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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 02:29
GQ, newsmag BCBG



anne-boulay.jpg



"pas un Elle pour les hommes"

"pas de discours sur la masculinité"






Bonjour Anne Boulay. Quelles modifications a subit le GQ original pour coller à la réalité française ?
Avant nous il y a déjà 13 éditions de GQ à travers le monde et pas une ne se ressemble, donc il y a zéro concept. La seule idée directrice c'est que GQ se doit d’être un magazine masculin qui ne soit pas trop dans la caricature du masculin. C’est ça l’esprit de la marque GQ, son patrimoine commun. C'est donc là-dessus qu'on a travaillé, sur l'esprit plutôt que sur une formule de magazine. Et c'est à la fois beaucoup plus compliqué parce qu'on n'applique pas de recette, et beaucoup plus intéressant parce qu'on fait un peu ce qu'on veut.

Comment se concrétise cet esprit dans le GQ français ?
Ça donne un magazine qui a un petit ton. Il y a toujours un peu de distance dans la manière dont on traite les sujets, ça peut être de l'humour, de l'esthétique ou du sérieux quand un sujet est dérisoire mais voilà, il y a un petit pas de côté qui fait qu'on aborde les choses différemment. Je n'ai pas été choisi à ce poste parce que je suis une femme, mais le fait d'être une femme et de venir de la presse féminine me donne du recul par rapport aux clichés sur les hommes donc en ce qui me concerne ce n'est pas compliqué de m'en éloigner.   

L’homme GQ est culturellement différent d'un pays à l'autre. Comment avez-vous défini la personnalité de l'homme GQ français ?
En ne la définissant pas. A aucun moment on ne s'est demandé ce qu'était l'homme d'aujourd'hui, s'il était métro, über, Robert ou je ne sais quoi d'autre. On n'est parti d'aucune étude et d'aucun présupposé sur ce qui était censé intéresser les mecs, même si des choses traditionnellement attribuées aux hommes sont quand même dans ce magazine, comme les voitures, etc. Très peu d'hommes lisent des masculins en France aujourd'hui, alors on s’est juste demandé ce qu'on pourrait faire pour faire un masculin que les hommes aient envie de lire. Parce qu’on veut surtout faire un magazine qu'on a plaisir à lire.

Il y aura des bagnoles. Y aura-t-il aussi des choses sexy ?
Déjà il y aura des articles sur le sexe, qui seront soit un peu faux soit un peu marrants, et puis oui il y a un portfolio de "charme" mais avec un alibi culturel puissant parce qu’il sera l’œuvre de photographes dont la valeur artistique ne fait aucun doute. Pour le premier numéro, les photos sont de Jeanloup Sieff. On va plutôt aller dans l'esthétisme que dans le sex-shop.

Y aura-t-il des sujets politiques ?

Oui. Par exemple dans le premier numéro il y a un gros dossier sur les relations entre les femmes journalistes et les hommes politiques. Comme on est un mensuel et qu'on boucle super tôt, on ne peut pas traiter l'actu, mais comme on est très transversaux, on met un peu de politique partout. Pour ce numéro, on a aussi une très grosse interview de Bayrou par Beigbeder, et Bayrou dit des choses assez marrantes parce qu’il est en face de quelqu'un d'assez iconoclaste.

Ce n'est pas un peu facile de faire encore appel à Beigbeder ?
C'est super facile parce qu'il est très connu mais en même temps il fait un gros boulot, il prépare à mort ses interviews. Et comme il n'a pas le même rapport avec les hommes politiques parce qu'il n'est pas journaliste politique, il lui à balancer des trucs que les journalistes politiques ne se permettent pas de balancer parce qu'ils n'en ont rien à foutre et il a réussi à lui faire dire des choses qu'il n'a jamais dîtes à personne. Pour cette interview la commande de départ c'est de demander "Qu'est-ce qu'être un homme en France aujourd'hui ?" Donc voilà ce n'est pas une interview politique classique. Et il faut un peu de notoriété et de bouteille pour y arriver, parce qu'un mec comme Bayrou ne se serait pas lâché de la même façon s'il avait été face à quelqu'un dont il ignorait l'existence. Face à Beigbeder, il est sur le même pied d'égalité niveau notoriété et ça rend les choses intéressantes et possibles.

Quelles sont les autres plumes stars de GQ ?
A part Beig’ il n'y en a pas vraiment. Il y a plein de petites chroniques et on les fait tourner à mort parce qu’on n'a pas envie d'avoir des sénateurs de la chronique. Et on essaie de faire du contre-emploi. Là, par exemple, Denis Robert nous a fait un gros papier sur Mesrine, un texte inattendu et assez impressionniste éloigné de ce qu'il fait d'habitude. Donc voilà, on essaie de créer des surprises dans les images et dans les textes, en n'étant pas forcément là où on nous attend, ce qui est assez facile parce que personne ne nous attend nulle part.

Le concept de magazine masculin a toujours été casse-gueule...
C'est super casse-gueule. Enfin c'était encore récemment très très casse-gueule parce que ces dernières années il y en a beaucoup plus de magazines masculins qui ont mis la clef sous la porte que d’autres qui se sont durablement installés. Et les tentatives de masculins généralistes des autres éditeurs se sont soit cassées la gueule soit elles n'ont jamais vu le jour.

D’après vous pourquoi est-ce si dur d'imposer le concept du magazine masculin alors que celui du magazine féminin relève presque de l'évidence ?
Je ne pense pas que ce soit compliqué de lancer un masculin, je pense juste que personne ne s'était vraiment donné les moyens de le faire jusqu'à présent. Et par ailleurs je pense que le monde bouge un petit peu et, sans l'avoir vérifié de façon scientifique, on sentait que c'était peut-être le moment de le faire. Ce n'était peut-être pas le moment il y a 10 ans, mais maintenant c'est possible. Et je pense que c'est paradoxalement beaucoup plus casse-gueule de faire un féminin aujourd'hui parce que le marché est totalement saturé. Près de 90 % des femmes lisent des magazines or à peine 20 % des hommes en lisent, il y a donc beaucoup plus de possibilités de faire quelque chose pour les hommes.

Contrairement aux femmes, les hommes n’ont pas un rapport plus fusionnel aux magazines qui leur sont destinés. Ils n’ont pas ce sentiment d’appartenance comme s’il faisait partie d’un club. C’est ça l’obstacle ?
Non, ils ne l'auront peut-être pas et ce n'est pas très grave, on s'en fout parce qu’on ne fait pas un Elle pour les hommes, ce qui je pense a été le travers de beaucoup de tentatives précédentes. Ça, c'était la mauvaise idée de départ parce que pour plein de raisons, Dieu merci, les hommes et les femmes sont différents.

Et puis les mecs piquent souvent le Elle de leur nana.
Absolument. D’ailleurs on pense que plein de femmes vont lire GQ parce que ce n'est justement pas une caricature de masculin et que 80 % des centres d'intérêts entre les hommes et les femmes sont les mêmes ! D'ailleurs dans les kiosques GQ ne sera pas rangé au rayon masculin mais au rayon news car notre famille c'est plus la presse culturelle et les newsmag que la presse strictement masculine.

Ça veut dire que GQ ne sera pas un coach-magazine pour mecs ?
Oui, GQ c’est pour les mecs qui ne sont ni honteux ni fiers d'être des hommes. On ne va ni leur faire la morale ni les plaindre en leur disant que les femmes sont trop dures avec eux. Ce n'est pas un club pour mecs, un truc qui pue la vieille chaussette et la collection de dinky toys. C'est un magazine ouvert qui essaie d'être à l'image de ce que nous sommes, c'est-à-dire des garçons et des filles qui ont été à l'école ensemble et qui maintenant vivent ensemble, donc voilà, on va arrêter nos conneries. On ne va pas tenir de discours sur la masculinité, on s'en fout complètement, je pense que ça n'intéresse personne et qu'aucun magazine ne transformera jamais les hommes. On n'est pas un magazine qui veut changer les hommes. Personnellement je les trouve très bien comme ils sont. On veut juste passer un bon moment avec eux et de leur faire passer un bon moment avec nous.

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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 02:52
GQ, newsmag BCBG

couve-gq.jpg


Le 20 février, après deux ans de travail et trois numéros tests sortait en France la 14e édition de GQ, célèbre magazine masculin né aux Etats-Unis il y a plus de 50 ans. A quoi ressemble sa version française ? Comment compte-t-elle réussir là où beaucoup de confrères ont déjà échoué ? C’est ce que je suis allé demander à la rédactrice en chef de ce mag qui dit parler aux hommes sur un autre ton.



Ce mois-ci L’Optimum a raison de sortir une nouvelle formule. Même bâclée. Il faut bien qu’ils défendent leur bout de gras, car sur le secteur du mag masculin bècebège, le GQ français est venu tout écraser. Il en a les moyens (selon les sources les chiffres oscillent entre 1 à 10 millions d'euros en investissement publicitaire). Porté par Condé Nast, un groupe de presse international aux reins plus que solides qui chapote entre autres Vogue, Glamour, Vanity Faire, Wired, The New Yorker, GQ n’est pas là pour rire même s’il ne manque pas d’esprit et d’une certaine audace rédactionnelle (somme tout classique dans pour ce genre de presse qu'on qualifiera de branchée). Ce GQ est le rejeton d'un magazine américain né en 1957 et qui, après avoir été un trimestriel de mode pour dandys d'après guerre et avoir un temps flirté avec une imagerie crypto-gay, est devenu dans les années 80 une véritable institution en s'ouvrant à la politique, à la culture et aux sujets de sociétés. Beaucoup de travail et d’argent ont donc été investis pour que le lancement du GQ français soit le début d'un long règne (70 000 exemplaires vendus sont escomptés à pour 2008 et 100 000 pour 2011).

