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  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 19:22
Next Bug Thing ?


"L' intérêt d'aujourd'hui ne connaît que l'intéressant. Et intéressant veut dire : ce qui permet à l'objet en question de redevenir indifférent l'instant d'après et d'être remplacé par un autre qui nous concerne tout juste aussi peu que le premier. Aujourd'hui l'on estime souvent honorer beaucoup une chose en la jugeant intéressante. En vérité, un pareil jugement abaisse la chose intéressante au niveau des indifférentes et il la repousse parmi celles qui bientôt seront ennuyeuses." Voilà comment en 1952 Heidegger définissait ce que des années plus tard le NME nommerait "the next big thing", soit, en français, "la nouvelle sensation". Cette année, dans cette catégorie, nous avons eu Vampire Weekend et MGMT dont je vous ai déjà parlé. Place maintenant au cas Late Of The Pier.


Ces 4 anglais réunis depuis 2005 sous la bannière LOTP ont été buzzés comme pas permis en amont et en aval de la sortie en août de leur premier album, Fantasy Black Channel. Parce qu'ils sont jeunes, mignons, facétieux, que leur musique, gonflée et composite, revêt, en apparence, les attributs d'un phénomène sans précédent, et que voilà en Angleterre ça fait des décennies qu'on ose signer de gros chèques à des post pubères pour qu'ils montrent au monde ce qui se passe dans le corps et l'âme de sa jeunesse par la voie de guitares, basses, batteries. On appelle ça la pop ou le rock. 50 ans ont passés et tout cela nous reste globalement étranger. En France je veux dire. Tout ça pour dire que cette histoire de « next big thing » est lourde de soupçons pour notre beau pays qui a toujours su habilement distinguer l'art du bizz. Alors quand ces LOTP débarquent auréolés du statut de "next big thing" je me méfie. Je me dis qu'on cherche encore à nous faire passer des morveux pour des Mozart post-moderne. Parce que en plus leur dossier de presse les présente comme la relève du "phénomène" 2007, à savoir les Klaxons. Et vous vous rappelez de ce groupe et de leur soi-disant "nu rave" ?


J'aurais donc pu en rester là, campé sur mes a priori et sortir plumes et goudrons, excité de tenir une belle baudruche marketing justifiant le passage à tabac. Mais je devais reconnaître que la première écoute du disque, si elle ne m'avait pas tout à fait convaincu, ne m'avait pas non plus laissé indifférent. J'avais pris un certain plaisir à me faire chahuter par cette sorte de mash up musique épique et hyperactive évoquant tout à tour Queen, Bowie, Muse, Marylin Manson, Justice, Daft Punk, Gary Numan, Slades, Sex Pistols, Of Montreal et même Ima Robot, des américains qui avaient fait sensation fin 2003 avec un premier album éponyme sous estimé qu'on trouve aujourd'hui pour une boucher de pain chez les disquaires d'occasion. J'ai donc réécouté l'ovni. Et passé le vertige du premier contact, au fil des écoutes j'ai découvert que tout ce bazar trash, cosmique, dark et cheesy s'emboîtait. Je ne voyais plus les briques, mais le mur. En un mot j'ai vu les chansons émerger. Je ne savais toujours pas par quel côté les prendre, mais une chose est sûre : elles me prenaient de tout côté, me fracassant la tête et donnant furieusement envie de me démembrer sur un dancefloor. Dans sa fusion d'emprunts plus ou moins inconscients à la grande mémoire pop, du hard au glam, de l'electro au psyché, c'est comme si la musique des LOTP fonctionnait à l'image du web 2.0., faisant tourner des algorithmes en surchauffe, zappant sans fin entre tout et son contraire. Je leur ai d'ailleurs exposé cette théorie en interview. Trop performative, démonstrative, orgiaque, cette musique n'est donc pas destinée à être écoutée en boucle, mais dans son élan fourre-tout a quelque chose d'euphorique et de salvateur. Car, pardon du jeu de mots, mais il fourre, nique et n'est-ce pas parfois le propre de "l'art" de déborder sauvagement de formes et de couleurs ?


Je ne tomberais donc pas dans le piège de mépriser la musique des Late Of The Pier. Au-delà du déballage théorique, j'aime son foisonnement, maladresses et fulgurances incluses. Bien sûr on pourra toujours me dire qu'elle est jeune, naïve, qu'elle fait partie du Spectacle avec un grand "S" et alors ? Elle n'est le Spectacle. Dernièrement j'ai lu dans Libé un article éclairant à ce sujet. Il parlait de Jacques Rancière, à l'occasion de la publication de son dernier livre, Le Spectateur émancipé. Le "mouvement de pensée" de ce philosophe a toujours consisté à prendre "le parti des ignorants, des incultes, des incapables et de tous ceux qui sont décrétés tels". Et il disait qu'il faut sortir de la critique facile du spectacle parce que "la critique du spectacle est un maillon du spectacle". "Le problème n'est pas d'opposer la réalité à ses apparences. Il est de construire d'autres réalités". Enième "next big thing" par la force des choses, LOTP s'y essaie. The show must go on.



(Suite.)


 

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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 01:03
Manitoba ne répond plus

 





"Je me fous des baffes tous les matins au réveil…"

 

"Ma mère était une violoniste de haut vol… "

 







Bashung et vous êtes de cette génération qui a vu naître le rock. Pourtant, votre musique et votre discours semblent dire que vous n'êtes pas un "enfant du rock" comme Bashung. Comment cela se fait-il ?

Moi je me fous des baffes tous les matins en me réveillant parce que j'ai raté toute ces années-là. J'aimais les Stones bien sûr et comme tout le monde les Yardbirds et tout le bazar, mais ça c'était quand j'avais 16-18 ans, la période des boîtes, du scotch et des filles. Mais après, tout de suite, j'ai commencé à travailler et je n'écoutais plus rien. Je me souviens, j'étais déjà chez Pathé Marconi, il y avait tout le monde, j'aurais pu prendre un avion avec je ne sais qui pour aller voir Cartney par exemple quand il venait à Paris. Mais je n'ai jamais foutu les pieds à l'Olympia, je n'ai jamais fait un mètre dans un couloir pour aller ouvrir une porte et regarder je ne sais qui. J'étais complètement imbécile ! Complètement imbécile ! Je le regrette énormément, mais j'étais dans mon truc, La Mort d'Orion, tout ça, j'étais dans mon truc !

 

Vous aviez quel âge ?

Je devais avoir votre âge ou peut-être un peu moins, je ne me rends pas compte, mais voilà à cet âge-là on se fout parfois de ce qui s'agit au dehors, on est dans son truc ! Moi il aurait fallu que j'ai un copain de mon âge qui me dise : "Gérard, enfin, t'es complètement débile ! Tu ne fais pas trois mètres pour aller voir Cartney ! T'as machin qui prend son avion pour aller le voir et tu ne montes pas avec lui !"

 

Et vous n'avez pas eu ce copain ?

J'en ai eu qu'un qui l'a un peut fait, mais pas à ce point-là, c'était un dénommé Lancelot. Il allait en Californie, il voyait tout le monde et de temps en temps on en parlait et il se foutait plutôt de ma gueule. Mais voilà il ne m'a jamais dit : "Gérard, demain matin je vais voir untel à San Francisco, alors fais ton sac, tu montes dans l'avion avec moi !" Non, jamais il ne m'a dit ça. Et donc comme j'ai quand même un certain caractère, je l'envoyais chier. Et puis après j'ai travaillé pendant des années au Studio de Milan, puis j'ai beaucoup voyagé donc je n'ai pas vu le truc passer. "Ring my bell" et tout ça, je l'entendais aux Philippines mais pas à Paris. J'ai produit un ou deux albums à Londres, à la belle époque, mais à part ça je n'y allais pas. Blondie, j'aurais dû aller voir ça à Londres, mais ça ne m'est même pas venu à l'esprit. Maintenant je suis à genoux quand j'entends ça !

 

Ah oui ?

Mais oui ! La chose importante et que vous avez du mal à réaliser c'est qu'à l'époque les médias étaient très différents. Il y avait très peu d'émission là-dessus. Surtout en France. En France c'était Michel Drucker, c'était Bouvard, c'était Dalida, voilà, toute la daube française absolue ! Ce n'était pas du tout le marché international. Alors qu'aujourd'hui il y a des articles sur ça tous les jours. Mais par exemple Pink Floyd, qui était quand même monstrueux dans l'univers musical des années 75-78 et bien on trouvait leurs disques à la Fnac, point final. Il n'y a jamais eu une émission de télé sur Pink Floyd, ni un mot sur eux dans un quotidien quelconque, il y avait juste un papier de temps en temps dans Rock&Folk, voilà.

