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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 02:59
Les voyants allumés


 

En ce moment tout le monde (comprendre : la sphère culturelle de Technikart à Télérama) n'a d'yeux que pour eux : Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden, alias MGMT et leur premier album, le bien nommé Oracular Spectacular. Ce sont les nouvelles têtes de gondole pop, les nouveaux dieux du genre et, désolé, je me joins au concert de louanges.


Ce qui me fascine dans la musique c'est le perpétuel renouvellement des coups de cœurs qu'elle engendre (et c'est bien pratique : ça me donne du travail). J'ai toujours l'impression que les mélodies et les chansons qui (me) tuent ont déjà été trouvées. Que tout ça est derrière moi. Que rien ne va réussir à venir foutre le bordel dans tout ça (mes goûts, ma nature). Et voilà que je découvre MGMT.


Comme pas mal d'entre vous j'ai beaucoup entendu parler de ce duo de Brooklyn qu'on prononce "management" (leur nom d'origine mais c'était déjà pris). J'en ai beaucoup entendu parler avant d'écouter. Tellement (en bien, bien sûr) que j'ai bien cru que je ne les écouterai jamais. Mais au bout d'un certain temps, tanné par diverses sollicitations allant du "franchement, la hype est surestimée" au "non, je t'assure, en soi c'est vraiment bien", je me suis laissé happer. Oui j'ai fini par céder comme je l'ai fait pour Vampire Weekend. Et tant mieux me suis-je dit, parce qu'au fond combattre la hype c'est aussi combattre le mur de dégoût qu'elle dresse parfois devant nous et écouter quand même ce qu'elle nous monte en épingle.


Alors j'ai surfé sur le net et je suis tombé sur le clip de "Time To Pretend", leur single. Et là justement en parlant de mur je me suis pris un. Mais pas du genre impénétrable, non, un truc massif certes, mais généreux, psyché, glam, épique. Tout ce qu'il y a de plus accueillant et tripé à l'image de leur clip. Ce clip et ce morceau , Wouah ! ça faisait 1+1= 11 comme dirait l'autre. Ça m'a fait planer. Comme si j'avais fumé. Vraiment. L'impression d'une tabula rasa. D'un nouveau départ. D'une jeunesse qui se lève enfin. Prête à soulever des montagnes (de filles). Et prendre plein de drogues (d'amour).


Après ça, la messe était dite. J'avais envie d'écrire sur ce groupe, d'acheter leur disque et de montrer le clip à tous mes proches dans un grand élan d'amour cosmique. Je me disais : "Wouah (bis), ça c'est un truc à te relancer l'industrie du disque (des conneries de ce genre) !". En attendant (comme je ne pouvais pas attendre) je me suis rué sur Deezer pour voir s'il y avait justement un vrai disque derrière ce single en forme de rouleau compresseur (et du coup je n'ai pas acheté leur disque, bien sûr).


Là je ne me suis pas fait prier : j'ai remis "Time To Pretend" et comme on se connaissait déjà lui et moi - lui et son millefeuille organique, festif et stellaire, moi et mon coup de soleil, mon coup d'amour, mon coup de je t'aime - cette fois le free-hug fut mortel. Là-dessus neuf potes ont débarqué : "Electric Feel", une perle disco-funk très Prince et très Michael Jackson (des débuts, bien sûr) avec en plus un soupçon de je ne sais quoi de très eighties clinquant-rafraîchissant qui me fait bizarrement penser au "We Don't Need Another Hero" de Tina Turner ou à un truc de Kool and the Gang ; "Weekend Wars", une ritournelle pop gracile, très Beatles et Bowie (des débuts, encore) enluminée de glouglou de synthé très Grandaddyesques (comprendre : cheap & féeriques) ; "The Youth", une lente marche mystique aux airs de cure de désintox au regard de ce qu'on vient de déguster, sauf que non c'est juste envoûtant, l'accalmie souhaitée, et que mine de rien à 2'38'' un changement de ton inattendu me fout sur le cul et c'est reparti avec "Pieces Of What", une ballade pop à l'insouciante tristesse très Hunky Doriesque.



"The Kids", "4th Dimensional Transition", "The Handshake", "Of Moon, Birds & Monsters", "Future Reflections" : s'il n'est pas tout aussi tubesque que "Time To Pretend" - leur Temps des assassins - le reste du disque est loin de faire du remplissage. Au contraire, après l'écoute d'Oracular Spectacular on se dit que ces deux vingtenaires ne se sont pas foutus de notre gueule et qu'on tient là un album, un vrai. Alors bien sûr, tout le mérite ne leur revient pas. Ils ont de bonnes têtes - votre copine ne manquera pas de s'extasier sur la gueule d'archange préraphaélite du chanteur - un look tendance - genre Manu Chao rencontre Coco Rosie - de bonnes chansons aux phrases qui claquent - sortir un truc du style "This is our decision, to live fast and die young / We've got the vision, now let's have some fun" perso je trouve que ça claque, un peu comme les lyrics de "Qu'est-ce qu'on va faire de toi", le single bravache d'Alister que j'ai injustement lynché dans un précédent article - mais pour faire un album au sens d'œuvre il faut aussi un son.


Là coup de bol, niveau son ils ont un grand : Dave Fridmann. Pour ceux qui l'ignorent (comme moi parce que franchement j'en ai souvient rien à cirer de qui produit qui) Fridmann c'est le type qui a produit Mercury Rev et Flaming Lips. Dernièrement il n'avait pas fait que des miracles mais là faut croire que les petits gars de MGMT lui ont redonné envie de s'y remettre. Leurs chansons sont courtes (elles dépassent rarement les quatre minutes) mais le son est une telle débauche - rimbaldienne - de pysché, d'électro et de glam qu'on s'y perd comme dans un trou sans fin.


Parce qu'à la fois triste et jubilatoire, cheap et léché, foutrement accrocheur et pourtant complexe, ce son m'a rappelé celui de Digital Ash in a Digital Urn, LE monument de Bright Eyes et donc (oui, j'ose le dire) celui d'Ok Computer (ne pas vous étonnez si je ramène tout le temps ce groupe au centre des débats quand un disque me plait : Radiohead c'est ma matrice). Oui, Digital Ash In A Digital Urn je l'ai toujours considéré comme une sorte d'Ok Computer 10 ans après. Le Ok Computer de la génération hédoniste et tourmentée du monde 2.0. Parce qu'il y a là cette volonté farouche de dire l'époque et le poids du monde en mettant ses propres tripes sur la table.


Pour moi MGMT est dans le même trip. Il laisse plus que jamais les névroses de côté pour livrer du "Sea, sex and sun" au point de nous illusionner avec un simulacre d'éternel retour du "summer of love", mais dans ce magma de sons et de couleurs qu'est Oracular Spectacular il y a un combat ; un disque où forme et fond s'embrasent pour jeter un énorme pavé dans la marre - ce que je nomme donc un Ok Computer - un disque-ventre qui mange son époque et la recrache métamorphosée. Après, 2008 oblige, l'époque (et le règne) de MGMT ne durera peut-être qu'une fraction de seconde mais ça c'est une autre histoire. Et qu'est-ce que ça peut faire à un groupe qui "fuck with the stars".


Le 8 juillet ils seront au Zénith de Paris en première partie des King of Leon. Soyez donc sûrs que j'essaierai d'en être et d'en profiter pour les interviewer.


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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 00:54
Sympathie for the Vampire


Cet été au rayon pop de Brooklyn, il ne faudra pas seulement compter sur le trip  "summer of love" de MGMT, mais aussi sur le trip "afro beat" des Vampire Weekend. Fin janvier avec leur premier album éponyme ils décrochaient le statut de "sensation pop 2008". Le 20 mai ils étaient au Trabendo. Avant le show j'en ai profité pour poser quelques questions à Rostam (claviers) et Christopher (batterie). Franche camaraderie entre nerds garantie.




Parfois les choses sont bien faites. Fin janvier quand sortait le premier album des jeunots de Vampire Weekend (24 ans de moyenne d'âge), je n'avais pas envie de l'écouter. Ces quatre-là, ça faisait des mois que la toile m'en rebattait les oreilles, louant la fraîcheur de leur pop ligne claire intégrant délires afrobeat à la Talking Heads (mais qui aujourd'hui ne sonne pas comme les Talking Heads ?). C'est à peine si dès novembre 2007 ces petits écoliers d'art school n'avait pas déjà été élu sensation pop 2008. Relou. Surtout qu'à l'époque, dans le genre afro pop on avait déjà vu débarquer Yeasayer et Dirty Projectors, eux aussi de Brooklyn. Tout ça, ça commençait donc un peu à faire délire consanguin, trop tendance et chicos pour être sincère. Et puis récemment, à la faveur d'un concert mortel de Portishead, un collègue m'a dit : "Sylvain, tu ne devrais pas bouder ton plaisir. Franchement, Vampire Weekend n'a pas pondu le chef d'œuvre du siècle (j'attendais qu'il ajoute : "contrairement à Portishead") mais leur disque est vraiment rafraîchissement ("de même que celui des Foals" s'est-il empressé de préciser). Mouais me dis-je (j'ai du mal avec l'injection sympatoche du "vas-y jouis", c'est mon côté "décroissance", c'est chicos, non ?). Mais quelques jours plus tard, la vie (une attachée de presse) en a décidé autrement. On m'a proposé de rencontrer le groupe. Je n'ai pas su dire non.



"Tu pourrais me prêter le nouveau Coldplay ?"


"On veut plaire autant à nos profs qu'à nos camarades de classe"

 

 


 

 

 


Votre album est sorti en février dernier. Comment vont les choses pour vous ?
Chris : Très bien. On n'arrête pas de tourner en ce moment et on rencontre toujours des publics très réactifs. C'est excitant. Même quand les gens ne comprennent pas forcément notre langue, comme en Allemagne, nos concerts prennent bien, les gens sont prêts à crier. Parfois ils sont même un peu trop fous.
Rostam : Oui, regarde, le bleu que tu vois-là, c'est parce que je me suis pris mon micro dans l'œil parce qu'un gars est venu chahuté sur scène !
Chris : La dernière fois qu'on a joué en France c'était en novembre, avant la sortie de l'album.


