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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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12 octobre 2006 4 12 /10 /octobre /2006 00:38
se rêve elle
en chanteuse


















Je viens de parler de Vincent Lindon via le film La moustache. Je vais maintenant parler de son ex-femme, Sandrine Kiberlain. Mais pas l'actrice, la chanteuse. Car chanteuse elle l'est depuis la sortie 
de Manquait plus que ça, son premier disque en mai 2005.

Je vous en reparle malgré le temps écoulé (l'interview remonte à l'été 2005) car je suis actuellement en train de préparer un long article sur les actrices-chanteuses, grâce auquel j'ai aussi interviewé depuis Jeanne Balibar et Cholé Mons. Mais Sandrine était la première. Et le moment fut exquis, juste ce qu'il faut. Et l'interview intéressante, toujours sur ce mode de la discussion que j'affectionne et qui a tendance à devenir mon unique manière de mener les interviews.

Je stressais un peu avant la rencontre. Je stresse toujours avant une interview d'artiste. L'impression de redevenir élève. La boule au bide d'avant l'exam. Totalement imprégné, vampirisé par la feuille de route que je me suis préparé. Concentré pour mener à bien mon scénario, construit sur le feeling me reliant et forant à travers l'univers et la psychée de l'artiste. J'ai des questions osées. Je mise beaucoup. Je veux qu'il en ressorte quelque chose de… spécial, de… durable de cette interview.

Je stresse toujours avant une interview d'artiste. Mais plus encore quand il s'agit d'une actrice que d'une chanteuse. Une actrice, j'ai l'impression, ce n'est pas comme une chanteuse. Pas comme les chanteuses que je rencontre d'habitude. J'ai toujours l'impression qu'il va falloir prendre des gants avec une actrice, que ça va être plus pincé une actrice, moins nature, moins franc du collier. Comme si l'actrice restait tout le temps actrice. Qu'elle était moins souvent la femme sous l'actrice. Qu'elle était moins la femme sous l'actrice que la chanteuse est la femme sous la chanteuse.

Une actrice, j'ai toujours l'impression que ça se lâche moins. Ça représente autre chose, c'est plus superficiel, il y a trop de tuyaux autour d'elle, une actrice. L'impression que si elle lâche, ça pète. Car elle est l'otage d'une industrie plus lourde, le fruit d'une popularité plus grande, conditionné par le poids de l'image, prise au centre d'un film qui finalement lui échappe de trop, qui ne se réduit pas à elle.

Mais j'ai eu la chance de rencontrer Sandrine Kiberlain la chanteuse et tout s'est bien passé. Limite j'aurais rencontré Sandrine Kiberlain l'actrice, et ç'aurait été tout comme, juste, charmant, léger, dans le cadre idylliquement zen d'un bar/resto boisé chic.

Je voulais en profiter pour lui poser une question au sujet d’un monologue qu’elle tient dans le film Rien sur Robert, devant un Fabrice Lucchini subitement médusé, sans voix. Un comble connaissant l'hystérie verbale du bonhomme. A vrai dire, les quelques jours qui ont précédé la rencontre, cette scène m'a presque obsédée. Parce que dans sa bouche, elle fait tâche. Cette tirade qui cause cul crûment, qui déboule sans prévenir et vide son sac froidement, elle contraste tellement avec ce qu’est Sandrine, c'est-à-dire une femme et une actrice au physique et au caractère lunaire, maladroit, effacé, qu’on obtient un moment culte. Qui souffle sa grâce comme un boulet de canon.

Oui, les quelques jours qui ont précédé la rencontre, c’est limite si je ne fantasmais pas sur Sandrine en partant de cette scène. Un comble. Elle n’est pas canon Sandrine. Elle a un physique un peu trop bancal, décalé. Mais décalé juste ce qu’il faut, je dirais. Elle le sait. Et elle en parle d’ailleurs très bien elle-même dans le single de son premier album d’actrice devenue chanteuse. Une vraie. Parce qu’elle écrit aussi ses propres textes. Parce qu’elle a des choses à dire et qu’elle les dit joliment, justement, parfois durement sous couvert d'épure, de simplicité, dans un français limpide, impossible à esquiver.

Charlotte Gainsbourg aurait dû prendre un peu exemple la démarche super sincère Sandrine. Ça ne l'aurait pas fait accoucher d'un album anglophile, chic et vaporeux à mourir. Le disque de Sandrine Kiberlain n'est pas un sommet ni même un must-have, mais un rien décalé comme son auteure et lui ressemblant traits pour traits on se surprend à l'écouter avec plaisir cette petite soeur cachée d'Alain Souchon.

(Suite.)


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4 octobre 2006 3 04 /10 /octobre /2006 01:39

"Il n’y a pas de couple"



Je viens de voir La moustache, film d'Emmanuel Carrère sorti en 2004, et porté à l'écran par un joli duo d'acteur : Vincent Lindon (Marc) et Emmanuelle Devos (Agnès). Mais porté, le film l'est surtout par un livre : La moustache, roman du même Emmanuel Carrère (paru chez POL en 1986) et par ailleurs biographe de Philip K. Dick...




Ça n'a l'air de rien, mais pour Marc, cet acharnement qu’on lui fait subir à ne pas reconnaître qu'il a eu une moustache, ça lui colle une sévère déprime. Il en perd la tête. C’est à se demander ce que signifiait pour lui cette moustache et le fait de la raser. (Là est d’ailleurs La question du film. Là est la non-réponse sur laquelle repose tout le fil qui va se dérouler. Là est la "crime scene ", le mystère non élucidé. Il faut s’y faire : on ne saura jamais ce que cachait la moustache. On ne saura jamais quel cadavre elle avait dans le placard cette moustache qui tâche sans tâche. Elle ra réalisé le crime parfait. Et peu importe après tout qu’on sache : la vérité est ailleurs.) On ne peut que constater : il y a un avant et un après. Avant tout roulait, maintenant tout s’écroule.

Marc décroche. Nous aussi. Doucement malmené par ce scénario qui ne nous dit rien (ou peu) de ses intentions, on en perd notre latin cinématographique. Ce qui n’est pas fait pour nous déplaire. Au contraire. On se laisse porter et on cogite. Et perso, c’est comme ça que je l’aime le cinéma : quand il est un flux d’images et de formes énigmatiques me laissant le soin d’y voir ce que je veux. Et de mener l’enquête. Paraphrasons le Bashung de "L’irréel", qui funambule sur L’imprudence : "Le film écrit sa musique / Sur des portées disparues / Et l’orchestre (de nos crânes) aura beau faire pénitence (on n’y pigera que dalle)." Le film funambule comme lui.

Reprenons le fil de notre analyse : Marc pète les plombs avec sa moustache née sous X. Et à mesure que la folie le gagne, elle gagne aussi sa femme, Agnès, et les consume derechef dans une totale perte de repères. Agnès perd pied face à un mari qu’elle ne reconnaît plus en rien. Elle pensait avoir un homme solide sur lequel s’appuyer, un homme qu’elle pensait connaître, un homme qu’elle pensait aimer pour ce qu’elle savait être lui. Et voilà qu’elle se retrouve avec une loque, un inconnu, une épave qui à la tête de son mari, la voix de son mari, le corps de son mari, mais qui ne lui inspire plus aucun amour, qui ne lui envoie plus un seul des signaux de reconnaissance sur lesquels ils avaient passé accord. C’est violent pour elle ce que Marc lui fait subir. Pour un peu ce mari, elle le ramènerait au magasin pour le faire échanger. Car pour un peu, elle se sentirait tromper sur la marchandise. Quelque chose lui a donc initialement échappé à propos de Marc. Mais quoi ?

Elle lui conseille d'aller voir un psy. Elle ne le reconnaît pas parce qu’il se serait soi-disant rasé la moustache (puisque, pour elle, de moustache il n’y a jamais eu), elle ne le reconnaît pas dans ce soudain besoin qu’il a d’obtenir d’elle un regard différent sur lui, dans son besoin de se voir accepté par elle comme changé, redéfini (même si c’est infime, intime), elle ne le reconnaît pas dans ce besoin qu’il a d’être vu différemment, tel qu’il se voit, en soi, nu. Et dans son besoin d’obtenir un regard justificateur (presque maternel) d’elle, dans son besoin d’un tel regard impossible sur lequel il mise tout, n’étant plus qu’un trou noir, un homme qui s’atomise (étranger aux autres, étranger à lui-même), il l’entraîne dans sa chute. Bashung encore s’immisce, par "Est-ce aimer", L’imprudence toujours : "S’il suffisait / De se refaire une beauté / Pour retrouver grâce à tes yeux / S’il suffisait de se défaire / S’il suffisait de disparaître / Est-ce aimer / Est-ce aimer / S’il suffisait / D’abolir les écorchures / La peine qu’on se donne pour tenir / Une à une triomphent les ruines."

