitié cassé mais c'est vachement agréable de jouer dessus. C'est un univers en soi. J'ai donc pas mal composé de morceaux directement au piano, notamment la première partie du disque.


Ces morceaux ont fait naître en moi des images de lac à fleur de peau et de ciel doux, mi-clos, quand on ne sait plus si on est le jour ou la nuit, sur terre ou sous l'eau. J'ai pensé aux Nymphéas de Monet...
Je ne connais pas... Mais c'est marrant que tu aies vu tout cela parce que lorsque je produisais ces morceaux en studio, innocemment, j'avais tendance à les assimiler aux différents jeux de lumière que tu peux avoir dans une journée. Je comparais des parties de vibraphone à des scintillements de soleil, ce genre de choses. Et cette comparaison était nourrie par le fait que je travaillais beaucoup ces morceaux dans des transports en commun. Que je sois dans un bus quittant la campagne ardéchoise à l'aube ou en vol de nuit vers les Etats-Unis, j'avais le nez collé au paysage lorsque je les réécoutais. En voyageant souvent entre ces deux pays j'étais souvent victime du décalage horaires et c'est sûr que ça m'a amené à côtoyer des états d'esprit où tu perds un peu le sens du jour et de la nuit !


(Suite.)

 


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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 14:00
Ames fauves




Il y a un an les Wild Beasts sortaient de l'ombre avec Limbo, Panto, un premier album de pop anglaise baroque et nerveuse où l'organe utra lyrique de leur chanteur croisait le fer avec un songwriting rock indé diablement affutée. Le 7 septembre ils reviennent avec leur second long, Two Dancers pour montrer qu'ils sont plus qu'un pin-up band pour le NME. Je les avais rencontrés aux prémices de l'été 2008. Vous aviez loupé le coche ? Flashback interview.


"Les quatre types de Wild Beasts se contrefichent d'être perçus comme modernes ou classiques, de porter des baggy ou des slim et d'appartenir à une quelconque scène musicale" peut-on lire en exergue du CD promo du premier album de ces jeunes anglais. Une telle profession de foi, ça appâte. Pourtant la première fois que j'ai entendu parler de Wild Beasts, j'ai eu comme une réaction de dégoût. Je les voyais en photo et rien qu'à leur gueule et dégaine je me suis dit : "Oh non ! Pas encore un de ces groupes anglais élevé au fut de bière sans envergure ni panache." Et puis j'ai écouté, par hasard, et là flash : ce que j'entendais sonnait à des années lumières de la plupart des disques que j'avais écouté (tant ces dernières semaines qu'au cours de l'intégralité de ma jeune vie).


Queen ? The A.M (le groupe des ex-musiciens de Jeff Buckley) ? Cold War Kids ? Antony And The Johnsons ? The Smiths ? Farinelli ? Le feu d'une voix de diva s'estropiant sur une giclée de mélodies pop véloces avait réduit à peau de chagrin le champ des comparaisons possibles. Cette voix de diva, monstrueuse, tortueuse, cristalline, étourdissante, éplorée, ce chant affolé et affolant mêlant frou-frou et frustration, cette soul blanche convulsive dont les cristaux ne sont pas liquides, cette urgence, cette androgynie, cette théâtralité, tout cela pourra dérouter et déplaire tant ça va chercher higher (jusqu'au sublime, jusqu'au risible), mais moi tout cela me séduit. Tout comme les citations littéraires qu'ils placent en exergue de leurs morceaux. Par exemple celle-ci : "Perhaps we are simply afraid that if we admit just once, for ourselves, how we really feel, we may never quite manage to suppress it again." Crow (1992)


"Nous sommes satisfaits d'avoir travaillé si dur pour nous distinguer autant que possible. Cela vient d'une lassitude et d'un manque d'intérêt pour la bière et le rock plein de testostérone", déclare Hayden, la Castafiore du groupe. En effet Wild Beasts n'est pas non plus né hier. Au départ en 2002 il y a Fauve, un duo de deux étudiants, Hayden Thorpe donc, chanteur, et Ben Little, guitariste. En 2004, Chris Talbot les rejoint à la batterie et à la voix de baryton. Ils se rebaptisent Wild Beasts (traduction anglaise de Fauve) et publient un premier EP, Wild Beasts. En 2005, ils intègrent Tom Flemming à la basse et à la voix de ténor, déménagent pour Leeds et sortent un deuxième EP, Espirit de Corps qui sera très vite suivi par un troisième, All Men. En 2006 ils signent chez Bad Sneakers, sortent deux singles, puis c'est la signature chez Domino en 2007 et le début des effets d'annonce dans le NME comme quoi ils font partie des 10 jeunes groupes à suivre de près. Le 6 mai, par une journée torride ils rencontraient pour la première fois les journalistes parisiens pour parler de Limbo, Panto. J'en étais. Magnéto.



