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  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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11 juillet 2006 2 11 /07 /juillet /2006 04:02

"Tromper n’excite que dans le souvenir"
(Je, la Mort et le Rock'n'roll)


Chuck Klosterman est ce jeune journaliste américain de Spin capable de vanter les mérites plus ou moins cachés de Kiss, Radiohead, Rod Stewart et de la fidélité ! Un critique rock qui brasse la mélasse pop culturelle de l'époque et y surnage sans recourir à la bouée trouée de la mythologie rock. Ca change. D'où sa médiatisation, il y a peu.



A dix milles lieux de la mythologie rock "à la vie à la mort" chère à Bangs, Chuck nous emmène quand même, respectant la seule coutume rock qui vaille encore d'être respectée 50 ans après. Cette vieille coutume qui veuille qu'on parle du rock pour parler de soi et déboucher sur autre chose. Pour faire œuvre d’écrivain – modeste l’œuvre –, et être un homme, un vrai. En route de Je, la mort…, Chuck en profite donc pour nous parler d’autres choses. De choses plus petites, infimes, intimes parfois (car s'il chevauche la bête, il l'éconduit plus qu'il ne l'a conduit, caresse plus qu'il ne baise), mais de choses toute aussi passionnantes que la zik et le voyage. Parce qu'il s'agit d'un voyage. De la vie. Il est souvent question d’amour. Ce facétieux passage, page 39-40, en témoigne.



1) Thèse (théorie) : restez fidèle, c'est un moindre mal
"Ne trompez jamais personne. Je suis sérieux. Ça n’en vaut pas la peine. Et je ne dis pas ça parce que tromper est moralement mal, car certaines personnes ont un sens moral très particulier qui ne classe pas nécessairement les actions en bien ou mal. Les raisons pour laquelle il ne faut pas tromper quelqu’un, jamais, c’est parce que ça ne vous plaira pas. Peu importe la personne avec laquelle vous serez, vous penserez toujours à l’autre. Vous ne serez jamais au romantique présent ; votre esprit n’existera qu’au passé et au futur."

2) Antithèse (pratique) :
avoir une maîtresse, c'est utopie sexuelle
"Mettons que vous couchez avec votre maîtresse le vendredi et avec votre femme le samedi. Pour un épicurien, c’est le mode de vie rêvé, l’utopie sexuelle. Mais ça ne marche jamais comme ça. Lorsque vous ferez l’amour avec votre maîtresse le vendredi, vous vous prendrez à penser à votre femme. Vous penserez à quel point cet acte la détruirait, et combien elle se sentirait humiliée si elle apprenait la vérité. Puis le samedi, alors que vous serez de nouveau dans les bras de votre femme confiante, votre esprit dérivera immédiatement vers la décadence. Au sommet de votre passion physique, vous repenserez à quel point les choses étaient excitantes 24 heures plus tôt, lorsque vous étiez avec un corps nouveau, étranger. Sauf que ce n’était pas excitant d’être avec quelqu’un d’autre ; cela n’est excitant que dans votre souvenir (sur le moment, cela vous a juste fracassé de culpabilité)."

3) Synthèse (aïe) :
après l'infidélité, il n'y a plus de rapport sexual
"Donc maintenant vous êtes en train de faire l’amour avec quelqu’un qui vous aime, mais votre esprit n’est pas dans la même pièce. Et soudain c’est dimanche ; vous avez à présent fait l’amour avec deux personnes deux nuits consécutives, mais vous n’avez apprécié aucun des deux épisodes. Algébriquement, a + b = c et a + c = b. Le seul effet de l’infidélité est de vous rappeler les gens avec qui vous n’êtes pas en train de faire l’amour, ce à quoi vous pouvez tout aussi aisément penser lorsque vous êtes parfaitement seul." En un mot, soyez High Fidelity, sinon c'est Sleeping with Ghost dans votre gueule.


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11 juillet 2006 2 11 /07 /juillet /2006 03:26
Je, la Mort et le Rock'n'roll


Chuck Klosterman est ce jeune journaliste américain de Spin et Esquire capable de vanter les mérites plus ou moins cachés de Kiss, Radiohead, Rod Stewart, et de la fidélité ! Un critique rock qui brasse le fourre-tout pop culturel de son temps et surnage sans recourir à la bouée trouée d'une mythologie rock faisandée, ça change. D'où sa médiatisation il y a peu.



Il y a un an de cela est sorti en France aux éditions Naïve le premier roman de Chuck Klosterman, Je, la mort et le rock'n'roll. Une histoire vraie à 85%. Son premier roman en France. Outre Atlantique, il en a trois à son actif : Fargo City Rock, qui dresse l'histoire du courant hair-metal, Sex, Drugs, and Cocoa Puffs : A Low Culture Manifesto, qui collecte des chroniques sur la pop-culture, un peu comme le fait Richard Meltzer dans Gulcher
. Le pluralisme post-rock en Amérique, 1649-1993, sorti en avril chez Denoël. C'est-à-dire un peu à la manière dont Roland Barthes écrirait ses Mythologies s'il les écrivait aujourd'hui) et Killing Yourself to Live, soit Je, la mort et le rock'n'roll en V.F. A ce dernier succédera en août (mais pas chez nous qui devront prendre notre mal en impatience) un quatrième ouvrage, malicieusement intitulé Chuck Klosterman IV: A Decade of Curious People and Dangerous Ideas. Je, la mort… est le plus romancé du lot.