Inévitablement, le couple se délite. L’idée que l’un se faisait de l’autre (ce sur quoi le couple tenait, se liait, s’équilibrait, ce qui faisait le couple, le rendait possible), tout cela s’effondre, révélant la supercherie : impossible à connaître, impossible à fixer et prévoir une bonne fois pour toute, l’autre peut-il être aimé ? Et le couple survivre à une soudaine transparence des êtres ? Chaque geste du quotidien, les plus futiles, révèle alors de profonds désaccords, déchire un peu plus l’ex-couple modèle. Plus Agnès tente de sauver son couple, plus elle l’enfonce, accélère leur descente aux enfers à lui et elle, séparés à jamais. Exemple 1 : Elle emmène Marc faire les magasins pour lui offrir une veste et parvient à lui faire opter pour la veste qui lui à plait à elle (un truc immonde, bigarré vert feuille) sans se préoccuper du fait que lui ça ne l’emballe pas du tout. Exemple 2 : Ils sortent dîner dans un grand restaurant. Le menu en main, ils se rendent compte que les plats proposés ne leurs conviennent pas du tout. Lui émet sérieusement l’idée qu’ils s’en aillent sur le champ voir ailleurs. La voyant éclater de rire, il pense avoir son feu vert, il croit qu’elle acquiesce par là son côté sans gène, politiquement incorrect, sûr de lui. Mais elle lui balance froidement : "Tu n’y penses pas sérieusement ? Non, on va manger ici." Exemple 3 : De retour chez eux, il se dirige vers la chaîne hi-fi pour écouter un peu de musique classique avant de se coucher. Elle le rembarre illico : "Non, ce n’est pas l’heure, on va se coucher." Elle essaie de reprendre le contrôle sur lui, de le sculpter à sa mesure à elle. Mais rien n’y fait. Il s’éloigne d’elle. Il n’est plus là.

Sa petite comédie de l’amour rafistolé tombe tellement à l’eau que, devant le lien défait, Agnès jette d’elle-même l’éponge, avoue qu’il n’y a plus rien, qu’elle joue la comédie, qu’elle est perdue, qu’elle pédale dans une choucroute intersidérale, que tout est foutu. Elle fait l’aveu au restaurant. Mais par une culbute de génie, s’enfilant une clope et une coupe de champagne en un rien de temps (alors que ça fait trois ans qu’elle avait arrêté de fumer et qu’elle menait un vie très zen, axée thé, yoga et Feng Shui), elle relance par là même leur couple. En livrant du couple une toute nouvelle définition : "Ce n’est pas grave Marc ce qui nous arrive. Cette veste que je t’ai offerte, tu ne la mettras plus après ce soir, elle finira dans une armoire, mais ce n’est pas grave, c’est ce que font tous les couples, tu sais." Re-clope, re-coupe de champagne, les yeux aux bords des larmes.

Agnès tente de les ressouder en faisant appel à une vision désabusée, voire carrément nihiliste du couple. Un couple, lui dit-elle, c’est, drôle de paradoxe, la mésentente même. Un couple c’est la reconnaissance et l’acceptation d’une mésentente fondamentale, puisqu’on ne peut jamais connaître l’autre et l’aimer vraiment pour ce qu’il est (dans toute la profondeur et le vice de sa nature humaine). Alors unissons-nous contre cette tragédie que nous partageons on ne peut plus intensément mon chéri. Unissons-nous contre cette vérité tragique. Faisons de ce vide fatal qui nous sépare notre secret, notre combat et notre raison d’être en couple. Colmatons. Etouffons perpétuellement ce vide. Elle dit ça, mais elle n’y croit pas. C’est sa dernière carte qu’elle abat là. L’ultime supercherie. Il lui passe le briquet et s’en grille une à son tour.


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Published by Sylvain Fesson - dans IDEEcryptage
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29 septembre 2006 5 29 /09 /septembre /2006 00:17
A mélomane on the moon




"La techno m'a ouvert des portes de création"

"Epitaph de King Crimson, sublime"




Le maxi que tu as sorti chez Warner préfigurait-il déjà ce qu’allait être Happiness ?
Il y avait encore plus un côté sixties à la Chapeau Melon et Bottes de Cuir ou Le Prisonnier, un côté musique de film encore plus prononcé, genre John Barry et Ennio Morricone. Un morceau faisait assez Portishead, un autre sonnait un peu plus groove.

Sur Happiness ce qui étonne, finalement, c’est que les bases des morceaux semblent assez folk. Pars-tu sur des arpèges de guitare ou des mélodies de piano avant de te lancer dans les arrangements de synthé. Comment maries-tu acoustique et électro ?
En fait, c’est une rencontre qui remonte à loin parce que j’ai écouté de la techno et j’ai même joué de la musique techno à une époque. J'étais assez branché par les musiques trip hop et down tempo, mais en même temps j’ai toujours aimé la pop, depuis les années 70. C’est juste qu’à un moment donné j'ai essayé de marier les deux. Dès que j’ai découvert la techno dans les années 90 (j’avais déjà écouté beaucoup de new-wave auparavant), je rêvais qu'à un moment donné la techno rencontre un peu le rock et la musique pop. Quelque part ce mariage a mis du temps. Ça a pris les dix ans qu'ont duré les années 90. Et même si ça paraît un peu absurde, je pense que la techno m’a aidé, elle m’a ouvert des portes de création, m'a ouvert l’esprit à une époque. A un moment donné, si j’ai un peu plus réussi à marier les sons pop et électro, c’est, je pense, parce que je suis passé par la techno. (silence) Ca ne se ressent pas trop à l’écoute d’Happiness !

C’est vrai car les morceaux s’avancent plus sur des motifs harmoniques introduits par une guitare voire un piano, que par des expérimentations électroniques pures et dures.
C’est parce que, en gros, les sons de piano ou de guitares un peu classiques vieillissent moins dans le temps. Moi en plus, je suis aussi fan de Mark Hollis où là, pour le coup, tout est dans l’organique, donc ça m’influence beaucoup. Mais ce n’est pas réellement conscient ce choix de commencer les morceaux dans l’organique et de rajouter des claviers par la suite. Par contre, c’est vrai que j’adore le mélange des deux. C’est comme en cuisine, il faut essayer de mettre un peu d’épices et de contrastes.

Comment enregistres-tu les instruments acoustiques ?
Il n’y a aucun sample en fait, tout est joué, après c’est juste qu’il y a un peu de réverb dessus, des échos. Parfois je triture un peu les sons pour les faire voyager.

Le refrain de "Ride Along The Cliff", dans l’intonation de la voix, fait étrangement penser au refrain de "Dreamer" de Supertramp…
Ce n’est vraiment pas voulu ! Par contre, j’ai été fan de Supertramp étant gamin, donc je pense que ça fait partie de mon inconscient…Mais euh pas vraiment dans ce morceau-là ! Mais ce n’est pas grave, je pense que c’est vrai en plus. En réécoutant le titre, c’est vrai que la voix peut faire penser à ça. Plein de gens me disent que ça fait penser aussi à Peter Gabriel, que j’ai également beaucoup écouté. Mais ce n’était pas voulu, pour moi c’était plus les Rolling Stones ou les Who au niveau de l’inspiration, c’était plus dans l’idée de Quadrophenia (double-album des Who sorti en 1973 comme un hommage nostalgique au "Swinging London" des Mods et des 60's qui, adapté six ans plus tard au cinéma, provoquera un "Mod Revival", coïncidant avec la popularité galopante des Jam, dignes héritiers des Who, Kinks et autres Small Faces, Nda).

Vraiment ?
Oui. Après c’est sûr que la voix est en avant et que la mélodie de voix fait d'entrée de jeu penser à Supertramp, donc du coup ça emmène l’auditeur ailleurs. Mais, dans l’idée, il y a réellement eu une recherche un peu à la Rolling Stones dans ce morceau.

C’est le morceau qui se révèle le plus rythmé et le plus coloré de l’album. Les synthés partent dans des trips à la "Yellow Submarine"…
Il a failli ne pas être sur l’album ce morceau-là. Pour moi, il est justement un peu plus extraterrestre au sein de l’album. Mais, en même temps, je trouve qu’il s’incorpore bien au reste de l’album même s’il a une touche particulière, plus pop.

Pop "sunshine" même, alors que le reste est plutôt en demi-teintes…
Exactement ! En fait, d’un seul coup, c’est un morceau plus ensoleillé par rapport au reste et c’est ce qui me faisait hésiter à le mettre. Mais finalement, pourquoi pas ? Parce que les autres ne sont pas tout noirs non plus.

Un single s’est dégagé de l’album ?
Ce n’est pas les mêmes pour tous, ce qui est quelque part flatteur ! Nova passe "Sleeping Song" en playlist, des gens ne découvrent "Weeping Willow" que maintenant donc ils se mettent à la passer maintenant, et il y a plein de gens pour qui l’évidence c’est "Tears Coming Home". Moi, mon souhait à l’origine, c’est d’essayer de mettre en avant "Tears Coming Home", mais si les gens aiment les d'autres titres, tant mieux.

Les morceaux se suivent très bien, avec fluidité, à tel point qu'il est assez dur de dire quel morceau on préfère, dur de dégager un morceau préféré de l'album.
Ça, c’est le système commercial qui veut ça. Le marketing aimerait bien qu’à un moment donné tu te concentres plus sur un morceau qui te représente. Moi, je ne maîtrise pas ça. Les gens, dans l’ensemble, me parlent plus de l’album dans son intégralité. Ça fait plaisir.

Les morceaux fonctionnent pas mal par répétition de motifs qui évoluent progressivement, un peu à la manière de ce que fait Air. Et on a même l’impression qu’au fil de l’album, les morceaux sont eux-mêmes des motifs mélodiques qui se suivent pour former un tout. As-tu voulu faire une sorte de petit "opéra pop" ?
Ce n’est pas totalement prévu comme ça, par contre le système des morceaux qui évoluent, où il y a à chaque fois un nouvel élément qui entre avec différentes couches, et que tu peux encore découvrir après plusieurs écoutes, ça c’était vraiment un souhait. J’ai en souvenir, étant gamin, d’avoir tellement écouté certains albums (car quand tu es gamin tu as accès a beaucoup moins de disques donc tu les écoutes beaucoup plus et tu les écoutes dans différents moments avec différentes humeur) que du coup j'ai creusé beaucoup plus les arrangements.