Le moins qu'on puisse dire c'est que d’emblée le GQ en impose. Avec 120 pages de pub sur 320 au total, le marché publicitaire a clairement été réactif. Mais pas que. Tout ce que la capitale compte de pigistes branchés a aussi répondu présent à l'appel. Un aréopage de plumes familières venues de Technikart, Télérama et du dernier plan de licenciement de Libération dynamite donc in extremis le côté aspirateur à pub de l'entreprise. Comment L’Optimum pourrait-il donc lutter, lui qui n’a que 50 pages de pub sur 180 au total, lui qui n'a aucune signature digne de ce nom et affiche Raphaël Haroche en couve ? En face c'est Vincent Cassel qui affiche sa trogne moustachue à l’occasion de son rôle dans le biopic sur Jacques Mesrine. Il n'y a pas photo, même s'il n'est "pas particulièrement beau" avoue la rédactrice en chef, Anne Boulay (ex rédactrice en chef de Air France Madame). "Ce n’est pas grave, appuie-t-elle, parce que notre trip ce n'est pas de montrer des mannequins mais des hommes qui nous intéressent et qui chacun à leur manière nous disent quelque chose de GQ."

Les hommes, je ne sais pas, mais les femmes, ça a l'air de leur plaire. Dans les trois jours qui ont suivi la mise en vente du canard j'en ai vu une dans le métro que ça avait l'air de bien absorber et plus tard deux attachées de presse me voyant avec la chose sous le bras m'ont lancé un très concerné : "Alors, tu l'as lu ?" Oui et je ne trouve pas ça transcendant. Le défaut de ce genre de mag c'est que ça part dans tous les sens. Et moi la mode, le foot, les montres, les voitures, le design, le tourisme et la cuisine ça me passe au-dessus. La culture oui bien sûr mais le traitement qu'ils en font (un simple récap-buzz) est très sommaire. Non, ce qui m'a plu par contre c'est l'interview de Bayrou par Beigbeder (et oui, faut le dire, c'est bien fait) et l'article sur les femmes journalistes et les hommes politiques. En somme ? Beaucoup de bruit pour pas grand chose en fait. C'est-à-dire qu'à 1 euro (le prix de lancement), je prends mais à 3 euros 40 (le prix à venir), non. Mais laissons faire le temps. Parole à Anne Boulay.


(Suite et fin.)

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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 09:00
Le mal
par le mal


















12 février 2008. 18h30. Dans une heure, ouverture des portes au Divan du Monde, Mendelson en concert. C'est leur première date à Paris depuis la sortie de Personne ne le fera pour nous, un album qui suscite une vague de soutien public et critique comme on en voit rarement. Alors voilà, j'ai le choix, je suis invité mais je suis crevé six pied sous terre : j'y vais où j’y vais pas ?


Ce n'est pas tous les jours que Mendelson se produit sur scène, et leur album je ne l'écoute pas tous les jours mais il m'a tellement scotché que je suis curieux de voir ça live. Excité même, car en interview Pascal Bouaziz m'a appris qu'il aimait jouer fort sur scène, qu'il était presque plus un homme de son que de sens. C'est dire vu la qualité de ses textes. Allez j'y vais. On verra. J'ai besoin d'aller au bout du truc. Le mal par le mal. Peut-être que ça me plombera, peut-être pas... Devant la salle les fans s'impatientent. Contrairement à moi ils sont fiers d'avoir payé leur place. La bonne humeur se lit sur les visages. Chacun se sent utile comme s'il allait accomplir un acte de désobéissance civile.

Dans la salle comme je m'y attendais c'est profil Inrocks, trentenaires, beaucoup de mecs, un peu dandy, un peu prof. Mais pas mal de nanas aussi. D'ailleurs je croise une prof de français du collège où je bosse à temps partiel. "Hey, on écoute la même musique, délire !" Mais ce qu'elle me vantera après c'est plus les textes que la musique. Des chaises sont diposés devant la scène. Je vois une fille. De la place libre. Je m'asseois à côté d'elle. Audace. Débarque un couple d'amis que je n'attendais pas ! Lui, journaliste : "Je savais que j'allais retrouver de l'intello dans la place."

La première partie arrive et me laisse perplexe. J'ai l'impression qu'elle laisse tout le monde perplexe. Elle s'appelle Serafina Steer, c’est une anglaise, twentysomething, plutôt blonde, plutôt cheveux courts. "Encore un clône de CocoRosie s'emporte mon voisin de droite !" Je tempère. D'une j'aime bien CocoRosie, de deux si Serafina a un côté "fée folktronica" parce qu’elle gratouille une mini harpe et bidouille un mini clavier, elle me fait plus penser à une Kate Nash médiévale. Rapport à son accent (cockney), son look (quelconque) et les histoires qu’elle chantent (celles d’une girl next door qui porte un regard amusé et mordant sur la vie). La salle accroche bof. La faute à pas de tube, pas de mélodies terribles ni de réel charisme. La faute surtout à ce qu’on n’a pas trop envie d’amuse gueule quand on sait ce qui nous attend après.

Mais la petite on se dit qu’elle a quand même du courage d’être là. On ne la connaît ni d’Eve ni d’Adam et elle nous fait face, seule, avec juste ses petits doigts qui frottent sa harpe le temps de quelques morceaux. D'ailleurs au fur et à mesure qu'on écoute ce filet de notes magiques et surannées et qu’on capte l’ironie nichée derrière sa candeur, on se rend bien compte qu’on est déjà plus si insensible que ça à son charme. Que limite il se passe un truc entre nous et Serafina. Moi je ne sais pas pourquoi mais à un moment je me suis dit clairement : "La musique de cette fille me fait penser aux Smiths". Ça me semblait totalement incongru de penser ça là, maintenant, mais c’est comme si ses entrelacs d'harpe me rappelaient les accords de Johnny Marr. J’ai halluciné quand le morceau d'après elle s'est mise à reprendre "Suedehead" de Morrissey. Ah, ce morceau, si bien repris en plus (magique et suranné) et lui allant si bien (les textes du Moz sont si "féminins"), j’avoue, j’ai craqué.

Et puis très vite Pascal Bouaziz arrive, avec son acolyte Pierre-Yves Louis à la deuxième guitare, tout discret au fond à gauche, sous son sweat-shirt à capuche. Et le silence se fait. Un concert de Mendelson est toujours un événement en soi mais plus particulièrement celui-ci. Mendelson vient en effet de remporter une grande victoire sur les pessimistes et l’industrie du disque en vendant 800 exemplaires digitaux de son quatrième album via son site. Personne ne le fera pour nous peut donc enfin sortir dans les bacs. Hourra. Alors silence voilà, le roi est là. Et devant ses fidèles il ne se débine pas. Du haut de sa stature gaullienne il fait face au "peuple Mendelson" et lui adresse un petit speech tout en humour pince sans rire sur l’air de "vous m'avez compris, je vous ai compris".



Ceci dit, Pascal recul dans l’obscurité, saisit une télécommande. Au centre de la scène l’écran géant s'illumine : un épi de blés apparaît, un, puis deux, tout un champ doré, ondoyant. Le songwriter empoigne sa guitare, beige et lourde comme les blés. Lourde comme le silence qui ne demande qu’à casser. "A vivre trop longtemps dans sa tête, on perd le sens commun". Ambiance. C'est la première fois que vois Mendelson en live et je réalise pleinement que ce groupe se chauffe d’un autre bois que tout ce qui se fait en chanson ou en rock français. Tournés vers l’écran, les deux hommes confrontent l’électricité de leurs
instruments à la folie des images (dispositif de Nicolas Bouaziz) et plantent une monstrueuse entaille free jazz en plein cœur de la chanson, genre The Doors rencontre Godspeed You ! Black Emperor. Wouah.

Le morceau suivant est aimable comme une porte de prison. Pareil pour "La honte", qui "vous possède plus que l’odeur sous vos aisselles". Pareil pour "Ardèche", pour "J'aime pas les gens", pour "Crétin" (superbe riff rock au passage, couillu, fouille-merde). Toute cette noirceur sans échappatoire, ces textes retors, ces guitares barbelées qui bourdonnent, ce braiser murmurant qui dessinent un malaise, un désert… et pas l’ombre d’un tube où s’abriter, à part "Personne ne le fera pour nous" qui semble filer sur l’asphalte par temps de ciel bleu, que du brut, du dur. Pardonnez-moi l’expression, mais on se fait enchaîner la race. Quelqu’un nous dit que vivre c’est bouffer une tartine de merde, être en guerre, et assis sur nos chaises pliantes qui nous font mal au cul on tripe.

Moi, c'est tellement fort, violent, massif que ça me berce. Je suis happé, paralysé, hypnotisé, submergé par ce son, cette musique, ces images. Tellement que ça m’emmène en moi-même. Je ferme les yeux et je suis à deux doigts de m'endormir, d’accueillir ce ciel qui me tombe sur la tête, de tomber avec lui, mais je ne m'endors pas, je reste juste comme ça, groggy, entre le réel et le sommeil, entre le concert et moi-même et ça me donne l’impression de vivre quelque chose de surnaturel. C'est comme regarder un film qui, trop lent trop beau trop contemplatif, vous fait décrocher au bout d’un moment donné et vous vous laissez aller, vous vous laisser aller à perdre connaissance, voilà, vous perdez un peu connaissance et c'est très bien comme ça, parce que vous n'avez même pas l'impression de manquer le film, votre sommeil c'est encore le film, c’est plus que jamais le film, vous êtes dans le film. Comme dirait un internaute, je n'écoute pas Mendelson, je rêve Mendelson.

"Barbara" fait son entrée. Enfin "Barbara", je veux dire "1983". Ce morceau, n'est pas le dernier mais quelque part c’est déjà la fin parce que c’est le titre tant attendu, le morceau que les gens préfèrent. Et c’est vrai qu’il est à part. Ce morceau-monde (ou morceau-film) de plus 10 minutes ce n’est pas le premier de Mendelson (là est un pe
u son style : écrire des chansons comme si c’était des films), mais c’est le plus touchant, le plus universel comme on dit. Le morceau commence et je pense à Dominique A. Je sais, ça ne se fait pas trop de penser à ce genre de choses dans un moment presque sacré mais je trouve que "Barbara" a des accointances avec "Rue des Marais", dans son rapport à l’enfance, au souvenir, au regard sur le monde qu’on en a tiré. Et je sais que ça se fait encore moins (comparer les artistes, parce que ce ne sont pas des sportifs) mais dans ma tête j’en conclue que Mendelson est plus fort que Dominique A parce que là où l’un reste campé dans les canons pop et le lyrisme de Brel et Ferré l’autre largue vraiment les amarres avec une aridité et une tendresse peu commune....