Détourner le cliché Kerouac
Romancé, mais auto-fictionnel à 85% comme l'annonce le sous-titre, clin d'œil à cette
légendaire falsification (esbroufe ?) dont usent les critiques pour jouer du style et en mettre plein la vue. Ce dégraissage massif de toute mystification, ces "juste" 15% de delirium fictionnel qui restent au fond du tamis, c'est justement ce qui fait de ce livre un livre super frais, attachant. Sympathique, si j'ose dire. Vivant. Ces 300 pages se sifflent d'une traite parce qu'elles partent d'un scénario bien cliché (genre Sur la route de Kerouac) pour mieux nous mener ensuite, tenue de route acquise, hors des sentiers battus. C'est l'histoire d’un critique rock que sa boss envoie sur les routes du continent pour glaner des news sur les différents lieux où les rock stars ont trouvé la mort. Et l'on dévore ces pages parce que l'ironie s'y invite de très très belle manière, rayonnant, désarmante, sur les (rares) analyses musicales et les multiples (puisqu'on à affaire à un roman) digressions de Chuck. L'ironie de ses phrases refléte l'acuité de son regard, sincère. C'est pour cela qu'on suit Chuck. Parce qu'on est tenu par son ironie et son écriture simple, humaine, humoristique, mais à peine déjantée, surtout pas déjantée, juste drôle, sans masques, sans artifices, pleine de dérision et de bons sentiments, de dérision dans les bon sentiments. L'ironie réaliste et lunaire de son regard et sa voix nous égaye. Cette ironie qu'on retrouve en dénominateur (détonateur ?) commun de tous ses livres, elle fait sens. On ne peut plus sens.

Débrousailler le rock de son mythe
Si Chuck ne triche pas, ne monte pas en épingle, ni le rock, ni le reste, ce n'est pas le fruit d'un calcul, d'un effort : c'est que ce n'est tout naturellement plus l'époque, plus la peine. Il ne surjoue pas son engagement à la cause (rock), ni sa défense chic et smart, smart et chic, du bon goût (pop). Il a une phrase gimmick symptomatique de cet état de fait : "Mais QUOIQU'IL EN SOIT". A chaque fois, cette phrase leitmotiv le rappelle à l'ordre quand il menace de trop dérailler, de trop se prendre au jeu de la digression, de trop se prendre au sérieux et d'abuser de ses pouvoirs auxquels sa fonction lui permettrait d'abuser. "Mais QUOIQU'IL EN SOIT" et hop ! il zappe, élague. Il est défait de toutes ces vieilles branches. Il est redevenu le type normal. Ce type un peu nu et paumé dans son "périple routier" qui "déambule (…) dans l'espoir de trouver quelque chose" qu'il pourra "définir comme métaphorique", mais "Il n'y a rien ici". Nevermore métaphores. Il est ce type un peu nostalgique, Nick Hornby sur les bords qui a peur de passer les meilleures années de sa vie "à traverser la réalité en somnambule", que les meilleures années de sa vie ce fut quand lui et ses potes écoutaient "Creep", de Radiohead sans arrêt sur MTV et étaient "unanimes à trouver que les accents de la guitare de Johnny Greenwood évoquaient ceux d'une tondeuse à gazon." Ou alors que ce fut plus récemment d'"arpenter désespérément les fossés du Mississippi rural dans l'espoir de comprendre la majesté satanique de Robert Johnson", ce qui "ne sera pas évident à expliquer à quelqu'un" quand il aura 50 ans, car le "contexte sera inimaginable."


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30 juin 2006 5 30 /06 /juin /2006 02:31

Ainsi parlait le mythe, l'écrivain en chanteur

Malgré mon jeune âge (26 ans), j'ai rencontré Gérard Manset (61 ans), parent terrible de la chanson française, par deux fois. La première à l'occasion de son dix-septième album, Le Langage Oublié (2004), la deuxième à l’occasion de l’album qui a suivi juste après, Obok (2006), dernier en date. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Manset est rare. Manset se terre. C’est un mythe. Art muré de chansons mélancoliques en diable, sur le monde, les hommes. Un Sphinx que d’aucuns aimeraient faire parler. Sur ses morceaux aux voies impénétrables. Sa vie qu’il tient secrète. Portrait et entretiens.


En finir avec le mythe ?


Obok, c’est l’album blues que Johnny ne fera jamais. Manset cette liberté que Johnny n'aura jamais. Liberté de ne pas monter sur scène. Jamais. Selon son bon vouloir. Même s'il laisse encore planer le doute. L’envie d’avoir envie. Et ce serait bien. 

 

Le mot-nu-ment. Aux mots il faut la chair des concerts pour peser. Refusant de s'exposer, Manset se désincarne dans sa légende de poète. J’allais dire maudit. Erreur : l’homme est maudit, jamais le poète qui recycle tout, malheur en tête, pour faire graine.

"Branlette"
dit le fan Thiéfaine. Mais Manset s'entête. Cultive son jardin (de délices) à l’abri du temps, retenu dans ses disques, qu'il aligne comme les tomes d’un roman. Les pierres d'une église. Mène vie de château confit dans son mythe, teinté d’inquiétude.

