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  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 11:02
Fade Into You


Il y a de ça quelques années, ce devait être en 2003, je me souviens d'avoir loupé Mazzy Star en concert à Paris. Mazzy Star. En concert. A Paris. A l'air libre en plus. En plein jour. Au Batofar. Arrivé trop tard, j'étais resté sur le quai. De loin, sur le bateau, je me souviens d'avoir vu passer la petite silhouette erratique et boudeuse de leur chanteuse. Mais ce n'est peut-être qu'un souvenir déformé. Pure fantaisie de ma psyché. Faut dire qu'à l'époque le folk onirique et vénéneux d'Hope Sandoval et de son guitariste David Roback me fascinait comme rarement musique ne m'avait fasciné. D'ailleurs faut croire que rien n'a changé. Hier je jurerais les avoir vu en concert. A Paris. A l'International. Avec Sarabeth Tucek dans le rôle d'elle, Luther Russell dans le rôle de lui. Et dire que j'ai failli manquer ça.


6 mai 2009. Encore une journée où le simple fait de m'être levé, douché, caféiné, habillé me fit l'effet d'une œuvre d'art ultime. Une journée à penser que le simple fait d'avoir fait 2-3 trucs genre vaisselle, mails, poubelles, écriture et aimé en pensée ma famille, mes amis et un million de filles aurait dû m'assurer la vie éternelle. Mais encore une journée où le simple fait de sortir saluer mes congénères constituera un exploit majeur que l'humanité ne dédaignera pas se souvenir à l'heure de faire ses comptes. Une nuit, je le sentais, que j'allais encore finir couché à pas d'heure, habillé, seul, ivre, nicotiné. Avec un plat de pâtes dans le ventre.


Bref, le soir est venu et comme souvent les sirènes de la nuit parisienne sont venues frapper à ma porte. APRIL77RECORDS me disait "Ouééé, viens au Motel ! Y'a notre première soirée qui aura lieu désormais là-bas tous les premiers mercredis du mois et là on célèbre la sortie du single de The Bewitched Hands On The Top Of Our Heads." Et ça me disait car depuis des mois, sans que je leur ai jamais rien demandé, ils m'envoyaient de supers vinyles sixties rock garage dont je n'ai jamais le temps de parler. Mais les filles de l'agence de promo WAAA me disaient "Ouééé, viens à l'UFO ! Y'a Medi And The Medicine Show qui fête la sortie de son deuxième album et il sera accompagné de son pote Charlie Winston." Et ça me disait parce que y'aurait des filles (important les filles) et de l'alcool gratuit. Mais Alex de POK me disait "Ouééé, viens à l'Inter ! Y'a Sarabeth Tucek et dans le genre dark-folk-psyché parait que c'est bien." Je ne savais pas qui était ce groupe, ni ce qu'il fêtait mais ça me disait parce que j'aime bien Alex, l'Inter et le dark-folk-psyché, Que faire ? C'était clairement un de ces soirs où il fallait avoir le don d'ubiquité et quelques thunes en poche (important les thunes). Je n'avais ni l'un ni l'autre. APRIL77 en a fait les frais.



A 21h, extérieur cuir et pieds cirés (ô reflet adoré), prêt à passer pour le chic type, je suis allé voir Medi, son pote Charlie (important les potes) et les Charlies Angels de chez WAAA. Et c'était bien parce qu'il y avait en effet du punch et des filles. En plus, sorte de mix entre Stevie Wonder, Kravitz et Bryan Adams la musique mettait bien l'ambiance (belle reprise du "Like A Rolling Stone" de Dylan). Oui, avec son folk rock anglophile décontracte, péchu et pas prise de tête ce Medi avait des chances de percer. Surtout si son nouvel album comptait les 3 pépites radiogéniques annoncées par Lisa. Parce qu'en plus Medi a une bonne tête (important la tête). Mais tout ça n'était rien à côté de qui nous attendait à l'Inter. Oui, car je n'étais pas seul ce soir. Comme Medi j'étais avec un pote, Stéphane, le batteur de La Féline. Et heureusement que je l'étais car y'a certaines situations où on se sent con si on n'a pas de pote pour partager ce qu'on a vécu. Vous savez, ce genre de situations où après la bière se fait le breuvage des dieux alors que c'est de la pisse, mais on oublie, on est ailleurs, et on a envie d'en reprendre une, puis une autre, et encore une autre, comme ça jusqu'au bout de la nuit.


Tout ça pour dire que ce soir Sarabeth Tucek donna l'un des meilleurs concert qu'il m'ait jamais été donné de voir. A un moment Stéphane m'a dit "Je sais pas si c'est parce que leur musique est superbe ou..."  Je croyais qu'il allait dire "parce que je trouve la nana à tomber mais j'ai l'impression de planer", un truc dans ce genre, parce que c'est vrai qu'elle l'était, à fond même, tellement que je n'en pouvais plus même de la voir si brune, distante et ténébreuse dans sa robe noire à fleurs roses. Mes yeux applaudissaient à tout rompre. Et sa voix... Mais il a dit "Je sais pas si c'est parce que leur musique est superbe ou parce que je suis bourré mais j'ai l'impression de planer". J'ai dit pareil. Et ma bière était quasi pleine.


Alex m'avait donc dit que la musique de ce duo new-yorkais était du dark-folk-psyché, qu'elle lui évoquait la rencontre d'Alela Diane et de Nico. C'était ça, oui. Alela pour le côté folk, Nico pour le dark. Sur scène comme ils n'étaient que deux, elle guitare-chant, lui guitare-chœurs, on n'avait pas le côté psyché que leur a donné sur disque Ethan Johns, le producteur de Ray LaMontagne et de King of Leon. Mais face à l'épaisseur charnelle du chant de Sarabeth, face à son timbre ténébreux plein de sex appeal (important, les ténèbres, important le sex appeal) le coté psyché on s'en chargeait très bien nous-même.

 


Je ne savais pas pour les autres. Connaissaient-ils le groupe ? Alex lui le connaissait pour avoir lu un petit truc dessus dans un numéro de Volume. Mais moi qui n'en avais jamais entendu parler nulle part, plus qu'à la petite Sarah Ingalls de Nevada City où à l'icône allemande du Velvet Underground, tout cela me ramenait plutôt à un autre duo américain : Mazzy Star. Mazzy Star, groupe culte de l'indie pop pour avoir sorti trois albums de folk languide à la parfaite croisée du Velvet, de Julee Cruise (période Lynch) et de The Jesus and Mary Chain en 90, 93 et 96 : She Hangs Brightly, So Tonight That I Might See, Among My Swan. Mazzy Star pour la voix, toujours imitée jamais copiée, de moue rêveuse d'Hope Sandoval. Pure souffle que cette voix. Nuage, caresse, apesanteur. D'ailleurs vous la connaissez. C'est elle qu'on entend sur la célèbre pub Air France qu'illustre "Asleep From A Day" des Chemical Brothers. Et c'est presqu'elle qu'on a essayé de vous vendre avec Headless Heroes, album de reprises où deux producteurs ont noyé Alela Diane d'effets reverb pour la rendre plus vamp. Mielleuse médiévale. Avec succès (belles cover de Daniel Johnston, Nick Cave et... The Jesus and Mary Chain).


Mazzy Star donc. Sauf qu'à l'inverse d'Hope Sandoval Sarabeth Tucek tient la gratte. Et ça change tout. Car ainsi elle ne passe pas pour une jolie chose dont on se demande si elle comprend ce qu'elle chante. Et si tout ça c'est elle. Non, avec elle on sent qu'à chaque souffle, chaque note c'est son histoire qu'elle raconte. Ça fait comme des échardes douces amères. Ça se voit dans ses yeux. Sourcils froncés comme un arc tendu. (J'avais envie de fondre sur elle. M'immoler là-dessus. Disparaître.) Elle n'a donc pas besoin de jouer les lolita amazone, ce que fait une Hope Sandoval surconsciente de sa beauté.


Bref, j''étais tellement sous le charme que j'en fouillais mes poches. Allais-je avoir assez pour m'acheter leur disque à l'issu du concert ? Je fais jamais ça, acheter un disque, car en tant que journaliste d'ordinaire ce n'est pas moi qui vais à eux mais eux qui viennent à moi. Mais là cette question me pressait : allais-je avoir assez ? Surtout que j'avais faim et que j'aurais sans doute encore envie de boire. Cruel dilemme. Et j'étais tellement sous le charme que dans mes brefs sursauts de conscience je me voyais prendre mon téléphone pour dire à Adrien de chez Fargo qu'il fallait qu'il les signe. Je me disais même qu'une fois chez moi il faudrait que j'ai assez de force pour prendre le temps d'écrire tout ça avant de m'écrouler et d'en profiter pour vous parler aussi de l'irlandais Declan De Barra, un autre des meilleurs concerts de ma vie dans le genre dark-folk.


Hé bien vous savez ce que j'ai fait ? Après le concert je suis allé voir le groupe. Elle et lui discutaient avec leur pote Chris Stills. Oui, Chris Stills, le fils de Stephen Stills et de Véronique Sanson. J'avais eu un peu de mal à le remettre quand je l'avais vu avant le début du set mais je l'avais direct repéré à sa gueule d'Apollon. Le genre de gueule qui vous accroche et vous fait dire que vous l'avez déjà vu quelque part, mais plus dans les médias que la vraie vie. Je suis donc allé voir le groupe et je leur ai dit que j'avais trouvé un truc de fou : "J'ai trouvé votre concert fantastique, y aurait-il moyen d'acheter votre disque là, maintenant ?"



Avec Steph et Alex on s'est cotisé pour s'offrir Sarabeth Tucek, leur unique album qui n' est que distribué au Royaume Uni (Pinnacle, 2007). En échange d'une clope, Luther nous a même offert un exemplaire du 45 tours qu'ils viennent de sortir spécialement pour la France. Parce qu'ils font actuellement une petite tournée française. D'ailleurs ils joueront de nouveau à Paris ce vendredi soir à La cave se rebiffe. On a sympathisé avec lui, super. Mais pas un mot avec elle. De retour à l'UFO pour une ultime bière qu'on ne pourra pas prendre faute de temps (important le temps) et de monnaie (transformée en CD) on a juste pu dire au WAAA girls et au programmateur de l'Inter lui-même qu'ils avaient raté le concert du siècle (le pauvre il avait été voir les Stuck en concert et ça avait été juste bien, carré). Et pour finir, loupant mon dernier métro, je me suis encore délesté de quelques euros de plus pour me rentrer en taxi. Après quelques mots jeté sur une feuille, je me suis couché bourré, nicotiné, les pâtes au ventre, plus pauvre et moins avancé que jamais quant à mon avenir. Mais mince momentanément j'étais foutrement heureux. J'avais un texte pour me lever lendemain.


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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 12:11
After Blow job

 

 


"Ghinzu ça doit rester classe"


"Deuxième étape du plan :

 sortir aux Etats-Unis"



Ghinzu a de vraies racines rock. On le sent dans votre musique comme à l'évocation de ces petits détails et anecdotes sur Elvis, les perruques afro, Las Vegas Parano. Mais chez vous on dirait qu'il y a aussi tout un délire science-fiction. De qui vient-il ?
Oui, il y a de ça. Ça vient de John et moi. On est assez branché science-fiction même si on n'a pas les mêmes goûts en la matière. Lui est plus Star Wars et manga alors que moi je suis plus la vraie SF anglo-saxonne. J'aime par exemple Philippe K. Dick et Dan Simmons. Et John Brunner ! Il faut lire Tous à Zanzibar de John Brunner, l'histoire a un prisme hallucinant et elle se passe en 2009 !


Chez vous cet ancrage musical assez "rock SF" est renforcé par un univers visuel fort et bien développé. Qui gère l'image du groupe ?
C'est plutôt John, avec notre ami Ben qui est là.


Bonjour Ben. Tu gères donc de l'image du groupe...
Ben : Oui, je m'occupe de leur com online, de leurs pochettes de disques, des affiches...


Parlons-en. En ce moment dans le métro parisien circule une affiche du groupe pour la promo de Mirror Mirror et de leur prochain concert. On y voit John micro en main avec des rayons lasers lui sortant des yeux. Ghinzu c'est un groupe de X men ?!
Ben : Elle a un côté cinématographique qu'on retrouve aussi dans les light show technoïde futuristes que le groupe utilise sur scène. Mais même là les mecs restent en costards noirs. Ghinzu ça doit rester classe.


Qui a pris la photo ?
Ben : C'est Laurent Seroussi, un mec qui a bossé pour des artistes comme Bashung, Zazie, No One Is Innocent. Pour les affiches et les photos du disque, il est parti sur l'idée du local de répétition avec tout le matos. C'est là qu'il a tout shooté.
Mika : Pour la pochette de Mirror Mirror j'ai d'ailleurs entendu dire qu'on avait plagié la pochette d'un disque du groupe Battles, mais ce n'est pas le cas parce qu'on ne connaissait pas leur disque. Et sur cette photo on montre notre vrai local et c'est le bordel.


C'est le bordel mais il y a tout de même un côté bling bling SF à exposer toute la technologie que vous possédez ! Une idée de puissance et de richesse s'y exprime...
Mika : Pourtant on voulait au contraire montrer qu'il n'y a rien de glam là-dedans. On voulait montrer le côté brut...
Ben : Cette photo c'est juste un bureau éclairé aux néons. Il n'y a pas de mise en scène.
Mika : On a juste mis 2-3 morceaux de miroirs cassés par terre.

