Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Presentation

  • : PARLHOT
  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
  • Contact

INTERVIEWS

Rechercher

4 août 2007 6 04 /08 /août /2007 21:36
Les Eurocks, top ou toc ?

Pour sa 19e édition, le festival franc-comtois a réussi à délivrer 10 shows de plus que d’habitude. En 3 jours, 80 prestations scéniques lui ont permis de rentrer dans ses frais, mais tout juste, avec 85 000 tickets vendus contre 100 000 l’an passé et un seuil de rentabilité fixé à 73 000. Et pendant ce temps, à 10 000 lieux de telles préoccupations, avec mon pass journaliste et mon carnet de note, je cherchais un sens à tout ça.

Ce qu’on retiendra des Eurocks 2007 ? L’absurdité de l’entreprise. Faut pas croire, on n’est pas né de la dernier pluie, on sait ce que c’est un festival, qui plus est "les Eurocks". Mais en ces temps de crise du disque, le fait que le live soit la dernière chose sur laquelle les maisons de disques puissent faire des bénéfices pousse l’exercice dans ses retranchements. Au risque d’asséner une évidence qui va nous faire passer pour de pieux idéalistes, disons qu’un concert n’est pas une chose, justement. Enfin, si c’est une marchandise, mais une marchandise qui, par définition, doit faire tremplin vers un supplément d’âme, ce moment rare, précieux, qui fait qu’on qualifie souvent un live de communion ou de grand messe.L’un dans l’autre, ce n’est plus une messe mais à un "mess" qu’on a assisté aux Eurocks 2007. Plus des lives mais des morts. On a vu des artistes au bout du rouleau dérouler en pilotage automatique la prestation qu’ils avaient donnée la veille à un bout du monde et qu’ils allaient donner dès demain à l’autre bout du monde. Des zombies, des robots et des clowns. Oh, pas tous bien sûr. Mais pour quelques The Hives, Arcade Fire, I’m From Barcelona et Loney Dear, combien de Manson, Air, Editors et même Amy Winehouse ? Le paradoxe du superbe show de la jeune diva soul et la d’être un phénomène de foire qu’on a pu lire dans ses yeux. L’efficacité clinique des brit popeux. La déconfiture du (gol)goth Manson…

Luz in da place

Comment se défaire du désagréable sentiment de voir chaque groupe s’agiter dans son coin en ignorant le groupe voisin, comme s’ils étaient ailleurs, nulle part, chacun des marchandises devant prendre vie dans leur vitrine à eux ; comme si tout cela marchait avec des œillères ? Comment prendre du plaisir quand eux comme nous sommes un troupeau ? Aimer ou pas les festivals n’est pas la question. Il y en a de bons. Des petits (Art Rock) comme des grands (celui de l’île de Wight qui ne fait pas jouer tous les groupes en même temps). Avec un esprit, une ambiance. Mais celui des Eurocks se dégrade. Et les festivals d’été s’enchaînant à timming serré, les artistes ne sortent pas grandis, mais vidés, lessivés. Comment triper quand les groupes ne tripent pas et ne nous voient pas ? (Le chanteur d’Editors avouera en conf de presse qu’en festival, pour lui, tous les publics sont les mêmes.) Comment se laisser happer émotionnellement quand on n’est que de passage devant les shows, comme si on avait une zapette en main, les prestations s’annulant les unes les autres ? Il faut être bourré ou journaliste ! Rester le nez dans la mouise sans se poser de question ou au contraire s’en poser plein pour essayer de mettre tout ça en perspective. C’est pour ça que cette année Luz était dans la place, carnet de croquis en main, pour le compte de Charlie Hebdo. L’auteur de J’aime pas la chanson française y a flairé un "J’aime pas" potentiel. Du pain béni. Cela dit, passons maintenant aux choses futiles.

Diva punk à chien

Vendredi 29 juin. On enfile nos premiers décibels devant les vétérans du Wu-Tang. Cool mais ans plus. Ils ne lancent pas vraiment les festivités. (Dans son compte rendu, Libé écrira même que l’organisation était soulagée de les voir partir : une façon de sous-entendre que c’est eux qui ont obtenu le cachet maximal de 150 000 euros et que ça ne les a pas assagi pour autant ?) C’est par contre une véritable tension qui nous étreint lorsqu’on rejoint la foule massée devant la scène qui va accueillir Amy Winehouse. C’est vrai que l’anglaise "bénéficie" en ce moment d’une réputation rock’n’tox à faire pâlir Pete et Kate réunis, mais aujourd’hui ce n’est pas de ragots pipoles que sont venus se nourrir les gens. Ils sont venus se faire souffler par sa voix. Et c’est ce qui arrive. Dans un décor feutré ponctué d’abat-jour et pris d’assaut par une smala de neuf zicos top classe, Amy n’a qu’a ouvrir la bouche et tout le monde est sous le charme. Car c’est l’âge d’or des sixties qui débarque. C’est le timbre de Shirley Bassey et le charisme d’une Cléopâtre qui sortent de cette diva à l’allure de punk à chien. Un petit air de miracle. On ne sait pourquoi mais certains essaient de pogoter, ce qui ne facilite pas la tâche du type devant nous qui – Luz ferait-il école ? – essaie de crobarder la star sur son petit carnet. Amy est un bon modèle. Une chimère mixant Antony Hegarty (pour le côté transformiste-soul), Pete Doherty (pour le côté drogué et pipole jusqu'à l'os) et Lauryn Hill (pour le côté grande soeur de la rue). D'ailleurs vers la fin du show, elle reprend en passant un bout de morceau de l'ex-Fugees sans que ces sonorités hip hop funk ne dépareillent avec le reste. Cool. Classe. Autre brindille, plus blonde celle-là, le suédois Peter Von Poehl a beau fourbir de belles pop-songs, il est moins doté niveau charisme et voix pour s’imposer en festival. De leur côté, trop progressives, les compositions indus rap spectrales de Griots and Gods réunissant les rockers suisses de Young Gods et les rappeurs US de Dälek peinent à séduire sur la longueur.

Alien de série B

00h30. Les jeunes goths qui font sitting au premier rang de la grande scène depuis le début de l’aprem reprennent vie (on ne va pas dire : des couleurs), les photographes s’agitent pour se voir autoriser à entrer dans leur fosse pour shooter tout ce qu’ils peuvent le temps de trois morceaux (Luz y est-il ?). C’est signe que Manson va montrer le bout de son nez. Quelques jours plus tôt, lors de son concert à Bercy précédent la sortie de Eat me, drink me, on nous a décrit l’animal en baisse de régime. En gros : peu de présence, peu d’effets spéciaux et des nouveaux morceaux faiblards alignant, pour certains, des solos à la Bon Jovi. Il y aurait une explication à cela : Manson voudrait montrer son vrai visage et s’assumer en songwriter. Problème : que reste-t-il au-delà du personnage ? Peu de chose. (C’est pour ça que l’accès aux photographes est si réglementé et que s’ils approchent à plus d’un mètre de la scène un gorille leur tombera dessus : l’image de l’artiste est plus sacrée que sa musique. En tant que "gratte papier" on n’a pas ce souci et pourtant on n’a pas la plume tendre…) Manson n’est pas Bowie et c’est une ultime arnaque que de nous faire croire qu’il y a un faux et un vrai lui ! La preuve : ce soir il est enroué, le son est pourri et ce qu’on a c’est juste une sorte d’Alien de série B se débattant dans le vide. S’en rend-t-il compte ? A un moment il se retourne et se dandine pour nous montrer son cul (risible, pitoyable) mais se ravise dans la seconde qui suit. (Se dit-il : "Non, je ne peux pas, je suis un songwriter maintenant !" ?). Songwriter mon cul !

Justice est fête

Gaspard Augé, du duo Justice, en conf de presse : "J’espère que les gens seront suffisamment patients pour ne pas être excédé de voir nos têtes dans les magazines. Parce que ce n’est pas du tout un calcul de notre part. Notre but n’a jamais été d’être branché. Après il se trouve qu’on habite à Paris et, je ne sais pas, c’est peut-être une tare de faire de la musique à Paris aujourd’hui." Il poursuit : "Mais c’est assez agréable car j’ai l’impression que les journalistes nous ont plutôt compris et ont dépassé le phénomène de buzz. Ça me fait plaisir de voir que des gens qui nous crucifiaient avant à cause de cette image très parisienne très hype retournent maintenant un peu leur veste en nous disant qu’ils ont été surpris par la qualité de l’album." Problèmes : Justice et son phénomène sont-ils deux choses séparables ? Justice et Pedro Winter sont-ils deux choses séparables (car ok, peut-être que Gaspard et Xavier ne calculent rien, admettons, mais ils n'en ont pas besoin, ça leur manager Pedro Winter s'en charge à leur place et mieux que quiconque) ? Quand on n’a pas encore écouté l’album, qu’on est fatigué, assommé par le buzz et peu clubber dans l’âme, dès les premiers bégaiements électro estampillé "Robot Rock" de la machine Justice, on rebrousse chemin direction l’hôtel.


Photos par Cécile Blanchard

Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article
29 juillet 2007 7 29 /07 /juillet /2007 20:49
Put a spell on you !

Tangi Thierry, un ami rencontré au festival briochin Art Rock, s’en est allé poser quelques questions à Matthieu Guerre Berthelot et Gildas Rioualen, les deux passionnés fondateurs et organisateurs
d’Astropolis, grande messe techno qui va secouer Brest du 2 au 5 août.