Sur Obok, léger retournement de veste, il deale avec son mythe. Via un petit livre vendu avec l’album contenant secrets d’alcôves, humanise l'image ténébreuse de divin créateur qu'il a un peu contribué à créer. Le voyageur solitaire parle aux "fidèles d’entre les fidèles".

Cet album est moins éthéré, opéra. Plus "country, terrestre", cul-terreux, si j'ose dire. Cela parle terre, toujours. Airs d'enterrement d'où sa voix émane, plante grimpante, croque mots, rappelant les duretés de la vie. Les paradis perdus à jamais. Difficile d'accès.

Avec tout cela en tête on arrive devant Manset. Fort d’une première rencontre nickel à l’époque du Langage Oublié. D’où ce deuxième round, si j’ose dire (bis). Pour tenter d’en savoir plus sur le mystère Manset. Faire parler l’oracle. Sur l'envers des choses.

20 avril 2006. 11h. Rencard dans une boulangerie salon de thé du 16e arrondissement. A deux pas de chez lui. Lieu étrange pour une interview "musique", mais pas pour Manset, qu’on imagine à son aise dans ce lieu au parfum d’enfance. Loin du monde, loin du bruit.

Le voilà qui arrive, lunettes noires, mèche poivre-sel, blue jean, veste beige. Un peu papy Lou Reed. Il s’inquiète de voir que ladite boulangerie est fermée aujourd’hui. Soit. C’est donc à la terrasse bruyante d'un bistro qu’on devise de la matière d’Obok, et plus encore.

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30 juin 2006 5 30 /06 /juin /2006 02:11

Ainsi parlait le mythe, l'écrivain en chanteur

Malgré mon jeune âge (26 ans), j'ai rencontré Gérard Manset (61 ans), parent terrible de la chanson française, par deux fois. La première à l'occasion de son dix-septième album, Le Langage Oublié (2004), la deuxième à l’occasion de l’album qui a suivi juste après, Obok (2006), dernier en date. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Manset est rare. Manset se terre. C’est un mythe. Art muré de chansons mélancoliques en diable, sur le monde, les hommes. Un Sphinx que d’aucuns aimeraient faire parler. Sur ses morceaux aux voies impénétrables. Sa vie qu’il tient secrète. Portrait et entretiens.


Manset, l'anti-Johnny


Le seul qui lui ressemble, c’est Jean-Louis Murat. Frère cadet ennemi. Dévorés par la nostalgie (ce bonheur gagné des paradis perdus), leurs univers paysagistes et misanthropes (ce dégoût de la bêtise humaine) sont gémellaires. Même veine, médiévale.

Ils partagent une fascination pour les grands bluesmen (Neil Young). L'envie de mêler, transcendées, deux cultures qu'on dit irréconciliables : l'énergie du rock, ses secousses rythmiques, presque vocales, et l'écriture scalpel plus cérébrale-ornementale du français.

 
Ils ont failli pactiser, Manset produire Suicidez-vous le peuple est mort, premier 45 tours de Murat. Mais il n’aime pas ses arrangements, veux juste le mettre derrière un micro avec sa gratte. Propose un rapport de soumission. Murat refuse. Plante Manset sur Les Champs.

Autre blocage invoqué par le lover Auvergnat, devenu bizarrement par la suite assez médiatique : son aversion pour la manière qu'a Manset de regarder les filles et l’aspect parait-il trop name-dropping parigot de sa conversation. Bref, trop égaux à ego ces deux-là.

Ils n’étaient pas faits pour s’entendre. Parties du même atome, se repoussent. Mais fruit de la même "mauvaise graine" de poète, ils partagent un mépris : pour Johnny, qui incarne à leurs yeux la rock-star beauf label France. La baudruche dans toute sa splendeur.

Ils sont l’exact inverse de Johnny. L'inverse d’une bête de scène, d’un ersatz franchouille d’Elvis, d’un mythe coquille vide. Murat chante ça dans un pastiche sur son très pop A Bird On A Poire : "On confond encore Johnny Vacance et Elvis Prestley."

Johnny est leur négatif. Surtout de Manset. Même génération. Inflexions communes dans la voix. L'idole des jeunes et l'idole à jeun. Mais ils rêvent tous deux de plus ou d'autre chose. Surtout Johnny, de dérision, au cinéma. Manset d’être Rimbaud, de son vivant.


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30 juin 2006 5 30 /06 /juin /2006 01:55
Ainsi parlait le mythe, l'écrivain en chanteur


Malgré mon jeune âge (26 ans), j'ai rencontré Gérard Manset (61 ans), parent terrible de la chanson française, par deux fois. La première à l'occasion de son dix-septième album, Le Langage Oublié (2004), la deuxième à l’occasion de l’album qui a suivi juste après, Obok (2006), dernier en date. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Manset est rare. Manset se terre. C’est un mythe. Art muré de chansons mélancoliques en diable, sur le monde, les hommes. Un Sphinx que d’aucuns aimeraient faire parler. Sur ses morceaux aux voies impénétrables. Sa vie qu’il tient secrète. Portrait et entretiens.