 

Cette rareté devait rendre cette musique d'autant plus fascinante ?

Non, mais ce que je veux dire, c'est que ce manque de sollicitations explique pourquoi ça n'a percé ma gangue. Parce que je n'avais plus 20 ans, je bossais. Le matin je me tirais et j'avais d'autres trucs en tête. J'étais dirigeant de société au Studio de Milan, je devais m'occuper des clients, du matériel, de la production, de mes albums, de la vie de famille, un million de trucs. Et puis après comme je disais j'ai beaucoup voyagé.

 

Du coup vous apparaissez comme un enfant de la génération d'avant. Vos maîtres, dites-vous, sont Bonnard, Poussin, Hugo, Zola…

Oui et toutes ces choses n'ont plus de référents. Prenez La Faute de l'abbé Mouret de Zola ou d'autres très beaux textes : quand moi j'avais 10 ans et que je me promenais dans la campagne, j'étais dans Zola ! Aujourd'hui on se promène dans la campagne, on n'est plus du tout dans Zola. Les mecs qui ont 20 ou 30 ans aujourd'hui n'ont pas connu ça. C'est donc compréhensible que ces textes les fassent chier.

 

En même temps on pourrait croire qu'aujourd'hui cette littérature est d'autant plus fascinante qu'elle parle d'un monde qui n'est plus, qu'elle est dans la fiction, l'abstraction…

Peut-être que ça fait ça pour certains, mais il fut un temps où ce n'était pas une fiction.

 

Au départ vous vouliez intituler votre nouvel album Comme un lego. Mais vous n'avez pas pu car vous aviez déjà cédé la chanson du même nom à Bashung pour son album Bleu pétrole. Du coup il était question qu'il s'appelle Le Pays de la liberté, qui est le titre d'une de ses chansons. Pourquoi avez-vous donc finalement décidé de l'appeler Manitoba ne répond plus ?

En fait dès le départ j'avais aussi cette idée-là en tête. "Manitoba ne répond plus" ce sont quelques mots issus de la chanson "O Amazonie". Et à la base, ces mots font référence à une BD d'Hergé qui porte le même nom. En la retrouvant chez moi, j'ai tout de suite eu un coup de nostalgie. Cette BD c'est comme mes espadrilles d'il y a 40 ans, comme ma musette quand j'allais à la pêche ou ma première boîte d'aquarelle. Je me suis donc dit que je serai très à l'aise de parler de ça dans les interviews. Parce qu'en appelant cet album Manitoba ne répond plus, je montre une fois de plus que je suis toujours rattaché au passé. Aux années 50.

 

J'ai lu dans Rolling Stone que vous aviez rejeté l'idée d'appeler votre disque Le Pays de la liberté de peur qu'on ne vous pose trop de questions sur la France d'aujourd'hui. C'est vrai ?

Oui, il se trouve qu'en 48h, il y a quelques personnes qui m'ont posé des questions de ce genre. Mais si je n'ai pas gardé ce titre, c'est plus parce que je le trouvais trop proche de La Vallée de la paix et trop simpliste aussi. Il n'ouvrait pas l'imaginaire. Quand j'ai dit que j'allais finalement l'appeler Manitoba, tout le monde a été ravi !

 

En effet ce qui est bien avec Manitoba, c'est que ça évoque une sorte de contrée inconnue, une sorte de pays exotique, un paradis perdu. Et voilà, on y est, car qu'il y a-t-il de plus Manset que le paradis perdu ?

Exactement. D'ailleurs, dans sa BD, Hergé donnait lui déjà cette consonance parce qu'il situait Manitoba en Océanie alors qu'à la base c'est une province canadienne. Aux gens qui l'ignoraient ils donnaient donc l'impression qu'il s'agissait d'une destination paradisiaque.

 

J'ai l'impression que vous avez donné la même consonance à votre nom de famille. Parce qu'en 1972, vous avez choisi de ne plus inscrire votre prénom sur vos pochettes de disques mais seulement votre nom. Pour ceux qui ne savaient pas que Manset était votre nom, Manset a donc pu apparaître comme le nom d'un pays imaginaire ou d'une destination paradisiaque. C'était ça l'idée ?

Je n'aime pas le côté état civil du nom-prénom. Mes albums et la vie de tous les jours sont des mondes différents. Quand on croise des gens dans la rue (le boucher, le charcutier, la famille), on est quelqu'un et quand on fait un machin comme Obok on est quelqu'un d'autre. Je regrette de ne pas avoir de pseudonyme pour que ce ne soit pas plus codé.

 

Supprimer votre prénom de la surface de vos pochettes de disques c'était donc une manière de décrocher de l'humain ?

Oui, un minimum. Ça me rappelle une anecdote : il y a quelques jours un copain m'a envoyé un texto. Il venait de recevoir l'album et il m'a écrit : "Manset Airline" (rires) ! J'ai beaucoup aimé ce "Manset Airline" (rires) !

 

A propos de nom de famille, parlons famille. La votre compte-t-elle des artistes ?

Pas vraiment, mais l'année dernière j'ai sorti Les Petites bottes vertes, un livre dans lequel je disais 2-3 trucs sur ma famille. Ma mère était violoniste. Elle n'a pas fait carrière, mais jusqu'à son mariage et ses premiers enfants, elle était dans la veine des quelques violonistes de haut vol. Et puis son frère était violoncelliste, et sa sœur jouait du piano. J'ai donc été un peu élevé dans ça. Petit, j'entendais du Chopin, pas grand-chose, mais c'est des sortes de pointillés très très importants. Surtout qu'après mon frère aîné m'a abreuvé de musique classique. Donc voilà, c'est pour ça que je suis dans la veine Beethoven. J'ai plein de pièces magistrales en tête dont je connais chaque mesure. D'ailleurs, j'en ai déchiffré certaines pages.


Ecoutez-vous toujours de la musique classique ?

Ah non, jamais. Enfin, je dis jamais, il m'est arrivé de réécouter un peu Chopin mais très peu. Par hasard, j'en entends parfois quand je regarde un film sur Arte. D'ailleurs je m'interroge : "C'est qui ? Quel concerto ? Quelle symphonie ?" Mais non, je ne réécoute pas trop tout ça parce que ça me rattacherait trop à un passé révolu. On ne peut pas refaire une éducation musicale qu'on n'a pas eue. Et comme il y a de moins en moins de gens qui ont cette éducation, pratiquement plus personne, j'éprouve un malaise à me replonger là-dedans. C'est comme si c'était une planète d'une merveilleuse beauté mais définitivement inaccessible.

 

Réécouter cette musique vous fait plus de mal que de bien ?

Mal, ce n'est pas le mot, mais oui, c'est un peu désespérant que le monde ait changé de sorte que ces choses-là ne soient plus.

(Suite.)

 


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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 01:06
Amor de honte














Après deux albums biberonnés au rock de stade écoulés à plusieurs millions de copies et un album d'inédits et de faces B, les Killers entament le deuxième chapitre de leur jeune carrière. Sur Day & Age, assistés par le producteur du Confessions on a Dancefloor de Madonna, ils s'aventurent cette fois dans un pan plus dansant et minimal des eighties. Mais tuent-ils toujours ?


Depuis quelques années, disons 3 ans, après essoufflement de la vague du "retour du rock", une autre lame de fond, plus profonde, s'est mise à traverser et reformater le rock. L'effet Damon Albarn et Gorillaz ? Timberlake et Timbaland ? Myspace et YouTube ? Plein de groupes se sont ouverts à d'autres sonorités. En 2006, Muse, qui déclare vouloir faire un morceau mêlant R&B et opéra italien pour sur son prochain disque, avait sorti un single très disco-funk-Prince et un album étonnant aux sons proches d'ABBA. On a ensuite retrouvé cet axe "synthé cheap dancefloor" chez MGMT, Keane et Kaiser Chief. Le prochain Franz Ferdinand devrait lui aussi s'inscrire dans cette veine et intégrer des guitares maliennes. Car voilà d'un autre côté on a également pu observer une percée de la vibe africaine chez d'autres groupes, tels Thee Stranded Horse, Syd Matters, Yeasayer, Dirty Projectors, Vampire Weekend et même Coldplay. La bande à Chris Martin a aussi collaboré avec Jay-Z. Les Kaiser Chiefs voudrait à leur tour collaborer avec Jay-Z. Après avoir produit les Hives, Pharell Williams souhaiterait produire les Strokes. Chris Cornell a fait appel à Timbaland. Kayne West a collaboré avec Daft Punk. Muse a collaboré avec The Street. The Script est présenté comme "la rencontre de U2 et Timbaland". Bref, on ne compte plus les alliances de ce genre, qui montrent une chose : les lignes bougent. Le rock se débride et rompt avec son dogme "indie", son côté cuir serré, blanc de chez blanc. Malgré un disque psyché-folk signe d'un certain changement, seul Oasis refuse de collaborer.