"exprimer le côté cruel et grotesque de la vie"


"combiner le coeur et les couilles"

 

 


Comment s'est passée votre première journée avec les journalistes français ?
Hayden : C'était intéressant, plus qu'avec les journalistes anglais qui ont trop souvent les mêmes goûts. A Paris tu ressens qu'il y a un héritage culturel unique, un romantisme, une sorte de mythologie qui déteint sur les gens.


A propos de romantisme, j'ai vu sur votre Myspace que des citations de romans célèbres accompagnent vos morceaux. Par contre, vous ne citez aucunes influences musicales. Pourquoi ?
Hayden : Quand tu fais de la musique quelque part tu veux qu'elle ne doive rien à personne à part toi. Comme nous ne sommes pas écrivains, on préfère donc citer des livres, ça nourrit notre univers sans parasiter notre musique.
Tom : Si chacun de nous citaient ses disques de chevets, ça partirait dans tous les sens. Or notre but c'est de tous tirer dans le même sens pour défendre l'identité Wild Beasts.


Vous trouvez qu'aujourd'hui la musique affiche trop ses références ?
Hayden : Oui, il est rare de voir un jeune groupe débarquer sans revendiquer l'influence de ses pairs. Pour moi tout cela témoigne d'un certain manque d'audace. En fait je crois que le problème de nos jours c'est que les groupes sont plus doués pour se vendre que pour faire de la bonne musique.
Tom : Ce sont des marionnettes.


Vous défendez donc une approche plus audacieuse de la musique ?
Hayden : Ce qu'on peut dire c'est qu'on fait d'abord de la musique pour nous.
Tom : On espère tout de même que ça va se vendre parce qu'on fait quand même de la pop...
Hayden : Bien sûr, mais ce que je veux dire c'est qu'il y a une énorme différence entre vendre et être écouté. Des disques se vendent par millions mais ils ne sont pas écoutés pour autant.
Tom : Les gens les achètent juste pour se les passer en bruit de fond quand ils rentrent du travail...


Mais je pense que vous avez une carte à jouer parce qu'en ce moment - on le voit avec le succès grand public d'Amy Winehouse et ceux plus confidentiels des Gossip et d'Antony and the Johnsons - les gens veulent des grandes voix. Or toi Hayden tu as une voix de diva.
Hayden : Merci, je prends ça comme un compliment. En ce moment c'est vrai qu'il y a un manque de caractère dans les voix qu'on entend. Beaucoup sont génériques, passe-partout, entre autres parce qu'elles sont digitalement trafiquées. Nous on ne triche pas, on chante avec nos tripes parce qu'on adore ça et que c'est ça qui incarne le morceau. D'ailleurs on n'hésite pas à chanter à plusieurs. Ensemble, on n'est pas timide, on ne se fixe pas de barrière.


Et ce n'est pas dur de faire valoir votre musique derrière la voix d'Hayden ?
Tom : Non, parce qu'on essaie de la traiter comme un instrument qui vient s'intégrer aux autres. Comme un bon guitariste peut raconter une histoire avec sa seule guitare, sa voix cherche d'abord à produire du sens par le son.
Hayden : Et puis on a travaillé d'arrache-pied pendant 3 ans pour que notre musique soit singulière.


Ça doit donc vous agacer que certains trouvent le chant d'Hayden plus original que votre musique, non ?
Tom : Oui. Après c'est sûr qu'aujourd'hui comme la pop est devenue une sorte de standard où tout ou presque a déjà été fait c'est sûr que tu ne peux rien faire de réellement nouveau, mais tu peux encore te démarquer en misant sur des détails.
Hayden : De toute façon les gens comprendront mieux ce que nous sommes quand ils écouteront enfin l'album.
Tom : Oui, parce qu'on ne peut pas se faire une juste idée d'un groupe sur la foi de ses premiers singles. Une chanson ce n'est qu'un acte alors qu'un disque c'est une pièce de théâtre, ça raconte une histoire.