Tous les festivals d’été ne sont pas maousse costauds tendance "bienvenu à l’usine" (ceci est un clin d’œil aux Eurocks, dont je dois très bientôt enfin vous raconter l’édition 2007 de fond en comble). Certains se font aussi à échelle humaine, tout en proposant une affiche alléchante. C’est le cas du festival brestois Astropolis qui accueille pour sa 13e édition une belle brochette d’artistes électro tels que Miss Kittin, Dj Hell, Digitalism, Justice, Nathan Fake, Amon Tobin, Manu le Malin et réserve aussi quelques surprises d’une autre saveur. Une autre raison (parmi tant) de découvrir cet événement ? Les 20, 21 et 22 septembre prochain Astropolis sera à Paris, en compagnie du collectif des festivals bretons (Transmusicales, Vieilles Charrues, Art Rock, Route du Rock, Festival du bout du Monde, Festival des Tombées de la nuit, Alantique Jazz Festival) pour proposer plusieurs jours de concerts à la Cigale, au Rex Club, à la Maroquinerie, la Flèche d'or et au Cabaret Sauvage.


"écouter du noise puis se finir sur le dance floor"

"préserver l’environnement mental de la fête"




L’année dernière, le festival était placé sous le signe de "la communion" : quel est le thème de cette treizième édition ?

Chaque année on essaye de trouver un thème, un concept autour duquel jouer. En 2005 on avait trouvé celui de "militant de la fête", l’année dernière celui de "la communion". Cette année, comme certains sont superstitieux chez nous, on voulait conjurer le sort pour l’édition 13 et on a donc pour cela convoquer le thème du "voodoo". C’est un thème présent dans les musiques bruyantes depuis longtemps. Par exemple, au début, quand les journalistes devaient décrire les soirées rave ils parlaient souvent de maîtres voodoo pour désigner la manière dont les DJ’s ensorcelaient leur public. L’année prochaine, l’édition 14 aura pour thème "les mobylettes".

D’année en année, le festival s’enrichit en investissant différents lieux de Brest. Après le Mix’n’Boules (tournoi de pétanque et mix) ou encore l’Astroboum ("première rave party pour les moins de 12 ans"), quelles seront les nouveautés pour 2007 ?
Cette année on innove sur le vendredi en proposant deux nouvelles soirées : une classique à l’Auditorium de Brest avec Gonzales et Mocky pour un concert piano-batterie ambiance Satie, donc vraiment pas dance-floor ! La seconde aura lieu à La Carène, nouvelle salle de concert de Brest, et proposera des groupes tels Zenzile, Goose, Wax Tailor et Digitalism, qu’on ne pouvait pas produire avant à Brest, faute de lieu conséquent. Le toit de la salle sera transformé en dance-floor et la soirée s’appellera Bunker Palace.

Ayant déjà invité Julee Cruise, Béruriers Noirs ou encore Konono, le festival s’ouvre traditionnellement à d’autres musiques que l’électro. Pourra-t-on écouter du rock à Astropolis ?
Avant d’organiser Astropolis et d’autres événements techno, on venait du rock et on a organisé pas mal de concert pop à Brest : Dominique A, Divine Comedy, Boo Radleys, le premier concert de Miossec… On s’inspire de la culture des festivals anglais où tout se mélange, où on peut aller voir un concert de noise rock, puis aller se finir sur un dance floor. On n’aime pas l’esprit de chapelles, encore moins le public intégriste qui aime cloisonner les choses. Pour nous c’est évident de voir des groupes punks jouer dans une rave. La culture rave vient du punk. Par exemple, Julee Cruise travaille aussi avec Khan qui est un sacré activiste en matière d’électro. Donc voilà, ça pose les choses. C’est important de mélanger les styles, de surprendre le public. Même si ce n’est pas toujours facile.

Côté programmation, quels sont les moments forts attendus ?
Le final de Dj Hell au matin : gros son rave ; l’hystérie pour Miss Kittin ; le set de Kid Koala… J’attends aussi de voir le public réagir sur Champion et à celui de Goose.

Le public est composé d’une bonne partie d’habitués : comment expliquez-vous le rapport affectif existant entre le festival et son public ? Peut-on dire qu’Astropolis est un festival d’opinion ?
Ça veut dire qu’on répond aux attentes d’un public, que les gens sentent que ce festival reste un événement bricolé, festif, qui cherche à surprendre. On construit ce festival comme un festival où l’on aimerait aller faire la fête : quelque chose d'humain, surprenant.

L’année dernière vous affichiez : "militant de la fête" : comment peut-on militer tout en composant avec la réalité d’une telle organisation, sponsors, etc. ?
Chaque année on refuse les sponsors comme Coca Cola ou Mac Do et sur le site on essaye de préserver l’environnement mental de la fête. On ne veut pas que les gens évoluent dans un spot de pub. Après, avec les autorités c’est une négociation. Il y a des règles, mais on peut les lire de différentes manières, selon nos interlocuteurs. On est encore sur une taille où l’on peut concilier les deux. Si vraiment on nous forçait à aller contre la fête, on ferait autre chose. On organiserait des concerts de Michel Sardou.

Pensez-vous que l'electro soit aujourd’hui intégrée dans le paysage musical ou souffre encore de préjugés de la part des politiques et du public ?
Il est assez dur pour quelqu’un qui n’a jamais entendu de techno d’apprécier le travail de quelqu’un comme Richie Hawtin. Je n’imagine pas Sarkozy, plutôt fan de Polnareff, comprendre réellement le spirit d’un dance-floor. Parfois on démissionne dans le travail pédagogique. Question de génération. J’avoue que je ne comprends par forcément les fans de Tokio Hotel.

Pour finir, quels sont les héros d'Astropolis ? ce qu'il déteste ? sa devise ?
Nos héros ? Des artistes qui croient en leur art, des gens comme Sonic Boom, Bez d’Happy Monday, Manu Le Malin, Jeff Mills. Ce qu’on déteste ? Les gens sectaires, arrogants, les post-branchés. Notre devise ? Plaisir, jouissance et liberté.

Photos : Miss Kittin et Bez des Happy Mondays

Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article
25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 01:37

Les junkies et la musique


Suite à un petit dialogue orienté drogue et rock’n’roll entre le réalisateur-scénariste Romain Novarina et l'écrivain rock Pierre Mikaïloff, collaborateur du rockzine Gonzaï, à propos du nouvel album des Happy Mondays, j’ai fouillé mes archives. En effet, en 2005, dans le cadre d'un article sur le Down in Albion de Pete Doherty et de ses Babyshambles j’ai interviewé deux psychiatres spécialisés sur la question pour le compte de Technikart. Le but ? Savoir si les junkies peuvent faire de bons disques ? Pour conclure j'ai aussi posé la question à Elisabeth Rossé, psychologue au centre médical Marmottan à Paris. Va-t-elle être aussi loquace et inspiré que son collègue Mario Blaise sur le sujet ?







"une fois qu'un mouvement musical est reconnu, l'association drogue-zik devient moins prégnante"

"un junky peut faire autant de bons disques que de mauvais"









Vous avez déjà travaillé sur le thème "drogue et musique", quelles formes prennent ces travaux, et à quelles thèses et conclusions avez-vous abouti ?

La problématique de ma thèse de doctorat en psychologie sociale consistait à s’interroger sur les liens entre musiques et drogues durant l’adolescence. Mon propos ne concerne donc pas les cas extrêmes, mais un phénomène actuel : l’usage "récréatif" de drogues en festival par les festivaliers. Dans le premier chapitre, la musique et la drogue sont présentées dans leurs spécificités, l’hétérogénéité de leurs expressions et pratiques, modelées par les contextes anthropologiques par et dans lesquels elles émergent. Il s'agit de savoir où et comment
musique et drogue se croisent ? Par la suite, dans le cadre théorique, il est question de l’adolescent. L’objectif de ce travail est de montrer que ces comportements constituent, pour la majorité des adolescents et jeunes adultes qui s’y adonnent, une médiation palliative à leur désir de reconnaissance. Une enquête, composée de trois études (exploratoire, par questionnaire et entretiens non directifs) a été effectuée. Trois réflexions explicatives découlent de la dialectique entre éléments théoriques et empiriques. Musiques et drogues proposent des modèles identificatoires, au sein de "tribus", qui correspondent, le temps de leur opérabilité, aux exigences paradoxales de l’adolescent et aux contraintes des sociétés actuelles. Pour échapper à l’ennui de l’attente adolescente et accéder au sentiment de continuité de Soi, les jeunes se construisent en narrant leurs vécus musicaux et psychotropes. Enfin, l’incarnation existentielle du désir de reconnaissance (le corps, le plus bel objet de consommation) trouve à s’exprimer dans ces entre-deux drogues-musiques où se négocie la distance accordée à chacun par rapport à Soi, avec Soi et avec l’Autre, les Autres.

Votre avis sur la médiatisation "glamour" de Pete Doherty et de Kate Moss ?
Rien. Pete Doherty est avant tout l’ancien leader des Libertines, habillé par Hedi Slimane qui
vient de sortir un livre sur lui. Mais ça, je pense que vous le savez déjà.



Recevez-vous en ce moment de plus en plus de patients toxicomanes, notamment des jeunes et des musiciens ?