Quels sont ces albums que tu as beaucoup écoutés ?
Supertramp ! Je suis désolé ! Mais plus le Supertramp de Roger Hodgson qui pour moi faisait des mélodies vraiment super belles et Pink Floyd aussi, The Wall, et même des plus vieux. Ça, c’est des albums que j’ai beaucoup écoutés et à chaque fois j’arrivais à rentrer plus profond dans le disque et à découvrir différentes parties. J’aime bien cette idée qu’à l’écoute tu vas encore découvrir des choses. Il y a pas mal de gens qui me parlent de ça avec Happiness et ça me fait plaisir parce que c’est ça que j’aime avec la musique.

Il y a même un côté assez kraut rock dans ton utilisation des synthés. La musique planan
te et expérimentale allemande de Can, Neu, Faust… c’est des choses que tu as écoutées ?
Je connais juste un peu Can et Faust, mais en fait Mark Hollis écoutait beaucoup ça, j’ai lu ses interviews à l’époque et c’est à travers ses interviews que je m'étais mis à écouter ça. Ce n’est donc pas des groupes que j’ai directement écoutés même si j’aime bien.

Le kraut rock est une musique qui revient pas mal. M83 revendique cette influence, des groupes comme Tangerine Dream... On a l’impression que beaucoup de jeunes groupes assument et exhument cet héritage discographique parental qu'on avait un peu remisé au placard, et le font sonner comme neuf.
Pendant super longtemps le rock progressif s’est fait taper dessus, mais il y a eu plein de bonnes choses dans le rock progressif. Comme il y a eu plein de bonnes choses dans tous les styles musicaux à partir du moment où on creuse un peu. "A Soapbox Opera" de Supertramp, ça reste un morceau énorme. Après, il y a des sons que je n’aime plus trop et qui me gave avec le temps comme par exemple quand Ray Davies chante, là ça me branche beaucoup moins. Mais "Epitaphe" de King Crimson qui se trouve sur l’album In The Court Of King Crimson, c’est un morceau sublime, ça n’a pas pris une ride, c’est super majestueux. Après j’ai écouté de la new-wave, époque où, bizarrement, c’était la mode de taper sur un genre qui ensuite redevenait à la mode, etc.

Pour quelqu’un qui est percussionniste à la base, il y a peu de rythmique, je trouve, sur les morceaux d'Happiness.
En fait, j’ai passé beaucoup plus de temps à travailler les harmonies. J’étais passionné par le rythme quand j’étais gamin mais depuis j’ai beaucoup plus tourné mon travail et ma concentration sur les harmonies. Malgré tout, je pense que la basse est vraiment présente. Il y beaucoup de morceaux où j’attache pas mal d’importance à la basse. "Donkey Boy", par exemple, se construit réellement autour de la basse. Ce qui est aussi vrai pour "Sleeping Song" et "Tears Coming Home". Mais c’est vrai que souvent la basse ne fait que souligner. Par exemple dans "Weeping Willow" on la devine mais elle est presque absente.

C’était quelque chose d’important pour toi d’atténuer certains sons, certaines textures ?
Dans l’ensemble, on a tendance à mettre trop de choses au départ, parce qu’on a envie de garder de beaucoup de choses. Après, il faut juste trouver le bon moyen pour que tout s’accorde. C’est une dure limite à trouver.

L’album t’a donc pris du temps à finaliser ?
La plupart des arrangements étaient faits à la maison, notamment les claviers, même certaines parties de voix, donc des morceaux étaient presque finis, il fallait juste remixer, donc soit j’ai remixer chez moi ou en studio, mais on est rentré en studio au mois de février 2004 et on est resté un mois à enregistrer les parties de guitare-basse-batterie complémentaires, on a enregistré les pianos et les orgues.

En ce moment, les groupes pop français commencent à sonner aussi bien, si ce n'est mieux, que les groupes anglais…
Je suis entièrement d’accord, il y a une maturité en ce moment, il y a une certaine explosion de la scène française, dans presque tous les styles.

La techno et la French Touch ont permis cette maturité, cette "mutation", non ?
Je ne suis pas d’accord avec ça. On a l’impression que c’est ça. Plein de groupes sont en train d’éclore et ils n’ont rien à voir avec cette French Touch, Holden par exemple qui a un parcours super personnel, ils ont écouté Françoise Hardy, Gainsbourg et en même temps ils écoutent aussi les anglais de Broadcast qui sont chez Warp. En fait, moi, la French Touch à l’époque ça m’avait déjà un peu gavé. A part des artistes que je respectais comme Kid Loco et Air, qui avaient leur personnalité, il y avait aussi à côté de ça des groupes qui ne faisaient que de la house et dont je n’étais pas super fan. L’identification sonore à la French Touch a peut-être donné à un moment précis des facilités pour que les français s’exportent un peu plus, mais ce n’est pas encore super flagrant. La plupart du temps ce sont des groupes qui se sont exportés avec une base assez house et une voix vocodée, donc pas un truc vraiment pop. Pour moi, les choses qui arrivent maintenant sont plus de l’ordre de la maturité. Il a fallu le temps de mûrir l’écoute des groupes extérieurs et ne plus avoir peur de passer les frontières. Mais ça reste toujours compliqué quand tu chantes en anglais en France, il y a peu de labels qui sont prêts à suivre ce chemin-là.


(Suite.)

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27 septembre 2006 3 27 /09 /septembre /2006 00:40
A mélomane on the moon





"un idéal de grande sœur des années 70"

"des symphonies de 3 heures"




"1978" n’est pas l’année de ta naissance. A quoi correspond cette date ?
A la perte d’une sœur en fait. J’étais assez gamin et pour moi c’est une image qui est restée parce qu’elle faisait de la musique, elle faisait du piano, elle faisait de la danse et je pense que j’ai un peu gardé cette vision-là. Je viens d’une famille assez artistique et c’est la personne qui était le plus branchée musique à l’époque. Ca a été un choc de la perdre, j’avais 7 ans, j'étais un gamin. C’est un truc qui m’est resté un peu en tête et parfois quand je compose, je la sens comme une muse auprès de moi parce qu’elle dégage un peu toute cette imagerie que je pouvais avoir sur les années 70…

On la retrouve peut-être dans ton univers assez féminin, ton chant aigu et la délicatesse de tes arrangements…
Peut-être. Parfois je fais des morceaux et je me dis : "Tiens, peut-être que ça pourrait lui plaire". Ca m’arrive, c’est une sorte de référence comme ça. Parce qu’elle représente toujours pour moi un certain idéal de grande sœur des années 70.

Tu as dit que ta famille était très portée sur l’art. Que font tes parents ?
Un peu de tout. Ils n’ont pas vraiment bossé là-dedans. J’avais un grand oncle qui était acteur de théâtre au début du siècle, un acteur connu qui se retrouvait à la table de Gabin. Je l’ai connu mais je pense que j’étais tout petit, mais de part ce biais-là, je pense que mes parents allaient souvent au théâtre. Pour eux, le théâtre c’était comme le cinéma à l’époque, donc ils faisaient un peu partie d’une famille théâtrale et du coup ma grande soeur a fait du théâtre. Il y a donc une nette prédominance pour l'art dans ma famille. Mon père a beaucoup lu et écrivait beaucoup, et ma mère aime aussi bien le cinéma que le théâtre. Elle me dit souvent qu’elle aurait aimé en faire.

C’est un contexte qui t’a permis très tôt de découvrir la musique ?
Non, c’est plus par mes frères et sœurs plus âgés que j’ai découvert la musique. Ils écoutaient de la musique des années 70, de Pink Floyd à King Crimson, de Supertramp à Genesis. En fait, tout gamin, je leur piquais déjà leurs 33 tours dans leur chambre et je pense que j’avais juste une réaction simple devant la musique. Petit, dès que j’entendais de la musique à la télé, j’aimais bien danser.

Quand t’es-tu mis à jouer d’un instrument ?
Je me suis mis une première fois au solfège à 7 ans, c’était assez rébarbatif. Je me suis vraiment mis à la musique à 10 ans en m’inscrivant en percussion classique car je voulais faire de la batterie, mais il n’y avait pas de cours de batterie. Mais comme j’avais quand même accès à des batteries là-bas je pouvais jouer par moi-même. Et je présentais le solfège à côté. J'ai fait ça pendant 7-8 ans. Le solfège était assez rébarbatif mais ça m’a fait une certaine culture. Après j’ai très tôt joué des harmonies classiques et dans des orchestres. Il y a des périodes de mon adolescence où je faisais 2-3 répétitions avec différents orchestres par semaine, plus un concert.

Tu jouais de quel instrument dans l’orchestre ?
Un petit peu de tout. Comme j’étais percussionniste, je jouais du glockenspiel, du xylophone, du vibraphone, des cymbales, de la casse claire, du tambour et même du triangle. C'est assez drôle parce que le tambour semble être un instrument assez rébarbatif mais rythmiquement ça t’apprend à faire plein de choses car quand tu te concentres avec tes deux mains et tes baguettes sur un seul élément, que ce soit une caisse claire ou un tambour, tu apprends vraiment la technique, la finesse et un début de coordination, ce qui t’aide pas mal quand tu passes à une batterie après. En même temps, on était des percussionnistes assez rock’n’roll dans ces orchestres classiques ! On fumait des clopes en cachette au fond des églises pendant les concerts tellement il faisait froid, on a fait mainte et mainte conneries.

Quel genre de choses jouais-tu dans ces orchestres ?
On a fait plein de choses. On a fait des symphonies de trois heures avec des chœurs où tu avais réellement le temps de sortir de la salle, d’aller fumer des clopes et de revenir pour jouer ta partie. Des trucs de fou en fait ! C’était assez drôle. C’est un grand terrain de jeu quand tu es gamin, si tu t’entends bien avec tes potes. On était tous branchés pop-rock quelque part. Je crois qu’on faisait ça parce que ça payait aussi nos cours de musique.

