Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Presentation

  • : PARLHOT
  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
  • Contact

INTERVIEWS

Rechercher

28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 19:30
Repost 0
Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
commenter cet article
2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 20:54

Salut mes 100 000 lecteurs/jour !

 

Je tenais à vous dire que le nouveau parlhot est en ligne à cette adresse : www.parlhot.com

 

Voilà, ça a pris 1 an (de réflexion, de dépaysement, d'écriture ailleurs, etc.) mais ça y est, c'est reparti.

 

Bonne lecture

 

Biz

 

Sylvain

Repost 0
Published by SYLVAIN FESSON
commenter cet article
15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 11:22

...

...
Repost 0
Published by SYLVAIN FESSON
commenter cet article
10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 01:02
in the sky
with diamonds


Chairlift 1 noir et blanc

La première fois que j’ai entendu parler de Chairlift c’était dans le Glamour de mes colocs. On était en janvier 2009, leur premier disque venait de sortir et je grommelais, sur le trône, jean aux chevilles. "Ah encore un groupe qui va faire trois petits tours et pfffuit. Du tout gentil tout plein sorti d’art school, agité et cultivé juste ce qu’il faut. Parfait pour jouer les égéries porte manteau des mags féminins et délivrer la pop ludique qui fera vendre masse d'iPod. Ah c’est sûr qu’avec ça on n'est pas sorti de l'auberge." Patati patata... Vous vous souvenez du slogan Flanby ?

 

Le 19 octobre dernier au Zénith j’étais comme un môme. Chairlift, en fait, j’avais aimé leur disque et là, sur scène, j’en découvrais l’âme, comme on dit. L’âme c’est-à-dire Caroline, le genre de nana qui vous renvoie au rang de vieux schnock alors que vous êtes du même monde. Je la regardais chanter, hirondelle qui fait le printemps, elle en ayant 24, moi en ayant 30, et je mesurais ma chance : j’allais parler à cet ange.

 

J’avais décroché la queue du Mickey, le ticket d’or de Chairlift et la choco party. Pourtant, une fois backstage, l’entretien ne sera pas du gâteau. Enfermé dehors, l’attaché de presse tentera tout le long de défoncer la porte ; globalement le batteur, ramollo du bulbe, fera le triso sous tutelle de sa chanteuse ; et elle sera une menace de chaque instant contre le fil de ma pensée. Après ces 20 minutes je n’aurais qu’une envie : poursuivre l’échange.

 

Conquis par sa droiture de Bambi préraphaélite, j’avais envie de ramener Caro chez moi, de la demander en otage comme on chipe un disque gratos au stand de merchandising à la fin du show, parce que voilà on est journaliste et qu’en plus de tout le reste ça ouvre droit à ce genre de largesses. Mais Caro n’était que chair et os, d’où l’attrait. Mes privilèges s’arrêtaient là.

 

Mince, l’entretien m’avait passionné. J’avais été séduit par son cerveau, son répondant. Tout ça ne devait pas s’arrêter là, ce n’était que le début de quelque chose plus grand. Le lendemain je n’ai pas hésité. J’ai mailé l’attaché de presse. Enfin pas le bélier, son assistante. Demander une autre interview, ça je pouvais faire. Surtout que j’avais vraiment d’autres questions à leur poser. Réponses ci-dessous, par mail, le 2 novembre 2009.


 

caro et aaron 2


"j’écoutais Ace of Base quand j’étais en CM2"

 

"une histoire de vieilles putes reconverties en chefs pâtissières"

 

 

Bonjour Caroline, Aaron et Patrick. Quand nous nous sommes vus après votre concert au Zénith en première partie de Phoenix nous n’avons eu que 20 minutes pour discuter. J’ai trouvé ça cool mais court. Ça m’a donné l’envie d’avoir l’occase de poursuivre l’échange. Je voulais discuter d’autres choses. J’ai de la chance, il semble qu’on m’en donne l’opportunité ! Je voudrais tout d’abord remercier Caroline d’avoir acceptée de faire l’interview en français et de traduire mes questions en anglais. Au fait, Caroline, comment se fait-il que ton français soit si bon ?

Aaron Pfenning : Caroline a vécu un an à Bruxelles pour y faire une école d’art et apprendre le français. (Oui, c’est le guitariste qui répond et pour cause c’est le seul au bout de l’ordi. Je l’ignorais au moment d’envoyer mes questions. Mais ce n’est pas plus mal : lui qui n’avait pas pu participer à ma première interview, il peut enfin se faire entendre.)

 

Au concert, en plus du très francophile "Flying Saucer Hat", vous avez livré une version française inédite de "Planet Health". Pourquoi cela ? Vous arrive-t-il d’écrire certaines chansons directement en français ou vous contentez-vous d’en traduire certaines pour vous mettre le public français en poche ?

"Flying Saucer Hat" a été écrit en français avec quelques touches d’anglais ça et là. C’est le seul morceau qu’on ait directement écrit en français. "Planet Health" c’est différent. Un ami nous a accompagné en studio pour le traduire en français car nous souhaitions le sortir en single pour la France.

 

Qu'est-ce qu'un "Flyng Saucer Hat" ?

Je te laisse chercher !

 

J’imagine que vous connaissez quelques groupes de pop français. Quels sont ceux que vous aimez ?

AIR et Phoenix sont mes groupes français préférés. Je les aime depuis le lycée. Pour moi c’est un réel honneur de pouvoir les accompagner en ouverture de leur tournée française. J’admire leur songwriting et leur travail de production. C’est presque une obsession. J’enfile mes écouteurs et je dissèque chaque son.

 

Apple a recruté une belle brochette de chansons pop branchées pour illustrer ses spots tv. "Take California" (Propellerheads), "Hey Mama" (Black Eyed Peas), "Rock Star" (N.E.R.D.), "Are You Gonna Be My Girl" (Jet), "Channel Surfing" (Feature Cast), "Walkie Talkie Man" (Steriogram), "Saturday Night" (Ozomatli), "Vertigo" (U2), "Ride" (The Vines), "Jerk It Out" (Caesars), "Technologic" (Daft Punk), "Feel Good Inc" (Gorillaz), "Gimme That" (The Resource featuring Jimmy Napes), "Original of the Species" (U2), "Lose Yourself" (Eminem), "Sparks" (Wynton Marsalis), "Cubicle" (Rinocerose), "Love Train" (Wolfmother), "Someday Baby" (Bob Dylan), "The Audience Is Listening Theme Song" (Cut Chemist), "Who’s Gonna Sing ?" (Prototypes), "Flathead" (The Fratellis), "One, two, three, four" (Feist), "Shut Up And Let Me Go" (The Ting Tings), "New Soul" (Yaël Naïm). Parmi cette liste exhaustive chacun de vous peut-il me dire quel est son morceau préféré ?

Daft Punk.

 

Lors de notre première entretien je vous ai dit que votre musique me faisait parfois penser à celles d’Empire of the Sun et de MGMT parce que comme la leur elle mélange sans souci d’échelle différentes couleurs pop (électro, space, prog, pysché) et différents sentiments (remember notre discussion sur le côté Bisounours et parfois kitsch de vos morceaux) qui ne sont pas strictement rock. J’y ai relevé autre chose qui renvoie à ce que je nommerais "un état d’esprit générationnel" : sur "Bruises" et "Evident Utensil" Aaron fait des contre-chants et ceux-ci m’ont rappelé ceux que faisaient parfois les mecs des groupe d’eurodance, notamment ceux que faisaient le mec du groupe suédois Ace of Base. Connaissez-vous ce groupe ?

Oui, j’écoutais Ace of Base quand j’étais en CM2. C’est une référence intéressante, même si elle n’est pas consciente et revendiquée. Ces vocaux me sont juste venus spontanément quand Caroline et moi écrivions ces morceaux. Caroline et moi faisons entremêlons nos voix tout au long du disque – j’ai toujours aimé écrire des chansons pour deux voix, histoire de doper l’impact émotionnel.

 

En regardant le clip de "Planet Health" je vous ai trouvé un autre point commun avec MGMT, notamment leur clip "Electric Feel", et Empire of the Sun : le fait d’aimer vous habiller en empereurs romains et de mimer des fêtes aux airs d’orgies romaines ! Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire sur "l’état d’esprit générationnel" que j’évoquais plus haut ?

On aime l’idée de se réunir entre potes, de manger plein de choses, de se raconter des histoires, de revêtir plein de couleurs, de costumes. Pour faire ce clip on a eu accès à un super appart dans Brooklyn, c’était l’endroit rêvé. Caroline et moi l’avons donc décoré, apporté plein de nourriture et invité plein de gens pour tourner ça. Entre autres choses, ce que les gens de notre génération aiment c’est l’idée de s’évader d’un même endroit tous ensemble – de s’évader par les idées, l’art et tout ce qu’ils peuvent trouver pour se rassembler et donner un sens nouveau à leurs vies. On a fuit nos responsabilités le temps d’une journée pour tourner le clip de "Planet Health".

 

"Territory" est d’une mélancolie lyrique vocale et musicale qui m’a fait penser à "Daffodil Lament", un vieux morceau des Cranberries. Quand je l’écoute je vois les mêmes images, l’espace, la mer, le vent, l’herbe. Que pensez-vous de ce rapprochement ? Aimez-vous la musique des Cranberries ?

Certaines de leurs chansons, oui. Je sais qu’il en de même pour Caroline. On n’écoutait pas les Cranberries pendant qu’on faisait ce disque. Par contre, on n’a passé beaucoup de temps en studio pour tenter d’obtenir un son qui soit le plus atmosphérique possible.

 

Les cuivres nébuleux de l’intro de "Chameleon Closet" semblent tout droit tirés de "Little Red Riding Hood Hit The Road", un morceau de Rock Bottom, l’album culte de Robert Wyatt. Etes-vous fans de Wyatt, notamment de cet album ?