Le rapport avec le nouveau Killers ? Il s'inscrit en plein dans ce contexte. Oui, même le combo de Las Vegas qu'on savait fièrement campé sur sa tambouille tubesque à base de U2, Queen, Duran Duran, Cure, Bruce Springsteen, New Order et Depeche Mode, même ce vénérable tribute band qui s'ignore a changé son fusil d'épaule. D'ailleurs, si coupé du monde moderne on n'avait pas eu vent du single "Human", déjà très révélateur, en soit, d'une certaine réorientation musicale, quand on voit la pochette de Day & Age on est d'emblée mis au parfum qu'il y a de la nouveauté dans l'air. Elle dévoile un décor impressionniste aux couleurs pastels, un paysage lunaire à cheval entre jour et nuit, entre "Jingle Bells" et savane africaine. On comprend alors qu'on a quitté l'imagerie anglosaxone développée sur Hot Fuss et Sam's Town. Enclenchée dans le lecteur, l'écoute de la galette confirme : les Killers nous conduisent bel et bien dans un voyage vers d'autres facettes d'eux-mêmes. A la première écoute on sera étonné de les voir jouer un rock tropical à la Wham!/Philippe Lavil ("Joy Ride", "I Can't Stay"), étonné encore de les voir verser dans l'euro-dance à la ABBA/Madonna ("Human", « The World We Live In »). On sera aussi quelque peu rassuré de découvrir qu'ils fournissent encore du Killers tout craché, des morceaux synth-rock où parle leur amour des cuivres à la Cure ("Losing Touch"), de la basse à la New Order ("Spaceman") et de l'élan théâtral à la Queen ("A Dustland Fairytale", "This Is Your Life", "Neon Tiger"). Et à la fin on sera de suite conquis par la lente avancée noire, glaciale et stellaire d'un "Goodnight, Travel Well" en forme d'apothéose parfaite. Mais au fil des écoutes on jubilera de s'apercevoir que tout s'enchaîne sans heurts et que Day & Age n'est pas moins bon que ses prédécesseurs.


The Killers ne s'est jamais considéré comme un groupe d'indie rock. David Keuning, le guitariste, le confirme en interview (interview bientôt en ligne). "Glamorous Indie Rock'n'roll" n'était qu'une blague, dit-il, au cas où on ne l'aurait pas compris (personnellement je n'avais pas compris). Après avoir crâné à coup de gros riffs à la Brian May/The Edge, le mormon Brandon Flowers et ses acolytes osent maintenant exhumer les strates les moins "rock'n'rollement correct" de leur ADN eighties. Au-delà de ça le groupe continue de faire ce qu'il sait faire : exulter sa foi pop et son allant mélodique. Et, une fois n'est pas coutume, on mord à tous les hameçons, aux plages tchik tchiky boum qui donnent envie d'onduler de la tête, des épaules et des hanches comme aux scies dance taillées pour le concours de Eurovision. Les morceaux "new look" partagent avec les "anciens" un son lifté, dégraissé du côté bourrin qui caractérisait Hot Fuss et Sam's Town. Cette cure d'amaigrissement est le fruit de la production de Stuart Price, aka Jacques Lu Cont des Rythmes Digitales, un collaborateur de longue date des Killers puisqu'il a signé les remix de "Mr. Brightside" et "When You Were Young". En gros, tout change pour que rien ne change. The Killers reste l'ultime groupe du plaisir honteux. Et mince, c'est bon la honte.



(Suite.)



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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 02:05

Transcende l'Elysée


Cette semaine, je n'ai pas fait mon taf. Si je veux devenir un critique rock majeur de cette capitale, majeur, oui, parce que c'est ça ou crève, je dois sortir aussi souvent que possible. Occuper le terrain. Car vous imaginez bien qu'il ne suffit pas d'être compétent pour réussir dans ce milieu, qu'il ne suffit pas d'avoir la culture, la plume, le talent d'intervieweur et de savoir capter les tendances émergeantes, il faut aussi savoir se vendre, se mettre en avant, faire son pipole. Et ça, question d'ego, ce n'est pas donné à tout le monde. En général, là-dessus je me fais donc gentiment violence mais voilà cette semaine, pharyngite oblige, je n'ai pas pu. Je suis resté au chaud et en plus d'avoir loupé le boulot du siècle j'ai manqué les concerts de Tricky à l'Elysée Montmartre, de La Féline à Radio Campus et de Moi Caprice à La Flèche d'Or.



La Féline, je vous en ai déjà parlé là. Moi Caprice je vous en parlerai prochainement car il y a quelques j'ai interviewé le leader de cette belle formation pop danoise. Et en attendant que Tricky prenne la parole ici même, car oui, lui aussi je l'ai interviewé, mon pote Antoine, mandaté par mes soins, s'est fait passer pour moi pour assister à son show du 30 novembre dernier. Il ne s'est pas fait prier l'ami. (Lui aussi il fait de la musique, mais il n'a ni Myspace ni Facebook, d'ailleurs, soit dit en passant, le saligaud ne m'a jamais fait écouter la moindre note de ce qu'il faisait.) Tricky a marqué sa jeunesse. Mais il n'était pas prévu qu'il m'en fasse un live report pour Parlhot. Surtout si bien senti. C'est un beau cadeau qu'il me fait là. J'espère que vous apprécierez aussi. Antoine c'est à toi.


Arrivé à L'Elysée sur les coups de 20h00, j'entends que le concert ne commence pas avant 40 minutes. Super, ça me laisse le temps de cogner le bar et, bien sûr, d'accoster les meufs en me faisant passer pour Sylvain Fesson ("de Park Magazine, tu connais ?"). Je n'ai pas de mal à gagner le devant la scène. J'y découvre un public très hétéroclito : riot girls à bustier léopard, métisses r'n'b décalées assumant leurs boots roses à fourrure, hippies dreadeux, geeks-electro-nerd mais surtout une bonne bande de bobos à lunettes rectangulaires, lobotomisés par la lecture des Inrocks. En guise de musique d'ambiance, du reggae, of course, un peu smooth, pas trop transe. Le public commence à s'impatienter. 21h, les lumières s'éteignent enfin et un morceau de Phil Collins (est-ce une blague ? un hommage ?) annonce le début du concert.


Les musiciens (guitare, basse, batterie, claviers) entament "You Don't Wanna" de l'excellent Blowback. Tricky entre nonchalamment sur scène, pétard à la main. Les nappes dramatiques de "Past Mistake", le morceaux le plus trickyen de son dernier album, Knowle West Boy, rappellent le caractère rugueux et tendu du bonhomme, qui a déjà enlevé son T-Shirt. Le son est très lourd, proche du drone ou de certains trucs stoner, la basse super forte, le son résolument rock, aux antipodes du trip hop fiotteux pour ascenseur ou lopette spleenienne. Tricky passe la moitié du concert de dos, à rouler des pétards et diriger ses musiciens qu'on dirait tout droit sorti d'High School Musical (j'aperçois du lait couler des oreilles du guitariste). Du coup ses rares passages au micro s'en trouvent sublimés, théâtralisés.


Loin d'être statique comme à ses premiers concerts, le gars du Knowle West adopte une attitude de boxeur. Sa gestuelle est violente, hypnotique, saccadée. Et quand le son atteint des sommets, Tricky entre transe, comme pris d'une crise d'épilepsie, médusant un public content de retrouver intacte son imprévisible bad boy. Sa voix gutturale se mêle à la basse. Il joue sur le souffle, le chuchotement, les percussions corporelles (mais mollo, on n'est pas non plus chez Camille !) et s'autorise même quelques séances de bondage avec le fil de son micro. Les nanas semblent fascinées par cette crevette basanée. Devant moi, la bonnasse au bustier léopard ne remarque même pas que je me frotte la nouille contre elle depuis le début du concert. Merde alors ! Feintant le déséquilibre, je réussirai quand même à frôler un sein.


