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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 01:26
Métaphysique des teubs

Il y a un côté Godard chez HPG. Un côté Van Damme. Un côté Costes même. Une dimension bigger than life mêlant portée philo et déluge d’absurde que l’acteur porno mégalo exorcise depuis près de 15 ans en réalisant ses propres films. Caméra subjective et bite dressée en mains, il s’y mon(s)tre auscultant le réel jusqu’à l’os, accouchant parfois de vrais morceaux de poésie. On voit tout ça dans les 10 courts-métrages que regroupe HPG, Mon vit, mes œuvres, double DVD sorti en mars aux éditions Les Films de l’Ange. Sur ce, Mireille Dumas dans l’âme, je suis allé confesser la bête.



"J’accepte ma part de monstruosité"

"Pour assurer il ne faut pas avoir peur de passer pour un con"






Bonjour Hervé. Je suis là pour faire une interview définitive de toi.

Définitive…

La totale. Comme si c’était la dernière.

Ok. Mais la réponse, il faut que je te la fasse courte, carrée ? Que je reprenne ta question ?

Non, on discute. Tu me réponds comme tu le sens.

Ok.

Je dis "définitif" parce que tu sors un DVD qui retrace en 10 courts-métrages une grande période de ta vie. Pour certains tous ces faits d’armes font aujourd’hui de toi une icône comme le dit Télérama cité en ces termes sur la pochette de l’objet. Que ce journal te reconnaisse le statut d’icône ça ne te fait pas bizarre ? Ça veut dire que tu es arrivé au bout d’un truc, non ?

Tu fais cette interview pour une rubrique qui s’appelle "définitive" ?

Non, il n’y a pas de rubrique précise, c’est une interview "classique", si je puis dire.

Ok. Alors, est-ce que je suis arrivé au bout de quelque chose ? En tout cas j’aimerais que ma vie change par rapport à ce qui en est montré dans ce DVD. Parce que là-dedans je prends pas mal de drogues et d’alcool comme le montre notamment les 52 minutes de Mon vit, mes œuvres qui est une compilation de certains états paroxystiques que j’ai pu avoir durant une année. Mais c’est une compilation. Des fois des mecs s’amènent chez moi avec une bouteille croyant que je vais boire comme dans mes films mais non, je ne bois que le week-end, comme les beaufs, et ce n’est pas par plaisir, c’est pour lutter contre ma timidité. J’aimerais arrêter d’être dépendant de ça pour communiquer avec les autres. Alors actuellement je travaille sur moi pour y mettre un terme. Donc oui, on peut parler de quelque chose de définitif dans le sens où je n’ai pas envie de m’améliorer ni de devenir moins con mais de faire des conneries d’une manière différente.

Ton but, ça reste de faire des conneries ?

Des conneries non, c’est juste que j’ai une part de monstruosité ou de sauvagerie que j’accepte, qui fait de moi ce que je suis et que j’ai envie de garder. Parce que sinon après je vais faire quoi : des films sur les bons sentiments avec des fins heureuses ? Je vais donner des conseils aux autres ? J’ai déjà tellement de mal à me conseiller moi-même. Les films plein de bons sentiments, je laisse ça aux autres.

En même temps, attention, les extrêmes se rejoignent…

Oui, mais je peux aussi être con sans me droguer.

Ça te fait quoi d’être perçu comme une icône ?

Ça c’est quelqu’un de Télérama qui le dit parce que peut-être qu’on a couché ensemble, je ne sais pas. Ou peut-être que si on avait couché ensemble il ou elle dirait justement tout le contraire. Ce n’est pas parce que quelqu’un dit ça que je suis une icône. Si tu me demandes de réagir par rapport à un compliment qu’on m’a fait je peux être intarissable parce que je m’aime déjà beaucoup et j’aime qu’on me flatte. Aujourd’hui je vais donc m’abstenir de tout commentaire par rapport à une flatterie. Je laisse à cette personne le soin de ses propos.

Concrètement, les courts-métrages rassemblés dans ce DVD couvrent combien d’années de ta vie ?
15, je crois. Parce que pour le premier court-métrage que j’ai fait, j’avais encore le tour du sexe poilu et des cheveux, donc ça fait un sacré bout de temps. Aujourd’hui j’ai 41 ans.

Ton premier court-métrage c’est Acteur X pour vous servir. Il paraît que tu dis que c’est le court-métrage qui t’a fait sortir du X.
Oui et non parce que je ne fais pas le distinguo entre film X et film traditionnel dans la mesure où une merde dans le X et une merde dans le traditionnel ont les mêmes défauts scénaristiques. Ce qui les différencie c’est juste que l’acte sexuel est explicite dans l’un et pas dans l’autre, même si maintenant les réalisateurs du traditionnel sont fascinés par cette sexualité frontale et essaient d’en mettre dans leurs films. Mais voilà, il y a autant de cons dans le cinéma porno que dans le cinéma traditionnel. Avant j’étais dur à l’encontre du milieu du X, mais maintenant que j’ai un pied dans les deux univers, je trouve ces gens plus touchant que ceux du traditionnel parce qu’ils ont au moins la décence de ne pas avoir pris de cours de théâtre pour mal jouer. Et puis en général, ils ont quand même beaucoup d’humanité. Les acteurs pornos c’est des gens assez spéciaux que j’aime bien. Pour moi ils sont une plus grande source d’inspiration scénaristique que les abrutis dopés au cours Florent.

Tu parles précisément de ça dans le court-métrage Hypergolique.

Oui mais je n’ai rien contre ceux qui prennent des cours de théâtre. En prendre ou ne pas en prendre, là n’est pas la question, le tout c’est de bien jouer. D’ailleurs à un moment il vaut mieux prendre des cours, parce que déjà ça aide pour apprendre à gérer sa mémoire, donc voilà je vais sans doute m’y mettre, mais ce n’est pas ça qui fait un bon comédien.

C’est le vécu ?
Non, ce n’est pas forcément le vécu, tu peux n’avoir rien vécu mais te jeter avec une grande insouciance et une grande sincérité devant une caméra et ça fera de toi quelqu’un de bon si le metteur en scène sait t’accueillir et mettre en valeur ton vécu ou ton innocence. Mais heureusement que ce n’est pas forcément une question de vécu… En général ceux qui jouent le mieux ce sont les enfants entre 2 et 12 ans. Leur qualité d’interprétation est excellente. Quand tu es comédien tu as donc intérêt à ne pas trop te flatter parce que voilà ce que tu fais un enfant peut le faire. Pour assurer il te faut donc soit retrouver son insouciance soit ne pas avoir peur de passer pour un con. Ça, c’est très important.

Avec tes courts-métrages, tu ne cherches donc pas à sortir du X ?

Non, même quand j’ai fait mon premier long-métrage On ne devrait pas exister ce n’était pas pour me sortir du X, parce que je ne réfléchis pas en terme de ghetto mais en terme de qualité et de sincérité. Alors maintenant comme j’ai fait ce film les gens s’évertuent à me dire que je devrais m’en sortir comme si c’était misérable ou indécent d’être dans le X, mais non.

Mais si tu t’es mis à faire tes propres films j’imagine que c’est pour apporter une qualité et une sincérité que tu ne trouvais pas dans les films porno où tu étais simplement acteur.

Non ce n’est pas ça. Je trouve mon compte dans plein de films X et traditionnels. C’est juste qu’à partir d’un certain âge tu as besoin que l’acte créatif vienne de toi et moi voilà, j’avais envie de personnaliser des envies.

Envies que tu avais depuis longtemps ?

Euh… j’aimerais bien te la jouer acteur maudit en te disant que ça fait longtemps que j’ai envie de passer certains messages mais non, parce que je suis d’assez instinctif, je le suis d’ailleurs de moins en moins donc il faut que je fasse attention, mais voilà je n’ai jamais eu de plans prémédités. Là, je suis en train de faire un deuxième long-métrage donc c’est prémédité parce que ça dure des années et qu’il y a du budget, mais sinon non ce n’est pas forcément des envies qui me tiennent à cœur depuis longtemps. Mais attention, là je te la joue humble parce que quelqu’un me regarde. Une jeune femme que j’aime beaucoup. Et je te dis ça parce que pour moi qu’elle soit là a une incidence sur moi. D’ailleurs, si je faisais un film, je me servirais de l’incidence qu’a cette jeune femme sur mon discours. Peut-être qu’à un moment, je vais peut-être dire un truc qui va la faire gueuler et je vais être obligé de lui demander de se taire parce que c’est mon interview, pas la sienne. Voilà le genre de situations sur lesquelles j’aime travailler. J’aimerais qu’elle ne soit pas là, mais le fait qu’elle soit là va sans doute m’apporter plus que si elle n’était pas là et il faut que j’essaie de trouver pourquoi. Et à partir du moment où je trouve pourquoi, si je fais preuve de créativité et si j’ai su l’insérer dans notre discussion alors la discussion sera mieux que si elle ne s’était déroulée qu’entre toi et moi.