 


Ok. Venons-en alors à Mirror Mirror. On ne peut pas en parler sans revenir un peu sur Blow. Ce disque a eu un succès retentissant pour le groupe mineur que vous étiez à l'époque. Un succès amplement mérité vu le niveau du disque. Ce succès a-t-il dépassé vos espérances ?
Mika : Un peu, oui. On avait enregistré le premier album pour nous, sans savoir s'il sortirait un jour, et c'est un peu dans cet état d'esprit qu'on a fait Blow. On avait juste un peu plus d'attentes dans la mesure où entre temps on s'était plus fait connaître en Belgique et même en France en donnant 2-3 concerts sur Paris. On avait quelques fans. On s'est donc dit qu'on allait essayer d'être plus soigneux sur ce deuxième album, qu'il fallait qu'on progresse. Et voilà. Je ne sais pas vraiment ce qu'il en est pour les autres, mais effectivement Blow a dépassé mes attentes.


Le single "Do You read Me ?" est beaucoup passé en radio et en clip sur les chaînes musicales. "21st Century Crooners" a illustré une pub pour le TGV et je crois même que d'autres morceaux ont été utilisés au cinéma.
Mika : Oui, "Dragster Wave" a servi la BO de Taken, "Cockpit Inferno" celle des Chevaliers du ciel, "Til You Faint" celle de Dikkenek et "Blow" celle d'un film flamand underground très gore qui s'appelle Ex Drummer. On a même signé une BO complètement originale pour Irina Palm, un film avec Marianne Faithfull.


Avec tout ça combien d'exemplaires de Blow vendus ?
Mika : Environ 100 000, tout pays confondus.


Vous avez touché les Etats-Unis ?
Mika : Non, pas trop. Remarque la dernière fois je suis tombé sur un site qui commentait les Oscars. Le gars qui animait la soirée s'amusait à donner ses pronostics avant de décacheter les enveloppes et au moment d'élire la meilleure chanson de film, je ne sais plus qui a gagné, mais il a dit : "Je suis sûr qu'avant la fin de l'émission je vous trouve 5 chansons qui auraient largement mérité cet Oscar". Et il a cité "Dragster Wave", "by a vocalist named Ghinzu".
Ben : Je peux me permettre d'intervenir à nouveau pour te donner quelques infos ?


Bien sûr !
Ben : En fait, on a quand même pas mal de retour des Etats-Unis grâce au placement de "Dragster Wave" sur le générique de fin de Taken car s'il a peu marché en France et en Europe il a été un des plus gros succès de film français aux Etats-Unis. D'un coup on a donc vu plein d'américains nous demander qui était le groupe qui faisait la musique du générique de fin de Taken et qui voulaient se procurer Blow sur le net.


Pour la sortie de Mirror Mirror des démarches sont-elles en cours pour que le disque sorte aux Etats-Unis ?
Je ne peux te répondre que partiellement là-dessus mais ce qui se passe c'est qu'il y a un plan de diffusion pour Mirror Mirror. La première étape du plan consiste à la sortir au Benelux, en France et dans quelques pays d'Europe. Cette première étape comprend la diffusion digitale du disque, qui pour l'instant est un peu plus large que sa diffusion physique puisqu'on touche une vingtaine de pays via iTunes. Et si cette première étape prend l'ampleur voulue, c'est sûr que la deuxième étape du plan sera de le sortir aux Etats-Unis.


Je trouve que la musique de Ghinzu a l'envergure pour mériter une sortie là-bas. Qu'en penses-tu Mika ?
C'est difficile de à dire quand tu es à l'intérieur du truc, surtout quand tu prends autant de temps pour faire un album. Nous quand on sort de studio on ne sait plus si ce qu'on a fait est bien ou pas. On a passé 2 ans sur Mirror Mirror, étalé sur différentes périodes, entre compo dans un chalet en Ardennes et retours au local de répète, retravaillant sans cesse les morceaux.


Composer Mirror Mirror fut-il laborieux ? Surtout au regard de la pression de devoir faire aussi bien que Blow ?
Non, on ne s'était pas fixé d'objectif précis donc ça n'a pas été laborieux pour ça, ça l'a juste été parce qu'on galère toujours pour pouvoir atteindre le résultat qui nous plait. On a tous des caractères très marqués et des goûts différents. Ça prend du temps à gérer... Mirror Mirror, on aurait très bien pu décider d'être encore en train de travailler dessus.


Vous êtes une bande de perfectionnistes ?
Oui, même si on n'est pas spécialement de bons musiciens. Il n'y a que notre dernière recrue, Jean, le chanteur de Montevideo, un groupe qu'on a produit et un peu aidé, qui sache lire une partition. Donc voilà on n'est pas des techniciens de la musique. Par exemple, on ne sait pas te faire un solo à la Santana alors que dans tous les cafés concerts de blues du monde tu as plein de gars qui savent te faire ça. Nous on ne saura jamais et on n'en aucune envie.


Mirror Mirror a donc été conçu sans concept préalable ?
Oui, on est parti sur des idées qui nous plaisaient sans chercher de cohérence entre les morceaux. On a fait des morceaux très doux et d'autres très violents. On est même un peu revenu aux improvisations qu'on faisait sur notre premier album, avec des morceaux nés de jams. Notre processus de création est bordélique. La cohérence vient à la fin, dans la manière dont on arrange les morceaux, dans le choix du tracklisting. Pour nous dans un album les morceaux doivent s'enchaîner avec une certaine logique.


Blow a en effet clairement montré que votre truc était de proposer des albums traversé par une vraie logique dramaturgique. Un voyage embrassant chaque titre et rendant caduque le concept de chanson. A mon humble avis Mirror Mirror ne porte pas ce principe au point d'incandescence de son prédécesseur, mais il le reprend. Avec Mirror Mirror ne craigniez-vous pas de tenir une sorte de Blow back ?
Non, parce qu'on n'a plus vraiment composé des morceaux dans le genre de ceux qu'il y a sur Blow. En plus depuis Blow la formation a changé. Kris Dane, guitariste-claviériste, et Fabrice, batteur, sont partis. Rien que pour ça on ne pouvait pas faire de Blow back.

 

(Suite.)


Photo de concert par Robert Gil

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 17:42
After Blow job

 


Vendredi 3 avril. 17h30. Si n'était mon retard c'est d'un pas lent trahissant mon faible enthousiasme que je pénétrerais le Bataclan où Ghinzu joue ce soir. Mais comme je cours toujours après le temps comme un lapin de conte de fée et que les quelques minutes précédents chaque interview continuent à me faire stresser, c'est en courant que je m'y engouffre. Il n'y a pourtant pas le feu ! 15 minutes plus tôt j'apprenais que je n'interviewerais pas John Stargasm.


15 minutes plus tôt, comme un môme excité à l'idée d'affronter enfin le boss de fin, je me faisais une joie de rencontrer l'âme de Ghinzu. Je n'étais pas pleinement convaincu par Mirror Mirror, leur nouvel album, je le trouvais moins bon que son prédécesseur, ce que je pense toujours même si depuis, installant son propre mood, il est remonté dans mon estime, mais c'était de bonne guerre. Car le problème était là : comment faire mieux que Blow ? Cinq ans plus tard, ce disque justifiait encore la rencontre. Mirror Mirror en surlignait plus que jamais l'insolente perfection. Comment s'en remettre, qu'on soit l'artiste ou le fan ?


Je voulais savoir et pour ça c'est lui qu'il me fallait, John Stargasm. Frontman et tête pensante du groupe, c'est lui qui détient vision et sex appeal. Lui sur lequel on en apprend de belles en un simple clic sur Wikipedia. Son vrai nom est John David Israël et John David Israël est un winner de première. Il possède Dragoon, "label de disques sur lequel il a édité en 2006 le premier album du groupe rock Montevideo, dont il est également le producteur". C'est aussi un publicitaire connu, notamment pour ses campagnes Eastpak. Un homme dont la win est de famille ("Il est le neveu du célèbre couturier et créateur Olivier Strelli") et aussi dans celle de son épouse ("Il est marié depuis 2000 à Olivia Bodson, fille de l'homme d'affaires et politicien belge Philippe Bodson"). En gros, ça plane pour lui. Rien qu'avec ça (l'idée du businessman tranquille qui a quand même le rock aux tripes) j'aurais pu faire une bête d'interview. Mais non.


17h15. Coup de fil de Barclay : "Sylvain, tu n'auras pas John mais Mika". Mika ? "Oui, le bassiste." J'attendais le grand architecte, on me refourgue le maçon. Et on me dit que j'ai du pot parce que les mecs sont tellement crevés qu'ils ont annulé presque toutes leurs interviews, mais pas la mienne. Oui, mais comme c'est dans la tête de John que je voulais entrer et pas celle du bassiste autant dire que c'est comme si mon interview était annulée. J'ai regardé s'évanouir d'un coup les trois quarts de mes questions. Celles censées faire le sel du truc.


"Tu parles pas mal de sexe dans tes textes, ta nana kiffe ? En fait tes textes oscillent pas mal entre romantisme béat et pulsions bestiales, pourquoi ? Ghinzu passe pour un groupe mégalo, ça te plait ? Ghinzu plait aux filles, comment te l'expliques-tu ? J'imagine que vous avez des groupies, c'est dur de résister ? Ces dernières années passées dans le tourbillon de Blow t'ont-t-elles permis de renouveler tes thèmes d'inspiration ? Il paraît que t'aimes pas qu'on vous compare à Muse, pourquoi ? Vous avez pourtant de nombreux points communs : la sympathie pour Queen dont on ressent l'influence dans "Dream Maker", le gros rock chargé de prog et de cascades de piano, le romantisme apocalyptique, le goût des intitulés futuristes pompeux genre "Interstellar Orgy", le chant trafiqué au mégaphone... D'où te viens ce côté « musique classique » que tu mets dans Ghinzu ? Au-delà de la musique vous avez un univers visuel très développé, c'est important pour toi l'image en plus de la musique ? Cet univers est très bling bling SF. Pour toi être rock c'est se prendre pour un super héro milliardaire ? Pour des rockers vous n'êtes plus tout jeune, vous avez des femmes, des enfants, des illusions perdues : quelles ambition as-tu pour Ghinzu ? Tu te vois durer encore longtemps ?"


 


John Stargasm je te l'aurais cuisiné avec tout ça. Il serait dit : "Enfin un mec qui connaît son affaire. Restons." Et il aurait eu raison car j'en aurais eu encore en stock des questions, même des moins perso : "Avez-vous essayé de doter Mirror Mirror d'un hit du calibre de "Do You Read Me ?" pour lui assurer une bonne visibilité radio/télé ? Avec son onirisme léthargique qui se défragmente petit à petit en délire psyché le superbe dernier morceau de Mirror Mirror m'a fait penser à Kick Up The Fire, And Let The Flames Break Loose, le deuxième album de feu The Cooper Temple Clause. Connais-tu ce groupe ? Vos disques me font l'effet d'être des "blockbuster intelligent" comme on l'a dit de la trilogie Matrix. Qu'en penses-tu ? Pourquoi comme Archive semblez-vous avoir des facilités à placer vos morceaux dans les BO des films Europacorp. Vous êtes potes avec Luc Besson ? Cherchez-vous à supplanter dEUS et Venus réunis, les deux groupes phares du rock belge ?"


Mais à quoi bon poser toutes ces questions à un bassiste incapable de se rappeler pourquoi son disque s'appelle Mirror Mirror ? Ce n'est pas lui l'ego du groupe, c'est le chanteur-claviériste. C'est John qui a les concepts, les clefs du château. Mais quand même, ne pas savoir répondre à ça, ça la fout mal. Comme ça la foutrait mal qu'un père ne sache plus pourquoi son fils porte tel nom et pas tel autre. Alors pour le sens des textes, je pouvais repasser. Ça aussi c'est John, et un peu Greg parfois, et Mika il s'y implique d'autant moins que ça se fait à la fin du processus de création, à un moment où il a déjà fait son taf. Il continue de passer au studio, écoute les prises de chant, mais il a déjà la tête ailleurs. Il bulle.


On m'a dit que j'avais eu de la chance d'avoir eu Mika plutôt que John. Que John était dur avec les journalistes, le genre à garder ses lunettes noires et délivrer un festival de non réponses dans le plus pur style rockeur bas du front. Même qu'il avait fait ça la veille devant les caméras de CD'aujourd'hui. Mais non, là il aurait pas pu. Parce que je suis Sylvain (un faux journaliste) et que je n'ai pas de caméras (il n'y a que devant elles qu'il fait son numéro). Parce que je n'ai que moi et ma sincère envie de parler de ce qui l'habite, j'aurais su le dompter, l'amadouer.


La porte de la loge s'est ouverte sur un épais nuage de fumée. Un grand type mince aux courts cheveux poivre et sel en est sorti : Mika Hasson. Mika "Nagazaki" Hasson. Ça m'a surpris : je n'avais jamais pensé que ces mecs pouvaient avoir 40 ans, ou presque.


Pourtant ce soir ça se verra que les mecs n'ont plus l'invincible furie de leur 20 ni de leur 30. Ils peineront à porter leur vaisseau rock, une entreprise qui ne pardonne pas le sous régime. Et ce sera con. Con de voir John s'escrimer en signes à l'attention de son équipe technique et ces morceaux ne pas vraiment s'embrasser, décoller, alors qu'ils devraient nous arracher la tête. Il le sentira John, il le sentira qu'il est en deçà de son personnage rock frimeur, il en ôtera donc vite ses Ray Ban pour mieux s'offrir au public et se nourrir de sa clameur. C'est lui, le public, qui fera le concert. Lui qui, invincible, le sauvera in extremis dans sa deuxième partie, allant jusqu'à chanter le refrain de "Do You Read Me ?" comme si Ghinzu c'était Bruel. Lui qui, enfin, décrochera trois rappels, "Mine" (roulage de pétard à ma droite), "Blow" ("C'est définitivement mes dieux !", une fille à ma gauche) et "I Wanna Be Your Dog" ("John je t'aime !", une autre, plus loin). 22h30. Rideau. De la sueur plein le cuir. Globalement content.


