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  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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13 avril 2006 4 13 /04 /avril /2006 21:51
Je sors peu, je ne suis pas un globe trotter de la nuit parisienne. Mais le 6 avril, invité aux concerts de Vegomatic et de Patrick Eudeline et ses Beaux Gosses, j'étais au Triptyque. Et j'ai bien fait. Il s’est passé d’intéressantes choses sur et hors scène (suite).

Attention Tanger : quatrième album en vue !
A l’entracte, on met le grappin sur Philippe Pigeard, le chanteur-parolier du groupe jazz-rock Tanger. Il est tout vêtu de noir, comme à l’accoutumée. Et très gentil comme à l'accoutumée. On parle un peu. Le temps d’apprendre qu'il est actuellement plongé dans l’écriture de son premier livre depuis six mois (on n’en saura pas plus sur le livre, c'est une surprise) ; que le quatrième album de Tanger en est au choix du tracklisting (on l’appréhende cet album vu la teneur techno-rock des nouvelles compositions qu’il a dévoilé il y a quelques mois à la scène Bastille) ; qu’ils cherchent maintenant un petit label pour sortir l'album (Valérie Zeitoun était chaud pour les resigner chez Mercury, mais Philippe ne veut plus de contrat sur trois albums, il vise plus un contrat ponctuel, une petite écurie, fidèle) ; et que Tanger a récemment joué avec Nina Morato (présente ce soir et fort jolie) à l'occasion de son passage dans l’émission le Fou du Roi. Le temps d’apprendre que Philippe Pigeard n’aime pas du tout l’écriture précieuse d’Holden, avant qu'il ne reprenne sa discussion avec Nina Morato et ne nous oublie pour le restant de la soirée (je vous dirai plus sur lui une prochaine fois car j'ai eu la chance de le coincer en interview pendant 45 minutes quand leur troisième album, L'amourfol, est sorti en 2003).

Eudeline, Didier Super du blues rock ?
Attention, le deuxième vieux rocker entre en scène. Et si le premier était un vieux qui faisait jeune, le second est un vieux qui fait vieux. Terriblement vieux même et sa fierté est là, être un déchet, un vétéran, un rescapé du rock. Le "dandy punk parisien", "l’ex Asphalte Jungle à multi-casquette d’écrivain, critique, chanteur, musicien" arrive donc en odeur de sainteté avec ses Beaux Gosses pour nous donner "un aperçu de son rock aux accents bluesy pour un moment poétique empreint d’urgence", dixit, toujours, le flyer. Les choses ont changé depuis qu'on l'a vu sur cette même scène il y a quelques mois, voire un an. Depuis son album est sorti (Mauvaise étoile, le 17 mars) et il n’a plus de feuilles en main. Plus d’anti-sèches. Est-ce à dire qu’il a ses textes en tête ? Qu’il les a appris ? Et va-t-il moins tituber, moins tâtonner dans sa façon de chanter, moins jouer le poète déglingué et maudit ? Et moins nous faire rire par son affreuseté ? Que nenni. De nouveau de l’autre côté de la barrière, celle qui sépare les pages de la presse rock de la scène rock elle-même, Eudeline le critique rock mythique se fait plaisir et ça fait peur à voir. Guitare et micro en pogne, il devient le Didier Super du psyché-blues-rock. Il faut voir ça ! Il faut le voir chanter "Excuse-moi partenaire" (de Johnny Hallyday) pour saisir l'ampleur du désastre. Sur disque, je ne sais pas ce que ça donne, mais sur scène c’est la cata. Mais pas n’importe quelle cata. Une cata savamment entretenue. Une cata Gainsbarienne, une cata Lou Reedienne… Enfin une cata qui rend hommage à tous les Dieux rock que l'Eudeline vénère. Des Dieux cramés, les mêmes que son ami Daniel (Darc). Mais avec les mêmes Dieux, Eudeline convainc moins que Darc. Il n'a pas la finesse de Darc. Il fait du grand n’importe quoi Eudeline, c'est inaudible tellement il chante faux, tellement il se vautre dans des babillages séniles censés mimer la transe rock. C’est très drôle à voir et pitoyable aussi. Fascinant. Eudeline fait tout pour maintenir sur scène un niveau de bordel suffisant, il en fait des tonnes pour que ça reste bien destroy – exploite le moindre couac pour la ramener, papoter, jette son pied de micro, revendique que si on veut de la merde avec lui on est servi, enlève ses Ray Ban pour nous laisser voir sa gueule de dragon ravagée, beurk. Il en fait des tonnes, comme si la déglingue était l'étalon maître du rock, comme si la déglingue, c'était LE dogme du truc. On n'a pas affaire à un "moment poétique empreint d’urgence", ce qui peut être une chouette définition du rock, on a juste affaire à un has been qui s’enlise dans une rock attitude artificielle et surjouée. C’est bien dommage en un sens car derrière lui ses Beaux Gosses assurent plutôt niveau musique. On guette donc les moments sans chant pour profiter un peu du son et ne pas partir tout de suite. Mais on ne fait pas long feu. Le public joue le jeu d'Eudeline, lui réclame "I put a spell on you" (de Screamin' Jay Hawkins) et le laisse en roue libre dans sa spirale destroy. Bamos.