Ce qui t’intéresse le plus c’est ce qui se passe dans les coulisses…

Oui, parce que par exemple les coulisses de cette interview sont intéressantes : je réponds à tes questions en me servant de ton corps pour ne pas voir Gwen (sa nouvelle compagne, Nda). Si elle n’avait pas été là j’aurais pu me vanter de mes prouesses sexuelles lors de certaines questions que tu m’as posées, si tu avais été une belle nana je me serais même arrangé pour qu’elle ne soit pas là, mais comme elle est là je vais devoir essayer d’être un peu plus intelligent. Mais ça va être dur. Biaiser avec elle, c’est dur. Mais voilà comment je fonctionne et c’est ça que tu dois dire de moi parce que ce que je viens de te dire répond sans doute à pas mal de questions que les gens se posent ou ne se posent pas à mon sujet. Mais je ne sais pas si tu as compris ce que je viens de dire. Moi c’est l’incidence extérieure qui m’intéresse, tout ce qui fait que rien ne se passe jamais comme prévu. C’est pour ça que j’aime le cinéma, parce que tu as toujours des problèmes qui t’obligent à modifier ta scène. Tu es toujours rattrapé par la réalité.

(Suite.)

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Published by Sylvain Fesson - dans IDEEcryptage
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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 01:02
Le B.O. Bizarre












"sortir des soirées rock entre initiés"


"rien à faire de devenir un groupe culte"

 

 


Vincent McDoom joue dans le spectacle et chante un morceau dans le disque. Comment a-t-il atterri dans le projet ?
C'est un choix de Renaud Cojo. Il voulait vraiment avoir un personnage de la télé réalité parce que le spectacle montre l'enregistrement d'une émission de télé type Ça se discute pour suggérer un parallèle entre les freak shows d'autrefois et la télé réalité d'aujourd'hui. Vincent McDoom est donc un peu notre monstre contemporain, si on peut dire.


C'est un bon atout promo pour le disque et la pièce ?
Pour le disque, je ne sais pas, mais pour le spectacle, oui. Des gens viennent spécialement pour le voir et lui demander des autographes après le spectacle. Les gens viennent le voir comme ils venaient les monstres des baraques de foires et c'est aussi pour ça que Renaud l'a choisi.


Il amène de l'ambiguïté dans le projet parce que sa "monstruosité" n'est pas jouée, il est travesti sur scène comme à la ville mais l'ambiguïté majeure vient surtout du fait qu'il s'est lui-même exhibé en tant que freak dans une émission de télé réalité.
Oui, mais je pense que c'était pareil au 19e siècle parce que certains ne pouvaient faire que ça. Lui voulait être populaire pour montrer sa différence à tout le monde et ouvrir le dialogue. Donc voilà sa démarche peut se comprendre.


Sur le site Gonzaï.com, un internaute a laissé un commentaire à propos de ce morceau en disant "Totalement décadent. A mi-chemin entre un boudoir de fumeur d'opium fin 19e et un film porno suédois fin 70. Argh, je ne veux pas imaginer un film porno avec McDoom !" Les mecs sont perturbés de ressentir une attirance pour l'organe de McDoom !
C'est un peu ça, il a énormément de charme, c'est très troublant. Et puis c'est un mec extra, vachement curieux de tout.


Sur ce disque la seule reprise vient d'un titre à vous, le très disco-pop "Pretty Lads" issu de The Belgian Kick que vous ralentissez à l'extrême pour en faire un trip stellaire orgasmique. Pourquoi cette reprise ?
En fait c'est une version qu'on a faite pour la scène après la sortie de The Belgian Kick. Je tenais absolument à ce qu'elle soit un jour gravée sur disque. Comme Renaud l'aimait beaucoup on s'en est servi pour le spectacle. On la joue en rappel. Les comédiens reviennent danser un slow dessus en contre-jour. C'est assez beau.


Dans le groupe êtes-vous des fans d'opéras pop ?
Non. Moi, je n'en connais pas beaucoup. Par contre je suis super fan de Phantom of the Paradise de Brian de Palma. C'est une merveille cette relecture du mythe de Faust.


Tommy des Who ?
Je l'ai vu sur Arte à Noël, et j'ai été un peu déçu. Le film a mal vieilli. Ça m'a un peu gonflé.


En tous cas je ne crois pas qu'un groupe français se soit déjà risqué à faire un opéra pop.
Il y a Le Soldat Rose en ce moment. Je rigole. En son temps Magma a peut-être des trucs de ce genre, mais je ne pense pas qu'on puisse parler d'opéra pop.


Là, je vois sur une affiche derrière nous : Claire Dit Terzi. Elle n'a pas fait d'opéra pop mais elle a fait un spectacle musique-danse avec Découflé. Katerine en a fait un avec Mathilde Monnier, Laetitia Sheriff aussi avec Hervé Koubi. En marge des concerts classiques des projets plus hybrides se développent.
Oui, et ce que fait par exemple Katerine, j'adore. Katerine, c'est un vieux pote. On a commencé sur le même label en 93, chez les rennais de Rosebud. Quand il sortait Les mariages chinois on sortait There's the rub.


Tiens, mine de rien, Katerine travaille lui aussi sur le thème du monstre.
Complètement ! Et sa métamorphose est énorme, c'est génial. En plus il joue avec les ex-Little Rabbits qui sont aussi des potes à nous. Ce qu'ils ont fait live, j'ai trouvé ça très fort. Katerine c'est vraiment un mec hyper intéressant en France.


Vous, on ne vous avait jamais proposé de travailler sur spectacle extra-musical ?
Non. Mais on aimerait bien faire plus de choses comme ça à l'avenir, histoire de sortir un peu du réseau de salles où on a l'habitude de jouer ainsi que du circuit classique disque-promo-concerts. Là par exemple ce qui est bien avec la pièce c'est qu'on joue devant un public très hétéroclite. Il y a des abonnés, des gens qui viennent pour nous, des gens qui viennent pour McDoom, des gens qui viennent pour Renaud, c'est un grand mélange et c'est bien parce que ça change des soirées indie rock entre initiés et ça permet de faire découvrir notre musique à des gens qui n'auraient jamais entendu parler de nous sans ça.


En marge du spectacle Elephant People, avez-vous prévu des concerts autour de la sortie de ce disque ?
Pour l'instant non. On n'est pas contre c'est juste qu'en ce moment on n'a même pas de tourneur. Et puis ce n'est pas facile pour nous de mettre au point une tournée parce qu'on est tous dispatché aux quatre coins de la France et dans différents projets. Actuellement Etienne (Jaumet, Nda) est par exemple occupé avec Zombie Zombie.


Toi, quels sont tes autres projets ?
A côté de ça je suis graphiste, et je fais un peu de photo et de musique pour moi.


C'est donc toi qui a fait la photo du type qu'on voit en couverture de The Belgian Kick !
Oui. C'est un copain que j'ai pris pour mascotte de tous nos visuels de l'époque.


The Belgian Kick a bénéficié à juste titre d'un bon succès critique. A cette époque j'ai l'impression qu'on a commencé à plus parler de vous dans les journaux.
Oui, mais tant que tu n'as pas le passage radio qui fait le lien ça ne sert malheureusement pas à grand chose. Alors on nous dit toujours après coup que nos disques sont supers et qu'on va devenir un groupe culte mais on n'en a un peu rien à faire de devenir un groupe culte, on aimerait juste que les gens découvrent nos disques quand ils sortent. Tu vois, je viens de lire un article sur Sebastien Tellier dans Les Inrocks où Tellier invite à découvrir Lucio Battisti et son morceau "Ancora Tu". Moi, j'aime bien Tellier mais bon, ce morceau on l'avait déjà repris à l'époque de R/O/C/K/Y. En italien. En 99.


Il a l'avantage d'être plus facilement médiatisable que vous parce qu'il vient de la French Touch, parce qu'il est seul aussi et qu'il a des lunettes et une barbe, un personnage quoi.
Exactement. Alors que nous on ne met personne du groupe en avant. Là encore une fois on ne nous voit pas sur la pochette, elle est toute noire, donc c'est aussi un peu de notre faute ce manque de médiatisation parce qu'on ne joue pas le jeu. Mais bon c'est un truc qu'il faut sentir. Christian n'a pas forcément envie de devenir un personnage public.


Katerine et Tellier, c'est ce qui a fait leur force à un moment : ils ont senti qu'ils pouvaient jouer un personnage qui pouvait parler aux gens.
Voilà, c'est ça, en France il faut être un personnage opulent et truculent comme -M-, Tellier et Katerine. Il faut porter un costume rose, se peindre le corps ou se laisser pousser la barbe et porter des lunettes noires. Nous ce n'est pas notre truc, on est plutôt dans un trip de groupe où chaque membre est une tête chercheuse, comme chez Sonic Youth et le Velvet Underground.


