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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 22:58
Jane d'un seul ?



"Bashung, c'était le trip de mes baby-sitters"


"Aujourd'hui, il entre dans mon univers"


Comment vous êtes vous retrouvez à jouer dans des clips d'Alain Bashung ?
Je suis passée par une agence de casting, je ne sais même plus laquelle.


Un gros concours de circonstances ?
Ah, totalement ! J'étais en maîtrise de cinéma et on m'a appelé pour un casting car j'étais à Paris depuis peu et, comme tous les acteurs qui commencent, j'étais inscrite dans plein d'agences, de pub, de casting, de machin, de truc (rires) !


A cette époque connaissiez-vous l'univers et les chansons d'Alain Bashung ?
Pas très bien parce que c'était plutôt celui de mes baby-sitters. C'est con, mais c'est vrai. Moi, j'écoutais beaucoup de choses anglo-saxonnes, les Cramps par exemple, et très peu de trucs français ! Donc Alain, je ne l'écoutais pas. J'écoutais peut-être un peu "Osez Joséphine", mais ce n'était pas un univers qui m'était familier. Je n'avais pas ses disques.


Depuis vous avez rattrapé votre retard ?
Forcément, ouais. Mais quand l'agence m'a dit que j'étais prise au casting avec Jacques Audiard pour "La nuit je mens", quand j'ai su que je travaillais, j'étais tellement contente de travailler ! Parce que c'était difficile pour moi à l'époque : j'étais en maîtrise de cinéma et j'attendais les coups de fil. Je décrochais quelques petits courts métrages de-ci de-là, mais rien de solide. Alors travailler, avoir une fiche de paie, je vous jure, c'était important ! C'est bête à dire, mais c'est super (rires) !


En plus, v'là le projet !
Oui, c'était Audiard, c'était Bashung. Alors même si ce n'était qu'un ou deux jours de tournage, d'un seul coup avec ce genre de projet, on se sent exister, tout simplement, on se sent vivant.


Après"La nuit je mens" vous avez tourné dans les clips de "Malaxe" et "Faites monter". Tenez, j'ai une anecdote à propos de "Faites monter". Dans le refrain du morceau il y a ces vers : "Faites monter l'aventure / Au-dessus de la ceinture". Je ne sais pas si vous avez entendu le nouveau single de l'ex-Star Académicienne Elodie Frégé, qui s'intitule "La ceinture", mais il y a ces vers : "Rien ne dure / Au dessus de la ceinture". Le texte est de Benjamin Biolay. Et ces vers sont tellement typiques qu'on a du mal à croire que Biolay ne les a pas pompés sur ceux de "Faite monter".
Oui, c'est bizarre. Mais je ne connais pas bien Benjamin Biolay. En tous cas, Alain ne m'en n'a pas parlé. Ah, les croisements entre chanteurs !


Donc vous, vous écrivez en français.
Ah oui, je préfère. C'est trop facile en anglais. Vous dites : "Darling / Let's go dancing" et ça colle. En français, c'est une autre paire de manche. Le français est une super belle langue, mais elle n'est pas facile à chanter. Il faut en faire une musique. Ce n'est pas facile, mais moi j'adore.


Un français prend moins de risque à écrire en anglais ?
A court terme, c'est sûr. Mais à long terme, on prend plus de risque parce que ce qu'on dit disparaît dans le flot.


Oui. Tous les textes du dernier album de Charlotte Gainsbourg sont en anglais et le côté lisse de l'anglais fait qu'elle disparaît totalement dans les musiques de Air. Elle disparaît d'autant plus que, vu son héritage, l'anglais est une esquive, le français un défi. Oser se réapproprier la langue de son père, pour enfin exister en plein.
Bien sûr, mais c'est peut-être ça qui l'angoissait. C'est compliqué pour elle. Je n'ai pas écouté son disque.


Vous, vous osez une langue subtile et "explicit lyrics". Déjà il y a ce titre, Chienne d'un seul.
Moi, je n'ai pas envie d'aller dans le sens du poil, je n'ai pas du tout envie de faire de la musique pour conforter les gens, j'écris ce que je ressens, je ne me censure pas. Je ne fais pas non plus de la provocation gratuite avec des gros mots à toutes les lignes. Du tout. J'ai quand même la prétention de faire des choses poétiques. Mais à partir du moment où l'on est artiste, il faut y aller, on ne va pas commencer à se dire : "Non, ça, ça ne se dit pas". Pitié ! Moi, j'écris comme je respire. Et je chante comme je respire.


De manière autodidacte.
Oui, voilà. Et spontanée surtout, libre. Surtout libre. Surtout à cette époque-ci. Pitié ! Après, il y a peut-être quelques mots durs mais parfois c'est aussi assez joli. En tous cas, c'est sincère. Voilà, moi je ne peux dire que ça. J'écris et je chante ce que j'ai là. (La main montre le ventre.)


Chienne d'un seul est-il fait de fonds de tiroirs ou de morceaux récents ?
Les morceaux les plus anciens ont peut-être six ans. Deux morceaux se sont faits cette année.


Christophe signe la photo de la pochette...
En fait, Christophe et moi avons fait un petit film qui est sur le site. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup et qui m'a toujours vachement épaulé. Je crois qu'il aime bien ce que je fais.


Lui aussi a une relation particulière avec les films, le cinéma...
Oui. Et on a toujours pris beaucoup de plaisir à parler de plein de choses. Et je crois qu'on a une estime mutuelle. Je lui ai donc demandé s'il voulait bien que j'utilise ses photos pour illustrer la pochette. Ça fait du disque un bel objet. Je suis contente, même si je ne le sors qu'à petite échelle. Pour moi, c'est un disque important. De toute manière, ces deux disques sont étroitement liés. Ils ont été faits en même temps. Ce sont des voix parallèles.


Nous venons de parler de l'album de Charlotte Gainsbourg. Des "albums d'actrices" trouvent-ils grâce à vos yeux ?
Oh, je m'en fous qu'elles soient actrices ou pas ! Par la force des choses, comme je chante beaucoup plus que je ne joue, je ne me sens pas comme une actrice qui chante. Je me sens plus chanteuse qu'actrice. La musique, c'est vraiment mon nerf, ce qui me fait tenir debout, ce qui me fait me lever le matin. Le jeu, non. En ce moment, le jeu est totalement absent de ma vie, même si ça reviendra sans doute, par vagues. Je me sens d'autant plus chanteuse que Chienne d'un seul est vraiment ma petite entreprise. Je fais tout : écriture, scène, site, enregistrement, etc. (rires) ! Donc je m'en fiche des actrices chanteuses. Bon, sauf Marlène Dietrich qui est toujours, je trouve, géniale à écouter. Marilyn Monroe aussi. Je trouve qu'elles assuraient ! Elles savaient tout faire. Elles avaient raison. Sinon, je dois avouer que je ne suis pas super sensible à Kiberlain, tout ça. Ce que je fais n'a rien à voir.


Ce que faisait musicalement Gainsbourg avec les actrices, ça vous touche ?
Ah, oui. Parce là, il les embarquait comme un metteur en scène embarque des actrices, donc c'est plutôt touchant. Il les enlevait, hop !


Il jouait au marionnettiste avec elles !
Oui, mais elles le lui rendaient bien. C'était un bel échange. J'aime bien ce principe-là.


Lors de La tournée des grands espaces, Alain a joué avec cette mythologie Gainsbourienne, vous invitant à ses côtés à la fin du show le temps d'un morceau final chanté d'une manière très très langoureuse. Vous apparaissiez comme un simulacre du couple Gainsbourg-Bardot. J'imagine qu'on vous la déjà dit, non ?
Oui, mais ces deux albums disent le contraire. Que je ne suis pas cette image-là.


Mais visuellement, on ne pouvait pas ne pas y penser.
Bien sûr ! Lors de La tournée des grands espaces, c'était assumé, j'entrais dans son univers. Maintenant avec Calamity, c'est plutôt lui qui rentre dans le mien. Et voilà, c'est bien de faire des passerelles entre nos deux univers.


Rodolphe Burger entre aussi dans votre univers. Il joue la guitare blues qui sert de trame narrative au film sonore qu'est Calamity. Vu leur passion pour les univers country western, on s'imagine qu'Alain et Rodolphe sont ravis d'évoluer dans votre univers.
Oui, ça leur va bien. On écoute beaucoup de country, c'est sûr. Rodolphe, j'ai tout de suite pensé à lui pour ce projet ! Je me disais avant même qu'il n'existe : "Si un jour ça voit le jour, j'aimerais vraiment la guitare de Rodolphe." Je trouve que c'est un des meilleurs joueurs français. Son jeu de guitare est magnifique.


Sa guitare évoque tellement la lenteur poussiéreuse du désert et du far west...
Voilà. Un de ces accords, c'est toute une histoire. J'adore Rodolphe !


Mais vous ne voulez pas qu'il vienne jouer sur scène avec vous !
Non ! Parce que lui, comme Alain, ils sont trop connus.


Qui va donc pouvoir égaler son magique jeu de guitare ?
Yan Péchin qui est excellent, extraordinaire. Il me suit depuis le début. C'est avec lui que j'ai fait Chienne d'un seul. Il a travaillé avec Alain sur La tournée des grands espaces, il a travaillé avec Miossec, en ce moment il est sur Thiéfaine, il fait beaucoup de choses. Mais pour moi, c'est vraiment mon frère siamois. D'ailleurs, sur ce disque je le remercie comme mon frère siamois. Parce que pour moi, c'est vraiment ça. Bon, il pourra y avoir quelques occasions où Alain et Rodolphe feront des apparitions. Mais si l'un ou l'autre est sur scène avec moi, ce sera forcément comme si c'était moi qui entrait dans leurs univers. Or cette histoire me tient trop à cœur pour que je reste dans leur ombre.


No way !
Ouais, no way ! Je n'ai pas envie de laisser ma place. C'est bête de dire ça, mais le monde est terrible (rires) ! Et puis c'est Calamity, donc pour une fois on va peut-être lui rendre un peu hommage. Même si c'est plus modeste ainsi, ce n'est pas grave, au moins ce sera fidèle à la réalité.



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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 01:22
Jane d'un seul ?



"Ce que je fais n'est pas très peace and love"

"des histoires d'amour avec

de l'art autour"


 

Comment travaillez-vous la lecture des textes de Calamity Jane pour la scène ?
Il ne faut pas être trop chiant sur scène.


Oui, parce que c'est un disque qui s'écoute calmement, sur la durée. Ce n'est pas un truc accrocheur qu'on peut écouter dans la rue avec son iPod.
Non, parce que c'est un film sonore. Je le vois comme ça.