Bref, revenons à notre Black Sheep. Il alterne ballades élec-trop-triste ("Pumpkin", "Car Crash" et "Overcome", chouette malgré son synthé flûte de Pan), groove grave ("Antimatter", "She Said") et surtout rock à gros riffs ("How High", "Slow") qui me permette de secouer mes tifs (attention à vos lunettes, clones de Beigbeder !). Dans ces moments-là on est proche de Rage Against The Machine, de Pearl Jam, des Red Hot, des Smashing Pumpkins, du bon gros rock des nineties, quoi. "Veronika" est bizarre avec sa rythmique dénudée. Les chansons sont très accessibles, loin des expérimentations malsaines mais jouissives de Pre-Millenium Tension ou d'Angels With Dirty Faces. "Black Steel" est fabuleuse. "Christiansands", superbe chanson, est ratée. Dure de restituer son ambiance poisseuse, le guitariste se chie dessus.


La chanteuse, une pute à frange et jean slim de 19 ans à peine, fait peine à voir. Pas de gueule, pas de voix, on est loin des égéries passées (miss Martina Topley-Bird & co, I miss you !). Pendant le concert, elle chante plus que le Tricky Kid himself, mais le rappel, mémorable, aura le mérité de la replacer à son rang de Trickette de troisième zone. Là il faut dire que Tricky devient dingue, une sorte d'autiste shaman. En trip total, hurlant dans deux micros, se tapant avec, il pousse ses musiciens à jouer encore et encore, transformant "Vent", chanson de Pre-Millenium Tension (décidément un chef d'œuvre), en une longue procession tribale de 30 minutes. Un chouette concert.


Photo par Robert Gil


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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 22:56
Manitoba ne répond plus




"si j'avais à critiquer Manset... "


"me lobotomiser une part du cerveau"








Sur Manitoba on a l'impression que se dévoile un Manset plus fragile, plus humain...
J'ai toujours peur... Comme je suis au centre de tout et que je maîtrise tout, c'est compliqué mes trucs parce que le moindre détail peut faire basculer l'édifice. Ce n'est pas le cas des autres chanteurs qui avancent à l'aveugle parce qu'ils sont pieds et poings liés avec tel arrangeur, tel preneur de son, tel ingénieur, tel studio...


Vous c'est la prise de tête permanente...
C'est ça, la prise de tête permanente. Parce que je peux jouer de tous les leviers ! C'est comme si j'étais aux commandes d'un 747 et que je pouvais appuyer sur n'importe quel bouton et ça monte, ça descend. Prenons"Genre humain". J'allais dire : ce titre je ne peux pas le faire si je n'ai pas les cordes. C'est les cordes qui font le sirop qui font exister cette histoire, c'est les cordes qui font qu'on est dans le rêve à moitié éveillé. Mais j'allais dire aussi : ce titre je pourrais très bien le faire sans les cordes. Je serai Dylan, je le ferai sans les cordes. Et si je le fait sans les cordes ça veut dire qu'il me faut d'autres musiciens. Et ça veut dire que la session est beaucoup plus à risque parce que là on va entendre les fragilités. C'est casse-gueule. Mais voilà, je serai sur scène, je n'hésiterai pas à faire sans. Mais je suis en studio, et on n'est plus dans les années 70, on est dans le numérique et rien ne sonne aujourd'hui, alors je balise. Oui, c'est une histoire de balisage. De crainte permanente. Alors je sécurise le truc avec des oreillers, des plumes, une sorte de sirop qui va m'assurer la stabilité finale de l'ensemble. Mais c'est vrai que j'aimerais bien faire autrement. Si j'avais les studios, si j'allais à Londres, si j'avais les musiciens qu'il fallait, si je passais beaucoup de temps, mais je ne passe jamais beaucoup de temps en studio.


Vous pourriez vous éterniser en studio ?
Oui, j'ai les budgets mais je suis trop dans l'inspiration à l'état brut, j'ai besoin que ça se fasse tout de suite dans une sorte de coït immédiat. Je n'ai jamais refait un titre. Donc il faut qu'il sonne tout de suite. C'est très compliqué. La réalité, s'il y a un prochain album, c'est qu'il faudrait peut-être que j'ai un producteur. Mais il y a deux problèmes à ça. Primo, il faudrait que je change mes conditions contractuelles. Deuxio, je n'ai confiance en aucun producteur. Quand je vois le dernier Julien Clerc, je n'ai pas envie d'avoir un album produit par un quelconque Benjamin Biolay. Pour moi sa production ne va pas assez loin. Et je lis que tout le monde a l'air d'aimer ça. C'est une histoire de fossé générationnel, mais voilà dans la musique actuelle, il y a un côté bancal qui me dérange.


Justement, c'est sans doute à ce fossé générationnel qui en même temps nous unit et nous sépare, mais sur Manitoba j'ai eu du mal à me faire à certains choix de production comme, par exemple, ces chœurs gospels sur "Comme un lego". Pour moi, ils sont kitsch et alourdissent le morceau.

Ah, moi je voulais un vrai gospel américain. Mais oui, c'est peut-être une histoire de génération parce que la majorité des gens aurait tendance à préférer ma version à celle d'Alain.


Ah oui ? Moi je préfère sa version, musicalement plus sobre, plus nue.
Vocalement, elle diffère aussi de ma version. Alain a une voix magistrale, un timbre émouvant, et son phrasé est plus moderne que le mien. Moi j'ai un phrasé désuet, je dis les "e", ce qui fait chier tout le monde. J'allais dire : comme Cabrel. C'est vrai mais Cabrel vend mieux que moi. Alain, lui, a un phrasé brut de décoffrage. On rejoint donc ce côté bancal que je décris dans la musique actuelle. Aujourd'hui les jeunes chantent un peu n'importe comment. Même quand ils chantent bien ils s'arrangent pour chanter mal. Pour moi c'est une anomalie critiquable. Et Alain est dans ce registre. C'est-à-dire qu'il ne réfléchit pas trop.


Son chant a quelque chose de funambule.
Oui, il y a un côté funambule !


Dernièrement je l'ai vu sur scène et j'ai été sidéré par ses appuis vocaux à la fois totalement improbables et totalement géniaux.
Voilà. Donc c'est peut-être ça que les gens voudraient que je fasse. D'ailleurs, moi, en tant que producteur, me voyant de l'extérieur, si j'avais à critiquer Manset sur la manière dont il peaufine ses albums, ce que je dirais c'est qu'on aimerait qu'il y ait de temps en temps des fragilités, des cassages de gueules, des trucs inattendus...


Des accidents.
Voilà, des accidents ! Et non, tout est pratiquement lisse.


Vous n'arrivez pas à vous laisser aller aux accidents ?
Je n'aime pas. Parce que j'entends. Je pense que la différence avec les autres c'est qu'ils n'entendent pas. Alain n'entend pas. Quand il a un cassage de gueule il ne l'entend pas.


C'est un atout, non ?
Ah, je ne sais pas. Si c'est un atout c'est parce qu'on est dans une époque où, pour une question de démagogie, les gens veulent la fragilité. Ils veulent se sentir proche. C'est pour ça qu'ils ont aimé Gainsbourg. Ils voulaient un artiste fragile.


Ils voulaient Gainsbarre.
Voilà, le côté proche du pékin moyen. Moi je ne suis pas dans ce registre-là, j'essaie de toucher au magistère. Encore une fois, moi mes maîtres c'est Poussin, c'est Zola, c'est Hugo, des gens qui font chier tout le monde. Moi c'est ça. Mais c'est aussi Springsteen. Comme Obok j'ai enregistré Manitoba dans les conditions du live. Et si ce disque était en anglais, imaginons qu'il le soit, à mon avis il n'y a pas de problème ce serait au moins du Springsteen.


Ah oui ?
Oui, on ne se rend pas compte parce qu'on est en français.


Vous avez envie d'écrire en anglais ?
Peut-être que je le ferai parce qu'on en a un peu marre de faire des trucs que seuls les germanopratins comprennent. Dernièrement en voyant Springsteen en concert je me suis dit qu'il n'y avait que le rock qui valait le coup. Et que j'ai du matériel comme ça, net, carré, simple. Il faut prendre les musiciens adéquats et ça tombe bien, j'ai un ami de longue date qui serait parfait pour ça. D'ailleurs ça fait longtemps qu'on ne s'est pas revu. Oui, comme le rock pur et dur est très codé il faudrait que change un peu mes habitudes. Par exemple il ne faudrait pas que j'arrange et que je produise ce disque moi-même. Mais sinon je pourrais le faire. J'ai les titres universels qui s'y prêtent et je suis le seul à pouvoir le faire en français.


Si ce disque sort il ira de paire avec de la scène ?
Pourquoi pas.


La rumeur va replaner ?
La rumeur va replaner parce que maintenant il faudrait absolument que je passe à l'acte avant d'envisager continuer à faire de la musique.