On dirait presque que vous ne voulez pas qu'on sache pas qui est derrière votre musique.
Oui, c'est ça qui intéressant, qu'il n'y ait pas de culte de la personnalité associé à tout ça, comme chez Daft Punk. C'est plus intéressant parce que du coup ça implique une démarche graphique captivante, qui nécessite parfois de faire appel à des artistes contemporains, ce qu'ont fait les Beatles, le Velvet, les Talking Heads, Sonic Youth ou même Ween, un groupe qu'on aime beaucoup. Leurs morceaux sont super, tantôt poignants, tantôt punk rock, mais à chaque fois l'écriture est parfaite et dans chacun de leur disque tu as l'impression qu'il y a toute l'histoire du rock.


Comme dans vos albums.
J'espère.


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8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 19:26
Le B.O. Bizarre

















En ce moment certains se la pètent en
répétant sans cesse qu'ils ont écouté Transformer à 12 ans, qu'ils ne s'en sont jamais remis et que leur premier album en porte grave l'empreinte, même s'ils sont français, et qu'ils chantent en français. (Je pense à Alister, pour ne pas le nommer.) Ceux-là ont le supplément d'âme. Ok. Ils rentrent dans la case rock comme on rentre dans un cuir un peu trop cintré. Ok. Bien. "Vas-y prend une clope maintenant. Oui, porte-la à tes lèvres. Ça y mec, tu ressembles à quelque chose." Clap, clap. Voilà, entre nous soit dit, c'est ridicule. Mesquin. On reste à hauteur d'homme. Le plancher des vaches. Le moulé des hanches. Le rock = mode. Toujours. Parce qu'iconique. Voyez The Kills sur lequel tout le monde s'astique la nouille. The Kills qui fait l'éloge de la noirceur, de Florence Rey, pfff... Alors quand quelqu'un crève le plafond et nous propose la quatrième dimension, yesss... Ce que nous apporte The Married Monk.


The Married Monk est français. The Married Monk est cinq : Christian Quermalet, Philippe Lebruman, Etienne Jaumet, Nicolas Courret. The Married Monk a écouté Transformer, mais ne porte pas le cuir. Non, le cuir The Married Monk le déchire comme Hulk son énième calbute. Sans concession. Parce que ce groupe dévore tout sans se conformer à une quelconque dogme rock. Il le montre dans Elephant People, cinquième album initialement conçu comme la bande-son d'un spectacle. Un spectacle qui parle des figures emblématiques de la monstruosité. Et de monstres, ce disque en est rempli. N'est-ce pas Pulp et Bowie sur "Spiel", Daft et Justice sur "Merrick's Meditations", Lou Reed sur "Brother J", Air et le Floyd sur "Me and Me", Gainsbourg et Jane sur "Double Doom", Lynch sur "Conversation Piece" ? Génial. Une rencontre s'imposait. Elle a lieu dans le 18e arrondissement de Paris le 29 février dernier avec Philippe Lebruman.













"de Kate Bush aux Ramones"


"on ne s'interdit absolument rien"



Bonjour Philippe. Cet album parle de monstres parce qu'à la base il illustre une pièce dont c'est le thème. Mais j'ai l'impression que votre musique a toujours parlé de ça. Elle brasse tellement de monstres musicaux, comme Bowie, Lou Reed et Gainsbourg, et une telle diversité d'influences qu'elle en est monstrueuse.
Il y a de ça, oui, parce que ces artistes que tu cites font partie de nos influences, et qu'on s'intéresse un peu à tout. On écoute autant de la musique classique que du jazz et des génériques télés. C'est d'ailleurs pour ça que qu'on n'a jamais réussi à rentrer dans une case et que les gens ont toujours du mal à nous cerner. En plus, en 15 ans d'existence, plein de personnes sont passées par ce groupe, de Stéphane (Bodin, Nda) de
Prototypes à Fabio (Viscogliosi, Nda), et ça a renforcé le brouillage des pistes car ils y ont aussi amené leur univers. Ça explique pourquoi sur un disque comme R/O/C/K/Y tu retrouves des morceaux en anglais et des morceaux en italien. On a toujours aimé tordre un peu les choses, jouer avec les codes, au niveau du son, des images. Du coup, sur chaque disque on glisse des reprises décalées. Ça va de Kate Bush aux Ramones. C'est peut-être notre côté Beaux Arts qui veut ça, parce qu'on a fait les Beaux Arts !


Christian et toi, vous vous êtes rencontrés dans cette école ?
En fait on vient tous les deux de Cherbourg et, dans une ville où il n'y a pas beaucoup de concerts, deux personnes qui s'intéressent à mort à la musique se rencontrent forcément. On s'est donc rencontré là-bas il y a longtemps. On a joué assez rapidement ensemble dans un premier groupe qui s'appelait Swam Julian Swam. On faisait une noisy pop bizarre. Christian ne chantait pas, il était bassiste. Et quand il s'est mis à écrire des chansons, on a formé The Married Monk. Aujourd'hui on ne se voit plus tellement parce que lui vit à Lyon depuis 2-3 ans. Mais c'est vrai qu'il y a une évidence entre nous, en terme d'esthétique musicale. A une époque où on pouvait se faire taper sur la gueule si on écoutait autre chose que du punk, nous on écoutait autre chose. Avant que je le rencontre, Christian jouait avec un groupe qui s'appelait
Les Tétines Noires (l'ancêtre de LTNO, Nda) et ils avaient mauvaise réputation parce qu'ils affirmaient une différence évidente, en se déguisant, en étant glam, trop bizarre pour l'époque et cette ville. A Cherbourg, ils étaient vus comme le monstre, les mecs sur qui on crache. C'est d'ailleurs un peu pour ça qu'on a créé The Married Monk : pour montrer qu'il y avait autre chose que le rock "rock".


Le thème du monstre était donc déjà latent depuis le début de The Married Monk...
Oui, il était là, c'est clair, même si on a mille autres références, comme un coucher de soleil ou un avion, des choses beaucoup plus romantiques et naïves. C'est le mélange de tout ça qui est intéressant.


Ce disque, on va forcément entendre dire qu'il est "lynchien"...
Pourquoi pas. Ça nous correspond tout à fait. On est friand de ses films. D'ailleurs il a fait Elephant Man. Et la BO de Twin Peaks, cette musique mainstream de piano-bar un peu ringard qui plonge dans le sordide et le terrifiant, c'est passionnant.


A propos de monstruosité, quel a été ton premier contact avec la monstruosité ou l'idée de monstruosité ?
Je ne sais pas. A quel niveau ?


Personnel.
C'est-à-dire ?


Je ne sais pas, par exemple moi quand j'étais gosse j'étais assez fasciné par ce que je trouvais dans Le livre des records...
Ah oui, l'homme le plus grand du monde, ce genre de choses ?


Par exemple.
Oui, je vois. Moi j'ai le souvenir du générique des Dossiers de l'écran. La musique était hyper flippante, ça m'a marqué à donf. Je me rappelle y avoir vu L'homme qui rétrécit, l'histoire d'un mec qui est sur son bateau en week-end avec sa femme et un nuage radioactif lui passe dessus pendant qu'elle est dans la soute. Résultat, au fil des jours il rétrécit de plus en plus et il finit par se battre contre une araignée avec une épingle en guise d'épée. Je ne sais pas si c'est de la monstruosité mais cette histoire du mec réduit à néant m'a vachement marqué car comme je ne comprenais pas tout j'étais happé dans une ambiance de menace. Et ce générique ! Dingue.


D'autres musiques t'ont fait des effets similaires ?
Petit, j'ai été très imprégné par l'univers de Pierre et le loup de Prokofiev. Je me rappelle vaguement de certains films de Kubrick aussi. Et puis dans les années 70 il y avait François de Roubaix. Nous qui sommes des trentenaires bien tassés, on ne peut être que fan. A l'époque il faisait plein de génériques de dessins animés, dont Chapi Chapo, et ça donnait des choses assez audacieuses qu'on n'a plus maintenant. On a été marqué par son utilisation des synthétiseurs.


Quels sont tes albums cultes ?
Il y en a tellement. Ça dépend des époques. Ado, j'écoutais XTC, Talk Talk, David Sylvian. Mais j'aime autant certains morceaux des Eagles que ceux des Throbbing Gristle. Ce qui est bien avec Christian c'est qu'on ne s'interdit absolument rien, on peut trouver une suite d'accord géniale dans Dire Straits comme un son de caisse claire mortel dans Aphex Twin. On n'a aucune barrière. Et ce qui m'agace un peu en France, c'est que les gens raisonnent souvent par cases, genre "Là, j'écoute du post-rock et puis après je n'écouterai que de l'électro". Nous, on aime autant le hard rock qu'Erik Satie ou Ravel. On n'est pas plus branché synthé analogique que triangle ou quatuor à cordes. C'est ça qui nous lie.