Tu fais de bonnes références ! Mais non, je ne connais pas trop ce disque. "Chameleon Closet" est né après que Patrick ait trouvé un vieil orgue dans la rue, à Brooklyn. Je m’en suis servi pour enregistrer des idées de trompettes, que j’ai mixé dans ce vieil orgue. Mais tu touches quelque chose avec cette allusion à "Little Red Riding Hood" car lorsque je l’ai composé j’essayais de faire la BO d’une histoire que je venais de voir à la télé. Elle parlait de vieilles prostituées reconverties en chefs pâtissières vivants dans la forêt. Enfin quand je suis tombé sur cette histoire le son de la télé avait été coupé, je ne savais donc pas trop ce que ça disait, mais c’est ce que j’ai compris. En tous cas "Chameleon Closet" vient de là.

 

Votre album s’intitule Does you inspire you ? C’est un titre plutôt original, mystérieux. Que faut-il y voir ?

A l’époque où nous mixions l’album mon pote Ross venait de débuter l’animation d’un talk show intitulé Ross Talk. Il m’y a invité et comme je ne savais de quoi j’allais bien pouvoir y raconter j’ai décidé de m’y pointer sous les atours de mon alter-ego, Daisy Grace, une nana. Et j’ai choisi que Daisy Grace parlerait du nouveau magazine qu’elle était en train de lancer, un magazine intitulé Does You Inspire You ? Par la suite cette idée de magazine sur l’alter-ego est devenue un projet artistique. Ça m’a occupé un certain temps. J’y écrivais des articles, j’en faisais des copies que je distribuais... A cette époque Caroline et moi vivions ensemble, un exemplaire du mag traînait dans notre cuisine, et plus on le voyait plus on se disait que Does You Inspire You ? ferait un titre parfait pour notre premier album. Voilà comme ça s’est fait. Au-delà de l’anecdote, ce titre te demande quelle part de toi t’inspire. Est-ce ta page Myspace qui t’inspire ou toi qui inspires ta page Myspace ?


 

Repost 0
Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
commenter cet article
3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 00:45
Blossom girl &
fake Bisounours

 


"nous vivons une époque où la musique n’est plus que bruit de fond"


"on trouve la beauté dans les vestiges d’un monde pop perdu"


 

Si "Bruises" s’est retrouvé à illustrer une pub iPod c’est surtout pour sa vibe Bisounours. Ça vous fait quoi d’avoir été massivement promu par ce morceau ? Ne craignez-vous pas d’être vu comme un groupe gentil, inoffensif, alors que votre musique s’aventure sur des terrains autrement plus noirs que ceux de "Bruises" ?

Patrick : Je pense qu’avec le temps notre véritable identité apparaîtra.

Caroline : Oui, je ne m’en fais pas. "Bruises" fait partie de nous et je suis contente qu’il ait permis aux gens de nous découvrir. Ainsi ils savent que nous sommes surtout un groupe de pop. Parce que tu parles de noirceur, mais on ne cherche pas la noirceur. On aime l’indus, la noise, le gothique, le gangsta rap et ça influence sans doute notre musique, mais je ne pense pas que nous soyons un groupe dark. On ne cherche pas à l’être. Je n’ai donc pas envie que les gens nous voient comme tel ! Chaque chose en son temps. On le sera peut-être plus sur nos prochains disques. On n’a pas fini de faire des chansons.

 

J’espère ! A propos d’identité, un de vos morceaux a servi pour un spot de pub iPod, cela vous a-t-il posé un cas de conscience ? Comme quoi ça pouvait transformer votre musique en un accessoire de communication, papier peint sonore…

Caroline : Non, ça ne nous a pas dérangé. Si la publicité était le seul moment où la musique était relégué au second plan, oui, ça me dérangerait mais nous vivons dans un monde où toute musique médiatisée est traitée en bruit de fond. Il n’y a guère qu’aux concerts où la musique ne passe pas en second plan ! Et encore, tu pourrais même dire qu’elle l’est aussi, qu’elle passe après les costumes, l’attitude, les spotlights et le phénomène de masse… Mais voilà, en gros, à part en concert, à chaque fois que tu entends de la musique elle est traitée en bruit de fond. C’est le cas quand elle illustre un film, c’est le cas quand tu passes des morceaux en soirée… La plupart des gens n’écoutent plus de disques mais des morceaux noyés au milieu d’autres morceaux. En 30 secondes jugent s’ils aiment ou pas et si oui, ils vont le télécharger gratuitement en MP3… Partant de là la pop est-elle toujours un art ?

 

En tous cas ce n’est plus une expérience en soi…

Caroline : Il y a 6 mois on a été nominé aux MTV Video Music Award et à cette occasion je me suis rendu compte que je ne savais pas à quoi ressemblaient les vidéo-clips d’aujourd’hui. A cette soirée j’ai rattrapé mon retard en visionnant tous ces vidéo-clips d’un coup. Je n’en connaissais vraiment aucun à part celui de Beyonce. Et je me rappelle que dans le lot il y en a un qui m’a marqué : celui de Gnarls Barkley. Il m’a choqué car dans ce clip le groupe montre qu’il envisage lui-même sa musique comme musique de fond ! Dans ce clip la musique est totalement tributaire de l’action à l’image. Elle va jusqu’à se figer quand l’action se fige. Or normalement c’est l’inverse, c’est la vidéo qui doit s’adapter à la musique. J’ai donc réalisé que les vidéo-clips d’aujourd’hui n’étaient plus des vraiment vidéo-clips mais des supports visuels promouvant l’artiste en producteur de musique de fond. C’est : "Oh, regardez comment vous pouvez manipuler notre musique, la stopper, la séquencer, parler par-dessus, la relancer…" C’est d’ailleurs comme ça que beaucoup de musiciens font de la musique aujourd’hui. Nous c’est différent : en associant notre musique à cette pub on ne montre pas qu’elle est servile, infiniment séquençable selon n’importe quelle image, on promeut juste notre musique comme produit.

 

En écoutant votre disque autre chose m’a frappé : ses accointances avec la pop de MGMT

Caroline : Ah (rires) !

 

Je sais, on a déjà dû vous bassiner avec ça ! Mais je suis sérieux, ce doit être quelque chose de générationnel, je trouve que vos musiques reposent sur le même mélange d’électro, pop, prog et qu’elles assument toutes une sorte d’esprit kitsch, décomplexé, candide, régressif…

Caroline : Régressif ?

 

Oui, c’est dur à expliquer mais voilà, disons ça : vous ne faites pas une pop dogmatique. Votre pop n’obéit à aucun genre, surtout pas à l’esthétique "dark cool" du rock. Au contraire, comme on le disait tout à l’heure votre musique assume un côté Bisounours, rêveur, innocent, enfantin. Elle est portée par toutes ces choses que l’esthétique rock jugerait volontiers de mauvais goût…

Caroline (réfléchit et ça se remet à cogner si fort à la porte que j’ai l’impression qu’elle va céder) : Tu as utilisé le mot générationnel et je crois que tout est là. On vit dans un "mash up world", tout mélanger est donc symptomatique de notre génération. On trouve la beauté dans les vestiges d’un monde pop révolu, des choses dévaluées, sorties des poubelles. ("Boum ! Boum !". La porte va vraiment céder !). Dans l’inconfort de la musique d’hier !

 

Vous connaissez Empire of the Sun ? Ils sont un peu plus âgés et ironiques que vous et MGMT mais je trouve que leur démarche pop se rapproche de la votre…

Caroline : Pour tout te dire, à part leur morceau intitulé "Walking on a Dream", qui ressemble beaucoup à du MGMT, je connais mal leur musique. C’est d’ailleurs marrant de voir comment ils ont réussi à capter le feeling de MGMT. Mais oui, comme tu le dis, nos musiques ont ceci de commun qu’elles ne sont pas dogmatiques, radicales, "in your face" ! Elles sont plus joueuses, malicieuses, inclassables. Nous même on s’y perd…

Patrick : Dis-moi, je peux te poser une question ?

 

Bien sûr !

Patrick (dit ça à deux à l’heure, comme un robot, haché, stone) : Penses-tu qu’on nous compare si souvent à MGMT parce que nous sonnons comme eux, parce qu’on est pote ou parce qu’on vient du même coin ?

 

A mon avis tout ça est lié mais ce qui vous lie vraiment tient à la dimension générationnelle qu’on évoquait, le fait que vos musiques parlent des mêmes choses, la jeunesse, ses espoirs, ses peurs, et le fait en opérant le même mélange musical entre lumière et noirceur, electro et pop, mainstream et indie. Tu vois ?

Patrick : Ok, c’est ce que tu veux dire quand tu dis que nous sonnons comme eux ? Non pas que nous sonnons concrètement comme eux, mais qu’on partage un même état d’esprit ?

 

C’est ça. (L’attaché de presse déboule dans la loge. Ce n’était donc pas Aaron qui tapait tout ce temps là comme un forcené. Il est furax, me somme d’abréger.) Bon, dernière question et je vous laisse. Sur Wikipedia j’ai lu qu’Aaron et toi auriez initialement créé Chairlift pour faire de la musique dans les maisons hantées. Info ou intox ?

Caroline : Non, c’est vrai. On voulait faire une musique atmosphérique inquiétante, quelque chose qui n’aie rien à voir avec le gothique, l’effroi, mais qui se rapproche des climats troubles et tendus que tu peux trouver dans des films de David Lynch, par exemple Mulholland Drive. Dans ce film les moments les plus effrayants ne sont pas ceux où tu vois quelque chose mais ceux où justement tu ne vois rien, et où la musique est absente. On voulait développer ce genre d’ambiances qu’on aurait pu laisser planer toute seules pendant des heures dans une maison, imaginant que ça la hanterait. Ce qu’on aime toujours faire.

 

Interview de Chairlift sur Arbobo.fr

(Suite et fin.)