C'est un disque qui s'écoute chez soi, limite dans un état de sieste.
Oui, il faut pouvoir se laisser aller à son imagination, laisser les images arriver toutes seules, c'est ce que j'aime bien dans cette idée de faire un film sonore. Pour moi, c'est vraiment ça. Et comment ça se travaille sur scène ? En fait, je ne lis pas grand-chose. Je chante les chansons du disque. Il y en a huit.


Courtes.
Elles sont courtes, oui.


Elles étaient écrites comme ça ?
Ouais. Je ne suis pas du tout formatée comme fille (rire) ! C'est vrai qu'elles sont courtes. C'était comme ça. Less is more. Je n'aime pas trop les fioritures, j'aime bien le côté brut. Et ça lui va bien à Calamity, le côté brut.


Elles sont aussi courtes sur Chienne d'un seul ?
Elles ne sont pas très longues, je crois. Peut-être un peu plus, mais pas beaucoup plus.


Celles de La ballade de Calamity Jane sont très éphémères, presque comme des interludes.
Voilà, Calamity c'était vraiment ça. Il y a effectivement des moments où c'est presque des interludes.


Ce qui nous ramène au désert, au far west. Les chansons passent, fugitives, comme des mirages.
Bien sûr, c'était ça. C'est quand même une ballade au départ, c'est vraiment une errance. Il y a donc des moments où elle chantonne et des moments où elle ne chante plus du tout, où elle disparaît. Pour moi, c'est ça Calamity. Dans Chienne, c'est plus structuré. Mais ce qui est intéressant sur scène avec Calamity Jane, c'est qu'on peut faire quelque chose de très fluide avec ces courts morceaux. En fait, dans le concert, je pense ces huit chansons comme une espèce de chanson de 25 minutes, avec juste quelques phrases de lectures à chaque fois pour faire le lien. 25 minutes de cet album qui durant, mes concerts, feront une espèce de parenthèse dédiée à cette femme. Voilà.


La musique vous donne-t-elle accès à des rôles qui vous permette, en tant que femme, d'exprimer des choses que le cinéma vous permet peu souvent d'exprimer ?
Non, je pense que toutes les émotions peuvent être exprimées ! Que ce soit en musique, au cinéma, en littérature, en tout. Tous les arts sont faits pour ça. Chaque art propose une forme d'expression assez complète et satisfaisante, j'imagine, pour l'artiste qui la choisit. Mais le problème, quand on est acteur, c'est qu'on se plie à une demande. Alors c'est merveilleux quand on est complètement connecté avec le metteur en scène, qu'on en a pour deux mois et qu'on est regardé, qu'on nous cherche dans les coins, qu'on a de la liberté, qu'on est embarqué. Ça doit être magnifique. Moi, je ne connais pas ça.


Mais vous avez connu ça ailleurs qu'au cinéma. A 15 ans vous semblez (cf. son site) avoir eu un rapport très fusionnel avec un photographe qui vous a embarqué dans son univers.
Oui, beaucoup. C'est une très belle histoire que j'ai eue avec Tom Sewell.


Vous avez donc très tôt commencé par une expérience forte de pure égérie.
Ah oui, au sens fort. Pour moi, c'est vraiment important cette période, c'est pour ça que je l'ai fait figurer sur le site. Il y en a eu des milliers des photos avec lui, un de ces jours il faudra qu'on en fasse un livre.


Cette personne continue à faire de la photo ?
Oui et pas que ça (Inexplicablement, elle rit. Il faudra surfer sur le site de Tom Sewell pour tenter d'en savoir plus) ! Il fait beaucoup de choses. Avec lui, j'ai passé trois ans à faire des photos, je me déshabillais partout, dans la rue... On s'est beaucoup amusé.


Ces séances de photos avaient une dimension de happening ?
Oui, ce côté vite hop ! un peu hors la loi, genre on n'a pas le droit, mais on s'en fiche, on fait notre truc. Je rentrais vraiment dans le cerveau de quelqu'un. Et ça, j'ai beaucoup aimé.


Vous jouiez avec cette obsession qu'il avait pour vous ?
Oui, il y avait une vraie connexion visuelle à ce niveau-là. Et j'imagine que ces rencontres sont rares, qu'elles se fassent avec un homme, une femme ou dans le cadre d'une histoire d'amour. Au cinéma, ces rencontres sont rares mais elles sont magnifiques. Je pense qu'un jour ça m'arrivera. J'aspire à ça, donc ça va venir. Mais en attendant la musique me comble beaucoup. Et la scène me comble beaucoup.


Sur scène, il y a tout à gagner, tout, du moins, à prouver...
Ouais ! La situation fait qu'il va forcément se passer quelque chose. On peut plaire, déplaire, énerver les gens, ce n'est pas grave !


Il y a un vrai frottement avec le public ?
Quelques fois il se passe des trucs supers, ça dépend.


Exemple ?
Par exemple au Pulp. J'ai fait un concert au Pulp. C'est quand même une boite de nuit. Une boite qui sonne horriblement, on n'entend rien, c'est monstrueux.


Et au Pulp, il n'y a pas de scène à proprement parler.
Non, on est au niveau des gens. Et comme ce que je fais n'est pas doux, ça ne va pas dans le sens du poil, c'était magnifique de voir tous les gens s'asseoir. Dans cette boite de nuit, les gens étaient assis par terre à me regarder. Ça fait plaisir. C'est qu'il se passe quelque chose. Et c'était amusant à voir, au Pulp, tous ces gens par terre, à fumer. C'était hyper peace and love, alors que ce que je fais n'est pas forcément peace and love, il y a eu cette réaction assez bizarre pour le lieu, c'était marrant. Et puis parfois, on vous traite de tous les noms mais ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave, c'est bien, il se passe quelque chose. Je crois que ce que j'aime le moins c'est quand il ne se passe rien.


Ça vous est déjà arrivé ?
Non. En tous cas, je suis toujours heureuse de faire un concert. Toujours. Je suis toujours contente d'y aller. Même s'il n'y a pas grand monde.


Le texte du Cantique des cantiques vous habitait-il comme vous habitent les lettres de Calamity Jane ?
Non. En fait, c'est juste parce que je me mariais avec Alain. C'était simplement ça.


Une pierre pour mêler art et réalité ?
Moi, j'ai tout le temps eu des histoires d'amour avec de l'art autour. Quand on est amoureux et qu'on est artiste, je crois que c'est une façon de transcender le quotidien, le réel. C'est une façon de dire qu'on s'aimera après la mort. Il y a quelque chose qui m'est presque nécessaire là-dedans, parce que je n'ai jamais aimé autrement. Il y a quelque de bizarre là-dedans.


De passionnel aussi.
Oui, de passionnel. C'est comme graver son nom dans l'écorce d'un arbre, pour moi c'est la même chose. C'est comme de se dire qu'on veut le marquer pour toujours, même si on sait que ça ne durera peut-être pas toujours. Parce qu'on ne sait jamais ce que la vie nous réserve, mais en tous cas, à ce moment-là, on y croit et on a envie de le dire. D'ailleurs se marier c'est ça pour moi. Se marier ça ne veut pas dire qu'on se marie et que ça va durer toute la vie, mais ça veut dire qu'au moins on y croit, qu'on a envie que ça dure toujours comme ça et on a envie de vous le dire.


Le cantique des cantiques n'avait donc pas de signification religieuse pour vous.
Non. Quand on s'est dit qu'on allait se marier, on a cherché un texte parce que le curé nous accueillait dans son église. Mais il ne nous mariait pas religieusement, parce que je ne suis pas baptisée, je ne crois pas du tout en Dieu. Et je le lui ai dit.


Alain, idem ?
Oui, en plus il est divorcé. Bref, ce n'était pas possible de se marier officiellement, mais on est tombé sur un curé intelligent, un mec bien.


Aux derniers mariages auxquels j'ai assistés, j'ai en effet constaté que certains curés s'adaptent aux demandes de ceux qui souhaitent une cérémonie, quelque chose de sacré, mais pas forcément du religieux.
Il y a des cons et des gens bien partout. Et c'est vrai que les gens veulent du sacré. Nous, c'est ce qu'on a dit au curé : "On veut du sacré".


Le sacré a une place importante dans la culture rock.
Le sacré, c'est ce qu'il y a dans l'amour, c'est ce qu'il y a dans la vie. Dans la vie, il y a des moments sacrés, des choses sacrées. Une mairie, ce n'est pas sacré, ce n'est pas très drôle. Moi, je ne crois pas à Jésus Christ mais j'aime bien rentrer dans les églises, allumer un cierge, de la même manière que je rentre dans des temples quand je suis à l'étranger. Les lieux sacrés sont agréables. Ce sont des endroits où vous ne consommez pas, où c'est calme, où c'est beau. En tous cas, ici il y a quelque chose qui est hors du temps.


Comme lorsqu'on va au cinéma ?
C'est vrai ! C'est un peu la même démarche. D'un seul coup on se retrouve isolé dans un endroit neutre. Avec Alain, on cherchait donc des textes pour célébrer notre mariage et on a pensé au Cantique des cantiques qui est quand même LE texte d'amour par excellence.


Un texte très sensuel.
Oui, mais ça dépend des traductions.


Votre Cantique des cantiques est la version qu'en a donnée l'écrivain Olivier Cadiot. Il l'a revisité avec sa science du découpage poétique, tout en épure, ellipse et néanmoins sensualité.
Oui, et c'est le fruit du hasard si on a bénéficié de sa traduction, même si Olivier est un ami. Je me souviens, on était en train de déjeuner avec Rodolphe et on lui disait : "Tu ne veux pas faire un truc avec nous dans l'église, pour notre mariage ? On cherche à faire quelque chose d'un peu spécial autour du Cantique des cantiques." Il nous a dit : "Olivier vient de le traduire pour la nouvelle édition de la Bible." C'était incroyable. Les choses se sont vraiment emboîtées et ce fut une super expérience. Comme quoi, si on laisse faire la vie, elle fait parfois très bien les choses.


Quelle vie sur scène a eu Le cantique des cantiques ?
On en a joué une petite partie pendant toute La tournée des grands espaces, 15-20 minutes. Et puis on l'a joué à l'occasion d'une petite tournée des églises. On a fait la cathédrale de Genève, une grande église à Lille, des chapelles en Bretagne, une petite tournée des lieux bizarres. C'était bien. Encore une fois, c'était complètement hors de tout.


Tout à l'heure nous parlions de la difficulté d'écrire des chansons en français. Les textes de La ballade de Calamity sont en anglais, pourquoi ?
En fait, j'ai découvert le livre en français, mais dans ma tête c'était quand même une américaine donc ce qui m'est venu m'est naturellement venu en anglais.