Du coup le concept d'opéra pop vous convient parfaitement parce qu'il vous permet de lâcher la bride à la diversité qui vous habite.
Tout à fait, c'est ce qui a intéressé Renaud (Cojo, Nda). Il a senti qu'on pouvait à la fois faire des instrumentaux planants comme des trucs hyper rentre-dedans ou des pop-songs tristes. Et c'est pour ça que ce projet nous intéressait à fond. C'est un peu bateau à dire, mais les seuls qui ont vraiment réussi à faire ça c'est les Beatles. Christian et moi on se retrouve vraiment dans L'album blanc qu'on a d'ailleurs redécouvert aux débuts de The Married Monk. "Ob-La-Di, Ob-La-Da", "Helter Skelter", "Revolution 9", la pochette blanche, génial...


Vous, pour Elephant People, c'est une pochette toute noire !
Voilà, la boucle est bouclée !


(Suite.)

 


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7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 23:32
Space Cow-boy

















2001 : J’habite Montreuil. A la médiathèque je vois un disque avec une pochette bizarre affublée du titre
R/O/C/K/Y
. J’emprunte. Ecoute : bizarre la musique, mais (sur)prenante. En 2004, j’ai une copine. Elle a l’opus suivant de ce groupe, les Married Monk. Le disque s’intitule The Belgian Kick et affiche encore une fois une drôle de pochette. J’écoute : toujours cette même musique protéiforme, mais on sent que le groupe a tout de même su mettre un peu d’ordre dans ses idées. Cet album a de la gueule. Ses climats forment un tout, harmonieux mais varié. Je suis séduit. En 2008 par je ne sais quel miracle je reçois leur cinquième album, Elephant People.

 

Par je ne sais quel miracle parce que je ne l'ai même pas demandé. Ce disque, je ne savais même pas qu'il allait sortir. Mais je l'écoute, volontiers. Le packaging est d'une élégance rare. Deux "M" très Marilyn Manson barrés d'un éclair à la Flash Gordon viennent à peine troubler la surface impeccablement noir d'un boîtier qui a tout d'un monolithique. Le rituel de mise en platine du disque n'en est que plus délicieux. J'écoute. Et là, la claque. La musique n'a rien perdu de sa superbe bizarrerie. Mais elle y a gagné en luxe, calme et volupté. En évidence. En clarté. Le son est sublime. Chaque plage décolle comme un feu d'artifice. Tout s'enchaîne idéalement avec son lot de surprises, d'instrumentaux, de morceaux remuants et de pures lévitations qui me démontent la tête.

 


"Spiel". Décollage immédiat. A la Pulp "Do You Remember The First Time". Voire Bowie de "Space Oddity". La voix de commandeur dans son cockpit, princier, inquiet. Une ascension insubmersible. Jubilatoire. Mélancolique.


"Merrick's Meditations". Le beat gras des Daft et Justice. La scie musicale. La science compositrice. L'ascension toujours. Et la voix toujours. Grave. Humaine. Robotique. HAL.


"Brother J". Sur ce blues de space cow-boy le spoken-word de Christian Quermalet fait des ravages. Biberonnée aux accents Lou Reediens, sa voix dégage un flegme au charisme foudroyant. Cette voix mâchonnante et envapée, c'est une voix de narrateur en puissance, une voix qui a vécu, dure en affaire, mythologique. La classe.


"Me & Me". Instrumental, léger, parfait. On avance encore vers ailleurs. D'étonnement en étonnement. Surtout que ça s'achève sur un petit déluge de frappes tribales du pus bel effet.


"Clementine's Song". Pop song élégante, distrayante, gracile, ponctuée par un chant de femme qui décalotte gentiment les quartiers à l'heure du thé.


"Double Doom". Une autre voix de femme, d'une élégance terrible, anglophile, celle de Vincent McDoom. Oui, l'animateur télé, le freak de La ferme célébrité. C'est la Jane Birkin du disque. Le morceau Melody Nelson. Sur un plateau d'argent. Sexy. Troublant. Nocturne. Planant. Et ce saxo qui se convulse en arrière fond. Chic et angoissant.


"Conversation Piece". Instrumental d'obédience lynchienne. Ambiance d'hôtel louche aux couloirs déroutants, vacillants. Encore une fois plane l'ombre du thin white duck, celui d' Outside.


"Hail 2 The Hound Man !" Un morceau éméché, kitsch, fou-fou. Les confettis explosent, les serpentins aussi. On danse avec son chien. On danse avec son chat. "La Queuleuleu" version Married Monk.


"Delphine's Angels". Instrumental synthé-folk. C'est simple, pure, cristallin avant de retomber dans les ténèbres, les cerbères et les vers. Les extrêmes qui se rejoignent et s'absorbent en ruban de Möbius.


"Elephant People". A nouveau ce côté Pulp, le planant et rose-bonbon de "Someone Like The Moon". Cette mélodie s'éternise en tourne-boulant sans fin. Divin.


"Pretty Lads (Slow Motion 2007)". Mais où est on ? Où est on ? C'est sublime de psychédélisme léthargique. Un sommet. Céleste. Chaque note étirée comme un orgasme à répétition ralenti X fois. "Everything in its right place".


"Clementine's Word". On n'a pas vu le temps passer et voilà que « les moines mariés » déjà s'envolent. On regarde leur soucoupe volante manger la nuit, s'y confondre, immense, mouvante, dans un ronflement d'orgues cosmiques. On n'est pas triste. On a la tête pleine de rêves prêts à peupler le jour et la nuit.


(Suite.)


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27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 23:28
Perfect rock antidote

ScenarioRock_HistrionicsCDAcov.JPG















Entre le
Sexuality de Sebastien Tellier, le Soft Power de Gonzales, le Reality Check de The Teenagers, le Saturday = Youth de M83, le The Fortune Teller Said de Rhesus et même le XmasmiX de Justice (refusé par le label anglais Fabric pour cause de surdose de Balavoine, Julien Clerc et de slow type La Boumesque) un courant passe : celui de la pop FM. Elle souffle un vent de décomplexion total sur nos vieux schémas intello-rock. Certains crient au scandale. D’autres s’en réjouissent. Arborant la win attitude de ceux qui s’exportent à fond grâce à leur tube "Skitzo Dancer" et l’appui des potes à la Croix de Jésus, Scenario Rock ajoute un nouveau pavé dans cette marre FM : Histrionics. Fraîchement revenu d’une tournée de quelques dates à Mexico, tranquillement chez lui en train de répondre à ses mails avec un café crème, Medhi Pinson décroche le combiné pour nous parler de ce deuxième album.

scenariorock2.JPG










"entre The Cure et Michel Berger"

"
Histrionics est un album de crooner moderne"





Si je te dis qu’Histrionics m’a donné l’impression d’écouter la bande FM…
Je trouve ça cool. Comme souvent le terme rock est galvaudé, il n’y a rien de dégradant à parler de pop FM. Surtout qu’il y a énormément de pays où la variété n’existe pas. Et je ne vais pas me lancer dans une liste parce qu’on n’en finirait pas mais il y a énormément de grands artistes qui font de la pop FM, des chansons universelles qui tuent et que tout le monde écoute parfois sans se l’avouer. Pour moi il faut réactualiser ça.

Beaucoup de vos morceaux m’ont semblé sonner comme un mélange des Cure et de Michel Berger.
C’est marrant que tu me dises ça parce que justement dans Tsugi ils ont fait une chronique où ils citaient des artistes comme Michel Berger mais de manière complètement péjorative alors que c’est plutôt flatteur d’être comparé et perçu comme un grand écart entre ces artistes The Cure et Michel Berger. Ce jugement est assez représentatif de l’état d’esprit des médias et de la manière dont on essaye de faire rentrer la musique dans des cases, c’était moins le cas dans les années 80 ou même à la fin des années 90. Il y avait beaucoup plus de liberté dans la manière de produire des disques, c’était moins régi par des lobbys radio et d’autres trucs à la con.

C’est tout à fait ce que me disait dernièrement Gonzales à propos de son dernier disque. Avec Soft Power, il dit vouloir réhabiliter une écoute émotionnelle de la musique, une écoute qui ne soit pas cérébrale et identitaire en vertu de tel ou tel esprit de chapelle. Il s’est donc laissé guider par le sentiment de décomplexion totale qu’il éprouvait quand il écoutait les Bee Gees à la radio dans les années 70. Finalement n’es-tu pas dans la même démarche de régurgiter tes années radios ?
J’ai surtout envie de me sentir libre et de m’amuser à faire ce que je fais. J’ai conscience de la chance qu’on a de pouvoir développer un projet comme Scenario Rock à l’époque dans laquelle on vit. Si je n’avais pas un gros label derrière moi et le soutien des artistes et des médias, je serais peut-être contraint de rentrer dans des cases pour me faire entendre, mais comme j’ai cette opportunité j’essaie de m’en servir pour défendre une vision de la musique et de l’entertainment qui fait partie de ma culture et qui a de plus en plus de mal à exister bien qu’on continue de l’écouter.

Au niveau des ventes, ça paie ?

Pour un groupe au profil indépendant notre premier album a plutôt bien marché. A un moment où la plupart des artistes signés en maison de disques sont remerciés si on est encore là pour faire un nouvel album c’est qu’il y a forcément un intérêt autour de Scenario Rock. Pour ce qui est d’Histrionics c’est encore un peu tôt pour se prononcer mais pour l’instant les retours sont plutôt chouettes, d’ailleurs ils sont bien meilleurs que ceux qu’on a pu avoir sur le premier album.