 

 

 

 

Repost 0
Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
commenter cet article
2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 23:09
Blossom girl &
fake Bisounours

 


Au départ je me disais que j’avais été con d’accepter l’interview de Chairlift. J’avais aimé leur premier album, Does You Inspires You ?, parfait dans le genre rêveur eighties, entre MGMT et Au Revoir Simone, mais cela méritait-il vraiment que je me je casse le tronc à leur taper la converse en anglais, à trouver des questions futées ? N’avais-je pas déjà 36 000 interviews à dérusher ? Et puis franchement, au-delà de sa jolie musique, ce groupe-là avait-il tout simplement des choses à dire ?

 

Chairlift c’est comme ces filles qu’on trouve belles et attirantes et qu’on ne trouve que belles et attirantes : on devrait les laisser à leur place, ne pas trop leur en demander. Je m’étais dit ça après coup. Trop tard donc. Par habitude, attitude compulsive, et parce que l'attachée de presse, mignonne, avait su m’attendrir, je m’étais engagé, mis tout seul dans le merdier. Mince, j’allais avoir l’air de quoi pendant l’interview ? D’un rigolo ! J’allais tenir quoi : 5 questions ?

 

Pour me sortir d’affaire, m’était venue une pirouette. L’idée de commencer l’entretien ainsi : "Salut Caroline, salut Aaron, salut Patrick. Bon, je suis un peu embêté parce que vous faites partie de ces groupes dont la musique me plait mais ne m’inspire pas de questions." Partir là-dessus me semblait un brin risqué. Me trouveraient-ils goujat ? Effronté ? Inspirant ? Car ça pouvait être marrant aussi, plein de promesses. Ah, j’aurais mieux fait de m’abstenir ! Enfin je dis ça, c’était avant leur concert du 19 octobre dernier. Une fois au Zénith, je n’aurais échangé ma place pour rien au monde.

 

Oh pas que le show était à se taper le cul par terre. C’était même un peu brouillon à cause d’un problème sur leur kit de batterie électronique, mais fallait la voir, elle, Caroline. Superbe. A la regarder virevolter dans sa petite robe noire, je planais total. Impossible de décrocher mon regard. Pour un peu, si je m’écoutais vraiment, je vous parlerais d’elle en convoquant un champ lexical neu-neu fait de fleurs, d’anges, de cœurs alors que, sérieux, faut se calmer, c’est juste une très belle nana de 23 ans qui cite "Wild Horses" de Prefab Sprout en guise de chanson préférée parce qu’elle trouve ça à la fois trop cool, sophistiqué, vicieux et fleur bleue.

 

A cet instant comment vouloir autre chose qu’être seul avec elle ? Tout homme normalement constitué ne devait avoir que ça en tête. Et je planais d’autant plus à la voir que j’avais cet immense privilège. Parmi tous les gens de cette salle je serai le seul à pouvoir la voir quand les lumières se seraient tues. J’en chérissais comme jamais les "raisons" qui m’avait fait faire ce "job", l'attachée de presse qui m’avait envoyé le "skeud", proposé l’interview, invité au show. Et l’alibi de mes questions.

 

Oui, car en plus, Caroline j’avais milles choses à lui dire. Sachant que j’allais l’interviewer j’ai replongé dans son disque et derrière sa Feistitude j’avais fini par voir des choses, tellement que plein de questions m’avaient assailli. Un "angle" Tout.

 

19 octobre 2009. 21h. Mon fantasme de Caprice des Dieux avec la chanteuse de Télésiège semble légèrement compromis. Dans leur loge c’est un peu le bordel. Alors qu’elle mangeait un brownie, Caroline vient de le jeter sur Aaron et de quitter la pièce, furax, lui la suivant. Manageuse, photographe, on en reste comme deux ronds de flanc. S’ébauche l’idée de faire ça après le concert de Phoenix, le temps que ça calme, si c’est ok pour nous. Mais revoilà Caroline dans l’embrasure de la porte, détendue, fraîche, dispo, comme si rien ne s’était passé. Du reste, on ne s’est pas ce qui s’est passé. On n’y comprend que dalle. Je lui demande si tout va. Dans un mélange de distance et de douceur qui me scie total, elle me répond "Oui".

 

Caroline parle un français à faire pâlir Jodie Foster, d’une voix grave, posée, sans accent où tout semble mûrement réfléchi, et dans la pure symétrie de son visage de belle brune aux yeux bleus, de belle brune aux sourcils épais, charismatiques, parfaitement dessinés, tout exprime sérieux, angélisme serein. J’en profite : "Ça te dérangerait pas qu’on fasse ça en français, surtout vu mon anglais ?" Elle me répond que "Non", elle traduira mes questions à Aaron (guitare) et Patrick (batteur).

 

Aaron n’est pas revenu, la manageuse non plus. Un type est vautré dans le canap. Caroline nous dit que c’est John Maus, un ex-membre d’Animal Collective. Il les accompagne sur scène pour faire les claviers. "Il est génial !". Une nana commence à les shooter, Patrick et elle. J’apprendrai qu’elle aussi est journaliste, pour Puretrend.com. Je laisse faire, me demandant quand mon tour doit venir, et si je suis pas en train me faire cramer mes 20 minutes d’interview. Patrick : "T’es prêt ?"




 

"ce morceau a aussi un côté croque-mitaine"

 

"quand on tombe amoureux il est souvent plus question de chute que d’amour"

 


 

Oui, c’est quand vous voulez !

Patrick : Alors viens donc t’asseoir près de nous (ils sont perchés sur un bout de table) et faisons ça pendant qu’elle nous prend en photo.

 

Ok. Alors comment avez-vous vécu ce concert ? Vous avez juste joué 30 minutes…

Caroline : Ça te va s’il répond en anglais ?

 

Oui, bien sûr.

Caroline : Patrick, tu peux répondre en anglais. Qu’as-tu pensé du concert de ce soir ?

Patrick : Je dois répondre en français ?

Caroline : Non, c’est ok, il traduira après ! Il préfère juste poser les questions en français, c’est plus pratique pour lui.

Patrick : Ah, ok ! Donc comment était le concert ? Hum… le concert était… hum… Disons que la question est soudaine. Je n’y ai pas encore pensé ! Mais je pense que c’était un bon concert. (Ça toc à la porte. Je comprends que tout à l’heure l’un deux à dû la fermer à clef en rentrant.)

Caroline : Fais-le rentrer.

Patrick : Non, ça va.

 

Qui est-ce ?

Patrick : Ce doit être Aaron.

 

Pourquoi ne veux-tu pas qu’il rentre ?

Caroline : Je ne sais pas, je veux bien le laisser entrer moi !

Patrick : Non (rires) !

 

Que se passe-t-il ?

Caroline : On vient de faire un "food fight" avec les brownies, au départ c’était amusant…

 

Et ça a dégénéré ?

Caroline : Voilà ! (Ça toc de plus belle à la porte. Si fort que ça nous interrompt.)

 

Wouah, si ça continue je ne sais pas si on va y arriver !

Patrick : Si, si, vas-y.

Caroline : En fait ce soir c’était un drôle de concert car notre kit de batterie électronique s’est soudainement déréglé si bien qu’à chaque frappe tous les rythmes se déclenchaient en même temps. Bref, tout partait de travers. On sentait que ça déstabilisait le public, qui était calme, à l’écoute. Mais nous sur scène, tous ces problèmes nous faisaient rire !

 

Du coup le son était assez brouillon !

Caroline : Oui, mais ça a aussi généré une tension, une électricité, et vu la foule qui nous faisait face, une foule énorme qui n’attendait que le concert de Phoenix, ce n’était pas si mal d’avoir ce genre de défi à relever. Nous qui avions l’impression de jouer dans un stade ça nous a réveillé et eux bah je pense que ça les a un peu déçu, dérouté, mais ce n’est pas grave. C’était quand même un bon concert. Intéressant.

 

Vous n’avez donc joué que 30 minutes. Ce n’est pas trop dur de sélectionner quels morceaux jouer pendant un si court laps de temps ?

Caroline : Bah on n’a qu’un album…

 

Oui, mais sur votre premier album vos morceaux sont musicalement tous très différents les uns des autres. N’est-ce donc pas dur de bâtir une set-list de 30 minutes cohérente ?

Patrick : (Ça retape à la porte, de manière répétée, assourdissante.) Oui, c’est dur. Notre disque doit durer seulement 45 min…

Caroline : Oui, c’est un disque très court…

Patrick : Et nous n’avons qu’un disque donc…

Caroline : Enfin non, la première édition de notre disque dure 45 min mais la seconde doit durer environ 52 min...

Patrick : On a donc dû couper… 52 min – 30 = 22 min… (Je me dis que j’ai bien fait d’opter pour le français, ça laisse l’ascendant de parole à Caroline et relègue Patrick au second plan qui, la tête ailleurs, a du mal à percuter.)

 

Oui…

Caroline (reprenant les rennes, ferme) : En fait ce qu’on joue dépend du contexte. Là on devait jouer devant 6000 spectateurs. Parmi nos morceaux on a donc choisi ceux qui se prêtaient le plus à ce genre d’ambiance, c’est-à-dire nos morceaux dansants et nos morceaux planants. Par exemple "Territory" est un morceau sur lequel tu ne peux pas danser, mais ses sonorités son si "space" que c’était super de la jouer dans une grande salle comme celle-là.

Patrick : Oui, c’était super de jouer "Territory" dans une grande salle, surtout dans une grande salle pleine de gens.

 

Comme je vous le disais, ce qui m’a frappé à l’écoute de votre disque, c’est qu’en terme de musique et de chant j’ai presque l’impression d’avoir un groupe différent à chacun plage. Cet éclectisme c’est quelque chose de voulu ?

