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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 05:01
Terrorise le Zénith



Trèfle de plaisanterie. Qu'ai-je pensé du concert que My Bloody Valentine a donné le 9 juillet au Zénith ? Que s'est-il vraiment passé ? Qu'avons-nous vécu ? Cela valait-il le coup de se déplacer ? De payer 42 euros pour assister au premier concert français de ce groupe culte après 17 ans de silence ?

 

 
 

20h. La ligne 5 du métro parisien charrie son lot de trentenaires branchés-blancs-constipés. La raison ? Un groupe branché-blanc-constipé est en concert au Zénith : les irlandais de My Bloody Valentine. Rien de moins, comme on dit. Désagréable impression d'être un mouton de consommateur en direction de son temple consumériste. Parce que, ô surprise, j'en suis.


Je dis : ô surprise. Aucune ironie. Je ne m'attendais pas à être au Zénith ce soir. D'une parce que je n'ai pas l'habitude d'enchaîner les concerts or le Zénith j'y étais la vieille pour MGMT, ce dont je vous reparlerai parce que j'ai interviewé les MGMT. De deux parce que je n'avais pas du tout prévu d'aller au concert de My Bloody Valentine. Mais tout s'est passé comme pour le concert que Portishead a donné le 6 mai dernier au Zénith, ce dont je vous reparlerai parce que c'était génial. Tout à coup un pote m'a appelé : "J'ai une invite en plus, let's go ?"


My Bloody Valentine n'a jamais été mon groupe, mais j'ai toujours éprouvé une attirance confuse pour leur musique. Je l'ai découverte par hasard. Ça devait être en 1999, à la médiathèque d'Evreux. Cette année je zonais en fac de Bio, je ne savais pas où j'allais, comme pris dans les limbes et je me retrouvais souvent dans cet endroit à pousser des disques dans des bacs en m'arrêtant au gré des pochettes. C'est comme ça je crois que j'ai découvert Loveless (l'album rose), à moins que ce ne soit Isn't Anything (l'album blanc). Je ne sais plus, mais la pochette était belle. Sobre. Intrigante. Intense. J'ai emprunté le CD.


Il s'agissait d'Isn't Anything. Je m'en rends compte à la réécoute. L'album blanc donc. Le choc de ses trois premières plages, "Lose My Breath", "No More Sorry", "Soft as Snow (But Warm Inside)", ça ne s'oublie pas comme ça. A 19 ans, je n'avais encore jamais écouté un truc pareil. Je n'y comprenais rien. J'avais presque l'impression d'avoir affaire à de la musique instrumentale tant le chant, stone et lointain, se laissait contaminer par cette étrange mixture sonore. Ne retenant aucun morceau, aucune mélodie et aucune parole, les titres des morceaux prenaient pour moi une dimension toute particulière (comme la pochette du disque où le groupe se faisait manger par une lumière dont on ne savait si c'était celle du paradis ou de l'enfer). Dans mon esprit ces titres étaient comme des mots de passe éclairant par petites touches le vaste programme d'un groupe éminemment poétique.


"Lose My Breath". "No More Sorry". "Soft as Snow (But Warm Inside)".Chauffée à blanc, sans pitié, cette musique coupait le souffle. Après j'avoue, j'ai vite lâché prise et ne me suis pas administré My Bloody Valentine en boucle, trop spé pour moi, mais je ne l'ai jamais oubliée. Ce groupe est resté silencieusement ancré dans un coin de ma tête comme quelque chose d'irrésolu, une énigme. Pas étonnant : sa musique marie les contraires, le pur (la mélodie) et l'impur (le bruit). C'est une beauté contrariée, triste et guerrière, tellurique et rêveuse, tellement répétitive et assommante qu'elle finit par bercer. Une chimère, une vraie beauté en somme, celle qui se donne et se refuse dans le même temps, et oblige incurable, à la reconstruire en pensée. Indéfiniment.


Inventeur d'un son à la fois "shoegaze" (ceux mélancoliques et autistes qui jouent de la gratte en regardant leurs pieds), "noise" (leur musique ne ressemble pas à celle de Metal Machine Music de Lou Reed mais elle en prend acte) et "dream pop" (il y a chez eux quelque chose d'occulte, onirique et mystique sur lequel se sont concentrés des groupes comme Cocteau Twins et Dead Can Dance), My Bloody Valentine est donc un groupe culte. Ils ont sorti deux albums. Le dernier, Loveless, leur album phare, celui que beaucoup considèrent comme un des albums majeurs de l'histoire du rock, date de 91. Depuis, plus rien, pas même de concerts, si ce n'est la contribution de leur leader à la BO du Lost in Translation de Sofia Coppola. Soit 4 titres. En 2003. Et voilà qu'en 2008 le groupe se remet à faire quelques concerts pour accompagner la réédition de leurs deux albums en version coffret remasterisé et que Kevin Shields, le cerveau cramé du groupe, déclare qu'un nouvel album de My Bloody Valentine verra le jour dès qu'il aura le temps de le finir, qu'il était au trois-quarts terminé dans les années 90 et qu'il sera essentiellement constitué d'anciens morceaux laissés en plan à cette période. Dans ces conditions comment refuser l'invitation ?



L'histoire du rock reprend son cours ce soir au Zénith de Paris, mais à plus de 40 euros la place je me rends vite compte que tout le monde n'a pas répondu présent. Mais l'ambiance est quand même au rendez-vous. La foule exulte dès que Kevin Shields (guitariste, chanteur, compositeur), Colm O'Ciosoig (batteur), Debbie Googe (bassiste) et Belinda Butcher (chanteuse, guitariste) débarquent sur scène et tout le monde trépigne en rythme quand le son déflore enfin les amplis. Et c'est vrai que c'est bon de retrouver cette musique ondoyante, abrasive et spleenesque. Ces mélodies sixties défigurées par un son de malade emprunt du désenchantement des nineties. Ce Brian Wilson de la noise pop a un air de Robert Smith avec ses cheveux hirsutes et son air de grosse baraque stoïque derrière sa gratte. Le temps ne semble pas avoir eu prise sur la voix et la silhouette de Belinda Butcher. Elle est toujours aussi sexy dans son débardeur noir et sa jupe rouge. Une vraie sirène.


On m'avait dit qu'ils flirteraient avec les 140 décibels. Hé bien je ne sais pas si on y est mais ça joue fort. Très fort. Je veux dire : à côté Mogwaï c'est Cocoon ! Non, sérieux, mes oreilles n'ont jamais pris aussi chères à un concert. Tout le monde ou presque a des boules quiès. Presque, parce que à moins que j'hallucine, j'en vois un à côté de moi qui ne porte rien ! Comment fait-il ? Ce n'est pas humain. Les morceaux s'enchaînent et le vacarme est impressionnant. De toute évidence, plutôt que de caresser ses ouailles dans le sens du poil, Kevin Shields et sa bande ont choisi l'option terroriste. Déjà que j'ai du mal à individualiser et reconnaître leurs morceaux sur disque, là c'est tout bonnement impossible, excepté un "Soon" qui sort du lot avec son fuselage pop dansant à la New Order et qui déclenche des "Bip, bip ! " dans le public (je rigole).


Sinon, c'est toujours les mêmes schémas, les mêmes structures, des guitares criant l'agonie de voitures qui se crashent et la folie d'un monstre perdu dans ses fonds marins. Et là-dessus, les morceaux s'enchaînent et se ressemblent tous à creuser sans relâche le même motif jusqu'à former une symphonie scarifiée de chair et d'acier. Une musique alarmante dont on ne sait si elle souhaite être sauvée ou tout emporter dans sa chute. Alors très vite je sature, subis. J'ai l'impression que ça tourne à vide. Ce concert ce n'est plus de la musique mais une expérience masochiste. Et je m'aperçois que mon pote décroche aussi alors que c'est un fan hardcore.


A un moment, sans doute parce que l'ingé-son de la salle lui en a intimé l'ordre, Kevin Shields annonce qu'ils vont jouer moins fort, mais pas du tout, juste derrière ils se mettent à jouer plus fort que jamais et les quelques malheureux qui l'ont cru et ont ôter leurs boules quiès ont du morfler sévère. Les morceaux sont de plus en plus violents. Limite speed metal me dis-je par moments. Des gens commencent à partir. Derrière moi quelqu'un réclame un slow. A moins que ce ne soit "Slow", un autre de leur morceau. Forcément retors et teigneux.


Sourd aux demandes du public, le groupe se lance dans un long morceau dantesque, un truc de pur feedback à vous faire sauter les tympans malgré les boules quiès et les mirettes avec pour cause de lights shows stroboscopiques. Le morceau est "You Made Me Realise" me souffle-t-on dans mon oreillette. Mais j'aurais pu m'en douter car le public reprend ce refrain en choeur dès qu'il émerge de la masse sonore. Le son est tellement fort que le Zénith en tremble. Oui, le sol tremble sous nos pieds et quand ils ne quittent pas le navire, les gens joignent leurs mains sur leurs boules quiès, et serrent sans doute les fesses, en attendant la fin de l'apocalypse. Mais ça dure. La pression sonore est véritablement flippante. Entrecoupée de courts moments de répits où le groupe coupe bizarrement les amplis et continue à jouer son insoutenable bourdonnement en son direct. Puis ça repart. Plusieurs fois comme ça. Un cauchemar. Un rush stellaire. Comme si tout le concert se déroulait à rebours à la vitesse de la lumière. Comme si nous étions au cœur de la formation d'une étoile ou de son effondrement. Comme si le Zénith allait exploser, là, maintenant. Je vois une femme enceinte à ma droite. Je pense quelque chose comme "Mon Dieu !" Le morceau s'achève. J'embrasse mes boules quiès.


Je sors de là sonné, ne sachant pas trop quoi penser du concert, si ce n'est que c'était une expérience paranormale, bigger than life, que je m'en souviendrais. Ce qui est sûr aussi c'est que Kevin Shields est un putain de taré, mais heureusement qu'il y en a quelques-uns de ce genre sur terre et dans l'industrie musicale. En rappel le type a eu quand même le culot de nous resservir le boucan d'enfer angoissant sur lequel il avait clôt le concert !