Depuis tout à l’heure tu dis "on" en parlant de Scenario Rock. Scenario Rock c’est un groupe ?
En fait comme dans la plupart des groupes il y a un compositeur unique donc voilà le frontman c’est moi mais ce n’est absolument pas mon album solo, d’ailleurs j’ai plus l’impression qu’on fonctionne comme un orchestre dans le sens noble du terme que comme un groupe de rock. J’essaie d’écrire et de produire les chansons avec les musiciens qui m’accompagnent. Depuis nos débuts un grand nombre de musiciens et de producteurs nous ont épaulé, ce qui fait que la liste des crédits des musiciens dans chacun de nos albums est longue comme le bras.

Ce qui permet de faire un morceau lyrique et orchestral comme "Histrionics". Un morceau de près de 10 minutes en plage 4 c’est étonnant…
Sachant que pour moi c’est le titre qui synthétise toutes les émotions qu’on retrouve sur le disque en c’était idéal qu’il soit au centre de l’album. Et ce qui est cool comme je disais tout à l’heure c’est de pouvoir garder cette liberté de format, c’est vraiment un luxe.

L’album démarre avec une pêche très estivale, mais dans la deuxième moitié il s’enlise dans des climats moins évidents, plus tristes. C’était un choix ?
Il y a quelque chose d’extrêmement chronologique dans le déroulé de l’album et dans la manière dont il s’est conçu. Il commence avec des choses qui peuvent sembler plus sucrées et superficielles pour ensuite laisser place à des choses beaucoup plus intimistes. Donc évidemment, plus on rentre dans l’album et plus il nécessite une écoute approfondie.

Que veut dire Histrionics ? C’est un mot qui existe ?
Oui, c’est un terme qui désigne une mise en scène théâtrale très dramatique et mais aussi un état psychologique extrêmement narcissique et exubérant qu’on retrouve chez les gens qui ont absolument besoin de reconnaissance. D’une certaine manière ça résumait donc bien l’atmosphère romantique et plaine de clins d’œil liés au monde du spectacle qu’on retrouve dans le disque. Pour moi Histrionics est un album de crooner moderne.

C’est marrant que tu dises ça parce qu’en l’écoutant j’ai pensé à
Sebastien Tellier et à son dernier album, Sexuality, qui est lui aussi un album de cronner, je trouve. Tu l’as écouté ?
Oui, et autant on a une approche différente en terme de son, autant en effet ce côté crooner moderne est très présent chez des gens comme Seb Tellier.

C’est un fantasme générationnel ? La nostalgie du quart d’heure américain ?
Je ne sais pas, c’est le côté Sinatra, le côté Brian Ferry, tu vois ce que je veux dire ? Le crooner c’est un style qui n’était plus trop représenté et qui revient, avec parfois beaucoup d’élégance et d’authenticité notamment chez des gens comme Seb Tellier à qui tu fais référence, donc je trouve ça plutôt chouette.

Qui serait ton crooner ultime ?

Pour moi ça pourrait être un chanteur, mais ça pourrait tout aussi être
The Big Lebowski, tu vois ce que je veux dire ? Ou un mec comme Ferris Buller. C’est-à-dire que c’est avant tout un état d’esprit. C’est tout ça que cet album synthétise.


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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 01:43

XXI

XXI, l’info XXL


couv-21.jpgLe 17 janvier sortait un nouveau journal… en librairie :
XXI (prononcez "21"), 200 pages, d’articles, de photos et de BD reportages, sans pub, pour célébrer l’amour de l’info, la vraie, celle qui se recueille sur le terrain et a un prix. Deux semaines plus tard, contre toute attente, ce trimestriel s’était déjà écoulé à près de 40 000 exemplaires. Les raisons de ce succès, on en discute avec Patrick de Saint Exupéry, ex grand reporter au Figaro et désormais rédacteur en chef de XXI.


"Quand on veut un avis éclairé sur un fait marquant pour prendre du recul et le mettre en perspective, c’est
à nous écrivains que les journaux font appel mais en dehors de ça personne ne lit nos livres", disait en gros je ne sais plus quel écrivain dans je ne sais plus quel journal je ne sais plus quel jour. La presse et la littérature seraient-elles donc à ce point irréconciliables ? En ce moment des éditeurs, des journalistes et des écrivains pensent que non, puisqu’en janvier les éditions Autrement ont lancé Mook et celles des Arènes XXI, deux projets de livres-magazines (autrement dit "mook", contraction de mag et de book). Tous deux sont trimestriels, tous deux coûtent 15 euros, tous deux cherchent à enrayer la course à l’actu et son info fast food en réhabilitant le récit du réel, celui qui fait se déplacer un homme d’un endroit à un autre pour raconter ensuite ce qu’il a vu, entendu, vécu. De la matière donc, de la chaire, l’incarnation des hommes et du terrain, ni plus ni moins. Une tâche vieille comme le monde qu’on a un peu perdue en chemin. 

Ainsi Mook se dit être "le livre-magazine de ceux qui désirent le monde autrement. Le Mook, c’est avant tout un état d’esprit en osmose avec le monde comme il va. Magazine de tous ceux qui initient des révolutions minuscules, il met en valeur les innovateurs, les entrepreneurs au sens large, les créateurs d’objets, d’idées, d’émotions, de valeurs. Ces aventuriers du quotidien, on les retrouve dans tous les secteurs d’activité, culturels et sociaux, économiques et technologiques, scientifiques et littéraires ; différents dans leur choix de vie, si ressemblants dans leur approche. Et c’est cette transversalité que le Mook veut représenter et donner à voir. Loin des "héros" et des grandes causes médiatisées, le Mook valorise ceux qui font discrètement bouger les lignes, ceux qui à petits pas font évoluer la société… et la vision que celle-ci a d’elle-même. Le Mook, hybride dans la forme et original sur le fond s’adresse en priorité à ceux qui, à des moments charnières, s’interrogent sur le sens de leur vie, leur parcours professionnel, l’adéquation entre ce qu’ils sont et ce qu’ils font." Mais des deux c’est XXI qui nous a le plus convaincu, en terme de forme et de contenu. D’ailleurs c’est un succès. Interview.
 


patrick-de-saint-exupery-copie-1.jpg
"aller voir et raconter, j’ai toujours trouvé ça incroyable"

"XXI,
c’est de la lecture, pas de la consommation !"





Bonjour Patrick de Saint Exupery. Alors il paraît que vous avez vendu 40 000 exemplaires de 
XXI ?
Oui, on ne s’attendait pas à ça (rires) ! On en a tiré 40 000 et il nous en reste 1000 en stock. Et 40 000 c’était pour 3 mois. On en a donc vendu 39 000 en deux semaines. Donc voilà, il y a du boulot maintenant.
 
Combien comptez-vous en retirer ?
Alors là le tirage c’est une étrangeté chez XXI mais ce n’est pas nous qui l’avons fixé, ce sont les libraires car c’est eux qui nous diffusent. Il nous avait demandé 30 000 exemplaires. On a fait une petite marge à 40 000. On a bien fait. Maintenant pour ce qui est d’en retirer, on ne sait pas encore, on attend un peu car on n’est pas dans l’urgence puisqu’on n’est justement pas dans les tempos de la presse.
 
XXI est le fruit d’une rencontre entre vous et l’éditeur Laurent Beccaria. Comment et quand vous êtes-vous rencontré ?
Vous savez une rencontre ça prend un peu de temps. On s’était rencontré pour la première fois en 2004 quand j’ai été publié aux Arènes, la maison d’édition que dirige Laurent Becarria, et à partir de là on a continué à discuter, à nous écouter et on s’est lancé dans XXI parce qu’on se retrouvait sur un projet commun, entre le journalisme et l’édition.
 
Ça donne quelque chose d’hybride.
En fait la proposition est très simple : c’est un esprit presse dans une format librairie. Après vous me dites que c’est hybride, je ne sais pas, est-ce que les choses un peu nouvelles et différentes ne génèrent pas toutes ce type de première impression ?
 
Dans l’édito du numéro 1 vous dites que le journalisme tel que pratiqué par Albert Londres est éternel, "seules les formes changent". N’est-ce pas ça le côté hybride : trouver la nouvelle forme qui va refaire jaillir l’essence journalistique ?
A mon sens, la première légitimité du journaliste est toute simple, c’est d’avoir été là, quelque part, n’importe où d’ailleurs, mais quelque part, avoir vu, constaté, entendu et de le raconter. Pour moi c’est un truc indéracinable cette incroyable possibilité qu’a le journaliste d’aller voir et de raconter. Moi j’ai toujours trouvé que c’était quelque chose d’incroyable.
 