Caroline (traduit pour Patrick, qui comprend, rigole) : Oui, sur disque nous sommes parti dans plusieurs directions mais je crois que tout ça converge en live. Qu’en penses-tu ? Sur scène as-tu toujours l’impression de voir un groupe différent à chaque morceau que nous jouons ?

 

Non, j’ai justement trouvé que votre son y gagnait en cohérence, que vous vous y montriez globalement plus "space", "rock"…

Caroline : Oui, et je pense que c’est pour ça que ça vaut le coup de nous voir live quand on connaît notre disque, parce que sur scène ce n’est pas la même chose. Après, ce que tu pointes là, notre diversité musicale, c’est ce que certains n’arrêtent pas de nous reprocher, mais voilà nous c’est ce qu’on aime. A la base Aaron et moi on est DJ, enfin "selector", on aime bien les musiques de films, le côté juke box, partir dans toutes les directions…

 

Je vois. C’est pour ça qu’il y a par exemple un monde entre "Territory" et "Bruises", qui est d’humeur très "Bisounours" ?

Caroline : D’humeur quoi ?!

 

"Teddy bear" !

Caroline : Oh ! Il trouve que "Bruises" a un côté "ours en peluche" !

Patrick : Euh, oui, un peu ! Pour moi ce qu’il y a de bien avec cette chanson, entre autres choses, c’est le fait qu’elle puisse sembler Bisounours tout en ayant un côté très déprimé dans le fond. Je veux dire : elle a aussi un côté "Boogey man".

 

"Bruises", un côté croque-mitaine ?! C’est-à-dire ?

Patrick : Hé bien ça dépend de l’auditeur qui l’écoute. Certains vont plus voir le côté Bisounours et d’autres le côté Boogeyman.

 

Qu’est-ce qui t’évoque le croque-mitaine dans un morceau aussi sucré que "Bruises" ?

Patrick : Je trouve que la chanson charrie quelques lignes harmoniques bien sombres…

 

Ah ? Moi j’ai plutôt retenu son rythme de basse sautillant qui me la rend proche de certains morceaux joyeux de The Cure !

Caroline : Nos chansons parlent beaucoup de ce que c’est qu’être jeune et être jeune c’est aussi une certaine tristesse... "Bruises" est une chanson d’amour. Elle parle du fait que dans tous les cas tu souffres quand tu tombes amoureux. Et que dans le fait de tomber amoureux il est d’ailleurs souvent plus question de chute que d’amour... En écho à ça, on a passé pas mal de temps en studio pour que la chanson reste légère, entraînante tout en ayant un son spacieux qui incorpore quelques nappes plus sombres, mélancoliques.

(Suite.)


 

Repost 0
Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
commenter cet article
26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 10:53
N’a-t-il fait que bader après "Thriller" ?

 




Autant j’ai failli en verser une pour Bashung autant pour Michael… Le mec était parti trop loin, trop loin des hommes et de l’idée somme toute basique qu’on se fait du songwriter ou du song and dance man comme ils disent là-bas… N’empêche tout l’été je me la suis repris en plein face la musique de Michael. Impossible d’y échapper, elle était partout, sortant des radios, des télés, des bars, de chez toi, du supermarché. Partout comme un zombie, plus pimpant que jamais. Obsédante. Mutante. A tel point que marchant dans la rue avec elle en tête je n’avais qu’envie : stopper ma folle course parisienne pour exploser comme un éclair en un "Who’s bad !", jambe en l’air.

 

"Ce que l’homme a de plus précieux est une brève épilepsie" écrit Paul Valéry dans Tel Quel II. C’est ça. M.J. était un(e) "Führer de vivre", une frustration qui éclate. De celle qui vous dynamite tout gosse sous les atours de King of Pop… Bon cet été (meurtrier) je n’ai pas moonwalké en pleine rue. Pas osé. Au lieu de ça j’ai lu. Deux biographies consacrées à M.J. : Michael Jackson, Pop life d’Olivier Cachin et Michael Jackson, La chute de l’ange de Stéphane Koechlin, et décidé d'organiser un truc à trois : une rencontre-débat. Des deux bios, je ne vous cacherai pas que ma préférée est celle de Cachin, celle de Koechlin tenant plus du "fast book" comme l’a si bien dit son confrère. Son livre sur l'icône, Koechlin l’a écrite en 15 jours après la mort de l’artiste. C’est une commande de son éditeur. Deux co-auteurs l’ont aidé. Sans cela, dit-il, il n’aurait jamais écrit sur Michael. A l’inverse de Cachin, qui avait presque fini son livre le jour du fatidique 25 juin 2009, il ne l’a jamais porté dans son cœur. Il n’est pas "fan", surtout de sa période post Thriller. Il assume sa "chute de l’ange" sensationnelle et psychologisante comme la bio "illégitime" sur Michael ? Soit. On pourrait en discuter longuement. Comme on le pourrait du livre sobre, homérique et documenté de Cachin. On le fit d’ailleurs. Mais vu les riches désaccords de ces deux spécialistes de musiques noires sur Michael Jackson, j'ai, dans un premier temps du moins, décidé de garder leurs propos sur ce qui lui survivra  : sa musique. Interview vidéo, pour changer !

 

Merci à Fulldawaprod


 

Repost 0
Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
commenter cet article
20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 20:12
Le diable au corps



"Patrick Fiori, faut pas le faire chier !"

 

"Luke, les enfants du Tostaky ? ça me fait bien marrer !"

 



Au-delà du hasard de votre rencontre, rester à trois guitare-basse-batterie pour Solas, c'est un choix musical, l’envie de sonner frontal ?
Denis et Paul : Ouais, carrément !
Paul : C'est plus exigeant encore, c'est un peu notre ligne de conduite. On ne veut pas rentrer dans le côté 3-4 à l’arrache. Au contraire, on se prend la tête pour faire sonner le truc à trois. C'est une autre démarche que si on avait un deuxième guitariste, un clavier ou je ne sais quoi. C'est mieux comme ça. Et c’est un challenge car ça ajoute de la difficulté à l'interprétation des chansons sur scène tout en apportant énormément d'émotion dans l'instant joué. Pour nous le but c’est d’amener quelque chose de brut à quelque chose de beau, percutant, nickel.

Vous ne faites donc pas l'apologie du son vintage comme les White Stripes ?
Paul : Non, rien à foutre. Là on enregistre live, mais on ne couche pas ça sur bande, on le rentre dans le disque dur et pour le mixage en analogique y’aura un ordi derrière. Mais bon, être vintage ou pas, ce n'est pas trop le problème parce que les White Stripes ce n'est pas nouveau. Nirvana sonnait déjà hyper brut. Pareil pour plein de groupes punk : ce n'est pas nouveau. Tout ça pour te dire qu’on ne s'identifie pas à la mode actuelle de ces groupes célébrés parce que certains se disent : "Ah ! ça alors c'est brut, à l'ancienne ! ça change des productions modernes." Surtout qu’il n'y a pas qu’on ne fait pas que des morceaux rock, on a aussi quelques chansons "chanson".

Oui, d’ailleurs votre rock m’évoque des choses très françaises comme Noir Désir, Téléphone, Renaud, La Mano...
Denis : Niveau textes, je ne me prononcerais car c'est Paul qui les écrit, mais moi musicalement je ne peux pas dire que j'ai été influencé par des groupes français.

C’est peut-être vrai pour toi, Denis, mais pour ce qui est de Solas vous ne pouvez pas nier que ces influences ressortent dans vos compos, même si ce n’est qu’inconsciemment...
Paul : Complètement. Je pense que le lien par rapport à ces références, c'est que tous ces gens sont des artistes. C'est-à-dire qu'au-delà de toutes considérations rock ou pas rock c’est sûr qu’on a été marqué par des artistes comme Renaud, Noir Désir, La Mano et même les Rita et NTM à leurs grandes époques, quand ça pétait vraiment, qu'on se demandait : "C’est quoi ce truc ?!". Nous, c'est clair qu’on s'identifie à l’émotion que procuraient ces groupes. C'est peut-être prétentieux comme démarche, mais je trouve que c'est prétentieusement beau. Du moins ça a le mérite d'être honnête. Après pour ce qui est du chant dans le rock français, c'est très simple : si tu prends un morceau rock anglais et que chantes en français dessus à la manière anglaise, c'est de la merde. Inévitablement. A 99%. Beaucoup ont essayé, on ne les citera pas, mais ça ne le fait pas, c'est tout. C'est une question de voix, de phonétique, de figures rythmiques. Si tu essaies de chanter en franglais, comme on dit, c'est insupportable.

Pour toi, Paul, écrire en anglais, c'était donc inenvisageable ?
Paul : Si tu aspires à de grandes choses tu ne peux pas t'exprimer avec un outil que tu ne maîtrises pas. C’est juste ça. Est-ce que les anglais chantent à "la manière de" ? Non, ils chantent en anglais parce qu'ils sont anglais et c’est pour ça que ça le fait. On doit faire pareil.

ça te demande un vrai effort d'écriture ?
Paul : Ouais, vachement, c'est important.

Depuis combien écris-tu de tels textes ?
Paul : Depuis que le groupe existe. L'un ne va pas sans l'autre. Au fur et à mesure des compos et de l'évolution du groupe, une identité s'est forgée et j'ai besoin de me nourrir de l'émotion et du feeling qui naît entre nous pour générer des mots et écrire quelque chose qui soit à nous. Je n'écris pas que pour me faire plaisir. Si j'avais dû écrire tout seul, je n'aurais sûrement pas écrit la même chose.

Paul, tu dis que tu tentes au max d'écrire d'après ton vécu. Tes textes s’inspirent-ils parfois de lectures ?
Paul : Non, je ne lis pas trop, c'est la merde ! J’aime bien Herman Hesse, il a une écriture assez expressionniste. Pareil en peinture, j'aime bien l'expressionnisme. Et pareil en musique !