Une question d'imaginaire ?
Ouais. Autant on peut imaginer que les textes dits par Jim O'Neill soient dits en français dans la mesure où les lettres visent à transmettre un message précis et compréhensible d'une personne à une autre, autant pour moi les chansons c'était vraiment la voix de Calamity. C'était sa voix elle qui, en un sens, ressuscitait. Donc ça devait se faire en anglais. Je me suis donc mise dans cet état-là. Et c'est venu comme ça.


Il y a au centre du disque un duo avec Alain. Un autre duo avec Alain après le long duo du Cantique des cantiques.
Ouais. (Elle fredonne.) "Bill, Bill, Bill...".


Votre union c'est un noyau dur qui circule de projets artistiques en projets artistiques ?
Oui, c'est beau ! C'est merveilleux de pouvoir s'aimer et de travailler ensemble. Je ne vois pas ce qu'il y a de mieux. Mais ça coûte cher de faire ça !

 


(Suite.)


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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 02:11
Mon cœur
(de groupie)
mis à nu




C'est étrange comme on peut se réveiller un jour avec l'envie de tout plaquer, son foutu job de pigiste rock par exemple, et se coucher le soir même avec la foi retrouvée, ou presque, parce qu'une musique, un ami ou une femme nous a redonné envie d'y croire.


Le 25 février, La Féline jouait au Truskel. Je ne mourrais pas d'envie d'y aller. La dernière fois que je les avais vu c'était tellement parfait, comme je vous le disais ici, pourquoi émousser ce souvenir ? J'étais plus sorti pour sortir. Et puis quelque chose s'est passé. Alors on va encore croire que je dis tout ça parce que je veux me faire la nana du groupe ou que ce sont des amis. Effectivement on se connaît, mais c'est loin de me rendre musicalement plus tendre envers eux !


Non, la vérité c'est que tout ça s'est fait malgré moi. J'étais là face à ces chansons, cet univers nourri de Neil Young, Ennio Morricone, François de Roubaix, John Carpenter, Kate Bush, Arthur Russel, Neu!, La Düsseldorf et des premiers Polnareff. La salle était pleine et sans consciemment le vouloir, je me suis vite retrouvé tout devant à prendre cette musique plein pot comme si j'avais fini par développer des récepteurs spécifiques à "La Passeggiata", "Mystery Train", "Superman", "La nuit du rat", "Naïve", "Three Graces", "Freaking Out", "John McCabe" et leur reprise d' "Into The Night" de Julee Cruise...


A un moment il y a eu des problèmes de son, une fois, deux fois, puis trois. Agnès continuait de sourire, de se battre, tenir le truc, et ça semblait dur face à l'absurdité de tenir quand tout s'écroule, que la fluidité du show est par terre et qu'on se sent nu, déserté de magie. J'ai vu ses yeux se voiler en plein morceau. Mais la magie a rejailli de plus belle. Car elle ne s'est pas débinée. Elle a montré que la musique était vraiment sa passion, pour ne pas dire un besoin vital. Et dans ce climat d'adversité, j'ai vu ses morceaux redoubler d'intensité, prendre un ascendant dingue sur moi. Et l'article s'est mis à prendre forme en moi, comme une déclaration d'amour.


Et comme j'étais là devant son aura sensuelle et catéchiste, sa beauté mi vamp mi veuve, par pudeur, je détournais parfois le regard, de peur qu'elle le voie s'écrire. Alors a reflué en moi la définition du Beau de Baudelaire issue de Mon cœur mis à nu, du Beau comme "quelque chose d'un peu vague, laissant carrière à la conjecture", pour qui le beau visage de femme est celui qui fait rêver "d'une manière confuse" en dégageant "une ardeur et un désir de vivre" mêlés "à une amertume refluante, venant de privation ou de désespérance."


Qu'ajouter ? Qu'avec son instrumentation pysché-kraut et sa narration de dark fable "La nuit du rat" est tellement énorme qu'on la croirait sortie du Third de Portishead ? Qu'ils viennent d'accueillir un quatrième membre, féminin, à la guitare "surf miaou" ? Que leur nom est tiré d'un film de Jacques Tourneur sur l'histoire d'une new-yorkaise hantée par la peur d'être la descendante d'une race de femmes monstres qui se transforment en panthères dès qu'elles perdent leur virginité ? Qu'ils sont actuellement suivis par le coach scénique Philippe Albaret ? Qu'un papier sur eux paraîtra en mars dans le Hors Série Musique de Technikart ? Que depuis le 19 février leur deuxième EP est disponible en téléchargement payant sur Pop Only Knows ? Oui, je pourrais, mais j'ai surtout envie de dire que tant qu'il y aura La Féline j'aurais toujours un ami, une musique ou une femme pour me redonner l'envie d'y croire, et que ça, c'est inestimable.

 


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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 11:33
Jane d'un seul ?



"Mais qui est cette femme ?"

"Seule contre tous"



Dans tout ça, à quel moment intervient le projet d'album La ballade Calamity Jane ?
J'ai commencé "Calamity" après les premières maquettes de Chienne d'un seul. (Silence.) Vous savez, j'ai plein de textes en stock parce que moi je n'ai pas de maison de disques. Si "Calamity" voit le jour, c'est parce qu'il y a Alain Bashung, sinon ça dormirait encore dans un tiroir.


Ça ne vous effraie pas d'être toujours un peu redevable de la notoriété et de l'image d'Alain ?
Si, c'est insupportable, c'est pour ça que j'ai sorti mon truc.


La ballade de Calamity Jane va forcément être plus médiatisée que Chienne d'un seul.
Forcément vu que je n'ai pas de distributeur. C'est pour ça que je vous le donne, pour que vous en disiez quelques mots (rires) ! Chienne d'un seul sera moins médiatisé, mais pour moi il est précieux. Mais attention, "Calamity" c'est aussi précieux !


Oui, cet album a tout de même l'air de vous tenir à cœur.
C'est quelque chose qui me tient très fort à cœur. Je suis rentré dans les lettres de Calamity Jane au tout début de La tournée des grands espaces.


C'est le livre qui vous a accompagné sur la route pendant La tournée des grands espaces ?
Oui. C'est Dominique Gonzalez-Foerster (cinéaste et vidéaste qui mis en images La tournée des grands espaces et qui a aussi réalisé des vidéos pour Christophe) qui m'en a parlé. On discutait littérature et comme on était dans La tournée des grands espaces avec des chapeaux et tout, on rigolait de ce côté cow-boy et c'est à ce moment-là, je crois, qu'elle m'a parlé de l'existence de ce livre de Calamity Jane.


Ce livre existe depuis longtemps ?
Je ne sais pas de quand date la première édition, mais ça fait très longtemps, oui. En tous cas, ce livre m'est resté dans la tête comme une fixation. Il fallait que je le trouve.


Vous sentiez que le personnage de Calamity Jane allait vous plaire, vous parler ?
Je n'en sais rien. (Silence.) Apprendre que cette femme avait vraiment écrit, que ce n'était pas un mythe, ce mythe de la hors la loi, ça m'a surprise et des lors ça m'a intéressé de raconter son histoire. Parce que quand on vous parle de Calamity Jane, et moi la première, vous pensez à la hors la loi avec son pistolet qui tue tout le monde, un truc comme ça. Alors apprendre que cette femme avait une fille et qu'elle lui a écrit, d'un seul coup, je me suis dit : "Hum, hum, c'est quoi cette histoire ? Mais qui est en fait cette femme finalement ? Ce n'est pas qu'un bandit. Elle a eu un enfant. C'était une femme amoureuse. Elle a eu des histoires de cœur. Qui est cette femme ?" Donc j'ai trouvé ce livre et ça m'a bouleversé. Vraiment. Ça m'a bouleversé de voir que justement c'était tout sauf une hors la loi, que c'était juste une femme qui est née dans un monde mormon où les femmes ne doivent que reproduire et d'un seul coup elle a eu un sursaut de conscience, elle s'est vue seule contre tous et elle a décidé de s'habiller en homme, non pas pour faire l'homme, mais pour travailler et pour être libre, pour gagner sa vie. Elle se fait passer pour un homme POUR gagner sa vie. POUR travailler. Et ça, ça change tout.


Faire ce disque sur son histoire à partir de son livre, pour vous, c'était quelque part lui rendre justice ?
Oui et puis parce qu'on y est encore.


Vous voulez dire que son histoire est toujours d'actualité ?
Je trouve qu'on est en plein dedans. On est en plein écartelé là-dedans.


Aujourd'hui plus qu'hier, les femmes veulent faire carrière comme les hommes...
C'est plutôt que les hommes ne veulent pas que les femmes travaillent en tant que femmes ! Je pense que c'est plus ça le problème, sans vouloir faire ma féministe primaire !


Ce que je voulais dire c'est que, dans ce combat pour "l'égalité des sexes", certaines femmes réagissent par la surenchère et se comportant comme des hommes.
Oui, il y en a qui ont les dents comme ça, mais Calamity c'était tout sauf ça ! A son époque, elle ne pouvait pas faire autrement, les femmes n'avaient pas le droit de travailler quand elles étaient en jupe, ou alors elles travaillaient dans les saloons et elles étaient putes. C'est tout ce qu'elles pouvaient espérer. Elle, elle a donc été conductrice d'attelage, elle a bossé aux rails, elle a été sage-femme, elle a été infirmière, des boulots durs, quoi. Elle a beaucoup donné de sa personne, beaucoup. Et elle a eu cette folle histoire d'amour avec Wild Bill Hickock. Elle a eu cette petite fille. Et évidemment, vivant sur son cheval, faisant des boulots durs...


Elle a dû faire un choix.

Voilà. Elle donne donc son enfant à ce monsieur, Jim O'Neill, et puis elle en meurt, voilà. Elle en MEURT parce qu'on ne se remet pas d'être parent. On ne se remet pas de tout ça et en même temps elle n'avait pas vraiment le choix. On ne peut pas non plus dire non à une liberté. Enfin moi, je comprends très bien ça.


C'est un vrai dilemme qui entraîne un chemin de rédemption. Une tentative de rédemption qu'incarnent les lettres qu'elle adresse à sa fille.
Voilà. Et elle se noie dans l'oubli, elle meurt, à petit feu. Elle meurt tôt. Enfin elle meurt à 50 ans, donc elle est morte assez jeune. Oui, pour moi elle en meurt de... de cette déchirure-là. Elle en meurt. Donc ça, ça m'a vraiment bouleversé. Peut-être parce que j'ai aussi une petite fille, je ne sais pas.