Le stream of consciousness de "Barbara" me rattrape tel un géant charriant amour, enfance, social, cette multitude de détails qui fait la vie, une vie
. L’écran se met à diffuser des images de Bagnolet, cet endroit  perdu dans les hauteurs où je courrais quand j’habitais Montreuil, pour me défouler, rêver, surplomber le périph. Je suis touché en plein cœur. Et chacun semble l’être pour des raisons connues de lui seul. On frôle la standing ovation.

Tout s’achève sur le flottement presque sexy et très "Coney Island Baby" de "Scanner". Quel concert. J'ai vécu un truc fort avec ma voisine de gauche et je suis sûr qu'elle aussi. Je pouvais le sentir à ce qu'elle se demandait ce que je griffonnais pendant le concert et qu'en même temps elle n'osait pas me regarder. Entre nous il y avait une de ces tensions érotiques dont on ne saura jamais ce qu'elle aurait pu donner. Elle est partie sans me regarder.
C'est parfait comme ça.


Photos par Vincent Nury de La Bobine de Grenoble


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16 février 2008 6 16 /02 /février /2008 13:23
Kids will rock you !



"on n’aime pas l’atmosphère de concours qui règne sur le net"


"o
n essaie de proposer de nouvelles cases"





Depuis l’arrivée de Myspace, le net est devenu un endroit clé pour dénicher des nouveaux talents permanent. Tout le monde essaie de tirer son épingle du jeu. Ça vous plait cette ambiance ?
Non, nous on est très content parce qu’on se sent à la fois porté par des gens qui nous suivent et par un label qui fait très bien son travail, mais on n’aime pas du tout l’atmosphère de concours permanent qui règne sur le net, on essaye d’en rester le plus éloigné possible. Si quelqu’un faisait la même musique que nous en mieux et bien on arrêterait de faire ce qu’on fait.

Blogs et webzines ont tellement faim de nouveautés et surtout de leur propre crédibilité qu’ils célèbrent tous les jours de nouveaux artistes émergeants. Qu’en penses-tu ?
Que c’est aussi dû à l’industrie du disque. En ce moment les choses marchent moins bien pour elles et du coup plein de petits talents sortent un peu partout parce que les gens arrivent à mettre de la musique sur Myspace. Et ce phénomène est aussi dû à des groupes comme Les Moldy Peaches parce qu’ils ont permis aux gens de se refaire les oreilles à des choses parfois plus brutes, moins produites.

Votre label, Kitchen, vous a découvert via Myspace ?
Oui, après ils nous ont suivi, ils venaient nous voir en concert et quand on leur a envoyé notre album on leur a tout de suite dit qu’on voulait s’affirmer non pas comme une association de 7 artistes mais comme un groupe, un tout. On ne veut pas qu’un label nous demande plus de chansons d’untel ou d’untel. Même dans le groupe on ne veut pas de cette compétition. Chacun amène des compos et on les arrange selon les besoins de l’album.

On ne sait pas trop qui fait quoi dans Coming Soon, les rôles ne semblent pas figés guitare-basse-batterie comme un groupe de rock classique.
On signe toutes nos chansons en tant que Coming Soon, on les déclare comme telles à la Sacem, en tant que groupe, et sur les crédits de l’album on a fait exprès de ne pas préciser qui chantait pour bien apparaître comme un ensemble à 7 têtes. Même si après au concert les gens identifient qui fait quoi et ont leurs préférés.

Certains de vos morceaux rappellent vraiment Nick Cave et Leonard Cohen, ils sont mâtures, profond, ténébreux. Vous êtes jeunes, d'où vient ce blues ?
Moi je suis plus vieux, et le fait d'avoir quelqu'un de 15 ans dans le groupe ça me fait me sentir plus vieux encore, ça me donne du recul. Et puis Nick Cave c'est vrai que c'est une idole vivante, une personne pour qui on a une admiration sans borne. Je pense qu'il n'y en a pas vraiment d'autres qui tiennent à ce point-là le cap de leur carrière, à part peut-être Tom Waits. Et puis oui c'est le blues qui réuni tout ça. On a des influences mais on ne fait pas de copies et parfois on se retrouve bizarrement à aimer les mêmes choses que pouvaient aimer les Bads Seeds ou le Piano Club au début. C'est pour ça qu'on parle de "new grids", parce que le folk-rock est une musique au croisement de plein de choses et on a un peu mis les deux pieds dedans sans gène, sans peur.

Ça veut dire quoi "new grids" ?
Territoires, réseaux. C’est aussi les cases vides dans les mots croisés. Les personnages des séries américaines essaient toujours d’être "off the grid". Jack Bauer est un bon exemple, il essaie toujours de sortir des réseaux et il n’y arrive jamais. Nous on ne va pas dire qu’on propose de nouveaux territoires, ce serait très prétentieux, mais on essaie de proposer de nouvelles cases.

Peut-on dire que le folk est une musique qui vous correspond d’autant plus que vous vivez en Savoie et non à Paris ou dans une grande ville et que voilà le folk c'est une musique de territoire un peu paumé, laissés-pour-compte ?
Tout à fait, oui. Il y a un goût du voyage dans le fait de se sentir un peu à côté des choses qui se passent, ça donne un regard un peu privilégié, même si aujourd’hui beaucoup d’entre nous ne sont plus en Savoie. Trois sont à Lyon pour leurs études et moi j’habite Paris depuis 6 ans. Seuls les deux plus jeunes sont restés à Annecy.

Pour un groupe de rock c’est dur d’émerger quand on vient de Savoie ?
Sûrement, mais nous on a eu de la chance. Ça fait un peu plus d’un an qu’on mène notre barque, mais c’est vrai que bizarrement c’est allé quand même assez vite parce qu’avant même d’avoir sorti quoique ce soit on avait déjà rencontré la scène anti-folk, on avait joué à New York, à Berlin, donc ça nous a permis d’avoir un peu de recul, de ne pas nous considérer comme un groupe local et d’envoyer sans complexe notre musique un peu partout. On n’a jamais trop souffert d’une séparation Paris-Province ou France-International. Pour nous tout ça a toujours été un peu mélangé.

Comment vous êtes-vous démerdé pour jouer à Berlin et New York ?
Des amis nous ont organisé des shows dans des petites scènes. A New York, grâce à la bande Schwervon, Jeffrey Lewis, Kimya Dawson, à Berlin grâce à notre ami Stanley Brinks (ex-André Herman Düne) et sa copine Clémence Freschard. Et nous on leur renvoie l’ascenseur dès qu’ils viennent à Annecy ou à Lyon.

Actuellement chacun d'entre vous est à bloc dans Coming Soon ?
En ce moment il y a cette petite parenthèse avec le film Juno qui fait beaucoup parler d'Antsy Pants et de Léo, lui vit ça très bien, il est très heureux, mais c'est vrai qu'on est tous sur Coming Soon et qu'on a très envie de jouer. Les plans de concerts commencent à arriver et on espère que ça va continuer. Jouer c'est ça notre priorité pour l'année qui vient.

Vous avez d'autres tafs en dehors de la musique si ça ne marche pas ?
Moi j'essaie de faire des films, d'autres font des études à Science Po, en Lettres, Alex et Léo font du cinéma d'animation… En ce moment tout ça passe après le groupe, à part les études de Léo qui est en 3e et Alex en 1er. L'agenda du groupe se fait un peu en fonction d’eux, ce qui n’est pas mal parce que ça laisse du temps pour faire des choses annexes et prendre un vrai plaisir à se retrouver plutôt que tout lâcher, se retrouver à 7 dans une pièce et devenir fou.

Un peu stressé de devoir être à la hauteur du buzz ?
Oui et non. L’avantage d'avoir des mineurs dans le groupe c’est que ça génère une part d’inconscience, on ne se prend pas trop au sérieux et du coup on ne se rend pas bien compte de certains enjeux. S'il y a un buzz c'est génial mais de là où on est on a l'impression que ça reste à chaque fois un combat d'affirmer notre d'univers et de chanter nos chansons.

Dernière chose : pourquoi cette chanson intitulée "Jack Nicholson Style" ?
Parce que j’adore ce film d'Antonioni qui s'appelle Profession : reporter. On voit Nicholson qui se promène en voiture, passe ses mains en l'air et voit passer le vent. Et puis il se balade dans Barcelone avec une très jolie femme. Donc voilà c'était pour rendre un peu hommage à ce film et à tous ces acteurs charismatiques qui sont en train de disparaître.


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15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 00:42
Kids will rock you !

On aimerait les haïr. Parce que ces sept-là ont tout pour plaire : le look, la jeunesse, la culture, le néo-folk plus vrai que nature. Et parce que 36 millions de blogueurs en avaient déjà fait des stars avant même que leur premier album ne sorte. Mais voilà sur New Grids ils assurent comme des bêtes en émules de Nick Cave et de Tom Sawyer, en fils spirituels aussi bien d'Andy Warhol que de Jack Nicholson. De tout ça on discute au téléphone avec Howard Hugues, 26 ans, le plus vieux de la bande.




"en concurrence directe avec Nick Cave"


"être sa propre marionnette"







Bonjour Howard. Votre album n’est pas sorti (il sort dans trois jours au moment de l’interview réalisée le 1er février) et la blogosphère vous célèbre déjà comme des stars. A quoi tu attribues cela ?

Des stars, je n’irai pas jusque-là. Pour l’instant on est juste encouragé par des critiques qui jugent l’album et qui ne nous ont pas encore vus sur scène. Et c’est vraiment grâce au travail de notre label qu’on a pu bénéficier de tout ça. Comme on n’a pas encore fait plein de concerts et qu’on n’a pas encore de vrais fans, la médiatisation reste encore un truc abstrait pour nous.

A quand remonte la naissance du groupe ?
Il a vraiment été créé il y a un an et demi, quand moi et deux copines choristes (Marie Salomé et Carolina Van Pelt) sommes arrivés. Mais à la base de Coming Soon il y a un groupe formé par Léo (batterie, ukulélé), son frère Ben (guitare rythmique) et mon frère Billy (basse). Un groupe qui remonte à l’époque où ils étaient au collège. Mais ça vient aussi d’une multitude de projets parallèles dont Antsy Pants, un album qu’ils ont enregistré avec Kimya Dawson (membre du groupe anti-folk The Moldy Peaches) et qui revient étrangement dans l’actualité aujourd’hui parce deux de ses chansons sont sur la BO du film américain Juno. C'est marrant qu’une chanson de Léo pour Antsy Pants soit mise en avant aux Etats-Unis au moment où "Big Boy" (une chanson de Léo) sort comme single de Coming Soon. C'est d’ailleurs rigolo de comparer le trajet qu’il a parcouru entre "Vampire" et "Big Boy". On retrouve le même univers mais on voit la différence entre les arrangements très anti-folk de l'époque Antsy Pants et ceux beaucoup plus luxueux de l'époque New Grids.