L'écrivain en chanteur

Sur Obok, finies les "sagas" baroques. Avec saxo et console organique (du Palais des Congrès), il est plus blues-réaliste que jamais (Neil Young tendance Zola) sans arrêter d’être ce taciturne dramaturge d’un monde qui sombre. Last impressions of earth.

Car Manset vit dans un autre monde. Une réalité presque parallèle tant sont illustres, au point d'en paraître fictionnelles, les références qui le fonde : Gauguin, Céline, Magritte, Nerval, Hugo, Flaubert, Villon. Et lui-même, Manset. Très Dieu, très maître.


Il se voit trôner avec eux dans une Olympe artistique. Dernier des Mohicans à l’heure où l’idéologie du progrès, post-moderne, nivelle tout vers le bas. Perfectionniste, il contrôle tout. Ne lui parlez pas de Brel, Ferré, Bashung ou Johnny.

Manset n’est pas de cette race-là : ces gens du "show bizz" et de la "variété française", comme il dit. Parce qu’il fait tout seul, il n’y en a pas deux comme lui. Il est unique et se vit comme tel. Roi en son royaume. Avec carrure d’écrivain à part entière.

Il fustige la chanson, son milieu, ses acteurs. Son seul point commun avec Gainsbourg, lui qui n’a rien de pop, c'est d'avoir les arts nobles dans le viseur (Gainsbourg la peinture, lui le roman, je résume). De considérer la chanson comme un art mineur.
 
Il doit pourtant beaucoup à la chanson. Son contrat avec EMI fait de lui le démiurge qu’il souhaite être, et lui a tôt fait gagner une retraite très anticipée. Pour voyager (en Asie, en Amérique Latine, en lui-même) et créer à temps plein (photo, toile, disque, livre).

Cela fait de lui un artiste, dur à définir. Une sorte de "Cabrel pour intello" comme l’a défini Le Parisien à l’occasion de son Obok blues-folk. Cabrel avec qui il partage la Nature comme thème phare de son répertoire. Mais traitée sans commune mesure chez Manset.
 
 
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30 juin 2006 5 30 /06 /juin /2006 01:41
Ainsi parlait le mythe, écrivain en chanteur

Malgré mon jeune âge (26 ans), j'ai rencontré Gérard Manset (61 ans), parent terrible de la chanson française, par deux fois. La première à l'occasion de son dix-septième album, Le Langage Oublié (2004), la deuxième à l’occasion de l’album qui a suivi juste après, Obok (2006), dernier en date. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Manset est rare. Manset se terre. C’est un mythe. Art muré de chansons mélancoliques en diable, sur le monde, les hommes. Un Sphinx que d’aucuns aimeraient faire parler. Sur ses morceaux aux voies impénétrables. Sa vie qu’il tient secrète. Portrait et entretiens.


Des débuts mythiques

38 ans que ça dure. Que sédimentent, dans le vase du silence médiatique, à "intervalles d'éternité" les rares disques de ce voyageur solitaire. Un homme d’image (ex-élève aux Arts Déco, section gravure) que rien ne destinait à chanter. Mais il y a un mai.

1968 : les majors font obstacle à ce jeune auteur-compositeur en mal d’interprète. Notamment à son projet issu d’un bout de texte plaqué par hasard sur un accord de guitare. Texte "peut-être en réaction à ce qu’était la chanson à l'époque".

C'est Animal on est mal, premier 45 tours, auto-produit. Le grain de sable qui lance la machine. Le style "janséniste-chamane". Puis l'album éponyme. Les titres ? Tout un programme : "Je suis Dieu", "On ne tue pas son prochain"...

Mysticisme, succès d’estime et statut culte. Manset se distingue d'emblée. Coup de pouce des étoiles. Son disque se vend peu, mais son passage en boucle sur les ondes, pour cause de grève radio, le rend omniprésent le temps de l’insurrection étudiante.
 
Ironie du sort. Manset n’a pas de message, parle juste "des choses de tout temps : poésie, lumière, sensibilité". L’anarchie revêtue par Ferré n’est pas pour lui. Lyrique en dedans, l’ascète sort presque toujours le même disque. Il y en aura dix-huit en 38 ans.

A la clef, toutes les clefs : un contrat en or qui lui donne droit de vie et de mort sur tout ce qu'il sort. L'autodidacte (guitare, piano, batterie) étend vite sa main mise artistique (arrange, produit) ressort même ses œuvres, épurées de leurs titres soi-disant passables.
 
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21 juin 2006 3 21 /06 /juin /2006 12:29

"Il n'y a pas de rapport sexuel"

Slavoj Zizek est ce pop philosophe slovène capable de tirer des idées fortes en scrutant aussi bien des films (Lynch) que de la merde. Un nouveau type de penseur donc, qui carbure à Lacan et branché à l'époque. Ca change. D'où sa folle médiatisation il y a peu.


Dans le Libé du 27-28 mai 2006, Zizek s'est vu confier le privilège de tenir le journal intime de sa semaine. Dans ces méditations branchées sur secteur, hautement azimuté, une pépite : une chronique, "Du crapaud et de la bière", en forme de fable psychanalytique et désenchantée sur les rapports sexuels hommes-femmes. Décryptons cette "pensée" tout en vous la faisant partager. L'article est consultable librement et intégralement (pendant un certain temps) sur le site de Libération.