L’officialisation des consultations "jeunes consommateurs" qui a comme premier objectif la problématisation de l’usage nocif de cannabis a engendré la venue de personnes plus jeunes mais aussi de " routards du joint". De même, les prises en charge, récemment proposées, en lien avec les nouvelles formes d’addiction (jeux vidéo, Internet mais aussi jeux d’argent), fait que nous recevons des populations toujours plus diversifiées, sans profil figé. Dans ma recherche, je me suis plus précisément interrogé sur les mouvements actuels et donc sur la techno. De plus, j’ai été bénévole à la mission rave de Médecins du Monde. Ce qui est manifeste concernant ce courant musical, c’est le nombre croissant de jeunes qui y adhèrent mais ce qui est plus curieux, c’est l’inflation de musiciens !
C’est-à-dire des jeunes qui vont être DJ pendant quelques heures lors d’un teknival, adoptant ainsi la position de celui que l’on vient écouter de manière éphémère. Ce phénomène peut s’expliquer par la condition de non interruption musicale posée dans les fêtes techno et plus particulièrement en teknival.

En quoi la drogue aide-t-elle, comme on le dit souvent, le processus créatif ?
S'il suffisait de se droguer pour être un artiste, cela se saurait ! La drogue désinhibe et peut
en cela participer au premier passage à l’acte sans jamais en être l’aboutissement. La stabilité historique du lien entre innovations musicales et consommations de psychotropes appuie cette idée. Mais par la suite, une fois que le mouvement artistique est reconnu, cette association est moins prégnante. Là encore le rôle des médias est capital : amplifiant l’étrangeté de la nouveauté par des stigmatisations hâtives.

Pourquoi selon vous la musique et le rock sont-il si souvent associé ?
On se répète souvent les mêmes histoires… pour ne pas les oublier ? Se rassurer ? Se (l’a) raconter ?

Comment se déroule une cure de désintox ?
Au quotidien, sur des années. On parle avant tout de vies humaines, de parcours. Concernant les traitements, il y en a autant que des drogues… Sans jamais oublier l’importance du biologique, il faut souligner que les prises en charge sont des "supports psychologiques" : des espace-temps d’écoute, de (re)création de liens. L’aliénation se situe aussi au niveau psychique : les difficultés existentielles ne peuvent être affrontées sans adjuvants chimiques. La parole doit être valorisée, réapprivoisée au cours d’entretiens réguliers.

Alors, les junky peuvent-ils faire de bons disques ?
Sérieusement, cette question a peu de sens : il est évident qu’un "junky" peut faire
autant de bons disques  que de mauvais… de même pour un "non junky".


Photo détournant la première pub iPod issue du site inanoblog.fr
qui précise que "l’organisation de lutte contre la Drogue allemande" à décliné ce célèbre symbol occidental en y apposant un slogan "qui signifie qu’aucune drogue n’est aussi inoffensive que la musique."

Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans IDEEcryptage
commenter cet article
23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 13:40

Les junkies et la musique



Suite à un petit dialogue orienté drogue et rock’n’roll entre le réalisateur Romain Novarina et Pierre Mikaïloff collaborateur du rockzine Gonzaï à propos du nouvel album des Happy Mondays, j’ai fouillé mes archives. En effet, en 2005, dans le cadre d'un article sur le Down in Albion de Pete Doherty et de ses Babyshambles j’ai interviewé deux psychiatres spécialisés sur la question pour le compte de Technikart. Le but ? Savoir si les junkies peuvent faire de bons disques ? J'ai commencé par poser la question au docteur Mario Blaise, psychiatre au centre médical Marmottan à Paris.






"La drogue joue un rôle dans la construction de la figure de la rock star"

 


"Les junkies sont plutôt connus pour faire de mauvais disques"










Vous avez déjà travaillé sur le thème "drogue et musique", quelles formes prennent ces travaux, et à quelles thèses et conclusions avez-vous abouti ?

J’ai travaillé sur le thème "drogue et musique" car je souhaitais en faire ma thèse de médecine mais le sujet n’a pas été jugé assez médical pour cet exercice. De ces travaux, tout de même bien avancés, j’ai rédigé un résumé d’une douzaine de pages pour l’entrée "musique" du Dictionnaire des drogues et des dépendances paru chez Larousse en 2004. La forme de ce travail est plutôt une petite histoire des drogues et de la musique, organisée chronologiquement autour de trois grandes périodes : l’ère du jazz, l’ère du rock et l’ère des musiques électroniques. Ceci permet d’aborder les questions des liens entre drogue et musique au fur et à mesure que ces liens se sont construits. La plupart des questions sont transversales et retrouvées à toutes les époques. Exemple : figure de l’artiste maudit, initiation et diffusion de drogue dans le milieu musical, législation anti-drogue, prévention et diabolisation, drogue et créativité, sociabilité voire identification politique, prise de risque et sacré… Néanmoins, les liens entre drogue et musique prennent particulièrement sens à certaines époques. La drogue et la musique contribuent par exemple aux questions ethniques de l’ère du jazz, à l’identification générationnelle de l’ère du rock (naissance de l’adolescence), ou aux questions de territoires dans l’ère des musiques électroniques.

Votre avis sur la médiatisation "glamour" de Pete Doherty et de Kate Moss ?
La belle et le mauvais garçon : sans être fan, difficile d’y échapper. Médias et public sont friands de révélations scandaleuses. Il est particulièrement étonnant de voir combien le rapport aux drogues reste ambigu dans notre société. Elle ne valorise par clairement les excès de drogues dans certains groupes sociaux (artistes, musiciens, sportifs), mais il existe une certaine tolérance oscillant entre fascination et répulsion. C’est accepté au nom du spectacle, de la valeur artistique… Mais cela devient curieux pour un artiste quand on s’intéresse plus à son mode de vie qu’à sa musique. Il est savoureux de voir qu’au moment où Kate Moss s’affiche dans Paris pour Opium, elle fait scandale pour des photos révélant sa consommation de cocaïne.

Recevez-vous en ce moment de plus en plus de patients toxicomanes, notamment des jeunes et des musiciens ?

Nous recevons dans les centres de soins spécialisés en toxicomanie les gens pour qui, à un moment de leur vie, la consommation de drogues est devenue un problème et qui cherchent de manière volontaire à être aidés. Cela concerne beaucoup de gens d’horizons différents. Nous recevons des gens qui se considèrent en quelque sorte "en échec" dans leur consommation et qui sont demandeurs d'aide, et non pas les usagers occasionnels et ceux qui ne considèrent pas encore avoir de problèmes. Notre vision du centre spécialisé est forcément biaisée. La démocratisation de la consommation de drogues semble avoir eu lieu depuis les années 70, 80. Elle semble avoir pris depuis plusieurs années le tournant de la précarisation et concerner des jeunes en errance dans des situations sociales très précaires. D'autres lieux d'intervention, comme Médecin du monde, lors des teknivals, permettent de rencontrer d'autres types de consommateurs qui ne viendraient pas forcément consulter à Marmottan.

En quoi la drogue aide-t-elle, comme on le dit souvent, le processus créatif ?
La drogue est avant tout une expérience et comme toute expérience elle peut amener un processus de création fécond chez quelqu’un dont l’imaginaire permet de le nourrir. Mais bien plus souvent, la consommation de drogue s’apparente à du dopage. Véritables "working drugs", celles-ci permettent aux musiciens de gérer leur stress ou de se stimuler lors de tournées, interviews… Beaucoup plus de musiciens ont évoqué leur utilisation de drogues comme gestion du stress, du manque, de la fatigue, des émotions que comme moyen de défonce. Beaucoup ont aussi parler des effets négatifs de la drogue sur leur travail. Mais je précise : "working drug" n'est pas une "appellation contrôlée". Toute drogue peut jouer cette fonction d'aide à l'élaboration d'une tache. Si dans le cadre d'une compétition sportive on parle de dopage, pour un travail on peut parler de "working drug".

Pourquoi selon vous la musique et la drogue sont-il si souvent associé ?
La drogue trouve des liens avec tous les styles de musique populaire : jazz, rock, reggae, hip hop, techno…Mais c’est certainement avec la construction de la figure de la "rock star" que ses liens sont les plus mis en scène. Pour certains, c’est l’affaire Redlands en Angleterre en 1967 qui marqua le début de la médiatisation des histoires de drogues, comme si les Stones avaient inventé les drogues. Mais ce n'est pas la drogue qui construit la rock star, ce sont les médias et l'engouement du public. La drogue n'est souvent qu'un élément dans la construction du mythe de la star.

Comment se déroule une cure de désintox ?
On entend souvent parler de la célèbre cure de désintoxication de Keith Richards des Rolling Stones qui se serait fait changer le sang dans une clinique en Suisse. Il aurait dit par la suite que c’était juste une histoire inventée pour répondre à l’empressement des journalistes à sa sortie d’une énième cure. Cette anecdote ouvre la porte à tous les fantasmes : technicité médicale, contamination, incursion dans la vie privée... Dès que l’on parle de toxicomanie, vient la mythique cure de désintoxication. Comme si le problème de
dépendance aux drogues, habitude de vie souvent installée de manière progressive sur des années, pouvait disparaître en une à deux semaines de cure par élimination de je ne sais quelles toxines. Il est certes nécessaire d’avoir recours à des hospitalisations à certains moments de la trajectoire dans la toxicomanie, mais elles ne permettent souvent pas à elles seules de se déshabituer d’une dépendance. L’accompagnement au long cours, notamment avec des traitements de substitution pour la dépendance aux opiacés, est souvent nécessaire.