 

Votre dossier de presse mentionne que vous n'hésitez pas à "assumer l'émotion". Ça veut dire quoi "assumer l'émotion" ? C'est ça le côté "expressionniste" ?
Paul : Ouais et je pense que c'est une force. Quand tu n'as rien à perdre, il ne faut pas avoir peur d'être ridicule sur scène (rires) !

On est d’accord ! Dans certains de vos morceaux il y a un côté glam kitch et kamikaze que tu lâches à bloc sur scène ! On se dit un peu : le mec en fait des tonnes !
Paul : Ouais, mais c'est parce que je suis content d'être là (rires) ! La scène, c'est un terrain de jeu. Il faut donc essayer de donner le plus d'énergie et d'émotion possible. Et puis ça ça vient aussi de nos références parce que je pense qu'il faut que tout ça soit un peu sexe, dérangeant : c'est l'aspect rock'n'roll du truc.

Tu n'as pas peur que les gens ne voient que ça ?

Paul : Non, il faut les deux : qu'ils voient l'attitude et qu'ils entendent les chansons.

Vocalement, tu pousses...
Denis : C'est son côté tantouse (rires) !
Paul : Ouais, je suis une grosse salope ! C'est vrai, j'ai envie de pousser.

Etre grandiloquent ?
Paul : Ouais parce que c'est marrant la grandiloquence, l’exagération. Il ne faut pas hésiter à mettre certains trucs en avant...

Les tripes ?
Paul : Ouais, je ne sais pas comment expliquer, c'est vachement abstrait. Mais regarde, c'est toujours pareil, les mecs qui te marquent au chant, ils y sont allés à fond. Freddy Mercury, il rigolait pas, quand il se mettait à chanter ça chantait ! Il a complètement extrapolé son délire. Pareil pour Bon Scott d'AC/DC. Et Jeff Buckley ! Lui, il t’a carrément remis au goût du jour un truc qui était d'une autre période. Putain, merde, trop beau ! Le mec s'est lâché, il a osé. De toute façon à moins de s'appeler Gainsbourg peu de personnes peuvent oser chanter très clean, avec peu de choses. Ce n'est pas Marc Lavoine qui me contredira (rires) !

Et tous ces chanteurs qui poussent sont anglo-saxons…

Denis : Oui, alors bien sûr, dans le genre emphatique français, on va te dire Brel, mais c'est toujours facile de le citer.
Paul : Mano Solo aussi, des fois, ça pète.

Mais ça reste Brelien, il roule les "R".
Paul : Pas faux.
Denis : Bah Cantat, il a une pure voix.

Enfin voilà, y’en a pas 36 000 !
Denis : Attends, y’a Florent Pagny : "Baryton" !
Paul : C'est de la balle ça ! ça te retourne ! T’écoutes ça, bon bah voilà, un vrai de vrai (rires) !

Obispo ?
Denis : Ah oui, y’a Obispo ! C’est vrai qu’il pousse lui aussi.
Paul : C'est sûr. Et l’autre là, comment il s'appelle ? Le corse-là ? 

Denis : Ah ouais : Pat !
Paul : Bam ! Bam !
Patrick Fiori ! Lui, il pousse. Ah ! faut pas le faire chier Patrick. Il est malin, il te fait les chœurs, il écarte le micro, technique, quoi ! Mais le problème c'est : pourquoi je chante ? Est-ce que j'ai besoin de mélodie sur quelque chose à chier ?

 



En ce moment, le rock est de nouveau tendance. Ça ne vous fait pas peur de débarquer dans ce contexte de surabondance ?
Paul : Non, au contraire, car ça veut dire qu'il y a une demande et franchement il n'y a pas beaucoup de bon rock en France.

On voit s’avancer une scène baby rockers genre The Naast, The Brast, The Parisians... Une certaine presse branchée ne manque pas de relayer son éclosion. Comment vous voyez ça ?
Denis : Ce truc, j’ai un peu l’impression que c'est le phénomène Star Academy version rock.
Paul : Non, franchement, c'est bien, je suis content pour eux, mais tu ne t'exprimes pas de la même façon à 16 ans que lorsque tu en as 30. Et pour ce qu'on fait, je préfère largement en avoir 30. Il faut prendre les gens à contre-pied, les bousculer, ne pas hésiter à trop en faire.

A propos de trop en faire – votre credo de toute évidence – j’ai l’impression que tes textes, Paul, vont aussi dans ce sens. Ils sont sulfureux, engagés…
Paul : Oui, c'est un mélange de tout ça. A part le morceau "Je ne sais plus", qui est un brin ironique, mon écriture est lisible. Enfin je l’espère. Mais elle n'est pas du tout sympathique, second degré et plan rime facile.

Par contre tu oses quand même quelques "gros mots"...
Paul : Ouais et encore c'est le minimum par rapport à ce que j'ai des fois envie de dire.

Tu n'as pas peur de leur connotation "rebelle fake", du cliché de l’"écorché vif" ?
Paul : Non. Le truc encore une fois c'est qu’il ne faut pas parler de ce que tu ne connais pas. Dans le rock, c'est facile de dire : "Merde, c'est la merde, vas-y, défonce tout, mortel !". Mais en vérité ils sont peu à pouvoir le dire tout en étant crédible.  .

Euh tu penses à Luke là, non ???
Paul : Ah non pas du tout, je pensais à ce que j'étais en train de raconter. J'essaie de me concentrer pour ne pas zapper ta question. Non, on n'est pas là pour descendre qui que ce soit.
Denis : En plus, Luke, moi je ne connais pas.

C’est impossible, en ce moment Luke est partout !
Denis : Bien sûr, j'ai entendu un morceau d'eux à la radio.
Paul : Allez arrête, on les a vus en concert (rires) !
Denis : Non, mais ce que je veux dire c'est que je ne peux même pas dire si j'aime ou pas, car je ne connais pas assez. En musique, il y a des trucs immédiats, mais il y a aussi des trucs qui ne sont pas tout le temps immédiats et d’autres qui le sont moins. Donc si un truc ne te saute pas à la gueule, ça veut peut-être juste dire qu’il demande un temps de réflexion. Mais bon, à la limite pour Luke, c'est volontaire : je n'ai même pas envie d'écouter. Pour faire de la musique, il faut écouter énormément de choses sinon tu t'enfermes dans ton truc. Donc autant écouter celles qui te boostent tout de suite. Qui te font dire : "Wouah, j'ai envie de faire encore mieux !"
Paul : Pourquoi, tu aimes bien Luke toi ?

J’aimais beaucoup leur premier album mais c’est sûr que leur soudaine imitation de Noir Désir me laisse perplexe. Même si je reconnais que dans le genre c’est bien fait.
Paul : Je pense que c'est du marketing. Pas pour lui (Thomas Boulard – NDA), je pense qu'il le fait d'une manière honnête et qu'il doit d'ailleurs se prendre la tête, mais je pense que dans le fond c'est ça. Et s'il suffit d'être dans une maison de disques, d'avoir des attachés de presse, tourné pendant deux ans et vendu 200 000 disques pour respecter son travail alors ouais, moi je le respecte, mais ça s'arrête là, quoi. Ce n'est pas parce que Mariah Carey a vendu 20 millions d'albums que c'est bien. Luke c’est comme ça que les gens du circuit l'ont senti. Et je suis désolé, ces gens-là tu ne la leur fais pas... On a fait un festival où ils jouaient et on a vu la réaction du public et celle des organisateurs de festivals, c’était sans ambiguïté... Alors quand je vois que Rocksound les célèbre comme"Les enfants du Tostaky" au moment où l'autre (Bertrand Cantat – NDA) est en prison… Bam ! Deux mois après, plus de Noir Désir, on enchaîne ! Je suis désolé, il ne faut quand même pas nous prendre pour des cons.

Vous seriez donc prêts à refuser une interview si ce magazine vous la demandait ?

Paul : Franchement on s'en fout. Tu as le droit de dire non. Tu n'es pas obligé d'être dans tous les magazines. Surtout que la plupart attendent que tu sois signé pour dire "Ouais, mortel, je kiffe ton son !". Au bout d'un moment ça saoule, surtout de la part des magazines qui ont entre guillemets "L'esprit rock". Pareil pour Oui FM, "La radio rock". Voilà, on est là, on est dans ce monde-là. Donc je ne sais pas. Moi je vois que dans la presse chacun à sa ligne éditoriale par rapport à ses petites fréquentations, son milieu, ses pages publicitaires et tu es dans les papiers de certains et pas d'autres. Donc franchement, on verra. On n’a pas envie d’être sponsorisé par qui que ce soit ni de nous retrouver un jour, sans notre accord, en couverture d'un magazine qui titre un truc hallucinant du style "Le renouveau rock". La plaisanterie a assez duré.
Denis : Les pubs à chaque fois c'est "Le meilleur groupe de rock de l'année !". Des meilleurs groupes de l'année, il y en a 20 par an. C'est ridicule, de quoi ils parlent ?

Vous vous méfiez du circuit. Vous voulez suivre votre truc d’A à Z. Mais si une major vous signe ?
Paul : Dans ce cas on sait qu'on devra composer avec certaines choses, mais on n'est pas obligé de dire amen à tout. On aura peut-être des envies qu'une major n'aura pas envie de satisfaire mais bon… On verra ça quand ça arrivera !
Paul : On a envie de faire parler de nous à travers nos chansons et nos concerts donc après, si cette base fonctionne et qu’on se retrouve sur une major, elle aura juste à poser le truc et voilà. Le reste, télé ou pas... On contrôle notre image, c'est à prendre ou à laisser. On ne va pas se mettre à jouer des castagnettes parce que c'est la mode dans les milieux berlinois !

Quelques magazines commencent à parler de vous. ça vous met la pression ?
Paul : Non, pas du tout. Enfin, je ne sais pas comment expliquer ça d'une manière simple... Je veux dire, c'est un peu ultime le délire du groupe. C'est très simple : faut que ça le fasse.