Dans l’écriture, on a l’impression que XXI réhabilite le journalisme subjectif…
Notre ton est simple, c’est le réel, la retranscription du réel. On est dans le narrative writing, le journalisme de récit, on va à un endroit et on raconte. C’est les américains qui ont réactualisé le narrative writing, mais c’est aussi la base du journalisme en France, c’est comme ça que s’est créé le journalisme en France, ensuite on s’en est éloigné et nous on propose d’y retourner un peu.
 
Partant de là, vous faites le pari que l’information a une taille et un prix...
Alors la question de la taille : on est sur 200 pages, Le Nouvel Obs doit tourner autour de 130…
 
Avec les pubs !
Oui, nous c’est 200 pages sans pubs.
 
Grande différence.
C’est clair. Mais c’est parce qu’on raisonne par rapport aux lecteurs. On raisonne en se disant que XXI n’est pas fait pour être consommé mais pour être lu. C’est idiot, mais c’est ça : XXI c’est de la lecture, pas de la consommation ! Est-ce que c’est long ? Je ne sais pas : est-ce qu’un livre est long ? Ça dépend. S’il vous intéresse, il n’est pas long. La question du prix : est-ce que c’est cher ?
 
En France, on n’est pas habitué à mettre 15 euros…
Oui, on n’est pas habitué parce qu’aujourd’hui on nous fait croire que tout est gratuit mais c’est une illusion. Rien n’est gratuit, c’est une évidence. Moi j’adore lire des journaux, quelqu’ils soient. J’achète mon journal et j’aime l’acheter parce que le simple fait de l’acheter me donne le droit si je ne suis pas content de le dire : "Je ne suis pas content !" J’ai le droit puisque je l’ai acheté ! Alors que si on me le donne gratuitement je le lis comme un prospectus et je n’ai pas le droit de dire que je ne suis pas content. Quand c’est gratuit ça n’a pas de valeur. Quand j’achète mon journal avant les fêtes et qu’on me donne des gros suppléments publicitaires, en tant que lecteur, je suis paumé, je ne comprends plus. Qu’est-ce que j’achète : de la lecture ou de la pub ?
 
Mais, à la base, aucun journal ne s’ouvre à la pub par plaisir, c’est juste que leurs ventes ne suffisent pas à les faire vivre…
Ça j’en suis le premier conscient ! La question se pose pour les journaux comme pour XXI !
 
Comment conjurez-vous ce problème ?
En croyant au lecteur. On n’a pas de cible parce qu’on croit qu’il existe des lecteurs curieux, c’est tout. C’est idiot encore une fois, mais c’est notre postulat. Il y a des lecteurs, ils sont curieux et on ne peut pas les réduire à une cible, parce qu’un lecteur ça peut être une femme, un homme, un jeune, quelqu’un de plus âgé, quelqu’un qui a de l’argent, quelqu’un en a moins. Après le plaisir du lecteur c’est un mystère. Est-ce que le lecteur a du plaisir ? Est-ce que sa curiosité est satisfaite ? On propose, le lecteur dispose.
 
Envoyer des gens sur le terrain comme vous le faites, ça coûte cher j’imagine…
Oui, c’est pour ça qu’on le vend 15 euros. Tout le contenu est fait de A à Z pour XXI, les illustrations, les textes, le récit graphique. Donc quelque part, sans vouloir galvauder le mot, on est sur un contenu exclusif.
 
Comment est venue l’idée du "récit graphique" ?
On aime la bande dessinée et c’est un mode narratif alors pourquoi ne pas raconter la réalité en bande dessinée ? Pourquoi devrait-elle se cantonner à la fiction ? Voilà on s’est simplement dit ça. Tous nos collaborateurs ressentent une grande attirance pour le réel. Ça nous fait plaisir d’aller l’éprouver et d’essayer de le restituer. Dans le numéro 2 on va par exemple avoir un récit graphique de Jacques Ferrandez, l’auteur des Carnets d’Orient. Normalement il travaille pour Casterman, mais pour nous il a choisi de décaler ses projets parce que voilà il y avait un tropisme, une folle attirance pour le réel.
 
Vous représentez un eldorado pour des auteurs en mal d’aventure !
C’est vrai qu’on a beaucoup de propositions mais on répond. Même si ça prend du temps on voit tout le monde et on verra tout le monde. Nos portes sont grandes ouvertes et tout est possible.
 
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5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 03:59

Opération séduction



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"à l'image du jour qui se lève"

"
nu face au public et à moi-même"









Sexuality s'ouvre sur "Roche", un morceau très estival. D'ailleurs toute la première partie de l'album semble dédiée à la célébration de l'été...

Voir les filles en bikini, savoir qu'elles se changent dans une petite cabine juste à côté, tout cet érotisme de la plage moi je l'ai connu à Biarritz parce que c'est là où j'allais en vacances avec mes parents. Donc pour moi Biarritz c'est le début de l'amour, c'est le sexe et l'été. Tout cela va ensemble. Le sexe c'est quelque chose de sophistiqué, c'est le monde où l'on a un peu envie de s'amuser, donc c'est surtout les grandes nuits d'été où il fait vraiment chaud et où on a envie de boire, de s'éclater. Après je pense aussi que ça peut être très sexuel de se nicher dans un petit terrier avec une couette, des cigares, du champagne et un feu de cheminée, parce que chez moi le rêve d'hiberner est aussi très fort, mais j'ai plus voulu Sexuality à l'image du jour qui se lève, magnifique, parce que le désir c'est aussi quelque chose d'énergique lié au soleil, à la terre, à la biologie. Ensuite il se trouve que les étapes sexuelles évoque le déroulement de la nuit parce que la nuit est plus propice aux fantasmes donc peut-être qu'au fur et à mesure qu'on avance dans l'album on avance dans la nuit et ça permet d'aller dans le sexe, le sexe au sens d'orgie, d'interdit. Donc voilà la nuit et le sexe s'intallent et tout s'achève avec "L'amour et la violence".

Qu'on sent différente des autres chansons...

Oui mais en même temps j'aurais pu la mettre sur n'importe quel album parce que finalement c'est juste une chanson direct, sans apparat ni rien de baroque...

Avec elle on revient d'ailleurs au chant en français inauguré en tout début d'album par "Roche" et du coup on retrouve une sorte de sincérité, si j'ose dire..
.
Oui, c'est ça, une vraie sincérité, alors que le reste de l'album est basé sur un personnage, un grand guide sexuel que je ne suis pas. Ce que je conseille souvent aux gens, si je peux me permettre de donner des conseils, c'est de faire face à leurs problèmes lorsqu'ils se sentent bien. Je pensais ne jamais avoir à dire ça mais si je mets à nu face à moi-même et au public dans "L'amour et la violence" c'est parce qu'avant j'ai fait l'amour et après l'amour, comme on se sent vraiment bien, c'est un bon moment pour se regarder en face et chercher au fond de soi. Il faut en profiter parce que finalement on analyse mieux ses problèmes quand on se sent bien que quand on se sent mal. Quand on se sent mal il faut partir, dire au revoir à tout le monde, faire semblant d'être malade. Voilà, ce n'est donc pas un hasard si cette remise en question  arrive à la fin de Sexuality, c'est parce que moi aussi maintenant dans ma vie je fais face à mes problèmes et à qui je suis quand je me sens bien.

Premier extrait de Sexuality, "Sexual Sportswear" est le morceau le plus long, mystique et planant de l'album. Est-ce sa "Ritournelle" ?
Non, pour moi "La Ritournelle" de l'album c'est justement "L'amour et la violence". "Sexual Sportswear" c'était plus l'apéritif pour mettre les gens dans l'ambiance.

Pourquoi "Sexual Sportswear" ?

Parce que pour moi le fantasme sexuel vient des vêtements de sport. Pour moi le sport c'est le mouvement, la musique c'est le mouvement, et le texte dans la musique c'est la pensée. "Sexual Sportswear" est donc une chanson de sport.

Du sport, tu en fais ?

Non (rires) ! Mais comme maintenant le sexe est au centre de ma vie, parfois, au lieu de partir en vacances, j'organise de grandes semaines du sexe à la maison et ça me permet de rester en forme. A part ça je ne fais pas de sport. Je déteste l'ambiance des salles de sport et je n'aime pas les sports collectifs.

Il me semble par contre que tu es assez branché équitation..
.
Oui, je continue à en faire d'ailleurs, et je fais aussi beaucoup de bateau. Mais pour moi le cheval c'est plus de la balade que du sport. Les parents de mon amie ont un haras près de Deauville et c'est un peu le paradis de l'équitation ! Le week-end on prend les chevaux et on va regarder les biches, on mange dehors, c'est vraiment génial.

En quoi, dans ton désir de mettre la sexualité en musique, était-ce si important pour toi de travailler avec Guy-Man des Daft Punk ?