Pete Doherty a déclaré qu'on lui avait prescrit des patchs de drogue, cela existe-t-il ? Il existe effectivement des patchs contenant des opiacés, notamment du Fentanyl en patch, agoniste morphinique puissant utilisé dans le traitement des douleurs en chirurgie, anesthésie ou cancérologie. Il n’existe pas, en France du moins, d’utilisation comme traitement de substitution aux opiacés.

Alors, les junky peuvent-ils faire de bons disques ?
Pas besoin d’être un junkie pour faire de bon disque non plus, il y a d’ailleurs certains musicien qui revendiquent leur côté "straight". Les musiciens "junkies" sont plutôt connus pour faire des mauvais concerts que de mauvais disques.


(Suite et fin.)


la photo de Kate Moss issu du site les iconoblastes qui
réfléchit sur le sens et la construction des image de la psychiatrie et promouvoit de nouvelles images issues notamment de l'art contemporain, de la bande dessinée.....


Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans IDEEcryptage
commenter cet article
18 juillet 2007 3 18 /07 /juillet /2007 10:45
Sous l’emprise de l’hype ode

Question con : qui est le Lester Bangs du XXIe siècle ? Hypothèse réfléchie : Markus Giesler. Un professeur de marketing ? Un chercheur en nouvelles technologies ? Oui sans doute, car à l’heure où le rock est partout et la musique dématérialisée, la seule culture qui divise (un essai vient d’ailleurs de sortie sur la question, il s’intitule La tyrannie technologique), défriche et drive l’époque n’est plus la pop-culture mais la techno-culture et les joujoux high-tech c’est précisément le dada de cet éminent membre de l’Université d’York (Toronto). Interview.



"l’iPod véhicule une promesse de libération de notre enveloppe charnelle"

"Aujourd’hui Warhol peindrait des iPod"







Dans son livre intitulé Le théâtre des opérations, Maurice Dantec dit que les pyramides sont des outils technologiques au même titre que nos ordinateurs dans la mesure où le but de toute Technologie est, pour lui, de libérer notre esprit de la tyrannie de la chair pour lui faire atteindre la vie éternelle. L’iPod serait-il donc lui aussi une petite pyramide nous faisant miroiter la réincarnation des dieux pharaons ?

Si on se réfère à la doctrine des gnostiques, on peut dire que c’est le cas, oui. Erik Davis, un de mes auteurs de techno-culture favori, a décrit la dimension gnostique des outils technologiques dans son fascinant livre Techgnosis. Pour ma part, j’ai employé la notion de techno-transcendance dans mes études sur l’iPod pour exprimer comment l’iPod véhicule des promesses mythiques de libération de notre enveloppe charnelle. Mais il y a aussi des gens plus romantiques qui voient l’iPod comme un objet destructeur de lien social. Ces mythes sont profondément ancrés dans notre culture de consommateurs et surgissent pleinement quand il est question de l’utilisation des nouvelles technologies. La technologie entre en jeu un peu partout sous différents visages.

Revenons au design. Warhol a dit : "Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, il vous suffit de regarder la surface de mes peintures, de mes films et de ma personne, c’est là que je suis. Il n’y a rien derrière." Cette phrase peut-elle s’appliquer à l’iPod ?
L’iPod a une esthétique très pure, très limpide, mais elle n’explique pas à elle seule son succès. Doug Holt, un autre de mes collègues, a une bonne théorie à ce sujet. Pour lui, la citation que vous faites incarne la mythique promesse de Warhol : être le produit star de son temps. Donc, oui, Warhol fait l’éloge de la superficialité mais la promesse mythique qu’il y a derrière est loin d’être superficielle. Warhol a également affirmé qu’il n’y avait aucune différence entre un musée et un supermarché. S’il était vivant aujourd’hui, Warhol peindrait probablement des iPod et non des boîtes de conserves de soupe Campbell. Là où Warhol et l’iPod innovent c’est qu’ils ont tous deux transcendé comme personne deux façon de voir apparemment opposées : l’authenticité culturelle et l’industrialisation de masse.

Vous vous intéressez aussi aux ordinateurs portables, aux PDA et téléphones mobiles. Quels nouveaux comportements l’utilisation de ces outils met-elle en évidence ?
Les comportements dont il s’agit ici ne sont pas nouveaux ! Néanmoins, mon approche des technologies consiste à proposer un discours alternatif au discours habituel sur les nouvelles technologies. Un exemple de ce discours dominant qui m’exaspère encore aujourd’hui et qui motive mes recherches est l’enthousiasme aveugle qu’a suscité l’avènement d’Internet, du cyberespace et des nouvelles technologies comme s’il s’agissait de quelque chose de sans précédent dans l’histoire de l’homme. Toutes les cultures sont immenses et sans précédent mais pour cela même elles sont toutes similaires et comparables. Si l’on veut vraiment s’avancer sur ce terrain, je peux d’ailleurs dire que la nouveauté prétendue du cyberespace est en fait un artifice de l’hyper modernité et une tentative de réimposer le discours dominant de la modernité en sanctifiant une nouvelle forme de technologie. La technophilie est une des doctrines clés de la modernité, l’idéologie de la modernité faire désespérément l’éloge d’Internet et des ordinateurs pour montrer qu’elle est encore vivante et aux avants postes de la société.

Quels étaient vos héros quand vous étiez jeune ? Des artistes, des sportifs ? Papa, maman ?
Malheureusement mon père est mort quand j’avais 8 ans, ce qui a presque automatiquement fait de lui un héro. Ma mère est une héroïne parce qu’elle m’a élevé toute seule. Ils étaient tous deux dans l’administration. Quand j’étais jeune, je voulais à tout prix faire de la musique donc je me suis mis très tôt au piano et j’ai monté mon propre label à 17 ans. Travailler dans les industries culturelles a été une bonne expérience parce que ça m’a sensibilisé au lien ténu qu’il y a entre culture et économie.


Vos théories sur l’iPod sont attractives. Apple vous a-t-il proposé de vous embaucher ou avez-vous vous-même pensé proposer vos services à Apple ?
Mon travail fonctionne de toute évidence sur un apprentissage mutuel entre moi et Apple et il recèle de nombreuses implications pour la pratique du marketing, la création de marque, la communication, etc. Aussi pour un chercheur il y a une responsabilité fondamentale qui consiste à servir les entreprises avec lesquelles on travaille, aussi bien les consommateurs que les décideurs, parce que in fine le système ne peut seulement fonctionner que si tous les acteurs qui le constituent profitent également du fruit de nos recherches.

Vos théories proposent tout de même une dimension critique sur ces "nouvelles" technologies. Dites-vous, entre les lignes, que des objets comme l’iPod sont dangereux car aliénants ?
Non. Je montre plutôt comment un discours si négatif peut prendre forme et quelles idées romantiques et issues de notre culture gnostique participent à sa création. Et je montre comment les consommateurs, les communicants et les décideurs prennent en compte ces penchants dans leurs stratégies marketing.

Mais ce n’est pas être romantique que de dire que les nouvelles technologies séparent les gens physiquement et géographiquement, de même qu’elles les déconnectent de la réalité en les mettant en face d’écrans, c’est un constat qu’on peut faire chaque jour en marchant dans la rue !
Non. C’est juste une interprétation idéologique et particulièrement dystopique (l'inverse de l'utopie, Nda) de la manière dont les technologies peuvent trouver un point d’accroche avec l’individualisme de chacun. En général cette interprétation sert d’ailleurs de tremplin à d’autres interprétations, plus utopiques, qui clameront leur fidélité à d’autres idéaux culturels et individuels, des interprétations qui, par exemple, souligneront comment l’iPod aide les étudiants à apprendre tout en marchant avec leurs écouteurs dans les oreilles, ou comment l’iPod crée une nouvelle communauté.

Ces nouvelles technologies séparent aussi les gens d’un point de vue sexuel. Love Labs, une société qui a le sens de l’humour et des affaires, a démontré inconsciemment ça en lançant l’iBuzz, la version sextoyisée de l’iPod. Qu’en pensez-vous ?
C’est un très bon exemple de ce que nous disons ou essayons de dire. Vous faites allusion à un nœud de croyance assez puritain dans le cadre duquel l’utilisation de sex toys est considérée comme une pratique sexuelle déviante parce qu’elle nous éloigne des motivations biologiques du rapport sexuel ou, d’un point de vue romantique, ils nous éloignent de l’union typique d’un homme et d’une femme. Ce discours n’est pas sans relation avec le discours freudien selon lequel les sex toys sont une sorte de compensation artificielle de la vraie Chose qui n’est autrement pas accessible. Cela se nourri en plus de valeurs modernes telles que la fidélité, la carence affective, la solitude, l’aliénation, l’égoïsme, l’isolement social, la honte, etc. Soudain, avec tout ce contexte historique et culturel, les technologies sont responsables d’agrandir encore plus le fossé qui sépare habituellement les gens. Mais les technologies ne séparent pas les gens par nature, c’est la façon dont nous les utilisons et dont l’utilisation des technologies a été historiquement définie dans notre culture. Ce background culturel nous forge des à priori tenaces alors que d’un point de vue biologique, rien ne déconseille une utilisation sociale des sex toys. Ce qui fait de l’iPod un objet fort c’est qu’il dispose du type d’interface propre à susciter la projection de tels discours sur lui et qu’il fait donc débat.

