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  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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8 juin 2006 4 08 /06 /juin /2006 19:33

Désarmant





"Ne pas faire de grand déballage lacrymal"


"Voir le banal de façon merveilleuse nettoie l’œil"








Tout à l’heure, on parlait des références qu’on te collait à l’époque d’eNola et Jeff Buckley était l’une des plus visibles. Or à l’heure de ton album solo, on compare plutôt ta musique à celle de Sébastien Tellier, avec son album L'Incroyable Vérité notamment, et sa "Ritournelle" au piano de Politics, son deuxième album. Il y a un monde entre ces deux comparaisons ! Cela te va ?

D’abord, je suis surtout super content qu’il y ait des gens qui disent ça. Je connais un peu ses deux albums en fait, et quand le deuxième est sorti il y avait dessus un morceau qui s’appelle "La Ritournelle" qui est splendide. C’est le genre de morceaux que je jalouse de ne pas avoir écrit. Quand j’entends ce genre de morceaux je me dis : "Pourquoi n’ai-je pas eu l’idée ?" Sur son premier album, il y a vraiment plein de morceaux magnifiques. Et puis il a un côté barré qui est vraiment marrant. Moi j’aime beaucoup ce qu’il fait et j’aime beaucoup le personnage et après oui, musicalement on va dire qu’il y a des accointances, sur les nappes de claviers psychées, le côté aussi assez mélancolique. Je sais que lui par exemple il est beaucoup influencé par Robert Wyatt, qui est quelqu’un que j’estime pas mal aussi, même si je pense que ça se ressent beaucoup moins dans ma musique. Donc oui effectivement il y a sans doute des points communs donc moi j’étais plutôt content de cette comparaison.

Tes morceaux ont une base folk, mais ils virent post-rock dans le sens où tu effaces les repères trop évidents, où tu développent d’autres pistes mélodiques et épure en même temps l’ensemble dans une légèreté vaporeuse. Est-ce donc du post-folk ?
Oui, il y a un peu de ça, mais pour le coup ce n’est pas quelque chose de réfléchi. En essayant d’approfondir ce que j’avais vraiment envie de faire, au niveau de la musique comme au niveau du texte et du champ, ça a abouti sur ce truc-là. Dans cette musique il y a effectivement pas mal d’influences post-rock, mais on va dire qu’il s’agit du pendant le plus dépouillé du post-rock, ce n’est pas Constellation (label canadien très pointu en la matière, nda), ce n’est pas Godspeed (groupe phare de cette écurie). C’est des trucs plus attirés vers l’acoustique quand même et vers l’épure.

Cette musique vaporeuse et épurée t’a-t-elle poussée à remodelée ton écriture en conséquence, à appréhender différemment le texte pour qu’il ne viennent par surcharger l’ensemble ?
Non, les textes me sont venus assez naturellement donc je n’ai pas eu à chercher. En fait je pense que c’est peut-être le point commun le plus évident avec eNola, parce que je n’ai pas eu de démarche particulière. C’est-à-dire que je travaille toujours en écrivant dans un premier temps la mélodie de la musique et celle du texte que je fais par-dessus en yaourt et petit à petit j’écris le texte en français là-dessus, mais sans me poser de questions. Il n’y a pas de démarche générale. Il m’arrive parfois de me dire que j’écris un truc et que ce n’est pas terrible donc j’arrête, mais je ne me suis pas dit que j’allais faire soit des textes très autobiographiques soit complètement barrés psychédéliques avec plein de métaphores.

As-tu écrits ceux de l’album dans un état d’humeur précis ?
Non, ça vient naturellement, quand le morceau commence à être vraiment élaboré, le texte commence à s’installer car je me penche dessus pour mettre un peu plus d’émotion dans le morceau.

Ils sont quand même assez ciselés ! On sent que tu as un souci d’écriture, que ce n’est pas secondaire, pas juste un complément de la musique.
Oui, je suis assez exigeant, mais après ça vient naturellement. Parfois ça vient très très vite. C’est assez rare, mais il y en a qui sont venus en 2-3 heures et il y en a qui traînent parfois six mois, mais ce n’est pas grave : dans la mesure où il y a déjà un couplet et un refrain, je peux le jouer comme ça pendant pas mal de temps et après petit à petit le faire évoluer pour écrire la suite.

Tes textes sont très abstraits. De quoi parlent-ils en général, on peut savoir ?
Non ! (rires) Ce n’est pas que je veux cacher quoi que ce soit, disons qu’il n’y a pas de volonté d’hermétisme, je ne fais pas en sorte que mes textes ne soient pas compréhensibles, j’essaie juste de faire en sorte qu’il y ait différentes grilles de lecture, différents niveaux de compréhension du texte pour que chacun puisse y voir un peu ce qu’il veut, un peu comme dans un tableau abstrait par exemple où chacun va y voir en fait ce qu’il est, c’est un peu un écho de lui-même dans la toile ou dans le texte. J’essayais vraiment de faire quelque chose qui ressemble à ça, de faire en sorte que la personne puisse mettre un peu d’elle-même dans le texte, de ne pas faire de grand déballage lacrymal sur ma position soit d’amoureux transi, soit d’artiste…

Ta musique est romantique alors qu’elle ne parle pas de nanas…
Oui, il y a des textes qui peuvent sembler vraiment romantique et puis si on les lit d’une façon plus politique ça peut être des textes qui sont assez surprenants. Sur le 7 titres, il y a par exemple un morceau qui s’appelle "En Face" et qui est vraiment pris pour une petit chanson romantique (moi à la base je savais très bien qu’il y avait ce double sens dans le texte), mais à la base je l’ai surtout écrit dans un sens politique. Je parle des gens qui sont déçus des mouvements politiques. Je l’ai écrite à la suite des élections présidentielles de 2002, pour moi ça a vraiment été une grosse baffe.

Transposer ce thème-là dans un univers poétique, ça ne doit pas être facile ?
Bah le but c’est ça. De toute façon, je pense que mon rôle comme le rôle de je pense tous les musiciens c’est d’ingurgiter plein de trucs. Moi je lis beaucoup de choses, je vais au cinéma, j’écoute énormément de disques, j’en achète plein, je vais en concert, j’ingurgite, je suis une éponge et petit à petit toutes ces influences je les digère et j’en fais quelque chose qui me correspond, avec ma personnalité j’en fais quelque chose qui est différent. Même quelque chose comme une grande déception politique, avec le recul je le digère et ça fait un texte dont on a l’impression que c’est une petite amourette, quelqu’un qui est déçu de l’infidélité de son ou de sa partenaire, et puis qui est parti.

