Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Presentation

  • : PARLHOT
  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
  • Contact

INTERVIEWS

Rechercher

5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 02:59
Les Cahier du cinéma X ?















Acteur pendant près de six ans aux cotés de Jean-Pierre Mocky, cinéphile et auteur spécialisé dans la culture marginale, la série B et le cinéma bis, chroniqueur à Mauvais Genres sur France Culture, rédacteur à Mad Movies, réalisateur de documentaires sur les nains au cinéma ou la série B allemande : Christophe Bier est, pour synthétiser, un touche-à-tout. Et depuis octobre il est aussi rédacteur en chef de Cinérotica, "Le magazine du cinéma français érotique et pornographique".


 

 










"d'A bout de sexe à Zob, zob, zob"


"parler d'un porno comme on parlerai d'un Renoir"


 

Si les pays anglo-saxons peuvent se targuer d'être les détenteurs de l'âge d'or, que dis-je, même de l'ADN de la pop, l'âge d'or du cinéma X, lui, gît en France. C'est en gros ce que dit Christophe Bier : "Je n'ai pas de chiffres, mais je suppose que le cinéma érotique français des années 70-80 fait un carton là-bas car je constate qu'il y a plusieurs forums très fréquentés sur la question comme Vintage Erotica. Le formidable site EGAFD, qui recense toutes les actrices pornos européennes avec leurs filmographies, est aussi très consulté. Des labels DVDs américains ressortent beaucoup de " french movies" aussi. Brigitte Lahaie a la côte chez eux depuis très longtemps." Ce trésor sur pelloche, c'est ce qui l'a poussé, lui et sa bande de porno critic, a tenter le pari Cinérotica : une revue consacrée au cinéma érotique et pornographique français (un thème par mois), couplée à un dictionnaire (en 24 livrets) sur les longs métrages en 16 et 35 mm et, en bonus au fond du paquet (4 euros 90), un site web sur lequel vous pourrez visionner une heure de VOD tissée de courts métrages pornos clandestins ou amateurs entre 1920 et 1960, strip-tease et petits films naturistes des 50's et 60's, pour la plupart issus de collections privées. Tout cela est un pari. Et ce n'est vraiment pas gagné car s'il a suscité quelques centaines d'abonnements jusqu'à l'étranger, le succès de Cinérotica reste confidentiel, et le restera peut-être trop pour qu'il réussisse à tenir deux ans en kiosque. Alors le mag devra peut-être finir sa vie online. Mais même là ce ne sera pas forcément une partie de plaisir. La censure y veille, bête et méchante. Dernièrement la page Facebook de Cinérotica a mystérieusement disparu, avec impossibilité de la recréer. Dur, dur. Interrogé par mail, Christophe Bier me dit tout de son par(rad)i(s) pas perdu d'avance.


Bonjour Christophe Bier. Pourrait-on décrire Cinérotica en disant qu'il s'agit d'une sorte de "Cahiers du cinéma du X français" ?
Cinérotica est plutôt une sorte d'encyclopédie déclinée en 24 magazines. Et les 24 livrets du dictionnaire qui l'accompagne chaque mois forment un monstre qui n'a pas d'équivalent. D'ailleurs, en tant que "monstre", il a été rejeté par tous les éditeurs qui, comme chacun s'en doute, sont des monstres de perspicacité. Plus de 1000 pages, 6 millions de signes, voilà qui rebute un éditeur. Et il n'y a plus Eric Losfeld pour sauver l'honneur de cette profession. Le seul qui nous ait dit oui a été Michel Sitbon, l'homme de presse qui édite la revue échangiste Couples. Il rêvait depuis longtemps d'éditer une encyclopédie en kiosques. Le Dictionnaire des longs métrages français érotiques et pornographiques fait penser aux catalogues des films français établis par Raymond Chirat mais avec un important appareil critique en plus. Un recensement de plus de 1700 titres, d'A bout de sexe à Zob, zob, zob, c'est peut-être sans précédents en matière d'édition ?


Pourquoi avec créé ce "magazine du cinéma français érotique et pornographique" ?
L'impulsion de base est d'abord personnelle. Il y a dix ans j'avais besoin d'un livre de référence sur le cinéma érotique et porno français. A ce moment, d'autres personnes ont manifesté leur intérêt et nous avons commencé à retrouver toutes les copies possibles existantes en VHS pour pouvoir faire ce travail critique et historique. Les erreurs et imprécisions pullulent sur le cinéma porno. Ce travail est également né dans la foulée d'un petit livre que j'avais écrit en 2000, Censure-moi - histoire du classement X en France, chez L'Esprit Frappeur, le même éditeur que Cinérotica. J'avais écrit cet ouvrage à toute berzingue après avoir été énervé par le nombre considérable d'idioties rapportées par la presse généraliste française sur la loi X, au moment de la polémique Baise-moi. On lisait notamment qu'aucun film français n'avais été censuré depuis La Religieuse de Rivette en 1965. Soit par mépris soit par ignorance, les journalistes qui osaient affirmer cela enterraient plus d'un millier de films pornographiques que la loi X avait relégué dans un ghetto, leur faisant subir la honte de salles spécialisées qui n'avaient plus le fonds de soutien pour se rénover et subissaient une censure économique. La lente agonie du cinéma porno en salles s'était faite dans une indifférence générale. Avec Cinérotica, mon équipe de rédacteurs et moi avons voulu mettre la lumière sur tout un patrimoine du cinéma français.


Comment avez-vous découvert ce "patrimoine du cinéma français" ?
Je suis un cinéphile passionné de cinéma bis. Or l'érotisme entre par toutes les fenêtres du cinéma bis et quand on débarque à Paris en 1989 et qu'on s'installe en permanence au Brady pour y découvrir le visage de Barbara Steele dans Le Masque du démon, les forfaits du monstre des Orgies de Frankenstein 80 ou la sûreté du scalpel d'Howard Vernon dans L'Horrible Dr. Orlof, on s'ouvre fatalement au cinéma érotique. C'est d'ailleurs au Brady que j'ai dû voir mon premier porno, parce que parfois un porno servait de bouche-trou quand le Brady ne trouvait pas à temps un film fantastique, et il s'agissait de L'Inconnue d'Alain Payet. C'était une comédie plutôt navrante avec le nain noir Désiré Bastareaud en président africain mais il y avait une scène formidable avec Catherine Ringer, une scène d'une telle intensité que j'ai tout d'un coup compris à quel point le cinéma porno pouvait être émouvant. A côté du Brady, il y avait le Pix qui passait des soft comme Sadomania de Franco ou des polars sexy comme Photos scandales avec Brigitte Lahaie. Je regrette hélas d'avoir connu les derniers feux de la pornographie en salles, de ne jamais être entré à la Scala ou au Méry pour y voir ce que j'ai découvert plus tard en vidéo. Donc, et contrairement à beaucoup de personnes qui s'arrogent le droit de parler de pornographie, j'en parle avant tout parce que j'aime "ça", parce que je trouve qu'il y a de bons films, et peut-être bien des chefs d'œuvres. Dès l'instant où je me suis intéressé à ce genre, j'ai commencé à faire des recherches, notamment dans les archives du CNC qui m'a permis la consultation de tous les dossiers de censure des films X.

Pouvez-vous m'en dire plus de cette "scène formidable avec Catherine Ringer" dans L'Inconnue d'Alain Payet ?
Plutôt que de paraphraser, je vous livre ce qu'en a écrit Alain Minard pour le Dictionnaire de Cinérotica. C'est tout à fait ce que j'ai ressenti, même si la séquence vue au Brady était incomplète par rapport à la vidéo visionnée par Minard : "Arrive l'avant-dernière séquence. Sur le carrelage noir et blanc de la salle à manger, à côté de la table non desservie, la soubrette, Catherine Ringer - pas un mot de tout le film - cheveux défaits jusqu'à la taille, étrange lueur dans le regard, s'agenouille entre les jambes de Bastaraud. Elle le gorge d'un seul élan des lèvres, bascule à terre, le roule et se roule, jusqu'à s'asseoir sur son visage. La pieuvre d'Hokusai sur le nain noir. Les yeux révulsés au point qu'on n'en voit plus l'iris, elle se vrille sur lui, joue de ses cheveux, le griffe, l'étouffe, l'écrase de son poids, le caresse comme on le fait d'un bébé, se saisit de son pied droit, le lèche, en savoure un à un chaque orteil, joue avec le membre dont elle se fouette le visage, puis l'avale. Tel Bastaraud vidé sur le carrelage, le spectateur groggy dans son fauteuil peine à retrouver son souffle. L'Inconnue, c'est elle." De toute façon, Catherine Ringer a transcendé tous les films dans lesquels elle était. Elle fut l'une des meilleures hardeuses de son temps, son jeu atteignait les cimes de la performance.


Cinerotica parle d'un cinéma porno révolu. Est-ce à dire que pour vous "c'était mieux avant" ?
Absolument pas ! J'ajouterai même deux autres points d'exclamation. Absolument pas !!! Si vous lisez attentivement le dictionnaire, vous y découvrirez des films médiocres qui sont descendus. Ce projet est à la fois ambitieux et... modeste ! Nous n'abordons que les longs métrages tournés en 16 et 35 mm. A partir de 1978, avec les premiers films produits par Dorcel, et très progressivement, le film vidéo a remplacé le porno 35 mm. Ce changement de support a révolutionné le genre, a aussi imposé d'autres esthétiques et contribué à l'avènement du porno amateur ou pro-am. Bref, le porno en vidéo, c'est une autre histoire, encore plus abondante et probablement aussi riche que celle du porno en 35 mm. Pour en parler en détail, rendez-vous dans quinze ans avec un autre monstre, de 2000 pages cette fois-ci... Cinérotica n'a donc aucune vocation d'opposer une "bonne" pornographie qui serait en 35 mm à une "mauvaise", celle de la vidéo. Aucun discours conservateur, aucune idéologie cachée, aucune nostalgie rampante. A la rigueur, si Cinérotica contient un sous-texte, il est politique et contre la censure : faire le constat du travail de censure et de ghettoïsation qui a amené le porno à quitter les salles de cinéma. Si un mécène donnait aujourd'hui du fric à John B. Root pour qu'il réalise son vieux rêve, tourner un porno en 35 mm, il ne le ferait pas car il n'obtiendrait pas, comme un Catherine Breillat ou un énième Saw, une interdiction simple aux moins de 18 ans, mais un classement X, lequel n'a jamais été abrogé. Enfin, le sérieux de notre démarche est aussi la seule façon, éloquente, de clouer le bec aux pornophobes qui se multiplient dans notre belle contrée riante. C'est une race de "penseurs" qui tape sur la pornographie à coups d'idées générales et d'études fumeuses Cinérotica en revanche a vu tous les films et en parle en connaissance de cause. Aux pornophobes qui attaquent le cinéma porno, nous répondons : "Quels films avez-vous vu pour dire cela ? Avez-vous vu par exemple La Comtesse est une pute qui est une réussite ? Avez-vous vu Orgies en cuir noir ? Avez-vous vu Délires porno ? Non ? Alors, bouclez-la !"