Si ces objets technologiques préfigurent les objets de consommation courante du futur, la société du futur ne s’annonce-t-elle pas quelque peu Orwellienne ?
L’hypothèse Orwellienne est intéressante parce qu’elle convoque de nombreuses anxiétés humaines. Depuis le temps qu’il y a ces technologies, il y a toujours eu des gens pour se lamenter des aspects sinistres et menaçants de cette perspective Orwellienne. Mais il y a aussi l’autre camp, plus optimiste. Et au final l’utilisation qu’on a des technologies sera toujours une combinaison ténue de ces deux camps. Pour moi, 2001 : L’odyssée de l’espace de Kubrick décrit exactement la façon dont nous programmons culturellement nos technologies et comment celles-ci se retournent contre nous si nous échouons à maintenir l’équilibre de ce processus. C’est une vision un peu agnostique des choses mais elle ouvre le débat culturel sur la manière dont nous devrions considérer nos technologies, afin d’en minimiser les conséquences négatives – quelles qu’elles soient.


Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans IDEEcryptage
commenter cet article
16 juillet 2007 1 16 /07 /juillet /2007 19:27
Sous l’emprise de l’hype ode ?

Question con : qui est le Lester Bangs du XXIe siècle ? Hypothèse réfléchie : Markus Giesler. Un professeur de marketing ? Un chercheur en nouvelles technologies ? Oui sans doute, car à l’heure où le rock est partout et la musique dématérialisée, la seule culture qui divise (un essai vient d’ailleurs de sortie sur la question, il s’intitule La tyrannie technologique), défriche et drive l’époque n’est plus la pop-culture mais la techno-culture et les joujoux high-tech c’est précisément le dada de cet éminent membre de l’Université d’York (Toronto). Interview.

"Les deux pôles de notre civilisation sont H&M et iPod. Pour un ado, la notion de durabilité comme celle de styles musicaux est devenue obsolète. Garder un blouson deux saisons ou s'installer dans une carrière n'est plus un argument de vente. En ce sens, les métiers de la mode et de la musique fonctionnent de manière analogue. La mode est capable en un clin d'oeil de faire monter un phénomène, comme de faire volte-face sans que cela ne choque personne. C'est pour ça qu'elle est aujourd'hui tant à la mode, car, après le modernisme et le postmodernisme, très adaptée à une époque profondément axée sur le présent. On achète une robe, on la lave une fois et on sait déjà qu'elle ne nous plaît plus." Ça ce n’est pas Markus Giesler qui le dit, mais Pascal Monfort, chanteur du groupe français The Shoppings, jeune prof de sociologie de la mode et accessoirement dénicheur de tendances chez Nike et directeur des pages modes/conso de Clark magazine. (Merci d'ailleurs à Jüül, dessinateur, notamment chez Gonzaï magazine, de m'avoir colporté ces propos qu'il avait trouvés dans un article de Libé.)

Mais Markus Giesler aurait pu en dire autant. Tout comme il aurait pu lui-même être musicien. Car bien sûr, il a beau être chercheur (le mec qu’on imagine vieux, cérébral, en blouse blanche), à la base il y a la musique dans la vie de ce jeune canadien. La folle envie d’en faire, d’être dans l’émotion. Mais comme chez tout bon rock-critic, la grâce musicale ne l'avait pas spécialement touché. Alors il a du se contenter "d’écrire sur". De s’héroïser en théorisant sur son (ses) héro(s).


Son héro (éros) ? Après son père, mort quand il avait 8 ans, "ce qui a presque automatiquement fait de lui un héro" et sa mère parce qu'elle l'a élevé toute seule, c'est la petite boîte blanche d’Apple. En s’en procurant une en 2001, date de sa mise sur le marché, il a basculé dans une nouvelle culture et embrassé du même coup une cause politique. Car à cette période "l’iPod était l’emblème de ceux qui téléchargeaient pour défier l’industrie du disque." Alors au lieu de s’intéresser au contenu (la musique), Markus Giesler a plongé dans le contenant (la technologie), flairant en bon disciple d’un autre chercheur canadien (Marshall McLuhan) qu’aujourd’hui comme hier le medium c’était le message, et l’iPod le prisme des années 2000 comme l’était le rock dans les années 60.

Aujourd'hui, de fan, cet universitaire gonzo qui "voyage à travers la matrice techno-culturelle" dans l’espoir que ses recherches "puissent la rebooter" est devenu un acteur clé du monde de la musique et des "nouvelles" technologies. Ses théories décryptant notre rapport aux machines l’ont rendues célèbre. Notamment son iPod Stories qui lui a valu d’être surnommé "L’anthropologue des cyborgs" et "Le philosophe de l’iPod".


Que signifie son concept du cyborg ? En quoi l’iPod prête-t-il à philosopher ?
C’est ce que je lui ai demandé par mail, en octobre 2005 et 2006. Ni critique, ni laudateur des technologies, il m’a donné une étrange impression lors des entretiens. Impression renforcée par son allure de yuppie à la Patrick Bateman (le serial killer trop propre sur lui pour être honnête d’American Psycho) comme en témoigne la photo ci-contre. Je le lui ai dit. Franco : "Pour moi, en incarnant à la fois le fan ultime et l’analyste lucide du manège iPod, vous êtes devenu un personnage clé de l’univers Apple que vous venez parachever. C’est comme si vous étiez le Néo de la matrice que l’iPod a mis en place. Un Jedi qui fricote avec le pouvoir et hésite entre le Bien et le Mal." Il a avoué trouver mes mots "un peu cavalier", voire "fort de café" (ça dépend comment on le traduit), mais n’a pas rejeté l’image. Et plus loin dans la discussion, il s’est même mis à me citer 2001 : L’odyssée de l’espace.

Il y a de quoi être fasciné par l’iPod, c’est un corps, le Corps de la musique, son incarnation pop laiteuse à l’heure de sa mise à nu numérique. Le coquillage et la Vénus réunis. Une surface lisse. Une belle fumisterie génitrice d’émotion, mythologiquement chargée comme le rock en fut une. S’il n’écrit pas sur le Velvet, le sujet de Markus est tout aussi Warholien. Et bien que ses théories démystifient en partie l’iPod et sa ribambelle de potes, elles le parent donc d’une aura comme les écrits de Bangs prolongeaient le truc rock tout en le critiquant. Alors : sous l’emprise de l’hype ode ?


"Les frontières entre nous et nos technologies s'estompent"

"L’iPod nano est si fin qu’on pourrait presque se l’implanter sous la peau"





Pourquoi avoir lancé l’iPod Stories, une étude destinée à récolter des propos racontant quel rapport les gens entretiennent avec leur iPod ?

Mon but c'est de montrer que les frontières entre nous et nos technologies s'estompent. De ce point de vue, je dirige aussi mes recherches sur d’autres appareils, comme les téléphones portables, les Blackberries et les ordinateurs de poche. Mais pour cette étude j'ai choisi l'iPod parce qu'il touche le grand public et suscite le débat. Je l’utilise comme un exemple type pour montrer comment le discours sur la consommation des technologies prend forme et se fond dans l’industrie de marché. Et j'ai pu mettre en évidence deux grands types de comportements face à l’iPod : d’un côté ceux qui n’y voient qu’un outil qui égaye le quotidien et de l'autre, ce qui est plus surprenant, ceux qui le voient comme une part hybride et identitaire d'eux-mêmes.

Comment expliquer ce rapport hyper fusionnel avec l'iPod ?
Nous vivons physiquement et psychiquement dans une matrice faite de liaisons économiques, culturelles, politiques et technologiques qui modèle nos vies. Une matrice où tout est connecté mais où rien ne s’additionne. Avec l'iPod, les choses s'additionnent enfin selon notre bon vouloir. Car Apple ne considère pas son lecteur MP3 comme un simple lecteur de musique, mais comme l'interface de référence de cette matrice techno-culturelle. Du coup, nous passons de "Je pense donc je suis" à "Je suis connecté donc je suis". Et nous entrons de fait dans une réalité où il devient de plus en plus difficile de savoir où commence la consommation des technologies et où s’achève la technologisation – ce que j’appelle cyborgisation – des consommateurs. C’est pourquoi l’attachement à l’iPod est si fort. Il est le funeste présage de notre devenir cyborg.

Le succès de l'iPod repose-t-il aussi sur l'imaginaire publicitaire qu'Apple a su créer ?
Non, la stratégie de communication d’Apple joue peu dans le succès de l’iPod. A première vue, on aurait pu penser que l’iPod allait être un énorme échec. Il a fallu du temps pour que l’appareil s’immisce dans nos habitudes de consommation. Mais ce qu’Apple a bien compris, c’est que ce n’est pas le produit en lui-même qui importe – d’un point de vue strictement technologique, l'iPod n’est pas une bête – ce qui importe c’est le nombre de connexions technologiques et sociales qu'il vend via ce produit. C’est sur cela que s’appuie la stratégie de communication de l’iPod.

Le design a-t-il un rôle clé dans le succès de l'iPod ?
Oui, c’est une donnée importante, mais seulement dans la mesure où celle-ci produit une valeur d’interface. La forme et la couleur de l’iPod produisent de la singularité sociale, donc une valeur ajoutée pour les consommateurs. Par exemple, si vous descendez l’avenue de Michigan à Chicago, les écouteurs blancs vous distinguent car ils indiquent aux passants que vous avez un iPod et que vous êtes donc connecté à la matrice.