Ce passage à l'acte vous semble possible ? Je veux dire : après tout ce temps passé sans vous confronter directement au public, tout ça ne risque-t-il pas d'être trop violent pour vous ? Trop violent et trop décevant pour vous comme pour votre public qui s'est construit l'image d'un Manset distant, abstrait, fantasmatique ?
Non, je suis peut-être complètement dans le délire, mais j'ai l'impression que je peux facilement passer de l'un à l'autre. La difficulté vient plutôt d'une histoire d'âge, de fatigue, de lassitude. Et du fait que je m'interroge trop sur l'utilité de tout ça.


Quand même : je repense au retour scénique de Polnareff. Pour lui ça a été dur et chargé émotionnellement. Quelque part, en revenant ainsi, il faisait face à son mythe et au risque de le casser. Mais lui avait déjà fait de la scène. Or vous c'est pire, vous n'en avez jamais fait. L'idée d'en faire a donc, je trouve, quelque chose de "suicidaire".
Non, mon seul problème c'est mon problème avec le public. Je ne sais pas si la plupart des artistes ont un ego démesuré, mais ils ont un ego et ils sont très heureux d'être sur scène. Or moi mon problème c'est que je n'ai vraiment pas envie de jouer ce rôle-là. J'adore faire de la musique, j'aime beaucoup chanter, je peux passer 24h dans un studio à refaire un mix des milliers de fois sans voir le temps passer, mais me retrouver sur scène avec cette rangée, j'allais dire de légumes, ce n'est pas péjoratif, mais cette rangée de gens neutre et inerte devant moi, non, il ne faut pas que je vois ça. Je suis très dérangé par ça.


Mais je sens que ça vous tente. Je vous sens avide de nouveauté, je me trompe ?
Non, je suis effectivement avide de nouveauté. Mais tenter cette expérience scénique en France ne m'amuserait pas trop. D'un autre côté à l'étranger personne ne parle français, donc je suis un peu mitigé. Il faudrait que je ne me pose pas la question.


Il faudrait vous lobotomiser une part du cerveau !
Me lobotomiser une part du cerveau, c'est exactement ça. "Gérard, tu t'assoies là, on viendra te chercher quand ce sera l'heure." C'est ce qu'il se passe pour tout le monde ! A part des pirouetteurs comme Claude François, beaucoup d'artistes de talent sont dans cette faculté d'abandon. Il y a un moment, il faut les diriger comme des enfants dans une sorte de colin-maillard. Or moi je suis seul, indépendant, donc c'est beaucoup plus problématique. Je n'ai pas trouvé la personne en qui j'aurais assez confiance pour être pris par la main. Et même si cette personne existait, ça ne marcherait pas parce que je ne suis pas assez inconscient, j'ai toujours ces deux moitiés de cerveau.


(Suite.)


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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 02:50

Sugar à toi
















Ces derniers mois il n'y a pas que la pop d'Idaho que j'ai longtemps passée sous silence. Pas que la pop de son formidable Forbidden EP & Alas qui m'ait séduite au point que j'en reste sans voix. Il y a aussi celle de Minor Majority et de son divin Candy Store.

 

Ce disque c'est Vicious Circle qui me l'a gracieusement envoyé. C'était vers fin janvier me dit ma boite mail. Si loin déjà. De ce groupe adoré, encore une fois, je sais peu de chose, si ce n'est qu'il vient d'Oslo et qu'il compte cinq membres dont le singer/songwriter Pal Angelskar. Pour en savoir plus vous pouvez toujours vous rendre sur Wikipedia ou, mieux, courir acheter l'album en question. Dans le livret l'histoire de Minor Majority y est détaillée disque par disque par les gars eux-mêmes.


En plus, vous aurez mille fois raison d'acheter ce Candy Store, parce que c'est un double et que dessus il n'y a strictement rien à jeter. Vous me direz : "C'est normal, c'est un best of de leurs quatre premiers disques". Je vous dirai : "Oui, pour ce qui est des 16 titres de la "Side A", mais comment expliquer que le groupe se balade également en état de grâce permanent sur les 11 titres de la "Side B" alors qu'il s'agit de chutes de studio ?" Non, sérieux, ces norvégiens sont géniaux, tout simplement.


Moi je me passe indifférent ces deux disques. Chacun déroule son lot de bijoux pop-folk à faire pâlir The National. Parce que si la voix de Pal porte également les suaves inflexions de Michael Stipe et Stuart Staples, il y a là quelque chose que n'ont ni Tindersticks, ni REM, ni même la bande goth-folk de Matt Berninger. Ce quelque chose, cet air de ne pas y toucher difficile à décrire, ce sont des réminiscences 60's, 70's et soft rock. Oui, comme on en trouve sur les superbes derniers albums de Merz et Midlake.


La guitare laidback blues de "In That Premature Way" vous évoquera le "Tunnel of Love" de Dire Straits. Le piano, toujours laidback blues, de "What I Deserve" vous conduira au "Layla" d'Eric Clapton. Et quand le chant d'Angleskar se doublera de violons baroques sur "Silently Aware" et d'une voix féminine en duo, comme sur "Dancing In The Backyards", ou en chœurs, comme c'est le cas sur la plupart des morceaux, vous songerez sans doute à Fleetwood Mac ou au Carpenters.


Il y a dans ces chansons une telle propension à l'effacement, comme un doux repentir, ce tendre jaunissement des choses laissées à l'air libre de la vie et des souvenirs, que je ne m'en lasse pas. Alors c'est sûr, un tel disque, vous ne pourrez pas vous en vanter auprès de vos potes pour paraître cool, ni brancher les filles. A vrai dire, il sert plutôt à pleurer celles qui sont parties, qu'on a quittés ou qui ne sont jamais venues. Tout au plus pourrez-vous envisager de l'insérez dans le lecteur de la voiture parentale.


Mais comme Candy Store n'a pas la dimension blockbuster triomphale du dernier Coldplay que votre père se passe en boucle et que son infinie tendresse masque un certain venin, vous hésiterez. Vous hésiterez car vous aurez beau penser au refrain de "There Is A Light That Never Goes Out", vous craindrez tout de même  qu'avec tant de soyeuse mélancolie vous et votre famille se crash sur "a double Decker bus". Et si partir au son de Majority Majority c'est beau dans l'idée, dans les faits ce serait un peu con quand même.


Mais l'amour de la musique sera le plus fort. Et merde au facteur générationnel, merde au rock et tout ça. Vous vous direz : "J'ai passé l'âge de ne penser qu'à travers ça. N'ai-je d'ailleurs déjà pensé qu'à travers ça ?" Alors vous parlerez de ce disque à tout le monde. Et vous vous direz, piégez que vous êtes d'avoir encore découvert un groupe par son dernier album et de le trouver indépassable : "Je fais quoi maintenant ? Je parcours sa discographie au peigne fin au risque d'être déçu ou je m'arrête-là ?"



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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 19:56

Rhâââ Lovely
















La semaine du lundi 17 novembre, en plus de prendre un pied fou au concert du jeune néo-zélandais Liam Finn, j'ai remis ça le lendemain en voyant La Féline live. La Féline, c'est un trio réuni autour de la grande Agnès Gayraud, qui n'a rien de la Grande Sophie. Et à mon humble avis, La Féline, qui n'a rien à voir avec le bar du même nom, c'est le groupe qui monte en ce moment à Paris. Nul buzz louche là-dedans, mais juste la grâce d'une musique, une sorte de "cold folk", dixit leur batteur, qui enchante toutes les salles où ils passent. Jeudi 20 novembre ils étaient à L'international. Je vous raconte ?


C'est la première fois que je me pointe dans cette petite salle parisienne qu'on dit avoir le vent en pop, au point de détrôner la Flèche d'or. J'y suis pour La Féline. Et je pense à David Hallyday. Oui, je sais c'est horrible, mais comme à chaque fois que je vais voir un groupe dont je suis proche musicalement et amicalement je pense à Hallyday fils et son tube "Tu ne m'as pas laissé le temps (de te dire tout c'que je t'aime tant qu'il est encore temps)". Parce que voilà le temps passe et je n'ai toujours pas parlé de de ces groupes amis comme La Féline. Pourtant Dieu sait que je les aime. Des raisons à ce silence, je pourrais en fournir des tonnes, dire par exemple qu'il y a tellement de disques qui me plaisent, que les journées ne durent que 24h, que je suis avant tout journaliste, pas bloggueur, et que c'est tellement plus facile de parler des groupes confirmés, de parler des groupes qui ont déjà sorti un disque et qui évoluent loin de moi, en Angleterre, aux USA, etc. plutôt que de parler des groupes qui sont sous mes yeux, à deux pas, tous ces petis groupes sans disques et sans label que les magazines papiers délaissent pour la sacro-saint actu de l'industrie. Ah l'actu, l'industrie, toujours l'actu, l'industrie. Mais la vie, la vraie, qui en veut ?