Ce n'est pas étonnant : à l'époque votre nom mettait déjà la blogosphère en émoi ...
Chris : A ce point ?
Rostam : Il y a beaucoup de blogs musicaux en France ?


Oui.
Rostam : Vraiment ? Mais l
a Blogothèque, ce sont les rois, non ?


Oui, un peu. Les internautes adorent leurs "concerts à emporter". D'ailleurs vous les connaissez parce que vous avez tourné un concert à emporter avec eux. A propos de concert, je me demande : comment vous faites pour tenir plus de 30 minutes sur scène ? Parce que votre album dure à peine plus d'une demie heure ?
Rostam : Et bien on a deux nouvelles chansons, dont une qu'on n'a pas mis sur le disque, mais ça ne nous permet pas de tenir des plombes non plus (rires) ! Sur scène on n'a pas pour habitude de rallonger la sauce à coups de jams endiablées, au contraire.
Chris : Nos concerts doivent durer 50 minutes, maxi 1 heure, pas plus. Mais ce n'est pas grave parce que les gens ne viennent pas nous voir pour assister à un show à la Bruce Springsteen.
Rostam : Et puis toutes nos chansons sont bonnes. Combien de groupes pourraient en dire autant (rires) !


Beaucoup.
Chris : C'est vrai.
Rostam : Oui, mais combien le penseraient sincèrement ?
Chris : Beaucoup aussi !


Même Coldplay.
Chris : Ouh ! Attention, tu tiens là des propos hautement compromettants.


J'ai écouté leur dernier album et ce n'est pas terrible.
Rostam : Tu l'as ?! Tu l'as là, avec toi ?!


Non, vu les temps qui courent et le statut du groupe tu imagines bien qu'on a pu l'écouter que lors d'une session écoute organisée par la maison de disques.
Rostam : Ok, et alors leurs nouvelles chansons, elles sont bonnes ? Brian Eno les a aidé ?


Bof...
Rostam (me coupant) : Tu connais « Hounds of Love » de Kate Bush ?


Pas vraiment...
Rostam : Ah, tant pis.


Ce morceau a un rapport avec Coldplay ?
Rostam : Oui, mais comme tu ne l'as pas en tête je ne veux pas t'embêter avec ça.


Ok. Le dernier Coldplay, je ne l'ai peut-être pas encore assez écouté pour pouvoir vraiment me prononcer mais je trouve que leur son s'est trop complexifié et que ça ne semble pas naturel, pas sincère...
Rostam : C'est trop touffu, bordélique ?
Chris : Tu penses qu'ils se forcent à sonner complexe ?


Oui, on sent que Brian Eno a été appelé à la rescousse pour truffer leurs morceaux de tout un tas de rythmes et les empêcher de sonner "soporifique". Et puis sur ce disque on entend de gros échos de son travail ambient sur The Unforgettable Fire et The Joshua Tree. En écoutant ce Coldplay on ne peut pas ne pas penser à U2.
Chris : Nous on a juste pu en écouter 2-3 grâce à des fuites.
Rostam : On a entendu qu'une de leur nouvelle chanson sonnait "africain".


Tu veux dire qu'ils ont pompé votre style afro-pop ?
Rostam : Dans une interview pour Rollingstone Chris Martin a mentionné Vampire Weekend.
Chris : Non, il a juste dit qu'il avait entendu parler du groupe qui jouait le morceau "A Punk", mais il ne connaissait pas vraiment notre nom.
Rostam : Si, il le savait !


Les pop stars comme Chris Martin, Bono et Bowie adorent dire qu'ils écoutent et soutiennent tel jeune groupe qui cartonne. Par là ils agissent un peu comme des vampires en quête de sang neuf. De ce point de vu Madonna incarne l'ultime vampire. Quand elle embrasse Britney Spears ou prend Justin Timberlake dans son dernier clip c'est pour rester éternelle, l'éternelle Queen of Pop.
Chris : Ça lui réussit. "4 Minutes", son dernier single, est incroyablement accrocheur.
Rostam : Tu as vu le clip ? Aucun des deux ne sait danser (rires) ! Ils pourraient danser mais ils ne dansent pas vraiment. Ça craint.


Votre clip pour "A Punk" est plus tripant avec mille fois moins de moyen !
Chris : On l'a fait en quelques prises juste après notre concert parisien en novembre dernier. Là on vient de faire le clip de
"Oxford Coma". Il sera bientôt visible sur la toile.


Dites-moi, plus sérieusement, comment vous avez réagi en début d'année lorsque les médias vous ont désigné "révélation pop de 2008" ?
Rostam : On était d'accord avec eux (rires) !


Vous ne craignez pas le retour de bâton : que les médias vous oublient aussi vite qu'ils vous ont porté aux nues ?
Rostam : Non, parce que dans notre prochain album il y aura d'autres bonnes chansons. (Silence.) Tu sais quoi, j'ai parlé avec Quentin du groupe
The Teenagers, un groupe que personne ne semble aimer en France, et il m'a dit que pour le deuxième album tu es foutu quoique tu fasses parce que si tu continues dans la même veine que le premier les gens vont te reprocher de ne pas évoluer et si tu changes de formule ils ne vont te reprocher de ne plus retrouver ce qu'ils avaient aimé chez toi. J'ai donc commencé à m'inquiéter lorsqu'il m'a fait part de cette théorie que je connaissais pas, mais je lui ai dit : "Elle se vérifiera peut-être pour vous, mais pas pour nous" (rires) !
Chris : Oui, on n'est pas dans l'impasse. On a plein de cordes à notre arc. Par exemple, on ne s'est jamais considéré comme un groupe d'afro pop.
Rostam : On est juste un groupe qui a été inspiré par l'afro pop au même titre que d'autres choses comme, par exemple, le son Motown.
Chris : Et la musique classique, Elvis Costello, The Kinks, toute cette bonne merde (rires) !


Vous sonnez d'ailleurs très "pop anglaise" pour des jeunes gens de Brooklyn...
Rostam : Tu sais quoi ? C'est marrant parce qu'il n'y a que les français qui nous disent ça ! En France vous devez trop cataloguer ce que doit être la pop anglaise et la pop américaine. Regarde
The Kooks, ils sont anglais et ils jouent de solos de guitares distordus qui sonnent plus américains que tout ce qu'il peut y avoir dans notre musique. A part peut-être The Futurheads, tous les groupes anglais veulent sonner américain. Après "sonnons-nous comme un groupe anglais ?" Probablement, oui.


Je pense que les français envisagent le son américain comme quelque chose de plus sale et vicieux que le son anglais.
Chris : Tu penses par exemple au Velvet Underground ?


Par exemple.
Chris : C'est vrai qu'il y a beaucoup de commerçants ambulants dans les rues de New York, beaucoup de déchets. Ils devraient nettoyer plus souvent. Mais en même temps le New York d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec le New York d'il y a 40 ans.
Rostam : J'ai des amis qui ont des groupes à New York et je leur ai toujours demandé à quoi ressemblait Time Square dans les années 90 car des gens disaient qu'il y avait des prostituées. Mais maintenant il n'y en a plus. Des prostitués sur Time Square en 2008, tu imagines ?
Chris : Ce New York-là ce n'est plus que de la mythologie et ça ne nous intéresse pas.
Rostam : Oui et puis tu vois nous on est un groupe qui s'est créé à la fac, on a donc une culture et certaines valeurs... On a toujours voulu faire un groupe qui fasse danser et plaise autant à nos profs comme à nos camarades de classe.


Vous n'avez jamais voulu vous adresser aux seuls fans d'indie rock ?
Chris : Non, on veut être un groupe qui intéresse tous les fans de pop en général, et qui intègre donc des choses qui n'existe pas vraiment dans l'indie rock comme le jazz...
Rostam : Tu aimes le jazz ?
Chris : Oui, j'aime le jazz !
Rostam : Il change tout le temps d'avis (rires) !
Chris : Enfin je ne dirai pas que j'aime le jazz mais j'apprécie le jazz.
Rostam : Tu as peur de dire que tu aimes le jazz parce que tu ne veux pas passer pour quelqu'un de prétentieux !


Le 14 juin vous allez donner un concert gratuit à Central Park...
Rostam : Oui et Chris en profitera sûrement pour remettre le T-shirt sans manches qu'il avait porté quand on avait joué au festival de Coachella (rires) !


Ce sera un brin plus rock'n'roll que le polo Lacoste !
Chris : J'aime le jaaazz !!!


Photo par Robert Gil


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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 14:00
Montent le Volume




En juin Les Inrocks lancent un mensuel 100% musique intitulé Volume. Le retour de leur formule culte et austère des années 80 ? Non, nous dit Pascal Bertin because the times they are a-changin'. Un pari fou alors vu comment se porte le secteur ? Oui, répond l'Inrockuptible en charge du projet. Mais il nous dit qu'il y a quand même une carte à jouer avec ce mensuel. Il nous le présente et nous explique l'issue entrevue.



 



"Comment faire rêver avec un magazine de musique ?"


"Il n'y a rien de tel que du beau papier, de belles photos..."

 

 


Bonjour Pascal Bertin. Alors, dites-moi, qui a eu l'idée de ce mensuel et quand ?
En fait ça fait 2-3 ans que toutes les personnes un peu impliquées sur la musique dans Les Inrocks y pensent. L'idée a progressivement émergé quand on a vu le succès de nos numéros hors série. Dans ces hors série on se donnait la place pour revenir sur des sujets hors actu, on se permettait de mettre de belles photos, de détailler des discographies, de faire des grands entretiens, des choses qu'on ne pouvait plus proposer dans l'hebdo. Ces hors série étaient donc une première approche pour offrir aux gens des repères musicaux qui commençaient à manquer. Avec des décryptages de tendances, sur le punk par exemple, on pouvait expliquer aux jeunes pourquoi et comment la musique est devenue ce qu'elle est aujourd'hui. Aux Avec des monographies d'artistes phares on redonnait matière à lire aux anciens. Du coup on s'est donc dit qu'on allait capitaliser là-dessus pour en faire une publication beaucoup plus régulière, qui comporte autant des dossiers de fond et des sujets transversaux que des séquences d'actu, des portraits et des chroniques comme n'importe quel mensuel musical peut le faire.