A qui s'adresse Cinérotica ? Aux jeunes ? Aux vieux ? Aux hommes ? Aux femmes ? Au lectorat intello-bobo des Inrocks & co ?
Aucune idée. Des cinéphiles certainement. Et ils n'ont pas besoin d'être vieux pour s'intéresser au "vieux" cinéma porno. Le lectorat est certainement à l'image de l'équipe rédactionnelle. Dans celle-ci, vous retrouvez quelques pionniers de la critique de films pornos comme Jacques Zimmer et Alain Minard, des anciens de La Revue du Cinéma, ou Herbert P. Mathese qui fut le premier en 1973 à écrire un livre sur José Benazeraf ; un ancien de Starfix comme François Cognard ; un directeur de programmation de Cinémathèque comme Jean-François Rauger dont l'intérêt pour la pornographie n'est plus à affirmer ; des critiques spécialisés dans le "cinéma de genres" tels que Gilles Esposito de Mad Movies et aussi de jeunes cinéphiles qui n'ont pas la trentaine ! S'il est probablement éclectique, le lectorat de Cinérotica comporte donc certainement plus d'hommes que de femmes. Quant au lectorat "intello-bobo", je ne sais pas trop ce que c'est. Si c'est un lectorat qui cherche à récupérer la pornographie comme le "cinéma de genres" commence à l'être, Cinérotica n'est absolument pas pour eux. Il n'y a aucun second degré, aucune position de supériorité dans l'écriture de Cinérotica, cette détestable pose intellectuelle qui sévit actuellement lorsqu'on parle avec condescendance de séries B, de cinéma bis et peut-être bientôt de pornographie. Mais ce sera sans Cinérotica. Et donc sans ce lectorat.


A propos de l'écriture de Cinérotica, elle n'est pas très funky. Pourquoi avoir opté pour ce style objectif assez vieux garçon ?
J'ose croire que la question est provocante. Qu'entendez-vous par "funky" ou par "vieux garçon" ? Je ne crois pas que le ton soit uniforme, vu le nombre de rédacteurs. J'ai parfois eu des difficultés à trouver des rédacteurs car il semble difficile pour certains d'écrire sur le cinéma porno. Comme si la notion de critique de cinéma se diluait face au porno ? Comme si cela touchait à la nature sexuelle du rédacteur ? Beaucoup de gens abordent les films pornos à la rigolade. Je trouve insupportable la condescendance qui est parfois utilisée pour parler d'un porno. Je ferai la même chose avec un film de Jean Renoir, on m'attaquerait pour crime intellectuel. En revanche, il est de bon ton d' "analyser" un film porno en s'en moquant gentiment, en faisant des jeux de mots, bref en montrant à quel point on a beaucoup plus d'esprit que le réalisateur qui a osé commettre cette "petite-crotte-de-film-porno-qui-fait-rire tout-de-même-mais-pas-trop-longtemps" Si c'est là la définition du style "funky", OUI Cinérotica n'est pas funky et très content de ne pas l'être.


A part ce style funky, vous interdisez-vous d'autres choses dans Cinérotica ?
Non. Dès le numéro quatre, quand l'arrivée de la pornographie sur les écrans en 1974-75 sera abordée, il y aura des photos hard. Dès le numéro trois, Cinérotica sera vendu sous blister. Un seul interdit, que je regrette mais il ne faut pas être témérairement maso, nos couvertures ne seront jamais hard. Pourtant la vraie obscénité, plus qu'une magnifique fellation en quadri et en pleine page, amoureusement maquettée, n'est-ce pas le gros plan sur le mini string de Paris Hilton, lequel ne poserait aucun problème pour la couverture d'une revue people ?



Christophe Bier en interview vidéo sur Darkplanneur.com


Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
commenter cet article
3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 18:12
Mon rêve familier












Au grand dam des attachés de presse avec qui je bosse, j'aime prendre mon temps avant de chroniquer un disque. Prendre le temps de le réduire en miettes et de sentir mon âme s'unir à la sienne. Puis l'écrire comme on grave dans le marbre. Du coup il m'arrive régulièrement de parler de disques des mois après leur sortie. Et l'inconvénient de cette démarche n'est pas tant de subir les assauts mailistiques de l'attaché de presse, genre "Alors tu l'as écouté le disque ? T'en penses quoi ? Tu comptes en parler quelque part ?". Non, ça je m'en fous. Et je pourrais rétorquer que vu le pouvoir prescriptif d'une chronique de disque en 2008, puisqu'on pisse dans un violon, autant prendre son temps, faire ça bien. Non, l'inconvénient de fonctionner ainsi c'est que j'accumule de profondes dettes de cœur.


Parce que ce n'est pas comme si le temps suspendait son envol. Le temps ne suspend jamais son envol. Et ce n'est pas comme si l'amour d'un disque érodait le pouvoir de séduction des autres. L'amour d'un disque n'érode en rien le pouvoir de séduction des autres. Bref, à ce jeu-là je finis régulièrement pas me faire bouffer tout cru. X amantes dans le placard réclamant leur gros niqueur musical. Ah, si je pouvais me défaire de ce cœur d'artichaut et de ce besoin de graver les choses dans le marbre. N'ai-je pas grandi depuis ce square de mon enfance où je m'éternisais à produire du sable doux pour mon seul plaisir ? Le temps que j'achève ma bafouille sur son disque, un groupe a le temps de mourir 10 fois. Heureusement j'ai eu tout mon temps pour chroniquer les deux disques dont je souhaite aujourd'hui vous parler. Quand je les ai reçu leurs auteurs avaient déjà passés l'arme à gauche.


Thieves, le deuxième et dernier album de The Organ m'est parvenu le jour de sa sortie, le 8 octobre dernier. Ça faisait 4 ans que son premier album était sorti, et 2 ans que le groupe était refroidi. Et si j'ai demandé de recevoir son EP posthume à Sean du label Talitres (c'est lui qui m'a fait découvrir Idaho, qu'il en soit remercié à vie), c'est parce que ces 4 nénettes indie rock de Vancouver ont toujours sonné comme refroidies. Tellement d'un autre monde, cryogénisé, qu'il fallait que je vois ça de plus près.


Ce qui a présidé à la fin de l'aventure ? A ce qu'il parait le succès de leur premier album, Grab That Gun. Autant dire une certaine fragilité à l'égard du monde extérieur. Katie Sketch déclarait dernièrement à Libé qu'elles étaient "malheureuses à cause de la maison de disques, avec le sentiment de ne plus contrôler leur carrière." On croirait entendre Andy Yorke à propos du destin presque tout aussi éphémère de son groupe, Unbelievable Truth.


Oui, une vraie fragilité émotive car en fait de succès, tout ceci était plus que modéré à l'image d'une musique pas faite pour déchaîner les foules. Lyrisme étranglé, swingue guindé, écrin catchy, soupçon de sixties pop : avec son trio guitare basse batterie plus orgue, The Organ proposait une sorte de mix parfait entre The Cure et The Smiths. The Organ : un groupe intrinsèquement born dead, fascinant d'empaillement. Et une énigme : d'où vient le chant d'outre-tombe de cette fille (re)belle comme une icône CK One ?
















Si le temps passé à chroniquer ce disque m'a servi à quelque chose c'est bien à résoudre l'énigme de ce chant (du cygne). Un chant autoritaire et supplicié qui a, comme dirait l'autre, "l'inflexion des voix chères qui se sont tues". L'impression tenace de l'avoir déjà entendu trait pour trait. Robert Smith ? Nan. Morrissey ? Nan. Blondie ? Nan. Siouxsie ? Hum, nan. Patti ? Ah, oui. Peut-être bien que oui. Je réécoute le disque. Oui, c'est ça. C'est tellement Patti Smith, tellement son organe à elle, que j'ai l'impression que la Katie lui roule des pelles. Et les paroles, elles son tellement "poétiques", tellement pleines de ces images baroques et cryptiques que forment celles et ceux qui mystifient leur âme et s'y enferment à double tour, elles sont tellement des appels à l'aide, des prières en quête de Dieu et maître, que cela jette le trouble. "Who will love me oh like the ocean does" chante Katie Sketch de sa voix mimétique dont le gel atteint des sommets.


The Organ : un groupe définitivement étrange, aux chansons cold-pop impeccables comme dépourvu d'identité propre, une formation morte sans avoir découvert les joies du sexe (drogue et rock'n'roll). 2001 - 2006 : 5 ans. Presque rien. Le temps d'un rêve, familier.



Interview du groupe réalisée par Indiepoprock à l'époque de Grab That Gun


Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article
2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 19:16
Jérôme Attal















Mon enquête sur les chansons de Noël qui rockent ton sapin a commencé au chaud avec ce que j'avais sous la main, à savoir un Wombats, comme vous avez pu le lire ici. L'animal s'est avéré loquace, mais m'a quand même laissé sur la fin. Restant toujours au chaud, j'ai alors décidé d'appeler Jérôme Attal.


Ce jeune auteur-compositeur-interprète que je chéris depuis des années comme un (jardin) secret a écrit une belle chanson de Noël. Elle s'appelle tout simplement "La chanson de Noël" et clôture divinement Comme elle se donne, son deuxième album, sorti en 2005. M'ayant mailé son numéro de téléphone il y a deux minutes, je l'appelle sur le champ. Allo, Jérôme ? Alors comment t'es venue l'idée de faire cette chanson de Noël ? Parce qu'on ne peut pas dire que c'est une tradition française de faire des chansons de Noël. "Les chansons de Noël, j'ai toujours trouvé ça terrible. J'aime ce qu'en ont fait les anglais comme les crooners américains. Je suis très fan du rat pack : Dean Martin, Franck Sinatra, tout ça. Même Johnny Cash a sorti un super album de Noël, notamment une sublime chanson qui s'appelle "The Christmas Guest". Et il ne faut pas oublier l'album de Noël produit par Phil Spector, superbe. En France, on n'a pas tout ça. Il doit y avoir quelques exceptions puisque si je ne dis pas de bêtise quelqu'un comme Barbara a fait une très belle chanson de Noël intitulée "Joyeux Noël". Mais voilà, en France on a une tradition de la chanson et pas une tradition de la pop song, ce qui est tout à fait différent. Or les chansons de Noël font partie de l'ADN de la culture pop anglo-saxonne. C'est pour ça qu'on a inévitablement peu de chansons de Noël en France. Moi si j'ai fait une chanson de Noël dans cette tradition anglo-saxonne, très orchestrée, c'est parce que mes chansons prennent pas mal racines dans cette culture-là. Je voulais que ma chanson de Noël reflète mon amour de la pop song en général. Je l'ai écrite alors qu'on venait tout juste de faire une petite tournée en Suisse. Avec les montagnes et la neige qu'il y avait là-bas, on était donc en plus en plein dans l'esprit de Noël !"