Comment des morceaux d'Antsy Pants se sont-ils retrouvés sur la BO de Juno ?
C'est grâce à Kimya. Le metteur en scène avait demandé à Ellen Page, l'actrice principale du film, quelle musique écouterait son personnage et elle avait répondu Les Moldy Peaches. Donc le réalisateur a écouté Les Moldy, il a contacté Kimya et il a découvert tous ses projets solos. Donc c'est elle qui a fait son choix pour la BO.

Je suis allé voir votre Myspace. Il est bien foutu. On voit que vous savez très bien organiser votre buzz vous-même.
Ça me fait plaisir que tu dises ça. Moi en fait je faisais de la vidéo avant de rejoindre le groupe donc dès le départ j’avais un regard extérieur sur ce que je voulais que le groupe soit ou pourrait être, donc si ça se sent un peu dans la manière dont on se présente, c’est bien. Mais c’est moins de la manipulation que d’arriver à synthétiser toutes les envies et influences que chacun met dedans. Parce que tout le monde est très actif dans Coming Soon. Mon frère et moi on passe beaucoup de temps à faire la synthèse de tout ça pour essayer de bâtir un univers, une image. Par exemple les teasers qu’on a mis sur le Myspace c’est un truc très simple, on avait la caméra, on a filmé pendant une tournée, il n’y avait pas de quoi en faire un petit film, donc on a diffusé ça en petits clips comme ça. Et il se trouve qu’avec ça, grâce à You Tube, on se retrouve en concurrence directe avec Nick Cave , qui a fait un peu le même genre de vidéos pour son dernier album
(une fois sur son site cliquez "miscellany"). C’est ça qui est rigolo avec Internet c’est qu’avec des petits moyens on peut presque faire la même chose que les stars.

Coming Soon est un groupe a pleinement conscience de l’importance de l’image.
Oui, dans ce sens-là on est très Warholien. On pense que l’apparence est très importante.

Ça se voit dans le nom de votre Myspace : Star Soon…
Oui c’est encore un hommage à Warhol. S'il était vivant ce serait le producteur du groupe.

Ça se voit sur la photo de votre pochette : votre look, vos poses, tout est très orchestré…
Je pense qu’il ne faut pas se laisser dépasser par l’image, il faut toujours soi-même proposer des choses avant que les autres ne vous l’imposent. Etre sa propre marionnette. Et l’apparence, le maquillage, la place de chacun, je pense que c’est parfois aussi important que ce qu’il y a dans une chanson. Ce n’est pas moins ni plus important, c’est juste que c’est un tout. Et comme on ne peut fort heureusement pas toujours passer sa vie à composer et à jouer, on passe aussi beaucoup de temps à dessiner, à se mettre en scène. Mais je pense que tout le monde fait ça, quelqu’un qui veut être danseur, comédien...

Tu ne penses pas que c’est aussi une préoccupation générationnelle ? Aujourd’hui plus que jamais, face à la masse d’artistes émergents, il faut avoir l’image qui va faire la différence.
Non, je pense que ça a toujours été comme ça. Toutes les générations ont eu à faire aux médias. Peut-être que ça s’accélère ces temps-ci mais on n’est pas non plus obsédé par l’apparence. En général on est assez mal sapé dans la vie, on s’habille bien pour les concerts parce que c’est important de bien présenter sur scène.


(Suite et fin.)


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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 21:49
Too cool for school ?





Coming Soon ? Un groupe dont blogs et journaux n’ont pas fini de vous parler. Et ils ont raison, parce que sur New Grids, leur premier long (sorti le 4 février), ils ont le look, la jeunesse mais aussi les chansons.






Ce disque me donne envie de faire l’école buissonnière. C’est un peu l’anti Daniel Darc dont je vous parlais la dernière fois. Un disque d’une fraîcheur dingue que je me surprends à remettre souvent dans le lecteur ces derniers temps.
Au départ pourtant j’étais bien parti pour leur chercher des poux aux Coming Soon. Trop minots, trop la fratrie post-baba unie comme les doigts de la main, trop la dégaine qu’il faut, cow-boy, trop conscient de leur truc et inconscient à la fois, trop "tout me réussit, le monde s’ouvre à moi" - l’incarnation du cool - m’énervaient ces petits ! Et puis j’ai mis le disque, New Grids, leur premier sorti le 4 février, 10 mois après un EP 4 titres, The Escort. Et je suis parti à l’aventure avec cinq gars et deux filles aux pseudos amerloques qui me sortaient par les yeux.

Howard Hughes, Leo Bear Creak, Alex Banjo, Billy Jet Pilot, Caroline Van Pelt, Marie Agnès, j’ai du mal à croire qu’ils viennent de Savoie. Quand j’écoute New Grids, je découvre un plaisir de jouer, de raconter des histoires et de se raconter des histoires qui se fait rare chez nous ou alors on nous ment parce qu’on ne va pas chercher les talents où ils sont vraiment... Le Velvet, Leonard Cohen, Nick Cave, Neil Young, The Coral, The Moldy Peaches, tout ce petit monde se fait faire les poches par ces sept chenapans et on voyage. Tantôt on sort le ukulélé et on tripe en bande, clap hands et cordes au vent qui font klong klong. Tantôt on accuse le coup, loner, cassé. Du blues six pied sous terre de "Wolves In The City" à la bouille facétieuse du single "Big Boy" en passant par le riff nonchalamment crâneur de "Home From The Blues", chacun prend le "mic" sans se tirer dans les pattes. Entre Bad Seeds et Graines de Stars, Coming Soon c’est le rêve américain à domicile. Voilà. Et je vous en parle très vite avec une interview, longue bien sûr.


(Suite.)


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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 01:49
Le mal
par le mal





"Mais comment font les gens ?"


"J’aime faire du bruit"



Denses, longs, traversés de voix multiples, les textes sont capitaux chez Mendelson. Comment les écris-tu ?
Tout est possible. Ou je bosse pendant 6 mois, ou le texte arrive tout de suite. Ou je l’écris avant la musique, ou je l’écris sur la musique. Je n’ai aucune méthode en fait, mais seule méthode c’est qu’il faut que j’aie du temps à ne rien foutre.

Ça arrive ???
Oui et quand ça n’arrive pas, j’écris la nuit. Dans des états un peu seconds liés à la fatigue, il y a des trucs qui viennent… A une époque j’écrivais sans manger. A force ça finissait par faire un truc bizarre dans le cerveau. Ça marchait bien. Sur cet album un texte m’est venu d’un coup au sortir de la douche. Je l’ai écris d’une traite, j’ai fait une coupe et c’était fini. Je crois bien que c’était la première fois que ça m’arrivait.

L’écriture c’est quelque chose que tu as beaucoup bossé ?
J’ai beaucoup travaillé les textes, oui, tellement que maintenant je crois que je n’ai plus tellement besoin de travailler. Au début tu travailles beaucoup, tu pars dans des fausses pistes, parce que tu ne sais pas bien ce que tu es, où tu es, mais après ça va beaucoup plus vite, tu sais tout de suite quand c’est la mauvaise idée au mauvaise endroit.

Dans tes textes tu dis "je", c’est toi ?
Disons que peu importe. Si ça avait de la valeur uniquement parce que c’était autobiographique ça n’aurait strictement aucun intérêt et ce serait poubelle donc la question c’est surtout : "Est-ce que ça fait quelque chose aux gens ? Est-ce que c’est une bonne histoire ?" Après on peut faire semblant que c’est autobiographique. Dans un article qui nous était consacré j’ai lu cette formule : "Raconter sa vie comme si c’était celle des autres ou raconter celle des autres comme si c’était la sienne." Ça me parle.

Le thème des gens semble beaucoup te préoccuper…
Oui. Dans une de ses chansons Murat a une phrase qui me plait bien. Il raconte qu’il est à la poste et il dit : "Mais comment font les gens ?" Et ça pour ça je crois que c’est l’interrogation fondamentale. Mais depuis tout môme… Moi j’habitais au-dessus d’une grosse nationale, la 4, et tous les dimanches soirs je voyais tous ces gens dans leur voiture et je me demandais où ils allaient, qui ils étaient, qu’est-ce qu’ils faisaient, pourquoi ils roulaient si tard la nuit…

"All the lonely people, where do they all come from... "
Oui (rires) ! Il y a un truc comme ça. Comment font les gens ?

Sur Robot après tôt Katerine traite lui aussi abondamment ce thème des gens, à travers la figure du gourou, l’attraction-répulsion pour la foule… En apparence il fait ça avec beaucoup d’humour, de dérision mais au fond il y a beaucoup de noirceur chez lui, derrière le personnage…
Oui, il écrit des paroles d’une noirceur… Parfois je le trouve vraiment déprimant. Il y a des chansons magnifiques sur son dernier album. Si les gens s’arrêtaient deux secondes pour essayer de comprendre ce qu’ils écoutaient, ils se tireraient une balle. C’est ça qui est génial avec ce qu’il a fait, c’est que ce n’est pas identifié "noir"…

Ça lui a d’ailleurs permis de passer à la Star Ac’. Un personnage aussi ambigu en prime time sur TF1, c’est fort !
Je ne connais pas cet aspect-là car je n’ai pas la télé mais sur un strict plan de la musique et des textes je trouve son album incroyable. Au pire moment de nos recherches de maisons de disques, ça m’a fait un bien fou de voir ce disque sortir. En plus il a eu du succès. Le succès des autres, quand il arrive pour de bonnes raisons, ça te venge car ça te fait presque autant de bien que si c’était le tiens.

Katerine et toi donnez l’impression de parler d’une "France invisible". La "France d’en bas" ?
Moi je ne fais pas une mission socioculturelle, je n’ai pas d’ambitions politiques, de discours, d’engagements. Je n’ai pas du tout l’âme militante. Vraiment, il n’y a rien qui me fait plus horreur qu’une manifestation. Après je ne pourrais pas parler d’autre chose que des gens avec qui je vis. Je ne vais pas te raconter des histoires sur des traders de Wall Street, je ne sais pas comment ils vivent et comme mon truc c’est de raconter des histoires, je vais raconter les histoires des gens qui me sont proches.