Première étape : coup d'oeil du nerd pop culturel
"J'ai vu à la télé un spot de publicité zarbi pour une bière. la première partie met en scène l'anecdote bien connue d'un conte de fées: une jeune fille marche le long d'un ruisseau, voit un crapaud, le prend gentiment sur ses genoux et l'embrasse - et bien sûr l'horrible crapaud se transforme miraculeusement en beau jeune homme. mais l'histoire ne s'arrête pas là. le jeune homme jette un regard concupiscent sur la jeune fille, l'attire à lui, l'embrasse - et elle se transforme en bouteille de bière que l'homme tient triomphalement à la main."


Deuxième étape : shoot analytique du psycho-philosophe
"Pour la femme, le point essentiel est que son amour et son affection (symbolisés par le baiser) transforment un crapaud en beau jeune homme, une présence phallique totale ; pour l'homme, il est de réduire la femme à un objet partiel, la cause de son désir. En fonction de cette asymétrie, "il n'y a pas de rapport sexuel", comme le disait Lacan : on a soit une femme avec un crapaud, soit un homme avec une bouteille de bière. Ce que nous n'obtenons jamais, c'est le couple "naturel" de la belle femme et du bel homme... Pourquoi ?"

Troisième étape : retour déceptif à la réalité ?
"Parce que le support fantasmatique de ce "couple idéal" aurait été l'image inconsistante d'un crapaud enlaçant une bouteille de bière. Bien entendu, selon l'analyse féministe évidente, ce que les femmes constatent dans leur vie amoureuse quotidienne est plutôt la transformation contraire : elles embrassent un beau jeune homme et, de plus près, elles remarquent qu'en fait, c'est un crapaud." Mais la réalité n'est pas aussi manichéene que les concepts psy. Sa femme (cf. photo) n'a apparemment pas vu que le crapaud en lui...

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14 juin 2006 3 14 /06 /juin /2006 02:24
Les liaisons dangereusement soniques

Après 5 années de galère, le 29 mai dernier Un Homme et Une Femme Project (HFP) sortait enfin son premier album, Alamera (Kitchen/Warner). Ce 12 juin, le groupe ouvrait la soirée Indie Rock à la Flèche d'Or, nous gratifiant de trois quart d'heure d'haute tension noise rock qu'on n'est pas prêt d'oublier. Mais après 5 années de galère, HFP n'est toujours pas tiré d'affaire.


"American Psycho" Les chansons s'enchaînent, sans temps mort, lacets lacérés d'une même course effrénée contre la montre, l'amour, la mort. Le désir les taraude, jusqu'à la maladie parfois. En mode impératif, Frank chante-parle crûment (sa voix ressemble à s'y méprendre à celle de Dominique A), de "cul", de "jambes longues et fines", de "tous ces gens qui grouillent et se replis", de "crever les ventres de nos mères" et "parle à ton père" (ce qu'il faudrait que je fasse). Leur romantisme à la Easton Ellis jaillit devant une maigre audience qui afflue par grappes progressives, et se fait prendre au piège. En extase au plancher, les pieds marquent le rythme de cette course effrénée.


"Défier les anglais"
HFP tient la distance. Joue la longueur, la tension. Ses morceaux tendus de bruit blanc dépassent souvent le canon pop des trois minutes et quelques (surtout sur scène). Comme Encre, Mansfield Tya, Verone et Arman Méliès, ils sont de cette lignée (saignée ?) post Dominique A et Diabologum qui sait sculpter bruit comme silence, dire et taire, ne pas transiger entre
rock et chanson, entre importance (française) du texte et importance (anglo-saxonne) du son. Les deux cohabitent, et nouent de dangereuses liaisons. HFP signe le retour d'un rock lettré avec des ailes et du corps, un rock lettré électro-charcuté défiant les anglais sur leur propre terrain.

"Batteur héro" Au terme de cette trajectoire lyrique implosive, tout finit à terre, plié dans un déluge sonique
, les trois membres libérant l'énergie retenue de tout le concert dans un corps à corps obscène avec leurs instruments, leurs amplis, cul par-dessus tête. Dérapage forcené carambolant Crash!, Taxi Driver et Sonic Youth, Scorsese, J.G. Ballard et Thurston Moore (chez HFP on reste cultivé, même dans le saccage). Ouch ! "Je n'ai jamais entendu ça, lance une spectatrice, à chaud. Il est fascinant ce batteur. Pourtant le chanteur n'est pas mal, ses textes en français sur du rock comme ça, ça rend bien. Mais sans le batteur le groupe n'est rien."

"Noyau dur du trio" Ça faisait presque deux ans que je n'avais pas vu HFP sur scène. Depuis le 7 mai 2004 pour être précis, alors qu'ils ouvraient pour Elista à Sceaux. A l'époque, le trio testait une formule à quatre, avec une guitare de plus, tenue par le frère de Kevin. Aujourd'hui revenus au noyau dur identitaire guitare-basse-batterie, ils sont plus cinglants que jamais, capable de vraiment tordre leur matériel sur scène. Nicolas, leur manager, confirme l'évidence : "C'est comme ça que ça marche le mieux, parce qu'ils se connaissent par cœur."