Bang Bang Rock'n'roll
On ne reste pas pour voir les battles qui opposent Hervé d’AS Dragon ou Eudeline aux petits jeunes de Second Sex ou The Naast, ou encore Vegomatic à Christophe de Tanger, etc. On rentre tranquillement chez nous, lisant dans le dernier métro qui nous ramène, un bel article sur Lester Bangs qu'on a trouvé dans le magazine One Shots qu'on a choppé au Triptyque avant de partir. Le journaliste, qui écrit le sagouin, y cite des propos de Bangs qui font étrangement écho à cette phrase de Michel Houellebecq, dans La possibilité d'une île : "Ce que nous essayons de créer c'est une humanité factice, frivole, qui ne sera plus jamais accessible au sérieux ni à l'humour, qui vivra jusqu'à sa mort dans une quête de plus en plus désespérée du fun et du sexe ; une génération de kids définitifs." Voici ce que dit Bangs : "Ce dont nous avons besoin, c'est de stars rock prêtes à passer pour des iméciles, à faire le grand plongeon et si nécessaire à se comporter de telle sorte que leur public ait honte pour elles, aussi longtemps qu'il ne leur reste plus le moindre lambeau de dignité ou d'auréole mythique. Parce qu'alors tout le foutu édifice prétentieux de l'industrie rock, si suprêmement ridicule, lancé pour piquer du pognon en arnaquant les kids et en encourageant les carrières des anonymes sans talent qui s'en nourrissent."

Photo de Patrick Eudeline par Nicolasi pour ParisCityRock
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13 avril 2006 4 13 /04 /avril /2006 20:31
Je sors peu, je ne suis pas un globe trotter de la nuit parisienne. Mais le 6 avril, invité aux concerts de Vegomatic et de Patrick Eudeline et ses Beaux Gosses, j'étais au Triptyque. Et j'ai bien fait. Il s’est passé d’intéressantes choses sur et hors scène.

Eudeline, l'idole des jeunes
Une soirée de vieux. De rockers des années 70 et 80. Thierry Los, leader de Vegomatic, a la quarantaine et Patrick Eudeline la cinquantaine, mais "canonique" comme on dit. Bien sentie. Tassée. Défraîchie. Il est tard. 22h00. Et les passages des formations, respectivement prévus à 22h30 et 23h30, of course, sont en retard. Il faut être motivé pour en être de cette soirée. Mais de toute évidence, il y en a d'autres que nous qui en veulent ce soir-là. Le Triptyque est plein, surtout côté bar. Envahi de jeunes gens trendy effets-minets. Naast ? Second Sex ? Parisians ? Plasticines ? On ne sait pas. On ne les connaît pas trop ces groupes, si ce n’est de nom, de réputation, d’allure. Et qu'ils cocottent le revival rock du haut de leurs 15 ans et demi. Bref, on ne sait pas trop qui ils sont, mais pour tout dire, on s’en Brats les couilles. Juste qu’ils sont là, en clique, impossible à ne pas voir, alors on les regarde. On les a repérés dès l’entrée, trop prompts qu’ils sont à se montrer, bien fringués décadence pailletée ou vintage rockab’, ridicules comme pas permis. Dès l’entrée, un des leurs s'est tapé l'affiche, grillant la queue dans le seul but qu'on le voit bien avec ses grosses lunettes rondes et noires, son jean moulant, ses cannes de serin, son sac doré de marque à l’épaule et sa greluche assortie. Look total m'as-tu-vu. L’hallu totale. Dans quel monde Vuitton ? En 78 au début des années Palace ? Non, on est juste au Triptyque, à Paris, en 2006. Et eux, ils essayent de paraître pressés, de starifier leur jeunesse branleuse, de paraître comme à la recherche d’un caprice, comme s’ils comptaient, qu'ils faisaient partie d'un mouvement de poids, de fond, comme si Paris, le Tryptique, 2006, tout ça, c’était important : the place to be. Quelque chose comme ça. Bon, c'est vrai, il y a Pete Doherty qui joue la semaine prochaine au Triptyque, même nous ça nous étonne. Pete Doherty, lundi 10 avril au Triptyque, c'est inscrit en blanc sur rouge bien gros sur les affiches. Doherty l'enfant terrible du rock en guitare solo en plus. Seul, mais escorté d'une ribambelle de premières parties. La crème du rock d'ici : Vegomatic, AS Dragon, Hushpuppies. Tout ça. Mais bon, ce n'est pas pour autant la révolution, hein. Et eux qu'ont-ils à voir avec Pete Doherty ? Non, il n'y a aucune raison de se la péter les gars (en plus Pete Doherty n'est finalement pas venu). Mais les jeunes fashion victims sont là. Pareil que la dernière fois où Eudeline jouait. Elles ont fait du Triptyque leur repère, semble-t-il. Et ce n'est sans doute pas étranger au fait que Patrick Eudeline, parrain de l’âge d’or du rock, en ait lui-même fait son QG. Pas étranger au fait que l'Eudeline y traîne ses célèbres boots à talonnettes, que le flyer de ce soir n'oublie pas de mentionner. Important ça, les boots. Emboîtant ses pas dans ceux de l'idole, du fantôme Eudeline, cette jeunesse mène là un ersatz de vie rock, un simulacre de vie de château rock, espérant peut-être profiter des quelques secrets ou de l'aura incertaine qui entoure Eudeline. De ronger sa carcasse pendant qu'elle est encore tiède. Cette jeunesse squatte donc côté bar. Garçons et filles tchatchent vainement, attendant que la vie passe, qu’on les élise, qu'on les regarde, comme dans une sitcom d’AB. Comme dans un loft de caméras truffé.