18h. Flashback loge. Le Mika qui me fait face n'est peut-être que bassiste du groupe et pas un jeune chien fou, au moins il fume pas que du tabac. Qui sait, peut-être que l'entretien va être marrant. Propice à moult délires et confessions. Mais j'ai eu comme un doute quand la porte se referme. Sa nana est là ainsi qu'un mec tapotant sur son ordi.


 


"A nos débuts on sonnait plus post grunge"


"John reprenait du Elvis en enchaînant vodka sur vodka"


 


Bonjour Mika. Je suis entre autre là pour Gonzai. Connais-tu ce site ?
Non. Gonzaï ça vient de gonzo ? D'Hunter S. Thompson ?


Oui. Gonzai vise à remettre du gonzo dans le journalisme rock. Mais dis-moi, d'où connais-tu Hunter S. Thompson ?
John, Fabrice (l'ancien batteur) et moi avons eu un groupe qui s'appelait Las Vegas Parano. C'était notre guitariste de l'époque qui nous avait fait découvrir ce bouquin. Et comme on en n'avait pas à ce moment-là, c'est devenu le nom de notre groupe. C'est marrant parce que Las Vegas Parano ça ne veut rien dire parce qu'en anglais parano se dit paranoïd. Mais on s'en fichait car on n'avait pas prétention à devenir un groupe international. Après de Thompson j'ai lu La grande chasse au requin et j'ai vu Las Vegas Parano en film, qui est pas mal mais moins drôle que le livre.


Las Vegas Parano, c'est le groupe d'avant Ghinzu ?
Oui, ça a duré de 94 à 97. On a sorti un EP chez Sony. On a fait une cinquantaine de concerts, dont la plupart dans des maisons de jeunes en Flandre. On gagnait l'équivalent de 1000 francs français qu'on allait dépenser le soir même dans un bar karaoké. John reprenait du Elvis en enchaînant vodka sur vodka. A l'époque notre son était plus typé années 90, post grunge. On avait un guitariste métal et comme j'ai horreur du metal j'essayais de le contrer avec des basses plus mélodiques. Quand on a splitté John nous a dit qu'on se reverrait bientôt. Un jour il m'a appelé. Ils avaient déjà fait une répète. Ghinzu était sur le point de naître.


En France on vous a découvert à la sortie de Blow en 2004 et non à la sortie d'Electronic Jacuzzi en 2000. Dans les magazines on voyait 5 types réunis sous le nom de couteaux cuisine japonais et portant des perruques afro. Peux-tu me dire d'où est venu ce délire ?
Tout est venu par hasard le jour de notre premier show télé sur la chaîne locale Télé Bruxelles. A l'époque on n'avait ni nom ni album. D'ailleurs on n'était même pas vraiment invité dans cette émission puisqu'on était là en remplacement d'un autre groupe. Et le nom de Ghinzu est venu de Sanderson, notre contrebassiste. Il nous a fait : "Hey les gars, j'ai une chouette idée de nom de groupe : Ginsu 2000". Je ne connaissais pas cette marque, mais c'était une bonne idée en effet. On l'a juste un peu trafiquée pour se l'approprier.


A vos débuts le groupe comptait un contrebassiste ?!
Oui et il est parti parce qu'en tant qu'américain sans travail il était un peu illégal en Belgique. Parce qu'à l'époque Ghinzu n'était pas un travail, ça ne rapportait rien. Ce n'est qu'à partir de Blow qu'on a commencé à être un peu payé pour nos concerts. Et assez pour rémunérer une équipe technique au lieu d'exploiter des gens motivés le temps d'un concert ou deux.


Et donc les perruques ?
John en a trouvé une comme ça dans les loges de l'émission et il a décidé de la mettre pour la notre première apparition télé. C'est son côté fou-fou. D'ailleurs à ce jour-là à l'interview il a raconté n'importe quoi. Bref, on a trouvé que c'était un signe fort, sympa et on a donc décidé qu'on mettrait tous des perruques afro pour nos concerts suivants. Et voilà ça a duré 4 ans.

 

 

(Suite.)

 

Photos de concert par Robert Gil


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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 16:20
Bande à part

 


C'est bizarre d'être journaliste. Ça vous amène à avoir des rendez-vous montés de toutes pièces avec des gens que vous n'auriez jamais rencontré si vous n'étiez pas journaliste et s'ils n'avaient pas sorti de disque. Vous vous retrouvez avec eux à tenter d'avoir une discussion capitale alors que vous allez vous séparer au bout de 30 ou 40 minutes pour redevenir de parfaits inconnus. Ou presque. C'est bizarre d'être journaliste.


Mais ça l'est encore plus quand ça vous amène à interviewer des gens que vous connaissez et qui vous connaissent indépendamment du fait que vous soyez journaliste et qu'ils aient sorti un disque. Une impression d'acte sexuel tarifé se dégage de ces moments-là. Quelque chose qui devrait être spontané - une discussion entre deux amis sur des sujets qui les animent - s'inscrit dans un cadre qui ne l'est pas - l'interview.


On est vaguement gêné. Gêné d'être là sans pleinement y être - moi quelque part je suis déjà dans l'article - gêné d'être là en n'étant plus vraiment soi mais quelque chose d'autre que l'interview veut qu'on soit - des corps étrangers. On cherche le meilleur endroit où se poser. On se regarde gentiment en chien de faïence, conscient du rôle qu'on va jouer. Conscient que quelque chose aura basculé quand la bande se sera mise à tourner.


- Je vais devoir creuser.
- Ça va faire mal ?
- Tout dépend de toi mais...
- Je sais que tu fais ça bien, c'est aussi pour ça que je suis là.


J'ai ressenti ça à l'interview de Cheval B. Plus fort que d'habitude. Et Sylvia H. qui quelque jours plus tard me proposait de prendre un verre. Sylvia qui savait que j'étais journaliste, qui venait de m'envoyer son disque. Voulait-elle vraiment qu'on en parle ? Que nous couchions ça sur bande ?

 

J'avais reçu le CD la veille. Elle avait fait ça bien. Dans l'enveloppe une bio remplie de phrases bidons côtoyait une lettre manuscrite à l'encre mauve. Elle me disait que son disque c'était pas du Bézut et que ça lui faisait bizarre que cette part d'elle devienne public, payante, et que ses collègues raquent. Elle me disait aussi que si je voulais l'interviewer, c'était OK. Elle fantasmait ça depuis ses 8 ans.


Là, on était samedi, je me réveillais et mon café et moi n'avions qu'une envie : découvrir son disque en paix. Voir si son art valait son exigence de râleuse assumée. Un café, un disque, un verdict. Il y a des moments où tout est clair, net, parfait. Je sentais que ça n'allait pas durer. Dès le lendemain deux bières nous séparaient. Et cette question : qui sommes-nous ?


Moi j'avais juste envie de passer un chouette moment avec une fille, fleur aux dents, dans un monde sans un média. Mais c'est toujours le problème quand on est journaliste : c'est facile de rencarder les RP et les rockeuses mais on ne sait jamais si elles sont là pour l'homme ou le plan com. Sans le dire, au cas où Sylvia H. le veuille vraiment, j'avais donc pris mon dicta. J'avais même griffonné quelques questions en route. Mais le cœur n'y était pas.


Ce n'est pas que son disque soit mauvais ni moyen. Après quelques écoutes je m'apercevrais même que je l'aime beaucoup, bien qu'il s'affaisse sur la fin. Ce n'est pas qu'une seule écoute soit insuffisante pour pouvoir en parler, même si ça joue. C'est juste que Sylvia H. œuvre dans un registre rock très Breeders/Velvet qui n'appelle pas débat. Surtout qu'elle fait ça bien, tout en VO paroles et musiques. Vraiment, la classe amerloque. Avec une plume mordante et dans le chant, grave, cette petite pointe germanique nasillarde qui vous méprise noblement. Royal. L'art de la rock-song concise carrée. What you hear is what you get.


Tout ça semblait donc taillé pour une interview "Mes disques à moi". A un moment j'aurais même basculé psy de comptoir en lui disant que son disque alterne comme elle entre up and down. A titre d'exemple j'aurais cité "Nicely Stupid" (ses kilowatts d'énergie teigne) et "Salt & Wine" (reflux de candeur à chialer dans sa bière). J'aurais même relevé le flottement fifties d'"Iris" et l'accélération grisante de "National 3". J'aurais peut-être dit tout ça si j'avais suffisamment écouté son disque. Mais non, là, vraiment, faire ma Mireille Dumas ou mon exégète rock, je ne le sentais pas

 



On a alors parlé de tout et de rien le temps de deux verres :


- de sa pochette d'album qui représente non pas une fleur, Sylvia n'est pas une fille à fleur, mais un vagin dessiné au temps de son passage fugace en école d'art


- du titre de son album, Sylvia Hanschneckenbühl Does Not Sing Christmas, private joke en référence à un disque où Marianne Faithfull lui a tellement donné l'impression de sombrer que ça ne l'aurait pas étonné si tout d'un coup elle s'était mise à chanter Noël, comme Nana Mouskouri


- de son embarras lorsque, en plus d'avoir acheté son disque, Vincent Palmer de Rock & Folk lui a demandé de lui dédicacer ("C'est moi qui aurait dû lui demander un autographe !") et du désaccord qui s'en est suivi lorsqu'il lui a dit que les gens de son âge feraient mieux d'écrire en français


- de son goût pour l'androgynie, d'Albator, d'Aramis, de Brian Eno et de ses vestes tigrées


- des moments forts de sa bio signée Jean-Luc Manet des Inrocks, comme "Sylvia est une jeune femme, plus femme que jeune d'ailleurs" ou "On peut ne pas croire au Père Noël et néanmoins en délivrer tous les cadeaux" et "Au feu le factice !"


- du fait que tel morceau de son disque date de 96 et qu'à l'époque elle savait déjà qu'il ferait office de plage 10 sur son premier album


- de sa découverte du Velvet à 12 ans par le biais du grand frère d'une amie qui lui faisait perdre son latin


- de sa Lorraine natale


- de son refus de faire la danse du ventre sur scène ("On n'est pas au Lido !")


- des deux précédents groupes pour lesquels elle a joué de la guitare (La Féline) et de la basse (Temporary January) avant de finir ce premier album solo et d'en payer le prix (seule à bord, sa musique accuse un certain déficit d'univers et d'aventure)


- de Patti Smith qui la gonfle avec son délire sur Rimbaud ("A part de chouettes reprises elle n'a jamais été fichue de ponde un bon morceau !"), de Roxy Music, Divine Comedy (love, love)...


Avait-elle peur de passer à l'acte ? Du ridicule de devoir jouer à l'artiste si je sortais le dicta ? A aucun moment on en a parlé, de l'interview. On l'a sagement gardé en nous. Je ne sais pas pourquoi je vous parle de tout ça, c'est peut-être un peu perso. Le lendemain, 6 avril, je griffonnerai sur mon mur Facebook que j'écoute Sylvia H. "Elle a fait un bébé toute seule. Androgyne black acide entre Velvet et Breeders. Rock speed et berceuse. Hachement bien."


En partant je me rappelle qu'elle a dit : "La prochaine fois on se fait l'interview ?". Ça m'a laissé perplexe. N'avait-elle rien senti ?



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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 10:39
Sympathétique



"Chapo Chapo, Tibidi... "


"Demain je mange mes amis"



C'est marrant, j'ai presque l'impression qu'il y a une certaine logique à ce que Bungalow soit réédité parce que cette seconde vie c'est comme un rebondissement qui accrédite son univers fictionnel. C'est comme si on avait la suite des aventures du personnage et de l'univers que tu y as développé.

Oui, et puis ce qui est marrant c'est que maintenant que Bungalow est accompagné de sa version acoustique c'est comme si on avait une sorte de couple Yin/Yang, rouge/bleu. Du coup, pour nommer cette version acoustique, on a enlevé le point d'exclamation au titre initial de Bungalow, parce que ce point d'exclamation représentait un peu son côté électrique, et on l'a baptisé Mellow Bungalow pour signifier que c'était un Bungalow plus cool, plus soft.


Je suis content que Bungalow ressorte car, contrairement à tes précédents disques, celui-là m'a vraiment plu. Je le trouve subtil, fun, attachant. D'ailleurs, avec un pote à un moment c'était même devenu notre album fétiche. Tiens, je me souviens même qu'au-delà de l'influence de Philippe Katerine on y avait aussi décelé celle de Richard Gotainer. Tu confirmes ?
Oui, je m'attendais à parler de ça parce qu'on m'a déjà fait la remarque ! Cette influence doit donc être vraiment présente dans ce que je fais. Je pense que c'est beaucoup dû à mon approche des chœurs dans certains morceaux comme "N'importe quoi" par exemple. Cette chanson-là fait beaucoup penser au "Sampa" avec ses chœurs qui font "Gnagnagnagna... " Mais oui, sans être un fan absolu parce que je ne connais que ses tubes, c'est sûr que Gotainer est une influence.


Question de génération : on a tous été exposé à ses ritournelles publicitaires...
Oui, c'est la société dans laquelle j'ai grandi.


D'ailleurs même le titre de Bungalow est très Gotainer car dans Bungalow y'a Banga et dans Bungalow y'a de l'eau !
Ah, c'est drôle ! Je n'y avais pas du tout pensé !


Comment ce titre t'est-il venu ?
Bah j'ai composé ce disque dans un bungalow. Et puis j'aime bien ce mot-là : il sonne.

Bref, l'influence de Gotainer, tu ne la revendiques pas mais tu l'assumes ?
Oui, évidemment, de même que celle de Souchon, que je connais beaucoup plus.