Qui a-t-il en ce moment dans ton éponge, au niveau livres, au niveau disques, au niveau films ?
Au niveau disques, il y a des tonnes de choses mais je vais essayer de réfléchir aux trucs les plus récents : Devendra Banhart, le dernier album j’adore. Julie Doiron aussi. C’est une canadienne, le dernier album est vraiment super. Shannon Wright et Yann Tiersen. Je suis vraiment un grand fan de Shannon Wright et là je trouve que c’est bien, c’est une autre facette, ça fait vraiment une entité, les deux mondes se marient à merveille, ça fait un truc assez improbable mais je trouve que c’est super beau.

Et en cinéma ? Es-tu très cinéphile ? Ta musique semble très cinématographique, très visuelle. Vois-tu des images quand tu écoutes ta musique ?
Non, pas trop en fait. Je ne vois pas trop d’images, mais par contre je suis attaché à certaines ambiances, j’aime bien le cinéma qui est assez contemplatif, j’aime bien quand on nous laisse le temps de regarder les choses, et ce que j’aime surtout aussi au cinéma c’est qu’on nous fasse voir des choses affreusement banales de façon merveilleuse. Ça permet un peu de nettoyer l’œil, c’est-à-dire que ça permet de réenchanter le monde. Moi quand je sors d’une salle de cinéma, je regarde le parking où je me suis garé et je le vois complètement différemment. J’ai l’impression que ces néons que je trouvais hideux en arrivant sont en fait sublimes, je trouve que l’éclairage est sublime, que les poubelles qui sont sous l’escalier et qui étaient toutes crades je trouve que c’est magnifique, ça permet vraiment de renouveler son regard. Et dans la musique, c’est ce genre d’atmosphères que j’aime bien. Par exemple dans tout ce qui est post-rock j’aime bien ce coté contemplatif, assez lent et puis assez étrange aussi. C’est-à-dire que parfois ça peut être des bruits, quelque part c’est pareil que l’image. Quand on ressort de chez soi et qu’on entend le réverbère qui grince parce que il y a un orage, on se dit : "Tiens, finalement plutôt que de considérer ça comme une nuisance c’est peut-être un élément poétique". Voilà, la musique, le cinéma, ou même la littérature ça permet de poétiser un peu notre monde et le voir un peu différemment. Je pense qu’avec le quotidien on a tendance à tout dénigrer, mais en fait quelque part tout peut paraître extraordinaire.


(Suite et fin.)


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8 juin 2006 4 08 /06 /juin /2006 17:48
Désarmant



"Mon premier concert a failli être le dernier"


"Voir le morceau s'assembler fait partie du show
"






Comment as-tu appréhendé le fait de te "décamoufler" avec ce projet solo, de trouver enfin ta justesse vocale et musicale ?
Ça a mis un peu de temps. Parce qu'à la limite, même sur le 7 titres il y a quelques titres, notamment un titre qui s'appelle "La lisière", qu'avec le recul je n'aurais peut-être pas fait comme ça. Parce que j'étais encore dans une période où je cherchais. Mais après, quand j'ai commencé à assumer ce que j'étais et ce qu'était ma musique, c'était plutôt une libération. Au bout d'un moment, on arrête justement de s'encombrer d'influences extérieures, on arrête aussi d'essayer de se camoufler parce qu'on est timide ou parce qu'on pense que ça ne va pas plaire. Là, vu que le but du 7 titres c'était vraiment de se faire plaisir (on ne savait même pas si derrière ça allait sortir et donc si des gens allaient l'écouter), on a été à fond dans une direction.


La scène a-t-elle joué un rôle important dans la maturation des morceaux et la poursuite de ta démarche solo ?
En fait, ça m'a procuré beaucoup de plaisir et un plaisir qui était différent de celui du groupe. Donc effectivement, ça a joué mais dans un premier temps c'était plutôt une contrainte. Le premier concert que j'ai fait tout seul, je me suis un peu dit que ce serait peut-être le dernier, parce qu'autant j'avais l'habitude des concerts pour en avoir fait beaucoup avec eNola et d'autres groupes, autant là pour le premier concert en solo c'était vraiment très très dur. C'était en première partie de Benjamin Biolay, au Plan à Ris Orangis et je n'étais pas encore tout à fait près. Le début du concert était vraiment moyen, les gens l'ont vu, mais après je me suis petit à petit libéré et finalement ça a bien plu donc c'était plutôt encourageant. Mais du coup, je m'étais dit : "J'en fais un deuxième, je vois comment ça se passe et si c'est aussi dur pour moi intérieurement, j'arrêterai. Peut-être que je continuerai à enregistrer mes morceaux tout seul mais je ne vois pas l'intérêt de monter sur scène si c'est pour être mort de trouille". Mais après j'ai eu beaucoup de réactions positives donc déjà ça m'a un peu remotivé.


Ensuite tu as eu un déclic sur scène ?
En fait, dès le deuxième concert ça allait beaucoup mieux, j'avais retrouvé les automatismes que j'avais avec eNola. C'est-à-dire qu'il y a une sorte d'appréhension, un peu de nervosité avant le concert, mais très vite après on oublie un peu où on est, on oublie un peu qui on est et on se lâche. Et là comme j'avais l'avantage d'être tout seul, je pouvais justement me lâcher à tous les niveaux, je pouvais modifier la structure des morceaux, faire très soft un morceau qui est normalement plutôt rock, adoucir le passage d'un morceau ou le durcir si je vois que le public n'est pas attentif. Ça me permet de m'amuser. Les morceaux durent des fois 4 minutes, parfois ils en durent 12, avec ce système de sample que j'utilise je peux vraiment choisir...


Etait-ce un choix ou une contrainte de t'auto-sampler ?
J'avais peur. Au début, ma grande appréhension quand j'ai commencé tout seul c'était que j'avais peur d'ennuyer les gens. Je me suis dit : "Avec ma petite guitare et un peu de chant, c'est bon au bout de trois morceaux les gens se seront endormis ou ils seront partis". Donc l'histoire du sample ne me paraissait pas mal. J'avais vu Joseph Arthur utiliser ça brillamment donc je me suis dit : "Je vais peut-être essayer un truc un peu dans cette veine, ça me permettra de faire des morceaux vraiment intimistes et puis des trucs un peu plus bizarres".


C'était donc un vrai choix musical.
Oui, mais dans l'idéal, si je pouvais marier des concerts vraiment solo et des concerts avec d'autres musiciens ce serait bien. J'aimerais bien essayer de jouer avec un quatuor. Mais bon après il y a les contraintes économiques. L'avantage d'être tout seul c'est de pouvoir se déplacer en voiture. On est deux ou trois, il y a Antoine l'ingé-son, Stéphanie la manageuse et voilà on prend une voiture, on part, avec mes deux guitares, mon sampler. Si je commence à jouer avec des musiciens, ça nécessite de demander des cachets plus importants, de louer un camion, de trouver un logement, enfin plein de choses qui font que jouer tout seul est un peu le résultat de contraintes, mais je m'y retrouve vraiment.