Et quelle histoire raconte votre disque ?
Hayden : Nos chansons parlent souvent des petites tragédies qui arrivent dans la vie de tous les jours, des tragédies souvent liées au fait que nous sommes des hommes. Parce que voilà, nous sommes quatre mecs qui travaillons ensemble et on commence à voir ce que ça implique de travailler uniquement entre mecs...
Tom : Oui, en Angleterre, c'est très ancré dans la culture, les hommes ne communiquent pas entre eux, ils ne parlent pas trop de leurs émotions. On essaie d'aller contre ça en parlant de l'envers de cette mascarade, qui entraîne son lot de moments tragiques et parfois drôles. D'où le titre de notre disque, Limbo, Panto qui désigne a la fois le côté grotesque et cruel de la vie.


Avec vos références littéraires, vos thèmes d'écriture critiques sur la comédie humaine, votre urbanité et votre chant glam, vous me faites finalement pas mal penser aux Smiths. Qu'en pensez-vous ?
Hayden : Je les ai beaucoup écouté. Ce que j'admire vraiment chez eux c'est qu'ils incarnaient une sorte d'utopie pop où musique et mots faisaient parfaitement corps et ils en avaient pleinement conscience, d'où leur arrogance. Ado quand tu écoutais ça, ça t'ouvrais la tête, tu te disais : "Wouah ! Il existe autre chose que cette réalité pourrie."


Vous me faites aussi pensez à Queen...
Hayden : Queen était plus hard rock que nous...
Tom : Oui et Freddy Mercury était une flamboyante icône gay. D'ailleurs ce qui est intéressant chez lui, incroyable même, c'est de voir comment il est passé de ce statut d'icône gay à celui de working class hero.


Mais votre musique est très lyrique et le chant d'Hayden très androgyne alors j'imagine qu'on doit souvent vous prendre pour un groupe gay, non ?
Tom : Peut-être. Ce n'est pas grave. J'ai même envie de dire : tant mieux. Parce que lorsque tu es issu d'un bled du nord de l'Angleterre où l'excentricité n'est pas de mise, ça te libère de pouvoir assumer et exprimer ta différence et ça te donne plus de force pour dire ce que tu as à dire. Et puis franchement, il n'y a rien de pire que la musique et les mecs machos. On essaie de fuir ça tant que possible.
Hayden : Oui, on n'est pas gay, on essaie juste de combiner le coeur et les couilles ! Après comme on passe plus de temps ensemble qu'avec nos propres copines on doit souvent nous prendre pour des gays. Hier soir ça a dû encore être le cas quand on a loué tous les deux une chambre d'hôtel dans cette ville romantique qu'est Paris (rires) !



Photo par Gaëlle Riou-Kerangal


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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 15:02

Double jeu




"Je suis anti-krutt"

 

 

"Pourquoi ne ferais-je pas le premier téléfilm érotique d'Islande ?"


Ghost From The Past s'ouvre sur "The World Is Gray". Ce titre c'est presque une ode au spleen, non ?
Pour ce morceau, j'avais initialement écrit ce texte assez triste et je me suis dit que j'allais essayer de lui coller une musique joyeuse, mais ça ne marchait pas. Les chansons joyeuses ce n'est pas pour moi. Mais bon, en même temps quand tu écoutes de vieux standards des Supremes, par exemple, la chanson a l'air joyeuse mais les paroles sont super tristes. Pareil pour "Stop In The Name Of Love" que j'ai repris sur Something Wrong.


Je ne sais pas si tu connais le rocker belge Arno mais récemment je discutais de ces contrastes musique-texte avec lui. Il me disait par exemple qu'il avait Lui par exemple qu'il avait été étonné de découvrir que sous ses airs de chanson guillerette "
Knowing Me Knowin You" de Abba parlait de choses très triste, d'où son envie de la reprendre en blues guitare-voix.
Oui et c'est marrant parce que parfois des gens demandent cette chanson pour leur mariage, ce qui montre bien qu'ils ne se penchent pas sur ce que ça dit. A un moment avec Craig Walker, le chanteur d'Archive, on voulait reprendre "Sweet Sixteen" de Billy Idol, une chanson adorable. Mais on a déchanté dès qu'on s'est penché sur le texte. Trop pervers (finalement sur Siamese, le premier solo de Craig Walker, ils ont repris "Perfect Day" de Lou Reed, plus politiquement correct - Nda).