Je finis la soirée chez un autre pote fan du groupe. Je lui raconte tout ça et sur ce on s'offre un moment Bisounours en écoutant My Bloody Valentine sur son ordi ainsi que la cohorte des groupes qu'ils ont engendré : Ride, Slowdive, Adorable, Moose, Blind Mister Jones. Ils se ressemblent tous, ils sont plus mielleux, plus calmes. Ça et plein de bière, c'est tout ce qu'il me fallait pour me remettre de ce concert.

 

Merci à Jérôme du groupe Bellegarde pour l'invitation 


Photos par Brian Ravaux


D'autres comptes rendus du concert sur playtime, xsilence.net, loindubresil.canalblog.com, josephghosn.com

 

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 05:50
L'interview vérité ?


 

"Si tu crois que tu es mon ami,

tu te gourres"


"Un jour j'irai pisser sur tes hanches..."

 



Une chanson comme "Dans tes rêves", c'est un gros doigt adressé aux faux amis du showbiz ?
Ça dépend comment tu vois le morceau. "Dans tes rêves" ça peut vouloir dire "Si tu crois que tu es mon ami, tu te gourres complément" mais ça peut aussi vouloir dire "Dans mes rêves Bashung est mon ami, etc." On le prend comme on veut, c'est ça qui est bien. Avec Scrima on s'est marré à faire ce morceau en forme de name-dropping, tellement qu'on a finalement gardé la maquette du premier jet. Voilà, moi je fais aussi de la musique pour me marrer. Et puis ça fait un bel interlude dans l'album. J'aime bien les petits interludes dans un disque, comme fait Cody Chesnutt ou comme il y en a dans le R&B, ça me fait marrer.


J'ai eu l'impression que dans "Dans tes rêves" les chœurs étaient interprétés par Philippe Katerine.
Non c'est juste moi qui prends une voix aigue. Et dès que je monte dans les aigus on me dit que je fait mon Katerine. J'aime bien Katerine, et si la comparaison est si évidente, ça ne me pose pas de problème. Je préfère qu'on me compare à Katerine qu'à Teki Latex.


Pour ce disque tu aurais aimé faire un duo avec Katerine ?
Non, mon duo de rêve c'est avec Arno.


Tu chantes "De mots" avec lui. Comment ça s'est fait ?
Il y a quelques temps, Guillaume de Molina, le guitariste de mon groupe Dig Up Elvis a écrit une chanson en anglais et quand on la joue folk ça me fait penser à un hymne de fanfare un peu universel comme Arno sait en faire. Un jour je me suis donc dit qu'on devrait proposer à Arno d'écrire un texte dessus et que ce serait super si ça pouvait finir sur l'album. Il a écrit le texte et on a décidé de la chanter ensemble.


Lors de la séance d'écoute de ton disque chez Sony les attachés de presse ont été surpris lorsque je leur ai dit que j'avais décelé du Santana et du Goldman dans ce morceau. Mais j'insiste : pour moi "De mots" s'ouvre sur une guitare très Santana et à un moment dans ses couplets il y a une suite d'accords qui me fait vraiment penser à "Encore un matin" de Jean-Jacques Goldman.
Santana, je ne connais pas, je ne sais jouer qu'un morceau de lui, et Goldman, sans déconner, je ne connais pas du tout. Mais peut-être que c'est inconscient. Tout à l'heure je parlais de Gainsbourg, et bien toute sa musique elle vient de Listz et Chopin, et pourtant Gainsbourg on dit que c'est du Gainsbourg et rien d'autre. Ce qui fait le truc finalement c'est les fréquences de la voix. Une chanson d'Arno chantée par Obispo ça ne marche pas. Ce qui fait la force de "De mots" c'est donc le duo de nos deux voix et au-delà de ça la satisfaction personnelle que j'ai à chanter avec ce mec qui m'inspire, dans sa manière d'être en dehors des temps. C'est pour ça que ça fonctionne et que c'est un titre fédérateur, mais pas fédérateur branlette pour plaire à tout le monde.


Pas démago ?
Non. D'ailleurs pour en revenir à Santana et Goldman, je ne pense pas que c'était des mecs démagos, au contraire je pense qu'ils faisaient leurs trucs de manière très premier degré, et en cela c'est plutôt respectable. Après la musique de "De mots", c'est vrai qu'elle a un côté universel, populaire. Elle a ce côté hymne qui me touche énormément chez Arno. Quand je vais le voir en concert au Bataclan, je suis content de voir dans le public des meufs de 60 ans danser de manière old school comme à la Fête de l'Huma et en même temps des jeunes mecs qui boivent leurs bières et qui kiffent de le voir cracher ses tripes avec son groupe de tueurs ultra rock'n'roll. Donc voilà il y a des titres comme ça où la voix change tout. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si j'ai choisi "Les limites" comme single. Sur ce morceau, vocalement, je trace comme dans les années 60. Il n'y a pas d'effet de style. Je ne suis pas en train d'essayer de draguer les gens.


"Les figures imposées" sonne un peu cheap pop eighties comme du Daho. D'ailleurs "Soirées parisiennes" m'a carrément fait penser à "Comme un igloo"...
Sur "Soirées parisiennes" avec Antoine Gaillet, le réal', pour les cuivres j'avais envie d'aller vers Mardi Gras BB., le son de gratte je le voulais à la John Spencer et dans le cheminement de la voix vers une sorte d'acmé je me sentais proche d'Alain Kan. Maintenant, là encore, on peut aussi y voir du Santana, du Goldman. C'est tellement facile de poser des références sur une musique, je peux le faire pendant des heures et j'aurais toujours raison ! Tu peux le faire pendant des heures et tu auras aussi toujours raison ! On peut dire tout et son contraire.


Le texte de "Soirées parisiennes" brocarde la branchitude de certaines soirées de la capitale. Ce n'est pas un peu facile de balancer ce genre de critiques ?
Ce texte, je le trouve surtout très bien écrit. Ce qui est assez rare en français à l'heure actuelle.


Ok, mais le propos c'est du vu et revu et c'est dit de manière très premier degré.
(Silence.)


Je veux dire, c'est casse-gueule. En plus je ne sais pas si tu fréquentes ces soirées mais en tant que musicien reconnu tu n'es pas à l'abri d'en être, en tous cas pour le grand public tu en es forcément d'une manière ou d'une autre. On ne peut donc pas s'empêcher de penser qu'avec ce morceau tu craches dans la soupe.
Sauf que ce n'est pas du tout mon genre d'aller au Baron ! Cette chanson c'est une sorte de balade dans Paris. Ça débute dans une discothèque et ça se poursuit dans des recoins plus obscurs. Il y a un cheminement comme ça, initiatique. C'est comme quand je vais voir une expo d'un teubé d'artiste contemporain au Palais de Tokyo. Je me balade de pièces en pièces et je décrypte petit à petit son œuvre, j'accède à la compréhension du truc. Mais au-delà du sujet, j'insiste : "Soirées parisiennes" c'est un texte supra bien écrit. Qui fait des rimes comme ça aujourd'hui ? Tu peux chercher : personne. C'est BABX qui m'a écrit ces paroles, un mec qui a une vraie indépendance et une manière d'écrire qui lui est propre. On a super kiffé sur ce morceau ! J'adore ses phrases, l'investissement que ça me permet dans la voix.


Les 14 morceaux de ce disque sont très variés mais ton chant reste toujours sur le registre du crooner. Pourquoi ?
Je crois que c'est lié aux fréquences de la voix, dont on parlait tout à l'heure. J'ai une voix de basse et les mots en français touchent plus avec une voix de basse qu'avec une voix de soprano. Si tu veux c'est ce qui fait la différence entre France Gall et Patti Smith. Car voilà la musique ce n'est pas que de l'inconscient, pas qu'ésotérique, c'est aussi scientifique. Et c'est prouvé qu'une voix de basse par ses fréquences touche plus le ventre des gens. Dans l'histoire de la musique ce n'est donc pas vraiment un hasard si les chanteurs qu'on retient sont Gainsbourg, Brel, Brassens, Dutronc. Ils ont tous ont une voix de basse ! Ça me rassure. Mais bon, avec sa voix de soprano Obispo a quand même touché des millions de gens et ça on ne peut pas le nier. On verra juste ce qu'il en reste dans quelques années.


Tu as un morceau qui s'appelle "Bouche pute". De quoi ça parle ?
C'est une histoire d'amour. C'est le premier texte que j'ai écrit en français, de ma vie. Je l'ai écrit en septembre, dans mon appart, à Paris. Avec ce premier jet, j'ai trouvé mon style en français, un mélange d'énergie primaire et de sentimentalité un peu en retrait, un collage d'images surréalistes comme je pouvais le faire en anglais. Et ça ne veut pas dire que j'aime les gros mots, ça n'a aucun intérêt en soi, ça ne veut ni dire que j'appelle ma meuf bouche-pute dans l'intimité, c'est juste que j'aimais la beauté du collage. C'est comme quand je dis, plus loin: "Un jour j'irai pisser sur tes hanches pour tester ton étanchéité". Ce n'est pas là pour refléter ma sexualité, c'est juste que voilà le contraste du collage exprime bien le cri d'amour.


Deux dernières questions avant de te laisser puisque l'attachée de presse me fait signe d'abréger. Que penses-tu de Jean-Claude Van Damme ?
Euh... Je ne sais pas. Faire semblant de ne pas être conscient de parler dans un langage surréaliste ça te rend pathétique. Mais Van Damme est génial dans le sens où il fonctionne comme un chef d'œuvre d'antan, c'est-à-dire un chef d'œuvre possédant l'aura. Walter Benjamin t'en parlerait mieux que moi. Mais ce que je veux dire c'est qu'il y a des moments où Van Damme est comme auréolé d'une sorte de halo - pas forcément lumineux - et ce n'est pas du tout dégagé par lui mais par l'image qu'on se fait de lui. Et ça c'est un peu vicieux car je pense que lui n'en a absolument pas conscience. Car faut se détendre, il n'a pas inventé un langage, il est au contraire dans un truc super premier degré, super bourrin, pas bon. Donc ce que je pense de Van Damme ? Que c'est le mec le plus premier degré au monde.


Dernière question donc : tu name-droppe Corinne Touzet dans le morceau "Dans tes rêves". Pourquoi ? C'est une Milf (Mother I'd like to fuck, Nda) pour toi ?
Ah non, pas du tout.