"Industrie lourde"
C'est d'ailleurs lui, Nicolas, ex-bassiste du groupe Elisa (enregistrant actuellement son deuxième album) qui a mis les sous pour sortir l'album d'HFP. Sous gagnés avec le succès public et radiophonique d'Elista (poussant le groupe à suivre actuellement une voie mainstream, mais sans Nicolas). Ça faisait bien deux ans que HFP souhaitait sortir ce disque. Entre temps, ils ont dû se battre pour mettre en place les impératifs "extra-musicaux" exigé par l'industrie (lourde) musicale : label (Kitchen Music, le leur), attaché de presse, distribution (Recall/Warner), partenariats Férarock, retombées presse, etc. Alors qu'ils doivent défendre le premier album, ils ont déjà la tête dans le second, "depuis six mois, un an", glisse Kevin, dans un sourire, doucement crispé.


Ils seront en session acoustique OUI FM ce jeudi 15 juin, et en tournée fin 2006, actuellement en préparation. Ils n'ont pas de parrainage Bayon-Libération (comme Arman Méliès), ni même l'épaule de Dominique A pour jaillir sous les feux de la rampe (comme les Mansfield Tya qui ont reçu
"une standing ovation plus grand encore que celle de Dominique A" en assurant sa première partie à La Cigale dernièrement, nous apprend Dominique Marie, attaché de presse de HFP, qui était présent). Mais je vous invite à les découvrir, les soutenir. Pour que leur route semée d'embûches soit aussi pavée de bonnes intentions. Ils le méritent.

photos Amélie Cordier
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14 juin 2006 3 14 /06 /juin /2006 02:21

Les liaisons dangereusement soniques


Après 5 années de galère, le 29 mai dernier Un Homme et Une Femme Project (HFP) sortait enfin son premier album, Alamera (Kitchen/Warner). Ce 12 juin, ils ouvraient la soirée Indie Rock à la Flèche d'Or, nous gratifiant de trois quart d'heure d'haute tension rock qu'on n'est pas prêt d'oublier. Mais après 5 années de galère, HFP n'est toujours pas tiré d'affaire.


La route est semée d'embûches pour un jeune groupe qui souhaite percer dans le circuit rock. Encore plus s'il adopte une démarche pointue, aussi intransigeante que celle d'Un Homme et Une Femme Project. Franck, Steve et Kevin – plus anglo-saxon que leurs prénoms, tu meurs – pratiquent une chanson noise cinglante, dont le succès critique est inversement proportionnel au succès tout court.

"Presse à distance"
Pour l'instant leur incandescence séduit un cercle restreint. Depuis la sortie de leur premier opus, elle fait se déchaîner les journalistes l'espace-temps d'une chronique – Les Inrocks louent une "gifle" renvoyant "Raphaël à ses études”, Magic! un trio s’aventurant "au delà de tout espace privé et de toute pudeur”, Rock&Folk "une détermination et une élégance rare". Les groupes français de leur trempe ne courent pas les rues. Mais pour l'instant la presse reste à distance : aucune 'interview.

"Ruminer l'affront" Franck (guitare-chant), Steve (batterie) et Kevin (guitare-basse) réservent donc leurs explications sur scène. Manque de pot, ce soir la galère frappe. Pour cause de chaleur (enfin estivale) et de Coupe du Monde, la salle affiche quasi désert. Sourcils circonflexes et mutisme glacé, Franck semble remonté, ruminant l'affront de ne pas avoir plus de monde à se mettre sous la dent. Les gars accueillent la déconvenue avec le faux calme de ceux qui se rient du mauvais sort. Et vont en faire frapper à coup sûr, fort.


"Rage dedans"
Dès les premiers accords, ils soufflent par leur force d'implosion ; balafrent de leurs morceaux qu'on dit à juste titre croisant le fer entre rock New Yorkais (style Sonic Youth, Interpol) et chanson française (style Brel, Dominique A). Ça joue physique. Steve mène. Les rythmes martiaux et cavalcades qu'il cogne tiennent littéralement l'affaire, sommant Kevin de jouer dense son glacis coupant de lourdes lignes de basses. L'un dans l'autre, on n'entend pas trop les paroles de Frank, qui surajoute à la furie rythmique les stridences de sa guitare, mais ce n'est pas grave : fulminant de rage à la manière de Ian Curtis, l'énergie qu'il dégage fait passer le message.



"Mirwaïs, jeune"
Devant si peu de monde, ils pourraient jouer à l'économie. Et depuis le temps qu'ils jouent ces morceaux, ils auraient pu en tarir la source. Mais non, le sentiment d'urgence est total. Les chemises trempées noires jusqu'aux os. On sent que la galère a été profitable, a fourbit leurs armes. Les chansons en jètent, l'esthétique et l'attitude aussi. Son, fringues, gueules – qu'ils ont pâles, anguleuses et aimables à la Taxi Girl (Frank ressemble à s'y méprendre à Mirwaïs, jeune), tout est carré, super rodé chez HFP. Noir, froid. Plus cohérent que ces trois-là, tu meurs.

photos Amélie Cordier

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 01:36
Désarmant





"L'Asphaltine, c'est le côté aseptisé de notre civilisation"

"Que la Californie sombre dans l’océan : quoi de plus normal ?"






Le titre de l’album est Néons Blancs et Asphaltine. Qu’est-ce que l’Asphaltine ?