Et pour cause, tu as été un de ses musiciens de tournée...
Et il est même venu chanter en duo avec moi sur mon premier album. D'ailleurs, Souchon, je pourrais d'autant plus t'en parler qu'on me dit tout le temps que j'ai quelque chose de lui et ça a l'air irréfutable, alors je l'assume. Encore une fois, ce qui nous rapproche, je pense que c'est une histoire de voix. On a le même timbre. Mais ce que je fais est quand même différent. Il n'empêche, j'aimerais avoir son écriture, sa poésie...


Et sa longévité ?
Ah oui ! Parce que dans le milieu plein de gens connaissent des hauts et des bas. Par exemple Maxime Le Forestier a vécu 10 ans d'échecs atroces. Souchon, il n'a jamais vécu ça, il n'a pas cartonné d'un coup et du coup on ne l'a jamais traité comme de la merde, il n'a jamais été has been, c'est dingue. En fait, c'est comme s'il avait toujours été là. J'aimerais avoir sa courbe très longue et très lente de progression.


Il a toujours eu cette place de loser mignon qu'on cajole comme une part de soi. Mais au-delà de la voix, ce qui vous rapproche, je trouve, et c'est sûrement lié, c'est justement cette manière de véhiculer une grande mélancolie derrière des chansons d'apparence légères voire guillerettes.

Ça, tout le monde ne le voit pas.


Pourtant ça me semble assez palpable. A l'écoute de ces chansons si douces et douillettes qu'elles confinent parfois à la transparence on ne peut pas se dire que le mec qui les a faites va parfaitement bien !
Pourtant ça va plutôt pas mal (rires) ! Je ne suis pas dépressif du tout, mais oui, il y a de la noirceur. J'essaie juste de lui trouver une bonne place pour qu'elle soit utile.


Chez toi j'ai remarqué que la noirceur pouvait passer par des situations un peu loufoques, absurdes, comme c'est le cas dans "Le pull" qui, sous ses dehors fantasistes, laisse sourdre quelque chose de lugubre, un grand vide.
Oui, dans celui-là c'est vrai. C'est intéressant d'entendre des analyses comme ça parce que ce n'est pas des choses que je maîtrise. Je fais les chansons que j'ai envie de faire, que je finis par trouver bien et au bout d'un moment je les enregistre et après, à part les moments de concerts, je n'ai plus de rapport avec.


Cette sensation ou tout du moins ce thème du vide se retrouve aussi dans "Mythomane" qui raconte l'histoire d'un personnage de fiction un peu pirouette cacahuète qui, par définition, n'a jamais existé et n'a rien vécu. .
Oui, même en tant que personnage de fiction il n'a jamais rien vécu.


Tu te projettes dans ce Mythomane qui a des problèmes d'existence ? On en revient à l'histoire des jeans de tout à l'heure ?!
Aha ! Bah oui, on en revient à tout ce qu'on n'est pas et tout ce qu'on ne sera jamais. Oui, c'est très bien vu et très intéressant pour moi d'entendre ça.

 


On a évoqué Gotainer à propos des chœurs féminins gnangan qui rythment Bungalow. Finalement je me disais qu'ils étaient tout simplement très eighties car, par exemple, moi ils m'ont aussi fait penser aux voix du générique de Chapi Chapo que je regardais quand j'étais môme.
Ah, je revois la musique : "Chapo Chapo, Tibidi, Chapi Chapo, Tibida..." J'avais pensé à Gotainer et François de Roubaix, notamment sa musique pour Le chef d'orchestre avec Louis de Funès, un truc qui fait : "Chibidibida...". Mais je n'avais pas pensé à Chapi Chapo.


La musique de Chapi Chapo c'est aussi du François de Roubaix !
Ah ok. Je me rappelle que je pensais aussi à Gainsbourg, à sa manière de mettre des chœurs anglais sur certains de ses morceaux.


Genre "Shebam ! Pow ! Blop ! Wizz !" ?
Oui.


A propos de Gainsbourg, ton morceau "J'avais chaud" a une humeur proche de son "New York USA"...
Faudrait que je le réécoute. Je connais une histoire sur cette chanson-là.


Ah oui ?
En fait il parait qu'il l'a entièrement pompé sur des musiques traditionnelles africaines, notamment le refrain. Il a entendu un truc qui sonnait comme "C'est haut, c'est haut, c'est haut" et il l'a traduit phonétiquement en français.


Gainsbourg est suspecté d'avoir pompé tellement de choses !
Oui, mais on marche souvent comme ça, par sonorités. Sur la version concert acoustique de Bungalow une chanson s'appelle "Mes amis" et le refrain c'est : "Demain je mange mes amis". Le sens est complètement délirant parce qu'à la base cette phrase était une sorte de yaourt mais voilà finalement je n'ai pas réussi à trouver mieux que le flow de ces mots et du coup j'ai construit une chanson autour de ça. Ça change ! Au lieu de partir d'une idée tu pars d'un son, ce qui fait que ça vient moins de ton cerveau. C'est comme changer d'instrument de musique. Je suis pianiste, donc si je prends une guitare, je ne vais pas du tout avoir les mêmes idées que d'habitude. Après mon cerveau reprendra le relais mais ce sera trop tard.


La chanson aura été façonnée instinctivement comme une petite pâte à modeler et honoré comme l' "art mineur" qu'y voyait Gainsbourg.
Oui, comme un bonbon.


Je trouve que tes textes de chansons sont chouettes, les mots bien choisis, le tout ciselé. Un vrai style s'exprime. Tu écris beaucoup ?
J'adore ça mais j'écris peu. J'écris parfois de longs textes que je publie sur mon site. C'est comme des petites nouvelles. J'y parle souvent de choses qui me sont arrivées, comme de ce jour où je me suis tiré un plomb dans la tête quand j'avais 12 ans, par erreur. Mais j'écris peu dans la mesure où tout ce que j'écris est publié sur mon site où figure dans les chansons que je grave sur disque. Je m'autocensure trop pour écrire un truc que je ne publierais pas. Par exemple, là récemment une chanteuse québécoise m'a commandé une chanson, une nana très chouette qui s‘appelle Stéphanie Lapointe et qui sort bientôt son prochain disque. Je lui ai envoyé deux chansons, musique et texte, et elle en a pris une qui est un duo avec moi, on a donc enregistré ce duo, encore un duo avec une fille, et voilà, la chanson qu'elle n'a pas prise est devenue la première chanson de la version acoustique de Bungalow. Comme je l'aime bien et que j'écris trop peu, je l'ai tout de suite recyclée !


Tu comptes développer cette activité de parolier ?
J'adorerais, mais l'occasion ne s'est jamais vraiment présentée. C'est-à-dire que jusque-là, au dernier moment les trucs auxquels j'avais participé été tombé à l'eau. Là c'est la première fois que ça concrétise. J'ai vu la pochette du disque et tout donc je suis quasiment sûr que ça va sortir. Peut-être que je vais enfin commencer à réussir à écrire pour d'autres.


Question con : as-tu une chanson préférée sur Bungalow ?
Au niveau de la mise en forme je ne saurais pas te dire, mais en terme de paroles et de musique je pense que c'est "J'aime lire". J'aime bien cette chanson parce qu'on ne sait pas de quoi elle parle. Je dis que j'aime lire des tas de choses mais je finis par dire qu'il y a une lettre que je ne le lirai pas car j'ai trop peur de savoir ce qu'elle renferme. Une chanson qui parle d'un point d'interrogation, ça m'intéresse.


Le vide, encore !
Oui et en même temps elle peut évoquer plein de choses à plein de gens. On peut tous être touché par ça. Quand je fais ça j'ai vraiment l'impression de faire une chanson populaire.


A part la réédition de Bungalow quels sont tes projets du moment ?
Je suis en train de travailler sur un projet très lourd, très chouette et très conceptuel que je monte tout seul autour du cinéma et de la musique de film.


Un retour au jazz ?
Non, mais un retour à l'instrumental. Ça comprendra peut-être une expo, un livre, je ne sais pas encore. Tout est possible.


Photo par David Zacharias


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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 00:59
Sympathétique




12 février 2009. 16h30. Dans un bar de la rue Oberkampf j'ai rendez-vous avec Albin de la Simone. Nous nous voyons à l'occasion de la nouvelle édition le 2 mars de son troisième album, Bungalow. On ne s'est jamais rencontré. Pour tout dire je connais peu ses disques, sa pop d'intérieur au timbre Souchonesque n'étant pas ma tasse de thé. Mais ça et là Bungalow m'a faire vivre quelques bons moments via des morceaux un peu fous fous que j'ai identifié dans une veine Gotainer-Katerine. Albin aurait-il envie de casser son image de gendre idéal assimilé nouvelle chanson française en chantant "Au revoir, au revoir président !" tout nu avec une tête de poulet ? Albin aurait-il une dark side ?


C'est un peu le pari que j'ai fais en allant l'interviewer. Le pari que oui, Albin a une dark side, une sorte de schizophrénie que personne ne voit, une violence en lui quoi, et qu'on va réussir à en parler le temps d'un pause thé entre gentlemen qui ne se connaissent ni d'Eve ni d'Adam. Je réalise maintenant qu'il y est un levier que j'ai oublié d'employer pour le faire chanter. Ce levier c'est sa nana, Jeanne Cherhal, elle aussi auteur compositeur interprète. Quelque part ce n'est pas pour rien que ces deux-là sont ensemble, musicalement ils sont porteurs du même mal, celui de la chanson sympathétique, pour ne pas dire bobo, bien pensante.


En 2006, sur L'Eau, son troisième album influencé par Camille et la musique africaine, elle essayait elle aussi de sortir d'elle-même, de se faire trublionne. Comme lui chantant sur le "Sympa" de Bungalow (Banga-l'eau ?) "Je suis sympathique / Un peu malgré moi / Je suis sympathique / N'en profitez pas", sur "Voilà" elle chantait "Si j'avais pu choisir entre moi et autre chose / C'est un peu moche a dire mais j'aurais pris autre chose", ce même dégoût soft et bourgeois de soi. D'un soi confiné à l'intérieur, à la douceur, à la fatalité d'une certaine forme de non existence. Début 2008 Jeanne avait même radicalisé (ridiculisé ?) ce penchant en composant une chanson, "Si tu reviens, j'annule tout", se moquant de Sarko et de l'histoire de son SMS envoyé à Cécilia. Cette provoc Bisounours a quelque chose de touchant.


A l'issu de l'entretien avec Albin nous finirons par parler journalisme culturel. Il dira préférer l'approche intello-artistique de Chronicart à celle pipole-sociétale de Technikart. Il citera en exemple leurs unes tape à l'œil sur Biolay et Doré. Il avouera pourtant aspirer à être un artiste qui laisse pas indifférent comme ces deux-là ne laissent pas indifférent. Paradoxal puisqu'il ne semble ni en avoir l'étoffe ni prêt à en payer le prix. In fine, il dira regretter qu'on n'ait pas plus parlé musique. Parler musique ? Quelle drôle d'idée.

 

 


"je vient de me mettre aux jeans"


"je ne suis pas du tout foutu comme Katerine"

 


Bonjour Albin. Bungalow est initialement sorti en avril 2008. Pourquoi l'avoir ressorti le 2 mars, près d'un an après ? C'est une seconde vie pour optimiser le succès de sa première sortie ou au contraire donner une seconde chance à un album qui a mal marché par manque de visibilité ?
Un disque ne marche jamais assez. Mais oui, c'est plutôt une seconde chance dans le sens où plein de nouvelles choses sont arrivées entre temps et je me suis dit qu'il fallait mieux les réunir dans une seconde version enrichie plutôt que continuer à vendre le Bungalow d'origine. Et puis voilà, c'est aussi l'occasion d'en reparler. Maintenant Bungalow est donc vendu avec un deuxième disque de titres enregistrés en acoustique, et chanter en acoustique ça a été une vraie révélation pour moi. J'ai invité mon public dans mon studio et je leur ai fait chanter les chœurs de chaque chanson. C'était très troublant comme échange.


Comment t'est venue cette idée ?
L'été dernier j'avais fait un concert dans un jardin avec des potes, juste comme ça, et on s'était aperçu que lorsque le batteur se tapait sur les cuisses et que le bassiste jouait les lignes de basse à la guitare d'un coup ça libérait les chansons. Comme il y avait moins de son dans la gueule ça me les rendait plus intimes. Bon, c'est évident ce que je dis là, mais on a ressenti ça vachement fort. Du coup en décembre j'ai proposé de fixer ça sur disque.


Et comment est venu le duo avec Vanessa Paradis sur "Adrienne" ? Et pourquoi avoir choisi cette chanson ? Ce n'est pas la plus marquante du disque...
Ça dépend, il y a des gens qui m'en parlent vachement. Moi je ne sais pas ce que j'en pense. De toute façon je ne sais pas trop ce que je pense de ce que je fais... Bref, dans beaucoup de chansons de Bungalow j'ai une réponse féminine par l'intermédiaire des chœurs. Mais sur "Adrienne", je trouvais qu'il manquait quelque chose, ça me frustrait. Et comme Vanessa me disait qu'elle aimait ce que je faisais, un jour où je l'accompagnais en tournée en tant que pianiste, je lui ai demandé si elle serait partante pour refaire les chœurs de ce morceau en studio. Elle a accepté et on s'est rendu compte que ça marchait super, qu'on pourrait carrément en faire un morceau en forme de dialogue, elle dans le rôle de cette nana, et moi dans celui du mec qui la critique d'être pas cool. En plus, juste après avoir mis ça en boîte, un gars que ni elle ni moi ne connaissait nous a apporté un super scénario de clip. On s'est retrouvé en Cadillac dans la forêt de Fontainebleau. Tout s'est enchaîné, c'était super. Donc voilà, d'avoir tout ce nouveau matériel, pour moi, ça justifiait de ressortir le disque.