Déjà tu sais ce que Milf veut dire.
Oui, moi aussi je télécharge des films. Mais si je la cite en fait c'est pour la rime. Touzet c'est un mot qui me fait marrer. Pas forcément parce que ça fait penser à partouze, non, juste je trouve que ça sonne bien.


Mieux que Véronique Genest ?
Oui, c'est ce que j'allais dire. Je regardais aussi son téléfilm. En fait quand j'avais 16-17 ans je passais mes jeudis soirs lose à regarder tous les téléfilms policiers de TF1. Corinne Touzet fait donc partie de mon imaginaire et de mon affect. Après, à l'époque son petit côté provincial, ses seins et son uniforme ont peut-être éveillé en moi un fantasme, mais maintenant je ne tripe plus dessus.


Ok.
Tiens à propos de ces téléfilms, je me rappelle qu'ado j'adorais leur musique. Je rêvais de pouvoir faire la musique de Navarro. Il m'est d'ailleurs venu un rapprochement assez évident dernièrement : je me suis aperçu que la musique de Grand Corps Malade puisait son inspiration dans les pianos de Navarro. Je ne déconne pas, la musique de Grand Corps Malade c'est la musique qu'on entend quand Navarro est dans son appart le soir après l'action et que sa fille lui sert un whisky. Je dis ça, ce n'est pas une critique, juste je mets à jour les ressorts affectifs sur lesquels repose sa musique et donc, probablement, une partie de l'engouement qu'il suscite. Et en disant ça on revient un peu à la démarche de Sébastien Tellier. Je veux dire "Divine", le morceau qu'il va chanter à l'Eurovision et bien pour moi ça fait appel aux Bronzés font du ski.


Pas faux, je n'y avais pas pensé. Et c'est marrant parce qu'à propos de morceau tous les journalistes, et même Tellier lui-même, citent les Beach Boys en référence. La conclusion ce serait donc que les souvenirs d'enfance ont plus d'impact sur nous que les références artistiques qu'on acquiert plus tard.
Oui parce que ça t'arrive tellement brutalement que tu n'as pas le temps de réfléchir. C'est ce qui fait que c'est si chouette de faire de la musique.

 


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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 12:40
L'interview vérité ?

 

 



"être plus light sur le second degré"


"ne pas trop me faire bouffer par la mafia des élites"

 

 

 

Bonjour Julien. Nous sommes le 30 avril, quelques jours avant la sortie de ton premier album. La première fois qu'on s'est rencontré et qu'on a discuté, c'était fin janvier à l'occasion de la conférence de presse de lancement de la 6e saison de la Nouvelle Star. Alors que tu étais en plein période d'enregistrement de ton premier album qui sort à la mi-juin, tu étais quand même venu nous en présenter 4 morceaux en solo.

Je suis super content d'avoir participé à cette émission et d'avoir travaillé avec tous ces gens que j'ai enfin pu revoir ce soir-là, mais en lui-même ce concert n'avait pas trop de sens. Je n'étais pas préparé, en plus il se trouve que la plupart des morceaux que j'ai joués ne figurent finalement pas dans l'album. Mais ce n'est pas grave, c'était cool quand même.


Là, ça te fait quoi d'avoir fini ton disque et de pouvoir enfin parler de ta musique ?
Ça me permet d'être plus light sur le second degré.


Tu as envie d'être plus light sur le second degré ?
Oui, j'ai envie d'être un poil plus simple, parce que mes chansons parlent d'elles-mêmes et me sont venues simplement. Je retrouve donc des valeurs qui étaient les miennes et que j'avais jusqu'alors peu mises en avant.


Quand tu étais à la Nouvelle Star, tu misais en effet pas mal sur le second degré, le décalage. Ça a donné une certaine image de toi. Aujourd'hui, tu t'en sens esclave ?
A l'époque, c'était nécessaire parce qu'il s'agissait de reprises. Pour me les approprier, je devais jouer la carte de du détournement. En plus, après l'émission, j'ai été invité un peu partout pour parler de choses et d'autres alors que je n'avais encore rien produit donc pour y prendre quand même de plaisir, il fallait que je la joue cool, que je fasse preuve d'esprit. Ça m'a amusé. De la téloche, d'ailleurs je vais bientôt en refaire et ça m'amuse toujours. Mais la grande différence maintenant qu'il y a mon disque, c'est qu'il va y avoir matière à discuter, qu'on le trouve super ou à chier.


Le souci, j'imagine, c'est que les gens se sont attachés au Julien Doré déconneur, plein de second degré. Ils vont donc peut-être déchanter en découvrant le Julien Doré de Ersatz. Parce que globalement sur ce disque, tu te révèles assez premier degré.
Que te dire ? Ça reflète tout simplement ce que j'écris quand je suis seul. J'ai beau écouter Dutronc et Gainsbourg, ce n'est pas pour ça que c'est ça qui va sortir quand je prends un papier, un stylo et ma guitare. Ça fait longtemps que je n'ai pas écrit. Là je m'y remets.


Sur ce disque tu signes ou co-signes seulement 5 titres. Tu as manqué de temps pour en écrire plus ?
Non, c'est juste que lorsque que tu rêves de travailler avec Arno depuis toujours et qu'il se met à t'écrire un texte, tu en profites. Pareil pour Cocoon et David Scrima qui m'ont chacun écrit deux titres. Par exemple si
Benjamin Biolay était arrivé avec 12 titres et que les 12 déchiraient, on aurait peut-être fait un album qu'avec ça.


Avec le risque d'aboutir à un album "Auberge Espagnole" ?
Moi je trouve qu'aujourd'hui dans les disques qui sortent, des Auberges Espagnoles, il n'y en a justement pas assez. Ça me fait chier, c'est les familles de musique à deux balles. C'est bien joli d'avoir un nouvel album de Dylan, mais qu'est-ce que ça apporte ? 12 titres qui racontent la même histoire avec le même son, si c'est une ligne de conduite esthétique, c'est chouette, mais il se trouve que souvent c'est plutôt une ligne esthétisante et ça, ça me fait chier. C'est pour ça que je considère aujourd'hui que la pop est morte. Ce que je fais, c'est donc une forme de variété, mais variété au premier sens du terme, c'est-à-dire celle qui me fait kiffer dans les albums de Dutronc où il passe du "Dragueur de supermarché" à des titres beaucoup plus profonds, une variété assumée et consciente de la société et de l'industrie du disque dans laquelle je vis. Je ne veux pas rester dans un petit cercle élitiste à deux balles pour uniquement faire plaisir aux pigistes de Technikart.


Ton bagage de rocker issu des Beaux Arts te destine plutôt à séduire les branchés mais ton étiquette d'icône télévisuelle issue de la Nouvelle Star te rattache au grand public. Du coup, tu te retrouves à tenter un cross-over délicat. Comment concilier les deux ?
Je fais de la musique pour qu'elle soit écoutée. J'ai vraiment envie de vendre plein de disques, de gagner de l'argent. Or qu'est-ce que je vois aujourd'hui ? Que
Sébastien Tellier et Gonzales vont chez Fogiel pour assumer le côté hyper populaire du chanteur de variété. Mais ils font ça en se parant d'une robe de chambre ou de lunettes noires. Ils montrent qu'ils veulent rester hype. En ce moment, Tellier ferait une apparition dans Sous le soleil, tout le monde trouverait ça génial.


Tellier ne fait tout de même pas l'unanimité...
Oui, il y a des gens qui sont saoulés par son attitude, parce que c'est un mec qui ne fait pas semblant. On lui propose une super couverture médiatique et bien il est content, il y va à fond. Il a raison, plutôt que de faire semblant d'être mal à l'aise. Gonzales fait semblant d'être mal à l'aise. Il dit : "Moi je suis un génie" et il arrive chez Fogiel en robe de chambre, en n'arrêtant pas de dire qu'il n'aime pas -M- alors qu'au fond il kiffe de vendre autant d'albums que Mathieu Chédid et d'être invité chez Fogiel. Il n'assume pas vraiment la variété. Or moi, la variété française fait partie de moi, c'est elle qui m'a éduqué, j'ai donc envie de la revendiquer pleinement. Ce n'est pas parce que j'ai lu 2-3 trucs de
Lautréamont que je vais en faire une posture et n'accepter que les interviews de Libé et des Inrocks. Je raisonne donc à l'envers en faisant primer le mainstream sur l'underground.


Mais ton côté "je me revendique autant de Duchamp que de Jean d'Ormesson", ça témoigne d'une posture barrée et finalement assez prétentieuse. Il faut avoir ta culture pour comprendre les signes que tu t'amuses à manipuler. Le grand public risque de trouver ça trop branleur-intello. Je veux dire, le cross-over spé-popu de Christophe Willem est passé comme une lettre à la poste parce qu'il avait une belle voix, qu'il était sincèrement mélomane mais surtout qu'il était globalement vierge de toute vision artistique.
Effectivement, j'aurais pu faire un album en m'entourant de Zazie et Obispo.


Mais ce n'était pas dans ta nature.
Au-delà du fait que ce soit ou non dans ma nature, c'est surtout ce que je n'avais pas envie de faire. C'est pour ça que j'avais peur de me laisser contaminer par la conscience de mon public potentiel lorsque j'ai commencé à travailler sur ce disque. Après si je vends plein de disques et que les gens adorent l'album je serai le mec le plus heureux du monde, mais ce n'est pas pour ça que je vais me forcer à écrire des chansons qui plaisent à NRJ. Je m'en fous ! Ce que je veux c'est toucher ma grand-mère et mes potes.


Ton album présente un éventail de chansons hyper variées. Il y a du folk, de l'anti-folk, du néo-yéyé à la Dutronc-Gainsbourg et du néo-western à la Bashung-Christophe. Tout le monde peut tellement y trouver son compte qu'on imagine facilement cet album saucissonné pour rentrer dans une playlist d'iPod ou de téléphone portable...
Pourquoi pas ? Moi je suis assez content de ce mélange parce que c'est ma famille. Et ça, on peut en dire ce qu'on veut mais on ne peut pas me l'enlever. Ce n'est pas le fruit d'un lego hype. C'est plus land art que ça.