C'est ce que je me suis dit.
Ouais, peut-être. Je pense que ça parle plus aux gens qui ont des enfants qu'à ceux qui n'en ont pas.


Votre propre parcours de femme et d'artiste vous pousse aussi à vous identifier à Calamity Jane. Car le monde de la musique, et de l'art au sens large, est un monde d'homme, non ?
Oui, le monde de la musique est MONSTRUEUSEMENT un monde d'hommes. Vraiment. Enfin, je trouve. Donc oui, c'est sûr. Ça marche comme ça, hein. C'est Alain qui lit les lettres de Calamity, et ce n'est pas tout à fait juste.


Pourquoi est-ce lui qui les lit et pas vous ?
Ah, pourquoi ? (Ton acide d'une amertume qu'elle n'arrive pas à cacher.) Parce ça existait avec ma voix mais c'est resté dans un tiroir. France Culture a une émission géniale qui s'appelle l'Atelier de Création Radiophonique. C'est génial ce truc. C'est un artiste, il a une heure et demie pour faire ce qu'il veut, c'est fantastique. J'ai vu le dernier atelier, c'était Laurie Anderson, c'est magnifique. C'est très rare les espaces de liberté comme ça. Et en fait, ces gens-là sont venus voir Alain pour lui proposer un atelier. Mais comme Alain n'avait pas vraiment d'idées, il m'a dit : "C'est le moment où jamais de faire Calamity". Parce que moi sinon je suis personne, on ne vient pas me chercher, vous voyez ce que je veux dire. J'ai donc dit : "Ok". Il fallait donc que je trouve une pirouette pour qu'Alain soit toujours dans le projet. Et j'ai donc trouvé cette pirouette de lui faire lire les lettres, tandis que moi je ne m'occupe que des quelques chansons du projet. Ça fonctionne. Mais intérieurement, je me dis : "Bon, Calamity, j'ai fait ce que j'ai pu pour toi, mais tu vois le monde n'a pas beaucoup changé."


Le projet existe mais les conditions de son existence illustre cette domination d'un schéma patriarcal qui a meurtri Calamity Jane, entre autres.
Mais c'est un truc presque terriblement logique, DESESPEREMENT logique. Ça montre bien que le monde ne change pas tant que ça, voilà. Bon, ceci dit je suis très heureuse qu'il existe ce projet, tant mieux.


Alain n'était-il pas mal à l'aise de tenir ce rôle "anxiogène" par rapport au thème fondamentalement "féministe" du disque. Vous en avez parlé ?
Bien sûr, on connaît le problème par cœur. On l'a pris dans tous les sens. C'était compliqué.


Mais c'était plus important que l'album se fasse.

Oh oui, il faut quand même avancer, que les projets voient le jour. Et puis c'est le dernier comme ça.


C'est votre dernier "compromis" ?
Oui. Enfin, pas compromis, mais voilà, ça existe, c'est bien, je vais le jouer sur scène seule avec mon guitariste, Yann. En ce moment, on le répète et on va faire des concerts. Ça va être beau.



(Suite.)


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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 15:04
Jane d'un seul ?




"Type ? Je n'ai jamais suivi de parcours type !"

"J'aime la nudité d'un rythme et d'une voix"



Vous avez fait le Conservatoire. Votre démarche d'actrice est-elle plus académique et réfléchie que votre démarche de musicienne ?
Oui, je veux vraiment être très libre en musique. C'est pour ça que je m'y sens tellement bien, parce que je fais exactement ce que j'ai envie.


Au départ vous avez pourtant suivi le parcours type de quelqu'un voulant devenir actrice.
Parcours type ? Je n'ai jamais suivi de parcours type. J'avais juste envie de jouer la comédie. J'ai fait le Conservatoire parce que... d'une j'ai eu le concours et puis parce que... quand vos parents vous disent : "Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?" et que vous leurs dites que vous voulez jouer la comédie, ils vous disent alors que vous avez tout intérêt à faire une école, ce qui est normal venant de parents. J'ai donc fait le Conservatoire. J'y ai certainement appris des choses, mais il y en a d'autres que j'ai oubliées et c'est très bien comme ça.


Mais à l'époque, jouer la comédie vous attirait plus que la faire de la musique ?
Je n'y pensais même pas à la musique. La musique a toujours fait partie de ma vie, j'en ai écouté énormément, j'en ai toujours écouté...


Sans passer à l'acte pour autant ?
C'était un fantasme lointain. A l'adolescence, j'avais envie d'être regardée, j'avais vraiment plus envie de jouer la comédie.


C'était pour être dans un jeu de séduction ?
(Soupir.) Je n'ai jamais joué là-dessus. Je voulais juste qu'on m'embarque dans une histoire. C'est quelque chose de très agréable quand quelqu'un vous embarque dans une histoire.


C'est l'envie d'être enlevée, comme une princesse peut être enlevée ?
Oui, voilà. C'est sûr que la musique telle que je la fais moi - qui écris et qui compose - demande beaucoup de soi, beaucoup plus que de jouer la comédie, que d'arriver sur un plateau et de dire : "C'est quoi aujourd'hui ? Ok, j'ai appris mon texte, on y va". Même si après on peut y mettre du cœur.


Il y a plus de travail personnel dans la musique qu'au cinéma.
Oui et tant mieux, c'est un grand bonheur ! C'est à ce prix-là que ça me plait. Je m'amuse en faisant ce que je fais.


Alors pourquoi vous y être mise si tard ?
Parce que le métier d'actrice c'est aussi un truc où vous devez attendre qu'on vous appelle. Et moi je crois que c'est un truc qui ne va pas avec ma nature. Attendre auprès du téléphone, il y en a qui arrivent à le faire mais moi j'en suis incapable, ça me frustre trop. A un moment, j'en ai eu marre d'attendre et comme j'écrivais, comme j'ai toujours écrit (j'ai toujours eu des petits calepins qui m'accompagnaient dans ma vie, des carnets où j'écrivais plein de choses, mon journal intime, des nouvelles, des listes, n'importe quoi), je me suis dit : "Ca suffit, quoi ! On ne peut pas passer sa vie à attendre. Attendre on ne sait pas quoi d'ailleurs."


Il y a eu un autre déclic à part ce ras-le-bol d'attendre ?
(Silence.) Non. Enfin si ! Il y a quand même mon homme qui m'a dit : "Vas-y, quoi. Vas-y, qu'est-ce que tu attends ? C'est évident qu'il faut que tu y ailles." Donc lui m'a dit ces mots-là : "C'est évident."


L'homme en question, c'est Alain Bashung ?
Oui. C'est lui qui m'a dit, juste par des mots simples, des mots d'amour : "Mais bien sûr que tu es capable et que c'est évident qu'il faut que tu fasses ça." Ça a été le déclic ! Et en fait, tous les textes étaient déjà là. Je me suis donc mise à faire mes maquettes. Tout est venu comme ça.


Vous avez eu besoin d'un regard extérieur pour croire en vous, un regard catalyseur ?
Oui, mais ça aurait très bien pu ne pas être le sien... Vous savez, quelque fois quelqu'un vous dit une phrase et ça fait tilt ! Et ça peut être l'épicier d'en bas. Quelque chose se passe et vous montre que bien sûr c'est faisable. Et c'est vrai que c'est génial. Je suis très heureuse de chanter. Ensuite il y a eu Le cantique des cantiques. Vous connaissez ?


Oui. Quelque part, c'est votre premier album, non ?
Ah non, pas du tout. Moi, j'avais déjà fait mes maquettes. D'ailleurs je vais vous donner un disque que je viens de sortir sur mon site et qui est très important pour moi. (Elle fouille dans son sac, en sort Chienne d'un seul.)


Merci. J'ai appris l'existence de ce disque en surfant cet après-midi sur votre site. Je n'en avais pas du tout entendu parler avant.
Parce que ce n'est pas distribué par Naïve. D'ailleurs ils m'en voudraient que je vous en parle, mais bon (rires) ! Je viens de le sortir, c'est une autoproduction. Mais en même temps, c'est un bel objet. J'en suis très contente. C'est Christophe qui a fait les photos de la pochette.


The Christophe ?!
Oui ! Et ce disque c'est ce que je fais sur scène depuis maintenant un an et demi.


Chienne d'un seul est un projet plus ancien que Le cantique des cantiques ?
Pour la plupart des premiers jets des chansons, oui. Vous voyez le temps que ça m'a pris !


Mais Chienne d'un seul est sorti après Le cantique des cantiques.
Oui, en terme de commercialisation, Le cantique des cantiques a précédé. Ensuite, on a tourné avec Alain. J'ai intégré La tournée des grands espaces.


Je vous ai vu sur scène pour La tournée des grands espaces quand vous êtes passée au festival Le rock dans tous ses états à Evreux. A la fin du spectacle, vous chantiez en duo avec Alain.
Ah, super ! C'est chouette. C'était beau ces images. On a tourné deux ans, un grand bonheur. Et ensuite, j'ai pris ma route à moi, ce qui est aussi très important pour moi.


Pour ne plus être sans cesse prise sous l'aile de quelqu'un d'autre ?
Oui parce que c'est très étouffant au bout d'un moment. En fait, pour nous, ce n'était que du bonheur, mais le regard des autres est pesant. Très pesant.


J'imagine qu'on vous a vite collé l'étiquette de "femme de" et qu'on disait de Bashung qu'il était votre pygmalion.
Oui et quelque fois c'est même moins gentil que ça. Et moi j'avais besoin de m'épanouir, de chanter mes chansons. Il m'a donc mis le pied à l'étrier parce que j'ai pu faire ses premières parties mais après j'ai trouvé des salles et maintenant ça fait un an et demi que je fais les bars, les clubs, de tout petits endroits, mais au moins c'est mon choix ! Je me réapproprie quelque chose, ce qui est vachement important pour moi. Et ce disque, Chienne d'un seul, on l'a vraiment fait à la maison en trois jours, juste mon guitariste, Yann Péchin, et moi.