Ce soir, c’est soirée disco avec les Vego !
Vegomatic s'élance sans plus attendre devant une foule éparse, au son de l’héroïque et furieusement festif "Vegomatic Theme" (un hommage
à Dick Dale, "roi de la surf guitare", et son morceau culte "Misirlou" qu'a repris Tarantino pour la B.O. de Pulp Fiction : vous en serez bientôt plus dans l'interview que je vous livrerai sur Thierry Los). Je dis foule, mais ce n’en est pas une, c'est plus une poignée de spectateurs, avare d’ailleurs en applaudissements. Mais très pros, les Vego ne se débinent pas. Par la force de leurs morceaux, ils font monter la sauce. C’est qu’ils ont l’habitude des premières parties aux airs de bâton merdeux. En ce moment, ils font beaucoup de petites dates pour assurer la promo de leur deuxième album, Ca c’est Vegomatic, qui sort le 2 mai dans les bacs. Le 10 mars, par exemple, ils étaient en concert gratos à la Flèche d’Or pour la troisième édition des soirées "Outrageusement Publics" de Radio Néo. Etaient programmés, dans l’ordre, Vegomatic, Holden et Les Fatals Picards. Et outrageusement public, la soirée l’était. La salle était bondée. Mais le public était plutôt venu pour "nouvelle sensation pop française" parrainée par Libé qu’est Holden. Holden qui a d'ailleurs déçu tant il a échoué à retranscrire en live la finesse atmosphérique de cette pop de chambre dont la mélancolie assez délicieuse nous rappelle Autour de Lucie et Les Valentins. Ce soir-là, Vegomatic pestait donc d’avoir mouliné pour des prunes en ouverture. Car son rock n’est pas fait pour les chambrettes et il avait assuré, réchauffant la salle de quelques précieux degrés avec son cocktail d’électro-surf-music. Tout ce beau bruit refroidi par les minauderies d’Holden... Bref, au Triptyque : pareil. Le public est plutôt venu pour voir Eudeline et profiter d'un squat peu cher mais hype : 5 € l’entrée, idem la bière. Mais Thierry Los et les siens ne se dégonflent pas. Lui et la chanteuse, la jeune russe Macha, forment un beau duo et ils le montre. Le vieux beau à la tignasse argent, le Peter Pan à piles Duracell décoche ses riffs électriques, son enthousiasme débordant d’éternel enfant tandis que sa Jane Birkin joue de son sex-appeal étrange, de ses deux grands yeux trouant sa silhouette de phasme, de ses gesticulations bancales. Elle fournit aux textes les vocaux girly qu’ils demandent et aux mélodies ses notes de clavier ludiques. Le groupe se dépatouille bien avec les quelques problèmes de son et en 6 morceaux, le temps de balancer "Quelque Chose", "GI Joe", "Bleuroserougejaune", "Danser le Robot Surfer", "Action", toutes ces bombinettes accrocheuses comme pas deux figurant sur leur deuxième album, un semblant de ferveur commence à prendre. On a même droit à quelques chorégraphies très sympathiques, notamment sur l’intro très "disco Boris" du Robot Surfer ". C’est super frais. Ça c’est Vegomatic !