Avais-tu été globalement satisfait par l'impact critique, public et commercial de Bungalow lors de sa première sortie ?
En fait je ne me formule pas la question comme ça parce que je connais des gens qui sont déçus de vendre 600 000 albums et d'autres qui sont satisfaits d'en vendre 50 000.


Mais par rapport à tes attentes à toi ?
Bah justement, mes attentes sont relatives. Selon mon humeur je peux me trouver tantôt looser tantôt winner...


Aujourd'hui tu te sens comment ?!
Non, mais ce que je veux dire c'est que tu finis juste par te rendre compte que ce n'est pas le genre de question à se poser. Moi je suis satisfait de la vie que j'ai. Bien sûr, j'aimerais vendre plus de disques parce que ça voudrait dire que plus de gens écouteraient ma musique, que je ferais plus de concerts, que j'aurais plus d'argent, mais en même temps je me dis aussi que je pourrais vendre moins que je ne vends, donc voilà, tout est relatif. Et, honnêtement, je ne tiens qu'à une chose : mon bonheur. Au bonheur des autres aussi, mais ce qui compte c'est que je sois heureux. Or je connais tellement de gens malheureux qui vendent plein de disques... Je sais que tout ça ne fait pas le bonheur.


Mais par rapport à tes précédents albums, Bungalow s'était-il mieux vendu ?
Honnêtement, je n'en sais rien. C'est hyper difficile d'avoir des vrais chiffres. Et puis les chiffres ne veulent plus dire grand-chose car d'un côté on vend moins car le marché du disque s'effondre mais d'un autre côté on est plus écouté que jamais grâce au net. Tout ce que je sais c'est qu'il y a du monde à mes concerts qu'il y a vraiment un truc super qui se passe...


Qui ne se passait pas avant ?
Si, mais je ne compare pas, je ne fais pas de bilan tous les jours. Sinon je peux aussi me demander si cette interview est mieux que la précédente.


Tu peux !
Non, mais ce n'est pas mon truc, je préfère prendre mon temps pour faire les choses plutôt que les comparer.


Tout à l'heure j'ai vu que la journaliste précédente t'a demandé de dédicacer Bungalow pour son enfant de 5 ans qui l'adore. Tu plaisais déjà aux enfants avant Bungalow ?
Oui, curieusement ce que j'ai fait a toujours plu aux enfants. Dans mon premier disque il y a une chanson qui s'appelle "Les piranhas", une chanson très noire et très tendue, vraiment compliquée. Je me demande même si ce n'est pas la chanson la plus inaccessible que j'ai faite. Et bah les enfants adoraient cette histoire de piranhas dans un appartement. Elle leur foutait la trouille mais ils l'adoraient alors que pour moi ça parlait de névroses.


J'avais entendu le même genre de remarques à propos du Fil de Camille et de Robot après tout du Katerine. Des parents disaient que leurs enfants aimaient ces albums. En un sens ce Bungalow très pop, sonore et ludique joue donc dans la même cour que ces deux disques.
Oui, parce que je vais franco dans une direction. Je pense que c'est pour ça que c'est intéressant. Et c'est vrai que c'est hyper agréable de toucher les enfants. Je trouve que c'est bon signe. C'est comme d'être détesté, c'est bon signe.


C'est ton cas ? Des gens te détestent ?
Peut-être mais alors ils ne me le disent pas. En tous cas, j'espère qu'il y en a, j'aimerais bien, je trouverais ça vachement juste.


De ne pas laisser indifférent ?
Voilà, on fait un truc et il y a des gens qui aiment et d'autres qui n'aiment pas. Je trouve ça sain. Et plaire aux enfants c'est hyper sain.


Ton souhait de ne pas laisser indifférent rejoint finalement le propos que tu tiens dans "Sympa". Tu aimerais qu'on arrête de te trouver sympathique ?
Oui, c'est toujours cette envie d'être plus fort et plus dur que ce qu'on est. On veut toujours être ce qu'on n'est pas.


Oui. J'ai même l'impression que c'est le thème clé de tes albums. Ton précédent s'intitulait Je vais changer. Et vu l'évolution musicale marquée par Bungalow et sa version acoustique, leurs sous-titres pourraient être J'ai changé et J'ai encore changé.
Oui, c'est vrai que ça m'intéresse vachement, je suis toujours préoccupé par chercher qui on est. En plus je travaille tout le temps avec plein d'artistes différents donc ça m'interroge sur ce que je suis moi et puis voilà je suis comme ça, plein de doutes et je ne les renie pas. Je me fais opérer des yeux un jour, j'arrête de fumer un autre, je vis des grandes étapes à mon échelle. Il y a un mois, je me suis mis aux jeans. Je n'avais jamais porté de jean de ma vie !


Ah oui ?!
C'est des conneries qui me regardent, quelque part on s'en fout, mais pour moi c'est des évolutions. Je te dis ça pour te dépeindre mon état d'esprit. Je m'interdis de m'arrêter en chemin.

 


Avant d'entamer une carrière solo dans la chanson, tu étais arrangeur et musicien d'accompagnement pour des gens comme Boggaerts, Souchon, Aubert, Arthur H. Et à ce sujet, ta bio a une phrase assez significative. Elle dit qu'auprès d'eux tu t'es "progressivement découvert une sensibilité d'auteur". Tout cela témoigne d'une démarche on ne peut plus humble, modeste, timide !
Bah ce n'est pas moi qui ai écrit cette bio mais oui c'est un peu ça. Avant je faisais du jazz, je pensais que c'était le vecteur de ma tête mais je me heurtais à des murs que je ne comprenais pas. Je crois qu'en fait je n'étais pas du tout fait pour ça. Et un jour j'ai composé la musique d'une chanson pour quelqu'un et il fallait bien bredouiller un texte pour donner l'exemple. Je me suis donc mis à écrire le texte et ça m'a plu. Je me suis donc mis à écrire des chansons...


A la base, ton rapport à la chanson est donc un rapport de changement identitaire survenu sur le tard.
Oui, parce que je devais avoir 29 ans à cette époque, c'était juste avant mon premier album. Il s'agissait de trouver le langage qui me permettrait de m'exprimer. Le truc dans lequel je ne me prendrais plus de murs. Depuis, ma vie n'est que recherches, découvertes, mouvements. Là je peux te dire un truc qui annulera ce que je t'ai dit il y a trois semaines.


Bungalow a été présenté comme un album plus fictionnel que ses prédécesseurs, un album où tu parlais moins de toi. Mais je n'ai pas l'impression que tu y parles moins de toi, juste que tu y parles d'une autre facette de toi.
Il y a deux heures une personne m'a dit que je ne parlais plus du tout de moi ! Qu'avec ces chansons on ne savait plus qui j'étais, tout ça. Peut-être. Mais voilà en même temps j'aime aussi l'idée de raconter des histoires. On ne fait pas que des choses pour parler de soi. Ce que je peux trouver intéressant, enfin ce qui fait que je continue de faire des chansons, c'est que je me dis : "Tiens, cette vision des choses me plait et je ne l'entends pas ailleurs donc j'ai envie de la dire de cette manière-là". C'est comme lorsque tu es dans une sorte de colloque où tu aurais finalement envie de réagir parce qu'aucun des commentaires qui s'est fait entendre n'a reflété ce que tu pensais.


Quand j'ai découvert Bungalow j'ai aussitôt pensé au Robot après tout de Philippe Katerine. J'ai eu le sentiment que sur Bungalow tu t'étais laissé contaminer par son esprit ludique, déluré, eighties et que cette fois tu avais aussi essayé de créer un personnage pop, ce qui se fait rare en France.
C'est vrai que je n'avais pas exploré ça avant.


Et tu as voulais créer un personnage pop ?
Pas spécialement.


Pourtant sur la pochette de Bungalow tu es déguisé, il y a une mise en scène...
Je voulais juste mettre une certaine distance pour dire que je jouais au chanteur. Et c'est vrai que j'aime beaucoup Katerine. Par contre, Robot après tout n'est pas mon album préféré.


C'est lequel ?
Les créatures. Celui-là m'a bouleversé. Il montrait qu'on pouvait faire ce qu'on veut dans des petites chansons. Là, pour moi, c'est du niveau de Gainsbourg.


Mais finalement, avec Robot après tout, en créant ce monstre pop grand public, à sa manière Katerine a viré Gainsbourg, voire Gainsbarre...
Oui, carrément. D'ailleurs son film, Peau de cochon, qui est totalement dingue, participe à ça. Le problème c'est que comme Robot après tout est le disque du virage vers le succès, c'est aussi le disque vers la fin du succès. Du Katerine, j'ai l'impression qu'on n'en bouffera pas longtemps.


C'est-à-dire qu'à ce stade il va avoir du mal à se réinventer, à refaire sensation.
Oui, la société est faite de telle sorte que c'est compliqué quand on se retrouve dans ce genre de position. Mais cet album était bien parce qu'il montrait qu'on avait besoin de sourire, artistes comme public. Et moi, comme Mathieu Boggaerts, Arthur H, Pierre Bondu, on s'est tous retrouvé à avoir eu envie de sourire. Maintenant ça se calme un peu, mais c'est vrai qu'à ce niveau-là cet album a crée un vrai appel d'air.


Appel d'air qui t'a donné envie de la jouer plus pop et coloré comme lui ?
Oui, mais à ma façon, parce que je ne suis pas du tout foutu comme Katerine. Je n'ai pas du tout son exubérance complètement hallucinante. Je suis sois beaucoup moins, sois beaucoup plus complexé que lui, ou alors pas du tout au même endroit de la même manière. Mon chemin est ailleurs. Mais je vois ce que tu veux dire et... Je ne sais pas quoi te dire d'autre !

(Suite et fin.)

Photos par David Zacharias



 


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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 18:11
Americana bitch


 

D'habitude je préfère parler de ce qui m'exalte plutôt que ce qui me déprime. Mais en ce moment, je ne sais pas ce qui m'arrive (les nerfs qui lâchent ? les chevilles qui enflent ?) tout le monde en prend pour son grade.


Celui-là, je devrais d'autant moins en parler que c'est de l'histoire ancienne. Son disque est déjà sorti depuis trois mois. Mais au risque de lui faire de la pub alors que tout le monde l'a déjà oublié, je m'y sens comme obligé. C'est qu'il nous a bien roulés dans la farine Decoster. En janvier dernier, pour peu que viviez en ville ou que la ville vienne à vous (par Internet, par exemple) vous n'avez pas pu le louper. Sortant Tucumcari, son premier album, le nouveau poulain de Barclay était partout, comme Alister il y a quelques mois. Dans les couloirs du métro, en devanture de Magic !, Lylo, dans Les Inrocks, l'Huma, en bannières web. Partout. Tapis rouge. Personne pour lever les yeux sur l'imposture. Quand j'ai vu qu'on parlait aussi de lui chez Gonzaï, j'ai cru au sauveur. Quelqu'un avait eu la bonne idée de ne pas être dupe et dégainait avant moi. Mais pas du tout. Même Gonzaï louait le mec. Dur monde.


Comment dire ? Decoster c'est tout ce qui ne devrait pas exister. La ténébreuse belle gueule sans ténèbres. Mais pour le savoir il ne faut pas s'arrêter aux ramassis de clichés. Il ne faut pas, comme ces médias l'ont fait, gober l'histoire, trop polie pour être honnête, du jeune garde forestier élevé aux paysages d'Auvergne et aux disques du King. Pour le savoir il suffit de sentir, d'écouter les chansons une à une, face contre cœur. Laissé venir. Mais finalement, je dirais même qu'il suffit de décrypter l'emballage. Car un disque, ce n'est parfois qu'une boîte de conserve, les ingrédients sont inscrits dessus, suffit de lire, et que voit-on sur cette pochette de disque ? Un mec qui se drape dans une débauche de signes censés asseoir sa folk credibility. Un nabot Napoleonesque sur son rocking chair de trône. A l'améwikaine


Comprenez-moi : ce n'est pas que ce disque soit à chier, musicalement il est même de "bonne facture", le problème c'est que l'image véhiculée (Vierge Marie sur le rétro, vierges espaces à fleur de pare brise, bagout de cow boy, bagouses aux pognes) est à mille lieux de ce que la musique donne. Ici à part "The Drive" qui me fait soudain chevalier d'une farouche Highway 66, à part ce grand galop qui m'étreint et me serre fort (peut-être parce qu'il chante enfin en anglais et plus en VO sous-titrée), rien ne m'évoque l'ivresse du grand ouest et blues d'un homme. Je n'entends ni amour ni fêlure ni foi, mais du paraître. Quelqu'un qui veut faire comme ses idoles : en jeter en surface alors qu'il n'a pas les bases. L'âme. A croire que Decoster ne veut que ça : aspirer avec son folk bling bling les âmes qu'il n'a pas.


Alors on va me dire qu'à dire tout ça je me prends moi aussi pour "L'homme que je ne suis pas" (un caïd de la critique rock) que mon discours n'est branlette de blog. Et pourquoi je m'emporte encore sur la platitude d'un disque alors que la dernière fois, incendiant les Elder, j'ai déjà fait le tour de la question du CD devenu carte de visite ? Oui, sauf que j'ai vu Decoster en concert et contrairement aux Elder il est sur disque comme sur scène. Sans le faire exprès, sur scène je l'y ai même vu deux fois. Et qu'il soit seul en première partie d'Eiffel (Maroquinerie, 2007) ou dans un bar avec son groupe Tornado (International, 2009), à chaque fois au départ j'y ai cru. Je me disais : "Merde, ce n'est pas si souvent qu'on a un type alliant charisme, voix crooneuse et folk rock entre Doors et Twin Peaks", ce genre de choses qu'à dû se dire le DA de Barclay. Oui, franchement, au départ, j'étais prêt à ce qu'on prenne mon cœur. Et au deuxième concert tout autant qu'au premier parce qu'au début j'ignorais que Decoster avait aussi un groupe du nom de Tornado.