Sur ce disque vous avez aussi travaiillé avec Christophe Van Huffel et Encre. En tant que que guitariste de Tanger et de Christophe, deux artistes assez proche de la nébuleuse chanson rock d'Alain, votre collaboration avec Van Huffel ne m'a pas trop étonné, mais un peu plus celle avec Encre, alias Yann Tambour. Parce que cet auteur-compositeur-interprète d'une chanson rock qu'on pourrait définir comme post Sonic Youth et Dominique A est plus jeune. Comment l'avez-vous rencontré ?
En fait, ça s'est fait au tout début de Chienne d'un seul. Je compose à la voix, en chantonnant mes textes, parce que je sais comment doivent sonner les mots, donc j'écris et après je compose la musique par rapport à la voix. Parfois, je ne mets juste une rythmique en boucle ce qui me donne un premier jet de mélodie. J'aime bien cette fraîcheur, ce truc très naïf, très nu aussi où il y a juste une rythmique et une voix. Ça permet d'essayer plein de choses, très librement. Et donc une fois que j'ai eu ces lignes mélodiques, j'ai contacté plusieurs musiciens pour m'aider à harmoniser et à arranger tout ça. En est sorti une première mouture, qui n'a jamais vu le jour. Et après un an et demi de scène avec Yann, on avait refait tous ces morceaux ainsi que des nouveaux morceaux tous les deux et on a enregistrés tout ça sans les arrangements des premières moutures. Ces musiciens m'ont donc aidé à ce que les morceaux existent au niveau mélodique, mais finalement il n'y a que Yann qui joue sur le disque.


(Suite.)


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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 11:02
Jane d'un seul ?




Le 3 mars, Chloé Mons sera en concert au Grand Rex. Elle y dévoilera sans doute des chansons du nouvel album qu'elle est en train de préparer. L'occasion pour moi de vous faire partager la discussion qu'elle et moi avons eue en octobre 2006 autour de la sortie de ses deux précédents disques, La Ballade de Calamity Jane et Chienne d'un seul.

Enfermée dans le bureau vacant d'une attachée de presse du label Naïve, Chloé Mons me fait face, lovée dans un fauteuil en cuir. 60-70 centimètres nous séparent. Quelques centimètres d'une surface plane en désordre où trône le doux visage maquillé de Marilyn Monroe en une des Inrocks et mon dictaphone qui entame son ronron d'être en si bonne compagnie. Nous sommes là pour parler de La ballade de Calamity Jane, un disque qu'elle a réalisé avec Alain Bashung (son mari) et Rodolphe Burger (un ami) et qui, à l'heure de notre rencontre, sort dans moins d'une semaine. A mon étonnement on parlera aussi d'un autre disque qu'elle sortira de son sac au cours de la discussion. Ce disque c'est Chienne d'un seul, un album plus personnelle (sans les contributions de Bashung et de Burger), autoproduit (Osez Joséphine Musique) et non distribué dans les bacs (en vente sur son site).


Cinéma, rock, amour, écriture, amour, égérie : sans doute trop occupée à parler de tout ce qui l'anime avec un journaliste (ce qui ne lui arrive pas souvent vu sa faible notoriété) celle qu'on voit drapée de fumée sur les photos bleutées que Christophe a pris d'elle pour Chienne d'un seul ne prendra même pas le temps de s'en griller une. Chloé n'a plus la silhouette de la toute jeune femme que montrent les photos de Tom Sewell, elle est presque pire : d'une beauté imparfaite et généreuse qui laisse place à l'imaginaire. De toute l'interview, je ne saurai dire qui de ses seins affleurant de sa robe ou de ses grands yeux eyelashés m'a le plus tourmenté. A moins que ce ne soit sa voix troublante oscillant sans cesse entre les graves gouailleurs de Béatrice Dalle, les inflexions nasillardes de Catherine Breillat et la fraîcheur sucrée d'une jeune fille. En tous cas, vous l'aurez compris, Chloé est à mille titres captivante. Magnétique. Magnéto.



"La musique, c'est ce que j'ai dans le ventre"


"Brisseau m'intéresse, il cherche un truc"



Savez-vous quelle image vous avez dans le milieu de la musique et dans celui du cinéma ?
Non, pas vraiment. Pour ce qui est du cinéma, c'est dur de répondre car je n'y ai pas encore fait ce que j'avais envie de faire. Pour l'instant, je n'y ai fait que des passages anecdotiques, qui étaient agréables à faire, mais qui restent anecdotiques.


De quand date votre premier rôle au cinéma ?
Je ne sais plus.


D'après ce que dit votre site cela remonterait à 1998.
Ah ! Vous êtes allé sur le site. Il est joli, hein ?


Oui.
J'ai beaucoup travaillé dessus. Alors ouais, c'est ça. Et puis avant, j'ai fait le Conservatoire et c'est vrai que je ne suis pas encore comblée niveau cinéma, pas du tout.


A ce jour, vous vous êtes plus réalisée dans la musique que dans le cinéma ?
Ah oui (soupir) ! Parce que j'ai fait ce que je voulais. Je compose, j'écris, je ne suis l'outil de personne. Ce qui est agréable au cinéma, c'est d'être l'outil de quelqu'un.


Mais encore faut-il trouver la bonne personne.
Mais voilà, il faut pouvoir être un outil intéressant dans le projet et l'univers de quelqu'un qui nous plait, sinon c'est très frustrant, je trouve. Là, la musique, ma musique, c'est quelque chose.


Actuellement entre vous et le cinéma c'est en stand by ?
Je suis total open, mais je ne cours pas après. Je ne fais pas du tout de démarches, parce que d'abord la musique me prend beaucoup de temps, avec les concerts, etc. et la musique c'est d'abord ça que j'ai dans le ventre. C'est ça qui prime.


La musique vous habite plus que le cinéma ?
La musique, c'est mes mots, c'est mes histoires... Je suppose qu'un metteur en scène habite beaucoup plus son projet qu'un acteur. Forcément. Dans les chansons que je fais, j'ai l'impression de raconter mes petits films. La manière dont je les chante c'est la manière dont je les entends C'est ce que j'ai dans la tête, c'est un peu ma vie. Tout vient de moi, donc c'est forcément très agréable.


Mais un acteur est-il fatalement vide de cinéma lorsqu'il tourne pas ?
Je pense que lorsqu'on est très bien connecté avec un metteur en scène et qu'on a un grand rôle, ça peut être fantastique. Dans ce cas-là, je pense que le metteur en scène peut vraiment nous emmener dans un univers où on lui rend quelque chose. Mais moi je n'ai jamais eu cette occasion-là.


Même pas un petit peu ?

Si, j'ai eu des petits rôles, des petites choses amusantes, mais faire deux jours de tournage ce n'est rien. Par contre, je suppose que ça doit être quelque chose de faire deux mois de tournage non stop avec une équipe et un metteur en scène. Deux mois pendant lesquels on cherche ensemble et on va dans le même sens. Là, je pense qu'on a le temps et de fantasmer et de vivre la chose et de la digérer. Alors que si on fait un ou deux jours de tournage, c'est agréable, très rigolo, on joue à la fée, à la princesse, mais ça ne reste que de chouettes petits moments volés. Ce n'est pas assez pour pouvoir s'installer dans quelque chose.


Quels sont les réalisateurs ou réalisatrices...
Qui me plaisent ?


Dont vous aimeriez qu'ils vous embarquent dans leur univers ?
(Silence.) Ah la la, je n'aime pas dire ça parce qu'après j'ai l'impression de faire de la pub...


Je vous demande juste votre ressenti. Je sais que vous avez par exemple déjà travaillez avec Claire Denis pour le clip de "Faites Monter", le single de Bashung pour L'imprudence.
Oui, Claire c'est quelqu'un dont je me sens proche en tous cas. Evidemment. C'est quelqu'un que j'aime énormément et avec qui cela serait possible parce qu'elle aime aussi les êtres décalés comme ça. (Silence.) Brisseau (Jean-Claude, Nda), je trouve que c'est intéressant ce qu'il fait ! Lui aussi il cherche quelque chose.


Vous avez vu son film, Les anges exterminateurs, qui est actuellement en salles ?
Ouais, j'ai beaucoup aimé. C'est très intéressant. Il est le seul à faire ça. (Silence. Réflexion. Elle bute. Ne trouve pas d'autres idées de réalisateurs ou réalisatrices.) Oh ! Je vais beaucoup au cinéma pourtant...


Vous êtes une grande habituée des salles obscures ?
Oui, j'aime beaucoup le cinéma. J'ai une maîtrise de cinéma.


J'ai vu ça dans votre biographie. Vous avez fait votre mémoire de maîtrise sur le thème du dos au cinéma. J'ai bien aimé le titre de votre mémoire : "Cinéma en Dos Majeur". Un titre pareil, je me suis dit qu'il justifiait à lui seul le fait d'écrire quelque chose sur le sujet ! De quoi parle concrètement votre étude ?
En bref, le sujet m'est venu parce que je me suis dit : "Un écran, c'est blanc, plat. Un dos c'est blanc, plat. Pourquoi cette surface plane imprime-t-elle tant de choses quand elle est filmée ? Pourquoi y sent-on autant de vie ? Pourquoi le dos c'est si fascinant au cinéma ? Pourquoi on le filme et qu'est-ce qui s'y passe quand on le filme ?" Parce qu'au départ, il ne se passe rien, c'est quand même un monolithe. Voilà, c'est venu de là. Et en fait, j'ai trouvé pleins de trucs (rire) !


D'autant plus qu'une surface plane et blanche permet toutes sortes de projections personnelles ?
Bien sûr ! On y retrouve forcément les fantasmes de chacun, comme au cinéma. On peut y mettre tout ce qu'on peut imaginer soi-même.


 

 

(Suite.)


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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 19:46
Christian rock ?




"on n'est pas Tenacious D mais je pense que nos morceaux ne manque pas d'esprit"


"nos chansons c'est du divertissement"



Pour en venir enfin aux chansons de Day and Age, je dois dire qu'il m'est difficile de dire ce que j'en pense car je n'ai pu l'écouter qu'une seule fois dans son intégralité au rez-de-chaussée de l'hôtel juste avant de te rencontrer. Mais ce que je peux dire c'est qu'il m'a donné l'impression de contenir moins de tubes que Hot Fuss et Sam's Town.
Tu trouves ?


C'est-à-dire que je ne crois pas à déceler de tubes tonitruants comme "Mr. Brightside" et "When We Were Young". L'album semble plus relax, calme, spacieux...
Ça m'intéresse de savoir ce que les gens pensent de notre musique. Ce que je peux te dire c'est qu'on ne sait jamais assis tous les quatre autour d'une table en nous disant "Allez les gars, écrivons des tubes". C'était juste "Ecrivons de bonnes chansons". Et je pense que ce disque est la meilleure compilation de chansons que nous n'ayons jamais fait. Nous sommes pas mal inspirés en ce moment. Tellement que j'ai déjà envie de retourner en studio pour enregistrer d'autres morceaux ! D'ailleurs la semaine dernière nous étions en studio pour travailler sur notre chanson de Noël 2008 avec Elton John. J'aime presque autant travailler en studio que jouer sur scène.


Il a pas mal été dit que Day and Age serait un album électronique, finalement ce n'est pas le cas.
En fait c'est surtout notre premier single, "Human", qui sonne vraiment électro-dance.