Tu avais des projets de groupes pop-rock avec ces amis-là ?
Au tout départ, c’était vraiment du grand n’importe quoi, c’est-à-dire qu’on avait voulu monter un groupe avec ces personnes-là, ça aurait peu être génial si on avait continué, mais on n’avait ni guitariste ni basse, on répétait dans une salle… Déjà, on était trois batteurs à l’origine ! Donc la toute première formation avait au moins deux batteries, l’un des batteurs jouait du piano, il y avait quelqu’un à la clarinette, quelqu’un au cor qui voulait en fait jouer de la basse et qui essayait donc de faire des parties de basse au cor ! C’était des expériences super drôles car c’est des instruments qui ne se mélangent vraiment pas entre eux et eux gueulaient tout le temps parce qu’ils n’avaient pas assez de son face aux deux batteries qui déboulaient !

Tu as fait cela jusqu’à quel âge ?
Oh, je pense que ça n’a duré que deux répétitions ! Ca n’a jamais pu fonctionner. J’avais 15-16 ans. Ensuite on a participé à un groupe qui a duré pas mal de temps en fait sur la région des Yvelines, qui a vu passer différents musiciens aussi, différentes formations. J’étais avec un ami, et c’était plus l’amitié qui nous guidait, le fait de jouer dans un groupe pop ensemble. Et là je me suis mis un peu au clavier pour jouer avec lui qui jouait de la batterie et j’ai commencé à faire mes premiers arrangements avec le séquenceur du synthé. Mais là ce n’était qu’avec les sons édités, je ne m’amusais pas à créer des sons. Mais tout de suite, ça te donne des sensations assez sympas de pouvoir poser une boîte à rythme, une fausse basse, un piano, des nappes, etc.

C’est donc ce bagage qui t'a permis de devenir autonome par la suite ? Parce que cet album, Happiness, tu l’as composé seul. C’est une façon de faire qui te correspond ?
Bah justement ça remonte à loin, donc c’est vraiment une habitude, même si j’ai vraiment eu plein d’autres expériences à côté. Par exemple, j’ai joué dans un groupe un peu indé au début des années 90 où je faisais de la batterie. Le groupe s’est appelé Kangarou au départ puis après Spacida, on n’a pas fait énormément de choses mais on a composé pas mal de morceaux et plus ça allait plus je me mettais à composer des morceaux pour le groupe.

A quoi ressemblait votre musique ?
C’était assez indie, on écoutait My Bloody Valentine, Sonic Youth, Ride, Slowdive et compagnie. Donc c’était forcément influencé par ces groupes-là, mais après ça a un peu évolué car on a découvert Portishead, qui nous a aussi influencé. Et parallèlement à ça, je faisais justement de plus en plus de compos tout seul et j’avais tendance à avancer beaucoup plus vite tout seul qu’en groupe. Et mon projet solo a pris le pas sur le groupe.

L’envie de construire ton propre univers t’a poussé à te retrancher dans un projet solo ?
C’est surtout cette satisfaction du non compromis. Quand tu as quelque chose en tête, tu as réellement envie d’aller jusqu’au bout de ces idées-là. Ça n’enlève pas le plaisir du groupe. Plus jeune, j’aurais vraiment rêvé rencontrer des musiciens avec qui je me serais parfaitement entendu pour créer quelque chose de fort en groupe, mais le problème c’est que je n’ai jamais rencontré la totalité des éléments que je cherchais, que ce soit harmonique, mélodique ou sonore. Avec Spacida, on en était vraiment pas loin mais on n’a pas toujours été aussi motivé les uns que les autres au même moment, ce qui retarde les choses ou révèle plus tard des failles dans les envies de faire. Au départ, j’étais super motivé avec ce groupe-là mais eux l’étaient peut-être un peu moins et ils l’ont été aussi par la suite au moment où moi je commençais à me détacher d'eux.

Tu voulais donc sortir quelque chose en ton nom depuis un petit bout de temps déjà.
Oui et du coup ça a mûri avec le temps, j’ai senti que je commençais à en être réellement capable en 95-96 parce que là j’ai eu une période où je suis devenu assez prolifique, je faisais deux à trois morceaux par semaine, avec juste un synthé et un ordinateur, et l’ordinateur me servait juste d’enregistreur, de séquenceur. J'ai eu une période où ça allait très vite, où les morceaux tournaient les uns derrière les autres.

Mais aucun des morceaux d’Happiness ne vient de cette période faste !
Non, il n’y en a aucun. C’est plein de morceaux qui sont en réserve. C’est-à-dire qu’à cette époque-là j’avais déjà un projet d’album tout prêt.

Qui est devenu... ?
Pas grand chose. En fait, un maxi est sorti quand j’ai été signé en édition chez Warner. Sur ce maxi vinyl, il y avait 4 de ces titres-là et il servait juste de carte de visite auprès des labels.

Ça a marché ?
Ça m’a donné un premier contact chez EMI. Quelqu’un m’a suivi pendant un an chez EMI et m’a signé pour un 4 titres mais pour moi entre temps plein de morceaux sont arrivés, du coup plein de morceaux sont passés à l’as. Un jour, j’aimerais bien les ressortir ces morceaux-là. Mais c’est dur parce qu’après on a plutôt envie de faire de la nouveauté, de surprendre.

(Suite.)


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24 septembre 2006 7 24 /09 /septembre /2006 15:36

Millefeuille, l'Etrange Festival

Pour la première édition de son festival, le webzine Millefeuille a proposé une belle progr rock indé réunissant H-Burns, Perio, Toboggan, Tanakh et une très grosse sensation : Josh Pearson, feu-leader de Lift To Experience, qui a définitivement fait de Millefeuille un étrange festival.



21h30, 23 septembre, à Main d'Oeuvre. "A quoi ressemble un musicien que sa copine vient de larguer ? A un sans abri." Assis sur scène, le barbu meuble. Nous fait souffrir ses blagues, après nous avoir fait souffrir sa musique. Il vient de casser ses cordes au bout du premier morceau. Mais quel morceau ! De sa guitare folk suramplifiée, il fait jaillir un brasier délirant, un son massif, violent. Quelque chose qu'on ne pensait pas pouvoir sortir d'une simple guitare, avant qu'il nous le fasse subir.

On est sans abri face à cette musique. La musique d'un fou. Du mec qui n'a plus rien à perdre, du mec que sa copine a largué, que trop de copines ont largué, que l'humanité tout entière, exception faite d'une poignée de spectateurs médusée, a semble-t-il largué. Reste la musique, sa musique (la folie ?), qu'il nous assène bestiale comme un déluge salvateur. C'est ce moment (étrange) que choisissent deux tourtereaux pour se donner leur premier baiser, fougueux, interminable et débuter leur histoire. D'ailleurs,
les tourtereaux sont bien mignons, mais ils nous empêchent d'admirer le barbu sur scène.

Il nous a promis cinq chansons de cinq minutes. On ne sait pas si on va tenir. Encaisser la première flambée nous a déjà semblé un exploit. (On nous avait prévenu.) A ce rythme, il va lui falloir un sacré stock de blagues pour meubler les blancs (ses cordes ne tiendront jamais plus d'un morceau à chaque fois), et nous un mouchoir, pour bricoler des boules Quiès. Parce qu'en fait, c'est tout décider : on reste. (L'homme a un paquet de blagues en stock, dont celle de nous fredonner l'hymne des Restos du Cœur et "We Are The World".)


"Hell is other people"

(Josh Pearson, accueillant les bonnes âmes venant sur son Myspace)

Mais qui est-ce, ce barbu sur scène, ce sombre marrant à la gueule de druide, Jésus Christ ? C'est Pearson, Josh Pearson. Le chapeau ? C'est normal, il vient du Texas. La barbe de dix pieds de long ? C'est normal on vous dit, il vient du Texas. Denton pour être précis. On l'avait laissé en 2001 cravachant, leader, aux rennes du trio Lift To Experience. Il avait sorti The Texas-Jerusalem Crossroads, un double album qui avait fait grand bruit dans le circuit indé avec son mélange de lyrisme vocal à la Jeff Buckley, d'americana mystique à la Nick Cave et de panoramas post-rock à la Mogwai. Un double album concept totalement tripesque narrant une fin du monde où le Texas est la Terre promise. Rien que ça. Et puis... plus de nouvelles. On avait classé The Texas-Jerusalem Crossroads au rang de météorite souvenir. Une carte de visite sans embauche. Classe, sauvage.

On apprend aujourd'hui que Josh a bougé à Berlin. Qu'il prépare un album solo que son boss du label Bella Union le harcèle de bien vouloir finir. Sa musique telle qu'on la déguste ce soir n'a pas vraiment changé. Elle est moins élégante, panoramique (plus brute, viscérale), mais toujours extrême, toujours le fruit (le bruit ?) d'une espèce de corps à corps avec le diable, qu'on trouvait déjà chez Lift To Experience. Elle est ce corps à corps avec le diable. Et elle l'est juste plus que jamais, ce soir.


Sa musique s'est radicalisé et son physique aussi. Il s'est amaigri, ses traits sont creusés. Ce soir, on découvre un Josh Pearson chamane, serial killer. Un space cow-boy défroqué, plantant ses habits de shérif pour ne montrer que les tripes. Et griffes. Il live là la souche hallucinée de son art, tape du pied, comme une bête, secoue sa tignasse de Neandertal d'avant en arrière et sa barbe qu'il a longue, bien plus longue que celle de Will Oldham, et qui nous fait voir en lui l'image de Jim Morrison dans sa dernière période, raide-def de poète culte s'étant lui-même mis au rebut. L'impression d'une séance d'exorcise. D'un mammouth pris au piège qui ne veut pas qu'on le tue.