Ça donne une approche froide, frontale.
Mais la vie des gens est frontale. Moi c’est vrai que je n’aime pas trop la poésie et le lyrisme. Hier soir j’ai vu Romanzo Criminale. Et tout le film te dit : "Finalement, quelle vie !" Moi si je raconte une histoire de gangsters à aucun moment tu ne vas éprouver du plaisir parce que le mec cogne un type contre le comptoir. Or tous ces films te font précisément éprouver du plaisir à ce moment-là. Mais moi non, je vais plutôt me mettre à la place du mec qui se fait tabasser. Comme Katerine d’ailleurs. "Pendez-moi la tête en bas, comme la dernière fois."

Tes textes procèdent souvent par une sorte de logorrhée. Je pense par exemple au dernier morceau de Seuls au sommet. Son texte déboussole car autant chaque phrase prise isolément est basique de chez basique, autant dans son assemblage avec les autres elle aboutit à une narration éclatée, à un effet mosaïque…
Oui, c’est une belle formule. Le truc c’est que sur ce morceau, "Les petits frères des pauvres", il y a 15 000 personnages. Des fois tu es avec eux et des fois tu es dans leur tête, des fois tu les vois. Après je ne sais pas quoi te dire là-dessus… Il y a une chanson de Mendelson que tu ne connais peut-être pas. Elle est sur notre deuxième album, elle s’appelle"Le brouillard". Elle s’ouvre sur un paysage, puis tu vois une femme qui descend dans le fleuve et pouf tu es dans le train et dans le train tu es dans la tête du cheminot et le cheminot voit une fenêtre et tu rentres dans la fenêtre et derrière la fenêtre tu vois ce qui se passe, tu vois un immeuble et tu rentres dans la tête du mec qui est assis dans sa cuisine à tel étage, etc. C’est un peu comme ça que je vois l’écriture. J’ai envie de rentrer dans les choses, de voir qui vit derrière la fenêtre allumée là-bas. C’est encore le truc du môme qui regarde les voitures qui passent…





A part Katerine qui aimes-tu dans la scène pop française ?
Pour moi il y a des trucs de Brigitte Fontaine qui resteront au Panthéon. Par exemple son album Comme à la radio, encore maintenant, ça reste indépassable. Gérard Manset. Pas tout parce que des fois c’est complètement insupportable mais il y a des albums quasi parfaits.

Lesquels ?
2870. Sinon, j’aime Bashung aussi. Mais ce que j’aime chez lui ce n’est pas tellement l’écriture. C’est plutôt la recherche sonore, la voix. Pour moi c’est un mec qui a un courage incroyable.

Dans "Les petits frères des pauvres" tu glisses d’ailleurs une phrase…
De Bashung, oui.

"Aujourd’hui c’est vendredi et je voudrais bien qu’on aime"
Voilà.

C’est une de ses phrases cultes, belle et bête à la fois.
Oui, il a des belles phrases quand même. Surtout à l’époque où il bossait avec Bergmann. Dans mes contemporains, j’ai adoré Diabologum. A une période les voir en concert c’était une expérience, ça te libérait des complexes qu’on a trop souvent en tant que français. Aujourd’hui encore j’aime beaucoup ce que fait Arnaud Michniak. Il est très fort. Des fois il a lui aussi le complexe Léo Ferré. Quelque chose de l’ordre de la posture qui me gène un peu. Mais il est tellement fort qu’il peut se permettre beaucoup de choses. Après il y a plein de nouveautés que je découvre sur Internet parce que des gens me font des demandes Myspace. J’ai notamment découvert un groupe français appelé Le manque qui me fait beaucoup rire. Le mec a écrit une chanson qui s’appelle "Mourir à Chartres" que j’aime beaucoup.

Eric Arnaud, tu connais ?
Le mec m’a envoyé un mail il y a très longtemps mais je n’ai pas fait l’effort de répondre.

Et Florent Marchet ?
Je n’ai pas écouté son dernier album parce qu’on m’a dit que ce n’était pas bien.

En fin de compte, ton héritage musical c’est plutôt français ou anglo-saxon ?
Si tu demandes ce que j’aime en France, je te sors des noms, mais sinon moi je suis à fond dans les américains.

Des internautes ont soigneusement décrypté l’étalage de références musicales que tu as cachées dans la photo qui orne Seuls au sommet. Il y a Roxy Music, Miles Davis…
Arab Strap aussi avec Philophobia, un grand album, Hendrix, Talking Heads, J.J. Cale, Can. J’ai fait ça exprès, parce que cet album c’était aussi un peu une déclaration d’intention. Et je trouve qu’entre Can et les Talking Heads, c’est pas mal ce qu’on a essayé de faire.

Tu vis de la musique ?
Non.

Tu as un boulot à côté ?
Oui. Enfin non. J’ai longtemps tenu en faisant tout et n’importe quoi : de la régie, du son, du mastering, etc. J’ai abandonné il y a maintenant 3 ans. De toute façon même avant je n’en vivais pas de cette galère. Je ne vis toujours pas très bien maintenant mais au moins je n’ai pas la banque qui m’appelle tous les lundi matins. Je ne sais pas comment font les autres. Mais c’est dur. Très dur.

Hors Mendelson sur quels projets as-tu déjà bossé ?
J'ai fait pas mal de musiques de films, une collaboration avec Michel Cloup à la fin de Diabologum, qui sortira peut-être un jour, mais en tant que parolier je n'arrive pas à croire que quelqu'un puisse chanter une de mes chansons, quoiqu'il y a eu des reprises de Mendelson.

Par qui ?
Des groupes Lithium : Bertrand Betsch, Experience. Et puis à une époque, surtout quand je ramais pour gagner de l’argent, j'aurais adoré être guitariste rythmique dans un groupe, être sur scène et ne m'occuper que de mon ampli, comme ce qu'a fait Robert Smith avec Siouxsie. Ça j’aurais vraiment beaucoup aimé. Jouer de la guitare c'est un plaisir important pour moi.

Tu aimes écrire des chansons. Tu n’as jamais eu envie d’écrire un livre ?
Si j’ai commencé à écrire c’est pour faire des chansons. Peut-être qu’en vieillissant je vais finir par me dire que j’en ai marre de tenir ma guitare, mais pour l’instant non, je n’ai jamais eu envie d’écrire autre chose que des chansons. Mais il faut dire qu’à l’époque où je m’y suis mis c’était le Far West, enfin ça l’est toujours vu le peu de disques français vraiment bien qui sortent. Donc voilà, il y a tellement de choses à faire que je n’ai pas encore eu envie de faire autre chose. Et puis moi j’aime ça jouer de la guitare fort sur scène, j’aime jouer avec des batteurs qui jouent fort, j’aime faire du bruit, je n’ai pas envie de me retrouver tout seul chez moi à ruminer un roman pendant trois ans. Mais peut-être que dans 10 ans j’aurai une hernie discale. Alors il faudra bien que je m’y mette.

Quels sont les écrivains qui te tiennent à cœur ?
Je lis beaucoup les écrivains japonais. Kenzaburō Ōe par exemple. En France, Jean Rolin avec Zone m'avait vachement plu. En Espagne, il y a Antonio Lobo Antunes. Il parle beaucoup des gens justement, de rentrer dans la tête des gens, de voir comment ils parlent. Les américains, je ne lis plus tellement. J'ai fait une overdose.

Houellebecq, non ?
Je crois que je n'aime pas ses romans. J'ai essayé d’en lire un ou deux, durant les 50 première pages, je me suis dit : "J'aime bien comment c'est mordant" et après je me suis ennuyé. Il a ce côté Gainsbourg qui me pète un peu les couilles. Je préfère ses poèmes. Le sens du combat, Rester vivant. C'était bien ça. Je n'ai pas écouté son album, mais j’aimerais bien voir ce que ça donne.

Il est plutôt réussi.
Philippe Murray qui est mort il n'y a pas longtemps s’est aussi essayé à l’exercice des poèmes mis en musique. J'aime beaucoup ses livres mais je trouve que cet album est un peu raté.

Ça fait 10 ans que Mendelson existe. La suite, tu la vois comment ?
Ecoute, on n’a jamais vu longtemps à l’avance. Moi je me souviens, à la sortie du premier album, j’étais dans la voiture avec Olivier, le mec avec qui j’ai commencé et Vincent, le patron de la maison de disques, et puis je me retourne, je leur dis : "C’est fini, je n’arriverai plus à écrire de chansons". Donc depuis le début j’ai l’impression que je n’arriverai plus à écrire de chansons. Donc on verra, je ne sais pas ce qui se passera. Je n’ai pas de contrat, rien ne m’oblige à continuer. Mais j’aimerais bien faire un cinquième album. J’entends déjà le son dans ma tête, un son précis qui me donne envie de me retrouver en studio et de me mettre à chercher dans cette voie-là avec d’autres musiciens. Un truc encore plus froid. Plus dur.


Chronique concert de Mendelson.




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8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 01:19
Le mal
par le mal



Sorti en autorprod digital fin août 2007, Personne ne le fera pour nous est le quatrième album de Mendelson, groupe culte et confidentiel issu de l'écrurie Lithium (Diabologum, Dominique A...). Fin janvier 2008, après avoir été célébré par la presse spécialisée comme "l'allbum de rock français de la décennie" et s'être vendu à 800 exemplaires, ce double album aussi beau que peu facile d'accès a enfin gagné le droit de sortir dans les bacs. Une petite arrachée de haute lutte qui promet un concert intense le 12 février 2008 au Divan du Monde. Avec tout ça Pascal Bouaziz, le leader de Mendelson, méritait bien un entretien aussi long que son disque.




"En mettant les deux pieds dans la marge on a vu qu’il y avait plein de monde"

"
Ce double a failli être un triple"




Bonjour Pascal. Votre dernier concert parisien fut une White Session chez Bernard Lenoir. Comment ça s’est passé ?

Bien. J’ai mis le podcast en ligne. J’ai un peu retouché le son de manière à ce que ce soit un peu plus rock’n’roll et moins chanson. Ce sera accessible avec un petit code qui figure sur l’album, pour que seul les gens qui l’ont acheté puissent en profiter.