Ce soir, alors que je fume une clope avec eux sur le trottoir (une clope qui a le goût de la clope après l'amour). Je sais que cette fois c'est la bonne. Je vais parler d'eux. Réparer mes torts. Parce qu'ils viennent de donner un concert propre à balayer toutes ces broutilles d'obstacles et qu'il y a Parlhot. Oui, je sais qu'en rentrant chez moi je fais enfin parler de mes amis musiciens. Et plutôt trois fois qu'une. Parce qu'en plus d'Agnès Gayraud (singer/songwritrice) et de Xavier Thiry (claviériste), La Féline compte à la batterie l'ami Stéphane Bellity, aka Ricky Hollywood et leader de Poster Moderne, et à la deuxième guitare l'ami Jérôme Pichon, aka Scott Of The Antartic et leader de Bellegarde. Ah et je ne vous ai pas dit ! A ce concert un ami m'accompagne. Il s'appelle Julien alias Juko et il fait lui aussi de la musique et de la bonne.


Bref, insatisfait chronique (ou perfectionniste), Stéphane déplore comme à son habitude que le set n'ait pas été tout a fait carré. Moi je n'y ai vu que du feu. Et ne suis pas le seul. Le public était tellement en osmose qu'il a vu des choses. Certains ont trouvé que ça sonnait parfois comme Portishead (pas faux, même le chant d'Agnès a quelque chose de la cristalline froideur des vocalises éplorées de Beth Gibbons). Celle-ci jubile qu'une spectatrice lui ait même confié avoir senti un côté Siouxsie dans La Féline. Et c'est vrai qu'il y a de ça dans la jeune femme et sa musique. Derrière un côté simple et chaleureux, se cache une profondeur cold, perchée, hypnotique. De l'élégance et du fantasme.


Fruit de l'expérience acquise sur scène (couronnée dernièrement par une première partie d'Alister à la Cigale), du travail actuellement passé en studio pour coucher leurs morceaux sur bande et du récent départ de leur deuxième guitariste (qui a donné plus d'importance aux atmosphères de synthé), leur musique n'a jamais dégagé autant de personnalité. Doté d'une aura plus sombre, psychée et capiteuse, les anciens morceaux folk western à la Morricone comme "La Passegiata" et "Mystery Train" (qui plairont aux Inrocks, France Inter et Télérama) et les nouveaux, le krautrock "Il est comme le vent" et le dansant "These Are Boys", ont mis en évidence un univers affirmé, mis en lumière par une superbe reprise du "Into The Night" de Julee Cruise, chanteuse fétiche de Lynch et Badalamenti (Blue Velvet, Twink Peaks, Lost Highway).


Et quand Agnès bougeait (ce qu'elle fait bien, attention les yeux), avec des gestes graciles un peu arabisants et azimutés à la Diterzi/Ringer, pris dans un film sans nom, je me disais que cet auto-déclaré "Cat-sized power trio" commençait vraiment a être affûté. 22h30. J'ai écrasé sur le trottoir cette clope qui avait le goût de la clope après l'amour. J'avais vraiment envie d'écrire et de tenir bientôt le premier album de La Féline pour pouvoir l'écouter seul dans ma chambre les soirs où aucun concert digne de ce nom me pousserait dehors.


 

(Suite.)


Photo de La Féline par jeanfrançois


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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 18:51

Manitoba ne répond plus







"marre de cette guimauve sirupeuse"


"je commence à être assez sage pour pouvoir parler de l'espèce féminine"






J'ai l'impression que Manitoba est une sorte d'Obok bis, un album de chanson assez simples, terreuses, folky. Que ce n'est pas un album en réaction au précédent. Vous êtes d'accord avec ça ?
Oui, c'est toujours le même album qui continue. Tout auteur digne de ce nom écrit toujours la même chose. Brahms c'est Brahms de A à Z. Moi je suis dans mon trip.


Oui, mais parfois vous changez de parti pris musical. Celui d'Obok n'était par exemple pas le même que celui du Langage Oublié.
D'accord, là je comprends mieux la question. C'est-à-dire qu'après Le Langage Oublié on a commencé à me reparler de scène, c'est toujours le truc récurrent, j'y songeais moi-même et je me suis dis que j'en avais un peu marre des longs morceaux sophistiqués, de cette sorte de guimauve sirupeuse, alambiquée. Même si ce disque a bien vendu, j'ai commencé à comprendre que les gens n'étaient plus du tout dans ce wagon-là.


Vous pensez aux gens ?
Dans mon matériel j'ai des choses de toute nature, du complètement barré comme « Comme un lego » ou du sentimentalement évident comme "Veux-tu ?" Après Le Langage Oublié je me suis donc dit que cette époque était terminée, que les gens avaient besoin de choses presque brutes. Alors dans Obok je n'ai pas mis que des choses brutes mais il y avait des textes comme "Fauvette". Et avec ce genre de textes on est dans le concret.


Là ce qui m'étonne c'est de vous entendre dire que vous vous préoccupez de ce que les gens veulent.
Le mot "veulent" est déplacé. Disons que je pense à ce qui pourrait les toucher dans ce que j'ai, à ce qui pourrait servir à quelque chose. Ça ne sert plus à rien d'être inintelligible. Il faut être intelligible. Je dois donc sortir mes morceaux les plus intelligibles : moins d'accords, moins de renversements, moins de constructions bordéliques. Dans Manitoba j'ai encore un morceau qui a failli virer tordue mais je l'en ai empêché.


De quel morceau s'agit-il ?
"Genre humain". Il y a 3 changements de tonalités, 3 clefs différentes, mais le morceau fait 6 minutes. Il y a 3 ans il en aurait peut-être fait 8. Il y a 10 ans il en aurait peut-être fait 10. J'essaie de ramasser les choses. Parce que c'est fini les trucs à rallonge. Aujourd'hui Chateaubriand n'écrirai plus les Mémoires d'outre-tombe, il ferait un petit pamphlet de 50 pages et basta.


Il n'empêche, Manitoba démarre avec les 8 minutes 18 de "Comme un lego"...
Oui, je garde toujours un ou deux morceaux très longs. Après "Comme un lego" a peut-être la grâce qui fait qu'on ne voit pas le temps passer. Sur Le Langage Oublié il y a 4 ans, il y avait "Le langage oublié" qui est un très beau morceau mais qui est interminable ! L'écriture est complexe, l'instrumentation compliquée ! J'ai encore des titres comme ça en chantier. J'en ai un absolument splendide, je ne vais pas donner le titre parce que ça me ferait trop de peine, mais voilà ça fait 8-10 ans que je me le traîne.


Les 10 morceaux de Manitoba sont-ils pour beaucoup d'anciens titres ?
Non, l'essentiel des morceaux est assez récent. Le plus vieux doit être "Quand une femme" qui a 10 ou 15 ans facile.


Une chose m'a étonnée sur ce disque : à l'époque du Langage Oublié vous disiez avoir tiré un trait sur l'exotisme en chanson. Or là, que retrouve-t-on ? Une ode à l'Amazonie, des chœurs gospel très vahinés, des nappes de claviers tropicales...
Je dois transpirer l'exotisme sans le vouloir. Tant mieux. Enfin tant mieux, je ne sais pas.


Un morceau comme "Aux fontaines j'ai bu" illustre bien votre envie de privilégier les morceaux plus directs. Il est très récréatif au point que le texte disparaisse presque dans son immédiateté mélodique...
Oui, c'est vrai que c'est une sorte de petite tournerie, voilà.


D'ailleurs je n'ai pas trop compris de quoi parlait le morceau...
Ah pourtant j'ai l'impression que le texte est d'une clarté élémentaire. Donc même quand je dis des choses éminemment simples on ne comprend pas, c'est miraculeux.


Le seul sens que j'y vois est sexuel...
Il peut l'être mais ce n'est pas que ça, c'est plus universel que ça. (Il prend le livret, lit le texte en question :) "Maintenant j'irai voir / Aux fontaines j'ai bu / Flaques roses ou noires / Etrange Malibu (...) Maintenant j'irai prendre / Du bout des lèvres / Sorte de scolopendre / Qui vous donne la fièvre." Oui, oui, oui, je retire ce que j'ai dit. Ce n'est pas aussi clair que ce que je croyais. J'ai dû retirer des vers, comme à chaque fois que j'ai fini un texte.