Troquant vacarme contre silence, musique du diable contre aubes déchirantes, "Angels Vs Devils" contre "I'm So Lonesome I Could Cry" (reprise de Hank Williams interprétée en duo avec H-Burns, présenté par Josh comme le Willie Nelson français), Josh livre une deuxième partie de set toute en balades liturgiques (rupture nous laissant dans les choux, sonnés deux fois), mais c'est en faisant un barouf de tous les diables qu'il se distinguera plus ; en jouant cette musique de l'homme défiant sa part d'ombre, énorme ; en faisant hurler sa guitare dans un brasier continu où l'on ne distinguait plus les accords.

On ressort dans un état second. On reprend lentement nos esprits, s'apercevant qu'on a été sous influence, absorbé par le son. Qu'on était parfois là et parfois moins. Qu'on pensait parfois à plein de trucs en scotchant sur Josh et que parfois on ne pensait pas. Un moment inoubliable, pas des plus agréables, mais sans précédent pour moi. Stetson bas, Josh Pearson. Saluons la prestation d'H-Burns. L'échappé du combo post-rock Dont Look Back a joliment ouvert la soirée avec le folk rustique et enlevé de son premier album, Songs From The Electric Sky. Grand songwriting à l'américaine chez ce drômois ! Et milles merci à Millefeuille pour le festival. On guettera la deuxième édition, espérant qu'il nous gâte d'un autre fou furieux à la hauteur de Pearson.

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23 septembre 2006 6 23 /09 /septembre /2006 03:07

"Et si je me rasais... ?"


Je viens de voir La moustache, film d'Emmanuel Carrère sorti en 2004, et porté à l'écran par un joli duo d'acteur : Vincent Lindon (Marc) et Emmanuelle Devos (Agnès). Mais porté, le film l'est surtout par un livre : La moustache, roman du même Emmanuel Carrère (paru chez POL en 1986) et par ailleurs biographe de Philip K. Dick...





La moustache
, avant de le voir, ça m'a rappelé les collègues de mon frère de l'agence d'infographisme Graphéine. Ils se sont lancés un défi stupide : se laisser pousser la moustache, uniquement la moustache, et récompenser celui qui tiendra le plus longtemps sans se la raser en lui offrant des BD. Pour l'instant, il n'y a pas de gagnants, ni de perdants. Ils ont l'air de s'y faire à leurs moustaches. Ils en seraient presque à s'enorgueillir de l'avoir parce que, parait-il, par une étrange culbute chic, porter la moustache n'est plus beauf mais... chic. Tendance. (Pas faux : Brandon Flowers, le chanteur du groupe de rock The Killers, a décidé de s'afficher portant la moustache dans le clip du single précédant la sortie de leur deuxième album, Sam's Town. Et en ce moment, Bob Dylan qui triomphe avec Modern Times, son 30e album, s'affiche toujours avec une fine moustache, qui lui donne des airs de Charlie Chaplin et de cow-boy spaghetti.) La moustache, avant de le voir, ça m'a également rappelé qu'un best of hommage à Freddy Mercury vient de sortir à l'occasion des 60 ans de sa naissance. Le génie de Queen portait impeccablement la moustache. Comme un tyran.

La moustache, après l'avoir vu, ça m'a laissé dans un drôle d'état d'inertie. Sans savoir trop quoi penser. Avec le loisir de pouvoir trop penser. En penser tout, et rien à la fois. Ma copine a lu le livre, moi pas. Je ne savais pas comment ça allait se finir. Queue de poisson oblige, je ne sais d'ailleurs toujours pas comment ça se finit, alors que je viens de le voir. Emmanuel Carrère est un petit malin. Il sait perdre son spectateur. Le laisser sans repère. C'est lui qui a écrit L'adversaire, en 1999 toujours chez POL et adapté trois ans plus tard sur grand écran par Nicole Garcia. Il a aussi écrit une biographie sur Philip K. Dick.

Première partie. "Tiens, et si je me rasais la moustache, ça te plairait ?" C'est la question en apparence banale que peut se poser tout homme qui se regarde le matin dans la glace, surtout s'il a cinq minutes devant lui pour passer à l'acte en se saisissant du rasoir et du tube de mousse. Se raser (la barbe, la moustache), c'est une des rares choses (socialement convenue) sur laquelle l'homme a prise pour modifier son apparence, se faire beau, et se faire autre, durant quelque temps. (Sur ce terrain, même si les hommes rattrapent leur retard, les femmes possèdent encore une plus grande marge de manœuvre.) "Tiens, et si je me rasais la moustache, ça te plairait ?" Une question qu'on se pose à soi, dans le miroir, mais qu'on peut aussi poser à l'autre, sa femme par exemple : autre miroir, plus déformant (quoique) que celui de la glace. Miroir dont on attend qu'il nous renvoie une réponse, un regard, une nouvelle image de nous-même, conforme à ce qu'on est dans le fond. "Tiens, et si je me rasais la moustache, ça te plairait ?" Ce matin, c'est la question que pose Marc à Agnès, sa femme, et tout par en couille. Elle ne remarque pas qu'il s'est rasé et pour cause : pour elle, il n'a jamais eu de moustache. Ça le ronge, Marc. Surtout qu'Agnès n'est pas la seule pour qui il n'a jamais eu de moustache. Ses collègues, le serveur du café d'en face, les amis de sa femme, tous sont formels : il n'a jamais eu de moustache. Rien. Nada.


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21 septembre 2006 4 21 /09 /septembre /2006 00:15
A mélomane on the moon




La nouvelle est récemment
tombée sur quelques sites et mags spé : en février 2005 celui qu'on disait tombé de son nid comme un cadeau du ciel pour la pop française s'envole dorénavant pour les Etats-Unis. Happiness, son premier album, y sortira fin septembre 2006 sur le label Minty Fresh (Fugu, Tahiti 80...). On ne sait comment il sera perçu là-bas mais chez nous Schuller s'est tôt vu dépeint en Thom York soupline., tendance Amélie Poulain. Ne serait-il donc que ce spleen tout de blanc vêtu ? Que cette galette Saint Sauveur au parfums d'Air, de Radiohead et de Sigur Ros ? Interview.





"des morceaux sur Saint Pétersbourg et la Russie"
 

"de lents films sur les rencontres hasardeuses de la vie"




Le masque que tu arbores sur tes visuels ? Ca fait un peu penser au masque du Fantôme de l'opéra (par extension au héro de Phantom of the Paradise) ou au visage lisse et ovoïde d'un Roswell...

Ou ça rappelle, dans un tout autre style, les casques de Daft Punk. Tu aimes leur univers visuel ? Dernièrement, je n’ai pas tout vu, je veux dire pour l’album Discovery. Peut-être qu’il y avait de très belles choses, mais le peu que j’ai vu c’était réellement très Albator, donc ce n’était pas le plus génial. Je préférais leur clip des débuts avec la tête du chien, c’était plus artisanal et il y avait plus de poésie, une interprétation plus libre. Prendre, pour son clip, un groupe qui joue de la guitare dans un vaisseau spatial, je ne trouve pas ça super attirant.

L’univers graphique et musical de Happiness semble homogène, très précis. C’est un univers que tu as en tête depuis longtemps ?
Non, pas vraiment. Ce qui peut faire tomber toute la poésie qu’on peut y trouver ! Le titre, par exemple, je l’ai trouvé tard…Mais des pensées récurrentes que j’ai s’articulent autour de mes morceaux et c’est l’addition de tous les morceaux qui me donne parfois un univers, que j’ai envie de poursuivre dans le travail des visuels… Pour le travail de ma biographie, par exemple, je savais exactement vers quel univers photographique je voulais aller.

Chez toi, l’image génère souvent des idées de morceaux ?
Oui, très souvent. J’en parle souvent, mais cet album pour moi, c’est un peu un road-movie, c’était rapidement un road-movie entre Dead Man, Twin Peaks et des rêves que je faisais gamin sur les autoroutes américaines qui traversent les Etat-Unis.

Tu es parti là-bas ?
Non, jamais justement. Mais c’est souvent par frustration de voyages que tu te mets à rêver et fantasmer sur des pays, des endroits. Et quelque part tu les connais parce que tu discutes avec des gens qui ont fait ce périple-là ou alors tu les connais à travers des films et après tu te nourris d’univers comme ceux-là. Il y a eu une période où je ne faisais que des morceaux que sur St Pétersbourg et sur la Russie. Alors que je ne suis jamais parti là-bas !

Tu as tout le temps des pays en tête qui t’inspirent des musiques ?
Je trouve ça pas mal en fait. Si tu es un peu frustré financièrement, que tu ne peux pas trop voyager, tu trouves par là un moyen de substitution pour voyager. D’ailleurs, après ça, je pense que tu es forcément un petit peu déçu quand tu te rends finalement dans ces pays car tu les as un peu vécus en imagination, tu les as profondément vécus comme ça. Donc mes morceaux partent parfois de là, ce qui m’aide ensuite, morceau après morceau, à constituer un univers visuel. Mais mes morceaux sont reliés aussi à des films que j’ai pu aimer, à des univers cinématographiques.