Aha. En fait, pour revenir à "The World is Gray", je dirai que sa mélancolie aérienne et pudique m'a fait penser aux Carpenters...
J'aime les Carpenters. D'ailleurs mon batteur préféré est Karen Carpenter. Tu connais l'histoire des Carpenters ?


Non...

Au départ les Carpenters étaient un trio. Ils faisaient du jazz instrumental et Karen était batteur. Ensuite elle s'est mise à chanter quelques chansons et ça a tellement plu qu'on lui a demandé de continuer. Durant les concerts elle passait donc la moitié de son temps à chanter derrière sa batterie et l'autre à chanter au poste de chanteuse attitrée. Elle a fini par ne faire plus que ça, chanteuse attitrée, mais comme elle n'en avait jamais eu le désir ça a commencé à la miner. Elle est tombée en dépression et morte d'anorexie à 32 ans. Voilà,
elle qui souhaitait juste jouer de la batterie, l'industrie de la pop l'a tuée. Et quand tu écoutes les Carpenters tu peux entendre la grâce avec laquelle elle jouait de la batterie. Comme toutes les batteuses, elle est meilleure que n'importe quel batteur. Souvent les mecs tapent fort en pensant qu'ils vont obtenir un son fort, ce qui est le cas, mais ils obtiennent aussi un son plus court. Or ce qui compte, enfin pour moi, c'est la durée de la frappe, sa vibration. C'est pour ça que je préfère les batteuses.


Tu as dit qu'à la base tu voulais faire de Ghost From The Past un disque de rock guitare-basse-batterie. Au final c'est un disque de soft pop. As-tu un problème avec le rock ?
Non, regarde, sur ce disque "I Know" est presque black metal. Et "Black Parade" est lui aussi un peu rentre dedans. J'aime le rock. Vraiment. A un moment j'ai même failli monter un groupe black metal. C'est la musique que j'écoutais ado, beaucoup de death metal, mais aussi Alice In Chains. Alice in Chains c'est très déprimant. Quand tu es déprimé écoutes Alice In Chains. Tu verras. Contrairement à d'autres groupes de cette période j'écoute toujours Alice In Chains. Aujourd'hui en gros mes goûts vont donc de Sepultura à Janet Jackson.


Si tu aimes le hard et le métal en ce moment tu dois être gâté car Alice Cooper, Metallica, Motörhead, AC/DC, tout ce petit monde revient en force. Il paraît même que le nouveau Guns and Roses pourrait enfin sortir courant 2008 !
Vu le nombre de fois où sa sortie a été annoncée puis reportée rien ne nous dit que cette fois-ci sera la bonne. Je doute même que ce disque sorte un jour. Mais s'il sort, je suis sûr d'une chose : il sera mauvais.


En effet, je doute qu'Axl Rose soit le Brian Wilson du hard. Sur le net j'ai vu des extraits de concerts qu'il a récemment donnés avec les musiciens censés former le reste des Guns. Ce n'était pas  super.
Oui, j'ai vu ça et j'ai aussi vu qu'Axl Rose ressemblait à un monstre. Il a pris du poids, son visage est méconnaissable, c'est le Michael Jackson du hard. Un psychopathe. Bref, toute cette histoire de Chinese Democracy est un bon coup commercial, que le disque sorte ou non. D'ailleurs
The Spaghetti Incident, le dernier Guns, était déjà un bon coup commercial puisque c'était un disque de reprises. Je m'en souviens parce qu'à l'époque j'étais fan des Guns. J'apprenais la guitare en essayant de jouer "Sweet Child O'Mine".


Je vois ! Anthony Gonzales est lui aussi fan de hard. En avez-vous discuté ?
Un peu. Mais il m'a surtout dit qu'il écoutait beaucoup My Bloody Valentine...


Et Sigur Ros aussi dont il a choisi le producteur pour son dernier album. Aimes-tu la musique de tes "confrères" de Sigur Ros ? Comme ta musique elle est lente, douce et triste, fidèle à l'image cliché qu'on se fait de l'Islande...