Il n'est pas représentatif de l'album.
Oui, parce que sur ce disque on est parti dans plusieurs directions à la fois. A aucun moment on ne s'est restreint en optant pour un seul style musical.


Et qu'en est-il des thèmes abordés dans les morceaux ? Les chansons tournent-elles autour d'un thème précis ou là aussi ça part dans plusieurs directions ?
Les thèmes des morceaux sont assez ouverts, à l'image du titre du disque que chacun peut interpréter à sa façon.


Pour moi Day and Age ça ressemble au nom d'une crème anti rides !
Bien vu, je n'y avais pas pensé (rires) ! Qu'ils soient positifs ou négatifs, j'aime bien ce moment des premiers feedback en interview, parce que j'ai encore la tête dans les chansons qu'on vient de finir, je ne sais pas trop quoi penser de ce qu'on vient de faire et ça me permet de prendre du recul par rapport à tout ça et de progressivement réussir à exprimer ce que je pense de ce disque.


Revenons aux textes de vos chansons. Ce n'est pas toi qui les écrits mais je voulais tout de même t'en parler parce que j'ai remarqué une chose. Dans Hot Fuss un trio de chansons semble traiter du même thème : le rejet des nanas au profit de l'amour de la musique. "Mr. Brightside" par exemple si j'ai bien saisi le texte c'est l'histoire d'un type qui se fait piquer sa nana mais qui dit : "Pas grave, au diable les nanas, de toute façon ce n'est pas mon truc, moi mon truc c'est de me donner corps et âme à la musique parce que mon destin c'est de devenir un super héro pop".
Oh c'est intéressant ce que tu dis là...


"Glamourous Indie Rock'n'roll" disait la même chose : "Fuck l'amour, le sexe, la drogue, je suis prêt à tout donner dans le rock quitte à devenir un no life si ça peut me permettre de devenir un jour une star du rock indé". Même son de cloche dans "Andy You're A Star". L'amour d'une fille perd tout poids face au désir d'être une star : "In a car with a girl, promise me she's not your world / Cause Andy, you're a star / In nobody's eyes but mine Andy, you're a star". A croire que Hot Fuss était un concept album sur le rejet des filles et l'obsession de devenir une popstar.
Je n'avais jamais vu les choses ainsi. Je ne pense pas que ce sens-là ait été consciemment voulu, mais c'est intéressant. Tu réfléchis beaucoup !


Tu discutes des paroles des morceaux avec Brandon ?
Oui ! Mais je n'y ai contribué qu'une seule fois, c'était d'ailleurs sur "Glamouros Indie Rock'n'roll". La phrase "She plays drum, I'm on tambourin", ça c'est de moi ! Mais bien sûr qu'on en discute parce que des fois je trouve que ça sonne bien mais je ne vois pas trop ce qu'il veut dire !


C'est une question que j'aurais aimé poser à Brandon mais comme il n'est pas là je me permets de te la poser : qu'est-ce qu'un Mr. Brightside ?
C'est le surnom que Brandon se donne dans ce morceau assez autobiographique. Après je ne sais pas quoi te dire d'autre. Nous on préfère savoir ce que les gens voient dans nos textes plutôt que de dire ce que nous avons voulu précisément y dire.


Alors je vais te dire ce que j'y vois. Pour moi Mr.Brightside c'est clairement un croyant, un moine soldat qui préfère se consacrer tout entier à sa croisade pop plutôt que de courir les filles et autres plaisirs de la vie.
Euh je pense que Brandon est ironique dans ce morceau.


The Killers, un groupe ironique ? Ce n'est pas vraiment l'image qu'on a de vous ici ?
C'est peut-être dû à la différence entre l'humour français et américain. C'est sûr que nous ne sommes pas Tenacious D mais je pense que nos morceaux ne manque pas d'esprit.


C'est bizarre moi je les perçois au contraire comme étant très premier degré.
Premier degré ? On ne m'avait jamais dit ça, mais pourquoi pas !


En tous cas je ne pense pas qu'on zappe votre humour en raison d'une différence culturelle et langagière car les français captent bien l'ironie dans les textes de Morrissey.
L'ironie n'est qu'un des sentiments qu'on aborde dans nos textes et peut-être qu'on essaie d'être sarcastique et qu'on n'y arrive pas du tout. On doit peut-être devenir plus cérébraux !


Day and Age est-il votre disque le plus cérébral ?
Je n'en ai aucune idée. Mais pour en revenir à "Mr. Brightside", je pense vraiment que Brandon y faisait preuve d'ironie et de snobisme, genre : "Cette foutue fille se paie ma tête, mais je m'en fiche, je suis Mr. Brighstide, j'ai mieux à faire".


Ah ok. Moi je me suis plutôt dit que ce morceau révélait votre nature de groupe rock chrétien ! Genre le sexe c'est mal et l'art c'est bien.
Ô mon Dieu, ce n'est pas du tout ça (rires) !


Pas chrétien ? Vous faites tout de même des chansons de Noël !
Eu oui, mais c'est juste que nos chansons sont faites pour distraire. C'est du divertissement.


The Killers, un groupe de bons gars, quoi !
Pour sûr qu'on est de bons gars. Regarde, moi je suis marié, donc je me dois d'être un mec bien !



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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 01:30
Christian rock ?



Le 10 novembre le guitariste (Dave Keuning) et le batteur (Ronnie Vannucci Jr.) des Killers étaient à Paris pour assurer l'un après l'autre la promotion de Day and Age. Une promotion rendue difficile par le fait que les journalistes venaient de découvrir l'album quelques heures avant de rencontrer le groupe, ce qui les a naturellement poussé à parler de tout sauf du disque dans lequel ils n'avaient pas eu le temps de rentrer. Personnellement ça ne m'a pas trop dérangé.


Client de leurs deux premiers albums et ne les ayant jamais rencontré, j'avais déjà un beau stock de questions à leur poser aux Killers, et des bien farfelues même. Je les ai testées pendant 20 minutes auprès d'un Dave un peu perché qui partira même sur un beau malentendu (voyant que j'avais un exemplaire de Hot Fuss il a pensé devancer ma demande en me proposant un autographe, mais comme j'avais juste le disque en main comme support d'information pour mener l'entretien et que je me fiche des autographes, j'ai décliné sa proposition et il a eu l'air bien malin, le pauvre). Et maintenant pour 20 autres minutes c'est au tour de Ronnie de prendre place devant moi. Globalement soumis aux mêmes questions, va-t-il se révéler plus pertinent que son pote ?









"On ne veut de mal à personne, nous venons en paix"


"un jour nous serons peut-être de grands auteurs, mais pour le moment nous sommes encore des bébés"



Bonjour Ronnie. Je viens donc de discuter avec Dave. Entre autre choses, je lui disais que je trouvais votre nom de groupe plutôt étonnant vu la musique que vous pratiquez. Parce que moi quand je vois un groupe nommé "les tueurs" c'est peut-être tordu mais je pense illico à Œdipe et au meurtre symbolique du père. Or The Killers est loin d'être un groupe de rock qui déboulonne ses idoles. Au contraire, votre musique ne cesse de citer ses pairs. Tu vois ce que je veux dire ?
Je vois, je vois. Hum, tu sais, nous sommes un groupe ambitieux mais je ne sais pas si nous le sommes assez pour avoir envie de déboulonner nos idoles comme tu le dis. On ne veut de mal à personne, nous venons en paix.


Mais il n'y a pas de mal à déboulonner ses idoles. Prenons Radiohead. Pour moi c'est l'exemple type du groupe qui a déboulonné ses idoles. Radiohead c'est 5 types qu'on ne perçoit plus comme des fans de rock, ni même comme des rockers mais comme des auteurs et des artistes à part entière.
Bien sûr, aujourd'hui quand Radiohead joue il ne rend hommage à personne.

Une fois j'ai discuté de ça avec une amie fan d'Oasis. Elle me disait justement ne pas aimer le côté"auteurisant" de Radiohead et les trouver "méprisant" parce qu'ils refusent de jouer certains tubes qui ont assis leur notoriété. Personnellement je trouve ça bien, même normal, qu'un groupe refuse de jouer les chansons dans lesquelles il ne se retrouve plus. Ça montre qu'il n'est pas une machine, qu'il est humain, qu'il a ses propres désirs. Des groupes comme vous, U2, Coldplay et Oasis prenez moins cette liberté sur vos fans. Vous semblez assez scrupuleusement respecter cette fonction "jukebox" qui vous unit au public, comme si c'était votre raison d'être. Comme si encore une fois, vous rendiez hommage, mais cette fois non pas aux artistes qui vous ont influencé mais aux gens qui vous ont soutenu.
Je vois ce que tu veux dire.


Et ce n'est pas une critique.
T'inquiète, je le prends bien ! Je comprends ton analyse. Je la trouve très intéressante. Vraiment.


Tu veux dire que tu la partages ?
C'est-à-dire que c'est sûr que nous sommes de gros fans de musique, mais il y a un point sur lequel je suis en désaccord avec toi. Ce n'est pas parce que nous sommes des enfants de la pop, de la radio et tout ça qu'on ne va pas évoluer vers autre chose. Je trouve ça intéressant de voir comment un groupe va pouvoir évoluer en 10-20 ans de carrière. Je veux dire, chaque groupe s'inspire de ceux qui l'ont précédé, mais après tout reste ouvert. Moi, ado j'ai essayé de copier des musiciens, notamment le batteur de The Jimi Hendrix Experience mais comme je n'étais pas assez bon pour faire le truc exactement comme lui le faisait, finalement j'ai fini par développer mon propre style.


En même temps c'est impossible de vraiment copier la façon de jouer de quelqu'un.
Je pense que si. Plein de groupes ou de tribute band arriver à sonner exactement comme les groupes qu'ils copient.


Pour moi ce qui fait de vous un tribute band ce n'est pas tant que vous sonniez exactement comme un groupe existant - parce que ce n'est pas le cas, vous sonnez comme plusieurs groupes existants - c'est plutôt parce que je ressens chez vous cette inébranlable foi rock qu'on ressent chez les tribute band. Cette sorte d'invincible et presque enfantine croyance qui fait que certains de ces tribute band sont parfois meilleurs que les groupes qui taisent leurs influences et essaient de se faire passer pour les "auteurs" qu'ils ne sont pas.
Oui, mais en même temps je pense qu'aujourd'hui tu ne peux pas tromper le public. Les gens ne sont plus dupes de ce genre de choses. Qui sait, un jour nous serons peut-être nous aussi de grands auteurs, mais pour le moment nous sommes encore des bébés. Nous continuons d'apprendre.


Pourtant l'industrie du disque ne semble pas vous considérer comme des bébés.
Peut-être qu'ils devraient parce que ça ne fait pas longtemps que nous sommes là.