J'avais le concept, ça c'était sûr, je voulais faire un album sexuel puisque dorénavant c'était plus d'actualité dans ma vie que la politique ou la famille. En plus l'origine de la vie, je ne voyais pas de meilleur sujet pour faire un disque. Ensuite, comme je le dis souvent, je fais toujours confiance au hasard que je trouve plus amusant et plus puissant que l'esprit humain, donc je me mets face à mon piano, je ferme les yeux et je joue n'importe quoi jusqu'à tomber sur une harmonie qui puisse éveiller l'excitation ou au moins ne pas venir casser l'ambiance si elle intervient pendant l'étreinte amoureuse. Par exemple moi si on me met un disque de Garou pendant que je fais l'amour je sursaute, j'arrête tout ! Et en procédant ainsi j'ai petit à petit obtenu toutes les notes sexuelles dont j'avais besoin pour faire un disque alors je me suis mis à écrire les textes et après pour que l'album ne soit pas masturbatoire et parce qu'il parle de sexe entre deux amoureux, je me suis dit qu'il fallait que je le finisse en couple. Donc je me suis mis en quête de mon partenaire. Et là c'est comme si on me disait : "Le monde entier existe, choisi avec qui tu veux être." J'ai donc choisi le mec qui me faisait le plus rêver. Et de tous les musiciens modernes c'est Guy-Man que je préfère. Parce c'est le seul grand producteur européen à écouter la musique avec son bassin et pas avec sa tête, ce que font aussi Timbaland et Pharell Williams...

C'est marrant que tu dises ça parce que je me disais : "Guy-Man c'est son Timbaland". Toi, tu es donc Justin Timberlake ?

Guy-Man est mon Timbaland mais ça ne fait pas pour autant de moi le Justin de l'histoire. Justin n'est pas sa propre marionnette, or moi je suis ma propre marionnette. Je suis à la fois la marionnette et le Master of Puppets. Enfin, je dis ça, je ne sais pas trop comment ils travaillent ensemble mais Justin a l'air moins créateur que moi. Mais c'est vrai que pour Sexuality j'avais envie d'un disque de producteur comme les américains en font pour leurs grosses stars R'n'B, parce qu'à mon sens la seule musique qui évolue encore c'est le R'n'B. On peut encore sortir des disques de folk, très bien, mais ça ne fait pas avancer la folk. Pareil pour le reggae et le pop-rock. Tous ces styles de musique sont malheureusement arrivés au bout de quelque chose, or le R'n'B continue d'évoluer. Donc moi je voulais cette forme, je voulais appartenir à ce monde musical sophistiqué puisque j'ai une vision sophistiquée du sexe. Après ça ne change rien au fait que le coeur de l'album est extrêmement européen parce que j'ai une vision archi latine du sexe, je parle d'un sexe qui est fait pour séduire l'esprit, ce qui est à l'extrême opposé de la vision anglosaxonne et surtout américaine.

Le son de Sexuality est très synthético-sensuel...

Oui, c'est un son à la fois très chaud et précis, avec un côté bling bling très glamour. C'est ce que je voulais et c'est ça que Guy-Man pouvait m'apporter. Parce que moi je ne sais que composer. Pour Politics à part la batterie de Tony Allen et le mix de Philippe Zdar j'avais tout fait tout seul. Pareil pour L'incroyable Vérité mixé par Oizo. Mais Sexuality c'était tellement l'album important, tellement le but de ma vie que je ne pouvais pas prendre le risque de le faire seul. Quand on est entré en studio j'avais déjà tout écrit donc l'image que j'aime à donner (enfin que je donne depuis aurjourd'hui) c'est qu'avec Guy-Man j'avais l'impression d'être à l'arrière d'une Rolls avec chauffeur. J'étais dans le canapé et je me contentais de l'assister dans son travail en lui disant : "Tourne à droite, tourne à gauche...". C'était vraiment ça l'enregistrement de l'album : Guy-Man me conduisait.

Ça donne un disque très moderne, trop selon certains qui souhaiteraient te voir mettre l'accent sur le parti pris "intemporel" de Sessions ou de "La ritournelle"...

Ça me fait très plaisir que des gens veuillent ça, mais pour moi cette approche coulait de source parce que le sexe est à la fois l'origine du monde et quelque chose de très superficiel parce que lié à la beauté de l'éphémère. Ça on le ressent vraiment après l'éjaculation. C'est-à-dire que tu peux ressentir beaucoup de désir pour une fille, passer des semaines à la draguer et une fois que tu as éjaculé en elle tout de suite ce n'est plus pareil...

Tu as donc pris le risque que ton album soit jetable ?

Oui, j'aimerais qu'il soit caduque dans 10 ou 20 ans parce que ça voudrait dire que j'aurais une autre vision du sexe, et c'est un peu le but. Le sexe évolue avec la mode et l'air du temps, c'est pour ça qu'il est aussi superficiel et qu'il s'oublie. Par exemple aujourd'hui on ne voudrait plus d'un sexe des années 70. C'est pour ça que je n'ai pas plus de respect pour l'éphémère que pour l'intemporel et que j'aime autant Proust que Jean-Paul Gaultier. Parce que s'ouvrir ça veut dire ça aussi : aimer les trucs cheap comme les trucs sophistiqués. Tu vois, quand je suis chez moi je suis comme n'importe qui, j'aime bien me trimballer en peignoir, manger du gâteau en regardant la télé, jouer à la Playstation. Voilà moi je ne vais pas très loin dans la réalité. Enfin ce n'est pas que je ne vais pas très loin mais je suis juste complètement banal.



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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 20:32

Opération séduction


tellier-politics.JPG


"grâce à l'amour j’aime le monde"

"l'argent c'est vraiment fantastique"




La première que je t’ai rencontré c’était peu de temps après la sortie de Politics et dès 11h du mat tu t’enfilais du whisky. Là tu bois de l'eau...

Oui, alors tout ça j’ai arrêté (rires) ! L’alcool commençait vraiment à être trop pesant, je ne pouvais pas continuer comme ça. Je me sens beaucoup mieux sans alcool. Maintenant je ne bois que du champagne voire du vin blanc, mais jamais je ne retouche à une goutte de vodka ou de Jack Daniels. Contrairement aux autres alcools, l'alcool du Jack Daniels se diffuse très vite dans le sang donc dès la première gorgée le whisky me procurait cette sensation de partir, qui était d’ailleurs extrêmement agréable. C’est un truc que je ne ressens plus mais je m’en passe très bien.

A quoi ressemble ta vie en ce moment ? Je veux dire comment tu vis la promo, tout ça ?
Ce n'est pas ma vie normale mais ça se passe plutôt bien. Je suis content de parler de ma musique, de la représenter, de la vendre, c'est juste que parfois mon corps me lâche et je n’ai plus la force d’y aller. Mais à part la fatigue je vis ça très bien.

Tu dis que tu es content de parler de ta musique mais je n’ai pas l’impression que les gens te parlent souvent de ta musique…
De moins en moins, oui. On me parle plutôt de mon personnage.

Ça te dérange ?
Quelque soit la musique qu'on fasse c'est normal qu'on l'incarne. On ne va pas faire du death metal avec un costard de douanier. Quoique pourquoi pas (rires) ! Enfin tu vois ce que je veux dire. Donc évidemment moi j’essaie d’incarner ma musique et comme je fais une musique qui ne rentre pas trop dans les cases j’ai créé ce personnage pour compenser. Mais c’est vrai qu’au fur et à mesure il prend un peu le pas sur la musique, mais ça je ne le contrôle pas, d'ailleurs je ne vois pas ce que mon personnage a de si intéressant…

Foutaises !

Non (rires) ! J’aime bien parler et tout mais finalement moi et mon personnage ce n’est pas quelque chose que je vois comme étant très puissant ou très intéressant, c’est vraiment quelque chose qui est là au même titre qu'une pochette de disque !

N'étant pas guitariste, il ne te suffit pas de sortir ton instrument pour incarner quelque chose. Le personnage sert à combler ce manque ?
Oui, mais au final la représentation n’est qu’une représentation donc ce n’est pas le plus important, le plus important c’est l’équilibre entre le fond et la représentation. Mon personnage n’est vraiment qu’une parcelle de mon art, il a juste valeur d'affichette (rires) ! ça ne va pas plus loin. En plus quand je lis mes interviews dans les magazines je ne trouve pas que je sois particulièrement intéressant, je n'énonce ni de grandes vérités ni de grand discours social à la Coluche, j’ai l’impression que ce qui ressort de ce que je dis est plutôt stérile ou alors pas du tout stérile parce que les messages les plus importants sont justement ceux qui ne portent pas de nom. L’autre jour dans une interview croisée j’interrogeais Xavier Veilhan, mon pote qui fait de l’art contemporain, sur le message de son art. Parce que moi quand je vois son art j'y trouve un message, je comprends sa philosophie, je vois sa façon de vivre, pourtant il n’y a pas de mots. Moi c’est pareil, il y a quelque chose à comprendre, ça se situe peut-être dans le rapport entre ma musique et mon personnage, mais je ne saurais pas te dire ce que c’est. Et puis il ne faut pas oublier qu’il y a des Mick Jagger, des Jimi Hendrix, des Jim Morrison et moi comparé à eux je ne suis qu’un bout de papier qui vole au vent.

Le besoin de créer un personnage à chaque disque est-ce aussi lié au fait que tu considères tes disques comme des films ?