De quels films s’est nourri l’univers de cet album ?
Twin Peaks y est quelque part. C’est l’aspect road-movie en général, qu'il soit de Wim Wenders, de Jim Jarmusch, de Hal Hartley. Hal Hartley était un réalisateur américain. Il a fait tourner PJ Harvey, il lui a même fait faire des musiques de films. C’est lui qui a fait Trust Me, Unbelievable Truth et Simple Men. C’est un cinéma un peu pop indépendant qu’on pourrait retrouver dans le festival du film de Sundance. C’est souvent des films un peu lents sur des rencontres hasardeuses de la vie, des gens qui vont se rencontrer le temps d’une journée, voire deux, passer des moments forts ensemble et finalement se quitter comme ça. C'est éphémère mais super joli, ces échanges, ces rencontres. Ces films font donc partie de mon univers mais il y en a plein d’autres aussi, comme ceux de Tim Burton, d’autres films qui m’intéressent et qui me nourrissent beaucoup. Et je peux facilement faire le rapprochement entre certains sons et certaines images qui sont stockées dans ma tête. L’association des deux me fait créer des choses.

Tu dis qu’avant tu faisais régulièrement de la musique en t’inspirant de pays divers, essentiellement fantasmés, comme St Pétersbourg. Pour cet album, comment as-tu fait pour te concentrer sur un univers aussi homogène ? L’album provient-il d’une envie précise ?
Non… enfin oui, à l’origine. En fait, il y a trois morceaux qui datent de 2000-2002, c’est "Tears Coming Home", "Weeping Willow" et "Le Dernier Jour". "Weeping Willow" était sur le maxi, "Tears Coming Home" a été enregistré à la même période et "Le Dernier Jour", je l’ai composé il y a 5-6 ans. Après, tout le reste a été fait sur une période d’environ six mois. Mais pour moi, s’il y avait une homogénéité globale ce n’était pas un problème d'unité de temps parce que, malgré tout, je savais que ces morceaux composés il y a 4-5 ans seraient sur mon premier album.

Tu voyais déjà la tonalité d’ensemble qu’aurait ton album ?
Oui. En tout cas, à un moment donné quand il y a certains morceaux qui viennent à toi, tu te dis : "Ceux-là je ne peux pas les laisser de côté." Il y en a d’autres, tu peux, mais il y en a certains, non. C’est sûr. "Le Dernier Jour", par exemple, j’étais sûr que ce serait le dernier morceau de mon album. Dès que je l’ai fini, je me suis dit que ce serait le dernier morceau de l’album. Parfois tu attends des années pour avoir certains morceaux et quand ils te tombent dessus, tu sais que c’est celui-là qu’il faut. Et quand tu sens un titre qui a un refrain assez fort comme ça peut-être le cas pour "Tears Coming Home", tu sais que ce morceau-là tu ne vas pas le laisser de côté.

En fait, tu travailles ton album comme un cinéaste : en tournant les chansons dans le désordre, comme les scènes d'un film.
Oui, il y a une sorte de mouvement comme ça. De toute façon, tu n’as pas trop le choix… Mais ça aurait pu être différent car à l'époque, j’aurais pu articuler tout un album autour de ces trois titres-là et l'album aurait été différent d’Happiness.

Tu voulais initialement sculpter autour de ces trois morceaux-là ?
J’avais déjà plein d’autres morceaux. "1978" est assez vieux aussi, donc il faisait presque déjà office d’ouverture et derrière j’avais d’autres morceaux instrumentaux. Le morceau "Edward Hands" qui figure sur l’album pourrait par exemple assez facilement s’interchanger avec d’autres morceaux que j’ai chez moi. Mais après comme on essaie de créer une unité, on essaie de mettre seulement les meilleurs.

Tu as eu du mal à trier les meilleurs morceaux ?
Bah, il y en a 2-3 qui sont de côté et que j’aimerais absolument sortir. Mais en même temps, je ne voulais pas qu'ils fassent doublon sur l’album, qu’il y ait quand même différents climats. Car même si l'auditeur a l'impression d'entendre un climat global, j’ai l’impression moi que les morceaux ne se ressemblent pas tout à fait. Et je trouve ça important de ne pas se répéter, surtout dans un premier album. Après, peut-être que dans le deuxième album on commence déjà à se répéter un petit peu. Mais si, au stade du deuxième album, on fait un morceau qui ressemble à ce qu'on a fait avant, s'il est bon je ne pense pas qu'il faille l’écarter.


(Suite.)


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13 septembre 2006 3 13 /09 /septembre /2006 02:10
Week-end d'un OB'CD
(POPscriptum)


Ah ! les bonbons Krema, les odeurs d'encens, c'est ça aussi O'CD. C'est ça qui, en plus de la pléiade de disques, fait qu'on s'y sent comme chez soi. Comme on se sent chez soi chez un Starbucks. D'ailleurs, une machine à café est disponible, on peut s'y faire un kawa, histoire de rester aware, pour l'épique session d'écoute. Mais on ne découvre pas que des disques chez O'CD. Il arrive qu'on y découvre aussi des OB'CD, un peu comme soi…


J'en ai rencontré un, un jour : un homme, Franck, le mec d'une amie à moi de l'époque où j'étais en DUT de PUB, dans le 16e arrondissement. J'avais tout juste 20 piges. Ambiance littéraire et romantique. Il travaillait à l'O'CD du 6e, 26 rue des Ecoles. Je n'avais encore pas écrit le moindre article ; à peine formulé le désir de larguer la pub pour virer journaliste ou quelque chose d'approchant, en écrivant sur le rock. Je rencontre Franck, qui me dit sans prévenir : "Je te verrais bien critique musical".

Je ne sais pas pourquoi il a dit ça. Comment ça lui est venu. Quels indices ou signes avant coureurs avais-je laissés échapper ? si ce n'est que je cherchais des CD's. Et qu'accessoirement, à ce moment, je me cherchais. Je me rappelle qu'il m'a parlé de Henry's Dream, avant de dire ça ; de cet album rageur de Nick Cave et de ses Bad Seeds. Je revois encore la morgue pénétrante de Nick Cave sur l'album. Comme quoi je devais l'écouter ce disque, que ça me plairait. Ça m'a fait bizarre cette phrase. Comme s'il avait vu en moi. Avant moi. C'était important son regard sur moi. Parce qu'il était plus vieux, qu'il semblait s'être trouvé lui. Savoir de quoi il parlait. Savoir où chercher. Et puis je savais qu'il faisait de la musique, dans son coin, écrivait des paroles sur des mélodies de guitare ; des paroles douces-amères sur les maux du coeur, avec des jeux de mots bien trouvés. Comment ne pas aimer quelqu'un qui a glissé quelques-unes de ces propres lignes aux textes de Fantaisie Militaire ? Oui, l'album de Bashung. J'adore ce disque. C'est quand même celui où il y a "Sommes-nous?", "Angora", "Malaxe", "Aucun express" et "La nuit je mens". Pas rien ! Et il y a du Franck là-dedans. (Il avait bossé avec Bashung et cet affreux, à ce qu'il m'a dit, est parti avec des bouts textes sans rien officialiser de cette collaboration.) Voilà, j'aimais ce que faisait Franck, ce qu'il était. Comme ça, de loin. Son univers, sa musique, sa discipline d'auteur-compositeur motivé à percer et vivre de son art, ça me parlait.

Son regard sur moi était important, parce que c'était dit comme ça, de l'étranger, du dehors. On ne se connaissait pas. C'était dit comme ça, d'un étranger à un autre, de manière... pas objective justement, mais plutôt insidieusement subjective. Comme une sorte de feeling, de pressentiment, de plongée de lui en moi. Comme si le monde m'avait parlé à travers lui. Ça fait con, dit comme ça. Mais ça fait du bien de se sentir décoder, deviner dans les yeux d'un autre. Comme si le monde envoyait un signe. A certaines périodes, on a particulièrement besoin de ça. Ça sauve un peu. Ça m'est arrivé deux fois dans ma vie de recevoir un tel geste, où l'on me disait fait pour la critique musicale. Un jour, une amie m'a écrit une lettre et elle m'a dit tout de go : "J'ai découvert une vocation pour toi : critique musical. Je parie que tu ne comprends pas pourquoi. Explication : dans ta dernière lettre, ton paragraphe sur le CD de Bryan Adams était digne d'un critique. T'as bien exposé le CD + commentaires. En plus, ce que tu as dis était vrai. C'est son meilleur CD." J'avais 17 ans. (Lettre du 15 mars 1997. Est-ce un crime d'avoir écouté Bryan Adams quand on avait 17 ans ?) Ca ne s'efface pas comme ça ce genre de phrase. Quand on reçoit ce genre de phrase, à 17 ans. Ca reste gravé quelque part, comme un cadeau du ciel, surtout quand ça vient d'une personne qu'on aime, qu'on estime ou admire. C'est précieux. (A quand un rédac chef pour m'adresser pareille déclaration ?)

J'ai recroisé Franck quelques années plus tard, par hasard. Il m'a appris qu'il s'était découvert chanteur ; qu'il s'était découvert une vraie voix et qu'il prenait des cours, pour travailler ces trésors lyriques dont il n'avait jamais soupçonné l'existence. C'était chouette d'apprendre ça. Comme de savoir qu'on a peut-être tous en nous un puit de pétrole. Quelque chose comme ça. Mais qu'il faut creuser pour l'atteindre, que ça n'arrive pas comme ça. Moi, j'étais en stage à Rollingstone magazine. J'ai recroisé Franck quelques années plus tard encore, par hasard. Son nom (Franck Nasca : parolier) sur la pochette d'un album : Popscriptum (autoprod / Les Artistes Anonymes). Son "auteur", Thierry Cadet, un ami à lui que je connaissais vaguement, m'avait retrouvé en tombant sur ma signature dans la revue musicale Longueur d'Ondes. Il m'avait adressé son premier album dans l'espoir que j'en parle. Naviguant entre chanson française, élans pop mélancoliques
à la Souchon-Daho, et rythmiques chaloupées cool funk à la Voulzy-Sinclair, le disque est bon. Il est un peu trop mou sur la fin à force de la jouer trop varièt',  trop Martin Rappeneau (ah ! et ce titre fantôme signé Jean-Jacques Goldman...), mais j'y ai retrouvé la patte de Franck, la profondeur et la simplicité de son écriture à double entrées. Son doux-amer. Son pop-rock. Surtout dans cette phrase, balancée d'emblée par "La tête haute" : "Je sais que le plomb dans mon corps/Finira par donner de l'or". Alors voilà, j'en parle enfin. Ça mérite le coup d'oreille, vraiment, pour "La tête haute", "Ca c'est moi", "Un quotidien pour deux", "Liebe", "Tout écrit". "Un postscriptum, c’est finalement la chance que l’on s’accorde de dire ce que l’on aurait oublié de formuler", précise Thierry, sur son site.