En même temps Ersatz, le titre du disque, véhicule l'idée que tu es conscient de faire un produit, quelque chose d'un peu "fake"...
Ça veut dire que je suis conscient de ce que signifie faire de la musique aujourd'hui. C'est-à-dire qu'aujourd'hui il est ridicule de dire qu'on est un génie absolu, il n'y a pas de réelle liberté créative vu tout l'héritage culturel dont on dispose. Donc voilà, c'est bien joli de se caresser en évoquant les nouveaux albums de folk, mais tout ça a été déjà fait il y a des années.


Mais ce n'est pas parce qu'une forme d'art ou d'expression appartient au passé qu'il faut s'interdire d'y recourir, si on le sent comme ça...
Oui, mais en ce qui me concerne, vu mon expérience et mon âge, je dis juste que je suis conscient qu'il y a un héritage dans mes morceaux, tout un tas de clins d'œil, de référencements. Ce que je fais est donc plus une forme d'ersatz ou de succédané. Et c'est en étant conscient de ça qu'on peut justement s'en libérer un peu au lieu de singer du génie alors qu'on n'en a pas le moins du monde. Voilà pourquoi j'ai choisi ce titre. D'ailleurs il définissait déjà ma démarche artistique quand j'étais aux Beaux Arts. Je travaillais sur la position de l'artiste dans la société. Aujourd'hui j'essaye donc de ne pas trop me faire bouffer par la mafia des élites. Ce n'est pas facile parce que, par moments, tu as envie d'en faire partie. Par moments, je fais donc un peu semblant.


(Suite et fin.)


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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 19:55
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Julien Doré c'est tellement déjà une star, que ce n'est pas son disque qui vient à moi, mais nous qui doit aller à son disque. Le 24 avril, je suis donc parti pour Clichy, direction Sony Music. Ici ça ne rigole pas. Après avoir montré patte blanche en sortant comme il se doit ma carte d'identité au standard, on m'a conduit au 4e étage de la tour où j'ai pu, dans une pièce d'un mètre sur deux, enfin écouter Ersatz, le premier album de Julien Doré.


J'avoue, j'ai pas mal d'appréhension quant à ce disque. Comme beaucoup, j'ai vraiment aimé ses reprises détournées d'Alizée comme des Doors au sein de la Nouvelle Star, mais je me demande comment il va sonner une fois rendu à lui-même, sans l'artifice de la dérision, ni l'aura de pop-songs illustres. Loin du rock déjanté de la période Baltard, les 4 compos qu'il avait présentées en solo le 28 janvier lors de la conférence de presse de la 6e édition de la Nouvelle Star ne m'avait pas particulièrement laissé sur le cul. Je me demande aussi s'il va réussir ce grand écart entre mainstream et branché qu'a réussi Christophe Willem. Parce que Julien n'est pas Christophe. Ce n'est pas une oie blanche. Il vient des Beaux Arts et de l'indie rock. Il a de réelles prétentions artistiques. Les gens vont-ils kiffer ce jeune lionceau schizo qui se revendique autant de Duchamp que de Jean d'Ormesson ou se dire : "En fait il nous saoule" ?


On me tend le disque alors je fais le vide, enfin j'essaie, et me concentre sur le tracklisting. Première constatation. C'est riche : 14 titres. Je remercie l'attachée de presse, englouti le café et enfourne le CD. Ça débute par "Acacia" (signé Cocoon), un drôle de morceau pour débuter un disque. En effet, cette pièce folk assez reposante évolue tout du long en intensité sans véritable couplet/refrain. Mais c'est classe. La montée s'effectue sur une nappe d'orgue et les chœurs pastel de Morgane du groupe Cocoon se marient bien à la voix de bellâtre éraillée de Julien. Ça parle de "déposer des fleurs en papiers". On pense à Cabrel. La suite s'intitule "Les bords de mer" (signé Edith Fambuena) est encore très folk, mais plus étoffé. Des violons viennent appuyer une mélancolie sombre, racée. Je pense au Bashung de "La nuit, je mens". Et toujours ce chant de crooner beau gosse genre Marc Lavoine, qui chante, amer : "Les bords de mer sont des posters où rien ne bronche. Les bords de mer me désespèrent sans ta tronche." Je découvre un Doré assez cafard, premier degré.


J'essaie de m'y faire mais "Les limites", premier single (signé Scrima), me tire le tapis sous le pied. En 2'15'', dégingandé par un banjo de galopin anti-folk, Julien fanfaronne sur sa condition d'électron libre momentanément infiltré dans le showbiz : "Je sais quand j'arrêterai, crâne-t-il, je quitterai Paris et je paierai pour ça." Derrière, "Bouche Pute" (signé Doré) me remet la tête dans l'intime, l'obscur. Dans cette ballade slow core où le Christophe des "Mots bleus" aux chœurs, Julien dit à sa mystérieuse bien-aimée "Un jour j'irai pisser sur tes hanches / Tester ton étanchéité". Je ne comprend pas mais sent confusément que Doré vise Bashung une fois de plus, celui de L'Imprudence chantant "Un jour j'irai vers l'irréel / Tester le matériel / Voir à quoi s'adonne / La madone". A la fin, lyrique, Julien sort son cri du cœur et les cuivres s'élèvent dans un trip funérailles western.


Poum-tchak. Poum-tchack. Retour au fun avec "Les figures imposées" (signé Cocoon). C'est pop, très eighties. On pense à Daho. "Dans tes rêves" (signé Scrima) est de nouveau une boutade anti-folk. Julien s'adresse encore au showbiz, mais cette fois de manière plus ambiguë. D'un côté il avoue jubiler de pouvoir dorénavant faire ami ami avec les artistes qu'il adore, de l'autre il enrage de devoir se farcir les has been qui en veulent à sa côte de nouvelle star. Avec "Pudding morphine" (signé Doré) on retourne à la noirceur et la mélancolie. L'atmosphère est tombale, plombée. Le piano la joue lyrique façon Muse et Julien donne de la voix en mode baryton. Dans une seconde partie le morceau s'irise sous l'effet de nappes de claviers rétro sépulcrales à la Virgin Suicide. C'est complexe, capiteux. "Piano lys" (signé Doré), qui suit, est métamorphosé par rapport à la version piano solo qu'on connaissait. Là, le morceau prend une tournure alambiquée électro nocturne. C'est enivrant comme du Sébastien Tellier.


"Soirées parisiennes" (signé BABX) s'attaque un nouvelle fois "aux petits soldats du show-bizness". Ça commence à faire beaucoup. Julien risque de passer pour un donneur de leçon. Mais le morceau est cool, bien pop avec ses cuivres jubilatoires et branleurs. Je pense au Daho de "Comme un igloo" et au Dutronc des "Playboys". "J''aime pas" (signé Salo) revient au folk mais se fait chahuter par des ambiances de fêtes foraines ; "First lady" (signé BABX) une pop-song néo-yéyé qui swingue tout cuivres dehors ; "SS in Uruguay" une reprise tout en déconne mambo d'une chanson méconnue de Gainsbourg ; " Los Angeles" (signé Doré) une folk-song aux poches trouées et, bouquet final, "De mots" est un hymne rock bastringue en duo avec Arno. Ce dernier morceau est le seul composé par les Dig Up Elvis, plus précisément par leur guitariste Guillaume de Molina.


Vous l'aurez compris, ce n'est donc pas avec son groupe nîmois que Julien a fait ce disque, mais avec des gâchettes indie rock elles-mêmes infiltrées dans le showbiz. Le but : tenter d'y glisser de la qualité, voire de la subversion. Produit par Renaud Létang, le Monsieur Propre responsable du son de Souchon, Katerine, Feist, Jane Birkin, pour ne citer qu'eux, Ersatz avance donc sous les traits d'une pop-varièt' policée pour refourguer en douce des oeillades critiques et des sentiments plus dark que ce qui se fait d'habitude dans le créneau chanson française. De ce point vu c'est assez réussi, mais le disque a de faux airs d'attaché-case rempli de chansons-gadgets. On ne sait jamais sur quoi on va tomber comme dans la proverbiale boîte de chocolat du film Forrest Gump. Doré ne cesse de courir, de zapper d'un style à l'autre sans prendre le temps de creuser un style, une identité. Sur ce je ne sais trop quoi penser. Ni sur quoi conclure. Si ce n'est qu'il y a ici de belle choses et d'autres irritantes qui nourrissent son côté "tête à claques". Pour s'en faire une juste idée il faudra peut-être réécouter ça des mois après, au calme et à l'abri de la hype. 

 

(Suite.)


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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 02:57
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Après ses prestations charismatiques et déjantées dans le télé crochet de M6, je ne pouvais que croire en l'avenir de Doré. Avec sa culture de rocker des Beaux Arts, celui qui dynamitait "Lolita" d'Alizée, c'était un peu moi, toi, nous : un jeune homme moderne au cœur de la Matrice médiatique consensuelle (pléonasme). J'attendais donc la sortie de son premier album comme j'attendais la performance de Sébastien Tellier à l'Eurovision. Mais voilà, l'auteur de "La ritournelle" s'est gaufré et Ersatz, le premier album de Doré, pareil. Enfin à mon sens. Trop variété, trop propre et trop nulle part à force de vouloir être partout. Et puis humainement en interview, Julien Doré déçoit aussi : antipathique à force de vouloir faire le malin total "aware" du système et de ce qu'il vaut. Préambule vox populi avant l'entretien.


Et son album s'en ressent. De la même manière que je n'ai pas eu l'impression d'avoir à faire à un artiste lorsque je l'ai interviewé parce qu'avec ses arguments technico-techniques il se la jouait plutôt Monsieur-je-sais-tout, je n'ai pas eu l'impression d'avoir à faire à quelque chose de pleinement artistique en écoutant son album, le bien nommé Ersatz. Parce que voilà ce disque est trop calculé. Trop conscient des enjeux de l'image et du positionnement qu'il m'est impossible d'y trouver quoique ce soit pouvant m'émouvoir. Je veux dire tout ça manque de folie, d'affranchissement, de mystique.


Le pire c'est que cet album s'accompagne d'une vaste campagne de com qui va à l'encontre de tout ce que défend le jeune homme. Il défend une approche vintage de la musique ? Le 2 juin, 8 titres de son album et 2 inédits étaient vendus en exclusivité avec le téléphone "walkman" Sony Ericsson. Il critique le côté bêtisier des premiers tours de la Nouvelle Star ? Sur le site de l'événement publicitaire (je vous laisse découvrir l'adresse, son intitulé est tordant quand on a tâté la dimension totally under control du personnage), un jeu participatif propose à chacun de s'éclater à se filmer en train de chanter son premier single, "Les limites", et précise qu'on peut chanter bien, très bien ou mal, très mal, ce n'est pas grave, l'important c'est de tout donner, de se lâcher.