Avec ce titre, Jérôme n'a pas réussi à rayonner comme il l'aurait espéré : "J'aurais bien aimé que cette chanson ait une vie spéciale, qu'on me propose de la jouer à la radio ou sur des plateaux de télé, je ne sais pas, faire des choses un peu folles dans des émissions spéciales Noël. J'aurais même accepté d'aller la chanter sur le canapé rouge de Michel Drucker ! Mais je n'avais pas la notoriété suffisante pour que ça se fasse. Ma chanson reste donc confidentielle. Elle fonctionne au bouche-à-oreille, d'happy few en happy few. On me la demande surtout sur Internet, via Myspace, tous les Noëls. C'est ça l'avantage d'une chanson de Noël, c'est que ça a ce côté intemporel, événementiel, qui fait qu'on peut la proposer à chaque Noël. Mais ce n'était pas mon idée. Mon idée, c'était de mettre la pâtée à Tino Rossi parce qu'il commence à nous gonfler : ras-le-bol de n'avoir presque que lui au rayon des chansons de Noël en France, avec Mireille Mathieu !" Sur ce salutaire coup de gueule rempli d'humour, cet amoureux (des lettres) qui écrit également des livres et des chansons pour d'autres semble ne plus rien avoir à dire sur la question des Christmas song.














Comme c'est un de mes chouchous en chanson pop française et que je ne l'ai pas tous les quatre matins au téléphone, avant de le quitter j'en profite pour savoir où il en est de son troisième album, dont les quelques extraits sur son Myspace ont déjà fait chaviré mon coeur : "En fait, les chansons sont faites, mais je n'ai pas de label donc je ne sais pas quand ça sortira. Surtout qu'en ce moment le milieu du disque est très frileux, et qu'on ne va pas se battre pour faire un travail de développement à long terme sur un jeune artiste comme moi. Tout cela fait que musicalement je travaille à un rythme qui n'est pas celui que j'ai dans le ventre, mais comme j'écris des livres et que je suis très demandé en tant qu'auteur de chansons, ça va, je n'ai pas trop d'aigreur. Parce que je n'ai pas le temps de m'apitoyer. Ces derniers temps j'ai donc surtout une actualité littéraire. J'ai sorti deux romans (L'amoureux en lambeaux, aux éditions Scali, en février 2007 et Le garçon qui dessinait des soleils noirs, aux éditions Stéphane Million, en septembre 2008) ainsi qu'un essai sur l'influence des chansons des Beatles dans l'existence (Le rouge et le bleu, aux éditions Le mot et le reste, en février 2008) et en mars prochain je sors mon deuxième essai, Le Journal fictif d'Andy Warhol, où je revisite les années 80, musique et art, en me glissant dans la peau d'Andy Warhol. Et sinon côté parolier, j'ai travaillé sur le nouveau disque de Mareva Galanter, sur celui de Pierre Guimard qui sort en février et j'ai aussi écris plein de titres pour un jeune mec qui s'appelle William Rousseau. J'ai plein d'autres projets en cours mais par superstition je préfère ne pas en parler." Quoiqu'il en soit, que ce soit sur le canapé rouge de Parlhot ou ailleurs, je vous reparlerai de ce dandy-là, Jérôme Attal.



Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article
30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 12:05
Un crooner passe















Lorsqu'on est pigiste, qui plus est musique, pour survivre on se doit de bouffer à tous les râteliers. Non pas forcément renier son éthique en parlant de semi-bouses, même si, je ne vous le cache pas, cela arrive, mais rentabiliser ses coups de coeur en déclinant sa prose dans le plus de magazines possibles. Et en ce moment, faute de me faire vivre, c'est le dernier Antony and the Johnsons qui m'inspire : The Crying Light.


Je l'ai découvert le 14 novembre à l'occasion d'une session d'écoute matinale chez Beggars. Ce jour-là, avec le recul, je me dis que j'ai bien fait de me lever et de bouger mon cul jusqu'au label. Cette session d'écoute, c'était Noël avant l'heure. Malgré l'inconvénient d'écouter le disque en open space, celui-ci m'a littéralement happé. D'ailleurs il a très vite happé tout le monde. A son contact le silence s'est fait et on s'est tous mis à planer, aux anges, comme en route pour Neverland. Un effet que ne fera jamais le dernier disque des rockers pète-couilles de TV and the Radio.


Mi décembre quand Gonzaï m'a demandé si j'avais une idée de disque branché sur lequel je me sentais d'écrire un truc cool et élogieux pour sa première édition papier, j'ai donc aussitôt pensé au nouvel Antony and the Johnsons. Le hic ? Ce n'est pas que Gonzaï paie peanuts ses Gonzaï boys, non ça je le sais, c'est le prix de l'indépendance. Le problème c'est que j'avais déjà écrit trois chroniques sur The Crying Light. Alors je me disais : ai-je encore la flamme ? Et est-ce bien raisonnable d'écrire autant sur un disque écouté une seule et unique fois ?


A propos de tout autre album, je vous aurais peut-être répondu oui. Oui, je n'ai plus la flamme. Oui, ce n'est pas raisonnable. Mais là on ne parle même pas d'album, mais d'une muse. On ne parle même pas d'amour mais de coup de foudre. Et les sentiments qu'une muse nous inspire s'usent-ils ? Cette musique, c'est bien simple, plus les jours passent, plus je perds sa trace et plus elle prend toute sa dimension à mesure que je pars en co-errance avec elle. Ah, quel bonheur de se découvrir une nouvelle muse !


Cette musique, c'est comme si je n'avais encore rien dit d'elle. Par exemple je n'ai pas dit que The Crying Light était un disque de crooner. C'en est un. "Les plus belles robes sont faites pour être retirées" disait Cocteau. Et sur son troisième album avec les Johnsons, Antony Hegarty a suivi l'adage. Il tombe la tenue de diva d'I Am a Bird Now pour se révéler crooner. Voilà, outre le côté star à la voix d'ange et bête de foire aux aspirations transgenres, Antony a pondu un album ultra classieux qui peut plaire de 7 à 77 ans. C'est pour ça que cette fois les newsmag ont trustré toutes ses possibilités d'interviews, frustrant ainsi des bataillons de journalistes spécialisés qui désiraient, comme moi, poursuivre le dialogue amorcé trois ans plus tôt.


En 2005, interrogé par mes soins, Antony démentait que son approche du chant lyrique exprime sa quête de féminité. "En fait comme dirait Nina Simone, je chante juste pour me sentir vivant". Mais quelques minutes tard, il me confiait : "Si j'étais Candy Darling, il est probable que je ne chanterais pas." Il s'était donc mis à parler chiffon : "Les thèmes que j'aborde sont comme des robes qui m'habillent, et la question transgenre n'est qu'un thèmes parmi d'autres. C'est pour ça que c'est une erreur, je pense, d'appréhender ce disque à travers ce seul thème, tout comme de penser qu'il est entièrement autobiographique."


Ce jour-là, contrairement à son éponyme premier opus, très théâtral, Antony me disait aussi d'I Am A Bird Now qu'il l'avait fait "aussi nu que possible pour que tout le monde puisse s'y recueillir". Aujourd'hui, après plusieurs millions d'acheteurs à travers le monde et un Mercury Prize du meilleur album de l'année décroché à la barbe des tâcherons de Kaiser Chiefs, cet album est devenu culte. Son auteur star. Mais fin 2008, à l'écoute de The Crying Light, force est de constater que tout ceci n'était qu'une étape.


















Oui, être oiseau n'était qu'une étape. Restait à devenir l'envol. L'envol pur. Et là, de sa voix duveteuse sur d'idoines orchestrations, l'androgyne-génie y parvient. Fini les thèmes, les robes, le baroque. En dix ballades toute de noblesse less is more, tel le Nick Cave piano-voix de The Boatman's Call voire de No More Shall We Part, il se fait friable, crooner. The Crying Light, n'est-ce pas d'ailleurs la plus belle définition qu'on puisse donner de la voix d'un crooner : pleurer lumineusement par compassion pour la Nature et les Hommes. Réduire en frissons l'inconvénient d'être né.


Ainsi, de sa voix d'ange, Antony célèbre le miracle d'avoir une peau sur les os pour sentir, des mots dans le cerveau pour dire, une flèche dans le coeur pour s'ouvrir. Sur "Another World" ça donne : "I'm gonna miss the sea / I'm gonna miss the snow / I'm gonna miss the bees / I miss the things that grow". Spleendide. Cette aura, ce manteau neigeux, comment ne pas s'y sentir chez soi ? Ne pas en faire l'éloge ? Ne pas vouloir qu'un maximum d'entre vous s'y love ?



Bientôt les épisodes précédents, mes 3 autres chroniques de The Crying Light


Mon interview d'Antony and the Johnsons à l'époque d'I Am a Bird Now


Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article
27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 02:07

The Wombats 











Y a-t-il une alternative française et pop-rock au "Petit Papa Noël" de Tino Rossi ? Pourquoi les anglo-saxons ont-ils des Christmas song qui tuent et pas nous ? Quelles sont ces chansons ? Les meilleures ? Les pires ? En cette période de fête, j'ai mené l'enquête. Tout d'abord auprès des Wombats.


Toussaint 2008 : L'enquête commence "at home". Parce que j'ai l'insigne honneur d'héberger Dan Haggis, le batteur du jeune trio anglais The Wombats. Or, apprend-je, les Wombats viennent d'enregistrer une chanson de Noël : "Is This Christmas?". Il me montre la vidéo. Tout ça rock the casbah. Et c'est parfait parce que depuis quelques jours je réfléchis à un article sur ce thème. Alors ni une ni deux je lui tombe sur le collier à Dan, je rameute le dictaphone, enfourne une cassette vierge et switche mentalement dans la peau de l'intervieweur.

 

Alors Dan, pourquoi avoir fait cette chanson ? "En fait, on a fait cette chanson il y a 2 ans. L'initiative revient à Dave, le directeur du label indé Kids, chez qui on a sorti nos trois premiers singles et qui est aussi le talent scout qui nous a permis d'être signés ensuite chez le label 14th Floor. En 2006, il a eu l'idée de faire un album de Noël avec tous les artistes qu'il regroupe. Le but était de rigoler et de générer un peu de pub pour le label et les groupes. On s'est donc dit "Pourquoi pas ?" et comme les autres on a fait une chanson de Noël spécialement pour ce projet. Mais la compile, sorti en vinyle à 500 exemplaires, ne s'est quasiment pas vendue. Seuls quelques DJ l'ont joué, mais si peu. Parce que voilà on n'est pas Mariah Carey ! Il y a une grande tradition des chansons de Noël en Angleterre mais ces chansons se vendent plus quand elles sont chantées par Mariah Carey, Paul McCartney, Wham !, Slade ou Shakin' Stevens, un "one hit wonder" gallois grâce à sa chanson de Noël, que lorsqu'elles sont chantées par des petits groupes comme nous, Iliketrains ou Oppenheimer, une sorte de clone irlandais de Death Cab For Cutie. D'ailleurs ce sont ces chansons de Noël qui reviennent chaque année. Et c'est ça qui est bien avec les chansons de Noël, c'est qu'elles peuvent revenir chaque année. On aime beaucoup notre chanson de Noël, on l'a joue même durant nos concerts, je ne crois pas que Wham ! ou Slade fassent ça ! Alors, comme on trouvait dommage qu'elle ne soit pas plus connue, on a essayé de la ressortir en 2007 dans le cadre d'une opération de charité en faveur de l'association Mencap, qui s'occupe des enfants atteints d'un handicap mental. Ça ne s'est pas fait car le boss de notre maison de disques avait d'autres priorités à ce moment-là. Mais il nous a dit "Ok" pour 2008. Et ça prend tous son sens de la ressortir cette année parce qu'entre temps, sans être devenus Mariah Carey, on a gagné en notoriété avec la sortie de notre premier album et tous les concerts qu'on a donnés, on va donc plus facilement passer en radio et générer des fonds"