C'est-à-dire ?
Paul : C'est-à-dire qu'on ne peut pas se planter. On est à fond dans le truc donc on n'a pas envie de nous décevoir, de décevoir les gens qui nous écoutent, donc on y va vraiment à fond et on se dit que ça va le faire, qu'on va nous écouter de plus en plus, qu'on va pouvoir jouer de plus en plus sur des grosses scènes, qu'on va pouvoir se lâcher à fond dans le truc. Ce n'est pas quelque chose de malsain, d'égocentrique ou de vaniteux, enfin si, un petit peu, mais comme toi, comme tout le monde à ce niveau-là.

Sans ego, rien de bon ne sort ?
Paul : Il faut de l'inconscience à fond. Donc (silence)... Ce serait trop con que les gens ne s'intéressent pas à ce qu'on fait (rires) ! Qu'on soit à côté de la plaque et qu'on ait beau parler, que tout le monde s'en foute.

C'est toujours un risque.
Paul : Ouais, mais là ça se passe bien. Il y a des concerts derrière. On a un avis du public. C'est cool.

 

Comment s’appellera le disque ?
Paul : On a un morceau qui s'appelle "La petite inconscience". La petite inconscience, c'est bien.

Denis : Voilà, La petite inconscience : formidable !

 


Repost 0
Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
commenter cet article
20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 19:17

Le diable au corps

 


Solas c’est Paul Solas (chant / guitare), Denis Richard (basse) et Arnaud Queudeville (batterie), un trio qui dépote dans son genre (rock français / chanson rock). Après un premier album injustement passé sous silence à sa sortie en avril 2006 (Viens sur moi), ils reviennent, fort d’une pelletée de concerts en première partie d’aînés qui leurs sont proche (Matmatah, Cox, Dolly, Romain Humeau, Blankass, Maximum Kouette…) et d’une tournée en Pologne en avril 2009. Leur deuxième album, La luna, sortira en février 2010. Ils seront le 22 octobre à l’Alimentation Générale. En attendant vous pouvez voir le clip de leur nouveau single, "Perdu le nord", et lire cet entretien daté sur le papier mais toujours chaud / d'actu dans le propos !

 

13 juillet 2005. Studios Midi Live, anciens mythiques studios Vogue. Depuis quelques jours dans ce décor tout de bois, de matos et de tentures tigrées revêtu Solas enregistre et trie les 13 titres qui figureront sur leur premier album, sans nom pour le moment. Pour ça ils sont aidés de Jérôme Ben Soussan, réalisateur, entre autres, de Miossec et Bashung. Ainsi, jugés trop "rock à donf", les hot hot hit que sont "Kamikaze", "Les crevards" et "Les nénuphars" se feront exclure du lot. Du compromis dans l’air ? Non, dit Paul, "il s’agit juste de choisir les morceaux qui s'enchaînent le mieux possible pour construire quelque chose où tu ne peux pas t'ennuyer. Et il ne faut pas que ce soit éprouvant à écouter, il faut que ça reste ouvert et de qualité." De leur côté des morceaux comme "L'ivresse " et "Desperado" sortiront donc coiffés d’arrangements de cuivres.

 

Alors bien sûr, même au stade du deuxième album, alors que l’influence s’estompe de plus en plus, y’en aura toujours pour résumer l’affaire en disant qu’ils sonnent Noir Dez’ et que… Et que quoi au juste ? Bien sûr qu’ils ont ce truc qui rappelle le combo de Cantat. A 30 ans, dans le rock français, qui n’affiche pas quelques sains stigmates liés à la découverte de ces célèbres bordelais ? Solas ne doit pas en rougir et... n’en rougit pas ! "Les Tumultes", "Quand la ville dort", "L’ivresse", "Viens sur moi", "L’Ame en furie", "Desperado" et les trois nouveaux, "In the cold", "Perdu le nord", "La luna", pour ne citer que ceux en ligne sur Myspace : comment résumer ainsi l’affaire à l’écoute de morceaux aussi bien troussés qu’ils soient brûlots ou ballades ? Comment ne pas sentir qu’ils ont la flamme, la vraie, innocente, too much, engagée ? Comment ne pas sentir qu’ils ne sont faites pour légumer dans les bacs mais pour gicler dans les tuyaux de l’industrie à la place de petits joueurs comme… je ne préfère pas les nommer !


 


"habiter un groupe, c'est de la jouissance pure"`

 

"le but ? Amener quelque chose de brut à quelque chose de beau"


 

Salut les gars. Si je suis là c’est que vous m’avez conquis lorsque je vous ai découvert sur scène à la Scène Bastille. Et je dois dire que l’écoute du maxi que vous m’avez donné à l’issu du concert n’a rien gâché. Dites-moi, à ce soir-là vous étiez super chaud vu l’ambiance du lieu…

Paul : Dans ce genre d'endroits l'ambiance est froide, surtout quand tu n'es pas connu, car les gens ne se déplacent pas. Et la Scène ce n'est pas non plus une salle où les gens délirent. Ce n'est pas super underground. Pour réchauffer l'atmosphère, il faut donc ne pas avoir peur d'y aller, de se donner. De prendre plaisir à jouer.

 

La Scène c’est entre la salle et le bar concert. Les bars, vous avez l’habitude d’y jouer ?

Paul : Ouais, on en a fait pas mal. On aime bien. On a appris à faire de la musique comme ça. Mais bon, après on ne va pas jouer dans les bars toute notre vie, ce n'est pas le but.

 

Solas le groupe est né dans les bars ?

Denis : Oui, en fait j’ai rencontré Paul dans un bar y’a 5 ans. J’y faisais un concert de reprises. Il m’a appris que de son côté il faisait pareil pour gagner sa vie.

Paul : Comme on s’est tout de suite bien entendu on a décidé de monter un groupe de reprises. On avait trouvé un batteur, on était donc trois, on a sorti un album de reprises blues à notre sauce. On a tourné deux ans avec ça. Après on s'est dit qu'on allait faire des compos donc fallait s'y mettre. On n'avait rien !

 

C’était la crampe d’un coup de vous mettre à vos propres compos ?

Paul : Ouais, parce qu’à priori rien ne relie le rock français au blues d'avant-guerre, au niveau de la voix par exemple. On s'est donc un peu cherché. C'est en rencontrant notre manager de l’époque qu'on a rencontré Arnaud. Ça tombait bien parce qu’à notre premier batteur venait de nous lâcher.

Arnaud : Moi aussi je viens de la reprise rock. J’étais à Caen. J’ai rejoint Paris pour jouer dans des groupes, tout ça, mais une fois là-bas je n’avais rien avant de rencontrer Paul et Denis. Faut dire que c’est dur quand t’arrives sur Paris et que tu ne connais personne…

Paul : Maintenant ça fait un an et demi qu'on se connaît et que le groupe existe. Enfin un an et... huit mois ! Je compte parce qu'on ne sait jamais, tout ça va tellement vite ! Pendant un an on a bossé à fond les morceaux en répét', fait beaucoup de concerts, avec les moyens du bord : notre matos, notre sono, nos voitures et Nico, le manager, qui s'occupe de tout ce qui est com', putes et plans avec les mairies.

 

Et ce passage du blues au rock, comment ça s’est fait ?

Denis : On n'est pas passé du blues au rock, on a toujours écouté du rock. On aimait juste jouer du blues ensemble.

Paul : Ouais, du blues vachement rock quand même.

 

C'était quoi votre répertoire blues ?

Paul : Des reprises de Robert Johnson, d’Hank Williams, des Stones… On a toujours été vachement rock en fait. La difficulté c'est qu'on ressentait le truc en tant qu'instrumentistes. Je veux dire qu’ensuite, niveau chant, j’ai dû batailler pour trouver un truc aussi percutant en français. On a essayé plein de trucs avant de se dire à un moment : "Hop ! c'est ça, ça le fait". Ce n'était jamais réfléchi, maîtrisé. Mais ça le fait aussi parce qu'on s'apprécie, qu’on bosse beaucoup et qu’on a le même but. C'est pour ça que ça fonctionne. On ne fait pas du tout de la musique "à la manière de". Non, notre musique est un prolongement de notre expérience dans la musique depuis notre rencontre... jusqu'à aujourd'hui !

 

Paul, tu dis que vous ressentiez la musique "en tant qu'instrumentistes". Tu veux dire que vous êtes des virtuoses de la musique ?

Denis : Non, moi je suis autodidacte.

Paul : Pareil.

Denis : On a appris à jouer en écoutant de la musique. Le truc tout bête quoi : t’es môme, t’écoutes de la zique, tu kiffes et un jour tu te dis : "Tiens, si je m'achetais une gratte !" Tu commences donc à jouer avec le premier groupe qui passe, tu fais des rencontres, tu changes, tu changes, avant peut-être de trouver le bon. C’est ça pour moi la musique : un truc instinctif. C'est pour ça que pour moi ça ne collait pas de devoir "apprendre la musique".

 

Après lentement le fan deviens musicien, le spectateur acteur...

Denis : Oui, après tout dépend d'où tu viens. Moi je viens de Saint Denis, un endroit où à l'époque faire de la musique c'était comme aller sur la lune. Dans ma famille personne n’en faisait. On ne m'a pas apporté la musique, il a fallu que j'aille la chercher. Vu que ça me touchait j'en ai beaucoup écouté et voilà, en jouer pour moi c'était normal, un prolongement complètement naturel. Après, le plus dur, c’est de trouver les bonnes personnes avec qui jouer. Mais c’est super important car en musique si le courant ne passe pas humainement ça devient vite infernal vu le temps que tu passes avec les mecs (rires) ! Une fois que t’es méga célèbre et que chacun à sa chambre d'hôtel, passe encore, les mecs se voient sur scène sans se calculer, mais c’est impossible dans une petite structure comme la notre. Regarde, nous on dort dans les mêmes voitures (rires) ! On a donc intérêt à se supporter. Surtout qu’on joue de manière très traditionnelle, guitare-basse-batterie, et qu’on se refile plein d’idées que ça touche notre instrument ou pas.