Vous n'allez donc pas réinventer le concept du mensuel musical ni ressusciter Les Inrocks des années 80 ?
Non, on ne va pas revenir au mensuel de nos débuts, tout simplement parce que les temps ont changé, la presse musicale a changé et les lecteurs aussi. Mais ce n'est pas grave, on n'est pas nostalgique du mensuel, il a fait son temps, et si on est passé à l'hebdo dans les années 90 c'est parce que pour nous ça semblait une évolution logique après tout le travail qu'on avait fournit sur le mensuel. A l'époque pas mal de gens ont été effaré qu'on ose devenir un hebdo culturel, ils trouvaient ça suicidaire mais pour nous c'est de rester un mensuel qui aurait été suicidaire. On a donc vraiment vécu ça comme une aventure, un challenge. Et aujourd'hui si on lance un mensuel en plus de l'hebdo c'est qu'on a envie de proposer une offre qu'on aimerait trouver en France en tant que lecteurs et qui pour l'instant n'existe pas. Actuellement la presse musicale est coincée entre un dinosaure et des mensuels de niches...

 

Le dinosaure, je suppose, c'est Rock&Folk ? Vous avez envie d'achever Philippe Manœuvre ?
Non, on le laisse, il a mieux à faire à la Nouvelle Star. Mais à propos de Rock&Folk, ce qu'on peut se dire c'est 1) plein de gens ne l'achètent pas mais aimeraient une offre alternative et 2) peut-être que pas mal de gens l'achètent parce qu'il n'y a que ça pour l'instant. Donc voilà nous on a envie de fédérer tout ce monde, tous ces lecteurs en quête d'informations sur le présent et le passé de la musique, tous ces gens que la musique fait encore rêver. En gros ce que se demande Volume c'est : "Comment faire rêver en presse avec la musique ?".

 

La question est d'autant plus légitime que le rôle prescripteur de la presse musicale s'est considérablement érodé avec l'émergence de blogs et webzines de plus en plus compétents sur le créneau musical. Sans compter qu'aujourd'hui le lecteur n'a jamais été aussi autonome et versatile dans sa consommation de musique. Grâce au net il peut directement se forger son avis en écoutant gratuitement toute la musique qu'il souhaite.
Les blogs ont effectivement pas mal de place pour écrire sur la musique mais vous n'allez pas y trouver une saga de 10 pages sur Dennis Wilson, le batteur des Beach Boys, à l'occasion de la réédition de son album culte des années 70. Vous n'allez pas non plus y trouver un article transversal sur la façon dont les figures cultes du disco des années 70 resurgissent aujourd'hui dans la pop mainstream et dans l'electro underground. Ce n'est pas leur vocation. Leur vocation c'est plutôt de permettre de découvrir un artiste via une petite bio et quelques MP3 en écoute. La proposition de Volume est donc complémentaire avec l'offre les blogs comme elle l'est aussi avec notre hebdo. D'ailleurs des blogs on parlera dans Volume. A défaut de proposer un CD sampler comme on le faisait dans nos hors série, on donnera plein de liens pour aller écouter de la musique sur le net, en privilégiant bien évidemment et tant que faire se peut des lieux d'écoute légaux. Donc voilà personnellement je consulte des blogs, mais je continue de penser qu'il n'y a rien de tel que du beau papier, de belles illustrations et des documents inédits. Ce côté bel objet peut encore faire rêver les gens. C'est d'ailleurs pour ça que ce mensuel va s'appeler Volume. Parce qu'au-delà du rapport au son, Volume ça évoque aussi l'ouvrage de collection que tu veux garder sur ton étagère.

 

Aujourd'hui les mensuels musicaux coûtent facilement plus de 5 euros. Et c'est aussi pour cela qu'ils se vendent peu. Combien va coûter ce "bel objet de papier" ?
4,90 euros pour 100 pages. On pense que c'est un bon prix vu la qualité du magazine et le lectorat visé.

 

Combien d'exemplaires comptez-vous vendre de ce premier numéro de Volume ?
25 000.

 

Pas facile...
Oui mais c'est un risque calculé. Le premier numéro sort en juin, le deuxième en juillet, le troisième en septembre. A la rentrée on saura donc si le pari est réussi et on réagira en fonction. Mais on n'en est pas encore là et on est optimiste. Il n'y a pas de raison que ça ne marche pas.

 

Quel sera le sujet de couverture du premier numéro pour frapper fort ?
Radiohead.


Je m'en doutais ! Qu'allez-vous en dire ?
On va faire une sorte de saga bilan pour dire en quoi Radiohead est différent des autres groupes de rock de son temps, en quoi c'est une espèce de monstre de son époque qui aurait pu virer dinosaure et qui n'a pas viré dinosaure (des propos que Pascal Bertin pourrait tout aussi bien tenir à l'encontre de son canard, Radiohead et Les Inrocks ayant ceci en commun que, malgré tous leurs efforts, ils sont et restent des dinosaures, Nda).

 


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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 22:02
Live au Bataclan





Le 12 mai ce n’était pas un temps à mettre un goth dehors. Trop de chaleur, trop de soleil, trop de ciel bleu. Mais comme
Einsturzende Neubauten investissait le Bataclan, c’était parfait, ils étaient tous à l’intérieur pour célébrer le retour des fondateurs de l’indus.








Dans la salle, le noir règne mais par contre, une chaleur de fou, suffocante. On a envie de se foutre à poil sur le champ. On aimerait bien que les petites goth sexy en fassent autant, mais faut pas compter sur elles. Trop fetish pour ça les goth-punk. Bref c’est un temps à draguer et à digresser sur des sujets tout autres que musicaux, mais voilà Neubauten va se pointer sur scène et c’est important.

Neubauten je sais pas si vous savez mais c’est le groupe allemand qui a écrit une nouvelle page de l'histoire du rock en 1980 en injectant la réalité industrielle de Berlin Ouest dans le ronron de la musique pop. L'album s'appelait Kollaps, un concentré de musique bruitiste et avant-gardiste qui faisait "virevolter des outils contre du matériel industriel par-dessus un tapis de synthétiseurs gothiques" comme l’écrira Greil Marcus dans son séminal Lipstick Traces. Bon dix ans plus tard ça n'empêchera pas des américains du nom de Trent Reznor et de Marilyn Manson de reprendre ses trouvailles à leur compte pour nourrir cette bonne vieille pop culture, mais voilà à l’époque l’indus tel que pratiqué par Neubauten c’était d’avant garde, révolutionnaire.

Ce qu’il en est aujourd’hui ? Ce concert pourrait permettre de répondre à la question. Neubauten je connais peu au-delà de leur réputation. Ce n’est pas ma came comme on dit. C’est la première fois que je vais à un de leur concert. Mais j’attends quelque chose de fort. On m’a tellement dit que sur scène c’était du lourd. Un ami super fan m’a même montré des DVD du groupe et c’est vrai qu’en live ça a l’air sidérant. Alors j’attends ma claque. Et bien je peux vous dire qu’elle est pas venue.

Le groupe a joué 2h15 et qu’est-ce que je me suis fait chier. Je suis même pas resté jusqu’au bout. Ils ont joué que des morceaux postérieurs à 2000, c’est-à-dire des morceaux calmes pour la plupart, privilégiant des climats plein de tension hypnotique. Enfin, hypnotique, soporifique oui. Pour un peu on se serait cru à un concert de Morcheeba. Et puis ohlala comment il se la pète le chanteur de Neubauten. Ce qu'il est pontifiant. On dirait qu’il se prend pour le pape là tout habillé en noir à nous réciter sans fin ses textes dont on ne comprend rien (et pour cause c’est en allemand) mais qui ont l’air de dire de grandes vérités pendant que ses musiciens s’agitent sur leurs instruments ou leur matériau de récup’ genre perceuse, ressorts, tubes, fûts, taule. Et puis vas-y que je célèbre moi-même mon propre culte en gravant illico le concert sur disque pour le vendre aux fans à la sortie.

Non franchement j’ai trouvé ça très bof. Je retiendrais juste la mélodie rouleau compresseur de "Weil Weil Weil", les jouissifs coups de tonnerre du très punk et foutraque "Let's Do It A Dada" et le lancinant "mela, mela, mela, mela, melancholia" de "Die Befindlichkeit Des Landes". C'est maigre. Pourtant j'étais prêt à y croire à la grande noise musique de Neubauten, prêt à me la prendre en plein dans la gueule. Mais non. Et puis de voir des iconoclastes se pendre pour des icônes et être pris pour des icônes quelque part je trouve ça d’un triste. Pourtant Blixa Bargeld, le maître d’œuvre de Neubauten, je l’avais rencontré 6 mois plutôt à l’occasion de la sortie de Alles Wieder Offen, le 14e album du groupe, et j’avais plutôt bien aimé tout ce qu’il m’avait dit. Mais bon au bout d’un moment les révolutionnaires sont meilleurs en théorie qu’en pratique. Trèfle de performance donc et place au discours
(ici).

Photos par
Robert Gil
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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 02:28
Punch hard grunge







"véhiculer un gros sentiment de déjà-vu, ce n'est pas péjoratif, c'est super"

"la musique qui n'accroche pas, je n'en vois pas l'intérêt"







Votre premier album est bien construit je trouve. Il alterne judicieusement quatre morceaux rentre dedans, glisse une ballade, repart au charbon juste derrière avec 5 morceaux vénères et s'achève sur une ballade.