Avec ce système de pédale de sample, tu as la liberté sur scène de modeler à l'envie tes morceaux. Dans ce champ des possibles comment as-tu réussi à te fixer une limite pour trouver la forme définitive des morceaux à mettre sur l'album ? Et pourquoi le son de l'album est-il si différent du live qui lui était plus chaud, profond, presque tribal...
Le but c'était vraiment de faire sur scène quelque chose qui ne ressemble pas à ce qu'il y a sur disque, que ce soit sur le premier (Le Long Train Lent et les Beaux Imbéciles, le 7 titres, nda) ou le deuxième (Néons Blancs et Asphaltine, premier vrai album, nda). A la limite, dès qu'un morceau commençait à trop ressembler à une version du disque, j'essayais un peu de le rattraper et de le tirer vers un autre sens, j'aimais bien lui donner une autre couleur. Il y a des morceaux qui ont pas mal évolué entre le début et maintenant, pour ne pas me répéter. Je pense que si les gens viennent me voir, ou viennent voir un artiste en général, c'est pour qu'il se passe des choses un peu surprenantes, pas pour qu'il y ait exactement la même chose que sur le disque. Ca peut être bien aussi mais ce n'était pas mon trip. J'avais vraiment envie de faire quelque chose d'autre.


Le sample est une technique contraignante à manipuler sur scène, il faut jongler avec les pédales, etc. comment t'y es-tu préparé ?
Il faut être bien concentré c'est surtout ça. Et curieusement j'avais un petit peu peur que les gens trouvent un peu fastidieux le fait que je m'enregistre au début de chaque morceau. Mais curieusement, très vite, dans les premiers concerts, j'ai vu que les gens prenaient ça comme faisant partie du spectacle. De voir le morceau s'assembler, de voir quelle pédale j'étais en train de trifouiller, apparemment c'était captivant vu de l'extérieur. Donc voilà tout le monde s'y retrouve parce que moi je m'amuse bien.


On a l'impression que tu t'es autant emmené dans ton propre univers que tu y as emmené les spectateurs. T'es-tu pris au jeu de jouer à chaque fois ton univers sur scène et de faire corps avec ?
Le but, c'est ça, essayer vraiment de s'oublier et de se laisser emmener par le morceau, quitte à se planter à la limite. Parfois, les fins des morceaux ne ressemblent plus à rien car j'ai été trop loin. Mais bon ce n'est pas grave car l'intensité est là. Et à la limite, si la fin est une masse sonore complètement brouillonne ça permet de véhiculer l'idée de colère par exemple, et c'est très bien comme ça. Donc effectivement, ça arrive parfois de vraiment s'oublier et c'est vraiment le but. Malheureusement parfois ce n'est pas le cas, on reste scotché sur ses petits problèmes techniques...


Ton univers semble fonctionner comme une bulle. N'a-t-il pas fini par trop t'obséder à force de t'immerger dedans concert après concert ?
Non, dès que j'arrête de jouer c'est fini. A la limite, je peux à nouveau m'y retrouver quand je suis chez moi et que je travaille sur des nouveaux morceaux, mais sinon dès que le concert est fini la petite bulle éclate. Je pense que c'est mieux pour tout le monde, enfin surtout pour ma santé mentale.


Sur scène les morceaux sont parfois bruitistes mais pas sur l'album...
Oui, j'ai l'impression que le côté excessif de la scène marche bien sur l'instant, et du fait qu'étant seul je dois pallier l'absence d'autres musiciens en grossissant un peu le trait pour que l'émotion passe. Mais sur disque je ne suis pas sûr qu'en grossissant le trait de la même sorte ce soit toujours très convaincant. Chercher ainsi à séduire ça peut vite devenir un peu pataud ou putassier, donc j'ai vraiment voulu faire quelque chose de beaucoup plus sobre, de plus dépouillé sur le disque qui permet de l'écouter un certain nombre de fois sans être écoeuré. En fait c'est ce que je reproche au premier album d'eNola : des morceaux peuvent se révéler assez percutant à la première écoute, mais au bout de 4-5 écoutes ils deviennent un peu écoeurant parce que ça fait un peu trop grandiloquent.


A l'inverse, ne t'es tu pas dit que tu pouvais lasser en épurant trop et en déclinant des climats sensiblement identiques du début à la fin de l'album ?
C'était un risque mais un risque assumé. Dès le départ, je me suis dit : "Je vais essayer de faire quelque chose qui me corresponde totalement" et donc musicalement ça se traduit comme ça, par un univers assez triste, mélancolique, calme et dépouillé. Il n'y a pas de morceaux vraiment enlevés, mais c'est ce que je voulais. Après je sais que ce n'est peut-être pas ce qu'il y a de plus séduisant, il y a peut-être des gens que ça va profondément ennuyer d'écouter ça, tant pis, ils écouteront autre chose, mais moi je voulais vraiment aller au fond de ma recherche.


Avec qui as-tu travaillé sur Néons Blancs et Asphaltine ?
Avec Antoine (Gaillet, nda), toujours. En fait, on a presque tout fait à deux. Après j'ai demandé à Loïc de faire les batteries. Il y a Cyann de Cyann & Ben qui vient chanter sur un morceau, mais globalement on l'a fait à deux avec Antoine et je me suis chargé d'à peu près tous les instruments, hormis la batterie, parce que je suis incapable de jouer de la batterie. Et en fait, on est quand même parti de la base des morceaux, c'est-à-dire des samples que je fais sur scène. Mais les morceaux que j'avais joué avant sur scène, là quand on les a eu sur bande, on a essayé de les triturer pour que ce soit à nouveau autre chose. Ce côté un peu tribal de la scène, petit à petit on l'a modifié, on la arrangé différemment. Donc il y a des morceaux où ce son est encore présent mais comme c'est un peu plus noyé dans le reste des arrangements, je pense que c'est peut-être moins évident. La structure de base de morceaux comme "Néons Blancs et Asphaltine" ou comme "Le Phare", si on l'écoute c'est vraiment ce qu'il y a sur scène, sauf qu'après on a un peu divagué.


(Suite.)

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7 juin 2006 3 07 /06 /juin /2006 09:18

Désarmant







"On a vraiment fait un truc très roots"

"L'emphase d'avant était un écran de fumée"







Où as-tu enregistré ton 7 titres, Le train lent et les beaux imbéciles ?
En mai 2003, avec Antoine, on a été squatter une maison que j'avais à dispo à la campagne dans la Nièvre à côté de Nevers. On est allé là-bas avec plein de matos et en une semaine on a enregistré le premier 7 titres.