Paul : On enregistre et au fur et à mesure tout ce qu’on fait et hop qu’on garde ou pas moi je chante en yaourt sur la mélodie. Parfois j’apporte une chanson toute faite mais à la plupart du temps du temps tout vient ensemble, instinctivement.



   

Vous répétez souvent ?
Paul : 4-5 fois par semaine. On ne fait que ça.

Vous n'avez pas d'autre boulot ?
Paul : Non. C'est à fond.
Arnaud : Il n'y a pas de plan B !
Paul : Moi, ça fait 5-6 ans que je ne bosse plus et que je ne fais que de la zique. Denis et Arnaud ça fait un peu plus longtemps…
Arnaud : On n'est pas venu à la musique par hasard. On ne s'est pas dit un jour : "Tiens, on va changer de métier".

Chacun de vous a toujours envisagé de vivre de la musique ?
Paul : Ah ouais ! Dès ma première seconde sur terre (rires) !
Denis : Ouais, on va dire ça.

 

Paul, tu dis que vous ne faites pas de musique "à la manière de"...
Paul : Un petit peu quand même, il ne faut pas négliger les références, les choses qui nous ont marquées...

Hé, j'ai pas fini ma question (rires) ! Je voulais dire : comment avez-vous réussi à vous entendre tous les trois sur un style de musique ? Vous avez abandonné des options en cours de route ou ça s’est fait naturellement, comme une parfaite symbiose ?
Denis : Il y a la réponse dans ta question ! C'est horrible, mais c'est ça (rires) ! "Une parfaite symbiose" (rires) !
Paul : En fait, on a toujours avancé coûte que coûte, c'est-à-dire qu'au bout de deux mois, on avait déjà commencé les concerts et entre temps on a jeté 70% du répertoire. A part quelques réglages scéniques, on n'a jamais calculé notre musique par rapport aux gens, on l'a toujours fait par rapport à nous. En musique, le truc c’est de toujours être fidèle à l'imaginaire que t’en a. C'est aussi ça être autodidacte : tu te crées tellement un imaginaire de la musique qu’il en  devient presque inconscient. Au moment de composer tu sais donc instinctivement ce qui te correspond et ce qui te correspond pas.


Comment définirais-tu ton imaginaire de la musique ?
Paul : Je n'en sais rien. Si je pouvais te le dire, ce serait nul.

C'est un imaginaire basé sur des albums phares ?
Paul : Ouais, nan, même pas parce que je crois que c'est les mêmes pour tout le monde...

 

Euh pas sûr ! Je pense que tu dis ça parce que tu as oublié que tu vivais dans un imaginaire musical précis !
Paul : Peut-être…

 

Par exemple en ce moment qu’est-ce que vous écoutez ?

Bah à part la radio peu de choses car on passe tout notre temps fourré en studio à enregistrer notre premier album. Ah si, on écoute les Stray Cats ! Leur premier album : mortel ! Eh ouais, les Stray Cats : attention ! Sinon ouais, c'est la radio et faut dire ce qui est : c'est souvent de la merde (rires) !
Denis : Enfin ça ne nous plait pas !
Paul : Nan, mais faut le dire : sur les grosses radios, à part si tu les écoutes la nuit, c'est vraiment l'enfer ! Ah, et j'aime bien les Hot Hot Heat aussi. Ouais, j'adore, je trouve que ça joue grave. Et puis Queen of the Stone Age. On écoute des trucs qui sortent mais on revient tout le temps aux dinosaures encore en vie : U2, AC/DC, Stones, Muse, Radiohead… Mais sinon, pour revenir à ce que je te disais, au sens d'imaginaire, la musique, c'est très large. Il y a tellement de trucs excellents dans chaque style que ce serait dommage de se limiter à un seul. Nous, dans notre discothèque on n'a pas de collection sur les meilleurs moments du rock. Par contre, nous ce qui nous habite vraiment c'est d'avoir un groupe, d’être un groupe. ça dans l'imaginaire, c’est capital car t’imagines l'énergie que tous ces mecs dégagent, pourquoi ils créent ça à ce moment-là, l'émulation qu'il y a entre eux, sur scène...

Musicalement ce qui te motive c’est la notion de groupe ?
Paul : Ouais, c'est de la jouissance pure.
Denis : C'est d'être à trois, de créer un truc à trois.
Paul : On a toujours plus kiffé des groupes que des artistes solos. Et on veut être à la mesure de ceux qui nous ont influencé et qu'on aime encore.


 

(Suite.)

 


Repost 0
Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
commenter cet article
10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 20:36

L'entre-vie


 


"je vénère Prokofiev"


"construction et futur"
 

 


Ok. Revenons aux chansons de The art of the démo. Je me souviens qu’une amie m’a dit qu’elles lui faisaient penser à du Michel Berger. Qu’en penses-tu ?

Bah même s’il utilise sûrement des harmonies plus complexes que les miennes, ça reste un gars qui se met au piano et fait des chansons…

 

D’amour…

Oui, sauf que moi ça parle souvent d'amours impossibles, ou de la difficulté de la rencontre… Bref chez moi l’amour est toujours lié à la mort.

 

La chanson qui ouvre ce 4 titres s’intitule d’ailleurs "Les amants morts".

Celle-là m’a pris du temps…

 

Pourquoi ?

Parce que ce n’est pas simple d’écrire sur l'amour. Faire rimer amour est un vrai combat. Faut éviter "toujours", ça une amie me l’a bien fait comprendre, très tôt (rires) ! Il m'a donc fallu attendre d'avoir assez confiance en moi et d'avoir plus d'assurance par rapport à l'écriture pour oser écrire sur l'amour. Je m'y suis mis récemment. C'est peut-être un signe de maturité... Avec celle-là, "Les amants morts", je crois vraiment avoir fait une chanson classique de chez classique. Le texte est un clin d’œil à Baudelaire. Il renvoie à un de ses grands poèmes, La mort des amants. Voilà, mais je vais pas non plus me mettre à te le réciter (rires) !

 

A propos de poème, il parait que tu en as mis un de Houellebecq en musique...

Oui, c’est une chanson que je chante parfois à la guitare. Elle fait : "Êtes-vous mon amie ? Me rendrez-vous heureux ? La nuit n'est pas finie. Et la nuit est en feu. Où est le paradis ? Où sont passés les dieux ?..." Je ne l’ai jamais enregistrée... En fait il y a toute une série de poèmes de Houellebecq qui n’ont jamais été publiés. Il s'agit de poèmes qu’il a publiés sur son site à peu près en même temps que La Possibilité d’une île. Je me souviens d’ailleurs que Carla Bruni a elle aussi mis en musique un texte magnifique issu de cette série, dont certains ont nourri La Possibilité d’une île. Un jour, si j’ai le temps, j’aimerais bien faire quelque chose autour de cette série de poèmes. Mais là je ne crois pas que ce soit le moment. Pour l’instant, comme tu le vois, je n'arrive même pas à faire exister mes propres projets à plus de 22 exemplaires !

 

22 exemplaires ! C’est dingue quand même...

Bah oui les CD vierges sont vendus par paquet de 25...

 

Tout ça est très minimal. D’ailleurs tu n’apparais même pas sur la pochette, griffée d’un sobre "The art of the démo". Pourtant sur ton Myspace figure un chouette dessin de toi dont le graphisme, je trouve, aurait bien reflété la ligne claire de ces morceaux…

Peut-être… Ce dessin c'est une amie dessinatrice qui me l’a offert. Une surprise. Elle l'a fait à partir d’une photo récemment prise au Cercle Pan ! D'ailleurs, pour la petite histoire, sache que l’espèce de vieux chauve en habit de colonel qui me touche l’épaule sur ce dessin est le type qui posait en pochette du premier No One. Ça faisait plus de 15 ans que je ne l'avais pas vu et voilà que je l’ai croisé par hasard, au Cercle Pan ! C'est pour ça que j'ai demandé à cette amie de nous photographier.

 

Etrange coïncidence ! Au fait, pourquoi n'avoir mis que des piano-voix sur ce disque ? Tu penses que c'est ce qui te symbolise le plus ?

Non, sans vouloir parler d’argent, c’est une question de budget. Je rêverais d’avoir les moyens d’enregistrer des chansons avec de jolies cordes magnifiquement écrites, quelques vents, une orchestration classique écrite au laser…

 

Genre Pierre et le loup ?!

Ouais, Prokofiev. Je vénère Prokofiev. J’en rêverais mais je ne peux pas...

 

T'es tant en galère de thunes que ça ? Tu vis de quoi au fait ?