C’est un néologisme, un mot qui n’existe pas. C’est sorti de mon cerveau malade ! (rires) Ce titre là est venu en fait en allant à un concert dans l’est, et donc pendant que je faisais des heures autoroutes où j’étais passager. J’avais la chance de ne pas conduire et je regardais en fait la route défiler et ça m’a inspiré ça. En fait, au début, c’était l’asphalte. Asphaltine est venu rapidement et ensuite, sur ce coté un petit peu superficiel, un petit peu aseptisé de notre civilisation, je trouvais que le néon était assez parlant, avec toutes ces vitrines assez clinquantes. Par exemple, j’avais été en Thaïlande et ça m’avait pas mal choqué par ce que dans toute l’Asie du sud-est, ils sont vraiment fans de tout ce qui est néons, lumières clignotantes, il y a un coté vraiment très clinquant, très racoleur et je trouve ça assez symbolique de notre civilisation où il faut forcément attiré le chaland, il faut forcément attirer les mouches pour leur vendre n’importe quoi.

Dans cet album, j’ai l’impression que tu transformes en ruine tout ce que tu vois, mais qu'en même temps tu réecnhante tout par les ruines… il y a ce coté magique et fascinant, très "Ashes to Ashes" finalement de la ruine, de la cendre, de la poussière, le coté assez fertile de tout ça… "San Andreas", c’est en référence à la faille du même nom ?

Bon, c’est schématique parce que ce n’est pas vraiment ce que je pense, mais quelque part l’idée que La Californie disparaisse un jour dans l’océan, tu peux te dire : "Quoi de plus normal ?", c’est un lieu tellement étrange, tellement surnaturel, tellement too much, tellement plein de fric, tellement grossier que ça ne peut qu’un jour s’effondrer, se détacher du reste du globe et disparaître au fond des océans. Et géographiquement, c’est sur la faille. C’est ce parallèle que je trouvais vraiment (pas rigolo parce que ça n’a rien de rigolo et je ne souhaite pas que La Californie disparaisse), mais je trouve qu’il y a une ironie du sort à ce que peut-être l’endroit le plus superficiel du monde soit sur une faille où l’on sait qu’un jour ça va disparaître.

Comment t’es venu le titre du 7 titres, Le Long Train Lent et les Beaux Imbéciles ?
En fait, c’est une note de pochette dans un album de Bob Dylan où il parle du beau train lent et des étrangers où je ne sais quoi. Ce n’est pas la phrase exacte, mais je me souviens que ça m’avait marqué. Le début de la phrase est le même et puis après j’aimais bien cette apologie de la lenteur. Je trouve qu’il n’y a rien de plus cinématographique que quand on voyage dans un train et qu’on regarde par la fenêtre, j’aime bien aussi tout cet univers. Quand on fait un trajet d’une heure dans un train on chope comme ça des petits morceaux de vie, des choses qui ont l’air complètement anodine, ça peut être des immeubles quand on passe à coté d’une cité, ou le long de la voix de chemin de fer, c’est des endroits qui sont complètement négligés, le genre d’endroits que personne n’aime et si on commence à regarder un petit peu plus précisément je trouve que ça peut être vraiment poétique.

Qui a fait la pochette ?

C’est le travail d’un illustrateur qui s’appelle Julien Pacaud, que j’ai découvert par un site, hinah, qui est très branché folk-indé, mais qui a aussi une partie art graphique avec beaucoup d’illustrateurs photographes qui font des petites expos. Et voilà j’étais tombé sur le travail de ce Julien et j’avais trouvé cela vraiment bien. Donc en fait je l’ai contacté et il fait un travail original pour l’album. Je lui avais fait écouter le 7 titres, je n’avais pas encore de quoi lui faire écouter l’album quand il a commencé à travailler dessus, donc il s’est inspiré juste des titres des morceaux et de l’univers du premier disque pour faire quelque chose d’original qu’après on a retravaillé avec Stéphanie pour le mettre en page.

D’où vient
l'Arche de Noé volante sur la pochette du 7 titres ?
C’est une sorte de bateau volant que j’avais trouvé dans un vieux bouquin qui traînait dans un grenier en fait, c’est une sorte de sous Jules Vernes, un bouquin qui n’est pas terrible mais où il y a de belles illustrations. J’étais tombé là-dessus, c’était un peu l’évidence pour moi que c’était forcément la pochette. Je trouvais que ça correspondait bien à l’univers du disque, ce coté un peu bout de ficelle, un peu désuet.

Tu ne voulais pas mettre ta photo sur la pochette ?
Non ! pas du tout, hors de question (rires). Ça se fait beaucoup dans la chanson française. Sans doute que commercialement, c’est viable, sinon ils arrêteraient de le faire, mais moi je suis un peu lassé de ça, je n’avais pas du tout envie de mettre ma trogne en couverture. Et puis, d’une manière générale, je trouve que c’est un petit peu déplacé de se mettre en avant comme ça. Peut-être qu’un jour je le ferai, je ne sais pas, parce qu'on me forcera ou que je me dirai : "Allez, c’est peut-être l’heure de la mettre !". Non, je préférais faire un truc plus graphique.

Pour prolonger graphiquement l’univers musical ?
A tous les niveaux, sur tous les supports promotion, sur les disques, sur le site Internet. On essaie vraiment que tout soit cohérent pour que ce soit le prolongement ce cette bulle dont tu parlais sur scène.