A ce moment, tu ne pensais pas encore en faire un véritable album ?
Non, c'était vraiment pour se faire plaisir, c'était : "Il y a des morceaux, on a du temps, allez on se lance, on fait vraiment un truc comme on a envie de le faire, c'est-à-dire très roots". Il y a certaines contraintes dans le fait d'enregistrer dans une maison, mais ça a aussi amené un certain caractère à la musique, du coup on n'a pas essayé de surproduire le truc, ça a donné quelque chose de très dépouillé.


As-tu écrit des morceaux là-bas ?
Non, ils étaient écrits avant, mais après ils ont parfois pris une forme différente à l'enregistrement. De là on a créé un label associatif (Bizarrek7, nda) pour sortir le disque et l'aventure s'est lancée. Ensuite, pas mal de chroniques sont tombées et elles étaient plutôt élogieuses donc ça a fait plaisir. Et puis il y a eu des concerts, plein de dates et donc Stéphanie (compagne et manageuse, nda) et Antoine m'ont dit : "C'est bien, ça a l'air de décoller, faut enchaîner avec l'album maintenant !" Finalement, ce qu'on voulait faire avec eNola, c'est-à-dire enregistrer sur un long laps de temps, on l'a fait avec Arman Méliès. Le premier 7 titres avait été enregistré en mai 2003, il est sorti en octobre et dès novembre on commençait à enregistrer l'album. L'album s'est donc enregistré de novembre 2003 à mars 2004. Quand on avait une semaine, on squattait soit chez moi, soit à la campagne près de Nevers, soit chez Antoine, on allait à droite et à gauche et on faisait des prises.


Pour toi ce projet solo, c'était plus un retour aux sources où une nouvelle prise de risque ?
C'est quelque chose que je n'avais jamais fait. C'est quelque chose que je n'osais pas faire en fait. Pendant longtemps, je me suis camouflé derrière des projets, derrière le groupe eNola. C'est évident même. Par exemple, en réécoutant le premier album, il y a une certaine emphase qui en fait ne me correspond pas et qui était un écran de fumée, voire même des paillettes. C'est ce que je reproche à l'album, un côté un peu trop emphatique et grandiloquent qui masque la sensibilité qu'il pouvait y avoir dans les morceaux.


Des références te vampirisaient à l'époque ?
Pas tant que ça, non. Je jouais peut-être un peu de trop de la voix de tête donc on m'a dit que je faisais du Jeff Buckley... Bon, c'est vrai que Buckley m'a marqué. Quand j'ai eu la chance de le voir en concert aux Eurockéennes, ça a été une grosse claque. Là c'était vraiment scotchant, mais après je n'ai pas essayé non plus de faire du Buckley. Mais le truc, c'est qu'en plus, il y a Muse qui débarquait à cette époque. Donc on m'a pas mal dit ça aussi, que je faisais du Muse. Mais en fait, c'est quelque chose que j'ai fait sans calcul. Au niveau du groupe, il y avait une certaine fougue, on était jeune, ça ne faisait qu'un an qu'on existait.


Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Certains sont des amis de longue date. Olivier, l'un des guitaristes d'eNola, je le connais depuis 15 ans. Avant j'avais joué avec lui dans différents petits projets. Renaud, l'autre guitariste, c'est un bon ami aussi que je connaissais depuis très longtemps, mais je n'avais jamais joué avec lui. Les autres c'est des rencontres. Loïc, le batteur, je l'ai rencontré par l'intermédiaire d'un autre ami, car on cherchait un batteur. Tout le monde s'est greffé sur le projet eNola comme ça, un petit peu par hasard, sur la foi de mon idée de base qui était de faire un projet un peu plus pop que les projets relativement musclés que j'avais mené auparavant, des trucs très rock qui ne me correspondaient plus trop. Je me disait juste : "Allez, j'aimerais bien faire un truc qui me corresponde un peu plus" et voilà j'ai cherché un peu, j'ai demandé qui cela intéressait et la sauce a pris.


(Suite.)



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7 juin 2006 3 07 /06 /juin /2006 00:56
Désarmant



Arman Méliès ne parle pas "qu'aux mouettes". En octobre 2004 au cinéma d'art et d'essai Le Lucernaire dans le 6e arrondissement de Paris j'ai rencontré l'auteur de Néons Blancs et Asphaltine pour discuter de son univers musical. Univers à son zénith sur son 2e album, Les Tortures Volontaires.








"Aujourd'hui, il ne reste qu'une seule chose importante sur mes disques, c'est le silence"
, confiait en 1991 Mark Hollis, feu leader de Talk Talk à Jean-Daniel Beauvallet des Inrockuptibles. C'était à l'époque de  Laughing Stock, album qui poussait encore plus loin la recherche musicale de cet homme marqué par Debussy, Ravel et le free-jazz. Démarche initiée en 1988 par Spirit of Eden pour que la musique ne soit plus qu'une respiration laissant affleurer, sans ses creux, la fragilité et la vérité de l'être.
Arman Méliès, alias Jan Fieve, ex-guitariste chanteur du combo pop-rock eNola pourrait faire sienne cette réplique de Mark Hollis. En 2003, il quittait les cimes d'un lyrisme confortable post radiohead et jeff Buckley pour s'aventurer en solo dans ce genre de silence, et donc construire sa propre langue, élaguée au possible, genre post-folk. En exergue de la pochette de Néons blancs et asphaltine, son premier album en tant qu'Arman Méliès était marqué ceci : "Music won't save you from anything but... silence... et c'est déjà beaucoup." En plage 11du disque : "Hollisong", en hommage à Hollis. Boucle bouclée. En mai 2006, reparti de plus belle, Arman largue les amarres avec son deuxième opus solo, Les tortures volontaires, plus flamboyant et limpide encore, avec  son cortège de mots cryptés et d'influences trois étoiles : Robert Wyatt, Ennio Morricone, Low, Neil Young. Avec ce disque, le jeune homme rejoint une sorte de confrérie invisible où l'on trouve Sébastien Tellier, Sébastien Schuller, Syd Matters. Méliès désarme et titille des sphères plus larges.
.
 


"Avec eNola on n'avait pas approfondi notre singularité"


"J'avais plein d’idées plus décalées en tête"











A la base, les gens te connaissent en tant que leader-chanteur du groupe eNola. Comment t’est venu cette idée d’album solo ? Cela te tentait-elle depuis longtemps ?