On n'a jamais eu le temps d'apprendre à vraiment se connaître, Franck et moi. (Ni même, en un sens, l'amie de la lettre, citée plus haut.) Tout au plus avons-nous eu temps d'apercevoir qu'on avait des goûts en commun ("une sensibilité commune", comme il m'a dit) pour les ténébreux : Nick Cave, The Smiths, Leonard Cohen, Tindersticks, Chris Isaak, Madrugada, Murat, PJ Harvey... On n'a pas dépassé le stade de cette sourde complicité d'avoir une sensibilité commune. Mais cette phrase, cet instant d'accélération-contraction de l'espace-temps, reste, important, comme parfois ne le sont même pas certaines amitiés au bout de dix ans.

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11 septembre 2006 1 11 /09 /septembre /2006 03:03
Week-end d'un OB'CD

(Obsessive Compulsive Disorder)

Ceci n'est pas un publi-rédactionnel. Je n'ai pas reçu d'argent, pour écrire ce qui suit : que j'M O'CD. Je viens même d'en perdre en acquérant 5 CD's : Fly Or Die des Nerd, We Have Sound de Tom Vek, Finelines de My Vitriol, Cripple Crow de Devendra Banhart et Digital Ash In A Digital Urn de Bright Eyes.

Chez O'CD, ils ont eu la bonne idée de mettre les CD's sur écoute. Les CD's ne sont pas rangés dans les bacs avec la PLV racoleuse, la couche de stickers et la cellophane d'emballage. Non, les CD's ne font pas leurs putes. Ils sont nus et une batterie de six platines les attend à la sortie. Alors ils sont comment dire... prêts pour le décollage. Alors, n'écoutant que notre passion, on se laisse aller à piller la boutique, on prend plus de disques que permis (normalement, c'est pas plus de trois à la fois) et hop ! on court se mettre un casque sur les oreilles. Là, on est sur l'autoroute de la zik. Plus rien pour nous arrêter. Et c'est bien simple, moi quand j'y suis je ne vois pas le temps. Comme un nerd perdu dans son jeu, je suis dans un autre monde, une autre dimension. En plein dans ma passion.

Derrière la vitre, la mine ailleurs (perdue dans le flot des passants), on va au charbon. Oui, on ne chôme pas. On en bouffe des galettes. O'CD, c'est comme...un parc d'attraction du CD. Le casino du CD. Les disques sont nos jetons et, arrimé aux bornes d'écoute, on en gave la platine en quête de sensations fortes, en quête du jackpot, en quête du CD (au final, il y en aura sans doute plusieurs) qui fera tilt par rapport à nos goûts, et l'humeur du moment. On peut y venir les mains dans les poches, parce qu'on est entré là par hasard, qu'on avait rien de mieux à faire, limite par désoeuvrement, parce qu'on errait dans le coin comme une âme en peine. (D'ailleurs, pour les âmes en peine ou les passionnés qui n'auraient rien de mieux à faire un dimanche aprem, sachez que les O'CD ouvrent même le dimanche, de 15h à 19h et préfèrent donc, tout bien considéré, payer l'amende que de vous fermer la porte à vous et à votre bon coeur. Qui tient votre porte monnaie.) On entre et l'on va vers les disques comme on va vers un pote, pour cueillir le réconfort d'une écoute, voire le miroir d'une âme sœur. Qu'importe pourvu que ça console. Transporte. On peut y flâner sans besoin précis, se laisse guider par l'appétence des pochettes, mais c'est rare. Souvent, on y va en grand toxico du disque, on a plein d'idées en tête, on les a savamment notées sur une feuille (car la dernière fois qu'on était venu, on avait totalement oublié ce qu'on voulait à tout prix écouter) et on suit une liste de courses précise. On entre en transe, en surchauffe, en chaleur. C'est en pilotage automatique méthodique mais sournoisement frénétique qu'on pille les bacs, multipliant les arrêts aux bornes. (On en ressortira quelque peu vidé.) Et aux yeux des passants, on doit avoir l'air un peu con, eux qui nous voient faire le pied de grue, la mine ailleurs, affublés derrière notre vitre de casques aux formes délirantes.

Chez O'CD, on rattrape le temps perdu. On met enfin une musique sur la tonne de groupes dont la presse n'a pas arrêté de nous vanter les mérites. On écoute et d'un coup l'écoute déforeste tous leurs articles et toutes leurs phrases, aussi belles et justes soient elles. On se fait un avis, même éclair, sur la production discographique des derniers mois. On écoute même des CD's que, trop jeunes, on n'a pas découvert en leurs temps. Pour découvrir qu'en vérité, ils sont merdiques. Qu'en toute sincérité, on préfère le dernier groupe en The, le truc hyper mélodique qui va tourner en boucle sur notre platine, au truc certes novateur, mais emmerdant, qui peine à révéler son ramage. Heureusement, l'inverse est tout aussi vrai. Ici se trouve le purgatoire des CD's en attente de rachat. Ici se trouve tout ce que les iPod ont recraché après transfert de data. Le règne de la musique concrète, payante. De la musique qui a un poids et un prix (honnête le prix, 5, 7, 9, 11, voire 13 euros le CD, c'est honnête). Ça fait réac de dire ça. Mais ça fait du bien de fouiner comme ça dans ces bacs à CD's. D'y nager un peu, comme Picsou dans son or. Et de se sentir riche à l'idée de trouver le CD adoré. O'CD, c'est aussi le règne de la subjectivité en matière de musique. Je suis toujours un peu étonné de trouver des merveilles dans ces CD's jetés au rebut par des particuliers. A voir la gueule de certains, mais pour d'autres, cela reste un mystère. Que font là les albums de Peter Von Poehl (Going Where The Tea Trees Are) et Syd Matters (Someday We Will Foresee Obstacles) ? Quel malheureux a osé ne pas vouloir d'eux ? On avait imaginé la beauté de ces disques transcendant les esprits de chapelles et les puristes d'un genre (rap, funk, heavy, soul...). On se rend compte que non. Qu'il y a des limites, des barrières, bien concrètes. Tous les goûts sont dans la nature. Excepté celle de l'homme.

Quelque part, tant mieux. Car quel bonheur de trouver un album qu'on adore avec au dos, nu, la pastille jaune indiquant qu'il n'est qu'à 7 euros. L'impression de toucher le gros lot. Récemment, ils ont même crée une pastille orange, pour les CD's 5 euros. Pour une bouchée de pain, j'ai donc acheté "en vrai" des albums que j'avais "en gravé" et que j'aimais finalement trop pour ne pas les avoir avec la pochette et tout ; officialisant et renforçant ainsi la nature de ma relation avec eux ; ce qui fait un grand bien. J'ai fait de superbes acquisitions ici, troquant de purs chefs d'oeuvres contre d'affreuses daubes... qui ont sûrement plu à d'autres. Chez O'CD ma discothèque s'est refaite une beauté. Une santé. Moi de même. J'ai rêvé à O'CD, au point d'y écrire parfois, et de partir comblé, avec un article quasi-fini sous le bras, en plus de ma savoureuse collation de CD's empaquetée dans son enveloppe de papier kraft. Oui, j'en ai chroniqué quelques disques là-bas, prenant des notes sur place, comme un enfant sauvage, déraciné, les oreilles perdues dans le casque, la tête pleine d'idées et d'images, me documentant comme si j'étais à la BPI. Plage après plage. Car O'CD en fait, c'est un peu comme... une médiathèque en payant. En payant mais pas cher. O'CD, c'est un peu comme... une Fnac, mais honnête. Une Fnac qui en serait restée à la musique et qui pratiquerait une politique de prix sans foutage de gueule où tous les disques seraient continuellement en promo ou au prix vert ; ce qui est le prix normal que devrait coûter un CD. A titre d'information, apprend-t-on sur leur site, que chez O'CD "le prix moyen d'une album ne cesse de baisser, il est passé de 10,50 euros en 2002 à 8,50 euros aujourd'hui. Et à titre de comparaison, aujourd’hui, le prix moyen d’un album sur le marché français est de 15 euros…" O'CD, c'est comme une Fnac mais sans la foule anonyme et consumériste qui lessive et fout le cafard. O'CD tiens plus de la chapelle (polythéiste) que du temple de la consommation culturelle.