"Le type c'est Sammy Decoster" ai-je glissé à mon pote qui lui aussi, trouvant tout cela prometteur, avait commencé à s'exciter. Genre : "Fais gaffe". J'ai eu raison. On a très vite déchanté. Les morceaux s'enchaînaient, aucune émotion ne nous gagnait et on s'est retrouvé piégé en surface face à une imitation de Bertrand Cantat et Jim Morrisson. Un Big Jim. Et là, alors qu'on pensait en quelque sorte avoir touché le fond (le bassiste avait rejoint une énième fois le public comme s'il voulait se frotter le manche), là, alors qu'on allait se reprendre un verre dépité de mesurer le gâchis, Decoster a fait un truc hallucinant. En plein morceau il s'est mis à balancer plusieurs "Ta gueule" mi-potache mi-crâneurs à ses fans. Fait-on ça quand on est vraiment (dans) ce qu'on chante ?


"Decoster, c'est l'Amérique de Cash aux portes de Paris. Le monde urbain vu de loin" dit je ne sais plus quel texte trouvé sur le net. Tout est là : Decoster est un Brice de Nice folk-rock. Toujours l'air cool, mèche rebelle, planche sous le bras mais la mer, connaît pas.



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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 14:44

De la jolie musique ?

 



Je ne m'étais jamais intéressé à Albin de la Simone avant la sortie de Bungalow (avril 2008). J'avais bien reçu son deuxième album, Je vais changer (mai 2005), mais à peine l'avais-je écouté. En fait, rien ne m'attirait chez cet ex-pianiste de jazz. Je dois même dire que c'était physique. Le type avait une tête trop fade, trop gendre idéal et bien dégagé derrière les oreilles, trop nouvelle chanson française en somme, pour avoir quelque chose à me dire.


Ecouter Je vais changer n'a fait que confirmer mon intuition. J'y ai trouvé une voix et des mélodies si lisses et linéaires, des chansons si dénuées de chair et d'émotion, comme anesthésiées, que ça m'a déprimé comme seul je pensais qu'un déjeuner dominical chez grand-mère pouvait déprimer. Vous savez quand vous restez poliment à écouter le coucou faire coucou, l'horloge faire tic tac et que tout le monde fait semblant de passer un moment agréable alors que tout ça n'est qu'une foutue perte de temps. Bref, ce mec donne tellement l'impression de ne pas vouloir déranger et de s'excuser d'exister (il se ferait passer dessus par un 3 tonnes, il dirait pardon d'avoir été là, sur le passage piéton) il n'a tellement pas un mot plus haut que l'autre que le filet sonore qui sort de ses lèvres finit par devenir la plus pénible des nuisances. Et je ne parle même pas de "Simone", les 20 minutes de pure complainte pianistique qui ferment le disque. Là on imagine le type, il a prévu une fête d'anniversaire chez lui en son honneur, enfin non, sa mère a prévu une fête d'anniversaire chez eux en l'honneur de son fils parce que lui ça ne lui serait jamais venu à l'esprit (il sait qu'il n'a pas d'amis) et paf ça n'a pas manqué, personne n'est là. Il n'y a que lui, sa mère et quelques ballons de couleurs dans la pièce. C'est d'un triste. Alors, comme on va au cimetière, résigné, le petit Albin se met au piano et joue, pour maman. Un truc joli et doux et triste. Et là il ne chante même plus. Un 3 tonnes lui est passé dessus.


C'était ça Albin de la Simone. Enfin avant, pour moi. Et puis le type, je ne sais pas ce qui lui a pris, sur Bungalow, son troisième album (le premier, éponyme, date de 2003), il s'est enfin décidé à péter un coup. Il a envoyé bouler coucou, horloge, grand-mère, maman. Il a même troqué ses velours contre des jeans ! Enfin, je dis que je ne sais pas ce qui lui a pris, mais si, je sais, il me l'a dit en interview (à venir). Ce quis 'est passé c'est que l'ouragan Katerine lui est passé dessus. Son disque de 2005, Robot après tout, l'a dévergondé. Et ce n'est pas étonnant. Je veux dire, je le savais avant même de lui demander. Il en est de même de Jeanne Cherhal, sa copine, avec Camille. Son Fil l'a dévergondé. Je le sais sans lui demander, c'est comme ça, j'ai le nez pour ce genre de choses. Sur Bungalow, influencé par Philippe "Daddy Cool" Katerine, Albin s'est donc ouvert à toute une gamme de couleurs et de motifs pop eighties inédits pour lui. Avoir enregistré ce disque dans un bungalow sur l'île de Bali a aussi joué dans cette métamorphose. C'est là-bas, dit la bio, "que lui est venu le gimmick de ce disque : un chœur lui donnant presque systématiquement la réplique." "Parce que j'étais seul, précise l'auteur, j'imaginais des voix féminines me répondant, me soutenant, et même se moquant de moi. Alors pour simuler provisoirement cet effet, j'ai utilisé un système de transposition numérique de ma propre voix, qui finalement s'est révélé être un élément irremplaçable sur huit des onze chansons du disque." Bon, ce n'est pas encore la grosse déconne. Albin chante encore trop souvent comme un Playmobile sour Lexo, mais il y a là 5 morceaux vraiment sympas. Sur "Catastrophe", "Sympa", "Mon ami mythomane", "Vendéen" et "N'importe quoi" ses chœurs Chapi Chapo m'ont donné envie de bouger comme si j'écoutais Gotainer et que ma pulpe devait voler en éclat. Hi ah ! Sur les 6 autres chansons, "Adrienne", "J'aime lire", "Ce pull", "J'avais chaud", "Parle-moi" et "Le tire-fesses" j'ai eu beau me retrouver en compagnie de sa seule voix de desperate houseman souchonienne, cette fois je n'ai pas eu envie de le baffer, je me suis gentiment laissé bercer. Il a eu la bonne idée d'ouvrir les fenêtres et de laisser rentrer le soleil. Et cette petite vibe chaloupée qu'on peut entendre m'a donné l'impression d'un voyage immobile pour une destination tropicale, comme si on me massait tranquillement. Son côté Voulzy peut-être. Voire Philippe Lavil ! Great.


Alors oui, ce n'est pas encore ça, pas encore l'album de la libération pour Albin de la Simone. On le voit d'ailleurs dès la pochette. Il a beau s'y montrer tout de rouge vêtu dans un espace ouvert lui-même tout rouge  dominé par une explosion BD et la mention de son nom et de son prénom en grosse capitales genre je suis devenu pop, je casse la baraque, je vous lance d'ailleurs un petit regard défiant-complice pour vous inviter dans mon nouvel univers, oui, Albin à beau faire tout ça, sur cette pochette il n'en reste pas moins qu'il est un tout petit personnage perdu au coin d'une grande pièce. Un tout petit personnage qui donne  plus l'impression d'être interdit de quelque chose, comme retenu par une camisole de force intérieure, privé de dessert, qu'en pleine possession de ses moyens. Mais bon, je critique, je critique... Albin de la Simone n'est pas Philippe Katerine. Avec Bungalow il ne signe pas un album de rupture, pétaradant, révolutionnaire comme Robot après tout. Pour paraphraser l'auteur de "Louxor J'adore" (interviewé en 2006) Albin de la Simone ne va pas "à l'encontre de tout ce qu'il y a de pénible en France. C'est-à-dire le goût de la jolie chanson ou la chanson sympa" bien au contraire, mais il livre son album le plus sympa à ce jour.


(Suite.)

 


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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 13:28
La pop Herta



"je ne me sens pas dans une démarche Gainsbourienne car lui méprisait la chanson"


"Frère Animal, c'est un livre de gauche"



J'en reviens au livret de Fantaisie Littéraire. Un petit speech t'y décrit, en vertu de tes deux "romans-musicaux", Rio Baril et Frères Animal, comme "un digne héritier de Gainsbourg". Qu'en penses-tu ?
J'aime beaucoup Gainsbourg. Après ce n'est pas forcément à moi de répondre à la question, c'est au temps. On verra.


Oui, mais sans parler de longévité de carrière ni même de postérité, au regard de ta démarche musicale tu peux dire si tu suis ou non les enseignements de Gainsbourg.
Je ne pense pas avoir le même démarche que lui. C'est marrant d'ailleurs parce qu'on réduit souvent Gainsbourg à ses albums concept, mais il n'en a fait que deux, à une période ou plein de gens en faisait. En plus c'est son producteur de l'époque qui lui a dit de s'intéresser à ce genre d'albums, parce que ça se faisait aux Etats-Unis et que ça y cartonnait. Mais si je ne me sens pas dans une démarche Gainsbourienne c'est que lui méprisait un peu la chanson...


Or toi tu ne la méprises pas !
Exact ! Gainsbourg a fait de la chanson une sorte de petite entreprise. Il ne faut pas perdre de vue qu'il a fait beaucoup de business, qu'il a écrasé tout le monde autour de lui. Ça, on ne le dit pas beaucoup, mais il s'est fâché avec tous ses compositeurs et arrangeurs.


Ça ne m'étonne pas. On ne devient pas une pop star comme lui, une telle vedette, pour reprendre tes mots, sans avoir une personnalité guerrière et vampirique.
Oui, et il a quand même signé des musiques qui n'étaient pas de lui mais de Vannier ou de Colombier. Ça se sait aujourd'hui. Enfin voilà, Gainsbourg c'était quelqu'un qui savait s'entourer. Il avait cet énorme talent. Et ça n'enlève rien à son indéniable talent d'écriture.


Au sujet de Gainsbourg, pour le cerner artistiquement et humainement, on en revient toujours à sa fameuse citation sur la chanson comme art mineur. Toi j'ai l'impression que tu te situes à l'exact opposé de cette conception Gainsbourienne de la chanson...
Disons que c'est toujours assez agaçant d'entendre ce genre de propos de la bouche de gens aussi talentueux que Gainsbourg.


Mais c'est un principe auquel il a globalement été fidèle. Il a souvent considéré la chanson comme un produit jetable...
C'est un peu cynique. Je crois que son rapport commercial à la chanson vient de sa déception par rapport aux fours retentissants de Melody Nelson et de L'homme à la tête de chou.


Oui, mais j'aurais tendance à dire que chez lui cela puise carrément ses racines dans son rapport contrarié à la peinture. Il aurait voulu exceller dans cet art majeur, mais il a dû se "contenter" des miettes : la pop, qu'il traitait donc instinctivement comme une chienne, reflet du manque d'estime qu'il avait pour lui-même.
C'est vrai. Mais de toute façon, en France, tout ce qui est mélange des genres a du mal à trouver sa place. Dans notre société, c'est évident, on aime ce qui est de pur sang. Par exemple, tu ne peux pas mélanger la peinture et la danse.


Oui, mais au-delà de son parcours et de ce qu'elle dit de lui, je trouve l'approche Gainsbourienne de la chanson est cruciale. Cruciale parce qu'à mes yeux elle exprime un juste amour de la chose. Oui, au-delà du mépris, en la caractérisant d'art mineur il dit aussi ceci : une chanson sera d'autant plus touchante qu'elle respectera des canons de séduction très précis. Et ces canons sont ceux de la pop, c'est-à-dire un rapport décomplexé et épuré au texte, une musique accrocheuse et une imbrication texte-musique maximale. Je ne suis pas musicien mais en tant qu'auditeur j'y vois presque les conditions sine qua none pour qu'on soit en face d'une chanson : quelque chose d'organique et touchant Je suis donc méfiant quand je te vois te frotter à la littérature sur Rio Baril et Frère Animal. A bouleverser l'alchimie texte-musique à coup de textes fleuves j'ai l'impression que tu perds la chanson.
Oui, mais ce bouleversement était déjà pris du temps de la musique classique. Des compositeurs comme Fauré travaillaient avec de grands poètes et ça donnait des chansons considérées comme une sorte de musique noble. Et à côté il y avait la chanson populaire...


Depuis Gargilesse tu t'éloignes donc de la pop pour viser une musique plus noble ?
Oui, mais ça ne m'empêche pas de continuer à faire de la pop. Je compose en fonction de mes désirs du moment et je fais la différence entre ce que je compose et ce que j'interprète. J'ai plein de chansons pop que je n'ai pas interprétées pour l'instant parce que je n'en avais pas envie. Sur Rio Baril, j'avais vraiment envie de raconter une histoire, je l'ai senti comme ça, et c'est venu un peu par hasard. J'ai commencé à écrire le morceau "Rio Baril" et à partir de là je me suis aperçu que je tenais le début d'une histoire, que je n'avais plus qu'à creuser.


Et c'est là que Les Inrocks ont sorti THE comparaison magique, le truc qui te fluidifie une promo en deux secondes douze : "Florent Marchet, le Sufjan Stevens français" !
C'est dingue (rires) ! J'aime beaucoup Sufjan Stevens. La comparaison est donc gênante mais flatteuse.


Personnellement cette comparaison m'a étonné parce que, dans le fond comme dans la forme, je trouve ta musique très réaliste par rapport à celle, très onirique, de Sufjan Steven. Mais il y un détail sur lequel je t'ai trouvé très Sufjan Stevenesque sur Rio Baril c'est la chemise ! Sur la pochette du disque tu portes le même genre de chemises un peu bûcheronnes qu'il porte sur certaines photos. J'ai même remarqué que c'était le genre de chemises du Superman jeune de Smallville. D'ailleurs Sufjan Stevens se grime parfois en Superman sur certaines photos, avec sa cape et sa casquette.
C'est vrai.