Bref, Julien Doré s'envisage comme un électron libre rebelle et le voilà utilisé comme le meilleur homme sandwich qui soit : l'homme sandwich qui se prend pour un rebelle. Ça me rappelle ce que Sébastien Tellier disait dans le Technikart de mai dernier, qui consacrait justement sa couverture à Julien Doré. Parce que oui on peut penser ce qu'on veut de l'auteur de Sexuality mais il n'a ni fait la Nouvelle Star, ni vendu sa musique à un opérateur de portable, ni prétendu être méga aware et faire la nique au music-biz et il dit parfois des trucs intéressants, comme ceci : "Ce qui me dérange avec ces télé-crochets, c'est le mensonge qui vient juste après. On nous fait croire que ces rockeurs peuvent détourner le jeu alors qu'ils n'en sont que le produit." Alors, Julien Doré n'est-il qu'un produit ou pas ?


Je n'ai pas la réponse. Mais Michka Assayas semble l'avoir à ma place. Et sa réponse me parle. Enfin ce n'est pas vraiment une réponse. Les propos que je vais vous citer, il les a tenu dans le numéro d'été des Inrockuptibles en 1990, autant dire à un autre âge, un autre temps. Mais il disait ceci et c'est assez éclairant en ce qui nous concerne : "Notre temps n'a que la création, l'imagination et la passion à la bouche, alors qu'il n'est capable de produire que des produits calibrés et standardisés. Ce qu'il ne sait pas faire, avec la mauvaise conscience qui le caractérise, il le singe. Lenny Kravitz fait du faux Lennon et Terence Trent d'Arby du faux Marvin Gaye, tout comme Chevignon fabrique du faux "classique américain" et les Japonais du faux Vuitton et du faux Chanel. On voudrait nous faire croire que ce sont des éternels et des classiques. Mais, par expérience, nous savons que ceux qui prétendent, de leur temps, à la perfection et au classicisme, et ne laissent pas entrer le brouillon, l'improvisation ou l'incertitude dans ce qu'ils créent sont les premiers à se faire oublier par la postérité. Les Beatles, en leur temps, ne "faisaient pas du Beatles". Ils ne cessaient pas de chercher, d'explorer, de tirer à côté. Leur cible s'étalait sur la voûte céleste. C'est au temps ou l'on ignorait qui ou quoi l'on visait, ou l'on n'avait pas peur de gaspiller son temps et sa vie, que se sont accumulées des richesses éternelles : celles que pompent sans vergogne, comme de vieux rentiers, les auteurs contemporains de "compact-eu-disques" parfaits où la "perfection du son" le dispute à la "pureté de l'émotion"."


Michka enchaîne : "Commémorer, célébrer, rendre pompeusement hommage, nous ne savons faire que cela. Quand nous cherchons à dire du bien d'un disque récent, nous ne savons pas dire grand-chose à part c'est un classique. Comme si nous voulions échapper de toutes nos forces à cette fatalité déprimante : que la plupart des choses que nous voyons, écoutons, consommons jour après jour n'ont pour nous qu'une importance artificielle, et n'en auront strictement aucune dans un an, voire dans six mois. C'est beau de vouloir être classique, parfait et éternel. C'est un peu comme les escrocs qui répètent avec une insistance pressante qu'ils sont sincères, honnêtes, et qu'ils ont le coeur sur la main : personne n'y croit vraiment, à commencer par eux-mêmes."


C'est dit. Et pour en revenir à Technikart, l'ironie de l'histoire veut que lorsque j'ai interviewé Doré je venais initialement en tant que pigiste pour le magazine Park mais, la trouvant que j'y étais trop critique et que Julien Doré y paraissait trop imbitable, ce magazine a finalement décidé de ne pas publier mon interview. Comme Technikart avait déjà tapé sur le jeune homme, c'est à bras ouverts qu'ils ont accueilli mon interview sur leur site. Interview que j'avais intitulée : "Faut-il sauver le soldat Doré ?"


Le papier a suscité pas mal de commentaires. Certains ont trouvé l'interview "intelligente", d'autres "snob et ringarde". J'ai lu toutes ces réactions avec attention mais je n'y ai pas répondu. Je ne voyais pas trop quoi ajouter, même si on me prêtait des intentions qui n'étaient pas les miennes, comme de la "rancune" et de la "vexation" sous prétexte que Doré lance un pique contre Technikart et ses pigistes branchouille (je le rappelle : à ses yeux ce jour-là j'étais un pigiste de Park). Et j'avoue, c'était assez plaisant de voir les internautes se débattre entre eux. C'est Orphée qui a ouvert les festivités, déclarant : "Il faut laisser au poète le champ de ne pas le contraindre aux explications. Il n'y a pas à le sauver, il créée des synergies basées sur le leurre, qui constituent ensemble un dispositif poétique conceptuel. Alors évidemment, le ramener sur le plancher des vaches en le contraignant à des explications naturalistes ou figuratives le transforme en albatros... S'il vit, il sera grand. Il est déjà un grand punk. Le sauver, c'est l'aborder poétiquement soi-même."


Un petit échange salé s'en est suivit entre Orphée et Brugnon. Car Brugnon s'est alors fendue d'un : "Doré, un punk ? Warf ! Les bras m'en tombent. Sérieux, je suis tombée de ma chaise tellement c'est drôle !". Ce à quoi Oprhée a répliqué avec moult smiley que je ne m'amuserait pas à reproduire : "Brugnon ne doit pas être au courant de la consistance du mouvement punk à son origine. Une femme comme Vivienne Westwood en sort. Mais il ne doit pas non plus savoir qui est Vivienne Westwood." Et Brugnon d'asséner : "Orphée est bien présomptueux au sujet de ma culture personnelle. Mais passons cette petite attaque. Doré reste pour moi un arriviste qui jongle avec des idées dont il n'a même pas cerné ni compris la portée et dans lesquelles il s'empêtre. Il a réussi à berner son monde, libre à eux de tomber dans le panneau. Quant à sa musique, elle est bien proprette et insipide, tout à son image. Je suis bien plus enthousiasmée par les faux-culs de Vivienne Westwood que par la musique académique et sans saveur de Doré."


Pas con, Grosse fatigue a dit : "Le punk c'est quelqu'un qui ne calcule pas et ce n'est pas a la nouvelle tare que vous allez en trouver un. Le concours d'entrée à ce genre d'émission ressemble trop à un concours pour devenir fonctionnaire et il ne me semble donc pas en phase avec l'esprit anarcho-libertaire." Conne, Line s'est cru obligé d'ajouter : "La critique c'est une sorte de censure. Chacun a le droit à sa création et qu'importe si elle te touche ou pas, l'essentiel c'est qu on puisse être libre de créer." Minimaliste mais percutant Idontcare a pondu un haïku qui me touche : "L'album est vraiment chiant. Ce n'est pas nul mais c'est chiant." Carla s'est faite plus nuancée, parlant d'un album "très bon.et nettement moins chiant que tout ce qu'on entend en français d'habitude !" Et Kevz a clôt ce débat chiant / pas chiant en y allant franco : "Album chiant, personnage chiant, pas étonnant qu'il aime Philippe Katerine."


Bicet trouve que Doré "défend son disque plutôt intelligemment". Sidd acquiesce, louant le "bon goût" d'un garçon qui "sait parler" et qui "est peut-être un imposteur mou du gland mais certainement pas un guigou". Avant de céder la place à l'interview proprement dite et histoire de vous donner envie de poursuivre la lecture, je me fais mousser une dernière par l'entremise de Sidd qui me fait ce joli compliment : "Quoiqu'il en soit, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette interview. Ces questions intelligentes secouent le Doré, elles le poussent à avoir quelque chose à raconter et montrer qu'il est autre chose qu'un rockeur H&M."


(Suite.)


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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 10:13
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Le 28 janvier dernier les journalistes ne s'étaient pas uniquement déplacés à la conférence de presse de la 6e édition de la Nouvelle Star pour boire du champagne et les propos du nouveau jury. Ils étaient aussi venus pour Julien Doré, sa barrette, sa gueule d'ange, ses tatouages, son ukulélé et ses nouvelles chansons. Parce qu'alors en pleine phase d'enregistrement il avait accepté de sortir du studio pour nous livrer 4 extraits de son futur album. J'en avais profité pour lui voler illico presto dix minutes sur son agenda de Ministre afin de faire le topo sur son épopée médiatique.


 



"la Nouvelle Star m'a changé au même titre que les Beaux Arts"


"je n'ai aucun rapport avec M6"

 

 

 

Regardais-tu la Nouvelle Star avant d'y participer ?
Non, donc malheureusement je ne savais pas trop ce que je pouvais en tirer. J'avais uniquement en tête les castings que je regardais avec mes potes comme si c'était des concours de patinage artistique. En même temps, il y avait un truc touchant qui me plaisait là-dedans. Et je me suis dit que si j'avais la chance de passer à l'image au moment des castings ce serait l'occasion de montrer le nom de mon groupe inscrit sur mon ukulélé. Il se trouve que ma candidature a fait basculer pas mal de choses. Mais franchement, jusqu'à la première émission en direct, je n'ai jamais pris conscience de ce dont il s'agissait.


Si tu participais à l'émission avec la connaissance que tu en as aujourd'hui, te comporterais-tu différemment ?
Non, parce que je m'y suis comporté de manière très naturelle. Je respectais vraiment les gens avec qui je travaillais et je pense avoir essayé de le dire à la fin. C'est hyper important pour moi car c'est vraiment des gens qui m'ont permis de faire la musique que je voulais. C'est-à-dire de chanter les Kinks, de parler de Duchamp. Je n'étais pas contraint, j'ai pu y exprimer des choses. Rien que pour ça c'était super. Car mine de rien c'est quand même l'endroit rêvé pour faire ce genre de choses. Aujourd'hui si devais refaire l'émission je la referais donc de la même façon. Elle m'a changé au même titre que mon expérience des Beaux Arts.