Dan me raconte le making off d' "Is This Christmas ?" : "Pour faire cette chanson Murph, notre chanteur, et moi avons commencé par nous documenter sur le net à propos de l'histoire de Noël. Parce qu'à la base on ne savait quoi raconter. La première idée qui nous est venue parlait d'un lutin qui en avait marre de travailler dans l'atelier du Père Noël. Et Murph incarnait le rôle de ce lutin dissident. Mais c'était nul. Quelques jours après Murph est arrivé avec une idée bien meilleure. "Is This Christmas ?" parle tout simplement d'une soirée de réveillon typique telle que Murph en a vécu : une mère qui stresse de savoir si son dîner va plaire, les membres de la famille qui commencent à être bourrés et qui se disputent en abordant certains sujets de discussion, la sempiternelle même émission de télé devant laquelle tout le monde finit par scotcher, etc. Du coup ce n'est pas vraiment une chanson anti-Noël mais disons qu'on se retrouve avec une formule typique du style Wombats : un texte ironique et une musique assez punk pop qui donne envie de danser. On a réenregistré vite fait le morceau juste après la fin de notre tournée européenne. On a fait ça dans une chambre. L'ambiance était super amicale. Pour traduire musicalement l'atmosphère de Noël, on a utilisé des clochettes et on a fait venir un ami de Liverpool qui joue de la trompette, du trombone et du tuba. Ce son de cuivres chaleureux a donné un côté Armée du Salut au morceau !"

















On parle alors de la nouvelle chanson de Noël de George Michael, de celle des Hives avec Cindy Lauper et de la petite dernière des Killers, leur troisième consécutive, un événement car les Killers sont les Killers (des Mariah Carey du rock, des Mickey à guitares) et car cette année les Killers font ça avec Sir Elton. A l'inverse des Wombats, ces derniers n'ont pas attendu qu'on leur soumettent un quelconque projet de compile pour pondre de la Christmas song. En bons petits soldats pop bigots, ils ont fait ça de leur propre chef, parce qu'ils ont vu que le roi Elvis s'y était adonné. Et chez les américains de The Killers comme chez les anglais d'Iliketrains et les jeunes écossais de Glasvegas, il n'y a pas une once d'ironie à mélanger rock et folklore de Noël. D'ailleurs cette année ces deux derniers sortent carrément des Christmas EP. Pour eux, tout ça, c'est du lourd, du sérieux. Ce que confirme par le passé les chansons de Noël de Lennon, "Happy Xmas (War is Over)", James Taylor, "Have Yourself A Merry Little Christmas", Springsteen, "Santa Claus Is Coming To Town", Bob Geldof, "Do They Know It's Christmas ?".


Globalement, pour nous français, il n'en demeure pas moins que cette union du rock et de Noël est un peu contre nature. Dan s'en étonne. Lui confesse avoir toujours aimé les chansons de Noël et pousse le bouchon a aussi aimé des films de Noël, comme Miracle sur la 34e avenue, Maman j'ai raté l'avion, Santa Claus : The Movie et A la croisée des mondes : la boussole d'or, qui a fait un flop mais pas en Angleterre. A croire que les anglo-saxons sont vraiment foutus différemment de nous autres, français ! Mon interlocuteur reprend : "Dans la pop tu as toujours eu des chansons empreintes d'une atmosphère estivale et d'autres hivernales, donc proche de Noël. En fait, je crois que chez nous Noël et pop musique ont toujours été liés. Ça remonte à loin. A l'époque de crooners comme Bing Crosby. En 2007 pour remercier nos fans on a d'ailleurs fait une reprise du "Little Drummer Boy" que David Bowie a chanté en duo avec Bing Crosby. On l'a fait sur le mode de la parodie, la reprise et son clip sont une vraie farce, mais ça n'a pas empêché nombre de nos fans de nous dire qu'ils avaient trouvé ça émouvant au point de verser une larme !" L'ironie de leur démarche n'enlève rien au fait que les Wombats ont respecté la tradition !


Dan explicite l'aspect résolument moqueur de leur Christmas song : "Dans la première version du morceau, c'est moi qui faisait le petit speech d'intro, mais dans ma bouche ça ne sonnait pas bien. Pour déconner on a donc pensé que ce serait bien si c'était Les Dennis qui le faisait ! Les Dennis c'est un vieux présentateur télé connu dans les années 90 pour avoir présenté le jeu télévisé La Famille en Or. Il joue même dans le clip du morceau, ce qui rend tout ça encore plus stupide et hilarant !" Par là les Wombats se démarquent donc des groupes cyniques qui envisagent la chanson de chanson de Noël comme un pur business. Dan : "Plein de groupes font ça pour s'en mettre plein les fouilles. Ils se disent qu'ils toucheront le jackpot chaque année s'ils arrivent à décrocher un hit avec une chanson de Noël. Par exemple, depuis 5 ans sévit à la télé anglaise une émission de radio crochet intitulée X Factor. Et l'émission surfe sur l'engouement pour les chansons de Noël car chaque année elle se termine à cette période, du coup, même si elle ne parle pas vraiment de Noël, la chanson du gagnant de X Factor finit logiquement par truster la première place des charts parce que les millions de téléspectateurs qui ont voté pour lui achètent cette chanson. C'est nul." Pour conclure Dan cite "Once Upon a Christmas Song", exemple ultime du cynisme en la matière. Interprétée et composée par Peter Kay, l'animateur de X Factor, avec l'aide de Gary Barlow, le leader de Take That, cette chanson de Noël potache en diable qui sort en même temps que celle des Wombats parle de l'arnaque commerciale que sont certaines chansons de Noël alors qu'elle cherche ni plus ni moins à être l'arnaque commerciale numéro 1 ! Je crie au scandale. Et je me ravise lorsqu'une rapide recherche Internet m'apprend que tous ses bénéfices seront reversés à une œuvre de charité. Sauvés.


Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article
22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 00:56
Carbure au Carbon/Silicon




"comme Benjamin Franklin,

chez Carbon/Silicon

on a des principes"


"on ne joue pas le jeu de l'industrie"


 

Mick, comment gérez-vous de faire du rock passé 50 ans ?
Tout ça, c'est sûr que ça t'interpelle. Quand tu te regardes dans le miroir tu te demandes : "Est-ce que je peux encore faire ça ? Est-ce que je peux encore former un groupe à mon âge ?" On s'est posé la question avec Tony, mais on s'est dit qu'on s'en fichait. Notre modèle à nous maintenant, c'est les Teletubbies !


Ah ?!
Ce que je veux dire c'est que l'important c'est la chanson. Regarde, nous aujourd'hui on sort un disque mais contrairement au temps de nos anciens groupes respectifs on ne joue pas le jeu de l'industrie, on n'essaie pas d'être autre chose que ce que nous sommes. On fait juste la musique qu'on aime et c'est à prendre ou à laisser. On n'est là que pour ça : un message et une super mélodie. Et si tu as ça, alors oui je pense qu'il se passe quelque chose qui fait que le rock peut encore être subversif. Donc voilà la seule question qui mérite encore d'être posée c'est : "Les jeunes ont-ils de bonnes chansons ?"

.

C'est une question qu'on pourrait poser à Pete Doherty...
Oui, parce qu'aujourd'hui, notamment à cause des médias, la bête de foire a prise le pas sur le musicien qui, à mes yeux, reste quelqu'un de très créatif. Mais qui s'est transformé en une sorte de monstre, pire que Metallica !


Metallica ?!
Oui, je pense au film qui a été fait sur eux, Some Kind Of Monster. Il faut que tu vois ça, c'est super !


Pete Doherty, vous avez produit son premier disque en tant que Babyshambles et ses deux albums pour The Libertines. Comment vous êtes-vous retrouvé dans ce rôle ?
En fait c'est juste un coup de pot. Un jour un ami qui travaille en maison de disques m'a demandé si je voulais rencontrer ce groupe qui cherchait un producteur. J'ai accepté parce qu'à l'époque, ayant déjà tourné dans le coin, j'avais déjà vu The Libertines sur scène et je les avais trouvé fascinants.


Pete et vous continuez à vous voir ?
Oui, la dernière fois on s'est croisé à un match de foot.


Vous allez continuer à produire de jeunes groupes ?
Oui, mais rien qui n'émane de maisons de disques, que des groupes locaux.


Quel genre de groupes ?
Un collectif de hip hop orchestral qui s'appelle Rotten Hill Gang et Dirty Stop Out qui fait une sorte de Roxy Music rockab'. J'aime bien travailler avec ces groupes, j'apprend beaucoup en voyant comment ils fonctionnent et comment ils voient le monde.


Dans The Last Post, vos morceaux dépassent souvent les 5 minutes. Pourquoi sont-ils si long ?
En fait, dès le départ on a envisagé Carbon/Silicon comme un groupe de jam sessions. On voulait renouer avec cet esprit de liberté des années 60 où les groupes n'avaient pas peur d'allonger le morceau avec plein de solos tant que c'était bon. Je pense à Hendrix, Led Zep, voilà nous on fait pareil, tant que ça marche on prolonge le truc. Surtout en live. Moi j'aime bien quand c'est long. Plus c'est long, plus c'est bon (rires) ! D'ailleurs à notre tout début nos morceaux faisaient carrément 11 minutes ! Mais s'ils durent si longtemps c'est aussi parce que nous aimons la dance music et qu'on essaie d'introduire le groove répétitif et minimal de la dance dans le rock'n'roll.


Vous aimez la dance ?
Oui, j'aime le beat, j'aime la quête de sens qui s'exprime à travers ce rythme obsessionnel et, comme chacun sait, chercher un sens aux choses est le propre des fous. A ce propos j'aime beaucoup quelqu'un comme Benjamin Franklin. Le Benjamin Franklin de la révolution américaine. C'est quelqu'un qui a défini un calendrier de 12 lois morales et qui essayait de mener sa vie en respectant à tour de rôle une loi par semaine. A ce rythme-là il s'est vite trouvé contraint de créer une 13e loi sur la vanité, parce qu'on n'arrêtait pas de lui dire que c'était très vaniteux de vouloir être vertueux 24h/24, 365 jours/365. Et voilà, nous aussi avec Carbon/Silicon, comme Benjamin Franklin, nous avons des principes et notre truc c'est de les exprimer à travers la musique. Et ça en un sens, c'est expérimental.


Vous dites mixer dance et rock. Il n'en reste pas moins, je trouve, que votre musique sonne très rock anglo-anglais. Or à l'heure d'Internet et du mélange des genres cette musique fait un peu figure de musique d'ancien régime...
Le rock anglais, c'est la musique qu'on aime. Les Stones, les Kinks, les Who, on a grandi avec ça. On a aussi grandi avec le British Blues Boom. Donc voilà c'est en nous, et même si c'est un genre effectivement daté, je crois que ça tient toujours la route, non ?