Je ne pense pas qu'il y ait tant de liens que ça entre ma musique et la leur. D'ailleurs je n'ai aucun de leurs disques. Mais je les ai déjà vu sur scène et c'est très chouette... Moi ce que j'aime en ce moment, c'est Duffy. A la première écoute j'ai détesté la voix, tout, puis à la deuxième j'ai trouvé ça ok et à la troisième je m'étais attaché à l'écriture des chansons. Certaines me véhiculaient une impression de déjà vu. J'ai regardé les crédits et j'ai vu que certaines étaient signées Bernard Butler. Et c'est vrai qu'on pouvait y entendre un peu de la griffe guitaristique qui a fait le son de Suede.


Tu aimais la musique de Suede ?
J'ai beaucoup aimé leurs deux premiers albums ainsi que "Stay Together", leur dernier single avec Bernard Butler. Après ils ont pris un guitariste qui essayait de sonner exactement comme Butler et ils ont inévitablement sombré parce que tu ne peux pas égaler quelqu'un en le copiant.


Tout à l'heure on parlait de ton travail musical "alimentaire". Comme Moby tu as fait plein de synchro pub
pour des spot TV Citroën, Lancia, Yves Rocher, TGV, Gaz de France, etc. Cela te rapporte-t-il plus que la vente de tes disques ?
Oui, souvent. Parce que je n'ai vendu que 20 ou 30 000 exemplaires de mon précédent disque, Somethin Wrong. C'est déjà pas mal mais ça ne va pas aller en s'améliorant. Donc, oui, heureusement que je bosse pour la pub, la télé, le cinéma... En fait sur mes disques je dépense plus d'argent que je n'en gagne. C'est en partie dû au fait que je suis stupide et qu'il m'arrive parfois d'essayer deux batteurs sur une même chanson. En plus parfois je fais enregistrer des cordes pour un morceau et au final je ne m'en sers pas. Tout cela finit par me coûter cher. Il m'est donc nécessaire d'avoir d'autres sources de revenus. Dernièrement j'ai fait un court métrage, quelque chose de très surréaliste, pas du tout orienté grand public. Si j'avais plus de temps libre je ferais beaucoup plus de courts métrages comme ça, des choses que personne ne veut voir à part moi et quelques amis.


A ce propos, en lisant ta bio j'ai appris que tu étais l'auteur du premier téléfilm érotique islandais...
Oui. Une fois n'est pas coutume, ce projet s'est fait par accident. Je faisais de la musique pour une chaîne de télé et un jour je discute avec son boss, un vieil ami. On blague et il me fait : "Pourquoi ne ferais-tu pas le premier téléfilm érotique islandais ?" J'ai dit : "Bonne idée ! Si tu me donnes le fric, je le fais." Parti d'une blague, tout cela est vite devenu sérieux. J'ai appelé l'éditeur du seul magazine érotique islandais et on a écrit un script ensemble, une comédie, un truc soft avec de l'absurde, des acteurs amateurs, des blagues à deux balles. C'était marrant. En plus on a fait la meilleure audience historique de la chaîne. Mais je ne réitérerai pas l'expérience parce que je trouve que c'est bien de ne faire certaines choses qu'une fois, juste pour tenter. Mon seul regret sur ce projet c'est que j'étais partout à la fois, à la production, au script, à la B.O. Du coup je n'ai pas pu assister au tournage !


Héhé. On retrouve un certain érotisme triste sur les pochettes de Bang Gang. You faisait un unique plan serré sur un bikini, Something Wrong ouvrait le champ sur une nature féerique et verdoyante avec toi dormant au premier plan et une femme nu dans le lointain, mais aujourd'hui Ghosts From The Past ne montre plus que toi, shooté de face sur fond noir. Pourquoi ?
Au départ pour la pochette je pensais faire un dessin, mais beaucoup trop de groupes islandais choisissent cette esthétique du dessin et de la fantasmagorie. En Islande on a d'ailleurs un mot intraduisible pour décrire ce type de romantisme, c'est "krutt", que les anglais traduisent par "cute". Les analystes islandais parlent même de "krutt generation". Mais moi je ne veux pas être considéré comme un énième groupe islandais. J'ai donc choisi l'option esthétique contraire, anti-krutt, en faisant quelque chose de très sobre en noir et blanc. Par contre je tenais à utiliser du papier glacé et non du papier recyclé.