Du RMI (silence). Du RMI (rires) ! J'ai donc une vie super ascétique... C’est curieux un jour j'ai réécouté une interview que j'avais acceptée de donner pour livrer ma version des faits à propos de mon départ de No One et en réécoutant le truc je me suis aperçu que je parlais vachement de fric en fait ! De manque de fric ! J’étais vraiment dans le merdier. A la réécoute je trouve ça super énervant ce type qui se plaint tout le temps. Bref, tout ça pour dire que je ne peux pas trop faire de choix esthétiques. Je fais avec ce que j’ai. Mes maquettes précédentes n'étaient même pas piano-voix, c’était des sons de synthés et de petites boites à rythmes. Le synthé je l’avais acheté au Cash Converter en bas de chez moi ! C'est donc déjà quelque chose que cette fois j'ai pu faire ça piano-voix. D’ailleurs, pour répondre à ta question, au départ sur ce disque je voulais y faire figurer un morceau avec de la guitare électrique. Sur les 7-8 chansons que j'avais sélectionnées pour l'enregistrement, y'en avait un comme ça. Mais le jour J je n'ai pas pu le jouer car mon ampli est tombé en panne et je n'ai pas pu le réparer car ça m'aurait coûté trop cher. Alors je pense pouvoir faire des disques avec peu de choses mais disons qu’avec rien ça commence à devenir difficile. J’exagère un peu mais je ne me plains pas hein car en même temps tout ça a un sens. Un sens hyper humain. Je ne suis pas cinéphile mais je vois là-dedans un côté un peu Nouvelle Vague dans le sens qu'on fait avec ce qu'on a ("Vous prenez les tickets restaurants ?" demande-t-il au serveur. "Vous devriez.") On me paie en tickets restaurants. Bref, tout ça vient de là. Mais bon, en même temps je me dis que tout ça n'est qu'une démo, ce qui me ramène à ce que je disais tout à l’heure sur la mort du disque : que vaut une démo à l'heure où le disque se meurt ? Dans ce contexte y a-t-il encore une réelle différence entre une démo et un vrai disque ou suffit-il de mettre un numéro de vente officiel sur l'objet pour que ça devienne un vrai disque ? En même temps le disque fige les chansons et moi j’aime qu'elles soient vivantes, pouvoir en faire plusieurs versions, plus ou moins rock'n'roll selon le moment...

 

Ce côté vivant, tantôt rock’n’roll tantôt moins, c'est ce qui va embêter les labels car ça te rend dur à cerner !

Ouais, je sais pas trop.

 

Déjà te sens-tu prêt à quitter l’underground parisien ? Parce que tu as quand même l'air de t'y sentir bien. Ça ne te fait pas vivre mais je vois que ça te permet de faire régulièrement des concerts dans des lieux où tu as une sorte de petite cour des miracles. Il y a un confort là-dedans, non ?

J'ai pénétré une sorte de cercle... C'est dû aux quelques articles écrits sur moi il y a un an sur Gonzai, ça m'a fait rencontrer des gens comme Thierry Théolier du Syndicat du Hype et Alister, quelqu’un que je connais encore peu mais que j’apprécie, que je trouve charmant alors qu’au début j’étais assez méfiant. J’ai rencontré ces gens un peu visibles sur Paris au moment où moi je ne l’étais plus car ça faisait 4 ans que je m’étais un peu retiré de cette vie mondaine…

 

Pour aller où ?

En banlieue un peu lointaine, à Saint Denis. J’y avais une vie qui me plaisait bien mais en même temps qui ne m’allait pas non plus.




Il te manquait quelque chose ?

Bah le truc c’est que j’ai arrêté de boire quand j’ai arrêté de sortir. Une fois là-bas je sortais plus.

 

Tu veux dire que t’es parti là-bas pour fuir l’alcool des soirées parisiennes ?

Non, j'y suis allé car j’étais amoureux d’une nana qui y habitait. ("Deux bières s’il vous plait", demande-t-il.) Maintenant que je suis réveillé je peux y aller.

 

Ok, mais quand même, ça ne doit pas être pour rien qu'on te décrit parfois comme un clochard céleste…

L’alcool, j'ai été obligé de m'en éloigner : j'ai bien aimé l'hôpital mais à un moment si tu ne veux pas replonger tu dois prendre tes dispositions...

 

T’as carrément dû aller soigner ça à l’hosto ?

Oui, j’y suis allé deux mois en 2002. Il était grand temps que je me soigne d’une dépression que j’essayais de soigner moi-même depuis longtemps à travers l’alcool…Tu sais, bassiste, à la base, c’est le poste du mec timide et moi je l'étais tellement que quand je buvais après les concerts j'y allais à fond pour être sûr que personne ne puisse venir me parler et rentrer seul et mourant à l’hôtel. Voilà. Ces deux mois de calme m’ont fait du bien. J’avais l’impression d’être au couvent. Ça me faisait bien délirer parce que parfois j’y écoutais du Katerine. J’en suis ressorti avec une petite copine. Aujourd’hui j’ai donc progressé dans mon rapport à l’alcool mais ça reste quand même neuf pour moi, je dois faire gaffe. C’est un combat. Par exemple en 2006, clairement, j'ai eu des moments de flou. C’était une période noire. Je bloguais, je travaillais comme roadie... On ne savait pas trop ce que je faisais. En fait je m'autodétruisais pas mal. Je faisais tout pour me griller, sciemment, scientifiquement, un peu partout. J'étais Jérôme le loser roadie et j'en pouvais plus qu'on me voie comme ça. Je l’ai dit à mon pote : "J’arrête. J'en peux plus. Je suis musicien, pas roadie." Et à partir de ce moment-là, j’ai un peu quitté une sphère de vieilles connaissances où je patinais.

 

A cette époque tu avais encore quelques bons contacts de ta période No One ?

Non, dès que j’ai arrêté No One j’ai assez vite compris que je n’en avais plus. J'étais celui qui avait tué la poule aux œufs d’or. Je passais pour le réfractaire, celui qui disait "Non". Le type qui, pour le coup, n’était pas prêt à tous les compromis. C'est la rencontre des gens de Gonzaï et de Théolier m’a remis en selle.

 

Parce qu'ils croient plus en toi que toi-même ?

Oui, sans doute… Si, ouais. Ces gens-là c’est pas mal d’âmes seules qui se réchauffent. Une petite famille s’est donc formée, qui va durer un temps. Certains vont partir, d’autres arriver... C’est un peu une cour d’école aussi. Oui, une petite cour des miracles. J’aime bien y être, j’aime bien m’en éloigner, j’aime bien l’observer… On essaie tous de s’en sortir. Tu vois par exemple pour moi le truc de signer sur un label et de sortir un vrai disque ce n'est pas tant pour vendre des disques, mais plutôt pour partir en tournée hors de Paris en espérant que quelques personnes viendront me voir et qu'on me paie l'hôtel et le transport. Voilà, sortir de Paris, partir en tournée, jouer devant des gens.

 

Je comprends. Mais es-tu prêt à faire les compromis nécessaire qui t'aideront sans doute à signer sur un label ?

Je ne suis pas prêt à compromettre une certaine liberté artistique mais, comme la liberté c’est justement quelque chose d’ouvert et que je n'ai pas un truc arrêté en tête, je suis prêt à discuter et à accepter certains compromis, après tout dépend lesquels. En même temps comme aujourd'hui on n'a plus trop de moyens et que l'artiste doit lui même penser son disque artistiquement et économiquement, se demander à chaque fois ce qui est possible et ce qui ne l'est pas, bah voilà moi les limites de ce que je peux demander je les connais. Je suis réaliste donc j'essaie de segmenter mes projets en fonction. Là par exemple j'ai des désirs plus rock'n'roll, j'ai envie de monter un groupe, et je me demande si c'est possible…

 

Tu veux monter un groupe autour de toi ?

Ouais, ça s’appellera White Horse Experience. Je l’ai un peu élaboré lors de mon concert au Baron en mars dernier. J'ai commencé en Cheval Blanc et j'ai fini en Cheval Experience. Il y avait Andreas Black Sun à la basse, Juan Trip à la batterie, Mathias Durand aux claviers, Michel Thiboult à la flûte et au grigri et Maxime Chandelier à la flûte traversière. Pour ce premier concert d’ailleurs on n'avait pas répété, c'était une expérience d'impro autour de vieilles chansons à moi. Donc voilà, dès à présent je me sépare en deux : d’un côté il y a Cheval Blanc, c’est-à-dire moi et mes chanson en français et de l’autre côté il y a White Horse Experience, toujours moi mais en anglais et dans une démarche de laboratoire, plus informelle, communautaire. Mon underground perso en un sens.

 

C'était donc du White Horse Experience ces longs morceaux psyché qu’on a pu entendre au Baron ?

Oui, des morceaux basés sur l’improvisation pour changer de mes chansons solo.

 

Ça rappelle aux gens que tu es aussi un musicien, un homme de son...

Oui, la musique j'aime la faire, la pratiquer...

 

Je me suis d’ailleurs laissé dire que dans ta jeunesse tu avais suivi des études de jazz à Montpellier…

Des études, c’est un bien grand mot ! Un très très grand mot (rires) ! Vers la fin des années 80, comme j'avais des velléités de jazzman, j’ai fait une petite école qui est devenue le Jam mais à l’époque c’était juste une petite association. J’ai fait ça là-bas parce que c’était l’école la moins chère et que, désespérant de me voir ne faire que de la musique, mes parents ont accepté de m'y payer des cours pendant un an. Je n'y ai rien fait d'extraordinaire si ce n'est apprendre à lire la musique et surtout jouer avec des gens. Aujourd'hui c'est ce qui me permet par exemple de faire ce que je fais avec White Horse Experience, c'est-à-dire improviser à plusieurs. Et voilà, l'idée de ce groupe c'est de faire du rock en fonctionnant un peu comme des jazzmen, de produire quelque chose d'humain dirigé et variable. Mais pour vraiment le faire j’aurais besoin d’un local de répète, et donc d’un label.

 

Je te sens vraiment d'humeur constructive. Je me trompe ?

Non, non. Tu sais, tout à l’heure on parlait d’anti punk : et bien je pense qu’une des premières chansons conséquentes que j’ai écrite c’est "Du chaos" et le refrain dit ça : "construction et futur". Le côté destroy, no futur qui se bouffe lui-même au bout d’un moment je ne supporte pas. Je ne supporte plus. Enfin moi je ne suis pas du tout là-dedans. Je veux sortir de ça. C’est assez dur d’en sortir seul, enfin pour moi ça l’est. Je commence plus ou moins à voir un peu de lumière et je pense à construire quelque chose d’un peu plus général. Générationnel, je sais pas. Mais général oui. Alors on verra avec le temps ce que ça donne.

 

 

Photo par Jean-Philippe Albe


Repost 0
Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
commenter cet article