Vos enfants, ils aiment vos chansons ?
Oui, mes enfants et leurs amis m'ont dit qu'ils avaient aimé notre disque et ça me touche. Parce que les enfants ne me mentent pas, surtout les tiens, ce sont tes pires détracteurs. Ils ne se gêneront pas pour te dire "Papa, ton truc c'est de la merde !"si c'est ce qu'ils pensent. Mais là ils m'ont dit "Papa, on aime vraiment !" On ne s'en tire donc pas trop mal !


Et en Angleterre comment ça se passe pour vous ?
Chez nous les gens se contrefichent pas mal de ce qu'on est devenu et de ce qu'on peut encore faire musicalement, ce qu'ils veulent c'est ce qui nous a rendu célèbre, ce que l'histoire a retenu. En Angleterre, malgré notre passif, on reste donc un groupe underground. On ne joue que dans des petites salles. Nos chansons ne passent ni à la radio ni à la télévision. Les mecs nous le disent clairement : "On ne prend que des gamins de 18 ans, allez vous faire voir !"


Dernière question. Dans "What The Fuck" vous parlez de Sartre et de Dostoïevski. Que viennent deux intellectuels dans une chanson rock ?
C'est une blague. Dire "What the fuck !", ce n'est évidemment pas très distingué, ça me faisait donc marrer d'imaginer de grandes figures littéraires et intellectuelles dire "What the fuck !". Tu imagines Sartre dire "What the fuck !" parce ce qu'il a passé une sale journée ? Trop classe (rires) ! Voilà. C'est marrant, quelques années plus tôt tu m'aurais dit que je parlerai un jour de Sartre et de Dostoïevski dans une de mes chansons, je ne t'aurais pas cru !



Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article
19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 00:50
Carbure au Carbon/Silicon















Celui qui chantait "Should I Stay Or Should I Go" en 81 n'a jamais raccroché sa gibson. Après The Clash, Mick Jones a monté Big Audio Dynamite et à la fin de cette aventure, en 99, il n'a pas attendu bien longtemps avant de se remettre en selle puisque dès 2002 il formait Carbon/Silicon avec Tony James, le bassiste de son premier groupe, London SS. The Last Post est le premier disque à l'ancienne issu de l'association de ces deux tontons flingueurs du rock. Avant, comme des jeunes, ils ont diffusé trois albums studios gratuitement sur le net. Alors, a plus de 50 ans, Mick Jones a-t-il passé l'âge de faire du rock, du vrai, du bon ? L'élément Carbon, car instinctif, de la paire Carbon/Silicon répond autour d'une bière et d'un bol de chips.




"Il y a un côté punk à prendre

du côté d'Internet"


"Ce monde ressemble de plus

en plus à Prison Break"




Bonjour Mick...
Bonjour. Dis-moi c'est bien Nicolas Sarkozy en couverture du magazine que tu tiens-là
(un ancien n° de Technikart, Nda) ?


Oui, mais c'est un fake, une satire...
Ça veut dire que tu veux faire une interview satirique avec moi ? Tu es journaliste politique ?


Non. Mais on peut parler de politique si vous voulez.
On peut parler de tout ce que tu veux.


Ok. La question n'est peut-être pas très politique mais que savez-vous de notre président, Nicolas Sarkozy ?
Pas grand-chose à part le couple glamour qu'il forme avec Carla Bruni. Elle, je l'ai récemment vu jouer sur la BBC. C'était marrant de l'entendre chanter avant Metallica. C'était deux mondes totalement différents !


Avez-vous suivi le déroulé des élections américaines ?
Oui, j'ai été tenu en haleine par le duel Obama/McCain. Et j'ai encore plus suivi les primaires démocrates qui étaient passionnantes. Je voulais vraiment entendre les discours d'Obama. Et j'ai eu la chance d'être à Portland quand il y a fait son meeting. Il était là devant 75 000 personnes, on se serait cru à San Francisco dans les années 60 !


Dans l'idée vous auriez acceptez de jouer à un meeting d'Obama ?
Tu veux dire comme Bruce Springsteen ? Il a joué à la dernière convention démocratique et ça ressemblait vraiment à un concert, donc pourquoi pas. En même temps le contexte me mettrait peut-être un peu mal à l'aise parce que finalement, même si je soutiens Obama, ma prestation serait instrumentalisée à des fins politiques, et ça fait bizarre de savoir ça. Donc je ne sais pas.


En parlant d'instrumentalisation, connaissez-vous la pub réalisée par la radio française Oui FM qui montre une photo d'époque des Clash avec cette phrase : "Ecoutez enfin un groupe qu'on ne compare pas aux Clash."
Je l'ai découverte aujourd'hui car je suis passé à cette radio. Elle était affichée en grand au mur et on m'a pris en photo dessous.


Que pensez-vous de son message, comme quoi le rock serait un tantinet bloqué dans le recyclage du passé ?
Je n'y souscris pas vraiment. Moi je vois de nouveaux groupes et de nouveaux styles émerger chaque jour. Après c'est sûr qu'aujourd'hui il est rare que ceux-ci aient le temps de se développer pour installer un vrai univers. Mais à la limite peu importe la durée et l'impact, il faut quand même se lâcher, écrire le truc tel qu'on le vit, avec les tripes, ne pas se préoccuper du succès, des médias, juste faire son truc.


Encore aujourd'hui, vous pensez donc, comme le dit le slogan de cette pub, que "Le rock est là pour changer votre vie" ?
Oui, parce que le rock est une question de croyance et qu'à mon avis le seul problème que le rock a aujourd'hui c'est que les gens n'y croient plus assez. Le rock si tu y crois dur comme fer, ça peut encore être subversif, ça peut être ce que tu veux. Aujourd'hui plus qu'hier grâce à Internet et les nouvelles technologies tout le monde peut s'exprimer librement. Il y a un côté punk à prendre là-dedans. Et cette liberté d'expression est une des dernières choses qu'il nous reste, donc il faut en profiter, il faut y aller, il faut faire rocker ce monde qui ressemble de plus en plus à Prison Break.


A Prison Break ?! Je crains de ne pas vous suivre...
Ce n'est pas grave (en fait il révélera plus tard qu'il faisait allusion au côté cryptié et confus du tatouage du héro de la série, Nda). Tiens, regarde ces chips violettes ! Elles me rappellent les chips de mon enfance. Elles étaient vendues avec un sachet de sel bleu. Goûte une de ces fleurs salées !


Merci. Santé ! Donc pour vous Mick le rock n'a donc rien perdu de son sel subversif ?
Bah subversion c'est un grand mot. C'est-à-dire que ça dépend de ce qu'on entend par là. Aujourd'hui la subversion du rock est ailleurs, elle a changé de camp. Parce qu'à la base la subversion du rock était basée sur le fait que c'était la musique que tes parents détestaient. C'était ça, un truc de gosse pour se rebeller contre ses parents. Or aujourd'hui que voit-on ? Les parents vont aux concerts avec leurs enfants. Maintenant à un concert de rock tu as trois générations. Minimum.


A vos concerts il y a des jeunes ?
Il y en a forcément parce que par exemple à Londres où on a pas mal joué dernièrement à chaque fois on avait programmé 4 jeunes groupes en première partie. Il n'empêche, j'ai bien vu que les jeunes présents aimaient beaucoup notre jeu de guitare et l'esprit qu'on dégage.


C'est tout ce qu'il vous reste j'ai envie de dire. Parce que c'est sûr qu'ils ne vont pas se raccrocher à votre look et votre coupe de cheveux !
Oui, mais de toute façon aujourd'hui l'image ce n'est plus important, ça ne choque plus personne, pas même les parents. Moi quand je vois un groupe de mecs rasés qui s'appelle Fucked Up ou Selfish Cunt, ça ne me choque pas.


Votre premier groupe avec Tony James s'appelait London SS. Vous aviez choisi ce nom pour choquer les parents ?
Oui, un peu. En tous cas, ça ne voulait pas dire qu'on était fasciste. En fait on trouvait surtout ce nom chouette parce qu'il sonnait un peu comme The New York Dolls. Ça nous aurait embêté de porter ce nom si on avait eu du succès, mais ça n'a pas été le cas car le groupe n'a duré qu'un an et on n'a jamais vraiment tourner ni sorti de disques. Aujourd'hui, avec le recul, on se dit que ce nom de groupe était vraiment stupide.



(Suite et fin.)



Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article
17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 12:27

Le top des blogs


"15 blogs, 20 albums par blog, 195 disques cités, quelques débats, et un article unique posté par tous le même jour, nous sommes fiers de vous présenter "Albums 2008 : Le top des blogs" soit le classement des meilleurs albums de 2008 vu par 15 blogs musicaux francophones : Blog Culturel, Dans mon Mange Disque, Des Oreilles Dans Babylone, Force Critique, I left without my hat, J'écoute de la musique de merde, Good Karma, Le Choix de Mlle Eddie, Le Hiboo, Let's Be Critical, L'Oreille en Feu, Playlist Society, Pop Revue Express, The Man of Rennes." Dont moi : Parlhot.


Reprise du communiqué : "L'idée était, non seulement, de confronter les points de vue de bloggers tous spécialisés dans la musique via des approches bien différentes (chroniques de disque, actualité, photos, interviews ou encore billets d'humeurs), mais aussi de réaliser un projet fédérateur afin de mettre en avant les interactions qui existent de plus en plus entre nous. Il en résulte une sélection de 15 disques. Certains sont une surprise, d'autres étaient plus qu'attendus, mais tous ont mérité leur place ici. C'est la première fois que nous nous lançons dans une telle démarche. Comme tout classement, le nôtre est probablement imparfait et relève d'un consensus entre personnalités ayant des goûts très différents, mais comme les articles que nous postons chaque jour, il a été réalisé avec passion et honnêteté, sans jamais se prendre trop au sérieux. De par les différents bloggeurs qui l'ont composé, nous espérons qu'il aura du sens à vos yeux et qu'il vous permettra de refaire quelques découvertes. En espérant pouvoir remettre ça en 2009." Voici ce classement :


1) Portishead : Third
2) Bashung : Bleu Pétrole
3) TV on the Radio : Dear Science
4) MGMT : Oracular Spectacular
5) Sigur Ros : Med sud i eyrum vid spilum endalaust
6) Shearwater : Rook
7) Poni Hoax : Images of Sigrid
8) Black Mountain : In the Future
9) Departement of Eagles :
In Ear Park
10) The Last Shadow Puppets : The Age of Understateme
nt
11) Santogold : Santogold
12) Foals : Antidotes
13) The Mars Volta : The Bedlam In Goliath
14) Man Man : Rabbit Habits
15) The Walkmen : You & Me