Pour moi ça n’a pas d’intérêt de refaire un disque si on a conservé la même mentalité et la même vision du monde que sur le disque précédent. On ne peut refaire un disque qu'à partir du moment où l'on est devenu quelqu’un de différent. Sexuality je ne pouvais le faire à l'époque de Politics parce que pour Politics j’étais paranoïaque, stressé, anxieux, ce qui est compatible avec la politique, moins avec le sexe. Parce qu'on ne peut pas faire un album sexuel avec les doigts tendus. J’étais donc obligé d’avoir la force psychologique de redevenir quelqu’un de plus calme et de plus en phase avec son corps. J’ai donc fait un travail sur moi-même (rires) qui a consisté à me poser, à me détendre et il se trouve que je suis tombé amoureux il y a deux ans et cet amour m'a délesté de mes petits problèmes. J'ai donc accéder à un rapport au monde un peu plus noble et positif. C’est-à-dire que maintenant, grâce à cet amour j’aime le monde, je n’agit plus contre les choses, alors qu’avant j’avais l’impression d’être un rebelle, mais un petit rebelle de Paris 17 pas un mec qui part dans la jungle (rires) !

Parce que tu te cherchais ?

Voilà. Alors que maintenant j’ai l’impression d’être un peu plus à la source. J’ai plus l’impression de ressembler à une rivière qu’à un rebelle ! C’est ça ma vie maintenant. Et "La ritournelle" a joué un rôle important pour mon bien être…

C'était le début de la rivière ?

Oui, "La ritournelle" est la source de mon bonheur actuel car elle m'a permis de gagner assez d'argent et de reconnaissance pour que je me sente bien au point de tomber vraiment amoureux. Quand on interview les chanteurs et qu’on leur parle d’argent souvent ils ne veulent pas en parler, mais en fait c’est fou comme l’argent fait du bien, c’est comme si d’un coup tout devenait gratuit…

Le monde est open bar !

Oui (rires) ! c'est comme cette scène du film Zombies : à un moment ils sont seuls dans le centre commercial et ils peuvent prendre tout ce qu’ils veulent et cette sensation-là est grisante. Je pense qu’il ne faut pas s’arrêter à ça mais on ne peut pas dire que l’argent soit une mauvaise chose, l'argent c’est vraiment fantastique ! Moi qui ai toujours vécu dans des taudis ça m’a fait du bien de pouvoir avoir un train de vie plus décent et de manger enfin autre chose que les pizza Rustica à 95 centimes d'euro que je m'achetais un repas sur deux ! Maintenant ça ne me viendrait plus à l’esprit de ne mettre que de l’huile d'olive sur une salade, maintenant je mets de l’huile de truffe, et c’est vraiment très agréable (rires) ! Après le problème c’est que l’argent ne permet pas d’écrire de bonnes chansons. La vraie vie n’est pas dans le monde de l’argent, parce que le monde de l’argent c’est le monde du repos…

Justement, à un moment donné ne vas-tu pas être tenté de sacrifier ton bien-être pour relancer la machine ?
Si parce que le plaisir total c’est justement de tout dépenser au plus vite pour se remettre en danger. C’est important. Il ne faut pas se dire : "Allez, pendant 20 ans je me tourne les pouces" parce que dans ce cas-là il ne se passera rien. Si on a assez d’argent pour vivre 20 ans soit il faut le donner à des gens qui n’en ont pas beaucoup soit il faut le dépenser, et c’est facile de dépenser de l’argent, dans des apparts, des bagnoles, des montres, n’importe quoi ! Pour réussir dans la pop je pense qu'il faut avoir une âme et aimer un peu l’argent sans vouloir non plus le protéger, parce que ça, ça n’a aucun sens. L'argent c'est juste de l'amusement, du vent.


(Suite et fin.)



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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 12:48

Love on the beat

Sexuality.jpgComme il l'avait fait pour Politics, Sebastien Tellier a organisé un putch médiatique pour la sortie de Sexuality, fixée au 25 février. On était encore en 2007 que Technikart lui avait tapageusement consacré la une de son numéro d'été. Il faut dire que ce disque avait des arguments de poids : un concept-album sur la sexualité, rendez-vous compte, et produit par un Daft Punk en plus ! Sur le papier tout était là pour raconter une histoire vendeuse. Surtout que Tellier est un bon client, un type qui a une gueule, une image, une tchatche et qui en joue.


On confirme. Durant l'interview qui va suivre, s'il a gardé ses lunettes noires, l'auteur de "La ritournelle" s'est révélé courtois et bavard au possible. Un vrai moulin à paroles super rôdé et à la fois naturel ponctuant régulièrement ses mots comme les nôtres d'un rire très noble désarçonnant parce qu'on ne savait pas s'il s'agissait d'un rire de jouisseur profitant de toute chose ou d'un rire masquant une timidité réelle. Bref, on avait seulement une vingtaine de minutes pour s'entretenir avec lui, il nous en a donné comme si on était resté une heure. On a d'abord longuement parlé de son personnage, puis tout aussi longuement de musique. Je précise, parce que tout le monde a parlé de Tellier, de son côté Gainsbourg, de son côté Chabal, le personnage en somme, comme ce fut le cas pour Darc lors de la promo d'Amours Suprêmes, mais qui a vraiment parlé musique avec Sébastien Tellier ?

En plus pour tout vous dire Sexuality je l'aime. Au départ j'ai fait un rejet, je l'ai trouvé trop cheap, electro-r'n'b, second degré et ce chant de crooner eigthies FM, ce côté Christopher Cross, Alain Champfort, argh et en même temps miam. A la réécoute ses boucles répétitives et ses gimmick hypnotiques ont su m'imbiber comme des lampées de Jack Daniels. Même sa pochette, j'adore. Avec son coulis de rose chair et de bleu nuit elle traduit très bien la musique en question, et le défi qu'elle implique. Parce que ce petit homme sur cette femme-monde, c'est L'amant qui rétrécissait d'Almodovar, le Don Quichotte figé dans la Tentative de l'impossible : transcrire la sexualité en musique. Tellier n'est pas le premier à se frotter à l'exercice. La disco des 70's fourmille d'exemples, et je pense bien sûr au Marvin Gaye de Sexual Healing, au Gainsbourg de "Je t'aime moi non plus", au Gainsbarre de "Love on the beat", au Pulp de "Seductive Barry" et, nouveauté, à I Can Hear Your Heart, le dernier album solo de l'ex-Arab Strap Aidan John Moffat qui s'avère lui aussi un album concept sur le sexe. D'autres suggestions ? 

Ce disque, produit par Guy-Manuel de Homen-Christo, moitié de Daft Punk, beaucoup le trouveront pute et ne loueront que deux morceaux, "Roche" et surtout "L'Amour et la violence". Ils ont tort. "L'Amour et la violence" est dans chaque titre, comme un fruit qui ne demande qu'à s'ouvrir, une mélancolie sous-jacente. Il faut juste tendre l'oreille. Etre patient. Et "L'Amour et la violence" serait-il "L'amour et la violence" s'il n'y avait pas tout cela avant ?


Une itw de Sebastien Tellier sur Rue89.com

Une interview vidéo de Sebastien Tellier sur Free your mind
Une interview vidéo de Sebastien Tellier sur L'Express.fr


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2 mars 2008 7 02 /03 /mars /2008 03:32

Planête Merz


merz-couve-CD.jpg



J’ai découvert ce disque sans savoir ce que c’était parce qu’il était déjà dans le lecteur. Tristesse aphrodisiaque. Nostalgie sans âge. Il m’a cueilli. Un trésor pop-folk dont les 70’s eurent le secret ? Non, le nouveau Merz.

 

 
Il sort le 17 mars prochain. Son titre : Moi et Mon Camion. Dans Camion il faut entendre voyage, dans voyage paysage. Merz conduit et on se laisse bercer, on regarde à travers la vitre et d’ici tout ce qu’on voit semble magique. Les paysages défilent comme des tapis volants. L’aube s’éternise comme une cuillère d’argent. Dylan (la terre) entre en conjonction avec Macca (le soleil) qui entre en conjonction avec Wyatt (la lune). On vit un de ces moments où la réalité semble trop belle pour être vraie.

 

En deux albums, Conrad Lambert a délaissé l’électro pour se plonger corps et âme dans le rock bottom pop-folk où Nada Surf ne trempe qu’un orteil. Il en ressort transfiguré avec des morceaux frêles, mystiques et proches de la litanie mais toujours axés force tranquille, à l’image de "Shun (Sad Eyes Days)" et de ses cuivres discrets beau à chialer. A flirter avec l’épure, le bristolien pond même deux tubes judicieusement placés au cœur du disque, "Silver Moon Ladders" et "Presume Too Much".

 

Ces airs, on ne les connaissait pas il y a deux secondes, après c’est comme s’ils avaient toujours été là. Parmi nous. Moi et Mon Camion ? Un disque qui va se vendre à 500 exemplaires si vous voyez ce que je veux dire.



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