Photo de Vegomatic par Nicolasi pour ParisCityRock

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8 avril 2006 6 08 /04 /avril /2006 23:10
PARL HOT en prend pour son grade (suite)

Sentir mon existence comme redoublée, customisée, c'était sympa. Mais il y en a bien eu un, un rabat-joie, qui est apparu in fine pour me faire une critique, une vraie. C'était un pigiste, une connaissance de Longueur d'Ondes, qui comme moi n'y pige plus trop. Mais qui contrairement à moi ne pige plus trop tout court, si j'ai bien compris. Un type en manque de musique, de concerts, de soirées, etc. Ou plutôt du fun et du pouvoir que provoque l'ego trip journalistique d'être au cœur de tout ça et de s'en emparer à sa guise pour en parler soi. Bref, il s'est fait l'avocat du diable, ce qui est louable, en me conseillant de mieux cadrer l'usage de mon blog. (De toute évidence lui n'avait pas trop aimé le récit de mes vacances cannoises.) Parce que pour lui, si j'envisageais vraiment PARL HOT comme une vitrine professionnelle (il l'avait analysé comme tel et je lui ai confirmé vouloir PARL HOT comme tel), il faudrait sous-entendu expurger mon blog de ses quelques textes plus centrés sur ma personne ou sur les pensées réflexives que je tiens sur ma vie et mes écrits. Enlever tout ça et ne garder de personnelle que l'écriture. Le style. (Point sur lequel il est un tout petit peu mal placé pour la ramener, mais bon je ne suis pas là pour l'égratigner.) Je lui ait dit : "Oui, je vois ce que tu veux dire. Mais il ne suffit pas d'avoir une écriture personnelle. Un blog, c'est un "support" spécial. (Et il devrait le savoir, lui qui travaille pour le blog de Jack Lang.) C'est un média spécial car il est fondamentalement lié à l'intime, à l'actualité privée de son auteur. Il faut donc amener un minimum le contenu qui s'y trouve, aussi pro et journalistique soit-il, par des entrées "personnelles". Tu vois ? Et pour moi, même cela ça ne suffit pas. Je me vois mal n'y proposer que des articles au sens strict et journalistique du terme, c'est-à-dire des textes "informatifs". Ce n'est pas ça mon trip. Enfin, ce n'est pas que ça. Ça n'en est qu'une partie. Je tiens aussi à l'aspect carnet de bord et laboratoire perso de PARL HOT."

Je tiens à tenir sur mon blog quelques saillies sur Me Myself and I. Parce qu'il est bon de dire qui l'on est et comment on travaille. Quelles questions on se pose et comment on fait sa tambouille. Faire cette autocritique ou cette simple mise à distance permet de reprendre son souffle. De rire un peu. De ne pas tout le temps se prendre au sérieux. De ne pas tout le temps être journaliste. Ces moments sont ponctuels. Mais ils font partie de l'aventure qu'est pour moi, même minime, celle d'écrire un blog. Une aventure que j'espère longue et bonne comme un cross country pour sportifs masos. De toute façon, ai-je dit à cette personne, "Je ne fais pas ce blog uniquement pour les professionnels, je l'écris aussi pour les amis et plus largement les amateurs des thématiques que j'aborde." Et j'aurais dû finir en précisant que : "D'ailleurs pour moi, ces trois "catégories" de lecteurs ne sont en fait peu ou prou qu'une seule et même personne unie par une curiosité et des centres d'intérêts communs. Idéalement, pour moi, l'ami doit pouvoir me lire avec la distance du pro et le pro me lire avec l'empathie de l'ami." Je ne changerai pas cette ligne que suit PARL HOT depuis son lancement. C'est moi et je me montre à lire tel que je suis. Tel que j'aime et ressens les choses, habité par le journalisme, mais pas seulement. Et je repense à cette phrase de Cocteau, citation du jour bien pratique dans une telle occasion car elle me confère les pleins pouvoirs : "Ce que le public te reproche, cultive-le, c'est toi."
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8 avril 2006 6 08 /04 /avril /2006 23:04
PARL HOT en prend pour son grade