Nicolas : Oui, je voulais entremêler les deux, ne pas faire une face énervée et une face calme. Mais le truc c'est que cet album j'ai eu le temps de le préparer. "Teenage", la chanson la plus vieille, date de 2001.
Robin : ça n'a plus rien à voir avec ce qu'on fait aujourd'hui. Parce qu'on a grandi et que maintenant on compose plus à trois. Or on a tous des influences différentes.

Toi, Robin, quels sont tes groupes favoris ?

Robin : Mon groupe préféré de tous les temps en ce moment c'est les Queens Of The Stone Age. Après en tant que batteur je suis sur-fan de Police et j'adore Dave Grohl. De toute façon moi je suis de la génération grunge de Seattle. Ce qui me fait vraiment triper à la batterie ce n'est pas de faire des trucs ultra-compliqués mais de faire des trucs énergiques pour casser mes baguettes ! Le côté défouloir.

Toi, Leslie, quels sont tes groupes favoris ?

Leslie : En fait, malgré notre différence d'âge, mes goûts sont asses proches de ceux de Nico.
Nicolas : Oui, on se retrouve un peu sur des trucs punk américains bien kitsch comme il y en a d'aujourd'hui. Mais moi mes influences viennent vraiment du hard US des années 80.

Ça se sent à la présence de quelques brefs solos de guitare sur certains de vos morceaux.

Nicolas : Oui, je n'en fais pas partout parce que ça me gonfle. Quand j'avais 16 ans c'était autre chose.

Dans votre disque, on se prend vraiment les années 80 en pleine poire quand surgit un saxo en plein milieu de Lower. En l'entendant je me suis dit : "Ah, les salauds, ils ont osé !" et ça passe, nickel, classieux.
Nicolas : C'est un copain jazzeux qui est venu mettre ça. Moi je ne l'aurais jamais fait.

Ça donne un petit côté quart d'heure américain au morceau.

Nicolas : Il y a un peu ça, mais ce n'est pas non plus un slow genre "Still Loving You" de Scorpion. En fait quand j'ai enregistré l'album je me suis dit qu'on allait rajouter plein de trucs kitsch qu'on n'écoute plus !
Robin : On a par exemple mis des petites percus trouvées sur des albums de Motörhead !

Aujourd'hui le hard revient pas mal en force. Il est enfin de bon ton de dire qu'on écoute AC/DC, Metallica, Iron Maiden, ce que font des groupes comme Justice, Fancy...

Robin : Oui, il y a un gros retour de ces années 80. Je le vois tous les soirs au Klub où je bosse comme ingé-son : les groupes qui rameutent le plus de monde sont ceux qui auraient fait un carton dans ces années-là. Leur musique véhicule un gros sentiment de déjà-vu, mais ce n'est pas péjoratif, c'est super.

Tous les morceaux de votre disque sont super accrocheurs, ce qui m'a, j'avoue, bien bluffé. L'objectif de Talia c'est l'efficacité mélodique ?

Nicolas : Oui, tant que je peux. Ça c'est l'influence des groupes de hard, on est toujours sur la même structure : intro, couplet, solo au milieu. Pour l'instant on en est là. Sur le deuxième album ce sera peut-être un peu différent. Mais bon le problème pour moi c'est que la musique qui n'accroche pas je n'en vois pas l'intérêt. Ça veut dire que n'importe quel con peut le faire parce que c'est souvent les trucs les plus simples qui sont le plus compliqué à faire.

Effectivement, votre rock est loin d'être cérébral, au contraire il a quelque chose de régressif...

Nicolas : Mouais... c'est sûr qu'on ne fait pas de l'expérimental prise de tête mais je ne suis pas non plus dans le trip "1, 2, 3, 4, couplet, refrain, couplet, refrain" genre 2 minutes 10 à fond la caisse comme les Ramones. Pareil pour les paroles.
Leslie : Mais allez Nicolas, ce n'est pas grave si tu n'es pas cérébral !
Robin : Oui, moi je suis complètement d'accord ! Franchement, à part quelques groupes comme Primus, la musique cérébrale m'a toujours fait chier.

Le groupe, ça vous prend beaucoup de votre temps ?

Nicolas : On a des emplois du temps carrément incompatibles. Robin est régisseur au Klub, moi je bosse dans des studios, Leslie est étudiante en informatique. On a donc du mal à se voir en dehors des répétitions et des concerts, mais ça va venir, surtout avec la tournée qui se profile.

Vous avez des plans pour faire des premières parties de groupes connus ?

Nicolas : Non, mais on a rencontré Dave Grohl, on aurait dû lui demander !
Robin : Ah oui, c'était énorme ! Pour la sortie du dernier album des Foo Fighters on a reçu des invitations pour l'écouter en avant première. Ça se passait dans un bar. On était à peine une trentaine, les "Fighters" étaient là au complet et nous on était là comme deux cons parce qu'on devait être les seuls à ne pas être journalistes.
Nicolas : On a croisé le mec de Luke, qui a d'ailleurs carrément snobé Dave Grohl, ça m'a fait halluciner. Ce qui était rigolo c'était de voir Dave Grohl.

Vous avez réussi à lui parler ?

Nicolas : Oui, à un moment il m'a attrapé par la manche. J'avais peur qu'il m'en mette une ! Il est balèze. Dave Grohl lui tu sens qu'il est vachement sollicité. Tu lui parles et au bout de 30 secondes l'attachée de presse t'interrompt parce qu'elle a toujours quelque chose à lui dire. J'hallucinais de me dire que j'étais en train de parler avec le batteur de Nirvana. J'essayais de ne pas trop y penser sinon j'étais cuit !
Robin : Le mec est super connu mais il n'a absolument pas le melon, il reste hyper humble, très cool. Moi ce qui m'a rendu fou c'est qu'on a parlé avec lui comme si c'était un pote. Le bassiste la première question qu'il nous a posé c'est : "Wouah, il y a du rock en France ?" Ce n'était pas péjoratif mais il avait l'impression qu'il n'y avait que dalle. Il ne connaissait aucun groupe français.

Vous leur avez filé un de vos CD ?

Robin : Oui, Dave Grohl est reparti à son hôtel avec des CD à nous dans les poches !


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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 01:44

Punch hard grunge

 

Il y a deux semaines, chroniquant Cockroach Killer, le premier album salement contagieux du trio rock Talia, je titrais "Du qui tâche". Je ne faisais pas si bien dire. Voilà que je me prenais illico une volée de bois vert de ce saligaud de Bester : "Etre dirty ne signifie pas non plus être compétent. Ce groupe est minablement doué. Leur musique est totalement vide de compositions. Vide. Ennui. Mort", qu’il disait en commentaire. Non mais franchement pour qui il se prend le Bester, une idole au goût indéboulonnable ?

 

Bien sûr c’est bon de jouer son dandy, de faire son Wagner et de déclarer, comme celui-ci déclara dans une lettre adressée à un ami : "Je suis autrement organisé que les autres hommes. J’ai les nerfs plus sensibles. Il me faut la beauté, l’éclat, la lumière. Le monde me doit ce dont j’ai besoin. (…) Est-ce donc une exigence inouïe que de demander que vienne à moi le peu de luxe dont j’ai envie ? Moi qui prépare de la jouissance à des milliers et des milliers d’êtres." Oui, c’est bon de dire ça. Et parfois il le faut. Moi-même je le fais, parfois, à ma façon. Mais de temps en temps c’est bon aussi de revenir sur terre et de s’enduire de cambouis en s’administrant le plaisir basique d’un guitare-basse-batterie. Un truc qui tient au corps.Talia ne fait pas dans le détail, il lorgne vers le grunge et le hard, réconcilie Axel et Kurt, 80’s et 90’s. Et qu’importe la musique de 2008. Qu’elle aille au diable la musique de 2008. Parce que franchement ça commence à devenir insupportable ces prédictions débiles sur l’avenir de la musique, ce qu’elle doit être et ne pas être. Je ne sais pas vous mais moi ce que je demande de la musique c’est qu’elle me fasse du bien quelque soit son genre. Talia m’en donne au rayon rock binaire alors je ne me fais pas prier, je me sers. Hé oui je suis un consommateur. Je suis aussi Monsieur-tout-le-monde. J’aime pousser mon caddie en écoutant The Teenager. Le 12 avril dernier je suis donc allé interviewer Nicolas (chant, guitare), Leslie (basse) et Robin (batterie) pour discuter des mélodies cogneuses et divinement régressives de Cockroach Killer, qu’ils défendront sur scène le 15 mai à la Boule Noire.

 

 
"On désirait une pochette dans l’esprit de celle d’Appetite For Destruction"

 

"Vouloir une nana à la basse, ça doit être mon trip Téléphone"

 



Salut. Alors il vient de loin cet album ?
Nicolas : Oui, un peu. On l'a fini en décembre 2006. Il a donc un an et demi.

Pourquoi un tel délai entre sa finition et sa mise sur le marché ?
Nicolas : En fait j'avais un contact avec deux labels, mais entre temps ils ont coulé. En gros on s'est donc retrouvé comme des cons avec notre CD sur les bras. C'est là que j'ai rencontré Jean-Philippe Béraud de chez Martingale et c'est lui qui a fait tout le boulot de démarchage. Moi je suis nul là-dedans. D'ailleurs ce n'est pas toi qui as dit qu'on n'était pas les rois du marketing ? Bah tu as raison.

J'avais surtout épinglé le mauvais goût de votre pochette...
Nicolas : A ce propos le mec qui l'a dessinée est mort ! La semaine dernière. C'était un copain à moi (tout le monde rit jaune, ne sachant pas si c'est du lard ou du cochon, Nda). C'est vrai. Ils l'ont retrouvé chez lui. Il a dû avoir un accident cérébral. C'est dommage, j'adorais ce mec, je trouvais ce qu'il faisait vachement bien.