Vu votre style de musique tout en hymnes et le carton de votre premier album, dès votre deuxième album l'industrie vous a presque cataloguée comme une machine U2-esque.
Ah bon ? Tout ça est une question de perception et ce que tu as pu percevoir de ton côté en tant qu'auditeur et en tant que journaliste n'est peut-être pas la réalité de ce que nous avons perçu de notre côté en vivant le truc de l'intérieur.


Sans doute. Pour vous, c'était comment de l'intérieur ?
On ne se sentait pas vraiment comme une machine U2-esque. D'ailleurs on ne s'est jamais senti ne serait-ce qu'arrivant à la cheville de U2.


Oui, mais l'industrie réfléchit par "cases", vous faites partie de l'industrie et elle vous a mis dans la case néo U2.
Bien sûr, mais on n'essaie de ne pas penser à ce genre de choses. On cherche plutôt à se concentrer sur la musique pour sans cesse faire mieux que ce qu'on a déjà fait.


Et tu penses que votre nouvel album est mieux que tout ce que vous avez déjà fait ?
Oui.


Pourquoi ?
Parce qu'on continue tout simplement à faire ce qu'on sait faire, c'est-à-dire qu'une fois de plus on a laissé venir les chansons à nous au lieu d'essayer de les faire rentrer dans un quelconque moule. Et c'est la première fois qu'on s'est senti si à l'aise de faire des chansons !


Pourquoi ?
Parce que notre premier album était surtout une collection de démos et on a eu que deux semaines pour écrire le deuxième. Or, pour le troisième, on a un peu plus de temps.


Et d'argent ?
Hum, je ne pense pas que l'argent joue un rôle là-dedans.


Bah ça peut par exemple vous permettre de rester plus longtemps en studio.
Oui, mais à l'époque de Sam's Town on a dépensé moins de 15% du budget qui nous était alloué pour acheter un studio d'enregistrement. La question du temps de travail en studio n'était donc plus un problème pour ce nouvel album. Et ça nous a permis d'être à la fois plus relax et plus concentré parce qu'avec l'expérience acquise sur Sam's Town on savait dorénavant vraiment ce que ça voulait dire de faire un album.


(Suite et fin.)



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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 23:52
L'envers du rock




Avez-vous remarqué ? On dirait que tous les groupes rock qui comptent ont une sorte de membre fantôme. Un mec trop sensible qui s'est barré (en couille) quand le succès les a mis sur les rails (de coke). Un dissident qui n'a tout simplement pas supporté de rentrer dans le moule (monde). Je ne suis pas érudit rock, donc arrêtez-moi si je me trompe, mais n'est-ce pas ce qui a frappé Brian Jones, Syd Barrett, Bon Scott, Vince Clarke et tous les autres ?


Je pensais à ça dernièrement. Je venais d'apprendre que Nick Kent avait été, une poignée de secondes, chanteur des Sex Pistols à la place de Johnny Rotten. Oui, Nick Kent, le célèbre rock-critic anglais auteur de Dark Stuff. Je venais aussi d'apprendre que Cheval Blanc avait été membre fondateur des No One Is Innocent. Oui, Cheval Blanc, l'auteur du "Poème lent". Quoi ? Vous ne connaissez pas Cheval Blanc ?


Vous avez vu Almost Famous ?


Un passage de ce film m'a marqué, hanté. C'est le moment de transmission entre maître Yoda et Luke Skywalker, quand le célèbre rock-critic américain Lester Bangs conseille le jeune héros qui désire marcher sur ses traces. Il dit, je résume ça de mémoire : "Petit, méfie-toi des rockers. Ils voudront te la faire à l'envers. Mais toi et eux évoluez dans deux sphères distinctes, tu m'entends ? Toi et eux n'êtes pas du même bois. Ils sont cool, toi pas. Il en va de ton job, petit, n'oublie jamais ça."


"Ils sont cool, toi pas." Comment oublier ce "Prends garde au côté obscur de la force" quand c'est Bangs qui le formule et qu'on désire soi-même, comme le gamin dans le film, devenir critique rock ?


Ce n'est que quelques années plus tard, après passage à l'acte et mûres réflexions, que j'ai compris précisément où Yoda Bangs voulait en venir. Et je ne l'ai jamais mieux compris qu'en lisant il y a quelques jours la page 17 de Règles pour le parc humain de Peter Sloterdijk. Quoi ? Un philosophe allemand maintenant ? Oui, un philosophe allemand ! Mais ne vous inquiétez pas, je vous la fais courte. Page 17 donc : "On ne peux comprendre l'humanisme antique qu'en le concevant comme une opposition de la lecture humanisante, créatrice de tolérance, source de connaissance, face au siphon de la sensation et de l'enivrement dans les stades. Quand bien même l'humaniste viendrait à s'égarer dans la foule hurlante, ce ne serait que pour constater qu'il est lui aussi un être humain et qu'il peut donc être infecté par la bestialisation. Il sort du théâtre pour revenir chez lui, honteux d'avoir participé involontairement à ces sensations contagieuses, et il est désormais enclin à admettre que rien de ce qui est humain ne lui est étranger."


Et là, fumant clope sur clope, il sacrifie alors sa nuit à l'article qui lui permettra de redonner dignité à son humanité déchue par le show de merde qu'il vient de voir, article qui lui permettra peut-être - du fond de son cœur il n'espère pas moins - de remettre l'humanité entière sur le droit chemin. Le philosophe écrirait ça s'il était rock-critic.


Le rapport avec Cheval Blanc ?


Un jour Nick Kent a dit que "Ce sont les perdants qui font toujours les bonnes histoires". C'était à un journaliste du Monde à l'occasion de la réédition de Dark Stuff (L'envers du rock, en français). Et voilà, Cheval Blanc c'est aussi ça, tout ça : le perdant magnifique, le type pas cool, le rocker du côté de la plume, pas du cirque. Et pour toutes ses raisons, parce qu'il se bat pour une cause plus noble que les autres, qui n'a de royaume que céleste, et qu'il a de magnifiques mais alors vraiment magnifiques chansons, le rock-critic aime Cheval Blanc.


Le 3 février Cheval B. se produisait à L'International et ils étaient tous là. Gonzai boys, Technikartiens, Alister, le SDH (Syndicat du Hype) et une poignée d'anonymes. Tous là pour ce qui semblait être le premier vrai concert de Cheval B. depuis belle lurette. Odeur de petit sacre et de stresse pour l'intéressé. Et sentiment partagé du rock-critic. Plongé tour à tour dans les cascades tristement ouatées de son piano et dans le foin grunge-folk de sa guitare, je me demandais s'il fallait conchier Alister et Thierry Théolier de foutre le dawa et de m'empêcher de faire pleinement résonner en moi des refrains invariablement touchant tournés comme des mantras tels que "La nuit n'est pas finie / Et la nuit est en feu / Où est le paradis / Où sont passés les dieux" ou "L'amour est en guerre / Et l'amour est une guerre / Une guerre à la guerre / Pour que l'amour s'éternise". Dit comme ça, ça ne rend rien. Mais avec la voix et la musique de Cheval B...


Bref j'avais à moitié envie d'étriper ce connard d'Alister avec ses lunettes de rock star et ce connard de Théolier avec sa casquette de crevard. A un moment une sans nom au cœur pur (une fan) ne s'est d'ailleurs pas gênée pour demander de baisser d'un ton aux bavards derrière elle. Non mais c'est vrai quoi ! Et en même temps, comment dire ? Je tempérais mes élans de facho. Parce que Ok les mecs avaient l'air con de s'agiter comme des fous genre "Regarde, Cheval c'est mon pote et mon pote c'est un génie, tripe sur mon pote maudit" alors que le mec livrait de purs poèmes sonores. Oui, je les trouvais cons à s'enorgueillir ainsi d'être proche de cette espèce rare que sont les poètes, mais d'un autre côté je ne pouvais pas m'empêcher de trouver ça chouette que le mec soit célébré de son vivant.


Car on sait tous que Cheval B. est une sorte de Sébastien T. qui ne sortira jamais de Sexuality, ne fera jamais l'Eurovision, ne deviendra jamais hype et tout alors voilà ça se fête.


Je sais peu de choses sur lui. Je me rappelle avoir découvert sa musique durant l'été 2007 sur les conseils d'un ami averti de mon goût pour un certain rock lettré. Je me rappelle que ce qui m'avait frappé c'était la maladresse de ses textes. Par mail j'en avais d'ailleurs discuté avec lui de ce que j'appelle la maladresse de ses textes, cette manière que ses textes ont d'avancer à tâtons dans une sorte de roue libre poétique, se moquant des convenances, du qu'en dira-t-on et comment ça les rend touchant d'aborder ainsi de vastes et mystérieux sujets comme "La vie, l'amour, la mort, le vide et le vent". Ses maladresses bigger than life, la beauté en un sens.


Je me rappelle l'avoir rencontré quelques jours après dans un bar, assez éméché. On s'est très vite mis à parler de Debord et de poésie. Comme des gosses.


Je ne sais s'il est prolo de base ou bourgeois. Je ne sais pas son âge, pourquoi il a quitté No One. Tout ce que je sais c'est que maintenant il semble mener une autre vie, l'antérieure, celle qui ne se gagne pas, celle qu'on laisse nous gagner, qui nous a déjà trouvé. En vertu de ça des petits malins le qualifient de "clochard céleste", d'"enfant illégitime de Johnny Rotten, Baudelaire et d'Henry Miller". Toute cette mythologie de grand bazar, ça doit lui faire une belle jambe, à lui le déserteur.


Pure pose ? A l'International je le revois hausser des épaules à la fin de ses morceaux. Grimacer de dépit, genre : "Voyez, je suis juste un type qui fait courir ses mains sur un piano, approximativement en plus. Pas de quoi se taper le cul par terre." Un gosse.


Récemment, sous le choc de l'avoir tout juste découvert, une amie me disait que pour elle Cheval était du niveau de Jean Fauque et de Manset. Je pensais à elle durant le concert. Elle aurait été là comme une gosse. Elle n'aurait pas toléré le moindre bruit quand serait venu "Le baiser" et son refrain de pure extase : "Le monde est mort, vive l'homme / Le baiser du ciel et des flammes / La révolution est un jeu d'enfant / La révélation au bout de nos langues". Elle n'aura pas toléré qu'un crevard de la hype rompe son état de grâce symbiotique avec le blues de Cheval Blanc.