Hier soir, j'étais au Nouveau Casino pour fêter et profiter de la première soirée parisienne organisée par Longueur d'Ondes, magazine de musiques actuelles gratuit et indépendant. J'aurais dû être dans mon élément parce que c'est une salle de concert que je fréquente régulièrement. Mais non, j'étais un peu perdu car il n'est pas fréquent que cette salle abrite une faune aussi peu parisienne. D'origine bordelaise, Longueur d'Ondes avait rameuté bon nombre de "provinciaux", mais aussi de Québécois, car distribué au Québec, il a de forts atomes crochus là-bas. Des Québécois, il y en avait notamment sur scène, avec les présences de Damien Robitaille (piano-voix-humoristique avec accent à couper au couteau) et DobaCaracol (des Cocorosies world dreadlocks). J'étais perdu car c'était la première fois que je me retrouvais dans une soirée où je connaissais autant de monde et où autant de monde me connaissait et m'adressait la parole. Rien de paranormal là-dedans. J'ai été pigiste pour Longueur d'Ondes pendant deux bonnes années, très bonnes, enrichissantes humainement, journalistiquement, musicalement... avant que ça ne capote. Cela faisait quelques mois que j'avais donc pris mes distances, pour voir ailleurs, et essayer de m'enrichir financièrement dans un magazine plus "performant", mais si possible sans perdre le supplément d'âme que j'avais trouvé chez Longueur d'Ondes. Alors je reprenais contact. Par exemple avec Eric (journaliste), Philippe (photographe), Eleonore, Patrick, Béatrice, Cédric (tous journalistes) et des nouveaux comme Yvon (musicien  du groupe de soul hip-hop jazz
L'Unité), et Arnaud, journaliste. Mais aussi Serge Beyer bien sûr, l'institgateur de cette soirée et rédacteur en chef de Longueur d'Ondes, dit LO. Ce lendemain, il livre par mail ce commentaire qui a valeur de rectificatif à ce que j'ai dit plus haut : "Hé oui, ce n’était pas une soirée hype. Pourtant, à part l’équipe de LO, il n’y avait que des parisiens. Il devait y avoir 4 ou 5 québécois, pas plus, même si l’accent etait sur scène. Le public était celui du monde de la musique, mais pas les chefs de production des maisons de disques, plutôt des organisateurs de spectacles, des artistes émergents, des producteurs et tourneurs... Et les échos que j’en ai sont largement positifs. Après deux mois de travail d’arrache pied pour caler cette soirée, j’avoue que ça fait plaisir. J’ai même ou des mails super enthousiastes de gens que je ne connaissais pas. Ce qui me prouve aussi que les gens n’étaient pas là sur le nom des artistes, plus ou moins inconnus ici à ce jour, mais sur le nom de la revue." Bref, il y avait comme un afflux de sang neuf à revoir ces gens venir vers moi. J'étais étonné que ce magazine artisanal aux modestes moyens réussisse une telle soirée. J'étais content qu'ils réussissent cet événement après tout de même plus de 20 ans d'existence, il était temps. Qu'ils prennent possession de Paris, enfin d'une petite parcelle de Paris, pour un soir.

Mais j'ai surtout été perdu, parce que j'ai goûté, sans m'y attendre, les fruits de mon récent mailing intensif sur la naissance de PARL HOT. Je ne m'y attendais pas. J'étais un peu pris de cours, désarçonné. Comme si il y avait une soirée dans la soirée. Que l'on fêtait la longévité du bimestriel LO mais aussi la venue au monde de PARL HOT, en catimini, avec les quelques initiés qui avaient reçu le message. Les premiers lecteurs faisaient leurs coming-out et leurs commentaires, du genre "Salut, alors revenu de Cannes ?" ou "Hey, bien joué l'article sur Camille et la pub Kookaï". C'était bizarre. Que dire ? Qu'ajouter dans la "vraie vie", en "live" à "cela", à ce que j'avais écris en marge sur la toile. Qu'ajouter puisque les gens m'avaient lus et que j'avais essayé de tout dire ? Avais-je vraiment tout dit ? Devais-je me répéter ? Faire redondance orale à des choses que j'avais inévitablement mieux dites à l'écrit sur mon blog ? Comment repasser à l'oral après l'écrit ? L'oral apporterait-il quelque chose de plus que l'écrit ou n'avais-je pas tout simplement tué les raisons d'être d'une quelconque parole, sa spontanéité, son imprévu, son interaction, sa frivole fugacité, dans l'aveuglant solo de l'écriture blog, moi qui justement voulait l'inverse, générer de la parole ? Ces gens voulaient-il vraiment que je réponde de vive voix à leur signal de reconnaissance, que je m'étende sur ces sujets déjà défrichés, ou m'en parlaient-ils seulement par politesse, pour ne pas me froisser, ou je ne sais quoi d'autre encore ? M'en parlaient-ils seulement parce qu'ils ne pouvaient pas ne pas faire autrement après avoir trouvé autant de moi sur PARL HOT ? Ne m'en parlaient-ils pas juste parce qu'il fallait obligatoirement joindre les deux bouts entre le Sylvain du blog et le Sylvain physiquement présent ce soir, m'en parler deux secondes histoire de résoudre les deux termes d'une obscure équation, comme un bug espace-temps. Fallait-il donc que j'embraye, que je change de sujet, de discussion, là, maintenant ? Je n'ai pas pensé à tout ça sur le moment. J'étais juste un peu "décalqué". Et content aussi de cette petite reconnaissance.
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8 avril 2006 6 08 /04 /avril /2006 16:40
L’amour à l’objectif