Jakob Nielsen, designer chez Apple, a dit qu’à ses débuts l'eMac ressemblait à un bébé joufflu et qu’aujourd’hui le nouveau modèle ressemble plus à un top model anorexique. Que dire alors de l'iPod nano ?
Nous aimons évidemment anthropomorphiser nos outils technologiques. Par exemple, certains utilisateurs disent fréquemment que l’iPod Shuffle ne pioche pas leur MP3 au hasard dans leur répertoire mais prophétise leurs désirs. C'est intéressant. Concernant l'iPod nano, je pense qu’il peut avoir encore plus de succès que l’iPod classique parce qu'il est plus petit et peut emmagasiner beaucoup plus d’informations. Il est si fin qu’on pourrait presque se l’implanter sous la peau. On n’en est pas encore là bien sûr, mais d'une certaine manière il transcende sa nature d'outil par sa grande capacité à stocker du contenu identitaire, qui a trait à l’âme. C’est ce qui rend l’appareil si attractif.

En tant qu'interface matricielle, la PSP peut-elle supplanter l’iPod ?
Non, parce qu’elle propose une autre catégorie d’interface et en tant que consommateur cyborg, mon but ultime est d’étendre mes connexions aussi loin que possible, j’ai donc besoin des deux.


Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans IDEEcryptage
commenter cet article
10 juillet 2007 2 10 /07 /juillet /2007 13:49
Mus(é)e rock ?





Le 27 mai 2007, l’icône sexagénaire d’Horses clôturait le festival de Saint Brieuc. Quelques heures plus tôt, je lui posais trois questions, elle qui vient de sortir Twelve, un album de reprises où elle s’approprie douze classiques rock – de Neil Young à Nirvana en passant par Hendrix et Tear for Fears – elle qui n’écoute presque plus que de l’opéra.


Pourquoi faire un album de reprises quand on est un auteur réputé la qualité de ses textes et son amour de la poésie ?
Parce que je suis aussi une artiste intéressée par la lecture. C’est une vieille tradition, pour un chanteur, de chanter les chansons d’autres. Joan Baez l’a fait, Bob Dylan l’a fait, Maria Callas aussi, elle faisait tout le temps des reprises de Giacomo Puccini, d'Edith Piaf... Mais si je fais des reprises c’est aussi pour pouvoir prendre des vacances sur moi-même. Parce que quand tu chantes tes propres mots, au bout d’un moment ça peut te devenir pesant, tu
en as assez de te ressasser. Dans ce cas, c’est très libérateur de chanter les mots de quelqu’un d’autre, surtout s’ils reflètent quand même ton état d’esprit. Faire des reprises, d’est également pour moi un moyen d’en apprendre plus sur soi-même. Comme j’écris toutes mes chansons avec les mêmes musiciens, elles finissent par toutes sonner un peu de la même manière. Sur cet album, je me suis donc faite violence pour chanter des choses que je n’aurais jamais écrites, juste pour voir ce que ça donnerait. Et j’ai appris des choses sur ma voix ! Je viens de réaliser que je pouvais chanter de différentes façons, donc c’était comme une éducation. Et c’était amusant.

J’ai l’impression que vous reprenez ces classiques rock comme s’il s’agissait de cantiques. Qu’en pensez-vous ?
Je n’avais pas vu les choses sous cet angle, mais je ne rejette pas cette éventualité. Parce que quand je pense à ces chansons, surtout "Smells like teen spirit", je la considère absolument comme étant un cantique, elle est absolument aussi impuissante qu’un petit cantique, absolument, même "Midnight Rider" (Allman Brothers Bans, Nda). Je ne dirai pas que je les ai toutes approchées comme ça, mais de la manière dont je les comprenais et les ressentais, c’est-à-dire avec un mélange de respect et de vénération, surtout "Are you experience ?". Mais chaque soir, quand on joue "teen spirit", j’ai pleinement conscience que c’est comme un cantique. Nous avons une histoire faite de cantiques et de vieilles chansons, et même des chansons plus grandiloquentes et impertinentes comme "Radio Ethiopia" se rapprochent d’un chant biblique. Donc merci, j’apprécie votre vision des choses. C’est une belle vision des choses.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la pochette de votre premier album, Horses ?
Quand je la regarde, je vois un moment entre Robert Mapplethorpe et moi. Cette séance de photo fut très simple, c’était juste nous dans une pièce avec la lumière du jour. Il a pris douze photos. Aujourd’hui, c’est marrant car les photographes en prennent une centaine ! L’autre jour, un photographe n’arrêtait pas de shooter. Je lui ai dit : "Combien de photos as-tu pris ?" Il m’a dit : "Douze". J’ai dit : "Stop, à ce stade, Robert aurait déjà eu ce qu'il voulait." Quand je la vois, ce n’est pas donc pas moi que je vois, mais lui en train de me regarder.


Photo de Patti Smith au micro prise par Jean-Marc Grosdemouge du webzine M-la-Music.net



Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article
6 juillet 2007 5 06 /07 /juillet /2007 13:50
Simple et funky

Avant les raz de marée estivaux des Eurockéennes et de Rock en Seine, revenons sur Art Rock, ce petit festival "pluridisciplinaire" qui prend place dans la ville de Saint Brieuc depuis maintenant 24 ans. Dans sa programmation tendance alliance ethnique qui mêle rock, pop, rap, chanson, des spectacles ont plu. A commencer par les concerts d’Art Brut, Do Make Say Think et Cocorosie. On a même rencontré l’auteur d’Horses. Bilan.


Dimanche 27 mai : CocoRosie "Rainbowarriors"

17h00. Changement de programme. Je voulais tranquillement m’aventurer à découvrir quelques spectacles plus hybrides et multimédias que le festival met en avant mais un coup de téléphone me coupe dans mon élan. C’est l’attaché de presse du festival. Elle est en mode urgence. Ils ont réussi à négocier une conférence de presse avec Patti Smith, qui clôturera l’événement en toute fin de soirée. L’attachée de presse craint que les journalistes ne répondent pas présent à l’appel. Je rapplique. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de poser quelques questions à Patti. Une fois sur les lieux de la conférence, je me rend compte que je n’ai pas été le seul penser cela : de nombreux journalistes ou plutôt, devrais-je dire, photographes et caméraman sont là. Ceux-là préfèrent la voir, enregistrer son image et ses propos plutôt que de prendre eux-mêmes la parole. Les rares à l’avoir pris l’ont gavé en la questionnant sur son militantisme et son statut d’artiste américaine, sous entendu sous l’Amérique de Bush. (Pour ma part je me suis plutôt adressé à l’artiste et à l’icône rock.) Patti a répondu longuement avec beaucoup de professionnalisme. Elle mérite la paire de chaussettes Ange et Démon que les organisateurs lui ont réservé en cadeau de bienvenue. S’en suit un passage surréaliste où Patti retirent ses vieilles bottes qui semble sédimentées à ses mollets, puis ses vieilles chaussettes qu’elle nous montre avec un certain amusement parce que celles-ci sont à l’effigie de Meatball un héro de dessin animé américain qui ressemble à une sorte de Bob l’éponge version boulette de viande.

19h00. Il pleut depuis le début d’après-midi. La foule est massée sous la scène couverte où vont se produire les sœurs Casady, dites CocoRosie. Va-t-on se réchauffer en bonne compagnie ? Vont-elles être les "Rainbowarriors" d’aujourd’hui ? A priori, j’en doute. Autant j’aime leurs albums, autant leurs concerts m’ont toujours laissé sur ma fin, ne parvenant pas à retranscrire leur joyeux bordel mélodique bien ordonné sur disque. D’ailleurs à l’époque de leur premier album, La maison de mon rêve, je me demandais même qu’elle pouvait être l’intérêt de porter cette musique si douce, intimiste et rêveuse sur scène. Mais elles en ont fait du chemin, Sierra et Bianca depuis ce premier album quasi autistique où elles se présentaient comme des jumelles, des enfants bulle. En trois albums et nombreux concerts, Sierra et Bianca ont appris à mieux scinder leurs rôles et leur image pour instaurer une mise en scène dans leurs spectacles. A Sierra, la brune au cheveux longs qui chante des interludes baroques d’une tristesse glaçante, la féminité et l’angélisme baba. A Bianca, la blonde au cheveux courts qui rape avec son timbre indo-country, la masculinité et la froideur martiale. Tandis que l’une sourit et danse lascivement (genre Heïdi sexe), l’autre, stoïque, fait la gueule et fait vraiment peur. (Avec sa casquettée militaire et ses sourcils peroxydés, d’où l’on est on a d’ailleurs l’impression de voir le héro paranoïaque de The Wall.) Une brune. Une blonde. Pour un peu on se croirait dans un film de Lynch. Bon, ce ne sont pas des bêtes de scène pour autant. Mais parallèlement leur musique a gagné en monstruosité. (En témoigne leur troisième album, The Adventure Of Ghosthorse & Stillborn qui opère la synthèse de Björk et du Digital Ash in a Digital Urn de Bright Eyes.) Et ce soir, passée une petite phase de réglage, leur somme de sons antagonistes, ces rythmes d’un côté et ces harmonies de l’autre, ce piano, cette basse, cette harpe, ces programmations et ces bruits de bouche et de jouets pour enfants, tout cela prend corps et donne une messe féerique et violente à la fois. Cette fois il se passe vraiment quelque chose, une émotion, une fête, une tension. (La pluie y est-elle pour quelque chose ?) Et c’est étonnent de voir combien le public est réceptif à autant d’étrangeté. Etonnant de voir que ces deux freaks jouissent d’une telle côte de popularité. C’est vraiment la fête quand elles entonnent "Japan". Un des moments forts du festival.