Non, c’est venu un peu par défaut en fait car après la sorti de l’album d’eNola (Figurines, nda) le tourneur avec qui on devait bosser nous à un peu planté donc la tournée a été écourtée. Derrière on s’est donc dit : "Ne perdons pas de temps, réattaquons directement". On nous prêtait un studio à Arcueil, on a donc été y squatter en juillet et août, et en fait on a composé quasiment tout l’album suivant dans la foulée. Mais comme on voulait avoir un peu de recul par rapport aux morceaux, qu’il était trop tôt pour le sortir et qu’on avait des divergences d’opinion au sujet des méthodes de travail avec le label, du coup ça a pris pas mal de temps.

Sur quelles questions divergiez-vous avec le label ?
Dans un premier temps, on n’était pas complètement satisfait de la façon dont ils avaient bossé le premier album. Personnellement, avec le recul, je trouve que le premier album d'eNola n’est pas super. Je ne l’aime pas trop. Au niveau des compos, je trouve qu’il y a pas mal d’erreurs. On ne s’était pas encore trouvé à l’époque. Car ça a été assez vite pour le premier album d'eNola. On a formé le groupe, derrière il y a eu des concerts, des contacts de différentes maisons de disques et hop ! on a opté pour un label parce qu’on se disait : "Tiens, c’est un petit label qui a l’air motivé".

Cet album avec eNola, c’était ton premier album ?
Oui, et donc on avait composé plein de morceaux, peut-être dans des styles un peu différents, mais sans jamais vraiment chercher à approfondir notre singularité. Et comme les morceaux étaient bien en eux-mêmes, que ça marchait bien sur scène, on ne s’est pas posé plus de questions, on a été en studio, on a enregistré. C’est maintenant, avec le recul qu’on se dit que ce n’est peut-être pas ça qu’on voulait faire, mais bon ça c’est l’expérience, ce n’est pas grave. Du coup, pour le deuxième album on voulait une démarche qui soit quand même un peu plus personnelle et on souhaitait enregistrer l’album durant un plus long laps de temps, c’est-à-dire aller en studio de temps en temps, poser quelques idées, avoir du recul, les retoucher, faire sans arrêt comme ça, ce qui n’était pas possible en travaillant comme on l’avait fait pour le premier album car le label nous avait dit : "Le studio, c’est de tel date à tel date, vous y allez vous enregistrez", la démarche classique. On a donc essayé de voir si on ne pouvait pas produire l’album nous-même puisque Antoine (Gaillet, ndlr), le bassiste, est ingé-son. C’est lui qui avait produit le premier eNola, qui a fait pas mal de truc derrière, comme Cyan&Ben, M83, des trucs comme ça, et puis mon premier album en tant qu'Arman Méliès. Mais le label n’était pas trop chaud pour qu’on le fasse dans notre coin, ils disaient : "Nous, on est producteur". Donc finalement on a procédé comme ils voulaient, c’est-à-dire qu’il y a eu une grande phase d’écriture des morceaux et puis en mai dernier on a été en studio et on a enregistré les morceaux. Sauf qu'il s'est passé beaucoup de temps entre la composition de l’album et l’enregistrement, peut-être un an et demi, et au bout de deux mois j’étais déjà complètement dingue, je disais : "Qu’est-ce qu’on fait ?".

Tu avais déjà d'autres idées ?
Oui, j’avais déjà pas mal de morceaux dans mes tiroirs.

A l’issu du travail en groupe ou d’un travail purement personnel ?
En fait, dans le travail en groupe, j’amène toujours pas mal d’idées qu’on modifie après ensemble. Donc à la base, il y a pas mal d’idées qui sont de moi. Là on avait entre 15 et 20 morceaux, et comme on n’allait pas en faire cinquante juste pour le plaisir de les mettre à la poubelle, il restait plein d’idées que je n’avais pas présentées et c’est vrai qu’elles étaient sans doute plus décalées par rapport à l’univers du groupe, peut-être un peu trop personnelles dans la musique ou dans les textes. C’était peut-être un peu trop intimiste. Puisque j’avais du temps, je me suis dit : "Je vais commencer à travailler ces morceaux tout seul pour voir." Et puis derrière, j’ai fait écouter les maquettes à Antoine et il m’a dit : "C’est bien, vas-y on se lance".



(Suite.)


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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31 mai 2006 3 31 /05 /mai /2006 16:48

"Vous êtes ce que vous osez lire"

Magazine
est un magazine qui parle magazines, tendance tendances. Mais Magazine n'est pas vide derrière son vernis branché et son ossature tranchée N/B, qui évoque l'option cérébrale chic des Inrocks de 86 ; intello-salutaire à l'époque des "3 S" de Séguéla : simplicité, substance, spectacle.


"Trop de couleurs distrait le spectateur" est son postulat tacite, piqué à Jacques Tati.
"Vous êtes ce que vous lisez" son mot d'ordre en forme de cogito ergo sum.


Magazine
se tient à distance pour mieux tailler dans le vif. Il enseigne un rayon pour peu qu'on soit averti en média, mode, pub, graphisme et arts plastiques, assez pour se piquer aux angles de sa ligne cold-wave/post-punk tirée à quatre épingles. Au bout : rhâââââ ! "substantifique moelle".

Au menu : sémio post-Roland B. sur campagnes d'images, itws "on" et "off record" de professionnels de l'image ; récits d'expositions, fanzines luxueux, portfolios porte-folies ; pubs CD, nouvelles CD (Christian Dior & Chloé Delaume). Et bons baisers de Warhol : trou normand - repos.


"La main ne diffère pas de ce qu'elle crée"
(A.A.Attanasio, postface de la BD The Crow)
"La forme, c'est le fond qui remonte à la surface" (Hugo, je sais plus quelle occasion)

Vertu de son hermétisme, Magazine livre du frais qui dé-cape dès qu'on l'ouvre. Exemple : l'édito du numéro 33 de Février-Mars 2006. Angelo Cirimele, directeur éditorial, y livre, comme souvent, une salve laconique mais bien sentie à l'adresse des médias dominants, maladroits.

"Qu'est-ce qu'une fiction ? Une histoire bien amenée, rythmée, avec quelques surprises ou péripéties, dont on oublie assez vite de se demander si elle est bien vraie, inventée ou inspirée de fais réels (ou feint tel), des larmes et des cris, de joie ou de rage, mais de l'humain, profondément. Une fiction peut longtemps rester gravée dans notre souvenir, même si son utilité demeure étrange et se résume à un temps passé à penser à autre chose, à rien, à oublier. Plus que tout, une fiction, c'est le plaisir qu'on éprouve à ce que quelqu'un la raconte. Et qu'est-ce que l'actualité?

Remplacez "une fiction" par "l'actualité" dans le texte qui précède et vous en aurez une idée."