C'est l'envers du chic la pochette qu'il vous a faite...
Nicolas : C'est ça que j'aime bien. En fait Spider et moi on était fans de Robert Williams, le dessinateur américain qui avait fait la première pochette d'Appetite For Destruction des Guns And Roses, celle censurée où on voit une petite fille en train de se faire violer par un robot. On voulait un truc dans cet esprit-là.
Robin : Cette pochette est source de controverse. Leslie et moi on ne l'aime pas ! Le truc c'est que plein de gens nous disent que ça ne reflète pas vraiment notre style musical.
Nicolas : Faire une pochette d'album c'est toujours compliqué. Avant on avait fait un truc plus beau et ça n'avait aucun intérêt, ça ne suscitait aucune réaction si n'est une espèce de consens mou, comme les pochettes de Soul Asylum qui représentent de belles peintures de nanas tenant deux mômes par la main. Là, ce qu'on a fait je préfère parce qu'il y en a qui peuvent me dire qu'ils trouvent que c'est de la merde. Le problème c'est que cette nana je voulais la décliner sur tous nos visuels comme Eddie, la mascotte zombie d'Iron Maiden. Mais évidemment, on ne pourra pas. Parce qu'en plus mon pote ne m'a pas appris à la dessiner. Et ça me ferait bizarre de la faire dessiner par quelqu'un d'autre. Donc du coup elle va disparaître.

Talia a connu deux moutures. A quoi ressemblait la première ?
Nicolas : C'était moi avec deux autres mecs. Ça a duré de 2002 à 2006.

Pourquoi sont-ils partis ?
Nicolas : Ça s'est essoufflé. L'un a eu des mômes, l'autre s'est plus investi dans son taf. Enfin je n'aime pas trop en parler parce qu'ils ne sont pas là et que maintenant je suis avec Leslie et Robin.

Deux tiers du groupe ont changé. Pourquoi avoir gardé le même nom du groupe ?
Nicolas : Parce que je le trouvais bien et qu'eux avaient la flemme d'en chercher un autre. Et puis le disque contient pour moitié des chansons qui datent de la première période de Talia. On les a juste refaites, donc elles sonnent différemment.

A quoi ressemblait le son de Talia avant ?
Nicolas : Le côté métal qu'on a encore un peu était plus prononcé, avec la grosse caisse en avant et des tempos plus lents. Le bassiste et le batteur étaient comme moi fans des Guns et de Nirvana.

Du coup, tous les trois comment vous êtes-vous rencontrés ?
Robin : J'ai rencontré Nico en 2002 à la Fête de l'Huma. A l'époque je jouais avec des potes dans un groupe de métal. On a bien accroché. En plus on fréquentait le même bar. Donc le jour où Nico m'a appris que ses zicos le lâchaient, comme moi j'en avais aussi plein le cul de mon groupe, on s'est mis à jouer ensemble.
Nicolas : Et 6 mois après on recrutait Leslie après avoir auditionner 15 bassistes.
Robin : C'était celle qui avait le moins d'expérience, mais elle a pigé les morceaux tout de suite.

Ça vous plaît d'avoir une nana dans le groupe ?
Nicolas : C'est ce qu'on voulait. Enfin, on se disait que ce serait encore mieux si on trouvait une nana. Parce que quand tu n'es qu'avec des mecs, tout vire vite au truc de crétin. Tu sors, tu te pintes la gueule, tu dragues les meufs. J'en avais un peu marre de ça.

Oui, et puis dans un groupe ça fait classe d'avoir une belle nana à la basse.
Nicolas : Ça doit être mon trip Téléphone. J'étais vachement fan de ce groupe quand j'étais môme et ça a dû me marquer. Je ne sais pas si tu as vu des interviews des groupes de hard rock dans les années 80 mais ça ne volait pas haut. Or quand je voyais Aubert parler je trouvais qu'il avait l'air moins con donc je me disais qu'avoir une meuf dans le groupe ça devait aider en calmant le taux de testostérone.
Robin : Grâce à Leslie, pareil, on est devenus moins con !
Nicolas : Surtout quand on s'est retrouvé enfin tous les trois j'ai écrit 5-6 morceaux en trois mois.

C'est le fait d'être en groupe ?
Nicolas : Oui, ça stimule l'inspiration. Mais voilà après je suis capable de ne rien foutre pendant 6 mois. Je n'ai pas de jus, rien. Si je trouve un truc, très vite je me dis que c'est de la merde et je l'envoie au panier. En fait mon problème c'est que quand je trouve un truc, si j'ai déjà l'impression de l'avoir fait, je le jette. Pour notre prochain disque je vais essayer de me prendre un peu plus la tête sur les constructions.


(Suite et fin.)


 

 

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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 01:40
Quand la musique est mode



Sorti début mars, "le premier féminin musical" a reçu un accueil chaleureux en kiosque, notamment sur Paris. Pour ma part je suis en froid avec leur postulat. Parce que
Diva assimile rock et mode. Je me demande : va-t-il encourager l’industrie à produire des Micky Green en série ou va-t-il inciter les femmes à lire un féminin moins con-con que la moyenne ? Essayant de réfréner tant que possible l'Eric Zemmour qui siège en moi, je suis allé cuisiner Marie Chabanis, rédactrice en chef de ce bimestriel. Interview guerre des sexes ?






"on n'appelle pas au boycott de la bière et des clopes"

"une Diva peut tout aussi bien être un homme"









Bonjour Marie Chabanis. Alors dites-moi, quel est l’intérêt de lancer un "féminin musical" ?

C’est lié à l’évolution de l’économie de l’industrie de la musique. Les femmes ne se sentent très mal servie en matière de presse musicale, elles ne comprennent pas, pour elles ça ressemble trop à des catalogues de sorties CD. Or ce sont elles les plus grosses acheteuses de disques et de magazines et il y a de plus en plus d’artistes féminines. Avec d’autres gens on a donc senti un vrai besoin des femmes d’être informée différemment sur la musique.

Vous avez fait un sondage pour vous en assurer ?

Bien sûr, après avoir eu cette idée on a fait faire une étude de marché. Elle nous a d’ailleurs dit que notre lectorat était les 15-35 ans. Perso, j’aurais même poussé à 15-40 car aujourd’hui la femme de 40 ans en a 20. Et puis après les trois mois de travail qu’il nous a fallu pour faire notre premier numéro, on l’a testé auprès d’amis travaillant dans des radios et des maisons de disques et ils me le disaient déjà : "Génial, enfin un média qui va s’intéresser à l’acheteur principal : la femme."

Vous dites que les femmes ne comprennent pas la presse musicale existante, pourtant j’en connais qui lisent volontiers Les Inrocks

Bien sûr, d’ailleurs j’en suis et je trouve que ça reste une super référence, très pointue, mais justement pour cette raison les lectrices le trouvent particulièrement masculin. Nous on essaie d’être plus populaire, moins élitiste.

Vous n’allez pas tenir de discours critique sur la musique ?

On ne fait pas de critique parce qu’il y a tellement d’artistes à défendre qu’on préfère parler de ceux qu’on aime. Surtout que parfois la critique se trompe. Je me souviens que des magazines musicaux ont sévèrement critiqué des albums a leur sortie alors qu’ensuite ce sont devenus de grands succès, je pense par exemple au Stairway To Heaven de Led Zeppelin. Par contre, et ça je pense que c’est un côté plus féminin, on prend du temps avec les artistes, on passe des journaux entières avec eux, on les habille, on fait notre séances photos, on ne prend jamais les photos des maisons de disques. C’est aussi pour ça qu’on fait un bimestriel, parce que tout ce travail d’image prend du temps. Et c’est très important l’image dans la musique parce qu’avec la mort du CD il y a un retour à la scène et aux codes vestimentaires. L’autre raison c’est que je ne vois pas trop l’intérêt d’être mensuel parce que je ne crois pas trop à l’idée d’actualité en musique. Quand j’achète un album, je ne le jette pas au bout d’un mois.

Mais vous n’avez pas l’impression que vous assimiler la musique à de la mode ?

Vous voulez dire qu’on dévalue la musique ? Dire ça, ce n’est pas gentil pour la mode (rires) !

Ce n’est surtout pas gentil pour la musique.

Je place les deux sur le même plan donc je ne peux pas vraiment à cette question ! Mais non je ne pense pas que cela dévalue la musique. En travaillant au jour le jour avec les artistes et le monde de la musique je vois qu’ils n’attendent que ça de travailler plus avec les gens de la mode. On essaie de trouver le bon équilibre entre mode et musique et ce n’est pas facile parce que c’est deux mondes qui se côtoient depuis toujours mais qui sont pourtant très différents. D’ailleurs en ce moment tout le monde surfe sur cette tendance.

Effectivement. Les Inrocks viennent de sortir un hors série "Les filles du rock" et multiplie les couv "rock et mode". De leur côté les féminins multiplient les articles et les séances photos sur les artistes les plus glamour. Aussi, fait notable, après 7 ans de distribution gratuite dans les lieux branchés de la capitale le magazine Modzik vous a devancé de peu en sortant en kiosque, au même prix que vous d’ailleurs (4 euros). Tous les deux vous êtes clairement sur le même créneau qui consiste à féminiser le landerneau rock l’associant le plus possible à celui de la mode.

Tant mieux si Modzik fait la même chose que nous, parce qu’il existe plusieurs magazines musicaux donc je ne vois pas pourquoi il n’existerait pas plusieurs féminins musicaux. Donc voilà : "Longue vie à Modzik aussi !"

Mais dans tout ça, je veux dire, le "danger" n’est-il pas de considérer la musique et le rock comme un simple argument marketing, le vernis tendance ultime ?

Je ne sais pas, c’est réversible. On peut aussi bien dire que la mode est devenu le vernis tendance du rock. Parce que la musique a beau avoir un côté plus profond, les musiques aussi passent et reviennent, comme la mode. Par exemple on voit bien que le retour du folk passe aussi par un gros côté mode. Je pense donc que l’un sert l’autre. Et c’est pour ça qu’un magazine comme Diva existe. On met la musique et la mode sur le même plan en se disant que l’un va servir l’autre parce qu’on est dans un monde où les gens consomment souvent les deux. Par exemple, dans la rue on sait facilement qui écoute quoi en regardant ses fringues et ça ce n’est pas nouveau, il y a 15 ans moi j’étais Curiste !