20h30. L’heure de déguerpir avance à grands pas. Je ne verrai pas Patti Smith. Juste le temps de jeter un œil à Olivia Ruiz. De me rendre compte qu’elle assure tout de même un max sur scène. Et qu’elle est jolie. Elle porte une courte robe argentée qui lui donne des airs de femme fusée. Très pop, très eighties, très Blondie. Elle est aussi assez Rita Mitsouko (celui des débuts) dans cette façon qu’elle a de faire le show façon théâtre et d’être portée par un vrai groupe qui envoie bouler le côté chanson de son disque pour balancer un son super rock. Olivia, la femme choc : "Ola !"
Et "Hasta la vista !"



"Je ne suis pas une midinette !"


De retour à Paris, on a ce mail d’une amie, elle a été voir Razorlight à Angers : "20h. Je suis arrivé au Chabada, petite salle de concert. Syndrome de la petite salle, je me dis : "Ouais, super ce sera intimiste, ils le feront un peu acoustique." Ma pauvre : arrête donc avec tes clichés. File d'attente : une foule ado. Certains accompagnés de papa et maman. Là, je prends un coup de vieux. Et je me rassure tant que je peux par rapport à la constitution du public. Première partie : Second Sex. Et débutent les : "Ils sont trop beaux, je les croquerais, ah il m'a regardé !" Dommage que je ne sois pas en maîtrise de socio : j'aurais eu une belle expérience pour étoffer mon mémoire. Arrive Razorlight et les midinettes de devant s'en donnent à coeur joie. Les portables et autres appareils photos sortent des poches. Acte 1 : "In the morning" reprise en coeur par ce public angevin. Je l'aurais écouté sur CD ça aurait été pareil. Mêmes notes, même ton... Bon, ce n'est que le début du concert, ils ne sont pas encore dans l'ambiance. Du moins, c'est ce que j'essaie de me dire. Mais à mesure que se suivent les autres chansons, se détruit mon alchimie avec ce groupe dont j'avoue avoir écouté l'album en boucle et reboucle. Raisons possibles : 1) je ne suis pas dedans : épuisée, je n'ai pas la force de me jeter corps et âme dans la masse angevine pour célébrer Johnny et ses potes ; 2) les cris des midinettes : ça discute pendant les chansons et ça applaudit à tout va à la fin de ces mêmes chansons l'air de dire : "C'était génial !" Les midinettes ou l'art de paraître en société ; 3) grosse déception : pas de changement par rapport à l'enregistrement du studio, Johnny faisant semblant d'être habité par ses paroles, rien à voir à côté de Dan des Servant ! Acte 2 : au rappel il revient accompagné seulement d'une guitare, sort pleinement sa voix. Dédé Manoukian aurait dit de lui qu'il ressemble à un cow-boy et qu'on se croirait à Brokeback Mountain. Là, je suis censée adorer car c'est que j'attends depuis le début du concert. Pas de bol : les midinettes discutent de plus belle. Du coup je suis démoralisée et rassurée en même temps. Je peux crier au monde entier : "Je ne suis pas une midinette !" Le concert s’achève. Je n'aurais mis que quelques secondes ma jupe et mon chapeau western. Pas de quoi m’évader de ma réalité quotidienne. Dommage, j'étais pourtant persuadée qu'ils y arriveraient."


Photos par Jean-Marc Grosdemouge du webzine M-la-Music.

Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article
30 juin 2007 6 30 /06 /juin /2007 16:23
Simple et funky

Avant les raz de marée estivaux des Eurockéennes et de Rock en Seine, revenons sur Art Rock, ce petit festival "pluridisciplinaire" qui prend place dans la ville de Saint Brieuc depuis maintenant 24 ans. Dans sa programmation tendance alliance ethnique qui mêle rock, pop, rap, chanson, des spectacles ont plu. A commencer par les concerts d’Art Brut, Do Make Say Think et Cocorosie. On a même rencontré l’auteur d’Horses. Bilan.



Samedi 26 mai : Do Make Say Think, "cathédrales sonores"

12h30. Le taxi qui nous emmène en ville nous apprend pourquoi IAM a fait faux bond : le jeudi soir ils étaient chez Cauet et le vendredi soir sur Canal en direct de Cannes. Tout bien pesé, ils ont dû juger qu’Art Rock faisait tâche dans leur beau plan promo. On a connu la bande à Akhenaton au-dessus de ses préoccupations. 14h30. Errances, le super disquaire-librairie de seconde main du coin ouvre ses portes à l’affamé de culture rock qui bave depuis 10 minutes sur sa vitrine ornée de vinyles de Patti Smith et autres raretés bien louches et alléchantes. Christian, le tenancier, vient taper la discute alors que je fais défiler des boîtiers d’un rapide coup d’index. Il demande si l’on est sur le festival, regrette l’absence d’IAM. Hier soir, il se serait bien bougé pour les voir. Mais pas pour Joey Starr. On sympathise et il nous en raconte de belles à propos de son échoppe et d’Art Rock. Comme quoi il y a deux ans Kim Gordon et Thurston Moore, qui étaient parrains du festival, ont passé le gros de leur séjour à Saint Brieuc à chiner chez lui, s’en tirant pour 3000 euros de vinyles et déclenchant une telle cohue dans sa boutique qu’il a dû s’enfermer avec le couple star pour le laisser choisir ses achats en paix. Perso, je m’en sors pour 21 euros avec Marquee Moon, Rock Bottom, un Bright Eyes et les félicitations de Christian qui me guide alors chez le nouveau disquaire qui vient d’ouvrir en ville. Là, je m’en sors avec un Sufjan Stevens et une info sur Yelle, que je tiens du caissier : la starlette fluokids est briochine et son père, François Budet, est un célèbre auteur-compositeur-interprète de musique bretonne. L’ami d’ami qui m’héberge ce soir va même plus loin dans l’anecdote : le père de Yelle est nationalement connu pour avoir écrit un classique, "Loguivy-de-la-Mer", qui a suscité des reprises et que certains utilisent pour leurs cérémonies de mariage. Sa fille ira-t-elle si loin ?

16h40. Voilà le rap bobo que ne promettait pas Joey. Il débarque à l’heure du goûter en la personne de Yelle, alias Julie Budet, 23 ans. L’enfant du pays se trémousse incestueusement au micro avec sa jolie petite coupe au carré très Lio et son legging fluo très Véronique et Davina. Joli minois, petits seins : Yelle, c’est l’Alizée de l’électro hip-hop. Elle piaille : "Je veux te voir dans un film pornographique / En action avec ta bite…" et tout le monde tripe dans la salle, même le curé du village. Les journaux louent le côté caustique et girl power de l’affaire. Parce que oui voyez-vous, la petite ose employer le même langage que les méchants rappeurs et leur renvoyer leur machisme dans les dents. Mais bien sûr ! La vérité c’est que c’est son mec, Grand Marnier (le batteur derrière elle, aux côtés de Tepr, le type aux platine) qui a pondu "Je Veux Te Voir". Yelle, c’est surtout lui sautant sur le phénomène pipi caca branleur de TTC pour en lancer le pendant girly et faire du fric facile avec une couillonnade marketée toute crue. Et dire que la miss reprend "A cause des garçons" d’A cause des garçons, un vieux tube de 1987 composé par Alain Chamfort. "À cause des garçons ! On met des bas nylon / On se crêpe le chignon…"

18h30. On ne connaît pas Do Make Say Think. Mais on se rend à leur concert les yeux fermés parce qu’ils sont chez Constellation, célèbre et obscur label d’où ont émergé les formations cultes et elles-mêmes obscures que sont Godspeed et Silver Mt. Zion. On sait qu’on va avoir droit à une sorte de rock instrumental planant, mais lequel ? Le silence se fait dans le petit théâtre où nous sommes assis et ils se mettent à le sculpter. C’est dure à dire ce qu’on a entendu, c’est passé tellement vite tellement ça nous a pris, ça nous a tellement pris qu’on était ailleurs comme assoupis. (Je dis nous, parce que pour le coup les quelques 200 spectateurs de la salle ont subit le même sort, retenant leur souffle, transis, scotchés pendant la petite heure que ça a duré, chacun se levant de son siège à la fin pour leur faire une ovation.) Des cathédrales sonores d’une dramaturgie tantôt contemplative et tantôt foudroyantes ? On ne sait pas trop. C’est le genre de musique qui se suffit à elle-même et sur laquelle on n’a pas trop envie de poser des mots. On se fiche même qui peuvent bien être les types derrière elle et de quels instruments ils jouent. En sortant on achète leur disque.

"Vive la France arc-en-ciel!"

20h00. On a échappé aux frères AaRon. Ils sont partout depuis que leur morceau "U-Turn (Lili)" a fait la B.O. du film Je vais bien, ne t’en fais pas. Ils chantent une pop-rock triste avec le sourire des mecs qui maîtrisent. Ils vont bien, ne vous en faites pas. On échappe moins à Abd Al Malik pousser par la curiosité de voir ce que le Grand Corps Malade noir a dans le ventre. Lui aussi est partout, depuis qu’il incarne la réussite des banlieues et l’islam peace and love. Tout à l’heure mon pote l’a croisé sur le site et son visage s’est rempli de bonheur. C’est comme s’il avait parlé au Dalaï-Lama. Il m’a dit : "A chaque fois que je le croise, Abd Al Malik m’étonne par sa franchise et son naturel. Tellement que contrairement aux autres artistes d’un coup je ne sais plus quoi dire." Dès les premières minutes le show du slammeur me saoule par sa bien-pensance prêchant "la France arc-en-ciel", même si je dois reconnaître que musicalement il est épaulé d’une bonne base jazz et ce n’est pas une mince affaire que d’accrocher le grand public avec ça.