Penses-tu, comme l'a dit Philippe Manœuvre, que ce genre d'émissions tient le rôle dénicheur de talents que les maisons de disques ne tiennent plus ?
Oui, mais ça ne veut pas dire que c'est plus facile pour autant. On le voit très bien. Ça va être la 6e édition de l'émission et - je vais te dire un chiffre au pif - on se souvient à peine de 12 candidats. 12 candidats qui ne vivent pas de ce qui s'est passé.


Mais toi, sans cette émission, tu n'aurais sans doute jamais pu enregistrer un disque.
Je ne sais pas. Parce qu'à ce moment-là, avec mon groupe, on commençait vraiment à percer. Grâce à Myspace des portes s'ouvraient. On est par exemple parti en Belgique faire des premières parties d'un groupe qui s'appelle
Sharko et personne n'est venu me dire : "Ah, c'est le Julien de la Nouvelle Star !". Tout le monde s'en foutait. Après sans cette émission peut-être que je ne serai jamais vraiment sorti du lot. Je ne sais pas. Mais dans cette société qui est la nôtre, je pense que c'est important qu'une émission comme ça existe. Une émission qui respecte ses candidats et leur permet d'être fidèle à eux-mêmes, il n'y en n'a pas 200, il n'y en a qu'une. Et parce que j'ai une certaine éducation, je trouve ça important de dire à certaines personnes que j'ai sincèrement apprécié la qualité de ce programme.


Tu ne t'attendais pas à cette "qualité" ?
Non, j'ai beau savoir que des choses sexy peuvent se faire dans le domaine de la variété, j'ai mis du temps à me sentir totalement à l'aise parce que j'avais peur de la télévision.


A ce stade de l'aventure qu'elle est la nature de tes liens avec M6 ?
Je vais te dire un truc tout simple : je n'ai aucun rapport avec la chaîne. Aujourd'hui les gens qui m'entourent pour l'album viennent du milieu indé. C'est des musiciens que j'écoute et que j'ai contactés moi-même. Mon directeur artistique c'est le mec qui dirigeait les albums de Manu Chao et de Brigitte Fontaine. Aucune major ni quelqu'un de chez M6 n'est venu m'emmerder. Jamais. Si c'était le cas je ne me gênerais pas pour le dire. Mais non, le seul truc que la chaîne me demande c'est de savoir un peu comment se passent les choses, comme ce fut le cas ce soir. Et ça veut dire aussi que quand j'aurai sorti l'album qui me ressemblera j'aurai la chance d'aller chanter mon single sur le plateau de la Nouvelle Star et je serai ravi de le faire comme si on m'invitait à Taratata ou sur la TNT.


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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 00:20
La Star Ac' des indés ?






"On n'est pas parisianiste contrairement à ce que beaucoup pensent"


"Initialement on voulait faire CQFD sur Internet"

 

 


Financièrement, vous toucher quelque chose avec l'opération CQFD ?
Non, rien. Ce serait trop facile sinon. Ce serait même scandaleux. Non, ce sont les groupes qui touchent. On essaie de leur trouver le maximum de concerts, du temps de studio, des contacts, on les fait tourner dans le cadre du Festival des Inrocks sponsorisé par Motorola et dans le cadre de nos soirées Inrocks Indie Club sponsorisées par Jack Daniels. Voilà, on essaie de les coacher autant qu'on peut, après il y en a qui ça sert et d'autres qui se débrouillent très bien sans nous. Mais nous on ne touche rien, les groupes nous remboursent juste les droits SDNM qu'on paie à leur place pour pouvoir presser les CD et que personne ne puisse les escroquer. D'ailleurs ces dispositions ont permis à 2-3 groupes de gagner beaucoup d'argent parce que dans les semaines qui ont suivis la sortie de la compile CQFD ils ont été démarché par des boîtes de pub qui voulait leur morceau pour illustrer une pub.


Du coup CQFD vous apporte juste un gain d'image ?
Oui. Comme les deux tiers des groupes choisis pour CQFD sont de province à l'image de notre lectorat, ça rappelle aux gens qu'on est vraiment sur le terrain et qu'on n'est pas du tout parisianiste contrairement à ce que beaucoup pensent. Il y a aussi un peu de cynisme bien entendu, un peu de récupération mais il y a surtout cette excitation de faire partager tous ces démos qu'on recevait et de les aider à grandir. Là les derniers gagnants de CQFD c'est
The Dodoz, un groupe de Toulouse. Ils étaient lycéens à l'époque où on les a choisi et ils ont quand même signé avec Nude, le label anglais qui a découvert Suede.


Depuis juillet 2007 CQFD a muté en reposant dorénavant sur un site communautaire qui ressemble à une sorte de gros Myspace collectiviste. Depuis vous n'élisez plus un gagnant par an mais un tous les trimestres. Pourquoi ?
CQFD, initialement on voulait le faire sur Internet mais c'était très compliqué pour nous parce qu'à l'époque les outils étaient encore durs à manier. Donc voilà dès qu'ils ont été plus accessibles on s'est lancé. Et sur Internet on s'est dit que le concours annuel n'avait plus grand sens parce que c'est un média qui va tellement vite qu'il faut qu'il y ait du changement constant. On a donc adapté le rythme du concours à celui de la blogosphère. Aujourd'hui sur ce site il y a une vie phénoménale : des centaines de groupes s'inscrivent chaque semaine.


Mais vous n'avez pas peur de perdre en qualité en gagnant en quantité ?
Pour l'instant non, on est vraiment très content des gagnants qu'on a et je pense que ça va aller en s'améliorant. J'écoute tout ce qui arrive au fur et à mesure pendant des heures et des heures et je trouve que le niveau ne cesse de monter. Au départ notre inquiétude c'était de penser qu'on allait retrouver chaque année le même stock de 7000 groupes et qu'on serait petit à petit amener à élire celui qui avait fini deuxième tel année, puis celui qui avait fini troisième telle année, etc. Mais ce n'est pas le cas. Par exemple,
Cascadeur qui a remporté le prix CQFD de l'automne 2008 c'est quelqu'un qui est arrivé tout récemment.


En devant un site communautaire, CQFD a changé son processus de vote puisque maintenant, mode participatif du web 2.0 oblige, les internautes sont amenés à voter. Cela n'est-il pas source de filouteries ?
En fait le vote des internautes sert à présélectionner 200 groupes parmi lesquels nous allons ensuite sélectionner le gagnant. On a fonctionné comme ça jusqu'à présent mais le règlement va peut-être évoluer parce qu'on se rend effectivement compte qu'il y a des petits truands qui détournent les votes. Ils créent 20 ou 30 profils avec des faux noms et ils votent les uns pour les autres, ça fausse le jeu et il nous est assez difficile de repérer ces truands. Il nous faut donc mettre en place une espèce de garde-fou à ce stade du concours pour que ce ne soit pas seulement les internautes qui votent mais qu'intervienne aussi un jury de professionnels.


Dans A Nous Paris, Syd Matters a déclaré que CQFD c'était "la Star Ac' des indés". Au-delà du bon mot qu'est-ce que cela t'inspire ?
Ça me fait plutôt marrer. On est fier du coup de pouce qu'on donne aux indés mais c'est vrai qu'on a aussi conscience qu'ensuite ça peut être un fardeau à porter. Il ne faut pas que ce soit le cas. Au journal on a tendance à parler des artistes qu'on a aidé comme des "anciens CQFD" parce qu'on a cette fierté de les avoir pousser sur le devant de la scène...

Et parce que dans votre esprit comme dans l'esprit de beaucoup ils restent et resteront des "enfants des Inrocks"...
Oui mais c'est un peu injuste parce que ce qu'on a fait c'est juste de les mettre un petit peu en avant à un moment ou personne ou presque ne s'intéressait à eux. CQFD aurait un côté Star Ac' si on intervenait sur leur musique comme peuvent le faire des directeurs artistiques mais ce n'est pas le cas. Je n'ai jamais appelé un groupe en leur disant : "On vous sélectionne si vous changez tel truc". Au contraire sur CQFD on a sélectionné des morceaux très mal produits mais qui nous plaisaient. En plus on n'a pas de barrière de style. Le prochain groupe qu'on élira fera peut-être du hip hop martiniquais, qui sait ? A CQFD on est donc plus dans le radio crochet que dans la Star Ac'. On se fiche du potentiel commercial des groupes.


En même temps pour vous c'est mieux qu'ils aient un bon potentiel commercial parce que ça veut dire plus de notoriété pour Les Inrocks.
Il y a des groupes qu'on n'a pas choisis pour CQFD parce qu'ils ne nous plaisaient pas et par la suite ils ont été signés et ils ont très bien réussi. A côté de ça on était les premiers à publier une chanson de
Pauline Croze à une époque où les maisons de disques lui riaient au nez. Elle nous a plu mais jamais je n'aurais cru qu'elle ferait cette carrière. Je suis content pour elle. Par contre quand j'ai reçu Florent Marchet, non seulement il m'a beaucoup plu, mais je me suis dit : "Ce type va être énorme". Bon, il n'est pas encore énorme mais il plait toujours.


Dernière question : que penses-tu de la présence de Philippe Manœuvre dans le jury 2008 de la Nouvelle Star ?
Ah je suis hyper content, ça va être très drôle parce qu'il est très bon dans ce genre d'exercice. C'est quand même un mec qui dégomme des groupes derrière sa machine à écrire depuis plus de 30 ans et là il va avoir la possibilité de le faire en direct, sans aucune retenue, avec des critères d'une mauvaise foi absolue parce qu'il ne les jugera pas sur des critères complètement idiots de technicité. Beaucoup de gens ont dit que cela allait porter atteinte à sa crédibilité. Je ne suis pas d'accord. Je trouve que c'est inespéré pour une émission comme ça d'avoir quelqu'un avec cette verve, cette culture et cet humour. Je pense donc que c'est un excellent choix et je suis impatient de voir ça.


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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 02:01
La Star Ac' des Indés ?


Ce bon mot est de Syd Matters, le gagnant de la première édition de CQFD (Ceux qu'il faut découvrir), le concours de nouveaux talents lancé en 2003 par Les Inrocks. Maintenant qu'il vole brillamment de ses propres ailes, Syd est un peu salaud de cracher ainsi dans la soupe qui la nourrit. N'empêche, il y a un fond de vérité dans ce qu'il dit. Parce qu'après 5 ans d'existence, à l'heure où chacun à sa page Myspace et où n'importe quel grande marque lance son concours de recrutement de jeunes talents, CQFD a perdu de sa pertinence. Les Inrocks avec. Au début de l'année, pour faire le point là-dessus, je décidais donc d'interviewer son instigateur, Jean-Daniel Beauvallet, directeur adjoint de la rédaction et responsable des pages musiques du célèbre hebdo culturel.