Cette pochette a le mérite de montrer clairement que Bang Gang c'est un type : toi.

Oui, je développe petit à petit mon identité. Parce que c'est vrai que sur la pochette de mon premier album je n'apparaissais pas et que sur celle du second j'apparaissais mais discrètement allongé dans le paysage.


De même pour le chant : au départ tu ne chantais pas sur tous les titres, alors que maintenant oui, quasiment tous. Pourquoi ce changement ?

En fait sur You j'avais écris des morceaux qui nécessitaient de chanter avec une voix très haut perchée et comme j'ai encore mes couilles j'ai essayé de chanter très aigu mais parfois je n'y arrivais pas. J'ai donc appelé une fille. Mais au-delà de ça, si aujourd'hui je chante sur toutes mes chansons c'est que j'ose m'exposer de plus en plus. Alors qui sait, peut-être que sur mon prochain disque je m'exposerai tellement que la pochette montrera  l'intérieur de ma bouche, de mon nez ou de mon cerveau. Et qu'on verra que je n'ai qu'un petit pois dans la tête !

 


Ma chronique de Ghost From The Past ici

 


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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 15:01
Double jeu


Bardi, son truc, c'est la douceur. Plutôt que Carpenters que Black Panthers. Depuis 98, fidèle à cette esthétique spleen et sensualité, luxe, calme et volupté, il multiplie les succès d'estime en solo sous le pseudo de Bang Gang. Mais depuis la sortie de Lady & Bird, son album en duo avec Keren Ann en 2003, on découvre de plus en plus le Bardi producteur, l'esthète pop islandais compagnon rêvé des rêveurs. Le 31 août celui-ci bénéficiera d'une double actu puisque sortira le premier album solo de Craig Walker, l'ex-chanteur d'Archive, qu'il a entièrement produit, ainsi que le second Lady & Bird, enregistrement live du concert qu'ils donnèrent le 5 juin 2008 à Reykjavik avec l'orchestre symphonique d'Islande. Fin mai de cette année, peu de temps avant qu'il ne s'envole pour ce concert, à la terrasse d'un bistro montmartrois, je l'interviewais longuement à l'occasion de la sortie de Ghost From The Past, troisième album de Bang Gang où brillent les collaborations de l'éternelle copine Ann Zeidel et d'un autre français, Anthony Gonzales d'M83.


Ok, mais avant d'en venir à cette interview, comme je viens de vous en toucher deux mots, vous vous demandez peut-être ce que valent ces deux albums prévus fin août. Hé bien pour La ballade de Lady & Bird, ça va être vite vu puisque je ne l'ai tout simplement pas écouté. Tout ce que je pourrais vous dire c'est que, contrairement à ce que j'ai dit plus haut, ce n'est pas juste un enregistrement live me souffle le mail promo parce qu'en fait celui-ci a servi de matière première à la production d'un album qu'ils ont envisagé comme un vrai album studio. J'avoue ne pas trop savoir ce qu'ils entendent par là. Surtout que ce concert mélangeait aux compos du premier Lady & Bird celles solos de Keren Ann et de Bardi Johannsson. Le tout ré-arrangé par un compositeur islandais pour être joué avec l'appui de 80 musiciens classiques. Pour le coup ce concert était un vrai gang bang. Alors quoi ? Ce nouveau disque c'est des nouvelles compos ou pas ? Wait & see.

Bref, et l'album de Craig Walker alors ? Hé bien disons qu'il porte bien son nom, Siamese. La patte de Bardi y est tellement reconnaissable, disons sur la moitié de l'album qui déploie des pop-songs tristes au charme suranné, qu'il aurait pu s'appeler Bardi & Craig. Après c'est un album fidèle au background brit de son auteur, c'est-à-dire aussi convenu que bien foutu, alternant sur des rails spleen céleste et punch citadium. Electro-rock et pop. Décroissance et lyrisme. Pompiérisme et retenue. L'éternel cul entre deux chaises des nineties finissantes. Story from the City, Stories from the Sea. Bester me dit que le projet végétait depuis des lustres dans les tiroirs de Warner, que les premières versions, plus vénères, déchiraient. Soit. Reste qu'en l'état, comme on dit, ça m'en remue une sans secouer l'autre comme on dit. C'est typiquement le genre de galette anecdotique de 2009, sans panache ni réelle prise de risque. L'époque est si faste, saturée, progressiste. Pourquoi faire encore de tels disques ? Pourquoi encore plagier encore le chant de Thom Yorke, ce que fait Craig sur "Black Out" ? Bardi aurait-il tout salopé avec sa prod digne d'un film érotique d'M6 ?