Vous dites que vous passez du temps avec les artistes, mais je n’ai pas lu d’articles fleuves dans  Diva

La dure réalité de la maquette nous oblige à couper un peu les articles, mais on essaie d’enlever le superflu pour ne garder que l’essentiel. D’ailleurs chez nous contrairement à ce qui est pratiqué ailleurs, le calibrage des articles est décidé une fois que l’interviews a été faite comme ça on peut réagir en conséquence de ce qu’on a obtenu. Et puis, dernier point, on pourrait nous taxer de faire un magazine musical pipole, mais ce n’est pas du tout le cas parce qu’on parle autant des têtes d’affiches que des débutants. Mais c’est sûr que lorsqu’on rencontre un artiste qui a déjà une longue carrière derrière lui comme Franck Black il a logiquement plus de choses à raconter. Dans ce cas on fait une double page. Franck Black, on aurait pu rester 15 jours à discuter avec lui.

De part son éditorial et sa maquette Diva est assez "girly". Une femme ce n’est pas forcément "girly"…

Diva n’a pas été pensé pour être girly, il a été pensé comme un féminin, c’est-à-dire un mag qui parle de tout ce qui intéresse les femmes et toutes les femmes aiment la mode et la musique. Girly, je ne sais même pas ce que ça veut dire, je n’avais jamais entendu ce terme. Mais après c’est sûr que tous les magazines ont tendance verser dans la caricature de leur lectorat donc c’est une bonne remarque et je ferai attention à ce qu’on ne tombe pas là-dedans.

Finalement derrière tout ça le problème c’est un peu de savoir ce qui est typiquement féminin et ce qui ne l’est pas. Dernièrement le GQ français s’est posé la même question pour les hommes en se présentant comme le masculin qui leur parle sur un autre ton. Vous, vous faites pareil : vous cherchez à parler aux femmes sur un autre ton. A parler à une autre vision de la femme.

Je suis complètement d’accord avec ça : on est des femmes mais on est aussi des hommes. J’ai d’ailleurs pensé Diva comme un magazine qui pourrait aussi intéresser les hommes. Tout le couloir d’info du mag est aussi accessible aux hommes parce que la musique ça parle à tout le monde. Et c’est aussi pour ça qu’on parle de musique.

Qu’en pensent les rockers purs et durs ?

J’ai parlé avec Patrick Eudeline et Franck Black et ils adorent le concept. Ils sont tous contents parce qu’on n’est pas non plus en train d’appeler au boycott de la bière et des clopes pour revendiquer plus de strass, de paillettes et de rouge à lèvres dans le rock ! On dit juste qu’il y a une autre manière de parler de la musique parce que cette industrie a globalement changé, de même que celle de la mode. Les femmes en ont marre de lire des magazines féminins où les articles sont des dossiers de presse remâchés et où ils se ressemblent tous d’un féminin à l’autre.

Via la musique, si je vous suis bien votre idée c’est donc d’apporter un supplément d’âme dans le monde du féminin. C’est ça ?

Si vous voulez ! Moi j’adorerais qu’on apporte de l’esprit dans le monde des magazines féminins et de l’esthétique dans le monde des magazines musicaux. Parce que moi je vois Diva comme la rencontre des Inrocks et de Vogue.

Votre équipe ne comporte aucune plume du sérail de la presse rock…

C’est vrai, la plupart de nos journalistes ne sont pas connus pour être des journalistes musique. Mais il n’y a pas d’école de journaliste musical, c’est l’intérêt qu’on porte à la musique qui fait qu’on est bon ou pas. Par exemple Pierre Mathieu est connu en tant qu’animateur télé mais sa passion première c’est vraiment la musique. D’ailleurs il est assez connu pour son Myspace où il tient un agenda de toutes les soirées et de tous les concerts. Du coup c’est le Tintin de la nuit de Diva (rires) !

A propos de nuit, y aura-t-il des soirées Diva, des compiles Diva, un site Diva ?

Tout ça est en cours. On va faire des choses avec le Social Club. On va tisser des partenariats avec tous les événements qui nous correspondent et on se rend compte qu’il y en a beaucoup parce que voilà toute l’industrie de la musique avait déjà surfé sur cette vague féminine et il ne manquait plus que les médias suivent pour que les choses s’enclenchent. Diva n’en est donc qu’à ses débuts. Petit à petit il fait son nid (rires) !

Au fait, pourquoi ce nom, Diva ? C’est quoi pour vous une Diva ?

C’est une question que je pose beaucoup aux artistes. Par exemple quand j’en ai parlé à Adele elle m’a dit : "Pour s’imposer tout musicien doit être une diva." J’ai beaucoup aimé sa réponse parce que ça veut dire qu’une diva ça peut tout aussi bien être un homme. Nous d’ailleurs on avait fait des essais de covers Tricky. Une diva c’est juste quelqu’un qui a des convictions et qui est parfois obligé de jouer des coudes pour les affirmer. Lorsqu’on va shooter un artiste, il y a beau avoir 5 maquilleurs, 5 coiffeurs et toute l’équipe journalistique dans la pièce, la diva on la reconnaît tout de suite. C’est quelqu’un qui dégage quelque chose en plus. Une diva, c’est ce que j’aimerais être !

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 00:54
Du qui tâche

Parfois on reçoit des disques dont la pochette est une telle faute de goût qu'on n'a qu’une envie : les laisser sur le carreau tellement on est sûr que c'est de la daube. On a tort : c’est là que la curiosité commence. C’est ces disques dont l'artwork craint qu’il faut sauver en premier. Un exemple : Star’n’Bars et After The Goldrush de Neil Young. Quelle connerie j'aurais fait si je m'étais arrêté à la pochette.


Autre exemple : prenez Cockroach Killer, le premier album du trio parisien
Talia. Ils font fort niveau pochette. Cette bimbo texane qui écrase à coups de queue de billard un cafard géant, c’est assez répugnant. On n’a pas envie d’écouter et pour cause on a l’impression d’avoir affaire à de vieux hardos dont la plus haute ambition se limite à Playboy + bécane + bonnes bières. Et puis ce titre, Cockroach Killer, franchement c’est le pompon ! Franchement pas des rois du marketing les gus de Talia. Mais voilà je passerai à côté de quelque chose si je m’en étais tenu à ce constat pourri de préjugés. Car leur musique est terrible. Quand on daigne enfin mettre l’album dans le lecteur on s’en prend une putain de bonne décharge hard grunge. On est les rois du pétrole ! En deux secondes (pas la peine de zieuter leur influences sur Myspace) on comprend que Nico (chant, guitare), Leslie (bassiste) et Robin (batterie) ont tellement tripé sur les Guns, Nirvana, les Samshing et Queens of the Stone Age qu’ils en livrent aujourd’hui une resucée bien sentie. D’ailleurs je suis un peu salaud de dire "copie" tant tout cela est digéré, inspiré, jaillissant.

Ces trois-là reviennent aux fondamental guitare-basse-batterie et "Rock’n’roll !" comme ose l’hurler Nico en ouverture de "Shots".  Porté par une ferveur rare et une efficacité démente, ce disque offre le sans faute : 9 morceaux qui cognent grassement et 2 ballades poignantes. Car oui, les Talia n’ont pas peur ni de taper dans les solos ni dans les slows. Ils peuvent balancer "Come To Me", un single viscéral et teigneux qui ferait un malheur dans les college radio US puis vous cueillir avec un "Lower" mélancolique dont le saxo tire larmes fait sonnent très eighties sans que vous n’y trouvez rien à dire (vous êtes saisi) et vous relancer dans les cordes juste derrière avec un "Spinster" bouillonnant du sentiment d’invincibilité propre à l’adolescence… alors que vous avez 28 ans. Il y en a beaucoup des disques qui vous font cet effet-là ?

(Suite.)

Nicolas Costa en acoustique avec "Spinster" sur
RKST.org




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23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 21:51
Métaphysique des teubs





"la caméra me permet de sublimer la douleur"

"mon deuxième long métrage parlera de maternité"











Ton DVD s’appelle Mon vit, mes œuvres
. Tu te prends pour un artiste ?
Bah il n’y a pas de honte à se dire artiste. Si je prends la définition du dictionnaire je rentre dans la catégorie. Après bon ou pas, c’est autre chose. Mais il n’y a pas de honte à dire qu’on a une démarche artistique.

Parce que tu fais des sacrifices pour…
Non, moi je fais très peu de sacrifices. Mes tournages, en général, je les fais dans la joie et la bonne humeur…

Mais je me rappelle d’une scène avec LZA
où tu lui dis : "Il y a un prix à payer à être harder, tu devrais le savoir." Ça veut dire que toi-même tu reconnais que ça implique une notion de sacrifice, d’investissement. Que paradoxalement c’est un sacerdoce d’être harder...
Non, mais la caméra me permet de sublimer la douleur, voilà. Sans la caméra, je n’oserais pas tout faire et le fait de mettre en scène ma douleur l’atténue beaucoup. Si je n’ai pas beaucoup de vie privée, ce qu’on me reproche, c’est parce que je m’en sers pour lui donner une dimension tragi-comique qui m’éloigne un peu du réel. Je ne suis pas quelqu’un qui discute beaucoup dans la vie privée, mais ça m’intéresse quand c’est filmé. J’ai besoin de subterfuges pour me pousser dans mes retranchements. Et plus je vieillis plus j’ai besoin de subterfuges. C’est peut-être une période.

Tout à l’heure tu disais que tu allais arrêter de boire et te droguer, devant la caméra comme dans la vie privée et que tu allais te tourner vers d’autres thèmes, d’autres sujets. Lesquels ?

Là je suis en train de tourner mon deuxième long-métrage, qui devrait s’appeler Les mouvements du bassin. Le sujet, je ne te le donnerai pas parce qu’il est très tôt pour en parler, mais ce n’est pas du tout basé sur l’alcool, la drogue ni même le sexe, c’est plus tourné vers mon esprit, des choses que je ne voulais pas regarder avant. En gros, ça va parler de maternité, de désir d’avoir un enfant, mais à ma façon.