23h45. Voici un des sommets de l’affiche 2007 d’Art Rock : les Rita Mitsouko. Ils ont élevé le rock français au rang d’art dans les années 80 avec la "variétoche hardcore" de leur "dalidadaïste" Marcia Baïla (dixit le Libé de l’époque). Malheureusement, aujourd’hui ne reste que leur savoir-faire et leur professionnalisme. Peu taillé pour la scène, leur nouveau répertoire très pop-rock et chanson tombe à plat (comme leur reprise lénifiante de "Under My Thumb"), mais parce que c’est les Rita (capital sympathie maximal) la foule reste tout ouïe et mime le franc plaisir de retrouver ce duo mythique. Il faut attendre la fin du concert et la reprise des anciens tubes ("Y’a de la haine", "Les Histoires d’A") pour qu’un grain de folie secoue un peu cette mécanique pépère et qu’on ressente un élan de vie.
En marchant dans la vieille ville une demie heure plus tard, je croise Catherine Ringer qui marche seule en imperméable. Ambaince blues. "Bonsoir." "Bonsoir."


Photo d'Abd Al Malik par Jean-Marc Grosdemouge du webzine M-la-Music.

Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article
29 juin 2007 5 29 /06 /juin /2007 11:32
Simple et funky

Avant les raz de marée estivaux des Eurockéennes et de Rock en Seine, revenons sur Art Rock, ce petit festival "pluridisciplinaire" qui prend place dans la ville de Saint Brieuc depuis maintenant 24 ans. Dans sa programmation tendance alliance ethnique qui mêle rock, pop, rap, chanson, des spectacles ont plu. A commencer par les concerts d’Art Brut, Do Make Say Think et Cocorosie. On a même rencontré l’auteur d’Horses. Bilan.


Les Eurocks, quelque part, ça me fait presque flipper d’y aller. Trop énorme, je vais me faire écraser. Et ce n’est pas la récente défection d’Antony Hegarty pour pépin de santé qui va changer la donne (ni même le fait que mon dos en vrac commence à se remettre de son excès sportif d’il y a une semaine). Voyez le gros de la prog : Manson, le Wu-Tang, Justice, The Young Gods, Amy Winehouse, Simian Mobile Disco, Peter Von Poehl, The Hives, les Queens, Phoenix, Editors, Digitalism, Maxïmo Park, Cold War Kids, I’m From Barcelona, Arcade Fire, Air, TV On The Radio, Laurent Garnier, Klaxons, Loney, dear. Une armée de demi-dieux ! Qui donnent aux Eurocks cette ambiance olympiades du rock. A Saint Brieuc, rien de tout ça. Excepté qu’on repêche ici ou là les mêmes pseudo pointures françaises : les Rita, la Ruiz, le Joey, l’Abd Al Malik. L’affiche du festival briochin faisait moins rêver (moins peur aussi), mais on y a pris paradoxalement plus de bon temps. Pas la peine d’offrir une prog herculéenne pour passer un bon festival (mais utile pour faire parler de soi dans les médias et attirer les festivaliers de tout poil). A Saint Brieuc, une affiche et un ciel mi figue mi raisin ont suffi. Car ce qui compte, c’est d’avantage l’ambiance, cette sensation d’être là comme en vacances, sans rien attendre de spécial et puis paf de se faire happer de temps à autre par une bonne surprise qui passe, et non courir partout comme si on avait un train à prendre toutes les demie heure. Ici, les concerts ne s’enchaînent pas comme à l’usine. On respire. Et fait le point live sur ces artistes dont on n’a pas écouté les derniers disques.

Vendredi 25 mai : Art Brut, "Top of the pops"

20h15. On vient d’arriver et de louper le concert des Naast. Dommage, on aurait aimé se faire enfin un avis sur leur musique.Là c'est contre le trio écossais The Fratellis (notamment leur chanteur Barry Fratelli) que se frottent les collégiennes pour montrer que leurs hormones les travaillent. Les miennes au repos, je trouve juste sympa ce rock enjoué. C’est moins indé et guindé que Franz Ferdinand, un brin pub rock tendance Oasis, ça rentre dans une oreille et ressort par l’autre en ayant le temps de faire dodeliner la tête et le bassin : c’est toujours ça en attendant mieux. Tiens, Eddie Argos, le chanteur-parolier d’Art Brut, suit le spectacle au bras de sa nana. Mignonne.

21h45. Je me surprends à voir qu’Art Brut est toujours dans le circuit. Que leur Bang Bang Rock and Roll de 2005 n’était pas que la bonne blague qu’elle pouvait paraître. Que ce premier album n’incarnait pas que la mauvaise conscience (opportuniste et donc passagère) de ce retour du rock des années 2000 trop fashion pour être honnête. It’s a bit complicated : Eddie et les siens sortent une suite en juin. En même temps, pour les avoir vu à Bourges en 2006, j’avais bien vu que leur formule alliant pop punk et textes caustiques tenait la route. La formule n’a pas changé. Je ne devrais donc pas mordre à l’hameçon. Mais je me rends compte que bien au contraire je rentre quand même dans le show. Que je n’ai pas oublié leurs vieux morceaux (que je n’ai écoutés qu’une fois) et que les nouveaux, s’ils n’apportent rien de neuf, ne ralentissent en rien la machine. J’accroche à cette power pop bien binaire et tranchante où Eddie verbalise et brutalise en scandant, tel Mike Skinner, ses mots avec un accent cockney à couper au couteau. Il a beau s’être rasé la moustache, il a toujours cette dégaine improbable de Didier Super british, ce côté entertainer stand up à la Andy Kaufman et (ce n’est donc pas un hasard s’ils reprennent "Panic" des Smiths) ce côté Morrissey empêché dans sa nature par un physique de Quasimodo à qui ne reste que le second degré pour briller. Entre chaque morceau, il reprend son souffle et tel un Don Quichotte qui tanne sa mule pour repartir de plus belle vers de nouvelles aventures, se tourne vers ses musiciens qu’il rudoie d’un : "Go, Art Brut !". Tout cela me rend Eddie terriblement attachant. Les midinettes ne sont pas de notre avis, mais le plus grand nombre oui. Je pars la tête en fête avec leur refrain "Top of the pops".

Au coin presse où l’on boit une bière à l’abri des coup de coudes de la foule, une bénévole qui travaille au coin loges des artistes m’apprend (et devient ainsi notre taupe) que les Fratellis que je trouvais tout à l’heure si sympathiques sont en fait de sombres abrutis. Sans doute abêtis par leur succès ou plutôt leur soif de succès (dans ma naïveté j’essaie de leur trouver des excuses), ces débutants ont joué le cliché rock stars débile à fond en exigeant la maxi dose de catering (les boissons et autre cochonneries à grignoter mises à disposition dans la loge des artistes et qui donnent l’impression, par leur abondance, qu’il s’agit plutôt là d’une offrande que d’une nourriture sur le pouce à destination de trois glandus). Les Fratellis ont même poussé le bouchon à ordonner qu’on leur apporte un sceau à glaçons et les meilleurs sushis du coin. Comme il n’y a pas de restaurants japonais à Saint Brieuc, un bénévole a dû rouler jusqu’à Rennes pour en trouver. Le groupe n’y aurait même pas touché. Quand on pense que de leur côté les Naast n’ont pas le droit de boire avant le concert, et seulement après dans la mesure de ce que leur producteur permet, c’est vraiment pas juste.

Côté FM de la force

23h10. Les midinettes reprennent du poil de la bête. Les Razorlight de Johnny Borrell arrivent. Et lui, comme Marc Lavoine, les midinettes il ne méprise pas, c’est son fond de commerce. Il a d’ailleurs réorienté sa musique selon ce concept : séduire les midinettes (celles de 15, 30 et plus de 50 ans) en jouant les bons garçons. En témoigne les singles "In the Morning" et "America" que tu peux entendre dans ton Monoprix autant que sur MTV. Exit sur ce deuxième album (éponyme) le vice et la rugosité qu’il cultivait au temps où il voulait se tirer la bourre avec les Strokes et les Libertines (dont il est le feu bassiste). Exit le culte de l’héritage branché new-yorkais (Velvet en tête), il a enfin capté que la bande à Julian Casablancas avait une longueur d’avance, et que de toute façon bah il était anglais. Du coup le voilà tout de blanc vêtu tel un Noureev. Il mise tout sur le chant et l’interaction avec la foule. Pour elle il tend sa belle gueule d’angelot, pour elle il cabotine comme le Jagger des débuts, pour elle il chante en la regardant droit dans les yeux. Il fait d’elle son miroir (elle le lui rend bien) et déroule dans donc le vide ses nouveaux hymnes qui tirent leur flamboyance du côté FM de la force (Bryan Adams). Un coup d'épique dans l'eau. De retour au coin presse ma taupe m’informe avoir vu Kirsten D. dans la loge de Johnny B. La news m’excite plus que le show que je viens de voir. C'est dire. Conseil à mister Fratelli : au lieu d’exploser le catering, il ferait bien de se trouver une nénette aussi classe que l’héroïne de Spiderman. C’est plus approprié pour s'upgrader star.

00h50. En remplacement d’IAM, Joey Starr déçoit. Il promet ne pas faire "du rap de bobo !", qu’avec lui "ça va être rock !" mais toute la pèche de son show dégouline bien vite parce qu’il n’arrête pas de s’interrompre pour tenter de maintenir au chaud un public peu réceptif. Du rap démago ? Dodo.


Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article