J'ai l'impression que Manotiba est un disque qui parle beaucoup d'amour entre un les hommes et les femmes, plus que vos précédents disques...
Je crois avoir toujours beaucoup parlé de femmes ou de filles dans mes albums. Vous dites peut-être ça en référence au morceau "Quand une femme".


Non je pense plutôt à "Dans un jardin que je sais", "Genre humain" et "Le pavillon des Buzenval". Là vous ne parlez pas d'une femme dans l'absolu, c'est plus explicite, plus incarné. On a l'impression que vous revenez sur des histoires d'amours...
Oui, les années passant on a des souvenirs et voilà, aujourd'hui ça a plus de saveur aujourd'hui d'y repenser et de les évoquer.


Les années passant on repense à l'amant qu'on a été ?
Oui, on pense à l'amant qu'on a été. Et peut-être que je commence à être suffisamment sage pour pouvoir parler de l'espèce féminine. Oui, une sorte de sagesse. Je vois tout ça à très grande distance. Je compatis. Mais je crois que je compatissais aussi avant ! "Le langage oublié" n'est pas différent. Il serait dans Manitoba ce serait la même chose.


Néanmoins Manitoba semble moins "râleur" que vos précédents disques, comme si la compassion avait encore gagné du terrain et tout recouvert ou presque.
On m'a dit la même chose. Je ne me l'explique pas. C'est peut-être dû aux violons. Je ne les avais pas dans Obok, ce qui le rendait plus abrupte. Parce que sinon dans Obok il y a "Jardin des délices" qui est d'une compassion semblable.


Oui mais "Jardin des délices" parle du monde... A la différence de celle d'Obok et du Langage Oublié la compassion de Manitoba semble plus parler d'amour et moins du monde. En fait j'ai tout bêtement l'impression que Manitoba est un disque très autobiographique, que vous y montrer votre vrai visage : Gérard, l'homme.
Non, on m'a déjà fait cette remarque, ça m'avait interrogé. Mais étant au cœur du truc, je peux sincèrement dire que 99 % de cette impression vient de deux choses. Primo, du traitement musical. Dans Obok j'avais un batteur de 25 ans et je voulais qu'il frappe de manière monolithique, sans nuance. Donc j'ai tout construit autour. Or pour Manitoba j'ai eu Claude Salmiéri, un batteur plus professionnel et plus proche de ma génération qui a joué très finement, avec beaucoup de nuances. Parce qu'en fait à l'origine je voulais presque faire un album jazz. Je voulais des chabadas, des cymbales, des balais, des frottis. C'est pour ça qu'il n'y a pas deux mesures pareilles sur Manitoba, que la musique danse un peu. Et comme en plus de ça j'ai 4 titres avec des cordes, forcément tout ça donne, indépendamment du côté désuet, une sorte de sensibilité moins abrupte.


Je comprends. Mais on peut voir tout ça comme les manifestations d'un propos plus intime, autobiographique. Je pense au dernier morceau de Manitoba, "Dans mon berceau j'entends". Pour moi ce n'est pas anodin de finir là-dessus. Parce que pour moi ce morceau c'est clairement  "l'origine de votre monde", l'émerveillement primitif du poète dans ses langes : Manset, l'enfant.
Je ne sais pas, je ne me rends pas bien compte... L'ordre des titres c'est très compliqué. J'en suis très content sur Manitoba. Je commence à avoir des réactions et elles sont dithyrambiques. Surtout des gens de mon âge parce qu'ils sont plus dans l'histoire. Oui, ceux de ma génération semblent enfin baigner dans l'apothéose qu'ils attendaient. Pour eux j'ai même l'impression que c'est le meilleur album que j'ai fait ! Alors que les plus jeunes ont quelques réserves.


Les plus jeunes dont je fais partie sont peut-être plus sensibles aux longs morceaux baroques de votre jeunesse qu'à vos nouveaux morceaux plus folk d'aujourd'hui. Moi, par exemple, j'ai tendance à préférer Le Langage Oublié à Obok et Manitoba.
Ah, ça c'est rare. Mais c'est vrai que j'ai beaucoup vendu avec Le Langage Oublié...


Combien ?
50 000. C'est ce que vend Christophe aujourd'hui. J'exagère un peu mais à peine. Rien que de présenter son album au journal de 20h, je ne vais pas dire que ça vous en fait vendre 20 % en plus, mais l'impact est énorme. Aujourd'hui pour ça la télé est hyper importante ! Même pour Alain. S'il n'avait pas fait les quelques télés qu'il a faites, je ne sais pas s'il aurait autant vendu avec Bleu Pétrole. Il a fait Nagui ! Taratata ! Très belle émission. Qu'aurait-il vendu sans Taratata, sans la tournée ? Donc voilà. Mais avec Obok j'ai encore plus vendu plus qu'avec Le Langage Oublié. Obok a eu l'unanimité. C'est pour ça que je dis que c'est très rare les gens qui ont préféré Le Langage Oublié. En fait avec Le Langage Oublié c'est comme s'ils avaient redécouvert qu'il existait un auteur-compositeur inouï, inattendu, atypique, mais qu'ils étaient un peu frustrés de ne rien comprendre. J'exagère un peu mais il y a de ça. C'était trop baroque. Et puis là boum, avec Obok le truc est devenu limpide. Obok, c'était du rock basic. Manitoba c'est la même chose. Seules les cordes font la différence. Avec elles d'un coup on voit Aznavour, quelqu'un comme ça.

(Suite.)


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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 00:55

In the flesh


 

 

 

 











C'est rare qu'il se passe quelque chose à un concert, vraiment quelque chose, de l'ordre du transcendant. Aussi si je sillonne peu les bars et salles de concerts, préférant quêter l'extase en me passant des disques dans ma chambre. Ambiance. Trop rock'n'roll le gars. Mais cette semaine j'ai fait par deux fois entorse à la règle en traînant ma carcasse aux concerts de Liam Finn et La Féline. Je vous raconte ? Liam Finn first.


Mercredi 19 novembre 2008. 20h30. Nouveau Casino. Ce soir joue un type dont le premier album solo m'a renversé. Ce type c'est Liam Finn, le fils de l'ex leader de Crowded House. Dit comme ça, ce groupe de pop néozélandais ne vous dit sûrement rien mais leurs tubes des années 80, "Don't Dream It's Over", "Fall at your feet" et "Weather with you", vous ne pouvez pas ne pas connaître. Ce sont des joyaux qu'on ne peut décemment pas laisser aux seules mains de Chérie FM et RTL2. Bref, sans être Sean Lennon, le fils Finn a de qui tenir, et la conscience tranquille pour brûler ses idoles.

 

En attendant de le voir livrer live les pépites de I'll be lightning que je me passe en boucle depuis août, on se farde la molle prestation stadium rock des jeunes pousses Scottish de Glasvegas. Ce triste spectacle de voir un sosie de Joe Strummer et son groupe se prendre pour U2, Coldplay et Arcade Fire réunis sans avoir de chansons mais une grosse mélasse chantillesque fait échos aux propos tenus quelques heures plus tôt par le vendeur de la librairie Parallèles : "Aujourd'hui des groupes comme Oasis et Paul Weller vendent à mort en Angleterre mais font peanuts en France." C'est le cas de Glasvegas. Portée par un souffle patriotique et bigot, cette musique de fan (pour ne pas dire musique de bébé dans ses langes) cartonne chez les brit' mais fait globalement plouf du côté des mécréants que nous sommes.


Durant la demie heure pendant laquelle Finn et ses roadies installent le matos, je me dis donc que ce serait bien que ça pète vraiment quand le jeune barde barbu et sa choriste Eliza-Janes Barnes se mettront à faire sonner tout ça : une guitare, deux batteries, dont une petite, une harpe de poche et un dispositif d'auto-sampling pour chacun. En plus il paraît que Liam Finn est une vraie bête de scène. Je confirme.


Durant près d'une heure et demie (sans rappel, pas la peine), sans qu'on se dise à aucun moment qu'il surjoue et tout en restant cohérent dans sa sauvagerie orchestrale (parce qu'il a de vraies chansons écrites et tout), le type fut tout bonnement en transe. Comme branché sur 300 000 volts (Satan sort de ce corps !), il a sans cesse alterné, imprévisible, entre déluge de batterie (il multipliait littéralement les pains, pardon les baguettes, fallait voir ça, inouï !), déluge de guitare (à un moment, en plein coeur d'un morceau il a lâché un solo foudroyant, déchirant, cramé, comme une soudaine montée d'acide !) et instants délicats genre Perle de lait (très Elliott Smith pour tout dire) qui, sauvés de l'orage, et menacés à tout moment d'y retourner, n'en ressortaient que plus beaux. On a même eu droit à une pétaradante reprise du "Birthday" des Beatles.