Après cette parole "corporate" à laquelle j'ai accepté de souscrire, je reprends la parole, en mon nom. Oui, cette année j'ai sacrifié au rituel du classement discographique de fin d'année. Et Dieu sait que je n'aime pas ça. Je n’ai jamais aimé l’idée de ce genre de classement. Franchement la musique n’est pas un sport ! Ça me rappelle ce que disait le journaliste Wilfried Paris dans sa rubrique "ego-trip" du magazine Chronicart. J’ai retrouvé le numéro en question, je cite en intégralité : "On me demande : "Donc, le nouveau Beck, ça vaut pas mieux que Sea Change, et c’est moins bien que Mutations ?". Non coco, c’est pas si simple, la vie, chaque disque est unique, incomparable, et aucun disque n’est moins bien ou meilleur qu’un autre, coco. D’où l’absurdité de mettre des notes et d’émettre des classements, tu vois ? Car le rock-critique spinoziste entend,"par réalité et par pefrection, la même chose". Et donc, chaque disque est parfait. Croire qu’un disque vaut mieux qu’un autre est une idée fausse, répandue parmi ceux qui pensent détenir le bon goût. La nature est si bien faite que tous les disques sont parfaits, de l’auto-prod’ en CDR au dernier Madonna, coco. Le rock-critique doit juste rendre compte de leur réalité, et donc, de leur perfection. Ce qui lui évite d’avoir à dire aux lecteurs ce qu’ils doivent penser. Ils sont grands, ils comprendront." Bon, il plane un peu loin le Wilfried, il accentue le truc à dessein, mais je comprend l’idée. Mais bon, lorsque Jean Sebastien Zanchi de Good Karma et Benjamin Fogel de Playlist Society m'ont proposais de participer en me disant que j'avais été retenu comme un des 20 blogs qui selon eux "jouaient (ou pouvait être amené à jouer) un rôle important dans la blogosphère musicale française", je n'ai pas pu décliner. J'étais un peu honorer de faire partie de ce clan, moi qui rame à 50 visiteurs par jour en moyenne et qui ne fait rien pour arranger les choses (à part me soucier de la valeur ajoutée de mon contenu). J’ai cédé comme cédé dernièrement quand Chronicart (tiens, tiens…) et Hitmusemag.com m’ont fait le même genre de proposition. Je me suis : "Allez, ne fais pas ton saint, ne reste pas dans ton coin, tente l’expérience, tu verras bien." J'ai donc dit oui à Benj et Jean-Seb. Mais après, bien sûr, j'ai râlé. A des moments j'ai douté. J'ai bien cru que j'allais abandonner. Parce que j'en avais marre de recevoir 36 000 mails par jour pour savoir si on devait retenir 10, 15, 20 ou 30 albums, et comment on allait titrer cet article, et comment on allait assurer la promo de cette opération, etc. Tout ça me gonflait. Je ne me sentais pas dans le même délire de ces gars pour qui blogguer semble, comment dire, trop viscéral. Oui j'avais l'impression de faire face à une même typologie de personnes alors que ces 15 blogs sont assez différents. Ça va "du blog de chroniques classique au blog de photos en passant par celui d'interviews". C'est con ce sentiment de se sentir plus différent que les autres. Mais dans ce lot gloubiboulgesque qui mélange blogs et webzines alors que ce n'est pas du tout la même chose (un blog c'est un truc solo qui carbure à 500 visiteurs max par jour en faisant de la news racoleuse alors qu'un webzine c'est un truc collectif qui peut attirer plus de 5000 visiteurs par jour), dans ce lot donc qui fait des interviews ? Qui dépasse le stricte cadre de la chronique de disques pour vraiment aller à la rencontre des musiciens, les faire parler (et je ne parle pas des compte rendus de concert, ça c'est encore un truc à distance, un truc de fan) ? Bah il n'y a que moi, je crois. Est-ce à dire que je suis le seul journaleux de la bande ?


Du coup ça m'a fait doucement rire quand certains ont dit que l'idée de ce classement des meilleurs disques de 2008 par des bloggeurs francophones était aussi censé ridiculiser celui des Inrocks & co. Parce que déjà, faire un tel classement, c'est illico répéter les travers bêta de la profession. C'est clairement se positionner en "enfant des Inrocks". Alors faire ça en disant en gros "on va tuer le père", la bonne blague. D'ailleurs, je le pressentais, et ça n'a pas manqué : pour moi ce classement ne s'éloigne pas vraiment du classement que les Inrocks eux-mêmes auraient pu faire ou vont faire. Ce n'est pas que les albums cités soient mauvais mais ils reflètent des choix trop consensuel, pas assez axés découvertes. Portishead ? Oui, l'album est très bon, c'est évident, mais justement c'est trop évident, quel intérêt de le mentionner. Et personnellement j'ai beau l'avoir aimé, il n'a pas squatté ma platine. Bashung ? Pas un mauvais disque, mais un mauvais Bashung, à mon sens. TV on the Radio ? Pète-couille. MGMT ? J'aurais pu les mentionner eux, très bon disque, mais pareil, quel intérêt ? Encore un artiste qui a fait la une de tous les magazines musicaux "officiels" et plus encore. Sigur Ros ? Pareil que Bashung : pas un mauvais disque, mais un mauvais Sigur Ros, à mon sens. Bref, aucun des groupes de mon top 20 ne se retrouve dans le classement final de l'opération. Et quelque part j'en suis fier. Voici mon classement 2008 :



1) Idaho : The Forbidden EP & Alas
2) Merz : Moi et mon camion
3) Syd Matters : Ghost days
4) Acetate Zero : Civilize the satanists
5) Liam Finn : I'll be lightning
6) Minor Majority : Candy Store
7) The Artyfacts : Maybe everything that dies someday comes back
8) Andy Yorke : Simple
9) Rhesus : The fortune teller said
10) Moi Caprice : The art of kissing properly
11) Bang Gang : Ghosts from the past
12) The Married Monk : Elephant people
13) Manset : Manitoba ne répond plus
14) Jean-Philippe Goude : Aux solitudes
15) M83 : Saturday = Youth
16) Uzi & Ari : Headworms
17) Coming Soon : New grids
18) Coldplay : Viva la vida
19) Keane : Perfect Symmetry
20 ) The Killers : Day & Age



Je n'ai même pas encore eu le temps de vous parler de chacun de ces disques sur Parlhot. Acetate Zero, Moi Caprice, Andy Yorke, Rhesus, Uzi & Ari, Keane : je vous en parlerai sans doute en 2009. Parience. Mais donc voilà, je ne me suis pas du tout retrouvé dans le classement global de ce projet. Et je ne joue pas trop au traître et au mec qui crache dans la soupe. Je le leur ai dit. J'ai écrit : "En fait je trouve juste que ce classement montre une chose : peu ou pas de différences entre bloggueurs et presse papiers. On est foutu pareil, on est presque les mêmes mecs, la même génération donc voilà ça s'en ressent. Même le Walkmen, le Black Mountain, le Department Of Eagles et le Poni Hoax ont de fortes chances d'être classés dans les mags papiers. Et c'est vrai que même si le but d'un top ten n'est pas de proposer des découvertes et bien je me disais qu'un top ten de blog se devait d'être différent, alternatif, or notre classement montre que les bloggueurs (enfin nous, précisément), ne sommes plus vraiment alternatif, et qu'au contraire on s'est semble-t-il aligné, nivelé avec la presse type Inrocks, Technikart dans un effet de vase communiquant. Quelque part je le déplore pas hein, car je suis pas trop preneur de ses esprits de chapelles genre nous contre le monde, etc. Parce que voilà je crois que c'est vain, puisqu'une in fine peu de choses nous séparent. C'est pour ça que j'ai pas hésité à foutre du Keane, Coldplay et The Killers dans mon top ! J'ai sincèrement aimé ces disques, ils ont tourné sur ma platine, mais voilà dans un autre registre plus confidentiels et pour d'autres raisons j'ai aussi beaucoup aimé le Manset, le Jean-Philippe Goude, etc. que j'ai moins écouté en boucle mais c'est normal, ils représentent une autre approche de la musique. Pour conclure je dirai donc ceci : si on veut avoir des top ten "alternatifs" il faut je pense nous même prendre soin de faire des classements qui tiennent compte de nos différentes approches de la musique. Et bien se poser la question : qu'est-ce que j'ai vraiment aimé ? Dans tous les sens du terme, plaisir honteux, plaisir cérébral, etc. Facile à dire comme d'hab..." Là-dessus, smiley à l'appui, Benjamin de Playlist Society m'a répondu que mon message était "vraiment pertinent", que je devrais publier "un vrai post là-dessus" et qu'on devrait peut-être plus aller dans ce sens si on remet ça l'année prochaine.


Je ne pense pas refaire ça l'année prochaine. J'ai goûté au truc et bof. Quel est l'intérêt du classement qu'on a obtenu ? Peau de zob à part le petit coup de pub donné au blog de chacun des participants. De toute façon doit on faire confiance à un classement de disques qui s'est érigé s'en qu'aucune bière n'ait été consommée pour ce faire ? Pour découvrir des choses, allez plutôt lire les classements individuels de chaque bloggueurs. Je ne sais pas eux, mais moi cette opération m'a limite foutue le cafard. Parce que voilà ça met en lumière qu'on tire tous chacun de notre côté comme des débiles. Que notre réponse à la domination des Inrocks & co (domination toute relative vu l'écroulement des ventes), c'est de la jouer petit bras en pondant un classement de disques sur la toile. Youpi ! Rock'n'roll ! Tout ça pour quelques visiteurs de plus. (Avec des mecs comme ça, moi je dis, la presse papier peut dormir sur ses deux oreilles.) Parce que voilà finalement le but de cette opération, qu’elle émane de magazines papiers ou de bloggueurs, c'est ça : donner l’impression qu’on a affaire à un organe (au sens de corps de métier), quelque chose qui pèse, soudé, alors qu’on a seulement affaire à des gens isolés et assez individualistes qui cherchent à se faire un peu de promo sur le dos de cet éphémère effet de groupe. Et hop après chacun retourne à sa petite vie, rien n'a changé (en plus moi, à chacun de ces 3 classements mes choix ne se sont pas retrouvés dans ceux de la masse, j’ai été évincé par le nivellement inhérent de l'exercice). C'est pour ça qu'à un moment, n'y tenant plus, j'ai lancé : "Et si on se réunissait tous pour boire et se décider à ne former qu'un seul et même site de musique pour pouvoir enfin gouverner le monde, hein ?!" Christophe Gbezo de Dans Mon Mange Disques m'a répondu qu'il avait "pensé à l'idée il y a quelques minutes". Merci Christopher, une once d'espoir. Lyle de J'Ecoute De La Musique De Merde m'a quant à lui rétorqué que ça existait déjà et que ça s'appellait Pitchfork. Mais il devait plaisanter, je pense. Enfin bref, moi je ne plaisantais pas trop. Et je m'inquiète pour cette génération d'avoir été le seul à avoir formulé cette idée apparemment folle. Allez, continuons donc sagement à perdre notre temps à rester derrière nos machines, à nous envoyer des blagues potaches, à parler HTML et à faire des concours de quéquettes en comparant nos stats. J'ai déjà passé assez de temps à écrire tout ça, si je rentrais enfin dans ma journée ?



Photo par Rod du site Le Hiboo



Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
commenter cet article
16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 23:31
The Next Bug Thing





"Notre musique fonctionne comme une sorte de monde parallèle"


"Plutôt qu'apocalyptique je dirais que notre album est chaotique"




 







On va parler de votre musique, j'y tiens. Mais avant toute chose j'aimerais qu'on parle image. Ca a l'air important pour vous l'image. En allant sur votre Myspace j'ai vu que aviez déjà réalisé 5 vidéos clips.
Samuel : On voit juste ça comme l'occasion de s'amuser un peu...