Vous êtes donc tous les deux des Superman, lui working class hero de la province américaine, toi de la province française, Rio Baril étant une sorte de Smalville en soi.
C'est vrai, mais pour en revenir à Frère Animal, c'est vraiment parti avec Arnaud d'une envie de lecture musicale sur-mesure. Parallèlement aux concerts on a fait beaucoup de lectures musicales dans des festivals littéraires où on mettait donc en musique ses textes ou ceux d'autres écrivains. Mais avec Frère Animal, on a voulu écrire des textes qui seraient dès le départ fait pour être dits oralement sur de la musique. On a donc commencé par écrire ces textes et on les a un peu retravaillés pour qu'ils soient parfaitement calés sur les musiques.


J'ai écouté Frère Animal, deux fois, et je t'avouerai que j'ai eu du mal. L'histoire de la compagnie Culbuto, de la mère nourricière, etc. j'ai trouvé que ce n'était pas très poétique, très plat, simpliste. Oui, autant j'avais trouvé les textes de Gargilesse super fins, super bien sentis, malgré l'ironie latente autant depuis je trouve que tu as chaussé de gros sabots. Dans Frère Animal c'est comme si tu t'adressais à des enfants.
C'est violent quand même ! Il y a une grande violence.


Dans le propos mais pas dans la forme.
L'écriture y est pourtant plus littéraire que dans mes précédentes chansons.


Je ne trouve pas, non. Je trouve ça très "stone", très froid.
Ce qui est sûr c'est que là on est dans la prose plus que dans la chanson. Et quand on fait des chansons en prose c'est sûr que ça demande plus de temps et de concentration pour rentrer dedans. Ça demande une vraie rencontre car ce n'est pas le texte qui vient à nous, mais nous qui allons vers le texte. Donc c'est sûr que ce n'est pas un format qui s'écoute à la légère. Surtout qu'on parle du monde de l'entreprise, un sujet grave en accord avec ce que les gens vivent aujourd'hui. Donc voilà ce n'est pas très glamour.



Quel intérêt y a-t-il à faire de telles chansons sur ce monde de l'entreprise qui fait chier les gens au quotidien ?
La plupart des gens qui viennent me voir à la fin de mes concert me disent : "Ça nous fait du bien parce qu'on a l'impression de partager les mêmes peines". Et je pense que ça sert aussi à ça un artiste, à témoigner de l'état d'une société à un moment précis pour dire : "Regardez, vous n'êtes pas tout seul, on est tous dans le même bateau." Et que des gens se reconnaissent dans cette œuvre de témoignage social fait aussi du bien à l'artiste. Car quand le mec écrit sa chanson il n'est pas que tourné vers lui, il cherche un écho : "Oho, y'a quelqu'un dans la forêt ? J'ai mal à ma société !" Donc voilà c'est une question de message. Ça veut dire que le message est passé et ça fait du bien.


Ce qui m'embête sur Rio Baril et Frère Animal c'est sans doute ça : ce sont des albums très sensés !
C'est engagé.


Très.

Frère Animal, c'est un livre de gauche. Sérieux, c'est un disque qui veut défendre les acquis sociaux...


Et tu n'as pas peur de l'étiquette de "chanteur engagé" ? Pour un artiste c'est toujours un peu gênant car réducteur d'être perçu comme tel.
Je ne fais pas de politique à proprement dit, ce n'est pas mon métier, en revanche j'ai un avis sur la société, ce qui ne veut pas dire qu'il soit forcément intéressant. D'ailleurs la plupart du temps je trouve ça super dangereux quand on demande aux chanteurs de s'exprimer sur la politique, parce qu'ils ne maîtrisent pas forcément le sujet. Moi je ne suis ni sociologue ni philosophe ni politique.


Et tu n'es peut-être pas assez dans la merde pour t'exprimer sur les travers cette la société ! Je veux dire tu vis dans une certaine réalité qui a l'air assez chouette. Tu as un beau studio, de beaux instruments, une cafetière à dosettes...
Oui, voilà. Après moi j'aime me sentir concerné. Voilà le mot ce n'est pas "engagé", c'est "concerné". Parce qu'elle est là la limite : finalement qu'est-ce que je fais pour améliorer la société ? Je n'ai pas l'impression de faire grand-chose...


Tu te sens concerné parce que tu culpabilises d'être pas mal à l'abri ?!
Non, mais je me sens concerné. Les inégalités sociales me révoltent. Moi je n'ai pas de problème avec le fait de payer des impôts, au contraire, j'aimerais bien si c'était possible en payer plus. Aider les plus démunis, je trouve ça totalement normal. Ça paraît banal, presque bête, mais moi ce monde individualiste qui ne veut pas partager, je trouve ça super violent !


Ne crains-tu de prendre ce rôle d'"artiste concerné" trop au sérieux ?
Je n'ai pas l'impression de construire une œuvre artistique sur ce thème ! Pour moi tout ça ce n'est qu'une grande passion, et sincèrement je ne cours ni après un succès ni après quelque reconnaissance que ce soit. Travailler dans l'ombre ne me dérange pas. Par contre j'aime écrire sur des sujets qui m'animent, j'aime composer. Je le fais avec une grande joie en plus. Une grande détermination mais aussi une grande joie. Quand on a fait Frère Animal avec Arnaud, on n'était pas austère et sérieux, on s'est vachement marré, on était comme des mômes, même quand on a fait "La chanson du DRH" parce que l'écriture est un terrain de jeu incroyable. Mais tu as raison, peut-être qu'on a aussi eu envie de faire ça parce que parfois on culpabilise de se rendre compte qu'on ne fait pas grand-chose pour la société. C'est notre façon de dire qu'on n'est pas "désengagé". Et puis je crois qu'on a aussi fait ça en réaction à toute cette récente vague de chansons sur les petits riens du quotidien. J'avais l'impression que ça venait de gens qui ne sentaient pas concernés par le monde dans lequel ils vivent.


Ok mais entre la chanson sur les petits rien du quotidien et celle sur les grands maux de notre société, il y a un monde quand même ! Pourquoi tomber dans les extrêmes ?
Peut-être qu'on manque de Noir Désir, de gens comme ça... Ce genre d'artistes ça fait du bien, même si Noir Désir se prend peut-être très au sérieux (rires) ! Quand on écoute des groupes comme Noir Désir on a l'impression de ne pas être seul ! On se dit qu'il y a des gens qui pensent comme nous. C'est encore une fois cette histoire de collectif... Je ne peux pas croire qu'on soit tout seul à souffrir d'une société qui prône l'individualisme. Ce n'est pas Frère Animal qui est un truc glaçant c'est le monde qui est glacé et glaçant comme un frigo. C'est terrible. On se sent seul. On se sent vraiment seul. Je pense qu'on n'aurait pas du tout écrit ça dans les années 70. Si j'avais composé à cette époque j'aurais sans doute fais des chansons plus légères. C'est le monde extérieur qui me pousse à faire des chansons dures. Et puis je demande à ce qu'on me le dise si à un moment donné je me prends trop au sérieux.


Justement, à l'époque de Gargilesse, quelqu'un t'a envoyé ce genre d'avertissement. Je ne sais pas si tu avais vu ça, c'était dans le courrier des Inrocks, je crois. Une nana écrivain te dégommait. Elle était tombé sur ton single "Tous pareil" à la radio et elle avait été choquée parles paroles
On m'a parlé de ça, je crois que c'était dans Elle ! Bah la nana avait compris la chanson de travers. Elle disait : "Non, ce n'est pas vrai, on n'est pas tous pareils." Alors que je parlais de cette société qui est de train de tout formater, nos rêves, nos désirs, etc.


Je pense que ça, elle l'avait compris. Mais je pense que ce qu'elle te reprochait c'est justement de croire à la possibilité de ce formatage. Ce n'est pas parce qu'on a tous la même voiture et la même maison qu'on a tous les mêmes rêves et désirs secrets. Au fond, on reste tous singuliers. Tu ne penses pas ?
Bah je vois que le monde marchand a quand même réussi à nous grignoter. Les chiffres économiques parlent. Aujourd'hui des transactions de plusieurs millions se font entre agences de pub et éditeurs parce qu'on sait d'avance qu'une chanson illustrant une pub Apple va cartonner. Je suis sûr que si Apple choisissait une chanson plus élaborée elle cartonnerait un minimum ! Parce que voilà, on est dans un monde publicitaire, un monde où lorsqu'on rabâche les choses elles finissent par rentrer, être achetées.


Ce n'est pas si systématique. Regarde, par exemple cette année les gros coups marketing de l'édition, les Angot, les Millet et les BHL/Houellebecq, ils ont tous globalement été des échecs commerciaux. Ça montre qu'il y a des limites, qu'on n'est pas si manipulables...
J'espère bien qu'il y a des limites, qu'on est en réaction. Je me mets dans le sac aussi ! Je ne suis pas en train de juger les autres en disant : "Vous avez vu bande de blaireaux !" Je me moque aussi de moi-même. Moi aussi j'ai mon côté blaireau à vouloir avoir des trucs derniers cris, moi aussi je me fais avoir ! Mais l'important c'est d'être en réaction. D'ailleurs dans une chanson comme "Tous pareils", j'étais en réaction contre ce phénomène de standardisation parce que je sentais que petit à petit ça me gagnait. Et on n'est pas seul à avoir cette réaction de rejet par rapport à ça. La preuve : toi et moi on en parle.


A mon sens, le problème, dans tes chansons, c'est que tu parles de tout ça sans dire "Je" donc à force ça donne l'impression que tu es au-dessus du lot, que tu te places en "donneur de leçons".
Alors il faut que je réfléchisse... Mais je t'avoue que je ne me pose pas autant de questions sur mes chansons et heureusement sinon je n'arriverais pas à écrire. Mais peut-être que je ne me mets pas assez dans le lot. Je n'aimerais pas passer pour un donneur de leçons.


Je me doute. Mais cette image te vient aussi des médias que te soutiennent. Depuis Rio Baril, tu es devenu une sorte d'égérie des Inrocks et de Télérama, ce genre de médias détenteurs de l'intelligence et du bon goût et j'ai l'impression que leur ligne éditoriale a contaminé ton univers, et vice versa...
Je ne sais pas si je suis l'égérie de ce genre de journaux...


Ils t'ont déjà mis en une ! Et je les comprends : pour eux tu représentes une sorte de gendre idéal de la chanson pop intello...
Hum... Comment dire ? Moi je trace mon chemin, je fais mes trucs. Après si c'est défendu par les uns, descendu par les autres...


Des médias t'ont flingué ?
Non, mais des médias n'ont pas parlé de moi. Et parfois je me dis que j'aimerais mieux qu'on me flingue plutôt qu'on m'ignore parce qu'au moins ça me fait de la pub (rires) ! Mais il est évident que de faire un "album-roman" te ferme la porte des radios grand public.


Mais ça t'ouvre en grand les portes des médias "intello / excluant" que sont Les Inrocks et Télérama !
Bah tu vas là où on t'invite et moi je n'ai pas l'impression d'appartenir à une famille médiatique. J'appartiens à une famille de musiciens mais pas à une famille de médias. Ça ne me plairait pas d'appartenir à une famille médiatique. Après, je trouve dommage que Télérama et Les Inrocks soient si excluant, mais tu ne peux pas leur jeter la pierre parce que c'est TF1 qui a commencé. Tu vois ce que je veux dire ?



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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 18:26
La pop Herta



Le 19 décembre j'avais un rendez-vous difficile. Je devais voir Florent Marchet à son studio. Je dis difficile parce qu'autant j'ai beaucoup aimé son premier album, Gargilesse - des morceaux comme "Le terrain de sport" ou "Le meilleur de nous deux" ont su m'émouvoir aux larmes comme je lui avais dit lors de notre première discussion - autant depuis son deuxième, Rio Baril, il m'ennuie. Il a décroché le pompon avec Frère Animal. Là, creusant sa collaboration avec l'écrivain Arnaud Cathrine et s'aventurant plus loin dans l'hybridation disque-livre, ses chansons se sont tellement mises à me faire chier, cérébrales et tout, que je me suis dit "Coco, toi et moi il faut qu'on rediscute".


C'est donc ce qu'on a fait ce vendredi-là au studio Nodiva qu'il vient d'ouvrir sur Gambetta. Et on a même discuté longuement puisqu'on y était encore alors que je l'accompagnais à pieds direction la Maroq pour son rendez-vous suivant. C'est dire si Florent n'avait pas pris cette discussion à la légère. En attendant ce 19 décembre il est 14h30, arrivé à la bourre, mes pieds se familiarisent avec la moquette de son studio et mes lèvres avec la chaleur du Senseo qu'il vient de m'apporter et je me demande comment je vais pouvoir, en toute courtoisie, lui faire part des milles reproches qui m'animent. Parce que c'est pas des blagues, je n'aime vraiment pas ce que le type semble devenu - d'ailleurs je n'ai pas aimé le jean slim et l'ironie perpétuelle vaguement méprisante qu'il arborait quand je l'ai vu en concert carte blanche avec tous ses amis le 10 décembre au Café de la Danse - mais s'agit pas de le brusquer pour autant. Je me sens un peu trahi - me serais-je trompé sur le bonhomme ? - mais j'ai vraiment envie de comprendre, d'échanger. Tiens, si, pour commencer, je faisais comme les gens bien élevés de mon âge ? Si je lui parlais de réussite matérielle en lui disant que c'est un bien joli nid qu'il s'est construit là ?




"le vedettariat a la peau dure"


"je t'aime comme un fou, comme un soldat, comme une star de cinéma"



Nodiva est un studio et un collectif de création musicale qui réunit toi, Eric Arnaud, Arnaud Cathrine et Valérie Leulliot. Ça faisait un petit moment que tu voulais monter ton propre studio ?
Oui, mais comme on voulait un endroit particulier et qui ne coûte pas trop cher, ça nous a pris des mois de recherches. Ici, avant, c'était un entrepôt. Il y avait presque de la terre part terre, il a fallu tout refaire. Mais comme j'ai fait ça en équipe, ça a été. Et voilà, l'idée qui a présidé à cela c'est de pouvoir faire de la musique tout le temps. Parce que je ne me vois pas faire de la musique uniquement chez moi ou quand je fais quelques dates après la sortie d'un album, je veux faire mon métier tout le temps. Tout le temps.