J'aurais bien posé ces quelques questions à Bardi. Ça aurait mis un peu de piment sur le dos de notre première rencontre. Loquace, il avait fait preuve d'un humour pince sans rire charmant contrastant au poil avec son débit vocal atone et sa longue dégaine d'oisillon, qu'on ne croirait que nocturne, autiste. Ainsi, dès le dicta "on", s'était-il amusé à casser sans préambule cette image en disant qu'il chante et prie chaque jour à l'église. Osant lui posant la question casse-burnes du pourquoi de son pseudo - Bang Gang - j'avais d'ailleurs appris qu'il ne jurait pas que par la pop de pleurnicheurs lettrés. Parce que, pour la petite histoire, j'ai appris que c'était comme ça qu'il avait baptisé le groupe d'électro surf qu'il menait à 19 ans, et que c'était un clin d'œil au film Kitty Kitty Bang Gang. Rien de sexuel donc, il ne savait pas ce qu'était un gang bang. Il en a fait son nom d'artiste peu de temps après parce que sur le coup il n'a pas trouvé mieux la première fois qu'il a déposé une chanson. Aujourd'hui, à 34 ans, Bardi vit de son art mais, comme vous allez le voir, celui-ci ne se limite pas à la musique.

 

 



"Je trouve cool qu'on s'endorme avec ma musique"


"A la base je voulais faire

un disque de rock guitare-basse-batterie"


Bonjour Bardi. Je dois t'avouer que ça représente quelque chose pour moi de te rencontrer parce que ton disque est actuellement celui que j'écoute avant de m'endormir !
Vraiment ?

Oui, d'ailleurs il y a quelques semaines à ce moment-là ce n'est pas ton disque que j'écoutais mais le dernier M83
avec qui tu as co-écrit la fin de Ghost From The Past !
Ah oui, Saturday = Youth, je l'ai écouté chez Emi, il est très cool ! J'attends ma copie promo !

Ça ne te dérange donc pas qu'on associe ta musique au sommeil ?

Non. Dernièrement j'ai fait la BO d'un film qui s'appelle Haxan (un film d'horreur scandinave daté de 1922 censuré pendant des années pour son adoration au diable et sa nudité, Nda). Il s'agit de musique classique. Chaque morceau durait environ 8 minutes. Je me rappelle avoir travaillé dessus jour et nuit et pendant le mixage, quand je les réécoutais, ils m'endormaient moi-même au bout de 2 minutes. Vraiment ! Je me retrouvais à me réveiller tout seul dans le studio et en regardant le timer à chaque fois je voyais que j'avais dormi pendant une bonne heure. Je trouve donc ça cool que les gens s'endorment en écoutant ma musique. Mais je pense que la musique de Ghosts From The Past n'est pas si soporifique. Il contient plein de détails accrocheurs, si tu tends bien l'oreille.

Sur ton nouvel album deux titres sont co-composés avec Anthony Gonzales d'M83. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

J'aime beaucoup ses disques. Je l'ai découvert avec
Dead Cities, Red Seas & Lost Ghosts, mais mon préféré est Before The Dawn Heals Us parce que c'est juste lui. Bref, du coup j'ai appelé Emi pour leur demander de nous mettre en contact. On s'est rencontré et on a décidé de travailler ensemble chez moi en Islande pour voir ce que ça donnerait.

Apparemment vous vous êtes bien entendus. Ces deux morceaux sont très beaux. Ne t'es-tu jamais dit que tu allais enregistrer un disque entier avec lui comme tu l'as fait avec Keren Ann ? Une sorte de projet à la
Lady & Bird ?
Non, je ne peux pas faire de Lady & Bird avec quelqu'un d'autre que Keren Ann. Mais j'aimerais bien retravailler avec Anthony.