La musique de Cheval B. est d'une tendresse infinie. Elle vient de cette nuit que nous connaissons tous, cette nuit à laquelle on fait face la nuit seul sous les draps, quand le sommeil ne vient pas, que le cœur s'éveille et qu'on ne désire qu'une chose : être aimé à bloc, que des bras nous serrent, emportent ce cœur. La musique de Cheval B. est d'une tendresse infinie, d'un autre âge. C'est l'enfance. En témoigne sa voix, son côté doudou de branche qu hésite à tomber, sa texture drunk qui redonne du sens à des mots dévalués, sa lenteur coton, planante, décadente.


"Il faut écrire / Lentement / Le nom des gens / Que l'on aime / Imperturbablement / Indiscutablement / Indispensablement / Il faut dire / Le poème lent / le poème du temps / Que l'on aime / Inoxydablement / Intarissablement / Inexorablement / Etre vivant" dit "Le poème lent" douce mélodie de mise en bière à l'appui. Si douce. Piano.


Une amie m'a dit qu'elle avait trouvé ce concert déprimant. Mais non lui dis-je. Et là j'aurais dû lui lire la page 9 de Règles pour le parc humain où Sloterdijk dit que "l'écrit est le pouvoir de transformer l'amour de l'immédiat et du prochain en un amour pour la vie inconnue, éloignée, à venir". Il cite Nietzsche. Parce que Cheval Blanc c'est ça. A lettrer le néant et faire naître mille images, sa musique ne déprime pas, elle enivre, par sa compassion, son inflexible abattement ("Aclarté"), son baroquisme hippie ("Du chaos"), sa vibe Murat lovely période Mustango ("Indolence"), son mysticisme d'inventaire avant liquidation. Elle redonne dignité à l'humanité déchue. Mais bien sûr, je ne lui ai pas dit ça comme ça à la fille. J'enjolive. Forever after.


Photos par Dom Garcia


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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 00:17
Wind of change




"bien sûr qu'on a envie de devenir aussi gros que U2"


"on est venu aux chansons de Noël car on a vu qu'Elvis

en avait fait"



Dave, tu disais que Day and Age contenait des morceaux typiques du style The Killers. "Spaceman" en fait partie ?
Oui, et il y aussi "Losing Touch". C'est deux morceaux auraient pu se retrouver sur nos disques précédents.


Pensez-vous prendre le risque de perdre des fans en vous éloignant du style de vos premiers albums ?
Certaines personnes le ressentent peut-être comme ça mais pas nous. On continue de faire la même chose à chaque disque : faire ce qu'on veut et tenter d'écrire les meilleures chansons possibles, celles qui nous plaisent à l'unanimité même si on ne les a pas toutes écrites tous. D'un album sur l'autre on met juste l'accent sur tel style plus qu'un autre.


Les choses vont très vite pour vous, en 4 ans de music business vous avez déjà sorti 4 disques. Aussi, votre premier album s'étant arraché à plusieurs millions d'exemplaires à travers le monde, dès le deuxième on vous a comparé à des successeurs potentiels au poste de king of pop de U2. Quelle a été votre réaction ?
Ça nous a plu ! Alors j'en vois déjà qui vont dire: "Mais pour qui se prend-t-il ?" Mais bien sûr qu'on a envie de devenir aussi gros que U2. Qui n'en a pas envie ? Après U2 est là depuis tellement d'années, pour l'instant on est loin d'être à leur niveau. Mais on reparlera de tout quand on aura franchi deux décennies parce que là on aura vraiment une œuvre, plein de bonnes chansons et de super shows derrière nous.


Mais, vu ce qu'est devenu le music business, malgré tout le talent du monde vous ne pourrez sans doute pas faire autant de vieux os que U2...
C'est sûr que ça va être coton. Nous, si j'inclus nos premières années de galères, ça fait 7 ans qu'on a monté The Killers. U2 ça fait près de 30 ans qu'ils sont là, tu imagines ? Tu imagines tout ce qu'ils ont dû vivre ensemble ? C'est hallucinant ! Eux savent vraiment ce que c'est que d'être un groupe et combien c'est dur de rester soudé. C'est le plus dur. Regarde, les Beatles n'ont tenu que 7 ans. 7 ans ça leur a suffi pour devenir le plus grand groupe de pop du monde, mais on n'est plus dans les années 60. Aujourd'hui les groupes ne sortent plus deux albums par an ! Nous on aimerait bien fonctionner comme ça, parce qu'on écrit tellement de chansons qu'on en laisse beaucoup de côté au moment de sortir un album. C'est pour ça qu'on a décidé de sortir la compilation Saw Dust entre Sam's Town et Day and Age. On avait accumulé plein d'inédits et de faces B et on se disait que c'était dommage de laisser ça dans nos tiroirs.


Vous avez bien fait. Sawdust est presque aussi bon que vos deux albums studios.
Moi, de tous nos disques, je crois que c'est celui que je préfère.


Je repensais à votre nom de groupe, "les tueurs". C'est une question bateau, mais je n'en connais sincèrement pas la réponse, d'où vient-il ?
Il vient du clip de "Cristal", une chanson issue de l'album Get Ready de New Order. C'est l'album qui a marqué leur retour en 2001 et moi je trouve que c'est un album très sous-estimé. Il y a plein de bonnes chansons là-dedans. Bref, et donc dans le clip de ce single on voit un faux groupe de jeunes interpréter la chanson de New Order et sur leur batterie figure ce nom : The Killers.


The Killers est donc le nom d'un faux groupe, intéressant !
Ah ah ! On trouvait que ça sonnait bien. Alors comme personne ne l'avait encore pris, on s'est dit: "Banco."

Là où je veux en venir c'est que moi, quand je vois un groupe de rock s'appeler les tueurs, je pense de suite, non pas aux serial killers, mais au meurtre symbolique du père. La thématique oedipienne, tu vois ? Or pour moi vous êtes l'inverse d'un groupe qui tue le père, vous êtes plutôt un groupe qui célèbre ses pairs, comme si vous étiez moins un groupe d'auteurs et de songwriters qu'un groupe de fans, une sorte de tribute band. Tu comprends ?
Oui, je crois et il y a sans doute du vrai dans ce que tu dis là. Avant d'être des songwriters nous sommes d'abord des fans de musique et on n'a pas peur de faire du rock de stade, si l'on peut appeler ça comme ça, parce qu'on aime jouer devant le maximum de gens.


Ça me rappelle ce que Noël Gallagher répondait quand on lui disait que sa musique recyclait celle souvent celle des Beatles. Il disait, comme il l'a un jour confié aux Inrocks : "C'est ma source d'inspiration principale. Et c'est comme ça que fonctionne le rock'n'roll. Les Beatles ni citaient-ils pas eux-mêmes les premières groupes de rythme & blues ?" Ces propos montrent une chose importante, et qu'on oublie trop souvent, à savoir que les notions de "reprises" et de "tribute band" sont à la base du rock. Dans leurs chansons les premières rockers ne rendaient-ils pas eux-mêmes hommage au concept du rock en parlant à tout bout de chant du Rock avec une majuscule comme s'il s'agissait d'une divinité ? J'ai l'impression qu'on retrouve un peu de tout ça chez vous, ce côté tribute band et ce rapport presque religieux avec le rock. Et c'est pour ça que tout à l'heure je me suis étonné d'apprendre que "Glamorous Indie Rock'n'Roll" était un morceau ironique à l'égard du concept d'indie rock...
Oui, il y a effectivement un peu de tout ça dans The Killers. Nous prenons le rock au sérieux.


Pourquoi ?
Parce qu'on aime ça. Faire du rock, c'est mon vœu le plus cher depuis que j'ai 14 ans. C'est mon seul rêve. Je n'en ai jamais eu d'autres. Je suis donc content que ce rêve se soit finalement réalisé.


J'ai appris que pour Noël 2008 vous alliez sortir une chanson Christmas Song en duo avec Elton John.
On est en train de la finir.


En France, on ne comprend pas trop pourquoi les groupes de rock anglo-saxons font des chansons de Noël. Pour nous Noël et le rock n'ont rien en commun.
C'est vrai que ça peut sembler un peu bizarre, mais en fait Noël c'est juste un prétexte qui nous permet de sortir une de ces nombreuses chansons qu'on a en stock et aider une association caritative en lui reversant nos bénéfices.


Ce n'est donc pas Noël qui, en soi, vous inspire ?
Non, pas vraiment. Pendant les vacances de Noël, je suis juste en famille, comme tout le monde. Par contre, je trouve qu'on manque vraiment de bonnes chansons de Noël, donc voilà nous on essaie de combler un peu ce vide. Mais je crois qu'à la base si on a eu envie de faire des chansons de Noël c'est parce qu'on a vu qu'Elvis en avait fait.


On retombe sur votre approche "religieuse" et "tribute band" du rock !
Hé bien dans le sens où Noël est une fête religieuse, oui, en effet.


Day and Ange s'achève sur "Goodnight, Travel Well", un morceau qui par son titre dit clairement à l'auditeur : "Tombé de rideau, tout le monde descend". Ça m'a fait repenser à deux morceaux de Sam's Town : "Enterlude" et "Exitlude". Ils donnaient aussi cette impression que votre disque était envisagé comme une pièce de théâtre ou une comédie musicale. Vous tenez vraiment à ce qu'on perçoive vos disques comme des contes, des moments de divertissements ?
Notre musique est avant tout théâtrale parce que Brandon chante souvent de façon théâtrale. Il n'a pas peur de ça. Mais c'est vrai qu'on travaille aussi tout particulièrement l'enchaînement de nos morceaux au sein du disque de sorte à ce qu'ils forment une sorte de tout cohérent, même si tous les morceaux n'ont pas la même couleur. Il y a part exemple un monde entre "Joy Ride", qui est une musique pour faire la fête, et "Goonight, Travel Well", qui est peut-être la chanson la plus sombre qu'on ait jamais écrite, mais ce n'est grave. Des morceaux de sens et d'humeurs différents peuvent cohabiter. D'ailleurs, d'aussi loin que je me souvienne, moi je n'ai jamais trop prêté attention aux paroles des chansons. Gamin, quand j'écoutais AC/DC ou les Smashing Pumpkins, je ne comprenais pas un traître mot de ce qu'ils disaient mais je m'en fichais.


C'est dommage, autant je ne suis pas sûr de la portée littéraire des textes d'AC/DC autant celle des Pumpkins est avérée. Corgan a une sacrée plume, qui fait de lui une sorte de poète rock. En tous cas, si une chanson de Day and Age m'a unanimement touché à la première écoute c'est "Goodnight, Travel Well".
Je suis content que tu dises ça parce que pour moi c'est la meilleure chanson de clôture qu'on n'ait jamais écrite, même si j'aime beaucoup "Everything Will Be Alright".


(Suite.)


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