On trouve de "saisissantes" photos de pub dans le magazine culture et mode
Crash
. Dont celle-ci de Sisley, marque de fringues pour nanas, qui figure au top des poses suggestives et va être dur, c'est sûr, à détrôner dans le genre. Le slogan? "J'adore les paparazzi". Preuve qu'incrustée au cœur des canons visuels de la mode, l’esthétique porno-chic continue de faire des ravages. A des effets durables. Hot, hot, hot. Surtout quand le culte de la célébriété à tout prix style Paris "sex tape" Hilton s'y mèle. Là il ne manquerait plus que le blue jean de la miss parte en vrille comme le bleu du ciel… 

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6 avril 2006 4 06 /04 /avril /2006 14:32
"Nice women go to paradise. Nasty ones go everywhere !"*

La citation du jour, anonyme et bien bonne, m’est offerte, et vous est offerte, par le Filles-Mâles Festival, dit Filles-Mâles Fest. Plus que fréquentable (ses trois thèmes principaux sont "rock bruyant", "femmes" et "maternité"), ce petit festival innovant, qui n’a rien à voir avec la chanteuse canadienne du Broken Social Scene, mérite d’être plus largement connu. Il se déroulera en région havraise le samedi 3 juin et s'annonce effectivement, dixit l’attachée de presse, de bien belle tenue avec, en guise de pré-prog, des groupes comme Basement, Heliogabale, Monochrome, Punish Yourself, Tinuns... Pour amateurs de musique qui aiment varier les plaisirs.

* "Les femmes gentilles vont au paradis. Les femmes méchantes vont partout !"
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5 avril 2006 3 05 /04 /avril /2006 02:29
Le sémiologue à la petite semaine que je suis dénoue le pacte sulfureux que signent Le Fil de Camille et la fibre textile dans la dernière campagne Kookaï (suite).

Beauté : arme de destruction massive

La beauté est l'atout pervers de la mangeuse d'hommes, d'une femme vue sous l'angle de l'amazone. Cet axe est le concept de communication cher à Kookaï depuis quelques années. Et il atteint là des sommets de subtilités. On n'a plus affaire aux torses scarifiés des pubs précédentes mais en substance, on y dit la même chose sur le pouvoir de la femme. Kookaï innove car il ne montre pas des femmes-objets victime de leur beauté, comme le font la plupart des pubs, mais des femmes qui ne sont pas seulement jolies parce que, derrière leur beauté qu'elle considère comme une arme, un appât, elles ont plan, une motivation profonde et clairement assumée qui est de manger du mec. De dévorer de la chair. De réduire l'autre en objet. La beauté est donc présentée comme carnivore, destructrice. Mais est-on tenté d'ajouté, pour continuer dans la cruauté, cette beauté est d'autant plus liée à la mort qu'elle est une arme périssable. "Pretty things are going to hell" comme disait Bowie. La beauté meure deux fois de faner avant de disparaître. En cela aussi, la beauté est divine et diabolique à la fois.

La femme amazone

Camille et son Fil incarnent à merveille cette image amazone de la femme défendue par Kookaï. Elle aurait pu être leur ambassadrice. Tout comme Claire Dit Terzi (avec Boucle) et Fiona Apple (avec Extraordinary Machine) qui sont elle-même très amazones. Mais pas Emilie Simon, trop femme-enfant avec son Végétale. Amazone, Camille l'est radicalement. Avec Le Fil, l’ange s'est fait tête de lard. Dans cet album, elle se met démesurément en avant et impose sa différence, sa volonté de fer et son coté barré, voire misanthrope. Elle se joue du beau et du laid, du corps et de l’esprit, du bien et du mal, du masculin et du féminin, du malaise et de la fascination, mêlés, qu’elle peut susciter. Elle joue les fées-sorcières. Fait son théâtre de la cruauté. Sa dynamite nietzschéenne. Son fil d'art, c'est la guillotine et le pic à glace d'une artiste qui revendique son sexe fort, mais aussi son supplément d'âme et de l'intelligence jusque dans ses excès d'idiotie. Son Fil c'est la pelote de laine d'une chamanique maniaque qui tisse sa toile pour nous prendre en son centre et nous faire siens. C'est une araignée, une mante religieuse, un animal, quoi.