 


"on était de vrais pionniers dans la découverte de musique"


"les maisons de disques, ça ne fait plus rêver les jeunes"

 


 

 




Pourquoi as-tu lancé le concours CQFD ? Dénicher des talents c'est moins le travail d'un magazine que celui des maisons de disques.
C'est venu du constat qu'on recevait de plus en plus de cassettes et qu'elles étaient de plus en plus intéressantes. Miossec a été un élément déclencheur dans CQFD. Il nous avait envoyé sa cassette et on ne pouvait rien faire si ce n'est en parler dans le journal, ce qu'on avait fait à l'époque, bien avant qu'il ne soit signé, en disant que c'est quand même scandaleux que personne ne veuille sortir le disque d'un type si talentueux. Parce qu'à l'époque il s'était fait rembarrer par tout le monde. L'autre élément déclencheur a été une visite chez un directeur artistique. Il avait des piles de cassettes qu'il n'écoutait même pas. Ça m'a choqué. Je lui ai dit : "Mais, attends, il faut quand même les écouter, on ne sait jamais, dans le tas il y a peut-être quelque chose de bien." Il m'a dit : "On n'a jamais rien trouvé de bien dans ce genre de cassettes. Si les mecs ne nous sont pas recommandés, on ne les écoute pas."


A travers ces deux exemples tu as donc diagnostiqué une grosse faille dans le boulot des directeurs artistique ?
Oui, chez eux il y avait une espèce de résignation... Parce qu'on était à une période charnière où les home studio commençaient vraiment à se développer et où on ne pouvait plus du tout croire à cette vérité selon laquelle les choses doivent être faite par les labels. Eux ils étaient encore sur ce vieux schéma en disant : "De toute façon, s'il y a des trucs bien on en entendra parler par les studios, par les salles de concerts." Ils ne se rendaient pas compte qu'ils étaient en train d'être complètement dépassé par l'industrie parallèle des home studios, de l'Internet et des petits réseaux de salles dans lesquels ils n'avaient pas du tout leurs nez.


Cette période marque donc le début de l'effondrement des majors ?
Oui, le simple fait que eux disent : "Ce qui se passe en dehors de ce qu'on connaît déjà ne nous intéresse pas" en disait assez long sur leur durée de vie (rires) ! Et ce qui s'est passé ensuite nous a largement donné raison parce que plein de petits groupes se sont développés sur le net. Je pense à Arcade Fire et Clap Your Hands Say Yeah par exemple. Sans Internet ces groupes n'auraient pas été signés il y a 10 ans.


Quelles étaient les autres motivations qui t'ont poussé à monter CQFD ?
Il y en a eu plein comme, par exemple, l'envie de renforcer le lien avec notre lectorat. Il a toujours été fort, mais par là on voulait créer quelque chose de plus communautaire. C'est d'ailleurs aussi pour cela qu'au milieu des années 90, on avait créé un numéro des lecteurs pendant la période de Noël. On a donc toujours eu la volonté de montrer que certains de nos lecteurs avaient beaucoup plus de talent que nous et que les groupes dont on parlait. Mais la motivation principale restait de donner un coup de pouce à tous ces groupes que je voyais galérer à chaque fois que j'allais en province, tous ces groupes qui me disaient : "De toute façon ça ne sert à rien qu'on envoie nos cassettes, ça n'intéressera personne." Parce que si nous on avait réagit comme ça on n'aurait jamais existé. A départ on se disait la même chose quand on a lancé le journal, mais on s'est finalement rendu compte qu'on intéressait plus que les 15 pèlerins qu'on escomptait.


Si je comprends bien, pour vous CQFD était aussi le moyen de rester compétitif et dans l'air du temps en tissant un lien vers la génération pop qui s'active maintenant surtout sur Internet.
Il y avait peut-être un peu de ça. Parce qu'on voulait vraiment que le journal innove, pour continuer à apporter de l'inédit à ses lecteurs. D'ailleurs au départ en interne, ce projet n'emballait pas tout le monde. Quand j'ai lancé l'idée de faire un CD avec la musique des lecteurs, on m'a dit : "Mais qu'est-ce que tu vas faire si tu reçois 15 démos et qu'en plus aucune n'est bonne ?" Moi j'étais persuadé qu'une centaine de nos lecteurs avait des groupes. J'attendais donc une centaine de démos. Et la première année on en a reçu environ 6000 et ensuite c'est monté à 7000, 8000, etc. On s'est donc rendu compte qu'il y avait une frustration certaine de la part de tous ces petits groupes. Pour la plupart d'entre eux CQFD était quasiment la seule porte de secours parce qu'ils avaient essayé de contacter les maisons de disques mais on ne leur avait même pas répondu. Je pense même que beaucoup d'entre eux n'avaient même pas envoyé leurs démos aux maisons de disques parce que ça ne les faisait même pas rêver et qu'ils faisaient juste de la musique pour s'amuser. Preuve en est que la plupart d'entre eux n'avaient qu'une voire deux chansons. Et nous on les sélectionne sur la foi d'une chanson et non d'un album, on a donc le bon rôle par rapport aux maisons de disques, surtout qu'ensuite ce n'est pas nous qui nous chargeons de sortir leurs albums !


Recevoir 8000 démos chaque année c'est énorme. Vous êtes tombés sur un puits de pétrole !
Oui, parce qu'en plus les premiers artistes CQFD à une époque où Myspace et tous les autres moyens de communication du même genre n'existaient pas encore. Pour le coup on était donc de vrais pionniers dans la découverte pure et dure de musique. A l'époque les grandes marques n'avaient pas encore recyclé la pratique en lançant toutes leurs concours de recrutement de jeunes talents.


De quels types de marques s'agit-il ?
Les providers du net, les opérateurs téléphoniques, tout ceux qui ont un intérêt à s'accaparer du flux de musique. Mais les marques de vêtements s'y sont également mises car elles se sont bien rendues compte que tous ces jeunes groupes de rock ressemblaient un peu à des gravures de mode. Donc voilà tout le monde y est allé de son opération dénicheurs de talents car ça donne une bonne image de marque.


D'ailleurs le 19 janvier dernier j'ai vu que même France 2 s'y mettait. En tombant sur La fête de la chanson française présentée par Daniela Lumbroso j'ai été étonné de voir que cette émission de variété avait elle aussi organisée un concours de nouveaux talents issus de Myspace.
Je n'ai pas cette émission mais ça ne m'étonne pas : tous les gens complètement à la ramasse viennent de découvrir Myspace en 2007 et pour eux c'est l'Eldorado alors que Myspace à mon avis c'est déjà complètement mort à cause de surpopulation. Et puis moi je voudrais surtout que les gens sachent que Myspace appartient à un ennemi absolu de la culture, de l'intelligence et de la France. J'ai supprimé ma page
le jour où Murdoch a racheté Myspace. Mais voilà, ce que jeux dire aussi c'est que chacun fait son concours de dénicheurs de talents mais que certains le font avec plus d'honnêteté que d'autres. Parce que si c'est sympathique de mettre en avant des groupes en mal d'exposition médiatique ça l'est moins de profiter d'eux. Or c'est ce que font les grosses marques. Certaines profitent du fait que ces groupes soient jeunes et inexpérimentés pour leur faire signer des contrats qui les forcent à renoncer à leurs droits.


Ces nouveaux talents n'ont pas l'ascendant dans le rapport de force qui les unit aux marques qui les sollicitent.
Ils devraient pourtant. Et je pense qu'actuellement tout le monde profite de l'énorme flou juridique dont ces opérations sont l'objet. Nous, pour le concours CQFD, on est un des seuls, je pense, à être allé voir la Sacem en leur en disant qu'on voulait leur donner de l'argent (rires) ! Alors pour l'instant notre modèle économique pour CQFD reste un peu anarchique mais il existe et il est renouvelé chaque année.


(Suite et fin.)


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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 01:38
L'Inrockuptible du PAF ?


Le 28 janvier se tenait la conf de presse pince-fesse de la Nouvelle Star, 6e saison : un grand moment où tout le monde chez Fremantle et M6 s'est gargarisé du nouveau statut pseudo contre culturel du programme depuis les victoires de Willem et Doré. Normal : au moment où la Star Ac s'essouffle avec son côté real-TV qui nous prend pour des cons, le télé-crochet de la 6  s'octroie le rôle d'Inrockuptible du PAF.

 


Résultat : cette année l'émission a attiré 12,7% de candidats en plus en sillonnant pour la première fois Nantes, Strasbourg et la Belgique. 28 000 nouveaux talents ont donc défilé devant Lio, Sinclair, Manœuvre et Manoukian, un jury plus wock'n'woll que jamais qui n'a pas hésité à rembarrer fissa les émules de Céline Dion au vibrato de 4 kilomètres de long. Tout cela a conduit à l'élection d'une certaine Amandine devant 4 millions de téléspectateurs. Et je ne sais quasiment rien à propos de cette fille car par la suite je n'ai pas suivi l'émission. Mais le 28 janvier au Bus Palladium j'étais aux avant-postes de l'événement en train de boire des coups gratos et d'essayer de trouver une tête connue avec qui parler dans cette marée de journalistes télé que je ne fréquente jamais. Ça vous vous en foutez mais attendez j'ai quand même pensé à vous : prenant tous les risques j'ai sorti mon dictaphone en plein milieu de cette conférence top secrète et j'ai même moi-même posé des questions pour vous livrer brut de brut les motivations du nouveau jury. Extraits.



"les nouveaux directeurs artistiques, c'est nous"


"on a vu émerger un nouveau genre musical"

 

 


André Manoukian, qualifié de "Père Fouras de la Nouvelle Star" par l'animatrice Virgine Elfira se charge de présenter la caution rock'n'roll de cette édition, Philippe Manoeuvre alias le rédacteur en chef de Rock&Folk : "Au départ, lui, je me disais : "Quand il va voir une cagole cosmique chanter Lara Fabian à Marseille, il va la démonter." Et bah non même pas, il a même eu de la compassion pour ces nanas ! Pareil, quand il voyait un tocard chanter Johnny Hallyday il le comparait à Elvis Priestley en disant : "C'est un mec qui emmène tout sur son passage, il a juste encore besoin de bosser un peu." Trop cool, je vous jure. Derrière ses lunettes je vais même vu une larme."