Tu as pensé aux projections vidéo sur scène ?
Oui, à terme. Pour l’instant je ne connais grand monde et je n’en ai pas parlé non plus parce qu’il y aussi un souci de simplicité. Car ce qui est super agréable c’est quand même de pouvoir aller n’importe où et n’importe quand. Si on m’appelle cet après midi pour aller jouer ce soir dans une salle sur Paris ou même à 100 kilomètres de Paris, je peux : je passe chez moi prendre ma guitare donc il y a vraiment un élément séduisant là-dedans. Maintenant c’est vrai que j’aimerais bien étoffer le coté scénique, en jouant un peu plus sur les lumières, en mettant pourquoi pas des projections. Il y a plein de choses à faire, là-dessus je ne me fais pas de soucis. Je ne suis pas prêt d’être lassé en fait.

Après cet album ne vas-tu pas avoir du mal à retourner à quelque chose de plus rock avec eNola ?
Non, parce que parallèlement on continue à jouer, on n’essaie de ne pas cumuler ni les concerts ni les sorties de disque. L’album d’Enola devrait sortir en mars 2005, mais après au quotidien moi je fais souvent les deux en même temps. Je peux très bien travailler sur mon disque dans la journée puis le soir je vais répéter avec mes petits camarades.

Le projet solo influence-t-il eNola ?

Oui, par opposition en fait. C’est-à-dire que quelque part l’album d’eNola devait être beaucoup plus calme au départ quand on a commencé à l’écrire et le fait que moi j’embraye dans un projet solo où c’était très soft on a opté pour les morceaux les plus pop rock. Bon, ils ne sont pas pour autant très très rock, ça reste assez soft. Je ne pense pas que ce soit plus accrocheur, c’est plus personnel par rapport au premier disque, c’est indéniable, c’est surtout que c’est plus rêche. Autant sur l’album d’Armand Méliès c’est assez dépouillé, autant sur l’album d’eNola on a fait un truc qui est beaucoup plus brute. On a enregistré quasiment live en quinze jours, il n’y a quasiment pas d’arrangements supplémentaires, dès fois on a rajouté une guitare, un clavier, mais c’est tout. C’est assez rêche, assez brute de décoffrage (nda : Malheureusement, comme nous l'apprendront plus tard de la bouche même d'Arman, le deuxième album d'eNola ne verra jamais le jour, ce que confirmera un mot sur leur site officiel posté le 11 mars 2005 : "Après 5 ans d’activité et un premier album paru en 2002, le groupe francilien jette l'éponge. A l’origine de cette séparation, la mésentente de plus en plus évidente avec leur label, Jaff, et les conditions de travail qui en découlent. Découragés par une collaboration qui, au fil des mois, s’est avérée de plus en plus conflictuelle, et dans l’incapacité, dans ces conditions, de finaliser correctement un album sur lequel le quintet travaillait depuis près de deux ans et demi, les membres du groupe ont finalement décidé de mettre un terme à cette singulière aventure musicale")
.

Ce n’est pas non plus ce qu’on peut entendre chez Luke, non ?
Non, après dans les compositions c’est beaucoup plus soft, beaucoup plus pop, mais sans fioritures.

Qu’en penses-tu, vite fait, de ce deuxième album de Luke ?
Je suis assez partagé. J’étais fan du premier, je l’aimais beaucoup, je trouvais que c’était vraiment personnel pour le coup, ça ne ressemblait à rien, et en même temps c’était super bien, les morceaux étaient très biens, les textes étaient magnifiques. Le deuxième, il est forcément plus directement accessible. Disons que je suis moins fan. Je suis moins fan de rock français de toute façon. Autant j’aime bien la chanson française, autant je préfère aller voir ailleurs si on parle vraiment de rock. Je trouve que le rock franco-français c’est toujours un peu limité. Du coup, ils ont perdu un peu en singularité sur ce disque, mais après je vais les voir bientôt sur scène et à priori c’est vachement bien sur scène, car ça reste bien écrit, les textes sont toujours aussi biens, mais c’est moins ma tasse de thé.

Tu dis aimer la chanson française plus que le rock français. Alexandre Varlet, connais-tu ? Je trouve qu’il y a quelques accointances entre vous, dans le chant, l’univers mélancolique et maritime…
Oui, on me l’a dit. Ce n’est pas une référence qui revient souvent, peut-être parce qu’il n’est pas très connu, mais c’est revenu de temps en temps. Oui, pourquoi pas ? Après il a un côté peut-être un peu plus dandy, un petit plus hautain, voire cynique dans ses textes que je me refuse. Je ne parle pas de lui, parce que chez lui ça reste très subtil, mais de manière générale je suis assez écœuré par le cynisme dans lequel on baigne, à tous les niveaux. On allume la télé, c’est écœurant. Donc c’est quelque chose que je me refuse, j’évite de verser là-dedans. Du coup après mes textes peuvent peut-être paraître affreusement premier degré et peut-être qu’on peut dire : "Il est vraiment triste, il est vraiment ennuyeux, il est vraiment déprimé", je ne sais pas, mais à la limite je préfère peut-être paraître trop premier degré que d’être un peu trop cynique.


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