C'est la deuxième fois que tu composes avec un français. As-tu un feeling spécial avec les français ?

Non, c'est juste lié au fait que mon label est français. Quand je travaillais sur Something Wrong, mon précédent disque en tant que Bang Gang, j'ai
présenté mes démos en Angleterre et en France et j'ai fini par accepter une proposition en France. Donc voilà, depuis je suis scotché à la France et tant mieux parce qu'ici on respect mieux l'art mieux que nulle part ailleurs. En Islande si tu es un artiste, on te demandera toujours : "Mais quel est ton vrai job ?" On m'a posé la question il y a deux semaines quand je faisais la promo de mon Ghost From The Past en Islande. Or depuis dix ans je ne fais rien fait d'autre qu'essayer de vivre de ma musique.

Que réponds-tu donc quand on te pose cette question ?

Rien. Ou je retourne la question : "Toi tu es journaliste, mais quel est ton vrai job ?"

La question est effectivement toute aussi légitime...

C'est comme si tu n'étais pas censé pouvoir vivre du métier qui te plait.

Tu peux mais c'est rare.

Oui, mais si tu y arrive c'est super.

Cinq années se sont écoulées entre Something Wrong et Ghosts From The Past. Cela veut-il dire que tu as besoin de beaucoup de temps pour amasser le matériel nécessaire à la réalisation d'un disque ?

Pas vraiment, c'est juste que j'ai toujours plusieurs projets sur le feu. Something Wrong n'est sorti aux Etats-Unis que l'année dernière, j'ai donc tourné là-bas en 2007. Durant cette période, j'ai aussi fait deux BO, celle d'Haxan et celle d'un film islandais avec un groupe d'hard rock du nom de Minus. Et j'ai également produit quelques artistes commerciaux...

Quand as-tu donc mis ce disque en route ?
En 2004. J'avais décidé que j'allais faire un album de rock, chant-guitare-basse-batterie et que ce serait mon nouvel album en tant que Bang Gang. Mais en rencontrant Anthony je me suis remis à sortir les synthés et on a composé un morceau très lent de 7 minutes superposant mille textures. Je me suis donc dit que je n'allais pas faire un disque de rock, mais un album épique et contemplatif gorgé de nappes de synthés. Et puis juste après je me suis retrouvé à écrire une chanson d'amour. Quelque chose qui ne rentrait pas dans le cadre que je venais de poser. Je me suis donc dit que je devais arrêter de penser en terme de cadre et me contenter de faire la musique comme elle me venait. Petit à petit j'ai donc amassé de nombreux morceaux et à un moment j'ai estimé que j'avais de quoi faire un disque. J'ai donc tout peaufiné, je me suis mis aux textes et j'ai commencé le mix.

Seul ?

Non, j'ai appelé Anthony en renfort. Il mixait dans mon studio pendant que je dormais. Avant de partir il me réveillait pour me dire que c'était mon tour !

Ghost From The Past compte donc aussi un morceau co-composé par Keren Ann. Votre collaboration perdure au-delà de Lady & Bird. Comment cela se fait-il ? Est-elle ta muse ?

C'est juste une bonne amie. On continue de faire des chansons ensemble parce qu'on s'amuse. Pour moi c'est une bonne façon de travailler parce que si je ne m'amuse pas, si je me dis que je dois à tout prix écrire des chansons, je bloque. J'essaie de fonctionner comme ça mais rien à faire. Je n'y arrive que s'il s'agit d'une musique pour une publicité.

Tu composes effectivement des génériques pour des pubs, des émissions de télé et des radio. Pour toi est-ce juste un travail alimentaire ?

En fait pour moi c'est 3 choses : 1) un gagne pain 2) un challenge parce qu'on peut te demander de faire une pop-song de bossa nova de 40 secondes, ce qui n'est pas facile et 3) un moyen de me prouver que je peux finir quelque chose en une semaine chrono. Donc voilà ce genre de travail n'est pas très excitant, mais il a quelque chose d'assez récréatif pour un type comme moi qui est capable de passer 5 ans à faire son propre disque. En plus comme j'aime bien tous les styles de musique je peux assez facilement me plier à cet exercice. Et puis ça me donne enfin l'occasion de faire une musique joyeuse.


(Suite et fin.)

Merci au photographe
Jean Horon pour avoir organisé cette rencontre

 


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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