Philippe Manœuvre, la qualifiant de "deuxième émission de pop en France" (après Les enfants du rock ?) avoue qu'il suivait un peu la Nouvelle Star avant d'y participer de plein pied : "En tant que personne qui travaille dans un journal de rock, ça aurait été impossible de ne pas la voir. Et puis quoiqu'il arrive les copains vous en parlent. J'ai suivi en direct Steve Estatoff chanter Nirvana, on m'a appelé dès que la Tortue s'est pointée."


Lio, horny à souhait dans sa mini-robe (ou repoussante, au choix) enchaîne : "Moi je n'étais pas une spectatrice assidue de la Nouvelle Star mais je n'ai pas pu y échapper non plus parce que c'est un phénomène de société et que j'ai une fille de 17 ans qui a grandit avec l'émission et qui est complètement fan. Donc forcément je suivais un peu, jusqu'au moment où j'ai commencé à voir des gens qui m'intéressaient vraiment."


Philippe Manœuvre, tout de go : "J'aime bien cette émission. Je pense que les maisons de disques sont en train de disparaître et voilà les nouveaux directeurs artistiques sont devant vous, c'est nous (rires dans la salle). Je crois que notre rôle est assez utile parce que sans nous je vois mal comment les petites chanteuses talentueuses qu'on a trouvées à Aix-les-Bains ou Toulouse auraient réussi à remonter jusqu'à Paris pour se faire un nom. D'ailleurs souvent ils le disent eux-mêmes : "On a envoyé des démos aux labels mais personne ne nous a jamais répondu..." Je suis donc très heureux de faire partie de cette machine."


Sinclair, questionné sur les propos choc de Manœuvre : "On ne fait pas vraiment le boulot des maisons de disques, on a juste une écoute un peu plus libre, détachée de toute préoccupation mercantile, même si on fait partie d'une émission de télé. Et ça change tout : les candidats généreux que l'émission m'a permis de découvrir, dans le cadre d'une maison de disques, avec toutes les pressions auxquelles elles sont sujettes en ce moment, je pense que je ne les aurais pas écouté de la même façon et que je les aurais rejeté. u-delà de ça je suis juste venu à la Nouvelle Star parce qu'on m'a proposé de venir écouter des gens et de donner mon avis sur leurs prestations en restant moi-même. Et pouvoir être moi-même à la télé, c'est un peu une révolution."


Lio rebondit : "Pareil, quand j'ai accepté de participer à cette émission je n'ai pas senti l'obligation de me conformer à une image quelqu'elle soit, je suis juste partie à l'aventure parce que ça faisait deux ans que cette émission m'intéressait de plus en plus et oui, je trouve qu'il y a une faillite totale de la part des maisons de disques."


André Manoukian : "Ce qui est intéressant, et c'est aussi pour ça que je suis là pour la sixième année consécutive, c'est que les candidats sont juste à tomber par terre. Pour moi qui ai l'habitude de passer ma journée à me branler tout seul derrière un ordinateur dans un studio cette émission c'est un peu de l'oxygène parce que musicalement je vois vraiment ce qui agite la jeunesse. L'année dernière Julien Doré était un peu un OVNI, mais cette année j'ai vu qu'un nouveau genre musical émergeait : le néo-folk urbain. On a eu une espèce de fils de Bob Dylan, une espèce d'Elvis Costello, on a même eu un Pierce Brosnan qui nous faisait du James Blunt, 3-4 rencontres improbables qui nous ont tiré des larmes."


Philippe Manœuvre : "Par exemple à Marseille une fille qui est arrivée et nous a dit : "Je vais vous chanter Björk". Carrément. Et des garçons nous ont chanté les Who. C'est très révélateur, ça veut dire que les gens aiment les chansons et le style leur importe peu, ils n'ont pas d'étiquette. Certains nous disent : "En anglo-saxon je vais vous chanter Oasis et en français je vais vous chanter Balavoine". Et c'est très respectable. Ils écoutent les chansons, ils retiennent les bonnes et ils s'en inspirent."


André Manoukian : "Après, évidemment, il y a encore des gens qui nous chantent "Mexico" avec un sombrero sur la tête et des filles en province qui nous font du Mireille Mathieu, toutes ces choses qu'on va passer en début d'émission pour rigoler vite fait, mais le plus important c'est que globalement grâce à Internet les mômes d'aujourd'hui écoutent de plus en plus de bonne musique et qu'ils la représentent dignement, c'est donc ça qu'on voulait montrer. Donc merci à Internet qu'on accuse trop souvent de tous les maux dans l'industrie du disque et merci à tous ces candidats d'être venus chez nous et pas chez les autres."


Lio : "On n'a pas du tout le profil Star Academy. Pour moi Star Academy c'est très différent de la Nouvelle Star parce que Star Academy c'est une émission qui vise à formater les gens pour que Pascal Nègre puisse les vendre, alors que la Nouvelle Star cherche juste à faire découvrir des artistes."


Manoukian : "No comment. Moi on m'a dit : "Quand tu es concessionnaire chez Citroën tu ne parles pas de Peugeot.""


Lio, décidément en verve : "A la Nouvelle Star on ne fait pas coucher les candidats dans la même chambre, il n'y a pas de caméra partout, on est vraiment concentré sur la musique comme dans radio crochets des années 60. C'est important, il ne faut pas oublier que c'est comme ça que Polnareff a été découvert. Je suis donc faire de participer à ça. D'ailleurs, regardez, Missy Elliott fait la même chose aux Etats-Unis."


Philippe Manœuvre, questionné sur les candidats qui l'ont fait craquer : "Dans le jury on a chacun nos goûts. Lio représente la pop, Sinclair le funk, André le jazz et moi le rock. Je suis là-dedans depuis 75, je suis rock, je ne change pas. On n'est donc pas forcément sensible aux mêmes choses mais quand il y a un super chanteur dans la pièce on le dit. On a beaucoup discuté pour essayer de ne pas passer à côté de gens qui allaient peut-être déplier leurs ailes et se révéler un peu plus tard, progressivement. Sinon je tiens à dire que la machine mise au point par Fremantle est assez formidable. Dans toutes les régions qu'on a sillonné tout s'est super bien passé. Nous on n'avait plus qu'à arriver comme des fleurs et voir des gens se livrer a capella, se mettre à nu devant nous, littéralement, tout seul, sans micro, sans guitare. C'est incroyable, dans ces moments-là quelque chose se passe. On a vécu une véritable aventure."


André Manoukian : "Je suis juste déçu de ne pas être tombé amoureux cette année, mais bon je ne peux pas tomber amoureux à chaque fois !"


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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 04:50

Gallagher comme Gallagher ?


Récemment j'ai rencontré une fille, elle est fan d'Oasis. Or je connais un type, mon ancien voisin, qui ressuscite à merveille les hymnes des frères Gallagher, période "Wonderwall". Alors je me demande : le Myspace de Boris Laborde je lui communique ou pas ? Parce qu'il ne faut jamais sous-estimer la groupie qui sommeille en chaque femme. Il y a toujours quelque chose pour les faire retomber en enfance. Les réduire à l'état de fan. Et si cette fille adore Oasis, elle craquera sans aucun doute sur les compos de Boris Laborde. Sans doute même cherchera-t-elle à deviser avec lui.


 


Le chanteur d'Oasis n'est donc pas mort, comme le proclamait avec force joke Libération en couverture de son numéro du 18 janvier 2008. Non, il est même plus vivant que jamais, réincarné de son vivant dans le corps de ce trentenaire français. Ce mec n'est pas canon mais c'est un puits de science brit-pop. Et autant je suis mal placé pour me permettre le premier jugement, autant je le suis mieux pour me permettre le second. Oasis je n'ai jamais été fan, ni même de Blur, j'ai toujours préféré l'ambiguïté d'un Suede ou d'un Pulp, mais comme c'est ma génération je n'ai pas pu y échapper. Je les ai découvert en 95 avec leur deuxième album. Une fille l'avait offert à mon frère. Il m'a tout de suite plu avec sa collection de titres sensibles et sévèrement burnés. Je n'ai jamais ressenti cela pour un autre disque d'Oasis. Tout simplement parce qu'il me semble qu'ils n'ont jamais fait mieux par la suite, se contentant de ressasser un style musical basique qu'on transcende à l'âge où l'on se rêve quelqu'un d'autre bigger than life mais qu'on ne peut plus honorer quand on a plus de 25 ans et qu'on est plus célèbre que le Christ.


Or dans son petit appart du 19e arrondissement, Boris n'a jamais eu les honneurs du milieu alors, quand son job alimentaire ingrat le laisse free like a bird et qu'il n'y a pas de foot sur TF1, gonflé d'espoir comme au premier jour, il compose les hymnes qui lui permettraient de décrocher coke, putes et couve du NME, s'il était anglais. Ironie : ses hommages carabinés à Oasis feat. Stone Roses s'intitulent "Napoléon", "de Gaulle", "1789". Tout y est : les guitares aux épaules de déménageurs, la rythmique qui fait poum tchak poum poum tchack et la voix qui crâne nourrie de brumes psychés qui bastonnent. D'ailleurs cette voix, on dirait tellement celle de Liam que j'imagine Boris enregistrant ses prises de voix en chantant debout bras croisés dans le dos. Alors, oui, l'élève ne mettra sans doute jamais le monde a ses pieds comme l'a fait son maître, tout au plus vient-il de décrocher un airplay au Canada avec "Is This Love", mais avec tout ça, au rage, etcetera, Boris, c'est Oasis condamné à sortir des morceaux du tonneau de Morning Glory jusqu'à la fin de ses jours et il a donc des chances de plaire à la fille dont je vous parle.


Et moi dans tout ça je suis peut-être un peu "Jealous Guy", un peu maso aussi, mais je ne vais pas jouer Gallagher comme Gallagher. Je vais lui donner l'adresse Myspace à la fille. Parce que c'est beau une femme qui retombe en enfance.


Pour en savoir plus sur le gus, ici les américains de allaccessmagazine.com lui consacre une interview !


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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