Magazine n'a pas de prix. Pas de site Web. Vous pouvez aller cherche ses 80 pages bimestrielles dans des musées, galeries, cinémas, librairies d'art graphique, salles de spectacles (Louvre, Cinémathèque, Agnès b., Colette, Artazart, Point FMR...) ou casquer 40 euros/5 numéros/1 an pour "le recevoir chez vous ou au bureau".

"You are what you dare.
What you dare read.
"

Bonnes lectures.
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31 mai 2006 3 31 /05 /mai /2006 01:54

"Et quand fondra la neige où ira le blanc"
Rémy Zaugg





Ça se passe de commentaire, mais c'est tellement beau qu'on ne s'y résout pas, à se taire. On se laisse aller, carpe diem, tout schuss, au penchant d'en dire plus.
Cette citation, aussi belle qu'elle puisse être, est l'accroche on ne peut plus déliquescente, toute en esquive, effacement, du magazine Clara.




Comme vous en conviendrez, cela tape autrement plus que le slogan actuel de mon site, qui est d'ailleurs sur un siège éjectable. Pas le site, le slogan bien sûr. Ce slogan actuel, il ne me plaît pas et il ne plait pas à certains de vous qui me faites l'honneur de surfer sur Parl Hot. Il connote tout un univers télévisuel que je ne souhaite guère. Nous y reviendrons.


Pour l'instant, je suis tout à goûter ce slogan mystérieusement "hors piste" dont nous gratifie le tout aussi mystérieux magazine Clara, avec sa blanche couverture aux airs de Saint Suaire, et son contenu idoine : beaucoup de texte et pas une image.





Derrière la féminité fatale et tranchante de son titre (on pense à Nadja du poète André Breton, livre au combien propice au songe), la revue fait un hommage à Richard Serra, célèbre sculpteur américain du XXe siècle et à son œuvre "Clara-Clara". Initialement prévue en 1983 pour la perspective des Tuileries celle-ci a disparu. Représentative des jeux d'équilibres et des perspectives entre de longues plaques d'acier, elle illustre parfaitement le travail de l'artiste, qui disait joliment (on pense à Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être) que le poids était pour lui une valeur "non qu'il soit plus contraignant que la légèreté, mais j'en sais davantage sur le poids que sur la légèreté."


Et Rémy Zaugg, l'auteur de la citation faite slogan, qui est-il me direz-vous, avec son étrange nom qui double le "g" comme un subtil bégaiement ? (On pense à zigzag. On skie, déjà.) Pour en savoir plus sur ce peintre, essayiste et romancier qui avait une conception ultra sensorielle de l'art, je vous invite à cliquer sur le lien web ci-dessus où vous trouverez un article de Libération dressant son portrait. Et pour vous appâter, pourquoi pas, je n'en citerai qu'un passage, éloquent (Rémy Zaugg est ado devant "la grande toile verticale bleu outremer Day before One, de Barnett Newman, au musée des beaux arts de Bâle) : "Ce qui me choqua fut le fait que le tableau n'était pas destiné aux yeux, mais était un lieu que le corps devait habiter. Mon genou, mon pied, mon dos, n'étaient pas encore sensibilisés à dialoguer avec un tableau".


Clara et son slogan font bon ménage. A eux deux ils disent tout et plus de cette revue pointue qui saute des arts plastiques au cinéma. Car Clara est précisément éphémère. Elle ne comptera que deux numéros. Presque un rêve, une éternité, en somme, que ces deux numéros d'une revue laboratoire expérimentant de nouvelles formes.

source : magazine Magazine

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19 mai 2006 5 19 /05 /mai /2006 02:06

Arman, c'était mieux avant ?


Il y en a que l’ajout de batterie ne semble pas déranger outre mesure. Et pas parce qu’ils ont leurs boules Quiès ostensiblement vissées où je pense. Non, c'est parce qu'ils sont totalement fans, cramoisis. Ce jeune homme, cette jeune femme, ils squattent le devant de scène depuis Mathusalem. En attente du miracle. Ils ont même mangé là, c’est dire. On voit encore leur assiette de carton posé sur là l’ampli. Une croûte de pizza qui sèche, désolée. Ce "couple", qu’on soupçonne d’écrire à la vie à la mort pour un obscur fanzine ou pire, un webzine, tripe plus que de mesure. Il brise littéralement sa coquille d’autiste en "headbanguant" comme des damnés au son des chansons douces d'Arman. Il le mitraille avec son appareil numérique, filme même le show avec leur petit boîtier, quand bien même cela nécessite de s'asseoir plus en avant sur la scène pour s'offrir la vue qui tue. Clou du spectacle, le type va jusqu’à filmer "sa nana" en gros plan alors qu'elle gigote mollement en extase du beau Méliès. Très étrange.

A l’image des Tortures Volontaires, nouvel album, plus chaud et rythmé qui assume le coté banjo western, "Low Cost", premier single extrait, fait monter la température d’un cran. Nourrit les premiers applaudissements. Ce morceau est tout simplement imparable et ce n’est pas rien de le dire vu le style musical anti-tube de l'artiste. Mais celui-là, pas de doute, c’en est un. Il s’impose dès la première écoute. Sur scène, il est un peu moins beau, démuni des harmonies qui le rendent immédiat sur disque, mais là on chipote. "On s’équipe, on s’airbag… Oh, Low Cost Pearl Harbourg des ménages…" Encore une fois, l’écriture de Méliès nous sidère, dissimulant comme rarement différents degrés de lectures, acerbes, puisqu'il s'agit, derrière la joliesse des assonances, d'une critique du monde marchand et de la tyrannie qu’il exerce.

Jolie balade folk sur le thème de la filiation, "Sur Nos Fronts" fait taire la batterie. Ravage en douceur. Harmonica en renfort. Ou comment Méliès tisse là une chanson sur l’enfant qu’il vient d’avoir et évite l’écueil de la chanson niaise qui a perdu certains sur ce thème parce qu'il ne parle pas que de son enfant. "Dans nos bras nous porterons / nos fils / Sur leurs fronts, aucune trace des / légendes / Passées." C’est une génération entière qu’il croque. Il est question de la perte des traditions, du savoir et d’un certain savoir vivre qui se transmettent de moins en moins. Il est question de tout cela perdu, lessivé. Parti dans des écrans de fumée. Pas du bonheur transi du papa poule.


Suivent "Les Alizées", "Luv Machine", reprise de Blonde Redhead dont on ignore pourquoi il s’obstine à la jouer sur scène vu son peu de panache à notre humble avis, "Roma Troma", instrumental joué bien plus rock que sur disque, et "Néons Blancs et Asphaltine", morceau-titre et sommet introductif du premier album. Il contemple des ruines charmantes, "des déserts, des rocades en bataille", "des dessertes, des dédales à péages", "2000 ans aux accents militaires" et "du haut du belvédère" s'interroge : "Nos folies sous cloches / Sommes nous plus sages plus dociles ?" Son premier album, Arman aurait déjà pu l'intituler Les Tortures Volontaires. Voire Les Servitudes Volontaires. Le morceau se fini en déluge psyché funk étonnant et clôt le set.