La fibre textile et Le Fil de Camille sont donc étroitement liés. Ils sont les doubles hélices d’ADN finement torsadées d’une nouvelle forme de vie qui prend son indépendance, d'une vie carnivore qui se retourne contre elle-même, pour manger la vieille vie d’avant : homme avec un petit h et l'Homme avec un grand H. Et cette fibre et ce Fil, c'est enfin la déclinaison, l'ombre d'un autre fil, tendance, qui est tout aussi dévorant et destructeur : le fil nombrilaire des nouvelles technologies. Cette fibre et ce Fil sont l'ombre du cordon et du câble de téléchargement de l'ère numérique. De l'ego-casting des nouvelles technologies qui plongent dans les profondeurs de l'être, la peau et l'égo, pour le "customiser". Cette fibre et ce Fil sont le symptôme des nouvelles technologies portables, iPod en tête, devenues Moi de substitution auquel de plus en plus de monde se connecte. Pour s’isoler des autres. Et se fuir soi. iPod, Fil tentateur, serpent : toujours une histoire de pomme au centre...


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5 avril 2006 3 05 /04 /avril /2006 01:46
Le sémiologue à la petite semaine que je suis dénoue le pacte sulfureux que signent Le Fil de Camille et la fibre textile dans la dernière campagne Kookaï (suite).

La marchandise se fait chair
Dans l’affiche Kookaï, on le voit : la fibre de la fringue s’autonomise violemment. Lévite électrostatique comme la résultante d'un son. Une onde sonore qui se propage, nerveuse. La fibre est nerveuse. Animale. Le fibre est autant  sonore qu'épidermique. C’est le tissu charnel d’un vêtement qui se fait chair plus qu'il n'habille. Un vêtement-marchandise qui prend vie pour mieux susciter le désir, dans un mélange troublant et très fort d’Eros et de Thanatos. Via la fibre, la marchandise s'approche de vous comme un serpent tentateur. Il est question de mue, de prédation, de changer de peau. D'en prendre une autre. Comme le verbe Biblique, le vêtement-marchandise se fait chair. Odieux, mais divin, il s'effiloche, s'aiguise et se divise en fibres pour mieux régner, pour tel un monstre-plante s'infiltreren vous et vous contaminer et tel un succube vous cannibaliser. Ce cannibalisme indique la forte personnalité de la fille Kookaï. Qui va se retourner contre vous, hommes.

La peau et l'égo, visée du Fil

Désir  = mort. Le slogan fait donc sens. Il dit : "Je ne suis pas jolie, je suis pire". On ne sait pas très bien si c’est la fille ou le vêtement-fil-marchandise-serpent qui le prononce. C’est probablement les deux, fusionnés. Mais toujours est-il qu'il surligne la situation de prédation qu'induit l'affiche, et pointe un message cruel, à savoir que la beauté n'est pas la pour faire joli et être consommée. Mais qu'au contraire, elle est là pour créer le désir, vous attirer dans ses filets et donc vous consommer. "La peau est ce qu'il y a de plus profond" disait Paul Valéry. La fibre prédatrice de Kookaï et Le Fil de Camille se rejoignent donc dans les profondeurs de l'être : la peau et l'égo

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5 avril 2006 3 05 /04 /avril /2006 01:42
Le sémiologue à la petite semaine que je suis dénoue le pacte sulfureux que signent Le Fil de Camille et la fibre textile dans la dernière campagne Kookaï.

N’y a-t-il pas comme un petit bout de Fil dans cette pub Kookaï ? Dans son fil qui lévite, électrostatique ? Oui, comme un bout du Fil de la chanteuse Camille, dont le deuxième album, Le Fil, a été certifié disque d’or et Prix Constantin 2006 ?

Camille, Björk de France
Avec ce disque, la mutine jeune femme du Sac des filles, son premier disque gentil tout plein bien qu'un peu chipie, s'est mutée en chanteuse à voix et grimaces beat box Mimi Craca. Elle est devenue l’équivalent français de la fée cyborg hystéro crispante qu’est mondialement l’islandaise Björk.