Ça ne vous intéresse pas plus que ça de faire des clips ?
Samuel : Non, honnêtement, pour nous ce n'est pas quelque chose de nécessaire, si on le fait c'est plus parce que notre label juge nécessaire d'en faire. La plupart de nos clips ne disent rien que nos ne chansons ne disent déjà, c'est juste des idées visuelles...
Andrew : On est d'ailleurs déçu de certains de nos clips.


Lesquels ?
Andrew : "Space and the Woods" est notre plus grosse déception. Il a été réalisé par Ian Emes, un type qui a beaucoup travaillé sur l'identité graphique de The Wall de Pink Floyd. En fait on voulait quelque chose d'assez arty pour refléter le fait qu'on utilise du vieux matos. Mais il a dit : "Je peux faire votre clip, j'en ai vraiment envie, mais j'ai besoin de 6 mois". Là-dessus notre label a dit : "Ok, mais tu as une semaine !"


Je vois le hic. Comment connaissiez-vous son travail ?
Andrew : On avait vu certaines de ses vidéos. Et puis on connaît sa fille qui fait elle-même des films d'animation. Un jour on lui a donc demandé si on pourrait rencontrer son père...
Samuel : Le travail autour de notre image, on prend ça comme l'occasion de nous amuser. As-tu vu le clip de "Focker" ?


Oui.
Andrew : On a fait ça avec très peu de moyens et c'était fun !
Ross : En comparaison, "Space and the Wood" a coûté 4 fois plus cher. Ca restait marrant à faire mais moins que "Focker" parce que lorsqu'il y a beaucoup d'argent en jeu, ça gâche le plaisir. Sur "Focker" il n'y a pas d'effets spéciaux, on a fait avec deux francs six sous. Andrew : Le montant qu'il y a sur ton compte en banques (rires) !


Qui a réalisé le magnifique robot en carton qu'on voit dans le clip de "Focker" ?
Andrew : C'est Dan Brereton, le réalisateur du clip. Il a dessiné le robot et c'est une fille dont je ne me rappelle plus le nom qui l'a construit. Et c'était fantastique. Le robot est animé par un type qui porte ça comme un déguisement et à la fin du clip il nous tabasse pour de vrai !
Sam : À chaque fois qu'on fait un clip on se fait maltraiter ! Pour celui de "The Bears Are Coming" on a dû se lever à 5h du mat' pour marcher dans la forêt et pour "Focker" on a passé une journée entière enfermé tous les quatre dans une petite pièce à devoir gigoter comme des fous et nous jeter littéralement sur nos instruments et contre les murs. En plus il y avait de la fumée. Ah, cette fumée ! Moi qui suis quasi asthmatique, je n'en pouvais plus. Et il fallait sans cesse qu'on refasse les scènes.


Y a-t-il une sorte de message dans le fait que ce robot vous tape, vous musiciens, vous humains ?
Andrew : Tu veux dire un message genre les hommes contre les machines comme il y en avait dans la science-fiction des années 60-70 ? Non, ce genre de choses c'est daté. C'est comme l'aéroport Charles de Gaulle. A l'époque son style architectural devait être jugé moderne et tout mais maintenant c'est daté. Mais ça reste tout de même beau, fascinant en un sens. Parce que les choses peuvent être simples, datées et frapper encore l'esprit.
Sam : Comme ces vieux films de SF : Le Mystère Andromède, 2001 Odyssée de l'espace, Solaris...


Dans le clip de "The Bear Are Coming" vous jouez avec les initiales de votre nom de groupe, le L, le O, le T et le P, comme si c'était des symboles ésotériques, mystiques. Ca m'a fait penser aux pubs que faisait Playstation il y a quelques années. Elles déliraient pareillement autour des 4 symboles de sa célèbre manette.
Samuel : C'est vrai qu'on les aborde nous aussi comme une sorte de schéma combinatoire un peu mystérieux. Notre logo est une fusion de ces 4 lettres. Ça donne quelque chose d'assez organique, sexuel...
Andrew : D'ailleurs on a dû avoir cette idée en regardant un film de cul (rires) !


Qui est l'auteur de votre logo ?
Andrew : C'est Samuel.


Moi quand je le regarde j'ai l'impression que la manière dont s'emboîtent le L, le O, le T et le P former un flingue !
Samuel : Un flingue ?!
Andrew : Ce n'est pas faux, mais alors un flingue tout zarbe dont on se demande comment il pourrait fonctionner


Un flingue de SF !
Andrew : Oui, forcément ! As-tu vu Krull ?


Non.
Andrew : C'est un vieux film d'aventure SF. Notre logo-flingue pourrait très bien s'intégrer dans ce genre de films où les héros ont tout un tas d'armes bien tordues ! On a un autre logo où les initiales de notre nom de groupe forment un triangle. L'idée de ce genre de logo c'est de permettre de mieux nous identifier et voilà, nous on va sortir notre deuxième logo pile poil au moment où les gens auront commencer à nous identifier avec notre premier logo (rires) !


Le style graphique de vos logos me fait penser au travail de Druillet, un dessinateur de SF français des années 70. Voici un recueil de certains de ses dessins.
Andrew : Wouah ! Ca ressemble à ce que fait Roger Dean, un artiste anglais de la même période qui a entre autre illustré des pochettes de Yes.


Alors ça te plait Druillet ?
Andrew : Carrément ! J'aime ce genre de BD, d'univers, je suis un gros geek. C'est pour ça que j'aime la scène musicale française. Beaucoup des groupes français que j'ai rencontré sont de gros geeks, comme l'est Erol, notre producteur. Erol, c'est juste un gros geek, un fou de musique. En ce moment nous tournons avec Breakbot, un parisien dont certains des morceaux sonnent un peu comme ce que fait le label Ed Banger, très disco, très cheesy. Et Breakbot, c'est aussi un gros geek. La musique et les geeks font bon ménage.


Et donc les geeks que vous êtes ne se préoccupent pas plus que ça de peaufiner l'univers visuel de leur groupe ? Quand on forme un groupe de musique et qu'on est des geeks j'imagine qu'on a toujours la tentation de proposer plus que de musique mais un véritable univers multimédia...
Samuel : Nous avons en effet plein d'images en tête, mais comme notre but c'est de déclencher l'imaginaire et qu'on estime que notre musique génère déjà en elle-même des images dans la tête des gens, on pense qu'on pourrait s'abstenir de faire des clips. Surtout que c'est dur de faire un bon clip. La plupart du temps quand tu en fais un tu dois te battre pour ne pas être redondant avec les images que la musique évoquent toute seule. En même temps tu dois réussir à ne pas être trop ambitieux, à ne pas vouloir exprimer avec le clip tout ce que tu as déjà voulu exprimer avec ta chanson, parce que voilà, ce n'est qu'un clip, il doit venir compléter la chanson. Or nous nous si on voulait vraiment être à la hauteur des images qu'on a en tête il nous faudra des budgets de fous, ce qu'on n'a pas, et ce ne serait peut-être plus des clips à l'arrivée mais des mini films. Peut-être qu'un jour on fera des films...


Votre The Wall !
Samuel : Peut-être pas aussi politique...
Ross : Quelque chose de plus arty et décalé à la Monty Python peut-être !
Samuel : Oui, mais voilà pour l'instant on fait de la musique et dans l'absolu, si on avait le choix on préférerait ne faire que de la musique et laisser l'imagination faire son travail parce qu'elle est plus puissante que n'importe quel clip.
Andrew : Notre musique fonctionne comme un monde en soi, une sorte de monde parallèle. Je pense que les réalisateurs sont conscients de ça et qu'ils le transcendent à travers leurs clips. C'est ce qu'a fait Saam Farahmand avec le clip de notre morceau "The Bears Are Coming" comme il l'a fait pour le clip de "Feedback", le dernier single de Janet Jackson
Sam : C'est étrange de parler du regard des gens alors que nous nous adressons plutôt à leurs oreilles. On est tellement immergé dans notre musique, son univers, que lorsqu'on en sort on est un peu étonné d'être perçu comme un groupe multi sensoriel. De voir que les gens captent eux aussi un peu de ce monde parallèle dans lequel nous baignons. Mais c'est bon signe, ça veut dire qu'on touche les gens sur plusieurs plans, auditifs, visuels, etc. On est super content de réussir ça à une époque où il est très dur de captiver les gens parce qu'ils sans cesse stimulés par 36 000 choses à la fois...


Là-dessus votre musique semble jouer la carte de la surenchère. Hyperactive, instable, elle incorpore telle un mash-up plein d'éléments en perpétuel changement. D'ailleurs en l'écoutant, je me suis à échafauder une hypothèse à son sujet et vous allez me dire ce que vous en penser. Mon hypothèse c'est que votre musique est le reflet d'Internet et de la manière dont il bouleverse les codes musicaux. Comme Internet votre musique est emphatique, boulimique, elle zappe et mélange tous les genres dans un même mouvement. Et je me disais donc qu'en un sens Internet agissait peut-être sur votre musique comme le LSD avait agi sur celle des Beatles à la fin de leur carrière, en la rendant monstrueusement psychédélique. Qu'en pensez-vous ?
Andrew : C'est une hypothèse intéressante mais à vrai dire nous ne sommes pas de gros utilisateurs d'Internet. On ne télécharge pas des tonnes de disques. Internet, on voit juste ça comme un outil générationnel, un truc qui à un moment nous a permis de mettre des démos de nos chansons en ligne.
Sam : Aujourd'hui Internet est dans tous les foyers, et c'est utile lorsque comme nous tu habites un petit village, car ça te permet d'écouter plein de choses, d'élargir ton horizon.
Samuel : Mais en même temps notre imagination n'a rien à voir avec Internet. A la limite, elle a plus à voir avec le fait de s'asseoir en plein milieu d'un champ. Enfin je dis ça mais en fait je trouve qu'un champ c'est aussi ennuyant qu'Internet. Tout ça c'est pareil. Et nous, tout ce qu'on fait on le fait pour lutter contre l'ennui.


Andrew, tout à l'heure tu évoquais l'écurie Ed Banger. Je trouve qu'il y a une sorte de lien entre votre album et celui de leur groupe phare, Justice, car vos deux disques véhiculent un côté odyssée ou opéra électro rock, comme s'il titillaient la notion de concept album.
Andrew : Vous ne pouvez pas dire ça en France, c'est un gros à ce qu'il parait !


La notion de concept album ?
Andrew : Oui !


Ça dépend avec qui tu causes !
Andrew : Je ne pense pas que notre album soit un concept album parce qu'il n'est soutenu par aucun concept précis. Il y a plusieurs petits concepts mais il n'y en a pas un gros.