Le rappel nous sert "Le phare", puis un deuxième, on ne sait plus bien lequel. "Ivres" ? On écoute mollement. On n'est plus vraiment dedans depuis longtemps, depuis le début en fait. Ce n'est pas qu'on n'aime pas, mais c'était mieux avant. Mieux quand Arman était seul sur scène, qu'il n'y avait pas cette satanée batterie. Seul en scène, Arman se laissait prendre à ses propres pièges et partait crescendo presque en transe dans ses propres compos. Or là, ce soir, on n'a pas une once de cette magie-là. La batterie nique tout. Emotionnellement, on reste sur un rythme de croisière, moins pendu à ses lèvres, ses cordes, son silence. Moins envoûtés. C'est dommage. Mais bon, on zappe volontiers la suite des festivités. L’after au "Café Chérie". Tant pis pour les bières gratuites et les connexions journalistiques qu'on aurait pu s'y faire. Malgré ce concert mi-figue mi-raisin, Arman mérite qu'on rentre dare-dare chez soi pour vous en dire plus sur son immense talent.

photos de Laurent Orseau


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19 mai 2006 5 19 /05 /mai /2006 01:10


L'imprudence d'Arman Méliès

Il se présente à nous avec "Un Pont sur la Mer", morceau crève-cœur du premier album qu’on reconnaît illico à ses doux arpèges elliptiques. "J’habite un pont sur la mer / Qui relie mes gestes à mes rêves…" Cet hymne introspectif pose la pierre angulaire de l’univers Méliès. L’homme qui "ne parle qu’aux mouettes".



Il n’a pas changé. Il porte la sempiternelle même chemise à losanges, la mèche longue romantique, l’anneau à l’oreille gauche, le jean large sur baskets plates. Il a la même guitare, qu’il flatte et frappe consciencieusement des deux mains en début de morceau pour en faire naître des rythmiques lentes et profondes. Elles évoquent un cœur dans le coma. Le clapotis des vagues sur la coque d’un trois-mâts. Elles nous ramènent au temps de Cheyenne autumn et du Manteau de pluie de Murat. Chez lui aussi, comme le disait bien Serge Kagansky dans un Inrocks de 1991 (un autre temps), c’était "toujours la même introduction tactile : clapotis de synthés, grandes nappes atmosphériques, épaisses couches de gaz trouées d’une lointaine présence animale", signe qu’on n’entrait pas dans le disque "comme dans un moulin", qu’il y avait "passage de frontière, plongée dans un autre élément (…) différent de notre objective réalité." Pareil pour Méliès.

Il a les mêmes mots. Délicieusement surannés. D’un autre âge. D’une sentimentalité "borderline", comme l’a écrit Ludovic Perrin de Libé. Vestiges quelque peu alchimisés de ses débuts emo-core post-eNola. Des mots "nostalgiques de la nostalgie" a renchéri Bayon, l'écrivain fan de Manset et Murat. "mandibules des caïmans", "alizés", "azalées", "ivresse des regrets pacifiques", "caravelles", "tapis cardinal", "airbag", "Pearl Harbour", "l’espéré repli", "pieds des fadaises", "pieux artifices", "lames de jalousie", "défunts palabres d’avant la débâcle", "confitures inouïes", "oranges amères", " palingénésie", " sarments noirs de suie", "Arcadie", "Always"… Ces mots, tout un poème, nous emmènent ailleurs. Ils donnent des lettres (de noblesses) au rock. Une mission qui tenait à cœur au Murat des débuts.

Arman se risque même, dans "Ivres" a une véritable déclaration d’amour aux mots et déclaration d’intention de nous nuire par leur entremise : "Ivres, je vous veux ivres d’émoi / Tout à moi / Fiévreux, transis d’effroi / Même si j’ai honte parfois / Oh, et mes mots comme des / mains / Qui vous tiennent / Et vous soumettent enfin, / Je vous rêve contraints…" Cette écriture, médiévale comme celle d’Encre, vétuste comme celle de Manset, on pourrait la trouver chiffe molle, précieuse, ridicule. Mais, avec ses doubles-fonds, elle réalise un joli tour de force : viser le déracinement temporel pour mieux pointer en douce les dérives de notre époque.

Ces mots, cette musique forment L’Imprudence d’Arman. Oui, imprudence en écho à celle d’Alain Bashung sur l’album du même nom. Imprudente entreprise que la sienne car éprise du même risque d’une nouvelle façon de dire, du même risque d’une nouvelle façon de jouer, en marge de la chanson et du rock. Bashung n’a d’ailleurs pas hésité à inviter Arman auprès de Mark Eitzel, Cat Power, Christophe et Bonnie Prince Billy lorsque, le 23 juin 2005, la Cité de la Musique lui a laissé carte blanche pour inviter sur scène les musiciens qu’il aime. Aujourd’hui développée sur deux albums distincts et magistraux, l’imprudence d’Arman s’attire la sympathie des aînés, pour ne pas dire des grands. Dominique A le cite régulièrement comme ce qui l’admire le plus chez nous en ce moment, avec Encre et les Mansfield Tya.

Arman n’a pas changé, si ce n’est qu’il est venu accompagné d’un batteur qu’on ne peut s’empêcher de prendre de suite en grippe. Ce n’est pas qu’il joue mal, il joue plutôt bien d’ailleurs, sec, enlevé, tout en tension et retenue. Mais en quoi la musique d'Arman a-t-elle besoin d’un batteur ? Arman s’en sort très bien tout seul. Dès le départ, cette batterie casse donc un peu l’ambiance. Le degré d’intimité presque mystique auquel nous a habitué l’artiste est rompu. Ce contrat tacite qui nous liait sans retenue à lui est rompu. On déchante. On n’a plus affaire à l’univers de Méliès, puisqu’on n’est plus en présence du Méliès tout beau tout nu dans son silence. On a affaire à Méliès jouant avec un batteur, et c’est moins bien. Le batteur semble d’ailleurs avoir flairer à l’avance qu’il ne se ferait pas que des amis ce soir. Il porte un T-shirt où Johnny Cash fait un gros doigt d’honneur.

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19 mai 2006 5 19 /05 /mai /2006 01:01

Le tapis volant d’Arman Méliès

La douce musique pluvieuse de Méliès est en accord avec ce facétieux mois de mai qui confond printemps et hiver. Elles bourgeonne et bruine. Imprévisible. Sauf qu'on en redemande. A l’intérieur du Zèbre, nos pieds collent. Désagréable. Faurdrait remplacer la moquette par du linoléum. Salle à trois quarts pleine. Gens du milieu plus que simples spectateurs. Pourtant les mieux lotis pour apprécier ce qui va suivre.  