La maladie d'amour du Fil
Tout au long de son disque, Le Fil, court une note, un si qui joue le rôle de colonne vertébrale sonore discrète et solide. C'est sur lui que se greffent et s’ébattent la tonalité de morceaux dont la voix est le principal ressort.
Des morceaux dont il ordonne le métissage barré de soul-médiévo-tribal. Dans le jargon, on appelle cette note coninue un "bourdon". Et il court ce bourdon, il fait fi des frontières ce Fil, il s’en rit, les franchit. Argentine, Brésil, Belgique, Angleterre, Allemagne, Hongrie, Liban, Pologne, Canada, Etats-Unis : partout où Camille l’a baladé ou s'apprête à le balader, il a fait ou va faire mouche, Le Fil. Une vraie maladie d'amour. Quel rapport avec le fil de Kookaï ? J'y viens.

Il n'y a que la maille qui Fil

Primo, Le Fil, c’est la chair du disque, son propos. Il symbolise le noyau dur que chaque individu possède et doit trouver en lui-même. Ce noyau dur, ce centre de gravité essentiel et intime, une fois qu'on l'a, tout est permis, on peut partir en vrille. Voler en éclat. Goûter les fruits de notre liberté. VRAIMENT nous exprimer. Et en un mot VRAIMENT créer. Le Fil, c’est le concept élargi de l’art selon Camille. L’infiniment petit qui façonne le tout. La maille reproductible du grand tissu...


Le Fil
chrysalide bleu marine

Deuxio :
forte en concept, la Camille n'a pas bien évidemment pas manqué de matérialiser son fil sonore en fil visible, en fil de tissu. Ce fil, c'est celui qu'elle arbore sur scène et sur la pochette de son disque, comme un horizon indépassable à dépasser, un fil de funambule sur lequel jouer. Matérialisé, le concept du fil est alors déclinable sur tous supports, impossible de lui échapper, il ne nous quitte plus. D'ailleurs ce fil il apparaît dans le clip du single "Ta douleur" et il est des milliers. En effet, jusqu'au-boutiste, Camille file la métaphore en s'affichant prisonnière d'un long pull bleu marine, une matrice, une camisole, voire une chrysalide dans laquelle elle s'amuse à se débattre. Le fil devient pull. De son clip à la campagne Kookaï, il n'y avait qu'un pas.


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Published by Sylvain Fesson - dans divers
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1 avril 2006 6 01 /04 /avril /2006 17:29
GRANDS ARTICLES

Il n'y a pas que moi qui écris long. Il y a Grands Articles, trimestriel qui libère la matière grise des revues d'ici et d'ailleurs. Pour temps de cerveau disponible.


Aujourd'hui tout est court, speed, gratuit, jetable et s'en vante. (20 minutes claironne sur les ondes être le troisième quotidien de France. Une quasi pole position, un quasi monopole vu son jeune âge et son statut, autrefois "bâtard" et handicapant, de gratuit.) Alors qu'un magazine ose faire long et cher à tendance à nous réjouir. Son nom est bête comme choux : Grands Articles. Parce que oui, les articles y sont fleuves, mais point tranquilles.

Comme Courrier International, Grands Articles puise sa moelle ailleurs. Il sélectionne tous les trois mois les meilleurs papiers publiés par les revues françaises et internationales. La matière grise des revues ne végète donc plus pour un cercle restreint d'initiés. Oxygénés et canalisés par la mise en page plus souple et aérée du mag, les thèmes pointus des articles s'ouvrent, sans arrondir leurs angles, à un lectorat plus vaste. Le numéro 3 d'avril-mai-juin actuellement en kiosque est encore bien pourvu. On y parle de l'invasion des techniques biométriques, du "sperme d'Adam sous le microscope de la Kabbale", de l'utopie d'une gouvernance mondiale, du "concept élargi de l'art" de Joseph Beuys, mais aussi, dans l'éditorial (morceau de bravoure) de l'éternel retour de la barbarie qui menace nos sociétés de l'intérieur comme de l'extérieur.

Société, économie, politique, religion, philo, sciences, histoire, arts et spectacles : tout y est et tout est fait, nous dit Eric Rohde, directeur de la rédaction, pour "rapprocher un lectorat exigeant des professionnels de l'analyse des enjeux contemporains". Eric Rohde qui insiste sur la nécessité de ralentir le tempo pour prendre du recul : "Grands Articles est une entreprise à contre-courant. C'est un journal qui propose – à l'heure où partout sévit la brièveté – des articles longs qui requièrent du temps et de l'attention". C'est "une entreprise artisanale qui avance à pas comptés en mettant ses outils en place petit à petit".

Grands Articles est une aventure et on espère qu'elle durera longtemps, malgré le prix de vente, 7€, qui n'est pas des plus accessibles. Et le certain effort de lecture qu'il faudra parfois fournir. (Prévoir cachets d'aspirine : certains chapos donnent à eux seuls presque la migraine.) Mais c'est le prix pour découvrir du neuf et se mettre du plomb dans la cervelle.

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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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