Ta crise de la quarantaine ?

Non, quand tu verras le film tu verras que ce n’est pas l’expression d’une crise de la quarantaine. D’ailleurs je ne joue même pas dans le film. Tu aimerais bien réagir toi derrière (il parle à sa copine, Gwen, Nda) ? Non, s’il te plait, ne dis pas la vérité ! Tiens tu peux fermer la fenêtre, s’il te plait Gwen ? Mais ne dis pas la vérité.

Elle : Il y a juste des choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord. Comme d’habitude tu es en train de jouer ton personnage.

Lui : Le truc c’est que les gens s’évertuent à vouloir soit que j’aille voir un psy soit à croire que je joue un personnage…

Elle : Mais…

Lui : Oh, tais-toi, toi ! Laisse-moi faire mon speech ! Tu peux mettre l’incident de cette jeune femme dans l’interview.

Elle : Ce qu’il ne faut pas oublier, je fais juste une parenthèse, c’est que je partage sa vie depuis 1 an. D’ailleurs je suis dans le DVD, mais je suis différente de toutes ces personnes qu’il y a dans le DVD et qui participent au côté destroy de HPG. Moi je connais Hervé, je ne connais pas HPG. Tout à l’heure tu lui demandais s’il faisait ses courts-métrages pour quitter le porno et rejoindre le cinéma traditionnel. Aujourd’hui je te le dis, Hervé veut dissocier les deux univers. Et ça va tout à fait avec la voix-off que je fais sur le DVD, où j’explique justement que j’en ai ras-le-bol de certaines attitudes de HPG.

Lui : Tu peux dire que je suis dominé par Gwen, qui n’a que 21 ans.

Elle : Hervé, c’est aussi quelqu’un d’humain.

Lui : Mais-le ça, ça lui fera plaisir.

Quelque part, les gens qui rentrent dans ton trip légitiment ton personnage et font de toi une sorte de gourou.
Elle : Exactement.

Lui : Oui, peut-être, je ne sais pas.

C’est ce que je disais tout à l’heure : ces gens désir être galvanisé par quelqu’un qui fait ce qu’ils ne font pas.
Oui, c’est ça, ok, il y a une dimension christique.

Costes, tu connais ?
Oui.

Lui assume clairement de parler de la dimension christique de ses performances. Et je trouve que tu as pas mal de point commun avec lui, dans ton approche artistique du corps, de sa monstruosité, de sa bêtise…
Oui, vu que ce qu’il fait et ce que je fais, je serai mal placé pour dire qu’il n’y a pas de lien.

Tu connais bien ce qu’il fait ?

J’approuve, mais je ne connais pas assez sa dimension politique et les tenants et les aboutissants de son travail donc je ne peux pas me permettre de critiquer. D’ailleurs je ne connais pas l’évolution de son travail et c’est ça qui important chez quelqu’un : l’évolution de son travail.

Il y a d’autres artistes dont tu te sens proche, des artistes qui t’intéressent ?

Euh… Je ne sais pas, cite-moi en.

Dans le DVD on voit que chez toi tu écoutes les Stones.

Oui, je n’ai pas de goût précis, mais c’est vrai qu’en musique, je suis bien branché Stones. Sinon je t’avouerai que je suis pas mal centré sur moi-même et que je ne me cultive pas trop. Parfois on m’emmène voir des films, pas forcément ceux que j’irais voir, par à priori, mais je suis content de les voir. Et puis il y a vraiment un truc que je ne fais pas assez, c’est d’aller aux musées. Mais voilà, j’ai une boîte de prod et ça me prend beaucoup de temps. Ce que je te dis là ce n’est donc qu’une excuse. Et il n’y a pas d’excuse pour expliquer le fait de ne pas se cultiver. Si on m’aime, on n’a qu’à me conseiller un bouquin que j’essaierai de lire.

A propos de ta boîte, depuis quand existe-t-elle et comment marche-t-elle ?

Elle existe depuis 6-7 ans et elle marche difficilement parce que le DVD vit ses dernières années. Maintenant soit tu vends aux chaînes câblées soit tu vends sur Internet. Donc je suis en train d’essayer de m’adapter à cette évolution. Ce n’est pas évident. Ça implique une restructuration qui touche beaucoup d’entreprises dans la musique comme dans le cinéma. Même les magazines où tu bosses doivent être touché par la concurrence des magazines en ligne. On en est tous au même point. Peu vont rester, il faut bien se placer dès maintenant.

Combien de personnes emploies-tu ?

Je suis le seul employé. Les autres personnes, je les embauche pour des contrats à durée déterminée. Ça me permet d’être libre.

Qui a eu l’idée de son logo HPG qui forme une bite ?

Un très bon ami à moi, Louis-Felix Perraud. Il voulait d’ailleurs que je lui donne de l’argent pour ce logo, mais il est mort avant, le pauvre.

Tout à l’heure on parlait de ta "sortie du X". Que penses-tu des autres acteur porno qui ont essayé de "sortir du X" ?
Je n’en connais pas beaucoup.

Rocco Siffredi...

Dans Romance ? Il joue super mal. Parce que Rocco c’est un mec intelligent, un bon businessman et un excellent harder, mais ce n’est pas un bon acteur de traditionnel. C’est juste que Catherine Breillat a été attirée par son gros sexe, on ne sait pas pourquoi d’ailleurs, elle aurait pu prendre une bite française comme la mienne. Et ce n’est pas parce qu’on prend un acteur porno qui joue mal dans un film que ça signifie qu’il a voulu sortir du X.

Coralin Trin Thi...

Qu’est-ce qu’elle a fait ?

Elle : Elle a écrit des bouquins. C’est bien d’ailleurs.

Lui : Tu vois, elle est belle et elle va finir assise-là à répondre aux questions à ma place. Donne-moi des exemples de gens qui en dehors du porno ont fait autre chose que moi je puisse apprécier parce que pour l’instant ceux que tu me cites je n’en pense pas grand-chose, si ce n’est qu’ils ont du courage de faire ce qu’ils font et qu’humainement ce sont sans doute des gens bien. Sebastian Barrio a fait quelques films traditionnels, mais bon... J’aimerais te dire que je les apprécie parce que comme c’est un petit milieu je vais être amener à les recroiser mais non. De toute façon je ne voue pas un culte aux acteurs parce que très peu de gens jouent bien.

Elle : Nina Roberts joue bien dans ton film.

Lui : Oui, c’est vrai. Mais Gwen, s’il te plait, tais-toi ! Tu vas mettre Gwen dans l’interview ?

Pourquoi pas. Je verrais. Dans les films traditionnels qui incorporent aujourd’hui des scènes de sexe explicite, lesquels t’ont interpellé ?

Il y a le film de Chéreau.

Intimité ?

Oui, je le trouve remarquablement bien fait. Un peu trop intello pour moi mais très bien fait. Cite-moi des exemples.

Les films de
Brisseau ?
Je le connais, j’aime plutôt bien ce qu’il fait, d’ailleurs je vais sans doute être amené à travailler avec lui ou avec des personnes avec qui il travaille. Mais bon voilà, comme je veux intégrer le monde du cinéma traditionnel et qu’ils ont déjà assez de mal à m’accepter, je ne vais pas trop l’ouvrir parce que je préfère cracher dans la soupe une fois que je l’ai mangée, pas avant.

Les films de
Breillat ?
Nulle. J’ai été sur un de ses tournages. Elle a tenu à ce qu’on bosse sans préservatif. Elle nous a vraiment pris pour des cons. Elle a fait d’excellents films, mais là je ne comprends pas ce qu’elle fait. Je n’aime plus du tout. Je dis ça parce que je sais qu’elle ne m’embauchera jamais. Tu as d’autres exemples ?

Elle :
Wonderland. Un film américain sur l’histoire vraie d’un acteur porno

Lui : Oui, c’est très bien ça, mais Gwen, encore une fois, je t’en prie tais-toi. Quand tu auras tes interviews, moi je ne serai pas là.

Elle : Oui, mais vous cherchiez un film. Wonderland.


Ok, merci.

Je n’ai pas été trop court dans mes réponses ?

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Published by Sylvain Fesson - dans IDEEcryptage
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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 20:17
Métaphysique des teubs






"je préférerais être rock-star qu'harder"

"oublier le côté porno comme dans
L'empire des sens"





Dans ton court-métrage Autobiographie, tu montres une affiche de tes débuts en tant que Condom Man. C’est comme ça que tu as commencé dans le X ?

Ça c’est le film le plus lamentable que j’ai fait. Je me pointais en tenue de super héro et c’est une des rares fois dans ma vie où j’ai eu une panne sur un tournage. J’étais en cape avec la bite molle. Donc autant te dire que si ça avait été mes débuts tu ne m’aurais jamais revu dans un deuxième film. Donc non ce n’était pas mes débuts. Ce film c’était une mauvaise idée parce que dans un film porno tu peux faire marrer les gens avant ou après l’acte mais surtout pas pendant car le mec ou la femme qui achètent ton film veut quand même pouvoir se masturber. Dans Condom Man, on a merdé à ce niveau-là. Mais j’aime bien c
e film parce qu’il est plus lamentable que ce que beaucoup de gens ne pourront jamais faire dans leur vie et quand tu atteins ce degré de lamentable ça en devient bon. En plus ce n’était pas voulu. Il y avait un peu d’insouciance.

Quels sont donc tes premiers pas dans le porno et pourquoi as-tu souhaité faire ça ? Est-ce liée à une rencontre ?

Oui, une rencontre avec mon sexe. Ado, j’étais timide, personne ne voulait de moi et comme j’arrivais à avoir de bonnes érections, je suis devenu gigolo. Je me faisais masturber par des vieux garçons-coiffeurs et la pseudo-tendresse qu’ils me donnaient me réconfortait parce que je ne l’avais pas auprès des femmes. Après je suis devenu acteur porno et ça a comblé tous mes souhaits. Parce que tu
as beau être timide, ne pas avoir un physique de play-boy ni une grande gueule, si tu as un sexe qui se durcit sur commande tu peux devenir acteur porno, c’est-à-dire te faire plein de nanas et être en plus payé pour le faire. Je voulais donc faire ça comme un enfant veut faire cosmonaute.