 

 J’hasarde de rapides coup d’œil alentour. Il y a Bruno Bayon de Libé, auteur quelques jours plus tôt d'un long papier cryptique sur la star du soir. Une ample et dithyrambique tapisserie en forme de "tapis cardinal" filant l’univers de l’artiste, histoire de planter le décor tout en brouillant les pistes. L’exercice de style est imbitable pour le novice comme pour l’initié. Ils préfèrent la simplicité du tapis volant d’Arman. Cette musique vierge d’artifice qui leur coupe l’herbe sous le pied.

Il y a Gilles Renault, co-rédacteur en chef des pages culture chez Libé avec ledit Bayon. Au passage, je lui sers "trois doigts", pas plus. Les sept autres sont pris par une bière et un gobelet en plastique. Et hop ! il disparaît de suite de peur que je ne lui tienne la jambe à propos de l’éventuel article que j’aurais eu idée de lui vendre, là, maintenant. Comme si c’était l’heure et l’endroit ! Je voulais juste échanger trois mots, pas plus, autour de mon premier article paru dans Libé par son intermédiaire le 28 avril sur le groupe Silver Mount Zion. Rien qu’un zeste de discussion humaine pour changer de l’anonymat des mails.

Il y a Philippe Barbot, l’expert chanson française de Télérama, féru du "Bash" initials B.B. (Boris Bergman) des eigthies qui forçait sur les calembours et les allitérations douteuses ; il y a son acolyte mystère, ce journaliste à la silhouette de girafe et aux cheveux poivre et sel que je vois souvent – la dernière fois, c'était à Bourges –, mais dont je n'arrive jamais à cerner l’identité journalistique. Ah, tout un travail dans ce monde des médias et du spectacle que d'arriver à mettre le bon nom sur la bonne tête. On se connaît si souvent de loin, par mails (c’est si facile) ou signatures interposés, puisqu’on s’instrumentalise (pour arriver à nos fins) qu’on se zappe souvent en live, dans la réalité, alors qu’on a mailé untel ou lu untel pas plus tard que la veille ou dans la matinée même. Ce journaliste est paraît-il du Monde.

Il y a du beau monde ce soir, mais l’affluence n’arrive pas à la cheville de celle atteinte pour le premier concert hype de Méliès dans cette même salle le 9 janvier 2005 en première partie de Verone. Arman y avait médusé son monde, orchestrant, Don Quichotte, folk-song en lévitation et pas de danse sur ses petits boutons. Ses moulins à hélice nous avaient portés dans le temps.

Qu’il arrive donc sur scène, s’accroupissant comme à l’accoutumée vers sa ribambelle de pédales, comme autant de boussoles d’un voyage qui s’annonce mouvementé, on retient presque notre souffle, ayant en souvenir le magnifique concert d’il y a un an et demi. Et sa fragilité. Puisse-t-il ne pas le ternir ce précieux souvenir, se dit-on. En plus son nouveau disque, Les Tortures Volontaires, est si bon. Pédales à portée de semelles enfin réglées, Arman s’apprête à doucher ce petit monde. Spots lights violets. Temps de suspension. Les doigts entament leur ritournelle sur les cordes…

photo de Laurent Orseau

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16 mai 2006 2 16 /05 /mai /2006 02:04

Mage hivernal et troubadour funambule

Le 9 janvier 2005, il avait volé la vedette à Vérone, assurant seul sur scène la première partie de leur concert privé Libération au Zèbre de Belleville. Près d'un an et demi plus tard, ce 15 mai 2006, Arman Méliès a droit à son propre concert privé Libération au Zèbre. Et sa première partie ne risque pas de lui voler la vedette. (Wilfried Paris est autant connu comme journaliste au magazine Chronic'art que comme musicien, c'est-à-dire peu, et à ce qu'on a pu entendre – des commentaires pas du concert –, il ne casse pas des briques.) Tout le monde est là pour le sacre d'Arman Méliès, le mage hivernal.

Il a charmé sur le tard sortant en marge de son groupe pop-rock eNola un album solo qui le présentait dans le plus simple appareil : accompagné de sa voix, d'une guitare et de multiples pédales d'effets. Comme Anaïs, mais dans un genre diamétralement opposé, Arman a fait ses preuves sur scène avant de séduire sur disque. Son style ? Du psyché-folk léthargique.

Ceux qui l'ont découvert en live ont littéralement craqué de le voir donner forme à ses morceaux en temps réel sous leurs yeux. En actionnant moult pédales avec ses pieds, en gratouillant des accords discrets avec ses doigts et en faisant progressivement décoller tout ça par un subtil jeu de superposition des couches sonores, il faisait plus que sensation. Il fascinait.

On avait connu le jeune homme sous l'empire d'une filiation Buckley-Muse-Radiohead on ne peut plus en phase avec son temps, on le redécouvrait troubadour funambule au "folk désaxé", conteur d'un monde (occidental) en perdition complète. Par un changement total de garde de robe, il apparaissait nu comme un vers avec son langage propre.

Habits trop grands pour lui, les références d'autrefois faisaient place à d'autres, plus énormes encore. Mais cette fois, par touches, elle lui allait comme un gant : Mark Hollis (ex-leader de Talk Talk), Robert Wyatt, Manset, Air, Ennio Morricone… Quel choc ! Seul sur scène, sculptant le silence, avec sa voix, ses pieds, ses mains, Méliès ouvrait des trappes. Les greniers de nos imaginaires.

Le Long Train Lent Et Les Beaux Imbéciles, son EP titres inaugural en "saut de l'ange" (octobre 2003), puis Néons Blancs et Asphaltine, son premier album (novembre 2004) ont fort plu tout en ne retranscrivant pas l'exact magie de cette alchimie scénique. Alors que vient tout juste de sortir son deuxième album, Les Tortures Volontaires, Méliès bénéficie d'une côte de popularité au top dans le milieu pop indé. Pour preuve, entre temps il s'est fendu de sortir deux autres EP qui nous ont mis l'eau à la bouche : Le Magasin Pittoresque (août 2004) et San Andreas (juin 2005).

Méliès est au zénith de son inspiration. Ses nouveaux morceaux sont superbes à l'image de "Low Cost", premier single extrait des Tortures Volontaires, distribuées par Warner. Par ce concert au Zèbre, il ouvre le deuxième volet de ses aventures. Et espère sans doute élargir assez son succès en milieu indé pour accoster sur les terres du grand public.

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