Ce n’est pas déstabilisant le principe des White Session, qui consiste à jouer dans une salle vide ?
Non, ce n’est pas la première fois que Mendelson fait un concert où il n’y a pas de public.

C’était la première fois que Bernard Lenoir vous invitait ?
Non, il nous avait interviewé en 2001 pour la sortie de Quelque Part. Un album sur deux, il réagit.

Il a la liberté de pouvoir vraiment défendre les groupes qu’il aime au point d’en suivre certains tout au long de leur carrière.
Quand il n’aime pas il programme un titre pour annoncer la sortie de l’album et quand il aime il fait un peu plus.

Là il a fait un peu plus.
Pour celui-ci il n’a pas fait un gros truc, mais il a suivi l’album. C’est bien. A l’échelle de notre carrière il nous a filé un gros coup de main. Heureusement que des gens réagissent comme ça.

Pour Personne ne le fera pour nous j’ai l’impression que beaucoup de gens réagissent comme ça.
Oui, surtout sur le net. J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de gens bien sur le net.

Tu parles des blogs et autres webzines ?
Oui, je suis surpris par la qualité littéraire des articles qu’on a eus. Ces gens ont la place de s’étendre et d’expliquer le pourquoi et le comment de leur coup de cœur. Finalement c’est le retour du fanzine. Donc oui je suis très content. En mettant les deux pieds dans la marge on a vu qu’il y avait plein de monde.

Pourquoi avoir sorti cet album en "digital" ?
Il y a une dépression générale dans le monde de la musique, que ce soit chez les indépendants ou les majors. On a beaucoup ramé pour trouver un interlocuteur. On en a trouvé un qui nous a fait patienter pendant 6 mois et comme on est encore assez naïf et qu’on croit aux poignées de mains on s’est fait avoir car au bout de 6 mois le type nous a dit : "Finalement je ne le fais pas". Comme j’avais fait beaucoup de recherches avant ça, je n’ai pas eu le courage de repartir au charbon auprès des maisons de disques. J’ai donc directement cherché des distributeurs, et à la limite c’était encore pire. Les mecs n’ont absolument aucune énergie, aucune ambition. Ils sont là : "Ah, tu ne te rends pas compte à quel point c’est une catastrophe ! Ton disque je veux bien le sortir, je vais en mettre 200 en France et puis c’est toi qui me paies le retour et puis c’est toi qui me paies le stock…" Concrètement ils prenaient zéro risques… On s’est donc dit qu’on allait le faire nous-même et comme ça fait 4-5 ans que le site de Mendelson fonctionne bien, qu’on a pas mal de retours, des gens très fidèles, on s’est dit : "Ras-le-bol de tous ces cons. Le disque, on va le mettre là à disposition des gens que ça intéresse."  Et en fait ça a très bien marché.

C’est-à-dire ?
On n’a pas encore remboursé les dettes mais petit à petit on y arrive, on refabrique. Pour nous c’est une grosse victoire. Notre premier stock est écoulé. Je n’aime pas trop donner de chiffres parce que si j’en donne le mec en maison de disques va dire : "Pas mal" et le mec qui n’y connaît rien : "C’est tout". Mais en gros pour un indépendant de chez indépendant comme nous c’est une grosse claque dans la gueule de tous ces gens qui nous ont dit qu’on allait en vendre 250 exemplaires. Vraiment, là on peut revenir vers eux fiers de nous.

A combien d’exemplaires c’étaient vendus vos précédents albums ?
On a commencé vers 5000 exemplaires et puis chaque album n’a cessé de faire moins.

En tous cas pour votre dernier les critiques sont unanimes. On a des mots comme "chef d’œuvre", du lourd !
Ce n’est pas de trop. Jetez-en encore (rires) ! Il n’y en a jamais trop. Quand tu es 3-4 contre le monde entier et que d’un coup on te dit que ça valait le coup de le faire, ça valait le coup d’insister, de continuer, ça fait du bien. De même que le retour des gens que tu admires, comme Katerine.

Ce genre d’accueil dithyrambique est souvent pervers. Les gens célèbrent la radicalité du geste, mais par la suite ne mettent plus le disque sur la platine.
Ce n’est pas grave si la personne qui s’en fait l’écho ne l’a écouté que deux fois parce que ça peut tomber dans les mains de quelqu’un qui va l’écouter 10 000 fois. Après je ne peux pas faire un procès d’intention pour savoir si les gens en parlent bien pour les bonnes raisons. Non, tant mieux. Quand ils en parlent mal je suis déjà un tout petit plus tatillon.

Des gens en ont mal parlé ?
Il y a eu Rock&Folk. Mais parfois les critiques de certains journaux font plaisir. Je veux dire : tu ne peux pas défendre les Naast et Mendelson, ça ne serait pas très cohérent. Mais bon, ils ont publié une chronique, qui exprime un point de vue, on sent que le mec a écouté l’album, moi ça me va. Ce qui m’aurait foutu les glandes, c’est le mépris.

Sur un webzine parlant de vous quelqu’un a laissé cet étrange commentaire : "Wouah, Barbara, génial ! Je n’écoute pas, mais je rêve Mendelson."
Veut-il dire qu’il n’écoute plus l’album mais qu’il continue de triper dessus ou qu’il ne fait pas qu’écouter Mendelson, mais mieux qu’il rêve Mendelson ? Faut voir les choses du bon côté : je penche pour la seconde solution !

Beaucoup de gens semblent avoir été particulièrement touché par "Barbara".
Oui, beaucoup m'en parlent. Beaucoup de gens s'y retrouvent et ne s'y retrouvent pas pour les mêmes raisons. Chacun relève un détail de la chanson…

Qui se déroule comme une grosse digression sur l'enfance et son cortège de souvenirs. C'est un thème qu'on retrouve beaucoup chez toi, l'enfance, perdue, broyée…
Oui, ce n'est pas rigolo l'enfance. J'ai très peu de bons souvenirs. Si il y a un combat de Mendelson c'est d'aller un peu à l'envers des clichés.





Je connais surtout vos deux derniers albums. Peux-tu me résumer les débuts de Mendelson ?

Notre premier album est sorti sur Lithium en 1997. A l’époque j’envoyais des cassettes au monde entier et c’est les seuls qui ont répondu. Et tant mieux, parce que c’était les seuls avec qui j’avais envie de travailler. Je me souviens d’ailleurs que Katerine était tombé par hasard sur une de mes cassettes et qu’il avait appelé sa propre maison de disques pour leur dire que c’était bien mais ça n’avait pas fait suite.

Qu’est-ce qui te plaisait tant chez Lithium ?
Depuis 10 ans que je suis dans le milieu j’ai rencontré beaucoup de monde et la direction artistique de Lithium c’était quelque chose. Vincent de Lithium pour moi c’était vraiment un mentor et je pense que Diabologum te dira la même chose. Un producteur comme ça je suis très content d’en avoir rencontré au moins un dans ma vie. J’ai adoré bosser avec lui car il aimait la musique autant que moi, il la connaissait autant que moi voire plus et il avait assez de recul et de regard pour me pousser. Cela dit cette démarche a eu ses limites puisqu’il y a eu un moment où j’en ai eu marre et où j’ai décidé de tout faire moi-même. C’est pour ça que je suis ensuite parti chez Prohibited Records.

A l’époque Mendelson c’était un groupe ou juste toi ?
Moi j’ai toujours voulu que ce soit un groupe, après les gens ont souvent moins d’envie que moi. Là le groupe n’a pas trop bougé depuis 99. Il n’y a plus la personne avec qui j’ai démarré, mais tu sais quand les gens t’ont accompagné longtemps, dans l’esprit, ils t’accompagnent encore après leur départ. Un jour McCartney a dit qu’il continuait d’écrire avec John Lennon parce qu’il continuait à lui parler dans sa tête.

La symbiose continue avec les membres fantômes ?
Oui et en ce qui me concerne ça commence donc à faire beaucoup de monde dans le groupe. Mendelson c’est une sorte de projet. Les gens arrivent, ils accompagnent le truc et puis si à un moment ils ont envie de s’en aller parce que ça ne les fait plus rigoler et bien ils s’en vont. Mais le projet, lui, continue.

A l’heure actuelle qui sont les musiciens de Mendelson ?
Au clavier il y a Charlie O, un mec qui joue avec tout le monde et qui arrive à te faire des trucs hyper drones free jazz et des trucs aussi hyper pop. Il joue avec Peter Von Poehl. A la guitare il y a Pierre-Yves Louis qui joue actuellement avec plein de groupe à San Fransisco. A la batterie il y a Jean-Michel Pirès. Lui, il joue avec la terre entière, tout ce qui est indé, il en est. Il joue avec Ben's Symphonic Orchestra, NLF Trio, Sébastien Schuller et son groupe qui s’appelle Headphone. A la batterie on a aussi Sylvain Joasson, qui joue aussi avec la terre entière, mais de l’autre côté du globe. Lui c’est plus Bertignac, Fersen, donc il est aussi tout le temps en tournée. Voilà, en ce moment notre groupe c’est un peu Pavement, un truc très éclaté.

Personne ne le fera pour nous est un double album. Pourquoi ?
On sort tellement peu d’albums qu’à chaque fois on a beaucoup de matière. Après c’est toujours un peu difficile de mettre trop de choses sur un seul CD parce que les gens ne sont pas habitués. Pour celui-ci, au départ on était parti pour un triple album. Ça nous a pris un temps fou pour épurer et arriver à un bon double album, avec deux ambiances différentes. Suivant l’heure ou l’humeur tu mets le disque jaune ou rouge. Ça reste un double album, quelque chose de lourd, dense. Si tu t’enfiles les deux d’affilée le matin avant de partir au boulot c’est sûr que tu vas être en retard, mais comme on ne l’a fait que pour nous et pour les gens que ça intéresse, on s’est dit qu’il ne pouvait pas y en avoir trop si c’était guidé par "la cohérence de l’œuvre". Et puis voilà, on est un groupe qui aime tellement de choses qu’on n’a pas envie de se limiter à un style, une humeur. On a envie que tu puisses faire tes nouilles en écoutant Mendelson, écrire une lettre en écoutant Mendelson, lire un bouquin en écoutant Mendelson. On veut que tout ça soit possible.