Alors ça pourrait sembler démodé, à l'heure du MP3 et du téléchargement gratuit, d'aller chez OCD. Mais non. Tout le charme de l'affaire lorsqu'on se rend dans la boutique, c'est qu'on ne sait pas ce qu'on va y trouver. On prend le temps de chiner, de fouiner, d'écouter avant d'acheter. Et du coup on ne repart pas forcément avec ce qui était initialement prévu. On tergiverse des plombes avant de savoir avec quels CD's (parmi la pile qu'on avait mis de côté) on va rentrer. On a donc un peu l'impression de les avoir gagner de haute lutte ces Cd's. Mériter. En même temps, on pourrait se faciliter la tâche, passer en revue leur immense stock en quelques clics de souris. Et "live" qui plus est. (Car ils ne sont pas tout à fait bêtes chez O'CD : révolution internet oblige, ils ont ouvert une boutique online). Oui, ce serait très pratique (excepté les frais d'envois à domicile, assez conséquent, à moins d'acheter 4 ou 5 CD's d'un coup), mais je veux dire, comment pourrait-on profiter online des bonbons et de la délicieuse odeur d'encens qu'offent les boutiques O'CD ? Comment ?


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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7 août 2006 1 07 /08 /août /2006 02:34

"Laboratoire de la pensée contemporaine"


Grands Articles
(GA) est un magazine trimestriel qui sélectionne depuis octobre 2005, "les meilleurs articles publiés par les revues françaises et internationales". Littérature, arts, histoire, géopolitique, sciences, sociologie, philosophie : son champ d’action est vaste. Le but ? Etre le "généraliste" qui éclaire sur les idées nouvelles qui sont au cœur des enjeux contemporains.

A "contre-courant de l'information compactée qui constitue la tendance générale", GA prend donc le temps, de développer les sujet, de prendre du recul. En gros, il fait long. Mais il sait s’étendre sans se répandre. D’où des articles "revues" dans le sens de la longueur – grands par la taille et l’exigence éditoriale – mais qui ne se perdent pas dans le charabia universitaire, où je ne sais quels autres travers. Des articles exigeants, pas excluants. Ce que confirme le sommaire du n°4, de juillet-août-septembre. Entre le sauvetage de la Banque Mondiale, l'influence politique des Guignols de l'info, Dieu et la philosophie, l'Islam, l'Occident et le Mecca Cola, et les leçons de l'Inde en matière de multiculturalisme, il y a de quoi lire, s'enrichir, s’intéresser, réfléchir.

A l’image de la sobriété de son titre – sans effet de manchette tapageur – il faudra parfois s’accrocher à la lecture de GA. Car c’est un peu l'ascèse niveau maquette. Un peu sec tant la pensée et l’analyse priment, sur l'image, l'emballage. Mais comme leurs 5000 lecteurs actuels, dans ses cas-là vous fournirez, j’espère, le supplément d'effort qui s'avère nécessaire. Car à l'heure où la presse écrite est speed, formatée, gratuite et sans fond, tenir un mag qui ose la jouer long et nous le faire payer (7 euros) est une initiative précieuse qu’il serait dommage de ne pas soutenir. De tout cela, on discute avec Eric Rohde, directeur de la rédaction de GA.

 

"Grands Articles, c'est le Courrier International des revues"



Eric Rohde, qu’est-ce que GA ?
C'est un journal qui propose, à l'heure où sévit partout la brièveté, des articles longs qui requièrent du temps et de l'attention. Il s’agit d’éclairer les idées et les nouvelles formes d'organisations sociales qui se mettent en place dans le monde contemporain, de l'échelle locale à l'échelle planétaire, ou les idées qui y contribuent – ou pourraient y contribuer. Et de rendre tout cela saillant dans notre rubriquage. En fait de dynamique, il ne s'agit vraiment de rien d'autre que d'établir un lien entre ces deux univers que sont les professionnels de la réflexion et de l'analyse et ceux qui ne le sont pas. C’est un contenu ambitieux, mais une grande humilité éditoriale.

D'où vient l'idée ?
J'ai tenu la rubrique Livres de La Recherche pendant six ans. J'ai réalisé, à cette occasion, à quel point les bons articles – accessibles à un public plus large que celui qu'elles touchent – y sont nombreux. Et d'un autre côté, j'ai toujours regretté l'absence d'un périodique généraliste d'approfondissement. Encore plus après l'aventure du Monde des débats à laquelle j'ai participée. L'idée de GA est venue de ce double regret : l'existence d'une matière riche et mal connue dans l'univers des professionnels du savoir, et son absence dans l'univers grand public.

On pense à Courrier International. Lui aussi rend accessible un contenu préexistant.
Il est possible que sans "Courrier" – où j'ai aussi travaillé pendant deux ans – je n'aurais pas eu l'idée de GA. En tous cas, ce grand frère, dont je me sens toujours proche, me sert tous les jours pour accréditer l'idée qu'une presse fondée sur la republication d'articles est possible. Quand je présente GA, je dis, pour faire court "Le Courrier des Revues".

GA a-t-il pour modèle d'autres magazines, français ou pas ?
J'ai appris, après avoir fixé le concept de GA, l'existence de The Utne Reader aux USA qui fait la même chose à l'égard de la presse underground. Il y aussi l'excellent Lettre internationale éditée à Berlin et en allemand, qui suit, mais partiellement seulement, cette démarche. Il y a peut-être d'autres titres encore, mais je ne les connais pas.

Pour quels médias avez-vous travaillé depuis vos débuts journalistiques ?
J'ai 51 ans et suis journaliste professionnel depuis l'âge de 19 ans. J'ai travaillé à RMC, RTL, Le Monde, La Tribune, parmi les journaux encore non cités. J'ai aussi conçu et animé au sein de l'ex-CEP "Télécoms magazine" de 1986 à 1990. Entre temps, j'ai fait un doctorat de philosophie qui a aussi beaucoup contribué à me faire fréquenter l'univers des revues.

Dans GA, vous sélectionnez les meilleurs articles des revues. C’est quoi un "meilleur article" ?
Plusieurs critères doivent être réunis : l'article doit être abordable par un non spécialiste, il doit apporter une analyse nouvelle ou la possibilité de saisir une problématique soit en profondeur soit de façon synthétique. Nous avons par ailleurs un rubriquage fixe qui offre des rendez-vous que nous devons respecter à chaque fois. Notre rubriquage ne signifie rien d'autre que notre volonté d'être un généraliste.

Tous les articles ne sont pourtant pas accessibles au lecteur moyen. Pour certains, rien que le chapo donne mal au crâne. Je pense par exemple à l’article traitant du "sperme d’Adam sous le microscope de la Kabbale" dans le n°3 d'avril-mai-juin. Il faut être un minimum, voire un maximum, cultivé pour comprendre GA ? Notre but n'est pas de donner mal au crâne, plutôt de donner la possibilité aux lecteurs qui n'ont pas l'occasion de pouvoir rencontrer des textes de haut niveau – parce qu'ils ne fréquentent pas un laboratoire ou les bibliothèques, parce qu'ils ne sont pas abonnés à des revues dont ils ne connaissent le plus souvent pas l'existence et qui sont, sauf exception, chères.

GA, c’est un peu votre manière de faire de la média-critique sans en faire, non ?
C'est en tous cas une manière de se porter à contre-courant de l'information compactée qui constitue la tendance générale, dans l'écrit comme sur les écrans.

Quel est votre lecteur type ? Le lectorat de Télérama, par exemplle, chez qui vous achetez de l'espace publicitaire ?
Le lecteur-type est, à priori, quelqu'un qui a déjà lu une revue et qui sait qu'il manque quelque chose en n'en lisant pas plus souvent...

A combien s'élève ce lectorat ?
Nous démarrons et sommes encore peu connus, mais si j'applique le coefficient de six (Nda : technique de calcul qui consiste à croire qu’un même exemplaire du magazine est lu en moyenne par six lecteurs…), nous aurions environ 30 000 lecteurs pour l'instant. Ils achètent majoritairement GA en kiosque ou en librairie.

Vous dites dans l'édito du numéro 3 que GA est une "entreprise artisanale". Comment se porte-t-elle financièrement ?
Nous ne sommes pas encore à l'équilibre. Et tant que nous n'y serons pas, nous ne pourrons pas indemniser les auteurs que nous republions. Le jour où nous ferons des bénéfices avec leur travail nous leur en ferons profiter. La publicité a, bien sûr, vocation à y contribuer.

De quelles sympathies journalistiques bénéficiez-vous pour appuyer le lancement de GA ?

En 32 ans de métier, j'ai gardé des amis dans pas mal de rédactions. Malheureusement, cela ne suffit pas à donner à un lancement un caractère "durable" qui est très loin d'être assuré.

Quel est l’état actuel de vos retombées presse, comme on dit dans le métier ?
Nous ne sommes pas abonnés à l'Argus, je ne peux donc pas vous répondre avec exactitude. Je suis au courant d'une vingtaine d'articles ou échos et d'une demi-douzaine de citations ou invitations radio-télés.

Si votre point fort est de savoir communiquer le contenu des revues vers le grand public, il vous reste de toute évidence quelques progrès à faire niveau com’. Votre titre, "Grands Articles", est basique et vos couv trop fades pour taper dans l’œil du chaland en kiosque. "On est vu avant d'être lu". Jusqu’où êtes-vous prêt d’aller pour être vu ?
La couverture est précisément le seul point qui nous pose un réel problème. C'est peut-être pour cela que avons changé de style à chaque fois ! Quant au titre, c'est une affaire de goût, comme avec les prénoms, on oublie vite ce qu'on en pense au profit de la personnalité – heureusement !

J'ai une idée de slogan : "Grands Articles, magazine pour temps de cerveau disponible." Qu’en dites-vous ?
Que nous avons déjà deux slogans : celui de la base line – "Sélection des meilleurs articles publiés par les revues françaises et internationales" – et celui de nos publicités – "De plain-pied dans le laboratoire de la pensée contemporaine". Je crois donc qu'on va s'en tenir là.

 

Grands Articles / trimestriel en kiosque et librairie / 7 €.
www.grandsarticles.fr

 

 

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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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