Tu t'es entre autre associé à Erik Arnaud pour acheter ce studio. Pour lui l'idée c'est de pouvoir enfin enregistrer son troisième album qu'on attend depuis six ans ?
Oui parce que comme beaucoup il n'arrivait pas à trouver de structures... Il faut bien voir qu'on est à un moment assez charnière de l'industrie du disque. A mon avis, cette industrie, telle qu'on la connaît, va vraiment s'effondrer d'ici peu. Tout ça va s'arrêter et on va devoir fonctionner autrement. Alors il y aura les artistes qui seront lancés par la pub, comme ça s'est passé pour le sport, notamment pour le vélo où il n'y a plus d'équipe nationale, et il y aura les autres, ceux qui n'auront pas la chance d'être défendus par Apple ou je ne sais quelle grande marque, et ceux-là devront s'organiser autrement. Mais moi ça me va, j'aime bien le côté artisanal de la chose et, curieusement, c'est le cas de tous les musiciens que je croise. Ils ont envie de faire des choses et ils ne se posent pas trop la question de savoir si c'est payé ou pas. Quand c'est payé, c'est bien, et quand ce n'est pas payé, tant pis, on est content de faire de la musique ensemble.


Ça crée un rapport collégial, voire familial entre vous ?
Oui, parce qu'on fait les choses. C'est pour ça que c'était amusant de faire le concert qu'on a fait au Café de la danse, parce qu'il y avait vraiment cette idée de faire les choses ensemble. De toute façon, c'est bon, on ne va plus gagner des millions dans le monde de la musique. Tout ça n'a été qu'une parenthèse très courte finalement, une parenthèse durant laquelle des gens sont arrivés dans le milieu de la musique comme on joue au loto en se disant qu'avec une chanson ils allaient peut-être pouvoir remporter le magot et s'acheter une nouvelle maison. Mais maintenant comme il y a moins d'argent il y aura moins de star system et je trouve ça pas mal parce que du coup on va vraiment revenir à la musique telle qu'on peut la pratiquer dans les milieux indépendants aux Etats-Unis. Si leurs disques sont si bons ces parce que là-bas ils ne font pas de la musique pour devenir millionnaire, ils font de la musique parce qu'ils sont vraiment animés par cette passion, du coup, très vite, des clans s'organisent, les uns se retrouvent à jouer sur les albums des autres. JP Nataf est vachement dans cet état d'esprit. La dernière fois qu'il est venu au studio, on a passé la journée à jouer, c'était super.


Ah, parlons-en de JP Nataf ! Il y a un mystère JP Nataf, non ?!
Un mystère JP Nataf ?


Oui, tu parles de clan, lui, pour le coup, j'ai vraiment l'impression qu'il s'en cherche un. Depuis quelques années il arbore une grosse barbe comme s'il voulait se vieillir et se faire passer pour le grand schtroumpf de l'underground folk de Paris. D'ailleurs je l'ai souvent vu à des concerts de petits groupes, et j'ai toujours ce sentiment qu'il est un peu là comme un parrain, un talent scout...
Lui et moi, je pense qu'on a le même regard sur la musique : on a envie d'en faire, point barre. La seule différence c'est que lui est passé par la case gros succès...


Penses-tu qu'il renie cette période de variété à succès que Les Innocents ont incarné ?
Non, il est super tranquille avec ça. Il trouve que c'était génial parce que ça lui a permis de savoir ce que c'était que d'avoir du succès et d'acheter au passage quelques belles guitares. Mais maintenant il ne court pas après le succès. Je pense qu'il fera un nouvel album mais ce n'est pas sa priorité. Il préfère collaborer avec des gens et c'est pareil pour moi. Etre interprète c'est vraiment quelque chose à part, j'adore le faire sur scène, mais le côté "je sors mon disque, et ensuite je joue plusieurs soirs de suite les mêmes chansons sur scène", ça a tendance à m'épuiser dans le sens où on passe beaucoup de temps à défendre son album et son image et du coup on fait moins de musique. Ce que j'ai fait sur mon premier album, je ne le regrette pas et je ne devrais pas m'en plaindre, mais il y avait tellement de choses extérieures à la musique, comme rencontrer l'éditeur, la maison de disques, le tourneur, que pendant un an je n'ai pas pu écrire une ligne. J'avais presque l'impression d'être devenu le patron d'une petite PME et je me disais : "Quand est-ce que je vais avoir le temps de prendre ma guitare ?" Alors que lorsqu'on est musicien et qu'on fait de la réalisation, on est tout le temps dans l'artistique. Là, tu vois, Clarika vient de finir son album sur lequel j'ai travaillé et maintenant ce qui l'attend c'est un an et demi de boulot où il y aura surtout des interviews et des concerts...


Tu as travaillé sur le nouvel album de Clarika ?
Oui, on se connaissait déjà parce que j'avais participé à la composition d'un des morceaux de son précédent disque et comme elle voulait faire un travail assez différent pour le suivant elle m'a rappelé pour une compo, elle est venue au studio pour l'écouter et 15 jours plus tard elle est revenue avec Jean-Jacques Nyssen. Finalement j'ai fait plusieurs compositions, mais l'essentiel reste de Jean-Jacques. Par contre on a fait la réalisation à deux, ici. Et c'est super agréable de faire venir ici des musiciens que tu ne connais pas forcément. Ça m'a permis de rencontrer plein de gens.


Bref, toi tu veux rompre avec le circuit classique disque-promo-concert ?
Oui, j'aimerais pouvoir organiser des concerts toujours différents avec plusieurs interprètes, multiplier les occasions où on se retrouverait pour faire de la musique ensemble. De même j'aimerais qu'on fasse des albums collectifs, mais des albums comme ça ne se fait pas, je crois, à cause d'un problème de production et de distribution.


Tu veux dire qu'un disque avec plusieurs auteurs bouleverse trop les canons promotionnels de l'industrie du disque ?
Oui, ce genre de disques ça a marché pour le hip hop mais ça ne marche pas encore pour la chanson.


Ça revient à ce que tu disais dans le numéro décembre-janvier du magazine Longueur d'Ondes, à savoir que dans la chanson française on reste bloqué à la mythologie de l'auteur compositeur interprète qui fait son autobiographie en chanson.
Exactement. En fait l'idée de vedette a la peau dure. On n'a pas des chanteurs on a des vedettes et elles jouent leur rôle de vedette en faisant tout le temps leur autopromotion. C'est pour ça que, par définition, on ne peut pas associer plusieurs vedettes dans un même projet. Le vedettariat est vraiment un métier en soi. C'est en train de changer mais finalement très peu de chanteurs sont près à se lancer dans un projet qui ne sert pas directement leur carrière.



Sur Gargilesse, ton premier album, sans faire la vedette ou le type qui fait son autobiographie en chanson, on sentait qu'il y avait un peu de ça dans tes histoires, qu'elles parlaient assez directement de toi. Ensuite, avec Rio Baril, tu as déplacé le curseur en racontant des histoires plus ouvertement fictionnel...
Oui, mais ça ne veut pas dire que j'y mets moins de moi, c'est peut-être juste effectivement que j'y mets plus de distance. J'ai envie de parler des autres, j'ai envie de parler de la société qui m'entoure, c'est ce qui me nourrit aujourd'hui. Lors de mes dîners entre amis, je parle rarement de mes petits problèmes personnels, je parle plutôt de sujets sociétaux.


Quand tes amis te demandent ça va, tu sabordes toujours la question d'un oui mécanique ?
Je réponds non avec un ton glacial ! Non mais sérieux, je n'ai rien contre l'autofiction...


Le truc c'est que depuis que tu as mis de la distance dans tes chansons et que tu y parles plus frontalement de la société je trouve qu'elles ont perdu de leur force d'incarnation et d'émotion, qu'elles sont devenues froides.
Euh je ne suis pas sûr de ça ou alors ça veut dire que mes chansons sont mal interprétées. Et c'est possible que j'interprète mal. Mais je ne crois pas... Regarde, par exemple, au cinéma on ne se pose pas la question de savoir si le réalisateur parle de sa vie ou non, c'est une histoire, des personnages. Et puis, autre exemple, Piaf ne racontait pas sa vie. De temps en temps, oui. Mais souvent elle faisait aussi des chansons poignantes en ne racontant pas sa vie. Brel, non plus. Oui, regarde Brel, il était constamment en tournée, c'était ça sa vie : trajet en voiture jusqu'à la salle, concert, repas arrosé avec les copains et écriture jusqu'à 5h du matin. Donc la vie de Brel là-dedans, c'est quoi ?


Sa vie "intérieure" ?
C'est le personnage. C'est les autres. Dans ce cas pour moi l'émotion vient de l'interprétation, de la façon de faire vivre les personnages. Parfois il faut juste faire croire qu'on raconte sa vie. De toute façon, dans la création, on apporte toujours sa propre vision des choses donc on parle de soi quoiqu'il arrive. Moi quand je parle d'un personnage je me mets à sa place pour pouvoir inventer son "Je". Je dis "je" pour défendre mes personnages avec mes propres émotions, mon propre vécu. En fait j'aborde l'interprétation de mes chansons comme un acteur aborderait un rôle.


Il n'y a pas que ton travail d'interprétation et de distanciation qui a changé dans tes morceaux, il y a aussi, et je dirais même surtout, l'imbrication texte-musique. Le texte semble avoir pris le pouvoir sur la musique. Et j'ai trouvé confirmation de ton parti pris en lisant le texte que tu as écrit dans le livret de Fantaisie Littéraire, livre-disque collectif où tu as mis en musique un texte d'Edouard Levé. Tu y dis en gros qu'une bonne musique n'a jamais sauvé un mauvais texte.
Je n'ai pas dit l'inverse ?


Je te cite : "Le territoire texte & musique défriché par le livre-disque Frère Animal me conforte dans l'idée qu'un texte reste la matrice d'une chanson. Pourtant, en musique, on considère souvent que la composition est plus importante que le texte." Tu affirmes donc en filigrane que pour toi c'est le texte qui prime, non ?
Non, au contraire. Je dis juste que la musique peut sauver une chanson, et que c'est pour ça qu'on a tendance à moins s'intéresser au texte. D'ailleurs on le voit bien avec la chanson anglo-saxonne où les gens n'écoutent pas forcément le texte, mais sont attachés à une voix, à une musique. Et en un sens, c'est pareil en variété française. Combien de fois se met-on à siffler des chansons de variété sans savoir ce qu'elles racontent ? Et heureusement d'ailleurs ! Si on lisait un texte de variété sèchement face au public, il y aurait de grandes chances pour que tout le monde soit mort de rire.


Un exemple ?
"Je t'aime comme un fou, comme un soldat, comme une star de cinéma !"


Mais avec la musique et le chant de Lara Fabian c'est génial !
Quelque part oui ! Tout d'un coup, ça décolle. Et c'est la musique qui fait ça. Mais je préfère quand même quand le texte est bon. J'aime beaucoup des groupes comme Expérience parce qu'ils ont la musique et le texte. C'est important d'avoir les deux. Mais la plupart de mes amis ne peuvent pas écouter ce type de groupe plus de deux secondes.


Je peux comprendre : Expérience, musicalement et verbalement, c'est lourd, rentre dedans. Tout le monde n'a pas envie de se taper ce genre de truc super virulent.
Oui, les gens ont parfois envie d'être plus léger face à la musique, alors que pour moi qui baigne dedans, c'est sacré, religieux. Et je pense que là-dessus je me suis amélioré parce qu'avant j'étais limite intolérant. Chez moi je ne supportais pas qu'on discute lorsque j'écoutais de la musique. Maintenant je me suis civilisé, je mets des musiques d'ambiances et c'est terrible parce que c'est souvent des musiques instrumentales... Je vais dire une grosse connerie mais ce n'est pas grave, je ne suis pas à une connerie près : j'ai l'impression que cette manière sacrée d'écouter de la musique est devenu quelque chose de solitaire. En tous cas moi aujourd'hui j'écoute de la musique de manière très solitaire.


En même temps quand tu me parles d'écoute sacrée de la musique moi j'imagine de suite une écoute solitaire...
Oui, mais quand j'étais ado j'avais tendance à partager ce genre de moments avec des amis. Pendant deux heures on ne parlait plus, on écoutait. Ce genre de moments me manque. Je suis donc content de rencontrer mes copains musiciens et chanteurs pour pouvoir revivre ce genre de moments. Valérie Leulliot a vraiment une grande culture musicale et c'est un bonheur de l'inviter à manger parce qu'après s'en suivent des discussions ponctuées de "Tiens, tu connais ça et ça et ça ?". C'est comme quand on était ado. Mais j'ai bien conscience que certains musiciens dans ce métier n'ont pas envie de ça. C'est peut-être aussi pour ça que j'ai vachement envie d'aller faire vivre mes chansons sur scène. Je crois que j'y trouve un vrai moment de partage qui compense le moment de partage que j'avais à écouter religieusement des disques entre potes. J'ai l'impression que les gens pourraient peut-être passer à côté de mes chansons en les écoutant sur album ou en entendant juste mon single à la radio... Aujourd'hui l'album n'est plus qu'une carte de visite pour faire de la scène et si les albums ne sont plus rentables économiquement, il faudra les produire différemment. Ce constat pourrait être inquiétant, mais pas pour moi car à mon sens c'est là que les collectifs de chanteurs-musiciens vont devoir intervenir et ça va peut-être être passionnant. Le bon côté des choses de cette crise du disque, c'est qu'on va peut-être enfin se mettre à faire plus de disques ensemble.


(Suite et fin.)



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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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