Seuls au sommet n’était-il pas déjà une tentative de double album avec son silence symbolique entre la plage 6 et 7 ?
Non, le précédent était plus un fantasme album vinyle, avec l’instrumental de rigueur. Les trente secondes de silence au milieu correspondent à l’intervalle de temps qu’il faudrait pour changer de face. A côté, Personne ne le fera pour nous est plutôt un fantasme de double album vinyle parce que quand la pochette fonctionne comme celles des magnifiques doubles albums vinyles de Genesis.

Personne ne le fera pour nous c’était le titre d’un instrumental sur Seuls au sommet. Pourquoi l’avoir repris ?
Ce titre est tiré d’un poème de Bukowski intitulé Le Ragoût du Septuagénaire, qui dit : "Il faut apporter sa propre lumière dans les ténèbres. Personne ne le fera pour nous." Et cette phrase, elle me restait. On a donc fait cet instrumental un peu bizarre sur Seul au sommet, en se disant : "Il n’est pas aussi sérieux que les autres chansons, mais voilà il faut apporter sa propre lumière". Et là, vu comment ça se passait pour sortir ce nouvel album, cette phrase a pris sa pleine signification et ça faisait un tel beau titre qu’on n’allait pas s’en priver.


(Suite.)


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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 00:31
Têtes de gondoles ?

Les Têtes à Claques, vous ne pouvez pas ne pas connaître. Surtout depuis ces petites "capsules" concentrées d’humour made in Québec servent de pubs pour SFR. Mais connaissez-vous l’homme qu’il y a derrière ? Celui qui leur donne ses yeux globuleux et ses expressions tordues ? Je l’ai rencontré. C’était fin décembre à l’occasion de la diffusion des Têtes à Claques sur Canal dès le 6 janvier. Il s’appelle Michel Beaudet, 48 ans, ex-publicitaire. Nous dévoilant l’histoire de "la grenouille qui pète", il nous raconte l’envers d’une plaisanterie qui commence à lui rapporter gros après avoir séduit des millions d’internautes pour pas un rond depuis un an et demi.



"Je voulais une série éducative pour enfants"

"Grâce à nous les ventes de Pop-Tartes ont doublé"





Bonjour Michel.

Bonjour !

Comment allez-vous ?
Ça va très bien et vous ?

Bien. Depuis quelques jours vous êtes en promo. Ça n’a pas l’air de tout repos.
Oui, depuis le début c’est de la folie toute cette histoire. De plus en plus ça m’étonne de moins en moins ! C’est quand même un phénomène étrange nos petites capsules. Un phénomène à travers la francophonie et à travers le monde. Pourtant ça a commencé sans prétention.

Justement, pouvez-vous dire comment tout cela a commencé ?
A la base, moi je suis un publicitaire de métier, concepteur-rédacteur. Mais dans mes dernières années je m’étais mis à la pige car je voulais avoir du temps libre pour faire de l’animation image par image, ce qu’on appelle du "stop motion animation". Au départ, je m’étais donné comme objectif de faire une petite série éducative pour enfants.

Comment ça, "éducative" ?
Je ne sais pas, j’imaginais montrer des petits animaux parlant de leur habitat naturel, dire comment ils vivent et mettre une petite touche d’humour là-dedans. Mais je me suis vite rendu compte que ça nécessitait beaucoup de travail d’animer des poupées image par image et comme je suis paresseux de nature, je me suis dit : "Tiens, je vais filmer mon visage et incruster mes yeux et ma bouche sur les poupées". Au départ je ne me souciais pas vraiment du texte, je voulais surtout voir si cette technique fonctionnait. Mais quand j’ai vu que ça fonctionnait je me suis mis à improviser des textes rigolos en me filmant et j’ai envoyé 50 mails à des amis en disant : "Voilà, j’ai 16 capsules que vous pouvez visionner sur www.tetesaclaques.tv." Et ça a circulé super vite. Au bout de trois jours les 30 premières personnes qui avaient reçu mon mail le recevaient déjà d’autres personnes. Et rapidement mes amis m’ont dit : "Il faut que tu continues à nous faire rire, on n’en a rien à foutre des capsules éducatives, on veut la grenouille qui pète !"

A partir du 6 janvier Canal+ diffusera tous les dimanches une "capsule" des têtes à claques en clair à 14h20. Pour vous, c’est la consécration, non ?
C’est sûr que c’est absolument fabuleux. On a mis le site en ligne le 16 août 2006 et à la fin du mois de septembre Canal+ est venu nous solliciter. Ils voulaient acheter les capsules mais pour moi à cette époque c’était beaucoup trop tôt. Ce que j’avais créé commençait à peine à se définir dans mon esprit donc je ne voulais pas que ce soit tout de suite diffusé à la télévision. Surtout qu’à l’époque Canal+ voulait que je modifie les capsules pour qu’elles soient plus accessibles aux français. Un an plus tard, comme les Têtes à Claques avaient explosé sur le Web et qu’on avait lancé notre premier DVD, ça faisait déjà plus sens de céder nos droits. On a donc signé avec Radio-Canada qui ont essentiellement diffuser nos clips pendant les fêtes de Noël et au début de l’été 2007, puis on est allé en France pour savoir si ça valait le coup de faire une version francisée des têtes à claques. Et à l’unanimité les gens nous ont dit de ne rien changer, ils aimaient bien notre accent, notre façon de parler. C’est là que les gros opérateurs comme SFR, Orange et Bouygues nous ont approché avant tout le monde. Ils voulaient diffuser les clips sur téléphone cellulaire.

Pourquoi avoir choisi SFR plutôt que les autres opérateurs ?
Parce que Publicis, leur agence de publicité, voulait en plus faire une petite campagne de pub avec nous. Quelque chose de plus global. On a dit oui et on a été étonné du succès de la pub. On a donc signé une entente d’exclusivité d’un an avec SFR. L’année prochaine, en France, seuls eux pourront offrir les Têtes à Claques sur téléphone mobile. Et durant ce même été, on en a profité pour signer aussi une entente avec Canal+. Ils distribueront notre DVD et diffuseront tels quels les clips mis en ligne sur notre site. Ils seront juste sous-titrés pour vous aider un peu.

Ce n’est pas bête parce qu’il y a certains passages qu’on ne comprend pas du tout !
Même chez nous parfois les gens ne comprennent pas certains passages. Je fais exprès d’avoir un accent exagéré. En plus j’ai des fausses dents dans la bouche donc c’est difficile d’articuler. Au bout du compte ça donne parfois un sacré charabia !

Les gens adorent le langage Têtes à Claques. Ça ne vous étonne pas de voir tous ces gens qui se réapproprient leurs expressions ?
Si, surtout que la pénétration des Têtes à Claques au Canada est de loin supérieure à celle qu’il y a en France, même si ça commence à être très connu chez vous. Au Québec c’est des fous furieux, les gens connaissent des répliques par cœurs.

Quelles sont celles qui cartonnent le plus ?
Il y en a beaucoup parce que chacun a son clip préféré. Mais j’entends souvent les expressions d’Uncle Tom, comme : "C’est pas biotifol ?" ou le "Tonite is the nite" de Raoul.

Ces expressions, vous les avez inventées ?
Non, pas celles-ci, mais maintenant elles sont étiquetées comme les expressions Têtes à Claques. Par contre "les petits papoutes", qui veut dire les enfants, c’est une expression que j’ai inventée. Pareil pour "le Willi Waller". D’ailleurs ce qui est fou c’est que maintenant quand les gens vont s’acheter un épluche patate, ils demandent des Willi Waller. C’est devenu le nom standard.

Au fait, c’est quoi les Pop Tartes ? Un sketch culte des Têtes à Claques parle de Pop Tartes or en France personne ne sait ce que c’est.
C’est des genres de gaufrettes fourrées à la confiture. C’est Kellogs qui fait ça. Quand j’étais petit c’était très populaire. Mais jusqu’à récemment ça ne l’était plus et ça se vendait peu. Grâce à nous c’est redevenu populaire, les ventes de Pop Tartes ont doublé.

A part les Pop Tartes et les épluches patates, quelles sont les références qui nourrissent l’esprit têtes à claques ?
J’ai lu des milliers de bandes dessinées quand j’étais petit, tous les classiques, et j’en lis encore donc ça doit se retrouver dans les Têtes à Claques. Mais à part ça, on s’inspire de notre quotidien, on essaye de ne pas trop se coller à l’actualité car beaucoup de gens le font très bien et on souhaite se distinguer de ces gens-là. On essaie donc d’être plus anodin, en nous moquant par exemple d’une publicité de télé achat. C’est des choses très spontanées, caricaturales et même si c’est très québécisé ça demande des histoires très simples, absurdes, universelles. C’est un des facteurs qui fait qu’on a du succès à travers toute la francophonie, en France, en Suisse, en Belgique, au Maroc. Et ce qui est bien aussi avec les Têtes à Claques c’est que je ne sais jamais sur quoi va être la prochaine capsule. Bien entendu, il y a des personnages plus populaires qu’on fait revenir à la demande générale mais on va toujours créer de nouvelles situations. C’est un univers sans fin et c’est ça aussi qui est merveilleux.

Ce qui est moins merveilleux c’est la marchandisation croissante de cet univers qui sert dorénavant les intérêts économiques de grandes marques. Comment vous gérez ça ? Vous vous fixez des limites ?
Non, pas trop. Je suis quelqu’un d’optimiste par nature. D’ailleurs, avant même de mettre le site en ligne j’étais conscient que les Têtes à Claques pourraient au moins attirer un groupe de fans clients de ce type d’humour minimaliste et absurde. Je me disais que leur identité visuelle très forte pourrait également séduire les publicitaires et éventuellement les compagnies de téléphone mobile qui cherchent désespérément du contenu adapté au petit écran. Ça fait à peine un an et demi qu’on existe et c’est incroyable la portée qu’on a atteint, les projets qu’on a fait. On a même fait des spots de pub pour une marque de sucette aux Etats-Unis. Tout cela a pris une dimension que je n’aurais jamais pu imaginer.