Mais votre album raconte une histoire, non ?
Andrew : Si c'est le cas, c'est un hasard ! C'est juste que lorsque nous avons fini ces morceaux nous nous sommes demandés comment les organiser ensemble pour qu'ils forment un tout cohérent.
Samuel : Le truc aussi c'est que la plupart de ces morceaux datent d'il y a 4 ou 5 ans. Ils sont comme les différentes facettes d'une même histoire qui serait l'histoire de notre évolution en tant qu'individu, l'histoire de notre devenir en tant que jeune adulte, l'histoire de l'excitation qui nous habite encore en tant qu'adolescent et de toutes les émotions qui vont avec. Enfin, je ne sais pas. Cet album est si riche que je crois qu'on peut y voir ce qu'on veut.


J'ai l'impression que cet album sonne comme une apocalypse, mais une apocalypse grotesque, hédoniste...
Andrew : ça m'étonne toujours que les gens trouvent que notre album soit apocalyptique. C'est juste qu'il sonne comme la fin de quelque chose et le début de quelque chose d'autre.
Sam : Peut-être aussi qu'il reflète malgré lui cette période crise et de chaos dont on parlait tout à l'heure. Plutôt qu'apocalyptique je dirais donc de notre album qu'il est chaotique.




Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article
16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 01:34
The Next Bug Thing ?


J'ignore s'ils occuperont encore les esprits en 2009, mais si ces quatre anglais hauts comme trois pommes ont agité le circuit rock en 2008 avec la sortie de leur premier album, Fantasy Black Channel, ils ne l'ont pas volé. Car contrairement à ce qu'ont pu dire des petits malins pressés à l'idée de se farcir une "next big thing", la musique des Late Of The Pier n'est pas qu'un maelström barré jouant la carte de la barjitude à tout prix pour exciter une industrie en mal de nouvelles nouveautés. Leur disque est fou-fou puisque s'y télescopent, pillés, tous les genres et sous genres du rock, du hard à l'électro, du glam au psyché, mais il n'est pas une mascarade post "nu rave" à la Klaxons ou un autre péplum "technolo-geek" à la Justice. Tout en coloriant comme un sagouin, ce disque pirate contient des chansons. Le 8 octobre dernier, quelques minutes avant leur passage sur la scène du Grand Journal de Canal+, tout cela m'a donné envie de longuement converser avec Samuel Eastgate, alias Samuel Dust, le chanteur pas souriant, Andrew Faley, alias Francis Dudley Dance, le guitariste au cheveux longs, Sam Potter, alias Jack Paradise, le claviériste à gueule d'ange et Ross Dawson, alias Red Dog Consuela, le batteur rouquin.




"Notre motivation c'est de ne pas perdre notre excitation"


"Beaucoup de critiques jugent les groupes histoire d'amuser la galerie"




Bonjour Ross, bonjour Sam. Alors il parait qu'hier soir vous avez joué sur le plateau de l'émission Ce soir ou jamais. Comment c'était ?
Ross : Surréel !


Pourquoi ?
Sam : Hé bien pendant une bonne heure et demi les invités de l'émission ont débattu le plus sérieusement du monde de la crise économique et hop après ils ont invité un groupe de rock à venir jouer : nous !


Et il n'y a aucun lien entre votre musique et la crise économique !
Ross : Hé bien non, je ne pense pas ! Ça faisait donc un gros contraste. (Andrew arrive et s'installe bien en face du dictaphone.)


Bonjour Andrew. Bienvenue ! Nous parlions de la crise économique.
Andrew : Super ! En un sens la crise c'est bon pour nous car elle donne aux gens l'envie de s'évader, de se distraire. Et distraire les gens, les amuser, ça on sait faire. A part ça, je suis assez excité de voir ce qui va se passer. Ca peut être intéressant si tout le système économique se casse la gueule.


J'ai lu qu'à Londres les riches sont tellement flippés qu'ils se sont mis à faire leurs courses chez les hard discounts...
Sam : Oui, c'est triste.
Andrew : Mais je pense que c'est positif. Quelque chose de positif émerge toujours de ce genre de situation catastrophe. Plein de travailleurs vont quitter la City parce que des banques vont fermer et qu'il y aura donc moins de boulot, mais je me demande si les riches vont être touchés par la crise.
Ross : Les riches sortent leur argent des banques pour le mettre sous leur matelas. Moi il ne peux rien m'arriver : je n'ai que 60 pounds sur mon compte !


Vous n'avez pas l'air trop stressé avant de monter sur scène...
Andrew : On essaie de ne pas trop y penser...
Ross : C'est super de jouer à la télé française...


Pourquoi ?
Andrew : Parce que jusque-là chez vous, contrairement à la télé anglaise où on ne joue jamais live et où s'ennuie horriblement, on a joué live et il n'y avait pas un type pour haranguer le public, genre : "Allez amusez-vous, applaudissez !"


Pourtant chez nous aussi ça existe les chauffeurs de salle...
Andrew : Sans doute mais en tout cas il n'y en avait pas lorsqu'on est passé dans l'émission Ce soir ou jamais. La scène était belle, blanche, bien éclairée, les plans de caméras étaient supers, bien rythmés et personne n'était là pour dire à la foule de péter les plombs quand on arriverait sur scène. Ils ont juste dit : "Voici Late Of The Pier". C'était soft, smart.


Quelle chanson avez-vous jouée ?
Andrew : "Mad Dogs & Englishmen". D'habitude c'est une de nos chansons qui marche le moins en concert parce qu'elle est plus laid back et qu'elle fait moins appelle aux samples.


Vous ne vouliez pas trop chahuter le public de Ce soir ou jamais !
Sam : Je trouve ça dur de jouer à la télé parce que d'habitude quand on joue live on sent l'excitation de la foule, les gens se lâchent et toi sur scène tu sens cette énergie, et tu sais qu'elle est sincère. Quand tu joues pour la télé c'est moins le cas, l'excitation du public est plus mise en scène parce que tu ne joues qu'un titre, qu'il y a les caméras...
Ross : C'est vrai, mais apparemment hier soir le public de l'émission a semblé avoir vraiment aimé notre prestation. On a bien été applaudi.


Depuis quelques mois, comme votre premier album est enfin sorti, mais d'ailleurs le cas avant qu'il ne sorte, la presse ne tarit pas d'éloges sur vous. Comment vous vivez ça ?
Tous : Ça va ! (Samuel, le leader, vient d'arriver et se tient debout un peu à l'écart, visage fermé, sérieux)


Bonjour Samuel. Nous discutions du statut de "next big thing" que vous ont conféré les médias. Qu'en penses-tu ?
Samuel : Pour eux on est « the next big thing » depuis qu'on a joué notre première chanson live à Londres. Les médias disent ça à chaque fois, pour un peu n'importe quel groupe. Honnêtement, tout ça ne rime à rien, je pense que personne ne peut dire quel sera le prochain groupe qui va vraiment compter. A la limite être "the next big thing" c'est plutôt une tare, ça veut dire que tu ne seras jamais vraiment quelque chose, c'est un effet d'annonce qui te réduit au statut de nouveauté qui sera très vite remplacée par une nouvelle nouveauté. Les médias disent juste ça pour vendre du papier !
Andrew : Ce qui est marrant avec cette appellation de "next big thing" c'est que d'un côté si tu n'es pas "the next big thing" ça veut dire que tu n'es rien, que tu n'existes pas, mais d'un autre côté si tu es "the next big thing" ça veut dire que tu seras dépassé dans deux mois. Tout cela est très paradoxal et montre bien l'absurdité de la chose...


On est d'accord...
Andrew : Nous notre motivation numéro une en ce moment, comme nous sommes encore très jeune et qu'on continue d'apprendre, c'est de tout faire pour ne pas perdre notre excitation et notre plaisir à faire ce qu'on fait. Surtout que c'est en nous faisant plaisir qu'on pourra faire plaisir aux gens. Pour nous c'est dans ce sens-là que ça marche, pas l'inverse. Et c'est super important pour nous cette notion de plaisir à entretenir car on se lasse vite des choses. On a toujours besoin de rester en mouvement si on s'ennuie. Pour faire nos concerts, on n'a pas de budget en or, on a juste un peu d'argent et des idées, mais voilà ça semble marcher. Ça plait aux gens, ça les excite. Donc voilà si c'est cela être "the next big thing", pourquoi pas. Tant que les gens sont excités par ce qu'on fait au point d'avoir envie d'en savoir plus sur notre musique, c'est bien.
Sam : En France on est signé chez Because Music mais pour le reste du monde on est chez Emi, donc on ne sait pas trop comment on est perçu en France, mais on en a eu un petit aperçu la dernière fois qu'on est venu à Paris pour deux jours de promo. Les journalistes qu'on a rencontrés ici étaient vraiment enthousiastes.


Parce qu'ils rencontraient la "nouvelle sensation" anglaise !
Sam : Non, on les sentait vraiment intéressé par notre musique. C'était des mecs de 40-50 ans, des types très intelligents. Ils nous ont posé les meilleures questions qu'on ne nous ait jamais posées.


Quel genre de questions ?!
Tous : (rires)
Sam : Ce n'était pas vraiment des questions, plus des thèmes de discussion, du ressenti...
Andrew : Je ne sais pas trop ce qu'il en est en France mais en Angleterre, la plupart des journalistes de presse écrite ne veulent pas parler de musique. Si tu es une célébrité ou une personnalité, c'est de toi qu'ils veulent parler.


Cette dérive people touche aussi la presse française, mais pas trop notre presse rock parce que comme le rock n'est pas notre culture populaire, mais celle des pays anglo-saxons, chez nous ça reste quelque chose de fort, d'artistique. En général lorsqu'on parle de rock on parle donc de la musique, de l'œuvre en elle-même.
Andrew : Je vois. En tous cas c'est ce genre d'expérience qu'on a eu lorsqu'on venu donner des interviews à Paris. On s'attendait à être interviewé par des jeunes rédacteurs de webzines fascinés par le fait qu'on soit "the next big thing", mais non on a plutôt été interviewé par des mecs qui sont dans le métier depuis près de 30 ans et qui ont écrit en temps réel sur les décennies musicales dont nous nous inspirons. Et ces mecs nous disaient : "Bon Dieu, votre musique me met sur le cul !"


Mais comme vous êtes un peu partout glorifiés comme "the next big thing", certains journalistes font de vous leurs têtes à claques préférées. Ainsi je connais un journaliste français qui vous a dégommé en vous décrivant sommairement comme un vulgaire mélange des Klaxons et de Simple Minds. Qu'en pensez-vous ?
Samuel : Hé bien je me demande bien laquelle de nos chansons il a pu écouter pour penser cela ! Ou quelle partie de quelle chanson ! Que dire ? Beaucoup de critiques de presse écrite sont payés pour juger les groupes histoire d'amuser la galerie. Je trouve ça dommage. La musique ne devrait pas être traitée comme ça. Ce journaliste dont tu parles, il n'a pas compris qu'on cherche juste à s'amuser. Il nous a jugé super sérieusement, du haut de son super cerveau de critique qui sait si bien trier le bon grain de l'ivraie. Les critiques font surtout ça en Angleterre. Les gens qui nous aident sont ceux qui ne nous jugent pas à la première impression. Erol Alkan, notre producteur, nous connaît depuis un an et il ne nous a jamais jugé. Le truc c'est que notre musique est dure à capter au premier abord. Il faut l'écouter à plusieurs reprises pour pouvoir vraiment rentrer dedans.



(Suite et fin.)


Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article