Voilà, si sur I'll be lightning Liam brille, privilégiant la joliesse des atmosphères et l'azur des chœurs, sur scène, équipé de son système d'auto-sampling qu'il déclenche avec un naturel désarmant au moindre de ses coups de sang (et il en a plus d'un, comme de s'autoriser un dantesque solo de batterie entre deux morceaux, comme ça, pour le fun et faire sortir son trop plein d'énergie), le gamin explose en "one man band" prog-grunge et son folk devient fou, furie. C'est comme s'il faisait sien ce célèbre vers tiré du "Hey Hey, My My" de Neil Young que Kurt Cobain citera dans sa lettre d'adieu : "Better burn out than to fade away". Tout ça pour dire qu'on n'est pas prêt d'oublier ce Liam-là.


 

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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 22:38
Manitoba ne répond plus




"Bashung, je suis amateur, je suis bouleversé, je suis admiratif"


"Cali, il braille, il en veut, il a tout ce que je n'ai pas !"



Quel a été l'élément ou l'événement déclencheur de votre collaboration avec Bashung ?

On s'est vu pour une sorte de remise de prix littéraires où il a chanté. On a pris un pot ensemble, un tête-à-tête privilégié, et j'ai découvert un univers exceptionnellement touchant, profond, d'une sensibilité exceptionnelle, voilà, donc je suis amateur, je suis bouleversé, je suis admiratif. On a beaucoup parlé, beaucoup de brouhahas, on a échangé nos numéros de téléphone et j'ai dit : "Alain, on s'est croisé 4 fois en 30 ans", parce qu'on a beaucoup d'amis communs, de très bons amis très communs, "c'est peut-être le moment"


A partir de là comment avez-vous choisi les chansons que vous alliez lui donner ?
Après je lui ai donné des trucs et voilà il a pris ou il n'a pas pris. Enfin il a à peu près pris tout ce que je lui ai donné. Je crois qu'il n'y a qu'un texte qu'il n'a pas pris.


C'est à ce moment-là qu'il vous a fait part de son envie de reprendre "Il voyage en solitaire" ?
Non, ça il me l'a dit à la fin. Il a dû penser que c'était une délicatesse, je ne sais pas.


Aux yeux du grand public, dans les grandes lignes, Bashung et vous avez des univers proches. Vous êtes tous deux perçus comme de sombres poètes de la chanson française. Alors d'un côté on se dit que votre collaboration était inévitable et d'un autre qu'elle aurait très bien pu ne pas se faire en raison justement d'une sorte de rivalité d'opérer un peu sur ce même créneau d'excellence, ce même terrain où, si je puis dire, il ne doit en rester qu'un.
Déjà il y a un autre problème, et c'était le cas de Julien Clerc avant son dernier album, c'est que jusqu'à très récemment Bashung avait son équipe d'auteurs. Mais est arrivé ce moment, on ne sait pas trop pour quelle raison (est-ce lui ? est-ce le producteur ?) où quelqu'un a dit : "Alain, tu devrais t'ouvrir un peu." Et voilà je suis arrivé à ce moment-là. Peut-être qu'il y a 4 ans il n'aurait jamais fait "Comme un lego". D'ailleurs il me semble que j'avais déjà parlé d'Alain à certains des amis qu'on a en commun. Et ils m'avaient dit que la porte était fermée, qu'il avait déjà son équipe, je n'allais donc pas forcer les choses. Il y en a un autre avec lequel il a été plusieurs fois question que je travaille, c'est Christophe. On s'est souvent croisé, il aime beaucoup ce que je fais, il venait chercher mes albums quand j'étais chez Pathé Marconi. Il est très fan depuis longtemps mais il a un mode de travail très particulier.


Il vit la nuit.
Oui, donc moi je n'ai pas fait le siège non plus. Ça se fera peut-être un jour, je n'en sais rien. Il est très spécial.


Avez-vous écouté son dernier album ?
Non. Non.


Il y a de belles choses.
Oui, tout le monde trouve qu'il y a de belles choses, bien sûr, évidemment. Il a une voix exceptionnelle. Mais de toute manière moi j'ai du mal à travailler avec des gens qui ne sont pas, ponctuel n'est pas le mot, mais qui ne sont pas relativement cartésien dans leur démarche. Avec lui, je ne sais pas, je peux me tromper, mais d'après ce que je sais on peut s'embarquer dans des discussions, dans des nuits, dans des mois...


Ça entraîne toute une aventure, tout un mode de vie...
Oui, et puis on ne sait pas où ça va, ni comment ni pourquoi. Moi j'ai besoin de trucs précis : on enregistre à telle heure, on change trois mots ou on ne les change pas, à telle heure c'est terminé. Moi c'est très concret.


Avez-vous essayé d'écrire pour Johnny, qui est, on peut le dire, le plus grand interprète français ?
Ah oui, effectivement, je serai très demandeur. Mais bon, il y a tellement de matériel qui lui arrive. Je me suis tout de même posé la question et je me suis dit que j'aurais très peu de chansons susceptibles de lui convenir parce qu'il arrive à être à l'intersection parfaite de quelque chose de populaire et de quand même très beau, fort, violent, majestueux. Or moi mes trucs sont souvent, peut-être pas imbitables, mais relativement peu populaires. Même "Venus". Alors évidemment on va dire qu'on imaginerait bien Johnny chanter "Venus" et ce serait sublime, mais ça sort de son cadre discographique habituel. Il nous chanterait "Matrice", "Le train du soir" ou plus récemment "Fauvette", on tomberait à genoux. Mais il ne chantera jamais ces morceaux parce que c'est hors de son répertoire. Dans Manitoba, il pourrait peut-être chanter "Quand une femme" qui est, entre guillemets, une chanson tout à fait "normale". Ah oui, "Quand une femme" chantée par lui ce serait une chanson formidable !


J'ai vu que sur le dernier album de Bashung que la musique de "Venus" était créditée Arman Méliès. Avez-vous rencontré ce jeune auteur-compositeur-interprète français ?
Les crédits ne révèlent pas la réalité du truc. La vérité aurait voulu qu'il soit crédité comme arrangeur. Il a apporté des harmonies qui sont très belles et qui légitiment la collaboration mais la mélodie n'est pas de lui parce qu'elle est quasiment identique à la mélodie que j'avais déjà donné au texte en l'écrivant.


Vous dites en effet que vous écrivez toujours vos chansons en les chantant donc à la base la mélodie vocale est là.
Oui. Par contre dans "Je tuerai la pianiste" ils n'ont gardé que le texte et musicalement ils ont entièrement désossé ma mélodie de base qui était très rockabilly. Donc là, la mélodie est 100 % de quelqu'un d'autre.


Vous intéressez-vous aux artistes qui se revendiquent de votre filiation ?
Non. Pendant longtemps beaucoup me revendiquaient. Peut-être que maintenant il a coulé une dizaine d'années de trop sous les ponts et que les jeunes ne me connaissent même plus. Le dernier en date qui me revendiquait tout le temps c'était... Comment il s'appelle ? On a pas mal parlé de lui parmi les jeunes...


Dominique A ?
Dominique A ! Il y en a un que j'aime assez c'est Cali.


Cali ?!
Ce n'est pas un coup de cœur, je n'achèterais pas ses disques, mais j'ai vu 2-3 prestations scéniques et son côté dynamique presque violent ça m'a rappelé Renaud. Donc voilà il a ce côté pile électrique sur scène et en même temps il est auteur-compositeur et j'ai entendu des trucs pas mal. Il braille, il en veut, il a tout ce que je n'ai pas ! Je veux dire : je ne fais pas de scène parce que je ne suis pas comme Cali ! Autant je n'aurais pas aimé faire de la scène comme Jacques Brel parce que sur scène je le trouvais désespérant, autant quand je vois Cali, oui, je comprends qu'on fasse de la scène parce qu'il prend du plaisir. Autre exemple : Manu Chao. Là j'aime moins l'auteur-compositeur mais pareil : on sent qu'il prend du plaisir, il saute en l'air tout le temps, c'est du bonheur, du partage. Et on fait de la scène si on est comme ça. Et moi enfin bref...


Il est trop tard pour vous refaire.
Trop tard, oui.


(Suite.)


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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