Vous n’avez pas peur que le phénomène marchand de l’affaire tue un peu l’engouement pour les têtes à claques ?
Je ne sais pas. A un moment donné, au Canada, je trouvais qu’il y avait un peu trop de produits dérivés. Certains n’étaient pas de très bonne qualité et ça m’agaçait. C’est sûr qu’il faut faire attention à ne pas être surexposé mais ce qui est malheureux c’est qu’on n’a pas vraiment de contrôle là-dessus. La surexposition dont on a fait l’objet au Québec est due au fait que les médias ne passaient pas deux jours sans parler de nous, peu importe ce qu’on faisait. Quand on a fait la campagne de pub pour SFR les journaux en on fait leur une. A chaque fois qu’on faisait un truc les gens parlaient de nous. Nous on était les premiers à se dire : "Là, ça suffit, arrêtez de toujours parler de nous."

Les gens vous accordent trop d’importance. Un phénomène de bêtise a pris le dessus.
Exactement. Et puis pour comme n’importe quel phénomène de masse, les gens vont commencer à se lasser. C’est comme pour les Simpsons, à un moment ils sont devenus extrêmement populaires et maintenant ça s’est stabilisé. Mais pour l’instant notre base de fans reste énorme.

Vous vous voyez durer longtemps avec les Têtes à Claques ?
Aussi longtemps que ça intéressera les gens. Et étant donné que c’est un truc sur Internet auquel tu peux accéder gratuitement quand tu le souhaites, ça peut durer longtemps. Les Têtes à Claques, je vois ça un peu comme la page comic dans le journal. C’est ça les têtes à claques. Tous les jours des milliers de gens sont derrière leur ordinateur et une fois par semaine ils vont regarder leur nouvelle capsule têtes à claques et revoir leur deux capsules préférées. Ce concept, je suis étonné que personne ne l’ait fait avant moi. Il y a beaucoup de sites où les gens mettent du contenu en ligne comme sur Youtube et Dailymotion mais ça devient vite des catalogues de tout et rien. Or nous, on est une marque précise. On fait du Tête à Claques, point.

Vos projets pour 2008 ?
Autant je m’amuse à faire mes sketchs et jouer mes personnages, autant je suis en train de consolider mon entreprise. Là je suis en train de bâtir mon studio et agrandir mon équipe. J’ai engagé un scripteur qui écrit avec moi. En janvier on sera donc dix et notre objectif ce sera de lancer le site en anglais. On veut toucher l’ouest du Canada, les Etats-Unis, les pays anglophones, les pays nordiques et l’Allemagne parce que tous ces gens parfaitement bilingues représentent un marché énorme. L’aventure Internet continue.

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24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 20:26
Le sang des braves



"se battre pour des liens d’amour et d’amitiés"

"j’aime bien le morceau titre de la B.O. de Rocky"



Je n’ai pas lu les textes des chansons. De quoi parlent-il ?
Dans ce disque il est beaucoup question du fait de se battre pour maintenir les liens d’amour et d’amitiés. Beaucoup de chansons parlent d’essayer de déconnecter un peu du stress de la vie courante et de renouer avec ce qui compte. Il y a donc des chansons sur le fait de s’enfermer, de ne pas quitter son chez soi, d’autres sur le fait de prétendre que tout va bien quand ce n’est pas le cas.

Certaines de vos chansons ont d’ailleurs de faux airs de protest songs…
Tu veux dire avec un côté marche militaire ?

Oui, il y a par exemple "Fake Empire" et sa batterie très "Sunday Bloody Sunday"…
Oui, "Fake Empire" peut faire penser à ça, de même que "Start a War"…

La plupart de vos chansons dégagent un sentiment de lutte, quelque chose de presque social presque mais à hauteur d’homme…
La raison pour laquelle on a appelé cet album Boxer c’est parce qu’il y a en effet beaucoup de gens ordinaires qui se battent pour faire des choses simples : être des gens responsables, agréables, altruistes. Voilà le genre de batailles dont on parle. On n’aborde pas vraiment des thèmes politiques. On pourrait croire qu’il y a de ça dans "Start a War" mais c’est plus une chanson qui parle du fait d’essayer de garder contact avec quelqu’un. De même dans "Fake Empire" il y a des résonances politiques mais ça parle surtout du fait de se voiler la face et d’arborer un positivisme de façade.

Il y a quelque chose de l’ordre du working class hero dans ces chansons, non ?
Oui je pense que beaucoup de personnages dans nos chansons sont des gens qui essayent de devenir adulte, de faire face au fait d’aller tous les jours au travail et qui essaient en même temps de ne pas laisser tomber d’autres choses plus importantes dans la vie. "Racing like a pro" parle de ça. C’est l’histoire d’une jeune femme (mais ça pourrait tout aussi bien être un homme) qui est tellement focalisée sur sa carrière qu’elle en oublie tout le reste. Ce thème habite pas mal de nos chansons. D’ailleurs il est aussi au cœur de nos autres albums. C’est un de mes thèmes de prédilection.

A votre dernier concert à Paris, vous avez diffusé un morceau de la B.O. de Rocky après avoir quitté la scène. Pourquoi ?
Ce n’était pas vraiment pour citer Rocky. C’est juste que j’aime bien cette chanson parce qu’elle véhicule quelque chose comme une fierté retrouvée, comme si c’était le récit d’un perdant qui reprend espoir. Alors voilà, pour son côté triomphant et un peu bête à la fois, on s’est amusé à la passer quelques fois à la fin de nos shows. On ne le fait plus.

Vous êtes américain mais votre musique a des accents british. Comment l’expliques-tu ?
C’est vrai qu’on a souvent été décrit comme étant très européen, notamment très anglais. Pourtant, à part Padma qui est d’Australie, chacun de nous vient de Cincinnati, dans l’Ohio. Je pense que cela vient donc du background musical très personnel de chacun d’entre nous. Tu ne peux pas sonner 100% américain quand tes groupes favoris sont anglais et se nomment The Smiths et The Stones Roses, qu’à eux se joint Nick Cave qui est australien, mais aussi Simon and Garfunkel et Neil Young qui est canadien. Je ne saurais donc pas dire ce qui est anglais ou américain dans notre musique. Tout ce que je peux dire c’est qu’il n’y a rien de russe.

Comme vous êtes un groupe assez ouvert sur l’Europe plutôt qu’un groupe d’americana y a-t-il une ironie de votre part à vous appeler The National ?
Non, ça semble ironique mais ce n’était pas notre intention quand nous avons pris ce nom. Parce qu’on ne savait pas à l’avance qu’on n’allait pas sonner 100% américain. D’ailleurs certaines de nos chansons sont très ancrées dans la musique américaine et on a longtemps été considéré comme un groupe d’americana. Ce nom est plutôt le fruit du hasard.

Sur scène tu n’as que ta voix pour habiter l’espace. C’est dur pour toi ?
Un peu oui, car je ne sais jamais quoi faire de mes mains ! Alors je les agrippe au micro parce que je ne suis pas doué pour gesticuler sur scène. Parfois j’aimerais avoir une fausse guitare pour savoir où mettre mes mains. Peut-être devrais-je prendre des marionnettes.

Tu ne sais jouer d’aucun instrument ?
Oui, je n’ai jamais appris à jouer d’un instrument. J’ai fait un peu de piano mais ça ne m’a pas passionné. J’ai donc de la chance de pouvoir faire partie d’un groupe. Ils ne m’ont pas laissé tomber parce qu’on est amis. Et puis heureusement au fil du temps j’ai fini par trouver comment chanter donc j’ai gagné ma place dans le groupe.

A propos de ta voix, n’en as-tu pas un peu assez qu’on la compare tout le temps à celles de Leonard Cohen, Nick Cave, Stuart Staples ou Ian Curtis ?
Ces gens ont un timbre de voix assez grave et limité. C’est vrai que ma voix ressemble à la leur. Et puis ce sont des comparaisons flatteuses donc ça ne me dérange pas. Quant à Ian Curtis, pour tout dire je n’ai pas un seul disque de Joy Division, même si j’aime certains de leurs morceaux, notamment "Love Will Tear Us Apart". D’entre nous, Bryan est le plus grand fan de Joy Division. Ça peut parfois s’entendre dans sa façon de jouer de la batterie. Il a beaucoup appris de ces groupes comme eux et New Order.

Toi, de quels groupes ou artistes as-tu appris ?
Tom Waits, Nick Cave, Leonard Cohen et Morrissey sont des gens que j’ai beaucoup écoutés. Ils ont sans aucun doute une influence sur ce que je fais maintenant. J’ai aussi beaucoup écouté Robert Pollard des Guided By Voices. Ce que j’aimais chez lui c’est qu’il n’était pas vraiment un bon chanteur mais il chantait avec beaucoup de rage et de cœur.

Des gens trouvent que ton écriture se rapproche de celles de certains écrivains américains. T’es-tu forgé au contact de certains livres ?
Il y a des livres qui m’ont marqué. Pendant que nous écrivions Boxer je lisais Gatsby le magnifique et du Jonathan Ames. Certains passages de ces livres ont donc un peu influencé le disque. Parce que je pioche tout le temps des choses à droite à gauche. Dans Alligator il y a une chanson qui s’intitule "The geese of Beverly Road" et dans cette chanson il y a cette phrase : "We're the heirs to the glimmering world". Eh bien Heir to the Glimmering World est le titre d’un roman de Cynthia Ozick. Je ne connais pas ses livres. J’ai juste piqué le titre. Donc voilà, parfois les gens trouvent que mon approche de la chanson est très littéraire, ils pensent que je lis beaucoup mais je ne suis pas un rat de bibliothèque. Là encore, c’est assez flatteur de penser ça de moi, donc je laisse dire.

Pourquoi n’inscris-tu pas tes textes dans les livrets de vos disques ?
Parce que je ne pense pas qu’elles vaillent le coup d’être lues comme ça indépendamment de la musique. En plus, si tu veux trouver les paroles elle sont sur notre site. Mais je n’aime pas sortir les paroles des chansons, qu’elles soient lues hors du contexte musical. Elles n’ont pas été écrites pour être lues, elles ont été écrites pour aller avec une musique. Séparées de la musique ces paroles me semblent un peu idiotes.

A part ça quelle musique écoutes-tu en ce moment ?
Peu de choses, encore moins de nouveautés parce que comme je te disais en tournée j’essaie de me ménager le maximum de temps de repos. Mais j’aime beaucoup les derniers albums de Grizzly Bear et Elvis Perkins.

Merci Matt.
My pleasure.




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