Cosmonaute ???

Oui, à la bas
e je voulais être cosmonaute mais pas pour aller sur la lune, pour le retour, parce qu’une foisce qu’on en fait. Pour eux on peut dire qu’on est des icônes parce qu’ils voient en nous le côté étalon, mais on joue tellement mal qu’on est plutôt tragi-comique. Et puis on est sexuellement performants devant une caméra, mais dans la vie privée c’est autre chose. Après c’est sûr qu’acteur porno fait plus rêver que la plupart des autres métiers. Mais quand tu es intelligent, tu préfères être rock-star que harder. Parce que dans le traditionnel les filles sont encore plus jolies que dans le porno. Franchement quand on voit la tête de nos actrices françaises, on ne peut pas dire qu’on soit vraiment gâté. Moi les 3/4 des scènes que je fais c’est avec des nanas dont on dit qu’elles ont des physiques disgracieux. Donc attention, mon métier n’est pas qu’un rêve. Les kilos superflus, je connais. C’est d’ailleurs pour ça qu’on va tourner à Prague. Donc voilà moi à choisir je préférais être rock-star que harder. Je fais ça faute de mieux. Parce que si j’étais rock-star j’aurais plus naturellement accès aux femmes, et à des femmes plus séduisantes.

Quelle réaction ont les gens quand ils te reconnaissent dans la vie de tous les jours ?

Ça les fait plutôt marrer de me voir parce qu’ils m’imaginent déshabillé. Si je prends une douche au Gymnase Club, ils se demandent si je ne suis pas en train de tourner un film porno.

A un moment dans le DVD tu parles de ce qui t’a poussé à devenir harder et tu dis que tes deux communions ont joué un rôle…

Oui, c’est-à-dire que petit je me suis tourné vers Jésus pour avoir des cadeaux et qu’on me laisse tranquille à faire du vélo. Et c’est sûr que pour un petit être très porté sur le sexe comme moi, être obligé de se trimballer en blouse blanche avec une croix, ça m’a marqué. Aujourd’hui je suis peut-être séduit par cl côté virginal que j’avais sur ces photos, quelque chose qui est maintenant loin de moi. Il y a un chemin parcouru.

La religion était très présente dans ta famille ?
Oui, j’ai été obligé de me tourner vers Jésus, je ne l’aurais pas fait moi-même. Je n’ai pas rencontré le diable en chemin, j’ai toujours eu une certaine part de noirceur et de sexualité.

Tu t’en es très tôt rendu compte ?

Oui, parce que petit quand je n’arrivais pas à éjaculer je me retenais de faire pipi et je me frottais le zizi sur des barres en fer. Ça me procurait une sensation érotique. Je suis quelqu’un d’assez solitaire donc je me suis tourné très tôt vers moi-même.

Hervé Pierre Gustave, ça sonne bourge. Tu es issu d’une famille bourgeoise ?

Pierre Gustave c’est le nom qu’on donnait aux esclaves affranchis, donc ce n’est pas un nom qui a des origines bourgeoises. Je suis plutôt issu d’une famille d’ouvriers aisés, j’habitais une maison à Noisy-le-Grand, une banlieue correcte près des bois. Je n’ai donc pas été élevé dans une banlieue dure genre HLM, j’ai été élevé avec de l’amour, une tendresse retenue, mais je n’ai jamais été battu. J’ai eu une enfance heureuse, solitaire mais heureuse.

Penses-tu que ton éducation religieuse joue un rôle dans ton "métier" de harder ?

Mon éducation religieuse n’a jamais interféré dans ma trajectoire parce que je n’en avais strictement rien à foutre. Je veux dire, je n’ai baigné dans une ferveur religieuse, ce n’est pas par révolte contre Jésus que je suis devenu acteur porno ! C’est plutôt la solitude dans laquelle je m’étais enfermé qui m’a poussé à me recentrer sur mon sexe.

Pourtant je trouve qu’il y a quelque chose de très christique dans la manière dont tu abordes ton « rôle » de harder parce que tu te donnes beaucoup au public…
Je te remercie. Euh… Fais gaffe tu vas t’attirer la foudre des organisations chrétiennes.

A un moment dans le court-métrage Mon vit, mes œuvres tu dis à une amie : "Moi je ne fais pas l’amour aux femmes, je fais l’amour au public." Faire l’amour au public c’est assez christique. Comme de dire : "C’est dans la plantade que je m’exprime."

Euh… Je ne sais pas quoi te répondre là. Ce n’est pas mon ambition mais peut-être qu’inconsciemment j’épouse une démarche christique en donnant mon sexe à autant de femmes…

A autant de spectateurs.
Oui, mais comme je suis assez égocentrique je ne pense pas beaucoup au public, surtout quand je suis en train de transpirer à faire une scène avec une nana qui me plait plus ou moins. Je pense plus à mon érection qu’à mon public. Je pense à ne pas passer pour un con auprès de mon public. Mais dire que je suis payé pour faire l’amour à une jeune femme et qu’en fait je me donne à mon public comme Patrick Bruel se donne à son public quand il chante au piano c’est peut-être porter le métier de harder un peu trop haut…

Oui mais dans tes propres films tu portes le métier de harder un peu plus haut…

Dans mes courts-métrages ?

Oui, là je pense plus à ton travail d’auteur.

Ok, oublions mon boulot de harder. Là mon but c’est de m’exprimer avec sincérité ou si je suis dans le calcul de faire en sorte que le spectateur comprenne que ce que je fais est calculé et que j’ai donc peur de me montrer. Parce que chercher à maîtriser son image et avoir peur de passer pour un con, je ne trouve pas ça bon du tout.

Dans tes courts-métrages, on a d’ailleurs parfois l’impression que tu fais tout ton possible pour avoir l’air con, que quelque part tu fais l’éloge de la connerie.

Je ne dirais pas ça, parce que la connerie ne m’intéresse pas. La connerie c’est la bêtise et la bêtise entraîne le racisme, des choses comme ça, donc ça ne m’intéresse pas.

Mais il peut y avoir une bonne bêtise parce que faire l’idiot ça fait du bien.

Oui, mais moi ce que je recherche avant tout c’est l’insouciance des enfants. Et que ce soit cette insouciance qui provoque la connerie, non pas une bêtise travaillée. Cette insouciance doit rendre la personne touchante par ses travers.

Dans tes courts-métrages, on voit que les gens disent souvent de toi : "Il est chiant mais qu’est-ce qu’il est touchant." D’ailleurs, globalement, on voit que les gens, qu’ils soient tes amis ou des acteurs, acceptent assez facilement de se faire filmer, ils partent facilement dans tes délires, malgré ta folie et ton égocentrisme. Comment expliques-tu ça ?

Sincérité, ça va être le mot du jour. Mais voilà à partir du moment où tu es sincère ça ne peut qu’entraîner une certaine forme d’adhésion. On n’est pas forcément d’accord avec ton message, ton scénario, ou ta façon de dialoguer avec les autres, mais au moins on t’accorde l’indulgence d’être mue par une certaine forme d’insouciance et de sincérité. C’est-à-dire que tu n’es pas dans calcul destiné à te glorifier. Ou alors tu es quelqu’un qui veut faire de lui une statue mais qui s’y prend mal et tombe en montant sur son socle. En plus parfois je peux être méchant avec les gens parce que j’ai une part de méchanceté que j’assume. Moi je ne fais pas un court-métrage en me faisant passer pour un mec bien. Mais voilà je montre également que tu récoltes ce que tu sèmes.

L’effet pervers lorsque tu embarques les gens dans ton univers c’est qu’ils ne savent plus très bien où se situe la frontière entre la fiction et le réel…

Parce que je suis un manipulateur, je manipule les gens. Mais je le montre et je ne tiens pas à ce que la fin soit moraliste, c’est comme ça.

Mais finalement les gens ne rentrent-ils pas ton jeu parce qu’au-delà de te trouver pathétique il te trouve monstrueux, fascinant et qu’ils consomment en toi ce monstre qu’ils ne se permettent pas d’être ?

Bien sûr, je sers parfois d’exemple. Comme je assez loin dans l’excès, une mère va pouvoir dire à son fils : "Ne deviens pas comme lui, il fait des bêtises." Mais je sers aussi à ça.

Mais là tu sers de contre-exemple. Ce que je veux dire c’est que des gens peuvent t’envier pour ce que tu te permets de faire et d’être.

Oui, je prends une certaine forme de liberté que les autres peuvent envier, et j’espère parce que ça sert à ça le cinéma : faire des choses qu’on ne se permettrait pas de faire dans la réalité. Sauf que moi, au bout d’un moment, je les fais aussi dans la réalité. Ces courts-métrages montrent quelqu’un qui certes a une libido qu’on peut qualifier de forcenée et il y a quelques scènes de nudité sexuellement explicites, mais ça ne traite pas de pornographie, ça traite plutôt de la vie d’un homme. Ou de celle des autres.

Dans ce DVD on se rend compte qu’au quotidien tu te trimballes tout le temps avec ta caméra. Et au bout d’un moment il en va de ta caméra comme de ton sexe : à tellement la voir on ne la voit plus.

Oui, j’ai un objectif qui fait corps avec mon corps. En fait, je provoque certaines scènes par la nudité, souvent la mienne, parfois celle des autres, et le but du jeu c’est qu’on en vienne à oublier le côté pornographique, comme dans L’empire des sens. Dans ce film, chaque scène s’ouvre sur un motif sexuel, mais après ça part ailleurs et tu oublies totalement que les gens sont nus. Pour moi ce film est un chef d’œuvre tout genre confondu. J’aimerais réussir à faire ça.


(Suite et fin.)

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